Littérature

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Le Tableau du Maître flamand     

Arturo Perez-Reverte

Livre de poche #7625   347 pages

    Sur la toile peinte il y a cinq siècles, un seigneur et un chevalier jouent aux échecs, observés depuis le fond par une femme en noir. Détail curieux: Le peintre a exécuté ce tableau deux ans après la mort mystérieuse d'un des joueurs et tracé l'inscription «Qui a pris le cavalier ?», également traduisible par: «Qui a tué le cavalier ?» Tout cela n'éveillerait que des passions de collectionneurs si des morts violentes ne semblaient continuer la partie en suspens sur la toile. Et c'est ainsi que l'histoire, la peinture, la logique mathématique viennent multiplier les dimensions d'une intrigue elle-même aussi vertigineuse que le jeu d'échecs... Une oeuvre d'une originalité étonnante, traduite dans de nombreux pays et couronnée en France par le Grand Prix de littérature policière 1993.

    Né à Carthagène en 1951, Arturo Pérez-Reverte appartient aussi bien au monde journalistique que littéraire.  Il a suivi, en qualité de journaliste de presse, de radio et de télévision, un grand nombre de conflits internationaux depuis ces dix-huit dernières années.  Sa carrière littéraire, débutée avec El Maestro (1988) et El Husar (1990) marque ensuite une étape importante avec Le Tableau du Maître flamand qui a obtenu le Grand Prix de littérature policière 1993.

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Le maître du jeu     

John Grisham

Édition Pocket #10287  537 pages

    Celeste Wood, la veuve d'un ancien fumeur mort d'un cancer du larynx, intente un procès aux grandes compagnies de tabac américaines.  Du côté de la plaignante, un vieil avocat brillantissime; du côté de la défense, une équipe de techniciens de pointe servis en sourdine par un homme qui ne reculera devant rien. Car l'enjeu est de taille: si les compagnies perdent ce procès, elles seront définitivement ruinées par les plaintes en cascade qui s'ensuivront.  La partie semble perdue d'avance.  Mais à l'heure du verdict, un grain de sable vient enrayer la machine:  Il s'appelle Nicholas Easter, il est le «maître du jeu».

    Américain, John Grisham est né en 1955 dans l'Arkansas.  Il exerce pendant dix ans la profession d'avocat, tout  en écrivant des romans à ses heures perdues.  Il publie en 1989 son premier roman, Non coupable, mais c'est en 1991, avec La firme, qu'il rencontre le succès.  Depuis, L'Affaire Pélican (1992), Le couloir de la mort (1994), L'Idéaliste (1995), Le maître du jeu (1996) et L'Associé (1999) ont contribué à en faire la figure de proue du «legal thriller».

    Mettant à profit son expérience du barreau, il nous dévoile les rouages du monde judiciaire et aborde par ce biais les problèmes de fond de la société américaine.  Aux États-Unis, où il représente un véritable phénomène éditorial, la vente de ses livres se compte en millions d'exemplaires et ses droits d'adaptation font l'objet d'enchères faramineuses auprès des producteurs de cinéma (La firme, L'Affaire Pélican). Marié, père de deux enfants, John Grisham est l'un des auteurs les plus lus dans le monde.

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Le joueur d'échecs      

Stefan Zweig

Livre de poche #7309   95 pages

    Qui est cet inconnu capable d'en remontrer au grand Czentovic, le champion mondial des échecs, véritable prodige aussi frustre qu'antipahique? Peut-on croire, comme il l'affirme, qu'il n'a pas joué depuis plus de vingt ans ? Voilà un mystère que les passagers oisifs de ce paquebot de luxe aimeraient bien percer.

    Le narrateur y parviendra.  Les circonstances dans lesquelles l'inconnu a acquis cette science sont terribles.  Elles nous reportent aux expérimentations nazies sur les effets de l'isolement absolu, lorsque, aux frontières de la folie, entre deux interrogatoires, le cerveau humain parvient à déployer ses facultés les plus étranges.

    Une fable inquiétante, fantastique, qui, comme le dit le personnage avec une ironie douloureuse, «pourrait servir d'illustration à la charmante époque où nous vivons».

    Stefan Zweig est né le 28 novembre 1881 à Vienne (Autriche).  Sa fortune lui permet d'étudier à sa guise et de parcourir le monde. Pacifiste, il se lie avec Romain Rolland en 1917, puis avec G. Duhamel et Ch. Vildrac. Il abandonne l'Autriche en 1934 pour s'installer à Londres.  Bien que devenu citoyen anglais, il quitte son pays d'adoption «trop insulaire» et se réfugie au Brésil en 1941.  Mais ébranlé par l'échec de son idéal de paix et la victoire du fascisme, il se suicide avec sa femme en février 1942. Romancier et biographe (La Pitié dangereuse, Marie-Antoinette, etc.), il a été aussi le traducteur de Verlaine, Rimbaud, Baudelaire et Verhaecren.

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La défense Loujine        

Vladimir Nabokov

Gallimard, Folio #2217   282 pages

    Sans passion la vie vaut-elle la peine d'être vécue ? Nabokov nous donne ici son point de vue.  Dans un milieu familial bourgeois et triste, le jeune Loujine s'éprend des Échecs.  Avec l'âge, il devient un champion.  Mais il est incapable de faire quoi que ce soit d'autre et son apparence est laide.  Après un problème de santé, Loujine est contraint d'arrêter de jouer.  Sa belle famille le prend en charge. Celle-ci se veut structurée et responsable: Tout à l'inverse du héros.           

    Nabokov rend ce personnage totalement inintéressant jusqu'au moment où il lui retire sa passion.  Les rôles changent alors.  Le héros amputé de sa raison de vivre devient attachant, les autres apparaissent comme des parasites.  L'étude psychologique des personnages est fine et précise et le style s'approche de Dostoievski.

    Vladimir Nabokov est né le 23 avril 1899 à Saint-Pétersbourg, au 47 rue Morskaia (actuellement rue Herzen), dans un milieu aristocratique libéral et anglophile.  Fils aîné d'une famille de cinq enfants, Vladimir Nabokov bénéficie, avec ses frères et soeurs, d'une éducation trilingue.  Ce trilinguisme de l'enfance sera déterminant pour son oeuvre d'écrivain russe puis américain.  L'auteur voyage au tout début du siècle en Europe avec ses parents, découvre la passion des lépidoptères et des échecs, le bonheur de vivre à proximité d'une «bibliothèque de dix mille ouvrages»Entre 1911 et 1917, il suit les cours de l'Institut Ténichev à Saint-Pétersburg, et sa première oeuvre, un recueuil de poèmes imprimé à cinq cents exemplaires, paraît à titre privé en 1916.

    La Révolution de 1917 interrompt brutalement cette enfance idyllique.  Le père de l'auteur, Vladimir Dmitriévitch Nabokov, éminent juriste et fils d'ancien ministre de la Justice, était membre du Parti constitutionnel démocrate et de la première Douma de 1906 (le premier et éphémère parlement russe)Opposant déterminé au despotisme du tsar, il avait connu la prison en 1908.  Au début de 1917, il fait partie du Gouvernement provisoire de Kérenski et de la nouvelle Assemblée constituante.  La révolution d'Octobre contraint les Nabokov à se réfugier d'abord en Crimée.  Le 15 avril 1919, la famille quitte définitivement la Russie à destination de Londres.

    Entre 1919 et 1922, Vladimir Nabokov étudie les littératures russe et française à Cambridge (Trinity College)Son père, qui s'est installé à Berlin avec le reste de sa famille pour diriger avec Hessen le journal émigré «Raoul», est assassiné par des fascistes russes en mars 1922.  C'est dans ce journal de Berlin, ainsi que dans les journaux russes émigrés de Paris, que Nabokov fait paraître des poèmes, des articles critiques, des traductions du français ou de l'anglais, puis ses premières nouvelles et des extraits de ses premiers romans.

    À partir de 1923, avec la parution de sa traduction russe d' Alice au pays des merveilles, puis de ses premiers romans, en particulier La défense Loujine (1930), Chambre obscure (1932), La méprise (1936) et surtout Le don (1937), Nabokov s'impose comme le plus exceptionnel romancier russe de son temps.  Résident berlinois de 1922 à 1937, l'auteur, qui a épousé Véra Evséievna Slonim le 15 avril 1925, s'installe, pour fuir le nazisme, à Paris au début de 1937, où certains de ses livres ont déjà été traduits en français. L'écrivain polyglotte, qui signait ses ouvrages russes du pseudonyme de Sirine, commence à se métamorphoser en un écrivain de langue anglaise.  Après avoir traduit, non sans les remanier, deux de ses romans russes en anglais, La méprise qui devient  Despair (Londres, 1937) puis Chambre obscure rebaptisée Laughter in the Dark (New York, 1938), Nabokov écrit à Paris en 1938 son premier roman de langue anglaise, La vraie vie de Sebastain Kinght, qui paraîtra seulement en 1941, soit un an après son arrivée en Amérique, le 28 mai 1940.  Toute l'oeuvre romanesque de Nabokov sera désormais écrite en anglais.

    Nommé professeur associé à Stanford University en 1941, il accepte ensuite un poste d'entomologiste au Museum of Comparative Zoology de Harvard, tout en donnant des conférences de littérature à Wellesley College.  L'amitié et le soutien d'Edmund Wilson et de Mary McCarthy, puis des responsables du New Yorker, lui permettent d'acquérir une audience qu'il n'avait jamais espérée.  Nommé professeur de littérature à Cornell University en 1948, il donne des conférences sur «les grands maîtres européens du roman», et cela  jusqu'en 1959, un an après le succès de scandale de Lolita (publié d'abord en anglais à Paris, par Olympia Press, en 1955), qui lui permet de vivre de sa plume et fait découvrir une oeuvre immense.

    En 1961, il s'installe au Montreux Palace, en Suisse, où il écrira, en outre, ces chefs-d'oeuvre que sont Feu pâle et le monumental Ada, publié  à l'occasion de son soixante-dixième anniversaire. Maître d'oeuvre d'une célèbre traduction anglaise d'Eugène Onéguine de Pouchkine, Nabokov a retraduit en anglais certains de ses romans et nouvelles russes, avec la collaboration de son fils, et poursuivi une carrière de lépidoptérologiste qui lui valut l'admiration de ses pairs.  Ses collections sont, pour l'essentiel, conservées dans les musées de Cornell University, de Harvard et de Lausanne. L'auteur est mort le 2 juillet à 1977 à Montreux.

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Échec au gouverneur   

José Féron romano

Livre de poche #326 (jeunesse) épuisé   157 pages

    Dans la grande salle de son palais, avec pour unique compagnon un féroce chien-loup, le gouverneur dirige son pays d'une main de fer.  Il a déclaré la guerre au reste du monde et, de seize à soixante-cinq-ans, adolescents et hommes valides sont enrôlés.

    Dans l'implacable mécanique de la tyrannie, un garçon de quinze ans et demi, qu'il a pris à son service, va tenter d'introduire un grain de sable.  C'est que le despote, qui est le mal en personne,  a une faiblesse: La passion du jeu, la passion des échecs...

    Né à Ménilmontant en 1940, José Féron a une personnalité originale et attachante en qui s'harmonisent les talents les plus divers.  Il pratique d'abord la musique avant de se consacrer à la littérature: Auteur-compositeur, il joue et chante jusqu'en 1968.  Puis, devenu écrivain, il publie plus de quinze ouvrages pour le public adulte et adolescents: Nouvelles et romans, contes et légendes, biographies, documents.  En 1987, le Grand Prix du Livre Jeunesse lui est décerné pour La Teryel et le Cheval rouge (contes berbères)

    José Féron a décidé d'ajouter à son nom celui de sa mère, seule rescapée d'une famille de trente-cinq personnes que les nazis déportèrent, avec cinquante mille autres juifs de Salonique, entre mars et mai 1943.  Ils moururent au camp d'Auschwitz ou dans les wagons qui les y emmenaient, exterminés parce qu'ils étaient juifs.  Afin que ne s'éteigne pas un nom, il signe désormais José Féron-Romano.

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La partie n'est jamais nulle      

Icchokas Meras                            

Édition Stock    174 pages

    Vilna. 1943 : «Écoute-moi, dit Schoger, le commandant allemand du ghetto, au jeune Isaac Abraham, joueur d'échecs prodige, écoute-moi bien.  Nous allons jouer ensemble, toi et moi.  Si tu gagnes, les enfants ne seront pas déportés, mais je te tuerai.  Si tu perds, tu vivras, mais tous les enfants de moins de dix ans partiront pour les camps.  Si la partie est nulle, nous en resterons là.»

    La partie va se jouer en plusieurs soirs, devant tout le ghetto réuni et silencieux. Isaac a seize ans. Il aime Esther, seize ans aussi. Certes, il va essayer de faire partie nulle. Mais il sait qu'au-delà du pouvoir sur les corps, ce que Schoger veut briser chez les autres c'est la liberté, le destin.  Il n'y aura pas de répit, pas de partie remise.  Entre la vie et la mort, entre l'amour et la haine, entre l'homme et le plus inhumain des drames, la partie n'est jamais nulle...

    Icchokas Meras est lituanien. Il a personnellement connu les horreurs du ghetto de Vilna où ses parents sont morts assassinés. En 1974, il a émigré en Israel.

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Le Roman de Don Sandalio, joueur d'échecs   

Miguel De Unamuno

Éditions Du Rocher   94 pages

    C'est à peine s'il daigna me regarder:  Il regardait l'échiquier.  Pour Don Sandalio, les pions, les fous, cavaliers, tours, reines et rois des échecs ont plus d'âme que les personnes qui les manoeuvrent.  Et sans doute a-t-il raison.  Il joue plutôt bien, avec assurance, point trop lentement, sans discuter ni refaire les coups;  on lui entend dire qu'«échec !».  Il joue comme on accomplit un service religieux.

    Mais non, mieux: Comme on crée une silencieuse musique religieuse.  Son jeu est musical.  Il saisit les pièces comme s'il jouait d'une harpe.  Et j'ai comme l'impression d'entendre le cheval de son cavalier, non pas hennir ---ça jamais ! ---, mais respirer musicalement lorsqu'il va faire échec.

    Philosophe, poète et dramaturge, profondément individualiste, refusant toute étiquette et hostile à tout dogmatisme, Miguel de Unamuno a exprimé une pensée inquiète, attentive à la réalité de l'homme concret, «celui qui naît, souffre et meurt -- meurt surtout», aussi bien dans ses essais philosophiques (Vie de Don Quichotte et Sancho Pança, 1905;  Le sentiment tragique de la vie, 1912; l'Agonie du christianisme, 1925) que dans ses romans et contes (Paix dans la guerre, 1897; Brouillard, 1914; Trois nouvelles exemplaires, 1920), son théâtre (Phèdre, 1921) et ses poèmes (Le Christ de Vélasquez, 1920).

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Le Fou noir       

Arrigo Boito

Actes Sud,  82 pages

 

    Camillo Boito, l'auteur de Senso, avait un frère, Arrigo.  De ce frère nous connaissons surtout l'air fameux (L'altra notte infondo al mare) de l'opéra Méphistophélès mais il lui revient aussi le mérite d'avoir tiré le vieux Verdi d'un silence qui durait depuis vingt ans.  Il l'a poussé à se remettre au travail et lui a fourni les livrets de ses deux derniers chefs-d'oeuvre:  Othello et Falstaff                                                                                                                               

    Fils d'un peintre italien et d'une comtesse polonaise, Arrigo Boito semble avoir été marqué toute sa vie par cette naissance, très romanesque, qui lui donnait deux patries.  Son coeur se tourne spontanément vers les peuples que les appétits sans vergogne des monarchies européennes ont démembrés.  Ainsi il lutte pour l'unité de l'Italie et suit Garibaldi dans une de ses expéditions.  Puis, au cours d'un voyage en Pologne, il évoque, dans l'histoire très pittoresque du Poing fermé, la «patrie déchirée» pour le salut de laquelle prient les pèlerins devant la Vierge noire de Czestochowa.

    Sans doute doit-on voir dans l'écartèlement dont sont victimes ces deux nations l'image de la déchirure, de la dualité de l'être humain, thème central de son oeuvre.  Convaincu des aspirations antagonistes qu'il ressent en lui, il commence ainsi un poème célèbre: «Je suis lumière et ombre, angélique / papillon et ver immonde».  De fait, bien plus que poète de l'angélique papillon, Boito est le peintre des âmes noires (on songe à Barnaba, espion de l'Inquisition dans La Gioconda dont il écrivit le livret pour Ponchielli) Les génies du mal inspirent ses deux seuls opéras, Néron et Méphistophélès (l'éclairage n'y est plus sur Faust) Et c'est le diable qui ricane dans le crédo satanique d'Iago de l'Othello de Verdi puis, sous un jour certes plus plaisant, sous les traits du personnage faunesque de Falstaff.

    Le Fou noir est l'illustration la plus concise que Boito nous ait donné de l'être humain et du triomphe du mal.  Saisissante métaphore de l'échiquier et des deux adversaires !  L'un blanc, l'autre noir, ils s'affrontent devant un damier où carrés noirs et blancs alternent de façon inextricable (on pense aux lettres LOVE et HATE tatouées sur les phalanges de Robert Mitchum dans La Nuit du chasseur) ! Boito va plus loin que cette répartition manichéenne du bien et du mal, et il joue à brouiller les pistes: non seulement il fait du blanc, couleur traditionnelle de l'innocence, la couleur de la haine, et du noir, habituellement associé à l'abîme, celle de l'amour et de la liberté, mais il renvoie bien vite dos à dos les deux joueurs dans l'acharnement inhumain de leur lutte.  Le triomphe implacable du mal se manifeste par le coup de pistolet d'un fou, qui retentit au petit matin dans l'indifférence générale.  Et c'est d'une même indifférence à l'égard de ce crime que les juges de New York feront preuve à la fin de la nouvelle.

    Camillo, le frère, voyait les forces destructrices du mal se déchaîner dans la sensualité.  Mais le démon qui assiège les personnages d'Arrigo n'est pas celui de la chair.  Les femmes, d'ailleurs, sont étrangement absentes de l'univers de ses nouvelles.  Les passions pour lui sont, sinon plus abstraites, du moins plus mentales.  Ce sont des obsessions solitaires.

    Arrigo avait, un moment, pensé réunir ses nouvelles éparses dans un recueil qu'il aurait appelé du titre très fin de siècle: IncubesIl le remplaça bientôt par Idées fixes avec en épigraphe «Trop fixe», une citation du Purgatoire de Dante.  Ce regard «trop fixe» auquel il est fait allusion, éblouit, engourdit la raison et afflige l'homme d'oeillères.  C'est dans le Poing fermé, l'obsession de l'usurier Lévy qui veut compléter son million de florins, puis le regard effaré du malheureux  Paw, victime d'une malédiction dont il hérite inexplicablement. 

    Paw, obsédé par cette dérisoire et absurde histoire de «florin rouge» que vient de lui raconter Lévy, est contaminé à son tour par l'idée fixe de posséder la pièce tant convoitée.  Il referme sa main non plus sur le florin mais sur l'ombre de celui-ci.  Au coeur des mobiles et des actions humaines, l'obsession, pour Boito, met en mouvement une danse macabre où (non sans humour, souvent) les héros lamentables de ces deux nouvelles sont emportés malgré eux.

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Un combat et autres récits      

Patrick Suskind

Livre de poche #14192   87 pages

 

    Lorsque commence la partie d'échecs contre ce jeune inconnu arrogant qui déplace ses pièces sans réfléchir en roulant des cigarettes, le héros de Un combat, un vieux joueur expérimenté, comprend que sa carrière est finie...  Et son public, pourtant fidèle, le croit aussi.  L'issue de la partie dira ce qu'il faut penser de certaines «évidences».  N'importe quel artiste, un jour ou l'autre, a entendu parler de «profondeur»Mais qu'est-ce que la profondeur ?  Et qu'est-ce que «manquer» de «profondeur» Voilà une question qui peut décider d'un destin...

    Patrick Suskind nous offre ici quatre récits étincellants et imprévus, où l'on voit une idée tourner à l'obsession au point d'avaler fantastiquement celui ou celle qui en est la proie... Quatre histoires dans le ton grinçant qui a fait le triomphe du Parfum et de La Contrebasse.

    Patrick Suskind, né en 1949 à Ambach, en Bavière, vit à Munich et à Paris, et exerce le métier de scénariste.  Il est l'auteur du roman Le Parfum, histoire d'un meurtrier, best-seller mondial, du récit Le Pigeon et d'un conte, illustré par Sempé, L'Histoire de Monsieur SommerSa pièce de théâtre, La Contrebasse, tient l'affiche en Allemagne depuis des années.  En France, jouée par Jacques Villeret, elle a reçu un accueil triomphal.

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Le jeu de la dame      

Walter Tevis

Collection 10/18, #2478    329 pages

 

    Petite fille, Beth Harmon a appris les échecs à l'orphelinat.  Prodigieusement douée, elle devient rapidement une joueuse exceptionnelle.  Mais le milieu des échecs est féroce, les intrigues les plus sournoises sont permises, et les États vont jusqu'à s'affronter à travers leurs champions respectifs.  Sa rencontre avec le champion soviétique sera l'occasion d'une confrontation impitoyable.  Un grand suspense d'une lecture fascinante et le meilleur roman sur les échecs depuis La Défense Loujine de Nabokov.

    Pour une fois, le champion d'échecs est une championne.  De sa découverte du jeu à l'orphelinat jusqu'à la rencontre du maître russe, ce livre trace l'évolution d'une petite fille qui n'a rien d'autre que sa passion du jeu pour vivre dans cette Amérique puritaine des années cinquante.  On ne s'attache pas à elle, mais on déteste les gens qui l'entourent, leurs manies d'Américains fermés et leurs discours totalitaires.

    Les Russes, en revanche, sont tout à leur avantage, polis, discrets, admiratifs : normal !  Ils jouent aux Échecs.  Le monde du jeu est très bien décrit, on y rencontre même Tal et Petrossian.  Manifestement, l'auteur a du traîner plus d'une fois dans un club d'Échecs.    Europe-Échecs

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L'échiquier devant le miroir    

Massimo Bontempelli

Édition L'Arpenteur  107 pages

 

    Un enfant vient d'être puni.  En pénitence, on l'enferme seul dans une pièce vide.  L'inventaire des lieux sera donc vite fait: Quatre murs tapissés de papier bleu, un miroir, une cheminée.  Un échiquier aussi, avec ses Rois et ses Reines, ses cavaliers et ses fous, ses tours et ses pions.  S'affligera-t-on de ce décor ascétique ?  Ce serait à tort, car une pièce vide peut devenir le cadre d'aventures extraordinaires.  Même si l'on ne sait pas jouer aux échecs.  Et même  si le miroir est placé si haut qu'on ne peut s'y voir.  Au fait:  Est-ce un roman qui commence, ou un tour de magie ?

    Massimo Bontempelli écrivit l'Échiquier devant le miroir en 1921 et le dédia à son fils Mino, alors âgé de dix ans.  Par son humour, par la subtile extravagance de son invention, par la rigueur d'un style où chaque mot est pesé au trébuchet, c'est un chef-d'oeuvre qui traverse avec grâce la longue épreuve du temps. 

    Né à Côme en 1878, Massimo Bontempelli fut à la fois romancier, poète et auteur dramatique.  La tâche première de l'écrivain était selon lui de «découvrir le sens magique dans la vie des hommes et des choses»Il se plut à évoquer le rêve comme s'il s'agissait de la réalité, et la réalité comme s'il s'agissait d'un rêve.  En 1926, il fonda la revue Noveccento qui parut d'abord en langue française et dont le Comité de rédaction était composé de Ramon Gomez de la Serna, Pierre Mac Orlan, James Joyce, Ilia Ehrenbourg et Georg KaiserAutant que par son imagination paradoxale et une logique limpide poussée jusqu'à l'absurde, son oeuvre se distingue par une délicate et constante ironie.  Il est mort à Rome en 1960.

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Mat d'Échecs        

Francis Szpiner

Éditions Balland  87 pages

 

    Le plasir du jeu, c'est la domination de l'autre.  Caméra fixe sur le visage du joueur, réfléchissant au coup qu'il va jouer.  Le geste lent de la main.  Elle s'ouvre, les doigts se tendent, se referment.  Elle s'approche du fou, le dédaigne et saisit le cavalier à côté.  Interminable...  Gros plan sur l'autre qui scrute son adversaire.  Il regarde les yeux, la lueur de triomphe qui l'avertit parfois à temps de la faute...  Il faut être un brin sadique pour aimer les échecs.

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Le réseau Copernic  

Michel Noir

Actes Sud,  412 pages

 

    À Rome, une chercheuse en psychopathologie des criminels en série est retrouvée assassinée.  Son amant a disparu sans laisser de trace.  À Lyon, une bombe dévaste un hôtel-casino.  Un groupe terroriste inconnu revendique l'attentat par le biais d'un message électronique expédié du Vatican.  Deux enquêtes s'ouvrent simultanément en Italie et en France et, à l'insu des deux commissaires responsables, qui ne se connaissent pas, les indices de l'une et l'autre semblent peu à peu se compléter.  Mais dans les deux pays la police progresse moins vite que les assassins, qui éliminent implacablement les pièces maîtresses du jeu.

    Chercheurs en droit  et en psychiatrie fascinés par les meurtriers, universitaires malins, petits génies de l'Internet, mathématiciens dégingandés traînant leur trentaine adolescente, chimistes trop secrets pour être honnêtes, champions d'échecs... sont les témoins souvent suspects qui guideront les commissaires Umberti et Gallota au fil d'une double enquête rythmée de coups de théâtre saisissants.

    Ancien ministre et député-maire de Lyon, Michel Noir se consacre aujourd'hui exclusivement à l'écriture; romans, poèmes, pièces de théâtre --, avec une prédilection pour les thrillers.

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Échec et mat       

Stephen Carter

Robert Laffont,  675 pages

 

    Le juge noir Oliver Garland vient de mourir.  Patriarche irascible et autoritaire, républicain ultraconservateur dont la carrière fut jadis éclaboussée par un scandale qui lui coûta sa nomination à la Cour suprême, il laisse derrière lui nombre de zones d'ombre et d'ennemis.  A-t-il été assassiné, comme en est convaincue sa fille Mariah ?  Emporté par une crise cardiaque, comme l'affirme la thèse officielle ?

    Son fils Talcott, le seul des trois enfants Garland à partager avec le Juge la passion des échecs, se trouve entraîné dans une partie diabolique.  Une terrible quête de la vérité qui va contraindre ce professeur de droit estimé à mettre en péril sa réputation en assemblant pion par pion chaque élément de la personnalité ambiguë  de son père, de sa carrière, du drame qui l'a ruinée.  Mais s'il veut sauver sa famille, son couple et sa propre vie, Talcott n'a pas le choix...

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Le joueur d'échecs de Maelzel

     Aucune exibition du même genre n'a jamais peut-être autant excité l'attention publique que Le Joueur d'échecs de Maelzel.  Partout où il s'est fait voir, il a été, pour toutes les personnes qui pensent, l'objet d'une intense curiosité.  Toutefois, la question du modus operandi  n'est pas encore résolue.  Rien n'a été écrit sur ce sujet qui puisse être comme considéré comme décisif.  En effet, nous rencontrons partout des hommes doués du génie de la mécanique, doués d'une perspicacité générale fort grande et d'un rare discernement, qui n'hésite pas à déclarer que l'automate en question est une pure machine, dont les mouvements n'ont aucun rapport avec l'action humaine, et qui est conséquemment, sans aucune comparaison, la plus étonnante des inventions humaines.  Et cette conclusion, disons-le, serait irréfutable, si la supposition qui la précède était juste et plausible.  Si nous adoptions leur hypothèse, il serait vraiment absurde de comparer au Joueur d'échecs tout autre individu analogue, soit des temps anciens, soit des temps modernes.  Cependant, il a existé bien des automates, et des plus surprenants. Dans les lettres de Brewster sur la Magie naturelle, nous en trouvons une liste des plus remarquables.  Parmi ceux-là, on peut citer d'abord, comme ayant positivement existé, le carrosse inventé par M. Camus pour l'amusement de Louis XIV, alors enfant. Une table, ayant quatre pieds de carré environ, était placée dans la chambre destinée à l'expérience.  Sur cette table était posé un carrosse long de six pouces, en bois, et traîné par deux chevaux faits de la même matière.  Une glace étant abaissée, on apercevait une dame sur la banquette postérieure.  Sur le siège un cocher tenait les rênes, et par derrière, un valet de pied et un page occupaient leurs places ordinaires.  M. Camus touchait alors un ressort; immédiatement le cocher faisait claquer son fouet, et les chevaux marchaient naturellement le long du bord de la table, traînant le carrosse derrière eux.  Étant allés aussi loin que possible dans ce premier sens, ils opéraient brusquement un tour sur la gauche, et le véhicule reprenait sa course à angle droit, toujours le long du bord extrême de la table.  Le carrosse continuait ainsi jusqu'à ce qu'il fût arrivé en face du fauteuil occupé par le jeune prince.  Là, il s'arrêtait; le page descendait et ouvrait la portière; la dame mettait pied à terre et présentait une pétition à son souverain, puis elle rentrait.  Le page relevait le marchepied, fermait la portière et reprenait sa place; le cocher fouettait ses chevaux, et le carrosse retournait vers sa position première.

                                                    

    Le Magicien de M. Maillardet mérite également d'être noté.  Nous copions le compte rendu suivant dans les Lettres déjà citées du docteur Brewster, qui a tiré ses principaux renseignements de l'Encyclopédie d'Édimbourg

    Une des pièces mécaniques les plus populaires que nous ayons vues est le Magicien construit par M. Maillardet, dont la spécialité consiste à répondre à certaines questions données.  Une figure habillée en magicien apparaît assise au pied d'un mur, tenant une baguette dans la main droite, et dans l'autre un livre.  Des questions en un certain nombre, préparées à l'avance, sont inscrites dans des médaillons ovale; le spectateur ayant détaché celles de son choix, pour lesquelles il demande une réponse, et les ayant placées dans un tiroir destiné à les recevoir, le tiroir se ferme par un ressort jusqu'à ce que la réponse soit transmise.  Le magicien se lève alors de son siège, incline la tête, décrit des cercles, et, consultant son livre, comme préoccupé par une profonde pensée, l'élève à la hauteur de son visage.  Feignant ainsi de méditer sur la question posée, il lève sa baguette et en frappe le mur au-dessus de sa tête; les deux battants d'une porte s'ouvre pour rendre le médaillon. 

    Ces médaillons sont au nombre de vingt, contenant tous des questions différentes, auxquelles le magicien riposte par des réponses adaptées d'une façon étonnante.  Les médaillons sont faits de minces planches de cuivre, de forme elliptique, se ressemblant toutes exactement.  Quelques-uns des médaillons portent une question écrite de chaque côté, et, dans ce cas, le magicien répond successivement aux deux.  Si le tiroir se referme sans qu'un médaillon y ait été déposé, le magicien se lève, consulte son livre, secoue la tête et se rassied; les deux battants de la porte restent fermés et le tiroir revient vide.  Si deux médaillons sont mis ensemble dans le tiroir, on n'obtient de réponse que pour celui qui est placé en dessous.  Quand la machine est montée, le mouvement peut durer une heure à peu près, et, pendant ce temps, l'automate peut répondre à environ cinquante questions.  L'inventeur affirmait que les moyens par lesquels les divers médaillons agissaient sur la machine, pour produire les réponses convenables aux questions inscrites, étaient excessivement simples.

                                                 

    Le canard de Vaucanson était encore plus remarquable.  Il était de grosseur naturelle et imitait si parfaitement l'animal vivant, que tous les spectateurs subissaient l'illusion.  Il exécutait, dit Brewster, toutes les attitudes et tous les gestes de la vie; mangeait et buvait avec avidité; accomplissait tous les mouvements de tête et de gosier qui sont le propre du canard, et, comme lui, troublait vivement l'eau, qu'il aspirait avec son bec.  Il produisait aussi le cri nasillard de la bête avec une vérité complète de naturel.  Dans la structure anatomique, l'artiste avait déployé la plus haute habileté.  Chaque os du canard réel avait son correspondant dans l'automate, et les ailes étaient anatomiquement exactes.  Chaque cavité, apophyse ou courbure, était strictement imitée, et chaque os opérait son mouvement propre.  Quand on jetait du grain devant lui, l'animal allongeait le cou pour le becqueter, l'avalait et le digérait. 

 

MAELZEL

    Si ces machines révélaient du génie, que devrons-nous donc penser de la machine à calculer de M. BabbageQue penserons-nous d'une mécanique de bois et de métal qui non seulement peut computer les tables astronomiques et nautiques jusqu'à n'importe quel point donné, mais encore confirmer la certitude mathématique de ses opérations par la faculté de corriger les erreurs possibles ?   Que penserons-nous d'une mécanique qui non seulement peut accomplir tout cela, mais encore imprime matériellement les résultats de ses calculs compliqués, aussitôt qu'ils sont obtenus, et sans la plus légère intervention de l'intelligence humaine ?  On répondra peut-être qu'une machine telle que celle que nous décrivons est, sans aucune comparaison possible, bien au-dessus du Joueur d'échecs de Maelzel.  En aucune façon; elle est au contraire bien inférieure; pourvu toutefois que nous ayons admis d'abord (ce qui ne saurait être raisonnablement admis un seul instant) que le Joueur d'échecs est une pure machine et accomplit ses opérations sans aucune intervention humaine immédiate.  Les calculs arithmétiques ou algébriques sont, par leur nature même, fixes et déterminés.  Certaines données étant acceptées, certains résultats s'ensuivent nécessairement et inévitablement.  Ces résultats ne dépendent de rien et ne subissent d'influence de rien que des données primitivement acceptées.   Et la question à résoudre marche, ou devrait marcher, vers la solution finale, par une série de points infaillibles qui ne sont passibles d'aucun changement et ne sont soumis à aucune modification.

    Ceci étant adopté, nous pouvons, sans difficulté concevoir la possibilité de construire une pièce mécanique qui, prenant son point de départ dans les données de la question à résoudre, continuera ses mouvements régulièrement, progressivement, sans déviation aucune, vers la solution demandée, puisque ces mouvements, quelque complexes qu'on les suppose, n'ont jamais pu être conçus que finis et déterminés.  Mais, dans le cas du Joueur d'échecs, il y a une immense différence.  Ici, il n'y a pas de marche déterminée.  Aucun coup, dans le jeu des échecs, ne résulte nécessairement d'un autre coup quelconque.  D'aucune disposition particulière des pièces, à un point quelconque de la partie, nous ne pouvons déduire leur disposition future à un autre point quelconque.  Supposons le premier coup d'une partie d'échecs mis en regard des données d'un problème algébrique, et nous saisirons immédiatement l'énorme différence qui les distingue.  Dans le cas des données algébriques, le second pas de la question, qui en dépend absolument, en résulte inévitablement.  Il est créé par la donnée Il faut qu'il soit ce qu'il est, et non pas un autre.  Mais le premier coup dans une partie d'échecs n'est pas nécessairement suivi d'un second coup déterminé.  Pendant que le problème algébrique marche vers la solution, la certitude des opérations reste  entièrement intacte.  Le second pas n'étant que la conséquence des données, le troisième est également une conséquence du second, le quatrième du troisième, le cinquième du quatrième, et ainsi de suite, sans aucune alternative possible, jusqu'à la fin.

    Mais, dans les échecs, l'incertitude du coup suivant est en proportion de la marche de la partie.  Quelques coups ont eu lieu, mais aucun pas certain n'a été fait.  Différents spectateurs pourront conseiller différents coups.  Tout dépend donc ici du jugement variable des joueurs.  Or, même en accordant (ce qui ne peut pas être accordé) que les mouvements de l'Automate joueur d'échecs soient en eux-mêmes déterminés, ils seraient nécessairement interrompus et dérangés par la volonté non déterminée de son antagoniste.  Il n'y a donc aucune analogie entre les opérations du Joueur d'échecs et celles de la machine à calculer de M. Babbage; et, s'il nous plaît d'appeler le premier une pure machine, nous serons forcés d'admettre qu'il est, sans aucune comparaison possible, la plus extraordinaire invention de l'humanité.  Cependant, son premier introducteur, le baron Kempelen, ne se faisait pas scrupule de le déclarer «une pièce mécanique très ordinaire, --- une babiole dont les effets ne paraissaient si merveilleux que par l'audace de la conception et le choix heureux des moyens adoptés pour favoriser l'illusion»

    Mais, il est inutile de s'appesantir sur ce point.  Il es tout à fait certain que les opérations de l'Automate sont réglées par l'esprit, et non par autre chose.  On peut même dire que cette affirmation est susceptible d'une démonstration mathématique, a priori La seule chose en question est donc la manière dont se produit l'intervention humaine.  Avant d'entrer dans ce sujet, il serait sans doute convenable de donner l'histoire et la description très brèves du Joueur d'échecs, pour la commodité de ceux de nos lecteurs qui n'ont jamais eu l'occasion d'assister à l'exhibiton de M.  Maelzel.

                                                        

 

    L'Automate joueur d'échecs fut inventé en 1769, par le baron Kempelen, gentilhomme de Presbourg, en Hongrie, qui postérieurement le céda, avec le secret de ses opérations à son porpriétaire actuel Peu de temps après son achèvement, il fut exposé à Presbour, à Paris, à Vienne, et dans d'autres villes du continent.  En 1783 et 1784, il fut transporté à Londres par     M. Maelzel.  Dans ces dernières années, l'Automate a visité les principales villes des États-Unis.  Partout où il s'est fait voir, il a excité la plus vive curiosité, et de nombreuses tentatives ont été faites, par des hommes de toutes classes, pour pénétrer le mystère de ses mouvements.  La gravure qui suit donne une représentation passable de la figure que les citoyens de Richmond ont pu contempler, il y a quelques semaines.  Le bras droit, toutefois, devrait s'étendre plus avant sur la caisse; un échiquier devrait aussi s'y faire voir; enfin le coussin ne devrait pas être aperçu tant que la main tient la pipe.  Quelques altérations sans importance ont eu lieu dans le costume du Joueur d'échecs depuis qu'il est la propriété de M.  Maelzel; -- ainsi, dans le principe, il ne portait pas de plumet.

 

    À l'heure marquée pour l'exhibition, un rideau est tiré, ou bien une porte à deux battants s'ouvre, et la machine est roulée à environ douze pieds du spectateur le plus rapproché, devant lequel une corde reste tendue.  On aperçoit une figure, habillée à la turque, et assise, les jambes croisées, devant une vaste caisse qui semble faite de bois d'érable, et qui lui sert de table.  L'exhibiteur roulera, si on l'exige, la machine vers n'importe quel endroit de la salle, la laissera stationner sur n'importe quel point désigné, ou même la changera plusieurs fois de place pendant la durée de la partie.  La base de la caisse est assez élevée au-dessus du plancher, au moyen de roulettes ou de petits cylindres de cuivre, sur lesquels on la fait mouvoir, et les spectateurs peuvent ainsi apercevoir toute la portion d'espace comprise au-dessous de l'Automate La chaise sur laquelle repose la figure est fixe et adhérente à la caisse.  Sur le plan supérieur de cette caisse est un échiquier, également adhérent.  Le bras droit du Joueur d'échecs est étendu tout du long devant lui, faisant angle droit avec son corps, et appuyé dans une pose indolente, au bord de l'échiquier.  La main est tournée, le dos en dessus.  L'échiquier a dix-huit pouces de carré.  Le bras gauche de la figure est fléchi au coude, et la main gauche tient une pipe.  Une draperie verte cache le dos du Turc et recouvre en partie le devant des deux épaules.  La caisse, si l'on en juge par son aspect extérieur, est divisée en cinq compartiments, -- trois armoires d'égale dimension et deux tiroirs qui occupent la partie du coffre placée au-dessous des armoires.  Les observations précédentes ont trait à l'aspect de l'Automate, considéré au premier coup d'oeil, quand il est introduit en présence des spectateurs.

    M. Maelzel annonce alors à l'assemblée qu'il va exposer à ses yeux le mécanisme de l'Automate Tirant de sa poche un trousseau de clefs, il ouvre avec l'une d'elles la porte marquée du chiffre 1 dans la gravure 111 et livre ainsi tout l'intérieur de l'armoire à l'examen des personnes présentes.  Tout cet espace est en apparence rempli de roues, de pignons, de leviers et d'autres engins mécaniques, entassés et serrés les uns contre les autres, de sorte que le regard ne peut pénétrer qu'à une petite distance à travers l'ensemble.  Laissant cette porte ouverte toute grande, Maelzel passe alors derrière la caisse, et, soulevant le manteau de la figure, ouvre une autre porte placée juste derrière la première déjà ouverte.  Tenant une bougie allumée devant cette porte, et changeant en même temps la machine de place à plusieurs reprises, il fait ainsi pénétrer une vive lumière à travers toute l'armoire, qui alors apparaît pleine, absolument pleine d'engins mécaniques.  Les assistants étant bien convaincus de ce fait, Maelzel repousse la porte de derrière, la referme, ôte la clef de la serrure, laisse retomber le manteau de la figure, et revient par-devant.  La porte marquée du chiffre 1 est restée ouverte, on s'en souvient.  L'exhibiteur procède maintenant à l'ouverture du tiroir placé sous les armoires au bas de la caisse; car, bien qu'il y ait en apparence deux tiroirs, il n'y en a qu'un en réalité, les deux poignées et les deux trous de clef ne figurant que pour l'ornement.  Ce tiroir ouvert dans toute son étendue, on aperçoit un petit coussin, avec une collection complète d'échecs, fixé dans un châssis de manière à s'y maintenir perpendiculairement.  Laissant ce tiroir ouvert ainsi que l'armoire numéro 1, Maelzel ouvre la porte numéro 2 et la porte numéro 3, qui ne sont, comme on le voit alors, que les deux battants d'une même porte, ouvrant sur un seul et même compartiment.  Toutefois, à la droite de ce compartiment (c'est-à-dire à la droite du spectateur), il existe une petite partie séparée, large de six pouces, et occupée par des pièces mécaniques.  Quant au principal compartiment (en parlant de cette partie de la caisse visible après l'ouverture des portes 2 et 3, nous l'appellerons toujours le principal compartiment), il est revêtu d'une étoffe sombre et ne contient pas d'autres engins mécaniques que deux pièces d'acier, en forme de quart de cercle, placées chacune à l'un des deux coins supérieurs de derrière du compartiment.  Une petite éminence, de huit pouces de carré environ, également recouverte d'une étoffe sombre, s'élève de la base du compartiment près du coin le plus reculé à la gauche du spectateur.  Laissant ouvertes les portes 2 et 3, ainsi que le tiroir et la porte 1, l'exhibiteur se dirige derrière le principal compartiment, et, ouvrant là une autre porte, en éclaire parfaitement tout l'intérieur en y introduisant une bougie allumée. Toute la caisse ayant été ainsi exposée, en apparence, à l'examen de l'assemblée, Maelzel, laissant toujours les portes et le tiroir ouverts, retourne complètement l'Automate et expose le dos du Turc en soulevant la draperie.  Une porte d'environ dix pouces de carré s'ouvre dans les reins de la figure, et une autre aussi, mais plus petite, dans la cuisse gauche.  L'intérieur de la figure, vu ainsi à travers ces ouvertures, paraît occupé par des pièces mécaniques.  En général, chaque spectateur est dès lors convaincu qu'il a vu et complètement examiné, simultanément, toutes les parties constitutives de l'Automate, et l'idée qu'une personne ait pu, pendant une exhibition si complète de l'intérieur, y rester cachée, est immédiatement rejetée par les esprits, comme excessivement absurde, si toutefois elle a été acceptée un instant.

 

 

    M Maelzel, replaçant la machine dans sa position première, informe maintenant la société que l'Automate jouera une partie d'échecs avec quiconque se présentera comme adversaire.  Le défi étant accepté, une petite table est dressée pour l'antagoniste, et placée tout près de la corde, non pas en face, mais à un bout extrême, pour ne priver aucune personne de l'assemblée de la vue de l'Automate D'un tiroir de cette table est tiré un jeu d'échecs, et généralement, mais pas toujours, Maelzel les range de sa propre main sur l'échiquier, qui consiste simplement en carrés peints sur la table, selon le nombre habituel.  L'adversaire s'étant assis, l'exhibiteur se dirige vers le tiroir de la caisse, et en tire le coussin, qu'il place, comme support, sous le bras gauche de l'Automate, après lui avoir retiré la pipe de la main.  Prenant ensuite dans le même tiroir le jeu d'échecs de l'Automate, il dispose les pièces sur l'échiquier placé devant la figure.  Puis il repousse les portes et les fement, laissant le trousseau de clefs suspendu à la porte numéro 1.  Il ferme également le tiroir, et enfin il monte la machine en introduisant une clef dans un trou placé à l'extrémité gauche de la  machine (gauche du spectateur) La partie commence, l'Automate faisant le premier coup.  La durée de la partie est également limitée à une demi-heure;  mais, si elle n'est pas finie à l'expiration de cette période, et si l'adversaire prétend qu'il croit pouvoir battre l'Automate, M.  Maelzel s'oppose rarement à la continuation de la partie.  Ne pas fatiguer l'assemblée, tel est le motif ostensible, et sans doute réel, de cette limitation de temps. Naturellement, on devine qu'à chaque coup joué par l'adversaire à sa propre table, M.  Maelzel lui-même, agissant comme représentant de l'adversaire, exécute le coup correspondant sur la caisse de l'Automate De même, quand le Turc joue, le coup correspondant est exécuté à la table de l'adversaire par M.  Maelzel, agissant alors comme représentant de l'Automate De cette façon il est nécessaire que l'exhibiteur passe souvent d'une table vers l'autre.  Souvent aussi il retourne vers la figure pour emporter les pièces qu'elle a prises et qu'il dépose au fur et à mesure sur la caisse, à gauche de l'échiquier (à sa propre gauche) Quand l'Automate hésite relativement à un coup, on voit quelquefois l'exhibiteur se placer très près de sa droite, et poser sa main de temps à autre, d'une façon négligente, sur la caisse.  Il a aussi une certaine trépidation des pieds, propre à insinuer dans les esprits qui sont plus rusés que sagaces l'idée d'une connivence entre la machine et lui.  Ces particularités sont sans doute de purs tics de M.  Maelzel, ou, s'il en a conscience, il s'en sert dans le but de suggérer aux spectateurs cette fausse idée qu'il n'y a dans l'Automate qu'un pur mécanisme.

                                                                

    Le Turc joue de la main gauche.  Tous les mouvements sont opérés à angle droit. Ainsi, la main (qui est gantée et pliée d'une façon naturelle) est portée directement au-dessus de la pièce qu'il faut mouvoir, puis finalement s'abaisse dessus, et, dans beaucoup de cas, les doigts s'en emparent sans difficulté.  Quelquefois cependant, quand la pièce n'est pas précisément et exactement sur la place qu'elle doit occuper, l'Automate échoue dans son effort pour la saisir.  Quand cet accident se produit, il ne fait pas un second effort, mais le bras continue son mouvement dans le sens primitivement voulu, tout comme si les doigts s'étaient emparés de la pièce.  Ayant ainsi désigné la place où le coup aurait dû être fait, le bras se retire vers le coussin, et Maelzel exécute le mouvement indiqué par l'Automate A chaque mouvement de la figure, on entend remuer la mécanique.  Pendant la marche de la partie, le Turc, de temps à autre, roule ses yeux comme s'il examinait l'échiquier, remue la tête, et prononce le mot échec, quand il y a lieu.  L'antagoniste a-t-il joué à faux, il tape vivement sur la caisse avec les doigts de sa main droite, secoue énergiquement la tête, et, remettant à sa place première la pièce déplacée à tort, prend pour lui le droit de jouer le coup suivant.  Quand il a gagné la partie, il balance sa tête avec un air de triomphe, regarde complaisamment les spectateurs autour de lui, et reculant son bras gauche plus loin que d'ordinaire, laisse ses doigts seulement reposer sur le coussin.  En général, le Turc est victorieux; -- une ou deux fois il a été battu La partie finie, Maelzel exhibera de nouveau, si on le désire, le mécanisme de la caisse, de la même manière qu'au commencement.  La machine est roulée en arrière, et un rideau qui se déploie la cache aux yeux des spectateurs.   Plusieurs tentatives ont été faites pour résoudre le mystère de l'Automate L'opinion la plus générale, opinion trop souvent adoptée par les gens de qui l'intelligence promettait mieux, a été, comme nous l'avons déjà dit, que l'action humaine n'y entrait pour rien, que la machine était une pure machine, et rien de plus.  Quelques-uns, toutefois, ont soutenu que l'exhibiteur lui-même réglait les mouvements de l'Automate par quelque moyen mécanique agissant à travers les pieds de la caisse.  D'autres, à leur tour, ont parlé audacieusement d'un aimant.  De la première de ces opinions, nous n'avons, pour le présent, rien à dire de plus que ce que nous en avons déjà dit.  Relativement à la seconde, il suffira de répéter ce que nous avons déjà mentionné, à savoir que la machine roule sur des cylindres, et est, à la requête d'un spectateur quelconque, poussée dans n'importe quel endroit de la salle, même pendant toute la durée de la partie.  La supposition d'un aimant est également insoutenable; -- car, si un aimant servait d'agent, un autre aimant caché dans la poche d'un spectateur dérangerait tout le mécanisme.  D