Log du convoyage du Farenheight en mai 2011 écrit par Marc Merel  (Le marin breton)

 

 

Salut voici le log de mon voyage sur le voiler Farenheight  en Mai Juin 2011. C'est écrit "sur le vif", sans complaisance et comme je l'ai vécu.

Vendredi 27 Mai 2011.

Aéroport Trudeau. Trop tôt le matin pour mes habitudes. Et il pleut encore !  Je prends l'avion pour Nassau Bahamas pour un autre convoyage.  Je pense être de retour vers le 20 juin.

Marcel sera le Capitaine et sera accompagné de son épouse Solange.   René et Jeanne sont le deuxième couple sur le voilier et avec moi ça fera 5 personnes, dont quatre équipiers, qui se partageront les quarts jours et nuits.  Dans les faits les équipiers et le capitaine se partagent tout le travail.   Le capitaine est le seul maitre à bord et est responsable des équipiers et du bateau.  Après le départ dimanche nous foncerons dans le Gulf Stream pour passer probablement par le Cap Hatteras  et rejoindre New York par l'océan.

Si le temps est mauvais, nous éviterons le Cap Hatteras  en entrant dans l'intracostal entre Beaufort et Norfolk.  Nous ferons un maximum à la voile, mais de toute façon il faut faire fonctionner le moteur deux ou trois heures chaque jour pour recharger les appareils de bord ainsi que nos ordis etc et bien entendu refroidir le frigo.  Vous seriez surpris de voir toutes les machines dans un voilier.   Marcel et Solange sont amarinés, deux traversées de l'Atlantique la Méditerranée, la côte de l'Afrique et les Caraïbes sur le Marysol.

http://www.marcelfrenette.com

René et Jeanne sont aussi des navigateurs confirmés qui louent leur bateau, le Eau Soleil, sur le lac Champlain.

Alain, le proprio du voilier n'est pas du voyage

C'est lui qui m'a appelé le 2 mai pour compléter l'équipage.

 

FARENHEIGHT

Beneteau 40 pieds  2008   2 cabines  Moteur 54 Hp   Tirant d'eau 5 pieds 2 pouces tirant d'air 57 pieds autonomie en carburant - 55 gallons à .75 gallons à l'heure = environs 70 heures + 2 réservoirs de 5 gallons comme backup réserve d'eau douce 360 litres  Il y a tous les équipements de sécurité à bord  gilets de sauvetage,feux de détresse,VHF, raymarine e-80, balise SPOT  Le dinghie est un Zodiac cadet 310 : 10 pieds et 6 pouces avec un moteur 4 forces 6.5 HP Il y a oreillers et couvertures  Il y a un inverter (110 volts) pour connecter et recharger  Il y aura un spot pour signaler votre position.

Je vole Westjet via Toronto 315 $   Mai dès le départ j'ai un deuxième bagage qui ajoute 23$ à la facture.  Le repas, un malheureux sandwich c'est 6.5$, l'eau 3.5, le film 6$...  On part avec retard de Montréal alors je suis un peu juste pour la connexion à Toronto.  "Final boarding, Last call for Marc Merel". Je cours.  Trois heures plus tard, je suis arrivé à Nassau.  Il faudra 3 semaines pour revenir !

Il est 13h et il fait 31 degrés.

Il pleut à Longueuil...

Je fais connaissance avec Marcel et Solange. Sympa.  Ensuite la nouvelle vie commence.  Vendredi 27 mai 2011 après midi.  Nassau   Il fait 31 degrés et très humide.  Au moindre effort je dégouline.  Je fais connaissance avec Marcel et Solange.  Les deux autres font leur certification de plongée.  Ils reviennent, vont se dessaler puis partent manger à l'extérieur.  Pour nous trois, petit rhum du capitaine puis  on décide d'aller manger au Poop Deck. Cher!  Le vin américain est 60$ la bouteille, le français 80$. On boira de l'eau!   La bouffe est moyenne,  à moins de prendre le poisson frais qui arrive par bateau sur le quai.  J'aurais dû prendre un Mahi mahi...   Comme prévu il y a deux chambres pour les deux couples  et je dors dans le carré sur le canapé.  En principe c'est aussi bien que les chambres moins le côté privé.  Je trouve deux ou trois coins pour mettre mes effets personnels.  En fait il n'y a pas de place idéale sur un bateau.  La (parfois les) chambre en arrière est chaude et bruyante à cause du moteur. Un gros diésel au moins 50 CV comme c'est obligatoire dans tout voilier.

La ou les chambres en avant sont chaudes et tapent sur les vagues.  Les canapés dans le carré ne sont pas des lits mais sont confortables, sauf que c'est dans le chemin donc  pas d'intimité et il y a du mouvement  puisque les instruments de navigation sont dans le carré.  Marche à pieds pour aller chercher 80 litres d'eau pour boire et la cuisine.  Puis rangement dans les compartiments.  Douche, car je dégouline.  Marche à pied pour aller chercher la météo sur internet.  Solange nous fait une bouffe puis René et Jeanne arrivent.  À peine le temps de faire connaissance et  je pars pour ma dernière douche avant de dormir.  Quand je suis rentré, tout le monde est couché.  Nuit épouvantable. Il fait chaud.  Il y a de la grosse musique forte.  Je ne suis pas habitué aux bruits du bateau ni à ses mouvements.  Les autos crissent des pneus.  Je n'ai pas sorti mes bouchons pour les oreilles.  Il me semble que je ne dors pas pendant des heures.  Je me réveille et je ne veux pas savoir l'heure qu'il est.  Finalement je me réveille vers 8 heures.

 

Samedi 28 mai 2011:

Nassau

Très occupés pour préparer le voilier.

On va en marcher des km! Assez que j'en ai une ampoule...  D'abord un café internet, puis un autre, car la liaison est mauvaise.  Ensuite un peu de rangement, puis une douche, car je dégouline déjà.  Suivi de l'épicerie pour 10 jours.  Ça, c'est une expérience ! On discute d'abord de ce qu'on va manger.  Moi j'ai amené une liste de base élaborée au cours des précédents convoyages.  Solange prend les choses en main.

Ensuite il faut trouver ce qu'on cherche et ce n’est pas évident...  Taxi pour ramener le tout.  Les oeufs sont cassés.  Bataille pour trouver un charriot pour trainer le tout sur les pontons.  Sortir le stock du charriot et le renter dans le cockpit, étape suivante descendre le stock du cockpit dans le carré séparé du pont par 5 marches.  Et le sport final trouver où ranger toute la bouffe.

Ensuite deuxième douche. Je ne vois plus rien dans mes lunettes !  Au lieu de revenir nous aider, les deux autres sont partis manger!  Ensuite on repart à pied pour aller  chercher de la bière, du vin et du rhum.  Autre marche pour aller sur internet.  Autre douche.  Les deux autres reviennent. Premier coup de gueule du Capitaine.  Il est en effet de tradition que l'équipage participe à l'épicerie et surtout mange ensemble la veille du départ.

Bouffe locale sous le pont de Paradise Islande, chez Tall Boy: des beignets faits d'un mélange de conches, farine et épices.  Avec une bière locale La Kalik ou la Sands le tout pour 6$.  René et Jeanne nous accompagnent, car nous avons prévu la visite du super complexe hôtelier Atlantis sur Paradise Islande.  1 milliard de dollars il y a 10 ans !  Casino, déco 1a la capitaine Némo et surtout son aquarium fabuleux en fait un dédale dans lequel on se promène  sous les poissons tropicaux de toutes tailles et couleurs, murènes, thons,  et des raies mantas énormes de plusieurs mètres d'envergure qui volent au dessus de nous derrière leur vitre...

On est dimanche 29 mai au matin 6h45, levés tôts  pour lever l'ancre, au sens propre pour une fois.  Je fais finalement connaissance personnellement de René et Jeanne.  Ensuite rapidement Café internet.

Michou n'est pas là pour répondre à Skype et la connexion internet est tellement lente que  mon DropBox n'a pas le temps de synchroniser.

Donc vous lirez ce texte dans une semaine selon le vent...   On attache le zodiac sur l'avant du pont pour le voyage.  Et dès 9h c'est le départ.  Ça brasse fort.  Moteur pour sortir de la marina puis tout de de suite on monte la grand-voile et on déroule le génois.  René est malade par-dessus bord.  Moi c'est juste.  La mer est bleue, bleu caraïbe.  Bon vent de 15 à 20 noeuds.  Le Farenheight file à 10 noeuds, ce qui est excellent.  Premiers quarts officiels. Ils seront de 2h30 ce que j'aime, car un quart de 4h c'est long en titi !  Donc dans l'ordre Marcel, puis Solange, puis Marc (à 17h) et enfin René.

Autre quart pour moi à 3h demain matin.  Pas le temps d'écrire autre chose ce soir, ça brasse trop dans le carré et si je reste une minute de plus je vais être malade.  De l'air d'urgence !  Lire ou écrire sont des activités dangereuses en voilier !

 

Log 3

Lundi 30 mai  Dans le Gulf Stream.  La nuit a été reposante, mais courte: j'ai mon quart à 3 h du matin.  C'est celui que j'aime le moins, car on est réveillé dans le sommeil profond du moins espère t'on qu'on ait dormi !  J'étais fatigué de la nuit précédente et ce soir j'ai sorti  mes bouchons pour les oreilles et mon hibou pour les yeux ! Donc le quart de 3 h, celui que j'aime le moins: il fait nuit et pas de lever de soleil à espérer pour ce changer les idées.   Seul en mer sauf qu'il y a toujours Wilson (pour ceux qui ont vu le film avec Tom Hawks).  La terre la plus proche doit être à 11 h d'ici.   Pas d'oiseaux, pas de dauphins.  Mais il y a les fidèles compagnons étincelants dans les vagues: dans chaque brassée d'écume que fait le voilier en tombant dans la vague des centaines de planctons excités s'illuminent quelques secondes avant de disparaitre en arrière du bateau.  Autant de petits feux d'artifice autant d'étoiles dans les vagues  comme les étoiles dans le ciel.  Étoiles d'ailleurs difficiles à identifier à cause des mouvements du voilier.  Ce soir le vent tourne à l'est donc le Gulf Stream brasse très fort.  Alors je suis attaché au voilier avec un harnais de sécurité.  C'est une sorte de collier qui se gonflerait en flotteur si je tombais à l'eau et qui est retenu attaché avec une laisse à une attache du voilier.

Chaque 5 à 10 minutes je me lève pour faire un tour d'horizon 360 degrés au complet car un gros bateau peut arriver très vite en arrière de nous et il n'y a pas de route, ça va dans tous les sens.  Les pires sont les pêcheurs au filet:  Ils s'en foutent du trafic.  Bon je vois sa rouge, ce qui veut dire qu'il passe de droite à gauche devant moi je barre donc tribord. Ben là ? Maintenant je vois sa verte aussi,  le con ! il vient de changer de cap et vient droit sur moi !  Je fais quoi là moi ?  Maintenant je vois sa verte, ah il tourne autour de son filet...  shit il y donc il a un filet sur mon bâbord... Décision décision !

 

5 h 30. Mon quart terminé je vais dormir.  Premier déjeuner à bord en "roulant".  En plus aujourd'hui c'est moi qui suis de corvée de bouffe.  Heureusement Solange voyant mon désemparement, vient me donner un coup de main.  Pour midi je prépare une salade:  J'ai fait dégeler, cassé et coupé en morceau un bloc de goberge.  Découpé en petits en cubes du piment rouge et vert ,  peanuts et raisins de Corinthe, évidemment de la salade, assaisonnement, voilà.  En plus dans la cuisine il faut se tenir à cause des vagues et empêcher ce qu'on met dans les plats de se ramasser sur le plancher.  Ensuite je monte dans le cockpit pour apprécier l'air frais.  Car quand on reste en mer il n'est pas question de laisser un seul hublot ouvert.  Alors c'est chaud dans le carré !   Dehors il fait bon.  La plupart du temps nous sommes en bedaine ou  forcés de porter une couche contre les coups de soleil.  Après mon repas de midi, apprécié,  j'ai mon quart à 13 h.

Là on prend la place derrière les roues.

La personne qui termine présente ses observations: la vitesse et orientation du vent, le nombre de ris dans la grand-voile et l'ouverture du génois, enfin le cap  et les visites c'est-à-dire les rares navires qui apparaissent au loin et qu'il est important de suivre du coin de l'oeil  pour ne pas se retrouver dans leur étrave.

C'est de cette position, derrière la roue en haut qu'on voit le mieux le voilier et tout ce qui a autour.  Je dis la roue en haut, car il y en a deux, une roue de chaque coté selon que la voile est à bâbord ou à tribord elle cache la vue la voile se trouve à être le côté bas du voilier.  En effet si le vent vient de droite (tribord) les voiles sont à gauche et le voilier penche vers la gauche.  Alors celui qui est assis sur la banquette de droite est quelques mètres plus haut que celui qui est assis à gauche.  Donc en pilotant avec la roue en haut on voit bien les poissons volants qui fuient l'avant du navire en rasant les vagues sur une cinquantaine de mètres.  Il y a aussi ces oiseaux (dont personne ici ne connait le nom),  une sorte de grosse hirondelle en ce qui est des couleurs mais avec une longue queue blanche et fourchue. À moins que ça ne soit le même oiseau qu'on a vu de plus prêt et dont la queue était en fait ses deux longues pattes repliées au-delà de son corps...

Généralement il est seul et essaie de se poser sur le mat sans succès évidemment.  Et il y a aussi les dauphins qui viennent s'amuser autour du voilier souvent deux ou trois, qui passent à tribord, avancent vers la proue, passent à bâbord et recommencent,  et nous comme des fous qui essayons de les prendre en photo ou filmer,  faisant fi de toutes les règles de sécurité qui nous précipitons aussi de "star bord" à "port bord" pour filmer ces joyeux joueurs qui finalement se foutent apparemment de notre gueule si l'on s'en fie à leur oeil grand ouvert sur le coté et qui nous regarde bien clairement.  Ou bien est ce un clin d'oeil.  De toute façon trop rapide pour la photo.  Résultat, j'ai quelques bleus sur les jambes de plus et des ailerons mal cadrés, je vous montrerai !  

René s'allonge de tout son long sur la banquette en bas et dort.

Marcel, Solange et moi nous occupons de la navigation et voyons à régler les petits problèmes du voilier.  Et il y en a toujours.  On cherche la pièce manquante pour renverser la toilette.  En mer tout part en mer, mais dans l'Intracoastal c'est formellement interdit et il faut en principe renverser un robinet  qui envoie le tout dans une réserve prévue à cet effet.   Sauf que là il manque un coude de liaison et le tuyau est pendant.Avec du ruban adhésif pour boucher. Il faudra donc débrancher le tuyau à merde présent et brancher l'autre à sa place. Une job de cul et qui fait chier. Bon finalement ça n'ira pas trop mal.

On a vu pire.La toilette dans un bateau c'est toujours du trouble.Parlant de toilette c'est étroit pour mettre mes jambes mais c'est large par contre. J'ai déjà vu que mes hanches  rentraient juste, me demandant comment faisaient les femmes  qui en principe ont des hanches plus larges...

Le chargeur sur inverter ne fonctionne pas bien ce qui va être un  problème pour les VHS et les ordis etc.

De façon générale les batteries ne chargent pas bien.  La lumière bâbord est brulée.  Plus tard le sel aura le dessus sur la tribord.  Il faut démonter nettoyer refermer étanche et voilà.  Ce n’est pas que le bateau est un citron, c'est la petite vie normale sur mer.  Et encore heureux que le moteur aille bien parce que moi je n'ai pas mon cours diésel...

Vers 17 h c'est le rhum du Capitaine autre tradition de voilier  d'autant plus que s'il y a quelque chose qui ne coûte pas cher dans les caraïbes c'est bien le Appleton Rum 1749 de la Jamaïque !  Pendant que le monde sirote son apéro,  moi je suis au chaud dans la cuisine  encore avec l'aide précieuse  du "Premier Quartier maitre" Solange.  Au menu hamburgers, oignons avec ketchup, relish-moutarde, etc...Dès que c'est prêt, on mange, car ça ne reste pas chaud longtemps au vent.  À la fin du repas normalement c'est un coup de pinard et pour moi un petit cigare.   Mais pas ce soir, je suis limite malade.  Trop longtemps dans la chaleur des cuisines dans le carré et dans les vagues.

On pourrait se demander, mais pour dormir alors ?  Si être dans le carré rend malade, c'est là qu'on dort !  C'est que, allongé ne rend pas malade  Ne me demandez pas pourquoi.  Donc ce soir je viens de préparer mon lit, je m'assois en tenant la table, respire, me repose un peu, monte sur le pont prendre de l'air.  Redescend, me lave les dents, remonte prendre de l'air.  Quand je suis bien rafraichi, je vais me coucher.  Prochain quart à 23 h.

Des fois on se demande pourquoi on se met dans cette misère !  3 heures d'avion pour venir, 3 semaines pour revenir !  On oubliera vite ces petits inconvénients au profit de tous les bons souvenirs des excellents moments (à venir !).  C'est sûr que les stats disent que plus de la moitié des gens en mer sont malades.  Mais la mer méchante qu'on vit depuis le départ n'est pas la norme.   On a même un problème, le vent qui nous cause nos estomacs fragiles est du nord est, justement le contraire de ce qui nous faut.  Petit à petit on sort du Gulf Stream qui est un courant chaud et qui pousse le bateau, et dans quelques jours si ça ne change pas on va avoir un problème: nous on va au nord est  et on ne peut pas remonter le vent !

À 23 h tout est beau je me sens bien.  Pas de lune.

Mardi 31 mai 2011 et mercredi 1 juin

En mer

Bien reposé.  La mer est bleue bleue bleue.  Avec de grosses vagues de 4 ou 5 pieds.  Parfois des dauphins.  Régulièrement une vague se casse sur la coque et tout le monde est aspergé.  Je nettoie mes lunettes à l'heure!   Il est surprenant que je sois le seul avec des vêtements techniques (polyester et un peu de nylon).  Les autres restent mouillés longtemps dans leur coton.  Moi l'eau perle et sèche rapidement après que je me sois secoué comme un chien.  Je prendrais bien une douche, mais l'eau sur un bateau est précieuse.  Quel paradoxe n'est ce pas !

Mes cheveux sont rasta de sel, je ne suis plus capable de passer mes doigts dedans. Et avec la chaleur et la transpiration il y ces irritations mal placées surtout qu'en mer tout est toujours un peu humide.  Dès qu'on s'assoit, on a les fesses humides.  Et on ne peut pas vraiment faire de lessive.  Bref je doute que même une sirène soit attirée par ce marin?  

J'aide Solange à enlever le drapeau des Bahamas  pour mettre le drapeau jaune de la quarantaine  jusqu'à ce que la douane américaine ait visé nos passeports.  On a des bleus sur les bras et le corps à force de se cogner, surtout dans l'escalier les vagues nous poussent contre les bords.  Vers 13 h le vent tombe, mais il fait un soleil de plomb.  Ce n’est pas normal. D'habitude quand on passe sous un nuage et que le soleil est caché dans l'ombre le vent change brusquement souvent devenant très fort.   C'est surprenant l'effet que peut avoir un tout petit nuage noir !  Mais là, soleil, pas de nuage et plus de vent.  On avait pourtant un bon vent d'est dans les 15 20 noeuds.  On allait bien, Plus vers la côte de la Floride que vers le Canada mais ça avançait bien.  5 minutes plus tard, les voiles faseyent un vent de 15 noeuds, mais du nord. Bon on prend un bord vers l'atlantique qui d'où on se trouve nous mènera justement vers le Cap Hatteras.  Ça gite fort et c'est le fun.

Ça ne dure pas, il nous tourne de nouveau en plein dans le nez, et la météo sur VHF n'indique pas de vent dans le bon sens pour les jours à venir.  Donc pas d'autres choix que de virer de bord de nouveau pour revenir à terre.  Direction Charleston en Caroline.

On installe une protection de bôme pour empêcher l'empannage (que la baume parte d'un bord et aille se fracasser de l'autre coté si le vent tourne un peu et/ou surtout si le barreur fait mal sa job !  Donc direction la terre.  Clairement ce n’est pas là qu'on voulait aller.  Entrée interminable sur le port de Charleston.  On passe les premières bouées vers 20 h et on arrive vers minuit trente.  À bonne vitesse, c'est juste long. Il y a de gros navires arrêtés tout le long Ça sent la ville, la fumée, la pollution.  Comme parfois en entrant dans le métro par grosse chaleur.

Caroline du sud

Intracoastal mile 470

Mouillage à Ashley River juste avant le pont à haubans proche de la marina municipale.   C'est beau et propre, une belle baie.  Il est tard, on est déjà demain.

Log 4

Jeudi 2 juin 2011

Charleston

Premier matin dans l'Intracoastal.  Quelle bonne nuit sans vague !  Je fais des oeufs pour le petit déjeuner de nous trois.  René et Jeanne dorment.  On va au quai de service et on demande la douane. Interdiction de sortir avant les formalités.  On remplit quand même du diésel (1.5 litre par heure) et les réservoirs d'eau.  On en profite pour dessaler le pont.  Puis la maréchaussée arrive:  deux énormes rangers, grosses bottes révolver, gilet pare-balle, tout le kit.   Ils vérifient les papiers du bateau et des passagers.  Une fois les passeports tamponnés on se précipite vers les douches. Ahhhhhhhhhhhhh!  5$ de l'heure pour rester au quai.  Mais comme on ne paye pas pour la nuit  (2 à 3 $ le pied de bateau, soit un 100$ la nuit), on ne peut pas utiliser internet ni les salles de lavage ! Cheap.  On va au dépanneur plus loin.  Internet et lavage.

L'Intra longe la côte à quelques km dans les terres.  Canal creusé en partie, utilisant les marécages pour l'autre afin que l'armée américaine dispose d'un moyen de transport fluvial discret.Ça peut être très large ou un tout petit canal parfois 20 pieds de profond, trop souvent 5 pieds et il faut ralentir sérieusement quand ça descend à 2 ou 1 pied sous la quille !  D'ailleurs peu près Port Johnson on se plante dans un banc de sable.  Marcel n'allait pas vite alors on s'en sort facilement en reculant.  Marcel vient de perdre une étoile !  Depuis le début du voyage, on s'amuse à se donner ou enlever des étoiles !   Personne ne les compte, mais il est clair qu'il y a des membres de l'équipage  qui en perdent plus qu'il n'en gagnent.   On peut les gagner en aidant, en prenant des initiatives,  en faisant un bon coup comme bien prendre une vague.  Mais si on éclabousse les passagers par exemple on perd une ou deux étoiles !  N'importe quel mauvais coup ou le manque de participation sont excuse à perdre des étoiles.

Il fait bien meilleure température ou peut être mon corps s'est il habitué.  Mais non, on ne dégouline plus.

La petite vie dans l'Intra: 6 noeuds au moteur évidemment.  Dans l'Intra pas question de monter les voiles.  Pas de vagues sauf les bateaux qu'on croise.  Les dauphins qui s'amusent autour de l'étrave.  Les vautours qui tournoient bien haut dans le ciel se perchent sur des arbres dénudés dont le feuillage a complètement disparu  à cause de leurs déjections acides.  et font leur nid grossier au dessus des balises.  Les pélicans qui plongent en piqué puis relèvent la tête bien haut pour étirer le cou et avaler le poisson tout rond.  Des alligators qui disparaissent sous l'eau.   Des aigrettes blanches aussi.

Tout le long l'Intra débouche dans l'océan l'à l’est donc salée et il y a des marées.  Ici des petites mouches NoSeeThem qui piquent.  Là des grosses mouches à yeux verts qui partent avec un morceau de peau.  La plupart du temps aucun problème de bibitte.

Régulièrement un pont.   En général ils ont tous 65 pieds.  Notre tirant d'air est 57 pieds.   C'est impressionnant au début, on passe ?   Ouf, il ne semblait pas y avoir grand marge.

Il y a aussi des ponts tournants comme le Sawyer.  Au canal 16 on annonce Northbound sailing vessel ready to proceed across the bridge.  Le temps d'arrêter la circulation et de faire tourner la structure.  Parfois on nous annonce pas d'ouverture avant 15 minutes...

Les arbres sont des palmiers,  le reste de la végétation est celle des bayous hautes herbes de marécages pas grand-chose d'autre.  Plus loin les pins font leur apparition et petit à petit remplacent complètement les palmiers.  Parfois une maison de bois noirci, cachée dans le boisé.  Le plus souvent des maisons multimillionnaires avec autant de chambres qu'un petit hôtel et ascenseur qui monte les bateaux à 1 mètre au dessus de l'eau.   Et pas des petits bateaux !  Des quais parfois de plusieurs centaines de mètres  qui mènent loin au-delà des plantes aquatiques.  Vers midi c'est une petite bouffe type salade.

Dès le début d'après-midi on consulte Skipper Bob le livre indispensable de l'Intra qui indique tout ce qu'il faut savoir, les endroits difficiles, les hauts fonds, où on peut avoir du diésel et de l'eau, les épiceries, les promenades pour le chien mais surtout les mouillages.  Par exemple le prochain mouillage possible est à 30 miles donc à 7 heures d'ici à notre vitesse de 4 ou 5 noeuds.  Et le suivant un autre 15 miles plus loin.  Bob indique la meilleure place et les profondeurs.  Bob nous permet de prévoir où  on mouille l'ancre comme disait Pierre.  En effet le monde de la voile est petit.  Le capitaine Marcel connait très bien Pierre et Édouard avec qui j'ai fait un convoyage à l'automne de même que Claude Coté avec qui j'en ai fait un autre au printemps.  Ainsi que Sean aux trois voiliers Rio Tobago et Tango .

Nous sommes saouls de vent et fatigués de chaleur et de l'effort necessaire à la surveillance constante du niveau de l'eau.  Après le mouillage, le rhum du capitaine préparation de la bouffe, bouffe et parlotte.  Aujourd'hui on aura parcouru 40 miles jusqu'au 430  Waccamaw River  Winyah Bay  

Mouillage au Five Fathoms près de Mc Clelanville

En mer on fait la  bouffe selon la gite.

Ainsi pour faire du spaghetti il faut se mettre des chaussures et un ciré pantalon et veste au cas où une vague éclabousserait son eau brulante.

Pourtant ce n’est pas comme s'il n'avait jamais fait de bateau, il fait de la location sur son propre voilier !?!

Au moment du coucher, le vent est encore N, N-E et léger.  et il y a des éclairs de chaleur partout dans le ciel.  Dans les terres on annonce des vents de 70 miles à l'heure.  Donc pas question de reprendre la mer demain matin.

Log 5

Vendredi 3 juin 2011

Intracoastal

Marcel est debout à 5h30.   Je barre quelques heures, mais c'est surtout Marcel du matin au soir.  Solange se dit trop distraite pour l'attention soutenue que demande ce type de navigation.  René n'aura jamais offert de barrer dans l'Intra.   L'eau est basse,  bien sûr il y a les marées  mais il manque quand même un bon 3 pieds un peu partout.  Plus tard à Beaufort on nous dira que la région souffre cruellement de sécheresse.  Parfois il n'y a que 1/2 pied sous la quille;  inutile de dire que dans ce cas on ne va pas vite !  

On voit souvent la mer de l'autre côté d'une étroite bande de plantes de dunes et de marécages.  Ça fait bizarre, car les bateaux circulant dans les canaux vers la mer semblent échoués dans l'herbe.  Des bouées mobiles sont déplacées selon l'envasement. Nous lisons scrupuleusement le bouquin de Skipper Bob qui indique les hauts fonds repérés récemment.  

Les maisons sont maintenant montées sur pilotis.  Mais sur les "hauteurs" il y a encore et de plus en plus des méchantes baraques deux ou trois étages, avec tellement de fenêtres que ça fait hôtel !  Garage pour 3 autos, ascenseur à bateau.  Et maintenant il y en partout, tout le long de l'Intra.  Depuis le départ on a du beau soleil mais depuis quelques jours c'est beaucoup plus confortable.  Il y a juste les mouches qui sont devenues agressives.  Marcel et Solange ont une enviable complicité. Toujours le sourire. Becs volés.  De temps en temps une tape amicale.  Jamais d'impatience, encore moins d'agressivité.  Ils se font des blagues entre eux comme    Solange: "Marcel ferais tu ..."   

Marcel de répondre "Non!" d'un ton convaincu     mais avec son sourire à la François Morency.  Ils sont taquineux aussi avec moi me traitant parfois de pipelette parfois de marin breton.  Utilisant des mots et des références culturelles typiques de France.  Ainsi on rira souvent en imitant Galabru dans les Ch'tis:  Nous on va vers "Le Noooord !"

Aujourd'hui c'est moi qui suis de bouffe.  J'ai l'aimable secours du Premier Quartier maitre Solange qui me coache, mais c'est moi qui prépare (avec son aide).  Salade pour midi.   Mais bien ! là, pas juste du feuillage !

Mouillage au 340 à Little River.  Près de Myrtle Beach.  Le capitaine arrête le moteur, enlève son gilet et sa casquette et plouf dans l'eau. Du coup tout le monde prend son bain.  Ne pas lâcher le voilier par contre, car il y a un bon courant.

Je fais des hamburgers de poulet ce soir.  Marcel décide que c'est lui qui fera le BarBeQueue.  He oui on a un BBQ sur le voilier...  Comme chaque soir une bouteille de vin,  Aujourd'hui on a avalé 88 miles

Lorsque la nuit tombe , Marcel qui remonte l'échelle derrière le bateau remarque la grande trainée lumineuse du plancton.  J'agite ma jambe dans l'eau et elle est tout éclairée.  Il y en a beaucoup ce soir.

Tellement que lorsque je tire la chasse déau dans la toilette elle se trouve illuminée de plancton.  On m'en avait parlé, mais là je l'ai vécu !

Samedi 4

Vers 6h45 je suis réveillé par les bruits du moteur qui va avant arrière...

Je sors de mes draps et vais voir dans le cockpit.

Le soleil est très fort sur les yeux, droit devant le voilier dans l'étroit canal.  Le capitaine, même s'il a piqué mes grosses lunettes oranges contre les UV s'est enlisé en confondant une bouée de milage  avec une verte tribord. En passant donc à sa gauche on est rentré dans un banc de sable.  Après quelques manoeuvres de moteur on repart.  Le voilier qui nous suivait est passé devant.  Excellent on n'a plus qu'a le suivre !

C'ets la fin de semaine: il y a plein de bateaux à moteur  surtout à partir de Pleasure Island au mile 300.  On arrive ensuite dans un coin plus sauvage, moins riche et on aperçoit des cerfs de Virginie.

Mouillage 265 au TopSail Sound près de la G19

Hum on a un doute sur ce que bateau va faire avec la marée.

On relève l'ancre et on mouille plus loin dans le chenal.

Après le repas je propose à Touriste de faire la vaisselle avec moi.  Tu laves ou tu essuies ?   Finalement c'est Marcel, qui s'est levé à 5h30 qui essuieras ...  Dimanche 5

Le capitaine est debout à 5h30 et démarre.  moi je m'extirpe vers 6h45.  En fin d'après-midi nous arrivons à Beaufort.  Formalités de douane.  Problème il nous faudra un permis de naviguer...  Nachos et bière près de la marina.

Excellent resto juste à gauche le Ribeyes - Pas cher, bon et à recommander.  Internet gratuit à la marina.  douches avec code 2143  Seul problème: il y a des moustiques.

Lundi 6

Nuit au Quai à Marina Beaufort Dock juste en face de l'Ile Carot plus connue comme l'ile aux chevaux sauvages.  On remplace la Joker valve qui règle le reflux de la toilette.

Une voiture gratuite est mise à notre disposition par la marina pour faire l'épicerie qui se trouve quand même pas mal loin, à la 35ième.  Permis de naviguer, propane.  Alccol au magasin ABC seulement.  Grosse épicerie.  Puis magasinage sur la rue principale pour les cadeaux.  On retourne pour une excellente bouffe au Ribeyes.

Log 6

Mardi 7 juin 2011

Beaufort

Départ en mer pour faire le tour par le Cap Hatteras.  On embarque le zodiac sur le pont, bien attaché pour l'Océan et c'est parti.  Cette fois on n'a pas mis le zodiac à l'envers et il ne frotte plus sur les fils électriques du mat, ce qui fait que le radar fonctionne.  Celà nous permet de visualiser où sont les navires autour de nous.  À la limite légale de 12 miles, on peut rabouter le tuyau des toilettes vers la mer.  Il peut en couter 5000$ si on verse des eaux usées dans l'Intra en mer à proximité de la côte!  

On reprend officiellement nos quarts.  La mer est au calme plat et le vent n'est pas mieux.  C'est donc du moteur depuis ce matin.  Plus tard on aura de la houle c'est-à-dire une mer d'huile ondulée. Franchement la dernière fois que j'ai passé le Cap Hattéras c'était la machine à laver !  Là c'est tout en douceur  et en chaleur.

Les activités de ceux qui ne sont pas de quart sont  dormir, faire une brin de toilette,  déjeuner selon les heures des quarts,  cependant on réussi à prendre nos deux repas principaux en même temps, ramasser ses affaires (son lit, ordi, musique, livres etc), la cuisine quand c'est notre tour, les mots croisés  (même de quart, puisque que l'attention n'est pas détournée longtemps), musique, lecture, etc...

En fait j'ai assez peu de temps pour lire mais il faut dire que dès que j'ai moment à moi j'écris mon log...  Il y a quelques activités de groupe qui sont essayées avec plus ou moins de succès.  J'ai par exemple essayé les énigmes: on en a passé 2 puis il n'y a plus eu de demande.  Jeanne a essayé les chansons, avec l'aide d'un bon cahier de chant  (Chanter étant la condition pour avoir son rhum),  C'était le fun mais ça n'est pas revenu non plus...

Tout près du voilier passe nonchalamment une grosse tortue dont le corps est couvert d'algues et de crustacés. Ça prenait l'oeil habitué de Marcel pour la distinguer des habituelles sargasses ces algues qui ressemblent à du lichen et qui dérivent au gré des courants,  arrachées à cette zone toute proche de l'Atlantique et qui est la hantise des marins, car la mer des Sargasses  est encombrée d'algues, de varech et de forêts de laminaires dans lesquelles le bateau est freiné... pas bon pour l'hélice des bateaux m

Près de la bouée 4 il y a des hauts fonds qu'on ne peut vraiment pas manquer de remarquer, puisque des vagues de plusieurs étages de haut qui s'y écrasent.  Mieux vaut ne pas passer par là.  C'est dans cette direction qu'on va,  ça doit brasser de l'autre côté !  Bon je vous quitte, mon quart va commencer.  Cap Hatteras en douceur, vent arrière de 10 noeuds vitesse à la voile 5 noeuds,  longues vagues de houle qui nous poussent gentiment.

Soleil chaud, pas beaucoup d'air.  Collant un peu.

Marcel me propose des exercices de navigation, trouver sur la carte exactement où on est les latitudes et longitudes étant données par le GPS.  Ensuite, tracer notre route sur la carte sachant le cap donnée par le compas puis, indiquer où on sera à 18h ce soir connaissant notre vitesse approximative donnée par une petite roulette dans l'eau...  Amusant ! Et j'ai gagné des étoiles !  <<Ding ding ding ding...>> (son de Casino) s'exclame le capitaine dans un grand rire.

Au sud de Hatteras nous avons droit a un incroyable show de dauphins.  René le premier donne l'alerte: "Dauphin, juste là"  Tout le monde se déplace tribord pour le voir.  Un saut, un aileron, puis deux, trois qui filent vers la proue du voilier.  Ils s'amusent à passer d'un bord à l'autre en se dépassant en tournant leurs corps, nageant de coté, leur oeil qui semble nous observer.  Photos, caméra vidéo, Marcel m'autorise à quitter mon poste derrière la roue.  je me place dans le zodiac en avant. Quel plaisir de les voir jouer autour de la proue.  Bientôt il y en a 5 puis une dizaine, dont certains ont le dos moucheté.  Je réalise une séquence ininterrompue de 7 minutes de film !  Avec gros plan sur les dauphins.  Marcel et Solange, même s'ils sont habitués prennent toujours grand plaisir à les observer.  Moi je n'en ai jamais vu aussi longtemps dans la nature.

 

Mercredi 8 juin

Hatteras vers Cheeasapeake.

J'ai mon quart à 1 heure du matin.  La petite vie de quart de nuit:  Pilote automatique.  Les appareils électroniques sont en mode nuit c'est-à-dire en lumière tamisée pour ne pas éblouir.   Le silence de la voile.  Cap 018 degrés,  On passe le 35 ième nord, 140 pieds de fond, Vent arrière 10 noeuds Sud Ouest.  Vitesse 5 noeuds.  Pas de génois,  grand voile pleine retenue par un frein de baume.  Les bancs sont humides.  l'eau est froide.  La nuit est fraiche.   Shorts, nu-pied, t-shirt et coupe-vent.  Lampe frontale éteinte sur le front.  Il n'y  a rien autour alors pas de feux de navigation pour économiser l'électricité.  En cas de rencontre je les allumerais.  Je branche le radar aux 3/4 d'heures pour savoir s'il y aurait de la visite.  Personne ou alors bien loin.  Ce soir il n'y aura pas de plancton ni beaucoup d'étoiles non plus, car la nouvelle lune en est à son premier quartier bien avancé.  Je suis seul au milieu de rien, en arrière de la roue   40 pieds de voilier devant moi  5 personnes à bord, qui dorment d'un sommeil réparateur.  Sauf le capitaine qui ne dort que d'un oeil...

Je suis depuis 2 heures enfoncé dans mon quart et mon coupe vent et je vois bouger dans le carré,  c'est Marcel.  Le capitaine dort à coups de 2 heures puis sort prendre le pouls de la navigation et s'en retourne dormir 2 heures.  Pas sûr que ça soit reposant.  Solange dit que sa tête n'est pas encore posée sur l'oreiller qu'il dort déjà.  Donc Marcel monte les marches, regarde la voile change le cap de 10 degrés bâbord modifie la position des voiles pour améliorer la vitesse.  Je vérifie le nouveau cap sur le plotteur GPS,  intéressant: on fonce droit sur des bouées d'ici 3/4 d'heures il faudra être vigilant...  J'avertirai René qui prend son quart après moi.  Encore une demi-heure pour moi, puis dodo...

 

Jeudi 9 juin

Baie de Chincoteague vers Atlantic City.

Au large de l'ile aux chevaux sauvages.  Il fait chaud, collant.  Il y a des mouches comme les domestiques chez nous mais qui partent avec un bout de peau comme les mouches à chevreuil?  Ce sont elles qui me réveillent en me bouffant les pieds.  Tannantes !   La tapette à mouche est très active et les mouches écrasées laissent une flaque de sang. Dégeux !  La question du jour, le calcul de la consommation d'essence afin de savoir si on doit s'arrêter à Atlantic  ou si on peut continuer jusqu'à New York.  Tous calculs faits, on continue.

Chaud, transpirant, pas assez de vent, vent arrière en plus.  Dans l'après-midi on ne supporte plus ce collant,  les uns après les autres on passe sous la douche.  Jeanne en premier.  Ohhh! ça fait du bien, même si c'est une "micro douche à 25 cents" pour conserver l'eau.  

Le soir, la mer est tellement calme,  qu'exceptionnellement on peut faire un BBQ !  En mer c'est une première.   Excellents hamburgers.   "C'est good" comme disent les petits enfants de Solange.  On commence à avoir nos expressions locales, à bord.  "Le nooooord !" des Ch'tis aussi sera devenu vocabulaire local sur le voilier et ressorti souvent dans les éclats de rires.  Ensuite je me couche tôt, car j'ai mon quart préféré, celui de 3 h  

La mer est calme. À peine si je roule un peu dans mon lit.  Ça ressemble plus à un avion qu'à un bateau.  J'ai 5 heures devant moi, ça va bien dormir.   Vers 23h je me réveille brusquement, on a dû s'échouer ?  le voilier va dans tous les sens, c'est comme si on roulait  sur une piste pleine de grosses bosses et de trous profonds.  Le moteur est démarré.  Solange qui dormait aussi, sort de sa chambre en disant "Un grain".  Marcel descend précipitamment du cockpit  et va chercher son harnais qu'il enfile en remontant, monte sur le pont et abat la grand-voile au complet.

La proue cogne lourdement en s'abattant sur les vagues qui doivent être pas mal grosses.  Je me lève et m'habille aussi.  René à la barre dit qu'il n'y a eu aucun signe avant coureur c'est arrivé d'un coup, le vent est venu de toutes les directions.  Quelques minutes plus tard, grosse pluie et surtout méchant orage.  Le radar indique qu'on rentre en plein dedans.  Pas besoin de radar pour s'en convaincre les éclairs sont partout autour de nous, horizontaux de nuage en nuage, parfois allumant le tiers du ciel.  Solange et Marcel disent qu'ils n'ont jamais vécu un si gros orage.  Et on est en plein dedans.

Impressionnant !  Parfois l'éclair semble tomber sur le bateau,  suivi immédiatement d'un énorme coup de tonnère qui me fait sursauter...  Les appareils électroniques sont débranchés  et cachés dans le four pour les protéger.  La radio allumée au 16.  Le SPOT est envoyé pour indiquer notre position (Jeudi vers 23 h 30).  Ça dure au moins 1 heure sinon deux puis ça se calme.  Les éclairs cessent au loin.  La pluie recommence et "aplati les vagues" comme dit si bien Marcel.  La mer se calme, on retourne se coucher.  J'ai mon quart dans 2 heures, le dernier en mer, demain New York !

 

Après 12 jours.

New York, New York ...

Log 7

Vendredi 10 juin 2011  Après 12 jours depuis Nassau, voici New York.  En début de matinée, Sandy Hook et ses riches maisons.  On a sorti les manches longues, le pantalon et les runnings.  Il y a du brouillard, mais ça se lève tranquillement.  L'entrée sur New York est interminable.  D'abord des gros navires ancrés ici et là le long du chenal.  Puis tout un trafic de tuck boats qui poussent d'énormes barges.  Les hélicoptères partout dans tous les sens comme de grosses libellules.  Bouée après bouée on approche.  Bientôt sur bâbord avant se dresse la Statue de la Liberté.  Une fois passée l'ile de quarantaine des émigrants,  Newark sur bâbord,   Manhattan devant, reliée par le Brooklyn Bridge au Bronx à tribord. Photos photos.  Wall Street.  Le trou des tours jumelles.  Je m'étais imaginé l'arrivée triomphale à NY sous le soleil, avec les jets d'eau des bateaux pompiers, les sirènes des cargos et les applaudissements des belles NewYorquaises sur les quais.  Je suis un peu déçu:   On pique sur bâbord, vers Newark, droit sur la grosse horloge Colgate  et on entre dans la marina Liberty Landing pour faire du diésel et de l'eau ainsi qu'un pomp out.  He oui il faut le vider ce réservoir de toilette!  On en profite pour descendre le zodiac.  On contemple la ville tranquillement à 5 noeuds.  Empire State Building.  Les hangars de la marine avec un porte-avion chargé d'avions aux ailes repliées. Un des derniers Concorde.  Il est 16 h quand on arrive au mouillage de la 79ième au milieu de Manhattan, près de Central Park.  C'est là qu'on passera la nuit.  Malheureusement pas d'internet accessible...  Vous aurez des nouvelles plus tard.

Mais avant, un coup de zodiac jusqu'à la marina pour la douche et un lavage.  Dans la rotonde il y a un party de Conférence Deloite.  On s'invite à leur buffet et on se récupère une bière.  Ensuite on va René, Jeanne et moi marcher dans New York pendant que Marcel et Solange, restés sur le voilier et enfin seuls "vaques à leurs occupations"...  Petit shopping sur Broadway, Columbus puis Central Park, juste autour du Musée d'Histoire Naturelle.  Oh les petite New Yorkaises son très sexies  dans la chaleur moite et sous le soleil de plomb !  Dur sur un célibat de 14 jours...

En revenant on se prend une douche.  Il ne faut pas fermer les yeux, car le Mal de Terre  fait bouger le plancher pourtant bien stable...    Retour au voilier par zodiac, apéro et bouffe.  Tout proche, la promenade ombragée le long de l'Hudson avec ses vélos, ses joggeurs, ses patineurs et beaucoup de monde qui prend une petite marche, jusqu'à tard dans la soirée.Il y a cet avantage en plein New York, d'un accès facile au bord du fleuve et cette culture qu'à quelques minutes du centre de Manhattan, on peut embarquer sur son voilier pour une petite virée.  Au dodo dans mes draps de coton, avec une grosse doudou bercé par les autos le long de la promenade.   Dans la nuit il tombe une pluie drue.  Demain il faudra vider le zodiac...

Samedi 11 juin 2011

Super nuit au ... calme plat.

New York City.

Il fait frais.  J'ai sorti le pantalon imperméable.  Très tôt selon leur habitude, à 5 h aujourd'hui !   Marcel et Solange démarrent le moteur  et ainsi commence la semaine de remontée de l'Hudson.  Le pont Washington,  New York qui fait place à Yonkers.  L'Hudson étale son mile ou moins de large entre deux falaises de forêt très vertes.  Avec de belles maisons riches perchées ici et là.  Une usine avec ses hautes cheminées.  Quasiment pas d'habitations.  Quelques îles, dont la célèbre surmontée des ruines  d'un château écossais transporté là au 18ième siècle pierre par pierre dans cette région bien nommée Highlands.  Puis des "lighthouses", littéralement maison phare, et c'est bien une île avec une maison et le phare attenant.  Nombreux ponts et marinas,  manoirs dans la montagne.  Et les trains, beaucoup de trains.   Voyageurs rive droite, marchandises rive gauche.  Tout en avançant, on prépare pour démâter à Catskill demain.  Après les ponts deviennent trop bas et on doit passer les écluses.  Donc on enlève les cordages et les goupilles fendues,  ramasse la grand voile dans son tau, déroule et enlève le génois.

Ce soir c'est le party à bord.  On vide quelques bouteilles on met la musique un peu plus fort on se raconte des blagues et on regarde les photos du voyage puisque la partie mer est bien terminée.

Dimanche 12 juin

Lever tard pour changer.  Je suis de bouffe encore aujourd'hui.  C'est dimanche, je fais des oeufs pour la gang.  On se dirige tranquillement vers Catskill Riverview Marina où on arrive en fin de matinée.  Chanceux on va pouvoir démâter aujourd'hui...  Les femmes vont faire une dernière épicerie pendant que les gars fabriquent des échafaudages de bois pour déposer le mat, en récupérant certains morceaux tout faits laissés là à l'automne par les voiliers qui descendaient vers New York et plus loin.

On débarque la baume et on la fixe sur le pont.  Il n'y a plus un cordage dans le cockpit.  Voilà il n'y a plus qu'à attendre le grutier.  Il y a WiFi alors j'en profite.  Un skype à Michou qui regarde la F1 sous la pluie.  et vous pouvez lire mes logs et regarder les photos.  Le prochain log probablement au lac Champlain.

Maintenant je vais prendre une douche.

Log 8

Dimanche 12 juin

Catskill.

Voilà le grutier est arrivé.  Pas le vieux de 63 ans, comme l'année dernière et qui grimpe au mat comme un singe, juste avec sa propre force physique, bras et jambes. On est dimanche il a congé me rassure t-on. Un jeune costaud se contente d'être hissé par la grue pour aller fixer une grosse corde au mat afin de le soulever. Juste un peu pour qu'on puisse enlever tous les ridoirs qui retiennent les haubans, etc qui tenaient le mat en place.   On boudine avec toutes les slings disponibles et autres collants plastiques et rubans chatterton tous les cables ainsi que le support du génois avant que le grutier ne renverse les 50 pieds de mat à l'horizontale sur notre structure de bois. On renforce le tout avec des tendeurs et nous voilà prêts au départ.  Mais pas ce soir.  En plus c'est encore moi qui suis de bouffe (avec l'aide de Solange).   Haricots verts, riz à l'orange et de belles côtelettes de veau au BBQ, au prix de moins de 2$ chaque, ah ces Américains !   Bon vin italien pour Marcel et Marc, rosé pour René et Jeanne, Pinot Grigio pour Solange. Qu'est-ce qu'on est malheureux !  Dès la fin du repas, il pleut de nouveau et il y a des moustiques.

Le Nooooord

"Demain les écluses" ambitionne Marcel.  Il est bien capable de se lever encore à 5h du matin car il commence à être impatient d'arriver.   Mais il n'oblige personne à écourter sa nuit, ouf!  De toute façon ce sont des lève-tôt.

Lundi 13 juin

Écluses.

Il est 7h30 quand j'ouvre l'oeil, enlève mon hibou et mes bouchons d'oreilles. Le moteur tourne à fond. Il fait gris, couvert, pluvieux.  J'étais mieux dans mes couvertures.   Ce matin pantalon, chaussures et 2 couches sous le coupe-vent.  L'Hudson devient assez étroite, mais reste très profonde, 30 pieds.  Il y a des aigrettes blanches, de huards avec toute leur petite famille, des cormorans qui sèchent et des hérons.   Les lève-tôt on même pû voir des chevreuils.  Aujourd'hui on vivra tous les climats, froid, pluie, un peu de soleil et on ajoutera ou retirera des couches selon, pour finir la journée en short et t-shirt, mais pas longtemps, car il y aura des moustiques...  Je vais passer le plus clair de ces deux jours au chaud dans le carré à lire ou bien a enfiler mon coupe-vent pour aller sur le pont aider à la manoeuvre des écluses.  On passe Albany vers 11h, qui a sa propre version de l'échangeur Turcot.  Puis Troy avec Federal Lock, la première écluse, mais qui ne fait pas partie du New York state Canal System et s'en distingue aussi par le fait qu'elle n'ait pas de pendilles mais des tubes verticaux autour desquels on passe un cordage pour se stabiliser.

"Lock tender, Lock tender, this is Northbound vessel"

Nous sommes seuls, pas un bateau ni devant ni derrière alors il n'y a aucune attente. "Northbound vessel, this is the lock tender, openning right away". L'eau bouillonne en bas de la porte, puis une fois l'écluse vidée la lumière verte s'allume et les portes s'ouvrent.   Dans toutes les écluses des pendilles, cordages amarrés en haut pendent tout le long de l'écluse, permettant de stabiliser le voilier: on enfile ses gants de caoutchouc, parce que la corde est plutôt sale, et on attrape à la main une corde en avant et une en arrière du voilier pour l'empêcher de trop se déplacer quand l'eau s'engouffre.  Il faut particulièrement faire attention à ce que le mat qui dépasse de 5 ou 6 pieds en avant comme en arrière ne cogne les murs de l'écluse.  Derrière la première écluse il faut s'assurer de prendre tribord, sinon on se retrouve sur le chemin du Lac Érié, qui nous mènerait à 350 miles d'ici ! Les écluses se suivent à distances variables, entre 5 et 15 miles. Il y en a 11 à passer, de la #1 à la #12, la #10 ayant été éliminée comme une dizaine d'autres depuis un siècle.  Ce soir on sera à la #6 celle de Fort Miller, qu'on passera vers 19h30 puis on s'amarre à deux bites pour la bouffe puis une nuit entourée de moustiques.

Mardi 14 juin

 

Quand je me réveille vers 8h, je suis le dernier debout, pour une fois.  Et ça me tenterait de rester au chaud parce qu'il ne fait pas beau dehors ! C'est les manoeuvres d'une écluse qui m'ont sorti de mon sommeil. Déjeuner et rapidement on arrive à l'écluse #8 de Fort Edward, tout en haut de la montagne. À partir de maintenant on découvre les écluses par le haut et une fois dedans on descend. Vers le Lac Champlain. D'ailleurs on n'est plus dans la Hudson, mais dans le canal Champlain.  Marcel appelle la Marina Chipman Point où il ambitionne de remâter ce soir. Pas sûr nous annonce t-on, car le lac est si haut que la grue ne sera peut être pas assez haute !  Dernière écluse vers midi et nous voilà sur le Lac Champlain.  Immédiatement nous constatons que les inondations sont loin d'être du passé. L'eau est trop haute de plusieurs pieds. Le lac empiète sur les pelouses des vieilles maisons délabrées de Whitehall. Ici et là des troncs d'arbres se sont déposés sur les terrains. À gauche une cabane autrefois au bord du lac git, engloutie jusqu'en haut des fenêtres. Il n'est pas évident de savoir où avancer, car le canal se confond avec les prairies et la forêt. C'est un grand marécage...  Vers 14 h 30 on arrive à Chipman Point.

Log 9

Mardi 14 juin

Lac Champlain.

Remattage.  14 h 30 on arrive à Chipman Point.  Le grutier est parti en bateau chercher un passager du train qui normalement aurait pris le traversier, mais à cause des inondations les quais du traversier sont sous l'eau !  C'est incroyable, ces inondations ont commencé en avril...  Quand il revient il évalue la longueur du mat (environ 52 pieds) et si sa grue va être capable de le monter, car l'eau est au moins 4 pieds plus haute que normal.   Le beau temps chaud est revenu.  Quelques heures plus tard, nous réassemblons les ridoirs, passons les cordages, drisses et écoutes, remontons le génois et voilà, le voilier ressemble de nouveau à un voilier.  Bière, internet skype, douche.  Pour la douche il faut faire le tour du bâtiment par l'arrière, car le sentier en avant est sous l'eau.  Puis la bouffe, la dernière sur le voilier  J'ai vérifié les horaires du train, on ne sera pas à Plattsburgh à temps, les horaires du bus Greyhound: 18h10 demain, c'est faisable.  C'est ma pire nuit à bord, je me fais manger par les maringouins. Je me suis rhabillé, pantalon, bas, manches longues, mais ils me dévorent les mains et le visage. À 3 h du matin je suis encore en train de me beurrer avec de l'After Byte.

Mercredi 15 juin 2011

Lac Champlain.

À leur habitude Marcel et Solange sont debout dès 5 h et démarrent le voilier. Moteur, car ile n'y a pas un pet de vent. Décidément le vent  n'aura pas été favorable dans ce convoyage !  Moi je me réveille à 10 h 30 !  Déjeuner puis repas de midi de wraps avec ce qui reste à manger, soit plus grand chose, viandes froides et salade. Il reste du vin et du rhum, mais je ne pourrai pas en ramener, faute de place.  Chacun se prépare pour le départ, ramasse ses affaires éparpillées sur le bateau, dans le coffre du cockpit, sur la dunette au dessus de la VHF, sous un siège dans le carré. En vérifiant une deuxième fois je découvre mon livre qui était tombé dans la cave à vin...  Les sacs sont prêts quand on arrive à la marina du Naked Turtle Boat Basin à Plattsburgh. Tout est inondé ici aussi. Il y a une trace blanche un pied et demi sur le tronc des arbres.  C'est le temps des adieux, taxi et bus.

Et le meilleur de la journée: un grand bain en arrivant à la maison !

La suite reste du domaine privé   

Heureux qui comme Ulysse...