VOYAGE DE NEWPORT À SAN JUAN, PORTO RICO



 
 

PREMIÈRE PARTIE : LES PRÉPARATIFS

MARCEL - Notre voyage débute le 5 novembre 2001. Nous partons de Québec en autobus vers 7 h 30 et nous nous dirigeons, Solange et moi, vers Longueuil pour y rejoindre Francine, Antoine et Philémon qui nous attendent déjà au terminus. Francine est la propriétaire du bateau et Antoine et Philémon sont les équipiers pour le voyage. Nous prenons l'auto de Francine pour nous rendre à Newport. Nous arrivons enfin à destination vers 18 h. Le voyage fut agréable malgré qu'il ait plu toute la journée et que nous ayons rencontré deux bordées de neige dans les montagnes du Vermont. Le lendemain, c’est la préparation du bateau : installer les voiles, aider le mécano à réparer la réfrigération, installation du radio amateur que mon copain Edward m'a prêté pour la durée de ce voyage. Un gros merci à Edward pour cette collaboration indispensable. Une autre équipière, la belle Emmanuelle est venue nous rejoindre. C'est la sœur d'Antoine. Le lendemain, encore des travaux. J'ai acheté un nouvel adapteur 12 volts pour l'ordinateur, l'inverter que j'avais acheté à Québec produit de l'interférence dans la radio ondes courtes et il est impossible de recevoir les fax météo. Cet achat règle le problème et nous pouvons recevoir les fax météo.

Le bateau s’appelle «LA PETITE JULIE», c’est un Bénéteau Océanis 1995 de 40 pieds de long. Le tirant d'eau est de 6 pieds. A l'intérieur, il y a trois chambres et 2 salles de bain. Il y a peu d'équipement électronique, seulement un GPS, un radio VHF, un pilote automatique et c'est tout.

Le 8 novembre, il fait beau et le temps est ensoleillé. Encore des travaux, installation du «dodger», réparer le fil du GPS qui est coupé par l'usure et les rayons UV. Francine est en charge des courses, elle n'arrête pas. Emmanuelle nous a fait, pour le dîner, une méga soupe aux courges qui rend le pipi jaune «fluo». Bravo Emmanuelle. Philémon à réussi à faire un ressort avec un fil d'acier. Ce ressort va servir à réparer la poignée de porte de la salle de bain avant. Bravo Phil. (Pour simplifier le texte Philémon s'appellera désormais Phil).
 

ANTOINE ET PHIL - Aujourd'hui samedi, 10 novembre nous effectuons présentement les tous derniers préparatifs pour notre départ. Emmanuelle, Solange et Tony (Antoine) sont partis faire l'épicerie, dans un de ces supermarchés américains aux proportions démesurées. Pendant ce temps Marcel et moi (Phil) tentons d'amarrer le dinghy… Oh oh! Je vois Tony qui arrive, après questionnement, elles l'ont oublié pour aller faire l'épicerie !
 

ANTOINE - Ce matin, nous nous sommes levés aux premières heures, nos chers vikings (hommes à tout faire de la marina) nous ont remis à l'eau : hourra ! Tout le monde est content. Une petite vaisselle et le bateau va être TIGUIDOU ! Nous revenons de faire l'épicerie. Wow!  Toute une épicerie! 500$ (Américains) de bouffe pour se bourrer la fraise durant notre super voyage vers Puerto Rico. Il est en ce moment 12 h et notre départ peut se sentir… Je vous dis qu'autant de nourriture sur un bateau c'est tout une job à ranger, il va en avoir partout dans les murs, dans les bancs, dans les planchers et même dans les cabines. Francine vient de nous faire ses adieux. Solange et Marcel l'ont accompagnée à sa voiture. Emmanuelle semble ravie d'enfin pouvoir prendre possession de sa cabine.
 

DEUXIÈME PARTIE : NEWPORT, LES BERMUDES

MARCEL - A 14 h 02, nous larguons les amarres pour les Bermudes qui se situent à environ 650 milles nautiques de Newport. Nous sortons de la longue baie et levons les voiles vers 16 h 30. Nous voilà partis, cap de 165 degrés magnétique. La nuit sera fraîche avec un bon vent du S-O. Au près ce n'est pas très agréable. Les trois équipiers de même que le premier maître, Solange, sont malades. Heureusement, le capitaine est en pleine forme. Après 24 heures de navigation, nous avons parcouru 177 milles et le deuxième jour, 144 milles. Nous avons presque la moitié du voyage de complété en deux jours. Bravo pour le vent qui nous accompagne!
 

ANTOINE - Le train-train sur un voilier. Sur un voilier, on ne sait si le jour commence ou s'il débute, il y a des moments clés lors d'une traversée en bateau : Les quarts, toute une aventure… quelques fois, tu es super réveillé et d'autres fois, tu te sens tellement fatigué qu'il te faudrait des cure-dents pour tenir tes yeux ouverts… Les repas, au début du voyage j'ai cru que j'allais seulement manger des barres tendres, quelques fruits et un peu d'eau mais plus le voyage avance et plus l'appétit revient. Premier repas tu «zigonnes» avec la nourriture dans ton assiette, deuxième repas tu le manges au complet, tu vides bien ton plat et au troisième, tu en reprends une autre portion. Les DODOS, ça fais au moins cinq ans que je n'ai pas dormi autant, faire des siestes comme lorsque nous étions «petit». Depuis le début je dors beaucoup, après le déjeuner, une autre après le goutter et pourquoi pas une petite avant mon quart donc à la suite du souper. La vie sur un bateau, je suis sûr que c'est unique au monde et je suis vraiment heureux de le vivre surtout en compagnie de Phil, ma sœur, Solange et le Capitaine.
 

MARCEL - Jeudi, le 15 novembre, à 8 h, nous arrivons à St Georges, Bermudes. Voici quelques statistiques du voyage :

 Distance parcourue : 694 milles nautiques
 Durée du voyage : 4 jours et 18 heures donc 114 heures
 Moyenne de 6.08 nœuds.
Avons fait 15.6 heures de moteur, dont 3 pour sortir et Newport et 1 heure pour entrer à St Georges et le reste pour recharger les batteries.

En arrivant à notre mouillage, les gens de Coli Mat nous invitent pour le souper.
 

ANTOINE - Le mal de terre, un autre phénomène inexpliqué de la nature… Lorsque tu pars en boat à woile, il y a comme style genre quelque chose qui ne tourne pas rond dans ton estomac… Tu «toffes» et puis plus les jours avancent et mieux tu te sens, même que je pourrais dire qu'à la suite de plusieurs jours en mer, tu te demandes si tout va fonctionner comme à l'habitude sur la terre… Histoire à suivre… Ouf ! Quel débarquement! Il existe bel et bien ce fameux feeling de «oups et lala». Toute bouge, c'est comme une sensation d'être un peu pompette tout en te demandant si le fait de mettre le pied devant l'autre pendant plus de cinq pas est normal puisque c'est une habitude perdue durant la traversée. Finalement, de retour au bateau, tout se replace, le «gigotement» du navire vient rétablir notre instabilité qui nous rend bien.
 

MARCEL - Ce soir nous sommes allés souper sur le Coli Mat. Ce bateau est skippé par Albert, et trois équipiers, Claudine, Laurent et Pierre. Claudine nous a fait un excellent souper de spagat, et Phil et Antoine n'ont pas manqué de nous faire rire comme d'habitude. Très belle soirée.
 

PHILÉMON - «Ç'est l'histoire d'un gars» qui un jour débarque aux Bermudes; vous savez ce petit archipel qui sert de halte au navigateur venu du Nord à la recherche de température plus clémente; il y avait à peine cinq minutes qu'on y avait mis les pieds, qu'un bateau louche portant le pavillon canadien, nous pris en chasse. Au bout de trois tours dans la baie, le bateau, qui se nommait COLI MAT, fût assez près de nous pour qu'on puisse voir que son capitaine n'avait pas d'œil borgne, de crochet ou de jambe de bois (Tout le monde sait que c'est à cela qu'on reconnaît les pirates!) Jusqu'ici, tout va bien. AH ! Mais qu'ai-je entendu ? - «PHILÉMON… PHIL… ÇA VA ?» AÏE ! … Ça y est j'ai des hallucinations auditives. Mais non, c'est Claudine, l'ex-copine d'un de mes amis .Comme quoi le monde est terriblement petit. Ensuite, nous sommes allés nous ancrer dans la baie, sous le vent d'une très vielle épave toute rouillée.
Il était 9 h 30, jeudi matin, et comme nous venions de traverser le quart de l'océan Atlantique sans problème majeur, Marcel à sorti la bouteille de rhum, et j'ai fait des «Sugar Daddy Dave» pour tout le monde. Double portion de rhum pour Emmanuelle puisque c'est elle qui a vu les Bermudes en premier!
 

TROISIÈME PARTIE : LES BERMUDES, SAN JUAN
 

Le 18 novembre 2001, à 15 h, nous partons pour San Juan, un voyage de 860 milles.
 

PHILÉMON - 20 novembre, 5 h 02 du matin, cela fait 39 heures très exactement que nous avons quitté la baie de St-Georges, Bda. À 14 h cet après-midi, cela va faire 11 jours que nous vivons à bord de La Petite Julie. Parlons Bermudes. À voir : le Musée Maritime de Dockyard, en utilisant bien entendu le traversier Hamilton-Dockyard; les plages des Bermudes, toutes sans exception; les «Crystal Caves». À boire : le drink classique des Bermudes, un «Dark&Stormy» au Waterfront, un Dark&stormy au Freddy's pub, un autre dans un petit bar dont je ne me rappelle pas du nom au deuxième étage sur la rue de la banque. À rire : les toutes petites voitures que conduisent les Bermudiens; avec et de Günter le Bartender-propriétaire du Waterfront. À acheter : une bouteille (ou deux) de Dark rhum Gosling's
 

ANTOINE - V'la-tu pas un matin en finissant mon quart que j'attends-tu mon capitaine interpeller tout son équipage sur le pont : «en v'la un gros!» s'exclame-t-il! Solange a mis la «ligne à pêche» dans l'eau et à peine cinq minutes plus tard un poisson avait mordu, mais pas n'importe quoi comme poisson, un méchant gros fish and chips fluo avec une tête tout écrasée… Après une chasse où l'homme (mon capitaine assisté de son fidèle équipage) et la bête (un MAHI-MAHI pur-sang ou dorade) se soient livrés un combat féroce et sans repos, un équipier (que le nom restera anonyme) a bravé la frousse qu'il avait eue quelques jours plus tôt lorsqu'il nageait aux cotés des terribles barrrrrrracoudas, d'un coup, je dirais même de deux, trois, il empala la bête. Pour la mettre à l'aise, Phil lui offrit un bon petit shooter de rhum qu'elle ne put refuser…fin.

Ce fut une belle dorade d'une dizaine de livres qui nous a donné 3 repas et une bonne portion de dorade marinée dont voici la recette:
dorade en petits cubes
½ oignon tranché mince
1 c. à t. de cassonade
1/3 de vinaigre blanc et 2/3 d'huile d'olives
un peu de vinaigre de vin ou de vinaigre balsamique
des câpres
 

CONSIDÉRATIONS DIVERSES SUR LA VIE EN MER ---

La Mère : Aussi appelée la mer ou Océan, elle est la mère de tous les marins et nous portent en son sein, en son ventre dépendant de ses humeurs et de ceux du Père.

Le Père : Des fois il nous désespère, trop ou pas assez présent. On le surnomme aussi Éole, mon étole ou poliment monsieur le Vent.

Le capitaine : Personne qui a l'autorité suprême sur un bateau, on peut lui répondre par : « Oui mon capitaine ! » ou par « O.K. ! ».

L'équipier : Habituellement bout en train, il sert à tout… que se soit en haut du mat ou pour prendre un « p'tit rhum » (comme il l'appelle), l'équipier est toujours volontaire!

La bête : Généralement un poisson, la bête vit dans l'eau. Elle aime aussi le rhum mais ne « toffe pas fort », un shooter et hop! la v'la partie… on se comprend.

Le rhum : Boisson alcoolisée indispensable sur un bateau, que se soit pour fêter l'arrivée sur une île ou pour la pêche, le rhum a une place de LUXE sur le bateau, il se range dans une armoire accessible en tout temps!

L'eau, H2o : Complètement pas buvable si elle provient des Bermudes, excellente si elle provient du Québec. Inutile si tu n'as pas de vaisselle à faire et que tu as du rhum à boire. Elle se retrouve en quantité inimaginable et épicer dans le corps de la Mère (voir plus eau…euh, plus haut).

Les Werther's : Ils sont en quelque sorte la drogue du bord, ces sucreries sont indispensables pour se sucrer le bec! Dernièrement; à bord de La Petite Julie; on a même constaté qu'un réseau de contrebande organisé, avait le monopole de la revente de Werther's.
 

MARCEL - Le 22 novembre en PM, comme il ne vente pas du tout, nous décidons de prendre un bain. Nous rentrons la voile, installons un cordage flottant à l'arrière du bateau et HOP! Phil et Antoine se jettent à la mer. Quelques instants plus tard, Phil attrape l'échelle de bain à l'arrière du bateau, celle-ci se déploie comme un boomerang et vient lui frapper le nez qui se met à saigner comme un… Heureusement, son compagnon de voyage, qui est patrouilleur de ski et premier intervenant, lui prodigue les premiers soins, s'assure que le nez n'est pas cassé et lui fait les pressions nécessaires pour arrêter le sang. On a eu chaud. Voilà une histoire qui se termine bien mais qui aurait pu être plus grave. On est remonté à bord et nous voilà reparti de plus belle, toujours au moteur.
Le 23 au matin, le vent est revenu et nous remontons les voiles. Ça fait du bien de ne plus entendre ce maudit moteur.
 

PHILÉMON - 24 novembre, 2 h 50 du matin. Premièrement, il n'y a pas que les kangourous et les boxer qui savent boxer, méfiez-vous des échelles. Ceci n'est pas une question de superstition, mais plutôt de «self-protection». Croyez-en mon nez. Secondo, aujourd'hui, nous avons pu; grâce à un attelage de mon crû; prendre une photo de groupe, qui sûrement apparaîtra sur ce site. Tierce, notre périple tire à sa fin, sans casse ni tasse (et non mon nez n'est pas cassé). Un peu plus tôt; au début de mon quart, à 1 h; nous avons pu apercevoir les lumières de la côte, qui au début s'avérèrent plus comme étant des lueurs, mais qui peu à peu s'intensifient. Nous serons donc à Puerto Rico un petit peu avant midi, juste à temps pour un p'tit rhum hmmmm! (Ici, l'auteur prend conscience de son alcoolisme, hé hé!)
 

MARCEL - Nous jetons l'ancre à 11 h 45 le 24 novembre. Et c'est l'heure du petit rhum! Pourquoi pas un deuxième et un troisième tant qu'à y être… Après une belle traversée, on a bien mérité ça! Le périple a duré 5 jours et 21 heures pour une distance de 861 milles nautiques donc une moyenne de 6.1 nd. Entrer dans le port de San Juan est très simple, aucun détour, il y a de l'eau partout et l'entrée est bien balisée. Malheureusement, dans le port c'est «dégeu», l'eau est sale et ça sent le diesel à plein nez. On y vient parce qu'on est obligés, autrement, à éviter… Les jeunes ont hâte de mettre pied à terre. Je ne sais pas si c'est l'odeur des bars mais ils ne tiennent pas en place. Comme je suis le seul à quitter pour aller effectuer les formalités des douanes et de l'immigration, ils sont impatients de me voir revenir. À mon retour, ils partent sans délai. Quand ils reviennent, ils ont les pieds ronds…
 

ANTOINE ET PHIL - Le 28 novembre 2001 à 11 h 26, nous quittons maintenant le voilier La petite Julie vers de nouvelles aventure…
Un grand MERCI au capitaine, de plus qu'à Solange pour nous avoir enduré Ha! Ha!

HASTA LUEGO AMIGO!!!!!!!!!! Tony et PHIL
 

MARCEL  -  Le 30 novembre, Solange et moi quittons le bateau car Francine est arrivée hier pour passer l'hiver dans les Antilles (la chanceuse).  Nous allons rester une semaine à Porto Rico et visiter la ville de San Juan et louer une automobile pour faire le tour de l'ile.  Le 6 décembre, nous revenons à Québec par avion.  Encore une belle aventure qui prend fin.

Texte collectif. (Marcel, Philémon et Antoine)

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