Quelques mots de la traductrice


En 1945, dans la région de Nag Hammadi en Haute-Égypte, fut découverte une jarre renfermant douze codices formé de cahiers de papyrus ainsi que les restes d'un treizième. Ces treize livres contenaient une cinquantaine d'écrits en langue copte, copiés du grec. Leur rédaction originale en grec remonte au Ile et IIIe siècle de notre ère. Puis ils ont été transcrits dans les codices au IVe siècle, après leur traduction en copte. On connaissait, dès la fin du XIXe siècle, d'autres oeuvres apparentées à celle de Nag Hammadi, tel l'Évangile selon Marie, premier écrit du codex de Berlin, qui a tout particulièrement inspiré les paroles et les musiques de ce disque. 

 

 

La découverte du codex de Berlin ainsi que celle de la bibliothèque de Nag Hammadi sont extrêmement précieuses pour la connaissance de l'histoire religieuse du début de notre ère. Ces codices jettent une lumière nouvelle sur la période de formation du christianisme. Plusieurs des oeuvres qu'ils contiennent sont une réécriture et un prolongement des textes bibliques. C'est à l'Université Laval, plus précisement au sein de la Faculté de théologie et de sciences religieuses, que s'effectue leur édition, avec traduction française et commentaire. Leur étude par une équipe de chercheurs et de professeurs a produit a ce jour 40 volumes. 

Certains de ces écrits présentent Marie-Madeleine comme la compagne ou même la conjointe du Christ. Précisons qu'ils ne sont pas les seuls au sein du monde chrétien, mais cette idée aura une longue tradition. Celle-ci prend sa source dans l'Évangile de Jean, dans ces passages où Madeleine apparaît au pied de la croix (Jn 19:25), puis dans l'épisode de la Résurrection (Jn 20). 


Jésus dans les évangiles est décrit comme celui qui s'est fait homme, en grec "anthropos", mot désignant hommes et femmes. L'Évangile selon Marie et plusieurs autres proposent une interprétation vivante de l'Anthropos en faisant jouer la dynamique du symbole, celui de la réunification du masculin et du féminin.  L'Anthropos représente l'union du divin et de l'humain. Marie-Madeleine y symbolise l'élément humain qui en s'unissant au Sauveur devient Vie et Lumière. Un Sauveur se voulant incomplet sans les humains qu'il est appelé à sauver, c'est cela l'Anthropos, réunion des deux. Cette unité ne signifie pas retrait et isolement hors du monde mais plénitude et ouverture. 


Sortis de l'oubli, ces écrits ont été une source d'inspiration pour Madame Louise Courville et l'Ensemble Nouvelle-France qui nous en donnent aujourd'hui une lecture vivante évoquant le surgissement, toujours nouveau, du Royaume intérieur. 

Anne Pasquier 

Historienne de l'antiquité chrétienne

Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval

 

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