Origine hindoue ?
Le docteur Forbes (The History of chess, London, 1860) place la naissance du jeu des Échecs aux Indes, 3 000 ans avant notre ère, où vivait Sissa, fils de Daher, ami du roi Belkib.
Origine persane ?
Fréret, dans son discours prononcé à l'Académie sous Louis XV (qui pratiquait les échecs), est d'avis que les Persans ont reçu ce jeu des Indes et qu'il fut apporté en Perse sous le règne du Grand Chosroès.
Origine chinoise ?
Les Chinois (qui le surnomment le jeu de l'Éléphant) reconnaissent qu'ils le tiennent des Hindous desquels ils l'ont reçu au cours du VIIe siècle. La Haipienne, leur dictionnaire, au mot «Stanghki», dit que ce fut sous le règne de Vou-ti, vers l'an 537, ère vulgaire.
Origine Hébraique ?
Platon écrit que du temps de Moise (17 siècles avant J.-C.) fut connu ce jeu de délices et quelques auteurs l'attribuent à ce prophète. Ce jeu s'appelait «Ithkakit».
Origine grecque ?
On accorde aussi cette invention au Grec Palamède qu'Homère, qui écrivait au IXe siècle avant J.-C., cite parmi les chefs qui assiégeraient Troie deux ou trois siècles auparavant. Hérodote cite les Échecs parmi les jeux que Lido, chef des Lydiens, sous le règne d'Atys, fils de Manès, inventa pour faire supporter la misère d'une famine.
Origine égyptienne ?
Cette hypothèse fut suggérée par des fouilles récentes. Ajoutons aux diverses hypothèses à ce sujet que selon les fouilles effectuées en 1938 en Mésopotamie, notre jeu existait déjà vers 4000 avant l'ère chrétienne.
Diffusion
Selon toute probabilité, le jeu des Échecs fut donc inventé aux Indes «schatrandsch». Une de ses formes premières consistait, dans un jeu à quatre, à réduire à l'impuissance les deux Rois ennemis. Le nom du brahmine Sissa comme inventeur de ce jeu -- qui devait être, avec ses pièces variées, non seulement un simulacre de la guerre, mais aussi le symbole des devoirs royaux-- semble résulter de recherches sérieuses.
Le grand poète persan Firdousi consacre plusieurs passages de ses poèmes à la description d'une partie d'Échecs. Les Arabes ayant conquis la Perse (en 1651) y apprirent à jouer aux Échecs et apportèrent le jeu en Occident. Un jeu d'Échecs en ivoire et ébène avait été offert à Charlemagne par le calife Harun al-Rachid.
Henri IV avait une prédilection marquée pour les Échecs, ainsi que Tamerlan, le célèbre conquérant mongol manchot et boiteux, et les rois guerriers de Suède; Gustave-Adolphe et Charles XII. Napoléon avait fait des Échecs son délassement favori.
Le premier tournoi d'Échecs international eut lieu à la cour du roi Philippe II, à Madrid en 1575, entre quatre protagonistes de l'époque et finit par la victoire de l'Italien Leonardo. L'ère moderne des compétitions internationales s'ouvre par le grand tournoi de Londres, en 1851, où le premier prix revint au pédagogue allemand Adolphe Anderssen.
Le joueur le plus prodigieux de tous les temps fut Paul Morphy, avocat américain dont la mère était française. La supériorité sur tous ses contemporains était incontestable. «Jouer à la Morphy», c'est le plus grand éloge qu'on puisse faire pour un jeu brillant et profond à la fois.
L'histoire du jeu des Échecs fut surtout élucidée par A. Linde et par H.J.R. Murray. La série des auteurs qui ont écrit en Europe sur le jeu d'Échecs, s'ouvre vers l'an 1200 par Jacobus de Cessoles. La Bibliothèque Nationale ct celle de l'Arsenal possèdent plusieurs manuscrits de sa main, tant en latin qu'en français. Notons que l'aimable image de la nymphe Caissa, déesse protectrice du jeu des Échecs, ne date que du XVIe siècle (poème latin de Vida: Scacchia ludus).
Les premiers écrivains qui se sont occupés de la théorie des Échecs (fins et débuts) paraissent être deux Espagnols, Vincent et surtout Lucena, qui vivaient à la fin du XVe siècle. Les ouvrages curieux du Portugais Damiano, du prêtre espagnol Ruy Lopez de Segura, du jurisconsulte italien Alessandro Salvio, de l'érudit allemand Gustavus Selenus (pseudonyme d'Auguste, duc de Brunswick), enfin et surtout du génie calabrais Gioachino Greco suivirent.
Un ouvrage classique fut l'Analyse du jeu des Échecs, par M. André Danican Philidor. Paru en 1749 et réédité en 1777, ce livre consacra la gloire échiquéenne de son auteur, tandis que ses vingt-cinq opéras et opéras-comiques sont plutôt oubliés.
Avec son maître, M. de Legal, et ses successeurs: Deschapelles et La Bourdonnais, Philidor illustre une époque glorieuse pour les Échecs français. Si le sceptre a passé plus tard aux peuples anglo-saxons, germaniques et slaves, un revirement qui porterait de nouveau un intérêt mérité à ce jeu d'élite, ferait surgir des valeurs nouvelles dans notre art séculaire. «Clarté et profondeur», voilà la devise -- malgré toutes les amplifications théoriques ou techniques -- d'un combat d'Échecs.
(texte tiré du : Bréviaire des échecs par Tartakover)
accueil / home page
haut de page
Sissa, quand ses pions, fous, cavaliers et reines
Luttent Blanc contre Noir,
Montre au roi qu'en l'État, dont il détient les rênes,
Gouverner, c'est prévoir.
Tic ! Voici le signal donné par la pendule.
Tac ! Et le balancier force à pousser du bois.
Tic ! Que la pièce adverse, à son tour déambule !
Tac ! Le jeu se poursuit de même chaque fois.
De ce nombre «grand V», la valeur qu'il se donne,
Soustrayons «petit v», ce qu'il vaut pour de bon.
Il en résultera, ce que l'algèbre ordonne:
«Grand V» moins «petit v» ----égale illusion.
Le règlement proscrit tout abus de paroles,
De rires, de tabac, de tous gestes frivoles,
Bâillement, toux, lecture ou bruit de pièce en main,
Ni surtout, gentleman ! la nargue dans le gain.
Correctement, tu placeras,
Sans réfléchir trop longuement,
Jouant ce que tu toucheras,
Gagne ou perds ! Mais élégamment.
Conseilleur, mon ami, le règlement t'ordonne
D'éviter les propos où ton rôle est petit.
L'avis ne fait plaisir qu'à celui qui le donne;
Inutile au plus fort, le plus faible en pâtit.
Une occulte raison fait préférer la pièce
Dont un bon maniement augmente la valeur.
Celui qui les conduit toutes avec adresse
Saura, de tous ses plans, développer l'ampleur.
Même au tournoi, telle méprise
Culbute un jeu de bon aloi.
Des coups justes, puis...la sottise
Qu'on voit trop tard avec effroi.
Le jeu des échecs est l'image de la guerre
Les Anciens qui nommaient les pièces: Fantassins, chevaux, éléphants, chariots, généralissime, etc., considéraient cette troupe comme destinée à agir suivant un plan offensif ou défensif. La définition du jeu des Échecs comme simulacre de la guerre, est conforme à l'opinion que l'homme naît avec l'instinct, voire le besoin, de combattre.
Ici, deux peuples sont en guerre,
Viennent aux mains.
La case du mat est la terre
Qu'un souverain
Depuis longtemps, voudrait sans cesse
(Quatre mille ans)
Assujettir par son adresse
Sur noir ou blanc.
Le jeu des Échecs est une science
Bien que sujets à tant d'inconnues provenant des combinaisons en nombre infini auxquelles ils se prêtent, les Échecs peuvent être considérés comme une science puisque certains principes qui les régissent sont systématisés par l'application d'une méthode enseignée et perfectionnée par les maîtres.
Enfin le Maître vient, doué de la science,
Conduisant au progrès tous ses contemporains;
Il ajoute, aux Traités, sa propre expérience
Transportant le combat sur de nouveaux terrains.
De même que d'autres beaux-arts, l'art des Échecs, par ses combinaisons imaginatives, est une oeuvre de jouissance intellectuelle où le talent, et parfois le génie, peuvent se donner carrière. Mais restons modestes: Aucune branche de l'activité humaine n'est un critérium absolu de l'intelligence. Les Échecs ne font pas exception à cette loi.
Modestie et sang-froid, mémoire, patience
Sont, de l'art des Échecs, suffisants attributs;
N'eût-on que, d'autre part, moyenne intelligence,
On vaincra le savant, fût-il de l'Institut.
Le jeu des Échecs est un sport
Cet exercice, cette gymnastique cérébrale constitue une lutte quasi musculaire, munie de l'esprit et de la force, contre la matière également animée des mêmes éléments. Dans ce sport échiquéen -- pourvu, du reste, de lois et de règlements -- l'organe qui lutte est le plus noble de tous: C'est le cerveau. Son exercice entraîne les jeunes à franchir certains obstacles abstraits et maintient, chez les vieux, la souplesse de l'imagination.
L'ancien aime ce jeu, l'empêchant de vieillir.
Pour ses nerfs affaiblis, c'est une gymnastique
Qui permet à ses sens, à son esprit, de fuir
La sénile ankylose où le «vouloir» abdique.
Le jeu d'Échecs est de la mécanique
La valeur des pièces augmente ou diminue suivant leur position: C'est l'effet d'une loi de la mécanique, loi du mouvement, de l'équilibre et de la force, loi statique ou loi dynamique. C'est à ces lois que s'apparentent la tactique -- cette science des moyens ! -- et la stratégie -- cette science des buts ! -- qui font, de l'oeuvre des grands maîtres «ès échecs», une merveille de mécanique. On trouve dans leurs combinaisons les rouages, les pivots, les engrenages qui font peser la force sur le but: Le mat.
Ajoutons qu'Einstein se sert des Échecs pour démontrer cette quatrième dimension: La position qui modifie la valeur du volume. En effet, en prévoyant dans ses combinaisons une situation future, le joueur d'Échecs fait pour ainsi dire valoir la relativité du temps.
«Regardez», nous dit-il, «le Maître qui médite
«Quand le choix du coup juste, en son cerveau, s'agite :
«La moindre variante est visible hors ses yeux.
«La marche a modifié la valeur des figures,
«Force et Position s'accroissant toutes deux.
«Le quatrième aspect, notre jeu le procure.»
Le jeu des Échecs est une symphonie
Nombre de musiciens ont été ou sont de bons joueurs d'Échecs: Tels furent Philidor et Chopin, par exemple: Également le furent des poètes, musiciens du Verbe. C'est surtout le jeu «à l'aveugle» qui donne l'impression d'une symphonie. La matière de la pièce disparaît de l'esprit et son mouvement produit l'effet de l'un des tons d'instruments dont l'ensemble harmonieux se maintient jusqu'au «finale» triomphant.
Pour Lui, le jeu d'Échecs est une symphonie :
Chaque coup que l'on joue en devient l'un des tons.
Sa science en conçoit l'ordre et la poésie,
Son art : un univers comme le vit Newton.
Le jeu d'Échecs est un entraînement moral
Constatons d'abord que le jeu des Échecs prend la place de d'autres distractions plus coûteuses puisqu'il passionne assez, par lui-même, sans nécessiter d'enjeux. Dès la première page de sa légende, on trouve que l'invention, par le brahmine hindou Sissa, du jeu des Échecs eut pour but et pour effet de moraliser son Prince. La valeur des pièces était comparée aux XIIe et XIIIe siècles à celle de la condition des hommes et le jeu considéré comme faisant partie de l'enseignement des jeunes gens et des jeunes filles nobles. Les mémoires de Franklin consacrent un long chapître aux réflexions du grand homme sur l'influence du jeu des Échecs en ce qui concerne presque toutes les circonstances de la vie.
Enseignant la Prudence, il calme l'agité
Qui s'oblige à jouer toute pièce qu'il touche;
Par circonspection, le péril évité,
Il apprend à prévoir la prochaine escarmouche.
Puis, la Persévérance, en bien des mauvais cas,
Aide à garder l'espoir du moment favorable
Où la Réflexion, nous tirant du faux pas,
Procure la victoire ou le «pat» honorable.
Le jeu des Échecs est un jeu de hasard
C'est une définition paradoxale qui fait surgir la question suivante: Dans quelle proportion le hasard provoque-t-il le «coup faible» ou la «gaffe» fatale» ? Cette proportion dépend de la nervosité, d'une défaillance, d'une distraction intérieure ou extérieure. C'est ce qui constitue cette part de hasard qui fait parfois retourner les possibilités de gain.
Que de coups «décisifs» sont dus au pur hasard !
Que de gains espérés s'en vont à l'adversaire !
Le Maître a dit : «Qu'il faut, pour être le veinard,
Des gaffes aux Échecs, faire l'avant-dernière.»
Pour la gloire seule, on combat
Comme la France !
Quand se termine le débat,
On recommence...