De la Guadeloupe au Lac Champlain (1)
Solange et Marcel ont navigué tout l'hiver dans les Caraïbes et remontent maintenant leur voilier au Lac Champlain pour l'été. Ils ont rebaptisé leur voilier le "MARYSOL". La route prévue du MARYSOL pour se rendre au Lac Champlain est: de la Guadeloupe aux Bermudes, puis New York et le Lac Champlain via la rivière Hudson. Un trajet d'environ 2000 miles.
Je me suis donc rendu à Pointe-à-Pitre, Guadeloupe, samedi le 26 avril pour y rejoindre Solange et Marcel à bord du MARYSOL. Solange et Marcel m'attendaient à l'aéroport. Ce soir là, ce fut un souper au resto "La Rome des Iles" puis le lendemain, un premier souper à bord avec un invité, Michel Lachapelle, un jeune retraité propriétaire d'un superbe catamaran, le "Hors d'œuvre", un Catana 47'. Michel se prépare mentalement et physiquement pour la route Antigua/Açores. Il prévoit être en Méditerranée en juin prochain.
Durant la fin de semaine, nous avons complété l'approvisionnement de MARYSOL en eau, nourriture et fuel en prévision de notre départ. Après que le capitaine eut complété les formalités de départ, nous avons levé l'ancre à destination des Bermudes lundi le 28 avril, à 12:20 heures. Position de départ dans le mouillage à Pointe-à-Pitre: 16° 13' N - 61° 32' W. Très belle journée en ce lundi après-midi: c'est ensoleillé, 30° Celsius, et le vent des alizés souffle de l'Est à 15 nœuds (E 15 kts). La météo nous est favorable pour les prochains jours.
À la sortie du mouillage de Pointe-à-Pitre, MARYSOL étant nez au vent, nous avons louvoyé dans le Petit Cul-de-Sac Marin le long de la côte de Grande-Terre pour remonter au vent sur une distance de 21 miles jusqu'à la Pointe des Châteaux. Puis, à mi-chemin entre la Pointe des Châteaux et La Désirade, une île située à environ 2 miles de la côte est de la Guadeloupe, nous tournons à 90° sur bâbord. Nous sommes maintenant au portant, par vent de travers, sur un cap de 004° magnétique. Cette route nous mènera en ligne droite, pratiquement franc nord, aux Bermudes, distantes de 990 miles. Déjà la nuit tombe et nous filons à la vitesse de 6,5 à 7,0 kts en cette première nuit en mer. De la maudite belle voile comme dirait mon ami Richard.
Question d'organisation à bord, dès le départ nous convenons de répartir la journée en quarts de travail de 2½ heures, le jour comme la nuit, afin de se partager équitablement les heures de veille à la barre. Ainsi, l'horaire de chacun change à chaque jour sur un cycle de 5 jours. En ce qui concerne les communications radio, MARYSOL est équipé d'un "transceiver", ce qui permet de communiquer sur les fréquences réservées à la radio amateur. Tous les jours, notre position est transmise à Edward, un ami de Marcel à Québec, et la météo nous est donnée à 7:00 hre le matin par le "Réseau du Capitaine" émettant à partir de Montréal sur la fréquence 14,118 mHz. Même en plein océan, la magie des ondes nous garde en contact avec le monde extérieur.
Avril et mai; c'est la période du retour au bercail pour les bateaux qui ont passé l'hiver aux Antilles. Mercredi matin le 30 avril, en l'espace d'une heure, deux voiliers européens, l'Arcadia et le Kiri, ont croisé notre route en direction des Açores.
Jeudi le 1er mai au matin, nous sommes à 670 miles des Bermudes. Le soleil est toujours au rendez-vous. C'est 29°C et nous naviguons par petit temps avec un vent E 5-10, parfois 15 kts, qui devrait tenir encore pour quelques jours. Rien de très excitant mais la mer est calme, ce qui le soir venu nous permet de savourer confortablement assis autour de la table, qui dans ces conditions de navigation reste à niveau, ces délicieux repas chauds que Solange sait si bien préparer.
Curieusement, depuis notre départ un oiseau tout blanc de la taille d'un goéland, mais qui n'en est pas un puisque sa queue est étroite et faite de longues plumes, vient chaque matin nous rendre visite. Il tourne autour de MARYSOL deux ou trois fois, approche par l'arrière comme pour quêter sa pitance, puis repart en mer. Nous ne le revoyons pas de la journée.
Vendredi le 2 mai; nous sommes maintenant à la mi-chemin des Bermudes. À midi, il nous reste une distance de 525 miles à naviguer. Le vent faiblit par moment mais nous maintenons quand même une vitesse moyenne de 5,2 kts. Si la tendance se maintient, nous devrions être aux Bermudes dans 4 jours, soit mardi le 6 mai en fin d'après-midi.
Hélas, la tendance ne se maintient pas. En après-midi du vendredi, le vent est SE 5-8 et nous progressons à 4 kts. Puis en soirée c'est un vent nul et, à compter de 20:00 hres, nous devons naviguer à moteur.
Aujourd'hui, samedi le 3 avril à 13:00 hres, ça fait 17 heures en ligne que le moteur tourne, lesquelles heures s'ajoutent aux 10 heures préalablement utilisées à ce jour pour recharger les batteries. MARYSOL peut compter sur une capacité utilisable estimée à 180 litres de fuel et consomme environ 3 litres à l'heure à 2000 RPM. Ainsi, de façon sécuritaire, son autonomie à moteur devrait être de 60 heures pour une distance d'environ 300 miles à 5 kts. Comme nous supposons avoir encore 33 heures de moteur en réserve, nous pouvons théoriquement couvrir une distance de 165 miles sur les 410 miles qui nous séparent présentement des Bermudes. On nous annonce une petite dépression pour demain soir. Le vent devrait alors être au rendez-vous. Sur la mer, les jours se suivent mais ne se ressemblent pas nécessairement.
Dimanche le 4 mai. Nous naviguons toujours à moteur depuis vendredi 20:00 heures. Le vent refuse de collaborer concrètement; il se tient sud à moins de 10 kts. Durant mon quart de nuit, à 1:30 hres du matin, je sors le génois pour assister le moteur dans ses efforts de propulsion, question de profiter pleinement des quelques poffs de vent qui se manifestent de temps à autre. Puis, à 2:00 hres, des éclairs au loin traversent les ténèbres à plus de 20 miles droit devant nous. Chaque éclat révèle le contour de nuages opaques qui nous attendent patiemment.
Au lever du jour, le ciel est noir et menaçant. Graduellement, le vent sort de sa torpeur et se pointe SE 10-15. Le capitaine étrangle le moteur qui tourne depuis 35 heures et monte la grand-voile en prenant soin de lui infliger trois ris pour faire face à la dépression qui s'annonce devant nous. La pluie se met de la partie. Légère et délicate au début, elle devient vite abondante et tombe dru au plus fort de l'orage. C'est comme des clous qui tombent dans l'eau. Comme on dit en bon québécois: "y mouille à scieau". La mer, elle, grosse d'un mètre, clapotille dans toutes les directions ne sachant où se diriger. Le vent aussi cherche sa direction, tournant en tous sens, parfois devenant nul comme pour mieux se reprendre, puis soufflant à 15-20 kts.
Nous traversons cette dépression sans trop broncher de notre route puis, à 13:00 hres, c'est le retour du soleil et du vent S 10-12 kts, comme si de rien n'était. Puisque nous avons pris 4 heures pour la traverser, nous estimons que cette zone de dépression s'étendait sur une distance de 15 miles environ.
Lundi le 5 mai, le beau temps est encore au rendez-vous. C'est ensoleillé mais un peu plus frais depuis la dépression d'hier. En matinée, nous sommes à 215 miles des Bermudes par un vent W 10-15. La mer est stable à un mètre et nous filons à 6,5 kts, parfois au delà de 7 kts, par vent de travers, babord amure. En après-midi, le vent devient graduellement NW 15 puis NNW 15 et nous naviguons d'abord au près bon plein, puis au près serré. Une journée de voile idéale.
Mardi le 6 mai: ce matin vers 7:00 hres, notre fameux oiseau blanc est venu nous rendre visite et j'ai réussi à le prendre en photo, ce que je n'avais pas réussi à faire avant puisque l'oiseau était déjà parti lorsque je sortais ma caméra. À 10:30 hres, nous sommes à 108 miles des Bermudes où nous devrions être demain dans la journée, soit une journée de plus que prévu antérieurement. C'est ensoleillé, 24°C et le baromètre est à 1022. Le vent est maintenant N 5-10; nous l'avons directement sur le nez. Nous profitons de ce moment pour naviguer à moteur pour quelques heures alors que nous rechargeons les batteries.
Le vent persiste N 5-10, ce qui nous oblige soit à louvoyer par petit temps ou soit à naviguer à moteur. Comme nous comptons être aux Bermudes demain et que la réserve de fuel semble suffisante, le capitaine décide de poursuivre sa route à moteur tant que le vent ne nous sera pas favorable. Ce fut une journée de moteur.
Mercredi le 7 mai. Durant la nuit le vent tombe et il devient pratiquement nul. Nous naviguons à moteur depuis hier matin et la lumière du phare de Gibb's Hill aux Bermudes est maintenant visible au loin. C'est le capitaine qui l'aperçut le premier; comme le veut la tradition, il aura donc droit à une double ration de rhum. Au lever du jour, il nous reste 20 miles à parcourir. Nous serons sur la terre ferme en matinée.
Il est 8:30 heures lorsque nous approchons de l'entrée bien balisée qui mène au bassin de St George, aux Bermudes, et à 9:15 heures, nous sommes amarrés au quai de la douane pour les formalités d'usage. À 10:30 hres, après les formalités, nous jetons l'ancre dans le bassin, non loin du quai des douanes. Position du mouillage: 32 22.802 N - 64 40.375 W. Durant nos 9 jours de navigation, compte tenu du louvoyage, nous avons parcouru une distance de 1050 miles à une vitesse moyenne de 4,9 kts et nous avons accumulé 72,5 heures de moteur. À part la petite dépression que nous avons traversée, ce fut un voyage sans problème sur une mer calme.
C'est toujours agréable de revenir aux Bermudes. Les gens sont accueillants et l'île est d'une propreté exemplaire. Le port de St George est situé le long d'un bassin intérieur bien protégé et son quartier historique est particulièrement intéressant avec ses maisons aux couleurs pastels. Plusieurs voiliers sont au mouillage dans le bassin et au quai des douanes, deux paquebots géants sont accostés: le Norwegian Majesty et le Zenith.
Nous resterons à St George quelques jours et nous partirons lorsque la météo nous sera propice pour entreprendre la prochaine étape qui nous mènera à New York.
De la Guadeloupe au Lac Champlain (2)
Nous retournons aux Bermudes !!!!!
Aujourd'hui, mardi le 13 mai, 10:15 hres le matin, nous avons parcouru une distance de 238 miles depuis les Bermudes et la bouée MOA à l'entrée du port de New York est à 433 miles devant nous. Notre position est: 34° 59' Nord et 68° 08' West. C'est ensoleillé, le vent est W 10, la mer est calme et c'est 26°C. C'est une période de repos bien mérité après nos deux premières journées en mer.
En effet, nous avons quitté les Bermudes dimanche le 11 mai, le jour de la fête des mères, à 11:00 hres le matin. C'était couvert et le vent était NW 15-20 au départ des Bermudes, ce qui nous obligea à naviguer au près. Les conditions de navigation ne se sont pas améliorées par après. Au contraire, le vent s'est renforcé davantage, devenant WSW 25-30 lundi le 12 mai en fin de journée alors que nous traversions la dépression que nous avions déjà anticipée lors de notre départ. À ce moment, la mer était bien formée à 3 mètres et le ciel était gris. Durant la nuit du lundi cependant, après avoir traversé la dépression, le ciel s'est dégagé. Nous voilà maintenant rendu, aujourd'hui mardi le 13 mai, dans une zone de calme, mais pas pour bien longtemps semble-t-il.
Ce matin, le capitaine a reçu un bulletin météo défavorable. Une forte dépression (gail storm) est en formation sur la côte est américaine à la hauteur des Carolines. Elle longera la côte le long du Gulf Stream, puis se dirigera en mer et passera à 100 miles au nord des Bermudes. À New York, des vents de 50 kts sont prévus avec une mer de 27 pieds.
Assez risqué donc de poursuivre notre route vers New York puisque cette dépression nous rattrapera avant qu'on y arrive. Non recommandé aussi de se mettre à la cape pour 48 heures en attendant qu'elle passe puisque nous sommes présentement dans sa trajectoire.
Le capitaine a donc pris la sage décision de rebrousser chemin et de retourner aux Bermudes pour attendre le retour d'une fenêtre météo plus propice à notre petite balade en mer.
Jeudi le 15 mai, à 13:45 heures, nous sommes de nouveau à l'ancre aux Bermudes.
De la Guadeloupe au Lac Champlain (3)
Aujourd'hui, lundi le 19 mai à 12:30 heures, notre position est: 35° 23' N - 68° 29' W. Le ciel est un peu voilé et nous filons par vent de travers NE 10-12, tribord amure, sur un cap de 331° mag. En deux jours de navigation, nous avons parcourus 283 miles à une vitesse moyenne de 5,9 kts et le Gulf Stream se trouve à 122 miles devant nous. Nous y serons demain en avant-midi.
Nous sommes revenus aux Bermudes jeudi le 15 mai en début d'après-midi et nous en sommes repartis samedi le 17 mai à 12:30 heures après que la capitaine jugea que la météo lui était favorable pour traverser le Gulf Stream.
Durant notre brève escale de deux jours à St George, les amis Jocelyne et Jacquelin qui naviguent sur le "Calbodine", un Kirié 45', sont venus un soir prendre l'apéro à bord de MARYSOL. Nous avons discuté de navigation et de différents problèmes existentiels, auxquels nous croyons humblement avoir trouvé des solutions, tout en sirotant un rhum ou deux. Jocelyne, VA2JBR, est une collaboratrice assidue du Réseau du Capitaine et nous est une aide précieuse lorsqu'elle nous relaie par BLU certaines informations en temps opportun.
Nos deux premières journées de navigation ont été assez mouvementées. Après avoir contourné la bouée "Kitchen Shoal" à la sortie de St George, le vent sud-ouest tourna graduellement à l'ouest puis à nord, variant entre 15 et 25 nœuds, ce qui nous obligea à naviguer au près. Dans ces conditions de navigation, le voilier gîte jusqu'à 30° et chevauche les vagues comme un cheval au galop. Nous, à l'intérieur, sommes en selle et la moindre petite tâche routinière devient un défi d'équilibriste.
Ainsi, la nuit lorsque le temps est venu d'assumer son quart de veille, il faut d'abord réussir à se sortir de sa couchette. Par forte gîte, on se trouve à dormir allongé dans l'angle formé par la couchette et la cloison. S'extirper de cette position requiert parfois des talents d'acrobate. Il faut ensuite enfiler son pantalon tout en prenant soin de s'assurer des points d'appui sécuritaires. En général, trois points d'appui sont en tout temps recommandés. Comment alors enfiler une jambe après l'autre tout en remontant son pantalon à la taille? À la moindre hésitation, les mains quittent la ceinture pour s'agripper à la qui mieux mieux afin de ne pas perdre équilibre. La culotte tombe alors aux chevilles, lesquelles se bloquent en place systématiquement, ce qui par le fait même ajoute à la position déjà précaire. Et que dire des sessions sur le bol de toilette lorsque la nature se fait pressante? Surtout ne pas oublier d'activer la pompe d'évacuation en même temps afin d'éviter des surprises désagréables. Tôt ou tard, ... il faudra aussi relever sa culotte dans cet endroit aux dimensions réduites et qui a été conçu en fonction d'une utilisation optimale de cet espace restreint.
Heureusement, il y a des moments plus agréables en mer. Aujourd'hui, mardi le 20 mai à 09:40 hres, par un léger vent NE 10, nous entrons dans le Gulf Stream, ce courant marin qui est la hantise de plusieurs plaisanciers. Nous sommes chanceux car aujourd'hui il est au repos et semble dormir; ne le réveillons surtout pas.. En effet le Gulf Stream, souvent comparé à une rivière d'environ 40 à 80 miles de largeur, et même davantage à certains endroits dans l'Atlantique, qui coule le long du plateau continental américain et tourne à l'est à la hauteur de Cape May pour se diriger vers l'Europe en passant au nord des Bermudes, puis des Açores. Entre le 35ième et le 40ième parallèle, l'eau du côté sud-est du Gulf Stream est de trois à quatre degrés plus chaude que celle du côté nord-ouest tandis qu'au centre du Gulf Stream, l'eau est encore plus chaude de quelques degrés. Là où nous le passons, le courant du Gulf Stream est de 2,5 kts, ce qui pourrait nous faire dériver de quelques miles durant les quelques 10 à 12 heures que nous prendrons pour le traverser, à moins de corriger notre route sur le fond en conséquence. Par gros temps, les plaisanciers évitent de s'engager dans le Gulf Stream car la mer devient alors déchaînée et ses vagues sont courtes et cassantes, surtout lorsque le vent souffle du nord-est.
À la sortie du Gulf Stream, vers 21:30 heures mardi, nous sommes à 220 miles de notre prochain waypoint, la bouée Mo(A) à l'entrée de l'Ambrose Channel qui mène au port de New York.
Mercredi le 21 mai, 11:00 heures. Durant la nuit, le vent s'est tu; pas le moindre petit murmure de sa part. Présentement la mer est calme, très calme. C'est une mer d'huile. De temps à autre cependant, elle frisonne un peu; elle a la chair de poule lorsqu'une légère brise se manifeste. Attention: elle est toujours vivante; est-il nécessaire de se le rappeler? On le voit bien qu'elle est vivante; on dirait qu'elle respire si l'on s'arrête pour observer les légères ondulations qui s'expriment inlassablement à sa surface. Elle berce doucement MARYSOL, comme une mère berce son enfant pour l'endormir.
Nous avançons au ronronnement monotone du moteur, 2000 RPM, 5,2 kts, vers New York maintenant à 150 miles devant nous. C'est une journée de repos, de lecture et de contemplation de l'horizon infini. Le ciel est mi-voilé, mi-bleu, et parsemé de nuages immobiles en haute altitude, des nuages blancs, effilés, certains ondulés vaguement. Ce sont des cirrus et des cirrocumulus qui apaisent et calment la mer. Rien de menaçant pour l'instant.
La vie à bord se déroule au ralenti. Tout est en place, tout est propre, tout est bien rangé. Nous attendons patiemment le retour d'éole dans la paix et la sérénité. C'est un grand privilège que de vivre le moment présent et de s'en nourrir. Les dauphins, pour nous divertir en après-midi, sont venus nous présenter leur spectacle bien rodé de "nage sous l'étrave". Par groupe de 4, 8 et même 12, ils nous accompagnent juste à l'avant du bateau, à la même vitesse, inlassablement. Ils se relayent comme chef de file à l'avant du voilier, plongent sous l'étrave et refont surface pour respirer, puis nous regardent de travers tout en maintenant leur course, comme pour nous saluer au passage. C'est un spectacle grandiose qui nous est offert au beau milieu de ce monde marin.
Jeudi le 22 mai. Aujourd'hui, le ciel est gris et l'air est imprégné d'humidité. Une légère bruine se dégage de l'air salin qui nous enveloppe. Notre visibilité se limite à environ 3 km. Tout autour, c'est le néant; à l'horizon, la mer se confond avec le ciel. Après une nuit de tout repos, le vent du NE s'installe peu à peu. Nous progressons vers New York à 6 kts. À l'approche de la bouée Mo(A), le traffic maritime se fait plus intense. Vers midi, tranquillement le pont Verrazano à l'entrée de New York émerge du brouillard. Un peu plus loin, le panorama new-yorkais amputé de ses deux tours, puis la statue de la Liberté font de même. Heureusement que George W. Bush n'a pas pensé à la retourner en France comme mesure de représaille. Peut-être ne sait-il pas qu'elle vient de là.
À 14:00 heures, nous arrivons au fuel dock de Liberty Marina pour faire le plein et les formalités d'usage en ce qui concerne la douane et l'immigration. Puis, à 17:00 heures, nous sommes au tangon à la marina de la 79ième Avenue. Nous venons de terminer notre périple Bermudes/New York, une distance de 711 miles, en cinq jours et quelques heures, à la vitesse moyenne de 5,8 kts.
De la Guadeloupe au Lac Champlain (4)
Dimanche le 25 mai, 01:45 heure du matin, soit 2 heures après la marée basse, nous quittons la marina de la 79ième Avenue à New York pour remonter la Rivière Hudson. Notre prochaine escale sera Catskill, à 92 miles de New York tandis que notre destination finale, la Marina Gosselin, est à 283 miles d'ici. C'est à Catskill que nous démâterons puisqu'à partir de Albany, N.Y., la clairance verticale sous les ponts est insuffisante. Le temps fut gris, pluvieux, monotone et frais durant notre séjour à New York. C'est encore ce temps-là aujourd'hui.
Lors de notre dernière journée en mer, heureusement que c'était la dernière journée, l'alternateur a commencé à avoir des ratées; tantôt il chargeait, tantôt il ne chargeait pas. À la marina de la 79ième, il a rendu l'âme définitivement. La journée de samedi 24 mai a été consacré à la réparation de l'alternateur. D'abord il fallut trouver la place où le faire réparer puis s'y rendre. Marlon Auto Parts, sur la 125ième Avenue dans Harlem. Par la force des choses, nous avons donc visité New York à pieds, en taxi et en métro.
La première journée de remontée de la rivière Hudson s'est effectuée en douceur Nous sommes arrivés à la Riverview Marina de Catskill, dimanche à 17:15 hres. Le courant de marée aidant, nous avons parcourus la distance de 92 miles en 15½ heures à la vitesse moyenne de 5,9 kts.
Mardi le 27 mai, 10:20 heures, après démâtage nous quittons la marina Riverview une journée plus tard que prévu puisque nous n'avons pas pu démâter hier. C'était congé lundi le 26 mai aux USA, Memorial Day, et il a plu toute la journée. Nous arrivons à l'écluse fédérale à Troy, N.Y., à 35 miles de Catskill, à 16:00 heures. Pour se rendre au Lac Champlain, il nous faudra emprunter le canal Champlain long de 60 miles et qui compte 12 écluses moins une, la 10ième qui n'existe pas. Comme il est encore tôt, nous poursuivons notre route jusqu'à l'écluse no.4 située à Stillwater. C'est là en amont de l'écluse, à 19:30 heures, que nous nous arrêtons pour la nuit, après 47 miles de rivière depuis Catskill.
Mercredi le 28 mai, nous quittons Stillwater à 6:25 heures. À 15:00 heures nous atteignons la dernière écluse située à Whitehall, puis à 21:45 heures, après 15½ heures de navigation et 83 miles à moteur, nous jetons l'ancre à Button Bay, au Lac Champlain. Le ciel est toujours gris. Demain nous serons à la Marina Gosselin, notre destination finale.
Jeudi le 29 mai; encore du temps sombre pour notre dernière journée de navigation. Il nous reste 61 miles à faire pour arriver à la Marina Gosselin à St Paul-Île-aux-Noix. Nous quittons Button Bay à 6:00 heures, après quelques hésitations du démarreur pour mettre le moteur en marche. Problème de "switch" semble-t-il, à moins que MARYSOL soit hésitante à rentrer au bercail. Nous arrivons au poste de douane à l'entrée de la rivière Richelieu à 14:15 heures, puis à la Marina Gosselin à 16:00 heures. Voilà maintenant que le soleil se montre le bout du nez; il est grand temps.
Ainsi s'achève notre voyage sur MARYSOL, de la Guadeloupe jusqu'au Lac Champlain via les Bermudes et New York. Un périple de 2000 miles effectué sur une période de un mois, du 28 avril au 29 mai 2003.
L'équipage du MARYSOL vous salut