LE SERMON SUR LA MONTAGNE

 

ILS SONT BÉNIS ET UNE BÉNÉDICTION (MT.5.1-16)

(1) Voyant la foule, Jésus monta sur la montagne; et, après qu'il se fut assis, ses disciples s'approchèrent de lui. Puis, ayant ouvert la bouche, il les enseigna, et dit:

LES BÉATITUDES

Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux!

Heureux les affligés, car ils seront consolés!

Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre!

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés!

Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde!

Heureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu!

Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu!

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux! Heureux serez-vous, lorsqu'on vous outragera, qu'on vous persécutera et qu'on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi.

Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux; car c'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous. Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on? Il ne sert plus qu'à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes. Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée; et on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. (16) Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres, et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux.

LEURS RAPPORTS AVEC LA LOI (MT.5.17-48)

(17) Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu'à ce que tout soit arrivé. Celui donc qui supprimera l'un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux; mais celui qui les observera, et qui enseignera à les observer, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux. Car, je vous le dis, si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens: Tu ne tueras point; celui qui tuera mérite d'être puni par les juges. Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d'être puni par les juges; que celui qui dira à son frère: Raca! mérite d'être puni par le sanhédrin; et que celui qui lui dira: Insensé! Mérite d'être puni par le feu de la géhenne.

Si donc tu présentes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère; puis, viens présenter ton offrande. Accorde-toi promptement avec ton adversaire, pendant que tu es en chemin avec lui, de peur qu'il ne te livre au juge, que le juge ne te livre à l'officier de justice, et que tu ne sois mis en prison. Je te le dis en vérité, tu ne sortiras pas de là que tu n'aies payé le dernier quadrant. Vous avez appris qu'il a été dit: Tu ne commettras point d'adultère. Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son coeur. Si ton oeil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi; car il est avantageux pour toi qu'un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne. Et si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la et jette-la loin de toi; car il est avantageux pour toi qu'un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier n'aille pas dans la géhenne. Il a été dit: Que celui qui répudie sa femme lui donne une lettre de divorce. Mais moi, je vous dis que celui qui répudie sa femme, sauf pour cause d'infidélité, l'expose à devenir adultère, et que celui qui épouse une femme répudiée commet un adultère. Vous avez encore appris qu'il a été dit aux anciens: Tu ne te parjureras point, mais tu t'acquitteras envers le Seigneur de ce que tu as déclaré par serment.

Mais moi, je vous dis de ne jurer aucunement, ni par le ciel, parce que c'est le trône de Dieu; ni par la terre, parce que c'est son marchepied; ni par Jérusalem, parce que c'est la ville du grand roi. Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux rendre blanc ou noir un seul cheveu. Que votre parole soit oui, oui, non, non; ce qu'on y ajoute vient du malin. Vous avez appris qu'il a été dit: oeil pour oeil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre. Si quelqu'un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Si quelqu'un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui. Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi. Vous avez appris qu'il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n'agissent-ils pas de même? Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d'extraordinaire? Les païens aussi n'agissent-ils pas de même? (48) Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.

LEURS PRATIQUES RELIGIEUSES (MT.6.1-18)

(1) Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour en être vus; autrement, vous n'aurez point de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. Lors donc que tu fais l'aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d'être glorifiés par les hommes. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense. Mais quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite, afin que ton aumône se fasse en secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des rues, pour être vus des hommes. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense. Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés. Ne leur ressemblez pas; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. Voici donc comment vous devez prier:

Notre Père qui es aux cieux! Que ton nom soit sanctifié; que ton règne vienne; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien; pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés; ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin. Car c'est à toi qu'appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen! Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui se rendent le visage tout défait, pour montrer aux hommes qu'ils jeûnent. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense. Mais quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, (18) afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.

LEUR ATTITUDE FACE AUX RICHESSES(MT.6.19-34)

(19) Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur. L'oeil est la lampe du corps. Si ton oeil est en bon état, tout ton corps sera éclairé; mais si ton oeil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres! Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l'un, et aimera l'autre; ou il s'attachera à l'un, et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. C'est pourquoi je vous dis: Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus.

La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement? Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent rien dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux? Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie? Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement? Considérez comment croissent les lis des champs: ils ne travaillent ni ne filent; cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux. Si Dieu revêt ainsi l'herbe des champs, qui existe aujourd'hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi? Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas: Que mangerons-nous? que boirons-nous? de quoi serons-nous vêtus? Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus. (34) Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine.

 

LEURS RAPPORTS AVEC AUTRUI (MT.7.1-12)

(1) Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés. Car on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l'on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez. Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l'oeil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil? Ou comment peux-tu dire à ton frère: Laisse-moi ôter une paille de ton oeil, toi qui as une poutre dans le tien? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton oeil, et alors tu verras comment ôter la paille de l'oeil de ton frère. Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu'ils ne les foulent aux pieds, ne se retournent et ne vous déchirent. Demandez, et l'on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l'on ouvre à celui qui frappe. Lequel de vous donnera une pierre à son fils, s'il lui demande du pain? Ou, s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent? Si donc, méchants comme vous l'êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent. (12) Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c'est la loi et les prophètes.

LEUR SALUT PERSONNEL (MT.7.13-29)

(13) Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent. Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs. Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons? Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits. Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé et jeté au feu. C'est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux.

Plusieurs me diront en ce jour-là: Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé par ton nom? n'avons-nous pas chassé des démons par ton nom? et n'avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom? Alors je leur dirai ouvertement: Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité. C'est pourquoi, quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont jetés contre cette maison: elle n'est point tombée, parce qu'elle était fondée sur le roc.

Mais quiconque entend ces paroles que je dis, et ne les met pas en pratique, sera semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et ont battu cette maison: elle est tombée, et sa ruine a été grande. Après que Jésus eut achevé ces discours, la foule fut frappée de sa doctrine; (29)car il enseignait comme ayant autorité, et non pas comme leurs scribes.

 

 

EXPLICATION

 

Le Sermon sur la montagne, établit les règles de vie des citoyens du royaume. C'est une carte d'identité de ce que doivent être les disciples de Jésus. Ce discours, prononcé dans la première année du ministère de Jésus, en Galilée (Lc.7.1).

Ce sermon exprime la volonté divine qui ne saurait être atténuée en aucune manière, car Jésus nous transmet la parole éternelle de Dieu qui n'est ni dépassée, ni révisée, ni périmée. Ce message n'est pas donné comme un programme destiné à améliorer le monde, mais il s'adresse à tous ceux qui ont spirituellement quitté le monde, pour entrer déjà dans le royaume. Mais il est vrai que les chrétiens en le pratiquant par la grâce de Dieu, sont sel de la terre et lumière du monde (Mt. 5.13-14).

COMMENTAIRES

Les bienheureux, vrais fils du royaume : v. 3-9

Les bienheureux, dans les Psaumes comme dans les Évangiles, sont en général ceux qui sont en opposition avec le monde et ses principes, parce qu'ils sont d'accord avec Dieu et sa Parole. Ils manifestent les caractères de la vie divine au milieu d'éléments contraires, dans la souffrances, en attendant de briller dans la gloire du royaume futur (Mt.13.43).

- Bienheureux les pauvres en esprit : ce sont ceux qui ont l'esprit de pauvreté, d'humilité. Ils sont sans apparence, en contraste avec les sages et les intelligents de ce monde et leur suffisance. Ils sont animés d'une foi simple, mais se nourrit d'avance des richesses du royaume qui est à eux.

Ils croient Dieu sur parole comme des petits enfants, et ne raisonnent pas ; c'est donc à eux que Dieu se révèle (Mt. 11.25). Ils acceptent sans prétention le jugement que la Parole de Dieu porte sur l'homme naturel, et cela attire sur eux le mépris du monde orgueilleux.

Les persécutions consécutives : v. 10-12

Cette nuée de témoins, que Jésus qualifie de bienheureux, est marquée par la souffrance dans ce monde "à cause de la justice" ; tous ces fidèles sont affligés par la violence, la corruption, l'iniquité qui dominent autour d'eux. Mais ils souffrent aussi de la part de ces injustes. Plus ils reluisent comme des luminaires dans un tel monde (Philippiens 2:15), plus leur lumière met en évidence la perversité de ceux qui marchent dans les ténèbres. Cela ne peut qu'attirer l'animosité, le mépris, et même la haine de ceux-ci.

Le seigneur s'adresse ensuite à tous ceux qui seront ses disciples (v.11): vous souffrirez, dit-il, "à cause de moi". Il y aura maintenant un nom pour lequel les disciples auront l'honneur de souffrir avec joie (Actes 5:41 ; 9:16).

Les témoins fidèles : v. 13

Le sel de la terre

Ceux qui tiennent en honneur le nom de Jésus sont méprisés du monde (v. 11, 12), mais ils sont les seuls à avoir de la saveur pour Dieu. Quelle saveur avons-nous pour dieu? Quelle saveur avons-nous pour ce monde? Si nous sommes insipides, nous le laisserons indifférent et ne serons pas de vrais témoins.

Le sel préserve de la corruption ce qui est pur. Le Seigneur dit ailleurs : "Ayez du sel en vous-même" (Marc 9:51), afin qu'aucun élément corrupteur ne puisse agir, que ce soit la chair en nous (Ga. 6:8), ou le monde qui nous environne ( 1Co. 15:33).

La lumière du monde : v. 14-16

La lumière est source divine ; Jésus-Christ est la lumière du monde (Jean 1:9). Ceux qui ont cru en Jésus sont sortis des ténèbres pour le suivre ; ils ont la lumière de la vie (Jean 8:12). Cette lumière qui rayonne d'eux maintenant n'est autre chose que la manifestation de la vie de Christ en eux devant les hommes. Ils sont "enfants de lumière", et comme tels marchent dans la séparation d'avec les "fils de la désobéissance" (Éph. 5:6-9).

Ils peuvent ainsi produire le fruit de la lumière : bonté, justice, vérité. La lumière de Dieu a illuminé le cœur du croyant afin qu'elle luise au dehors (2 Co. 4: 4,6).

Le chrétien n'est un vrai témoin que si son être intérieur est plein de lumière ; il lui faut pour cela un œil simple, non obscurci par l'amour-propre ou les vanités de ce monde (Mt. 6: 22,23). La lumière a besoin d'un support, un "pied de lampe" (v.15) : la Parole de Dieu est à la fois la seule source et le vrai support (Psaume 119:105) ; par elle, la lampe est allumée et brille. Mettre la lampe sous le boisseau, signifie symboliquement négliger l'enseignement de la Parole de Dieu au profit des affaires de la vie : avertissement sérieux pour nous.

Enfin notre lumière doit luire "devant les hommes" : elle se voit à travers ces "bonnes œuvres que Dieu a préparées à l'avance" (Éph. 2:10). Elles sont d'abord d'ordre moral, fruits de la lumière, vertus actives pour se retirer du mal et faire le bien. Elles sont ensuite d'ordre pratique envers tous, mais particulièrement à l'égard des déshérités de ce monde, de ceux qui ont sont touchés par les peines d'ici-bas, de ces âmes qui ont besoin de salut.

C'était déjà un enseignement de la loi ; mais le motif invoqué par le Seigneur ici est plus élevé : se montrer des enfants dignes de leur Père qui est dans les cieux (v.16). Les œuvres seront faites en sorte que ceux qui les observent puissent remonter à leur source : la gloire en reviendra au Père.

La force de la loi et sa mise en pratique : v. 17-20

L'enseignement qui suit s'adresse à ceux qui auraient pu contester "l'évangile du royaume" (Mt. 4:23), en prétendant qu'il n'était pas dans la ligne de la loi. Jésus dénonce aussi ceux qui auraient voulu maintenir une justice selon la loi pour entrer dans le royaume. Il maintient la loi dans toute son autorité, mais va montrer un chemin plus excellent ( 1Co. 12:31). Jésus a accompli tout ce qui était écrit de lui dans la loi et les prophètes (v.17) ; il expliquera aux disciples après sa résurrection les choses le concernant, dans toutes les Écritures (Luc 24: 27,44). Il a glorifié Dieu en obéissant dans les plus petits détails, et en accomplissant à a lettre toutes les prophéties.

Mais Christ a dû aussi, et cela nous confond, se placer pour nous sous la sentence de condamnation et de malédiction de la loi, par le seul article qui pouvait atteindre l'homme parfait : "Maudit est quiconque est pendu au bois" (Ga. 3:13). Ainsi la loi subsiste, mais nous sommes "morts à la loi". Nous ne lui sommes plus asservis ; elle est maintenant une aide pour notre instruction. Pour les incrédules et les moqueurs, elle reste une loi de condamnation. Jésus évoque la disparition du ciel et de la terre (v.18) (Mt. 24:35).

Les hommes continuent à prendre dans l'Écriture ce qui leur convient ; ils suppriment, ajoutent et interprètent à leur guise : ils la profanent. Les scribes et les pharisiens connaissaient fort bien la lettre de la loi, mais ils en reniaient l'esprit et ne la mettaient pas en pratique. Pratiquer et enseigner vont ensemble, dit Jésus (.19). La justice de formes et d'œuvres de loi, telle celle des scribes et des pharisiens, ferme à jamais l'entrée du royaume des cieux, C'est cette justice qui est trop souvent enseignée dans la chrétienté actuelle. Une seule ouvre la porte, la justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ (Romains 4: 22-25).

La loi et les principes de conduite du royaume

La colère : v. 21, 22

Après avoir confirmé la validité des commandements de la loi, Jésus va les reprendre pour montrer le vrai niveau de la sainteté de Dieu. Il met au même rang l'homme aux lèvres impures qui prononce des paroles légères, et celui qui frappe d'un bras meurtrier. Devant le Dieu saint, le péché, petit ou grand, attire le jugement. La loi dénonçait autrefois l'acte du meurtrier pour le punir : "Tu ne tueras pas" (v.21) (Exode 20:13).

Jésus condamne maintenant le mouvement du cœur qui en est la source : colère, injures, haine …, toutes ces manifestations qui ferment l'entrée du royaume de Dieu (Ga. 5:19-21). Le croyant est exhorté à renoncer à toutes ces choses (Col. 3:8), pour s'abreuver à une autre source, celle de l'amour.

Jésus parle du jugement du sanhédrin, le tribunal religieux des Juifs à Jérusalem. Les auditeurs ont dû être étonnés d'apprendre que l'injure "raca" (vaurien) prononcée contre son frère pouvait conduire devant un tel tribunal ; et plus encore, que l'outrage "fou" (insensé) méritait le châtiment divin d'un feu inextinguible ( la géhenne). Le Seigneur donne ici une mesure de la sainteté de Dieu que la loi n'exprimait pas ; nous sommes donc invités à tenir notre langue en bride, et pour cela à veiller à l'état de notre cœur.

L'animosité : v. 23-26

L'israélite avait une religion de belle apparence, et pouvait offrir à Dieu des sacrifices volontaires variés. Mais sa conscience n'était pas toujours exercée à l'égard de ce que signifiait l'autel, et des scènes bien navrantes se sont produites lors de ces rencontres avec Dieu (1 Samuel 1:6,7). Le Seigneur nous place ici sur un plan plus élevé, celui de nos relations avec le Père qui est dans les cieux ; aussi, sa famille doit-elle se conduire dignement. Les frères sont appelés à s'entendre et non pas à s'injurier, et le tort fait à un frère ne peut se réparer par une simple profession de piété envers Dieu.

L'autel des sacrifices nous parlait par avance de la croix. Dans le temps présent, la "table du Seigneur", et le souvenir de son sacrifice, sont liés à l'autel. Nous devons avoir une conscience pure pour participer au mémorial des souffrances et de la mort de Christ. Aussi, le croyant s'éprouve lui-même à la lumière de Dieu, et participe à la Cène du Seigneur (1 Co. 11:28). Mais il doit aussi avoir une bonne conscience à l'égard de ses frères, de sorte que la communion qui s'exprime à la table du Seigneur soit réelle en pratique. "Soyez en paix entre vous, dit le Seigneur" (Marc 9:51).

La convoitise : v. 27-30

Jésus remonte à nouveau à l'une des sources du péché, la convoitise (Jac. 1:15). La loi la condamne, dans son dernier commandement (Exode 20:17), et place de ce fait tout homme sous sa sentence de mort. Christ est mort pour nous délivrer de cette puissance du péché. Le croyant fixe ses yeux sur Jésus en qui tout est pureté. Les divers objets de convoitise qui se présentent dans le monde n'attirent plus ses regards ; il garde ainsi son cœur.

Le Seigneur enseigne que le mal, à sa source, est déjà réel et condamnable. C'est là qu'il faut le juger sans ménagement, alors qu'il gît encore dans les replis cachés de l'être intérieur. La Parole de Dieu est la ressource par excellence pour cela (Héb. 4:12). Elle permet de "couper et de jeter loin", moralement, la racine du mal. Mais elle ouvre aussi une source qui éteindra la convoitise : c'est l'amour (Romains 13:9,10).

 

 Le divorce : v. 31, 32

Jésus cite maintenant l'article de la loi concernant le divorce (Deutéronome 24:1). Il y reviendra lorsque les pharisiens, pour l'éprouver, lui rappelleront la prescription de Moïse (Mt. 19:7). Ici, il établit, en face du divorce légal, l'indissolubilité du mariage. Le lien n'est pas rompu en cas de répudiation (renvoyer sa femme), puisque la femme répudiée commet adultère en étant à un autre homme ; et ce dernier, est-il dit, devient à son tour coupable d'adultère. Matthieu ajoute la proposition : "si ce n'est pour cause de fornication". Jésus souligne ainsi la gravité d'une telle conduite et l'impossibilité qui peut s'en suivre de cohabiter.

La répudiation avait été tolérée par Dieu sous la loi à cause de la dureté de cœur de ce peuple, qui d'ailleurs se perpétuait : "votre dureté de cœur". Dieu mettait ainsi son peuple à l'épreuve, et nous savons quels débordements cela a conduit (Malachie 2:11-17). Devant un tel état de choses, l'Éternel s'écrie : "Je hais la répudiation". Telle est la pensée définitive de Dieu sur ce sujet. Ici, le Seigneur place le mariage dans le contexte des principes moraux qui régissent le royaume de Dieu : non point l'égoïsme, les disputes, les tromperies et la séparation, mais au contraire l'affection, le support, le pardon et la réconciliation.

Une conduite digne du Père céleste

Les serments : v. 33-37

"Vous avez ouï … mais moi je vous dis". Dans cette partie du discours (v. 21-48), le Seigneur cite la loi, mais présente en contraste sa propre parole. Sans abaisser le niveau de la loi, Jésus place son enseignement sur un autre plan, celui de la justice (v. 33-37) et de l'amour (v.38-48), vertus qui ont cours dans le royaume de Dieu. Elles peuvent être exercées par ceux qui connaissent le Père et agissent selon ses perfections (v.45, 48).

La loi permettait autrefois les serments et les vœux (Nombres 30:3). Ils constituaient une épreuve particulière pour celui qui s'engageait. Les serments irréfléchis et les vœux présomptueux n'ont pas manqué (Josué 9:15 ; Juges 11:39), même au temps du christianisme. Dieu seul peut s'engager à tenir ses serments (Ps. 110:4 ; Ps. 89:3).

Le croyant doit donc prendre la mesure de ce qu'il est, et ne pas s'obliger dans un domaine qui le dépasse, par des choses qui le jugeront :

Le Seigneur relève ainsi la légèreté de ces Juifs qui s'appropriaient de tels domaines pour confirmer leurs serments. En fait, l'homme ne dispose même pas de sa propre personne, et ne peut maîtriser la destinée d'un seul de ses cheveux. L'instruction devient donc simple et précise : le croyant prononce des paroles fermes et claires.

Il ne jure pas (Jac. 5:12), car cela dénote un fond mal assuré. "Ce qui est de plus vient du mal" dit Jésus. Sans parler de jurements grossiers, l'on peut être conduit à affirmer gravement une chose fausse (Mt.26:74) ou insensée (Mt.23:16-22), ou à prendre sans réflexion un engagement solennel. Le croyant parle en présence d'un Dieu qui entend tout. Il dit oui, ou il dit non, en connaissant la volonté du Seigneur. Il compte humblement sur lui pour l'accomplir.

Le bien pour le mal : v. 38-42

"Œil pour œil, dent pour dent" (Exode 21:24). La loi prescrivait cela pour exercer la conscience de celui qui avait tort : "tu donneras", et non pour attiser l'instinct de vengeance. Le croyant ne se venge pas, mais remet toute chose entre les mains du Seigneur qui rendra un jour à chacun selon son œuvre (Ro. 12:19). Jésus le seul modèle pour nous, ne rendait pas d'outrage et ne menaçait pas, mais s'en remettait au juste juge (1 Pierre 2:23).

Dans le temps présent, la loi du royaume est basée non sur la défense des droits des hommes (comme les loi humaines), mais sur des principes d'amour, de douceur, de patience, d'humilité. Le croyant n'insiste pas sur ses droits, et confond son adversaire par une conduite pleine de grâce. Les occasions ne manquent pas :

"Donne à qui te demande" : c'est le principe d'un cœur ouvert et généreux. Certes, il n'est pas question d'entretenir des débiteurs insouciants ; mais le Seigneur nous met en garde contre nos tendances cupides, et veut que nous restions sensibles à la misère d'autrui. Nous sommes les enfants d'un Dieu qui donne richement, libéralement.

L'amour pour la haine : v. 43-48

"Aimez vos ennemis" : c'est le précepte le plus étonnant de l'Écriture, que l'homme naturel ne peut même pas concevoir. Aimer son prochain comme soi-même (Lév.19:18) est déjà chose bien impossible à l'homme. Alors que dire quand ce prochain est son ennemi, son persécuteur! Peut-on l'aimer et prier pour lui ? Celui qui nous le demande est aussi celui qui l'a fait en faveur de ceux qui l'ont cloué à la croix : "Père , pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font" (Luc 23:34).

Dieu aime sa créature et manifeste sans distinction sa bonté et ses soins à l'égard de tous, continuellement (v.45)(Actes 14:17). Le croyant pieux n'est pas ingrat comme l'incrédule, mais rend grâces à Dieu pour toutes ces choses. De plus, il imite son Père céleste, il ouvre son cœur à tous, bons ou méchants, selon l'occasion.

L'homme entretient des relations sociales nécessaires pour mener une vie relativement paisible et satisfaisante (v.46, 47).

Il est capable aussi de manifester des sentiments de bonté, de générosité, de dévouement, car il a été créé à l'image de Dieu. Jésus demande aux siens quelque chose de plus, une perfection (v.48) qui caractérise le nouvel homme. Celui-ci est né de Dieu ; il peut reproduire ses caractères (Éph. 5:1). Dieu nous a aimés quand nous étions haïssables, et il nous a sauvés (Tite 3:3, 4). Il nous dit maintenant : "si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s'il a soif, donne-lui à boire" (Ro.12:20). Qui sait si celui-ci ne sera pas touché, comme nous l'avons été par l'amour de Dieu!

MATTHIEU 6. 1-18

La vie de piété

Divers actes de piété

Ils s'accomplissent soit envers les hommes (bienfaisance), soit envers Dieu (prière), soit enfin envers soi-même (jeûne). L'enseignement et les avertissements du Seigneur sont toujours actuels, car beaucoup de chrétiens s'emparent de ces choses, excellente en elles-mêmes, pour s'acquitter de "devoirs religieux" et en acquérir quelque mérite.

Par contraste avec la manière de faire des hommes, Jésus répète : "Mais toi …" (v. 3,6,17). C'est une interpellation personnelle à l'adresse d'un vrai disciple de Christ, qui sait que Dieu ne regarde pas à l'apparence extérieure. Mais au cœur. Nos motifs déterminent la valeur de nos actes devant lui.

L'aumône : v. 1-4

"Votre aumône" (ou justice au v.1), englobe toute la justice pratique du croyant. Elle n'est appréciée que de Dieu lui-même, qui sonde les cœurs. Ce n'est pas des hommes que nous devons attendre une juste estimation, voire une flatteuse approbation ; la vraie récompense vient de la main du Père.

L'aumône (v.2) est un autre terme qui concerne plus directement la bienfaisance. Elle ne saurait s'exercer valablement dans des manifestations publiques à la manière du monde, ni être l'occasion de décharger une conscience hypocrite. La bienfaisance prend une valeur particulière dans le secret du don, non seulement par rapport à autrui, mais aussi par rapport à soi-même. Si une main ne sait pas ce que l'autre fait, l'être entier ne peut en tirer aucune gloire. Savons-nous ce que c'est que de donner par amour pour Dieu et pour notre prochain, sans qu'il en résulte de trace de contentement personnel?

Dieu voit dans le secret des cœurs (v.4) ce que nous y discernons si difficilement nous-mêmes. Il recueille aussi ce que les hommes ignorent. Tout ce qui est fait pour lui ne restera pas toujours secret, mais sera produit en pleine lumière au jour des rétributions (1 Co. 4:5).

La prière personnelle : v. 5-8

Elle traduit la mesure de piété d'un croyant. L'homme pieux entretient des relations intimes avec Dieu, dans une crainte respectueuse et une confiance certaine de en sa fidélité. Il lui remet donc toutes choses en tranquillité d'esprit. Comment un tel privilège a-t-il pu être dévié de sens profond pour devenir un spectacle public (v.5)? Des hommes religieux vaniteux et hypocrites se sont ainsi donné une apparence de piété du temps du Seigneur. Mais la piété de forme caractérise aussi les derniers jours de l'histoire de l'Église (2 Tim. 3:5). Que de prières publiques, peut-être bien formulées mais creuses, sont exprimées davantage pour être entendues des hommes que de Dieu!

La prière personnelle est prononcée "dans le secret", donc autant que possible dans le calme de la maison. La durée et la fréquence de nos prières ne sont soumises à aucune limite, à la différence des prières publiques, car notre Père qui est dans les cieux ne se lasse jamais d'entendre un cœur sincère. Il recueille notre prière et nous promet sa récompense :

Le Seigneur nous met en garde (v. 7, 8) contre les vaines redites, "comme ceux des nations". Il fait sans doute allusion aux répétition de formules vaines des païens devant leurs idoles (1 Rois 18:26-29). Cet avertissement est parfois resté lettre morte dans la chrétienté. Même cette belle prière que Jésus enseigne ensuite est devenue une vaine redite! Gardons-nous d'exprimer des paroles qui ne traduisent pas la réalité de sentiments!

Les prières efficaces ne sont pas celles présentées par ceux qui "parlent beaucoup", mais par ceux qui demandent avec foi et sincérité, avec ferveur et insistance, sous la pression de besoins réels. Dieu connaît ces besoins (v.8), mais il aime à les entendre "exposés", afin que nous prenions conscience que lui seul peut répondre, et qu'il se plaît à le faire.

La prière "dominicale" (ou du Seigneur) : v. 9-13

Cette prière nous enseigne que les demandes faites à Dieu par des croyants doivent être en rapport avec les temps traversés, et avec leur position devant Dieu. Les disciples devaient avoir conscience que le royaume des cieux s'était approché, mais que l'état moral de la nation en retardait l'instauration. Le Seigneur les enseigne à prier pour que tout soit préparé en vue de l'accomplissement des prophéties de l'Écriture ; mais cette prière est aussi en instruction pour nous.

Le nom du Père qui est dans les cieux remplace celui de l'Éternel (Jean 17:26). Cette connaissance sera complétée après la mort et la résurrection de notre Seigneur (Jean 20:17). Elle sera plus intime, dans la jouissance de la filiation et de l'adoption.

La prière du Seigneur comporte sept demandes : les trois premières ont trait à la gloire de Dieu ; les quatre dernières expriment les besoins des croyants :

Le jeûne : v. 16-18

Dans la Parole, le jeûne est lié à l'humiliation, à la contrition et à la repentance. La loi ne donnait pas de prescription à ce sujet, mais nous le trouvons pratiqué tout au long de l'histoire d'Israël, et au début de l'histoire de l'Église (Actes 10:30 ; 13:2). Les hypocrites du temps du Seigneur osaient tirer gloire de ce signe d'humiliation (Luc 18:12). Sans en négliger éventuellement la pratique littérale, le croyant en retient au moins l'enseignement moral : il s'abstient de tout ce qui nourrit et satisfait l'homme naturel, de tout ce qui peut ôter le discernement spirituel. Telle est sa conduite secrète, qui conduit à la bénédiction (v.18).

MATTHIEU 6:19-34

La confiance en Dieu

"Des trésors dans le ciel" : v. 19-21

La première partie du chapitre 6 met en valeur la piété vécue dans le secret de Dieu, la seconde en montre le résultat : une confiance totale en notre Père céleste (v.9). Mais avant de nous exhorter à tout lui remettre, le Seigneur nous invite d'abord à sonder l'état de notre cœur ; il rappelle que nos affections sont attachées à ce qui a de la valeur pour nous : notre trésor. Pour le chrétien, le vrai trésor est dans le ciel : Christ et ses "richesses insondables". Ne le cherchons pas sur la terre, dans les richesses qui se corrompent! (Jac.5:2,3).

Le croyant heureux a ses pensées aux choses d'en haut (Col. 3:1-4) ; il jouit par la foi d'un trésor éternel. De ce fait, sa vie sur la terre a pour but "d'amasser dans le ciel" "un bon fondement pour l'avenir" (1 Tim. 6:19). Ce n'est pas le cas de ceux qui ont leurs pensées et leur cœur aux choses terrestres (Phil. 3:19). Les richesses qu'ils accumulent (biens matériels, rang social …) n'ont pas cours dans le monde à venir, et s'envolent bien vite dans le monde présent (Prov. 23:4,5). Sur cette terre souillée par le péché, tout se gâte (v.19) et tend à être détruit. Rien n'est sûr dans ce monde ; nos vrais biens sont cachés dans les cieux.

Un œil simple : v. 22,23

Le Seigneur remonte maintenant à la source. L'œil est physiquement la porte d'entrée des perceptions du monde extérieur visible, par lesquelles l'homme peut se conduire. Jésus emploie cette figure pour parler de l'œil moral, cette fenêtre de l'âme : il doit rester simple, ne doit fixer qu'un objet à la fois. Le croyant est invité à "fixer les yeux sur Jésus" d'où vient la lumière (Héb. 12:2).

Si l'œil plus simple, il devient méchant, en mauvais état ; tout s'obscurcit alors. S'il y a eu de la lumière auparavant, et qu'elle soit restée sans effet sur l'être intérieur, celui-ci devient ténébreux. Satan règne sur les ténèbres, il aveugle les pensées des hommes (Col. 1:13 ; 2Co.4:4) ; il trouble aussi la vue de ceux qui ne gardent plus d'un œil simple, fixé sur Christ (2Co. 11:3). Veillons donc à ce qui entre par cet œil moral.

Un seul maître : v. 24

L'homme se croit libre de fixer des objectifs et de les poursuivre ; il se trompe, il sert toujours un maître. Mais il ne peut pas en servir deux ; il doit choisir. On ne peut prétendre partager son cœur entre le ciel et la terre, ce que quelques-uns croient pouvoir faire. Celui qui ne sert pas Dieu est esclave de Satan et des richesses qu'il peut offrir dans ce monde. Jésus personnifie ces richesses sous le vocable de Mammon.

Le croyant fidèle a toujours su où étaient ses vrais biens :

Il faut donc choisir son maître : les biens qui nous sont confiés ne doivent jamais détourner nos affections de celui qui seul est digne de posséder nos cœurs.

"Ne soyez pas en souci pour votre vie" : v. 25-30

De la poursuite des richesses, Jésus passe aux nécessités de la vie ; elles ne doivent pas être une source de tourments. Si nous avons de quoi manger et de quoi nous couvrir, nous devons déjà être satisfaits, dit l'apôtre Paul (1 Tim. 6:8-10). Mais si nous convoitons ce que Dieu ne veut pas nous donner, nous risquons de nous "transpercer de beaucoup de douleurs".

Il n'est pas en notre pouvoir d'ajouter une coudée à notre taille. Le souci que nous pouvons nous faire ne changera rien à ce que Dieu a fixé pour nous. Notre Père céleste règle notre présent selon son bon plaisir et, soyons-en convaincus, pour notre bien (Ro. 8:32). Soyons contents de ce que nous avons présentement (Héb. 13:5). Rejetons sur Dieu tout notre souci, car il a soin de nous (1 Pierre 5:7). Comptons donc un peu mieux, nous ses enfants, sur la bonté et la fidélité de notre Père.

"Ne soyez pas en souci pour le lendemain" : v. 31-34

Manger et boire est ce que le monde recherche (Luc 17:26-30 ; 1Co. 15:32). Cette insouciance de Dieu le conduit à sa perte. Pour le croyant pieux, manger, boire et se vêtir ne sont que des nécessités auxquelles Dieu pourvoit. Il ne se pose pas de questions angoissantes sur le lendemain ; sa vie est la vie d'un jour ; et s'il parvient au lendemain, il trouvera ce que Dieu aura préparé pour lui : "Votre Père céleste sait".

Son objectif est de vivre dans l'esprit du royaume (Ro. 14:17); il n'a rien à revendiquer dans le monde présent. Il fait sa recherche prioritaire des valeurs morales qui ont cours dans le royaume ; elles sont l'expression de la justice de Dieu, en contraste total avec l'injustice des hommes.

Mettons-nous toute notre confiance en dieu pour les besoins du jour ? Rappelons le bel exemple de la veuve : elle avait "jeté aux offrandes de Dieu tout ce qu'elle avait pour vivre" (Luc 21:4). Elle n'était pas en souci pour le lendemain, car elle connaissait le cœur de son Dieu, et ses richesses. Nous aussi, vivons de foi, et redisons chaque matin : "A chaque jour suffit sa peine" !

MATTHIEU 7:1-14

La conduite envers autrui : 7:1-12

L'entrée dans le royaume : 7:13,14

"Ne jugez pas" : v. 1-5

La tendance à juger les autres est inhérente au cœur humain. Elle était très marquée chez les pharisiens. Ils appliquaient à leurs semblables les exigences de la loi, mais la négligeaient pour eux-mêmes. L'apôtre Paul relèvera avec pertinence leur culpabilité à cet égard (Ro.2) ; de même l'apôtre Jacques mettra en garde le Juif devenu chrétien contre cette tendance à se placer au-dessus de la loi pour juger son prochain (Jac.4:11,12).

Le Seigneur nous observe (v.2); si nous prions pour notre frère en faute et l'aidons à se relever au lieu de le juger, le Seigneur usera aussi de miséricorde à notre égard (Jac.2:13).

"Pourquoi regardes la paille qui est dans l'œil de ton frère" ? dit Jésus. Un brin de paille, est un corps étranger minuscule que seule une observation attentive permet de déceler.

Ainsi peut-on épier son frère ! Puis on ose entreprendre une action blessante, sous couvert de charité : "Permet, j'ôterai ….", sans s'être examiné soi-même dans la lumière divine. Accordons une grande attention à cet enseignement : si nous sommes portés à juger les autres, et souvent sans avoir l'exacte connaissance des faits, nous ne discernerons bientôt plus nos propres défauts. Par contre, si nous nous jugeons nous-mêmes devant Dieu, sans excès de scrupules mais en toute droiture, nous ne serons pas si facilement disposés à voir le mal chez nos frères. L'hypocrite (v.5) cache aux autres sa propre culpabilité, et finit par se la cacher à lui-même ; elle devient vite une poutre.

Préservez ce qui est saint : v. 6

Les chiens et les pourceaux sont des animaux vils et impurs dans la Parole (Deut. 23:18 ; 2 Pi. 2:22). Moralement, les hommes impies qui sont insensibles au bien et impurs dans leurs goûts, leur sont assimilés. Il n'est pas convenable de mettre à leur portée les choses saintes de peur qu'ils ne les profanent. Cependant, nous pouvons toujours "saisir l'occasion" de présenter la vérité de l'Évangile, selon la sagesse que l'Esprit Saint nous donne (Col. 4:5,6).

"Demandez et il vous sera donné" : v.7-12

Jésus revient ici au sentiment de confiance que les enfants peuvent avoir à l'égard de leur Père céleste (Mt. 6:25-34). Pour recevoir de lui, il faut demander ; la prière est la base de la vie chrétienne. Nous sommes enseignés à demander avec foi, avec précision, avec persévérance.

La porte du Père n'est jamais fermée pour les enfants, il faut frapper puis entrer. La prière conduit à la communion, et celle-ci aux demandes intelligentes et aux bonnes réponses (Jean 15:7). Dieu peut éprouver la foi par la patience ; mais il donne au temps convenable ce qui convient :"de bonnes choses".

Dieu veut aussi qu'à notre tour (v.12) nous agissons envers les autres comme lui envers nous ; si nous avons appris de lui, nous pouvons être en exemple aux autres. Il nous donne une solution divinement sage pour régler nos rapports avec les hommes. La parole de la loi et des prophètes (v.12 ; 22:40), spirituellement bien comprise, conduisait déjà à l'esprit du royaume qui ressort dans ces chapitres.

L'entrée dans le royaume : v. 13, 14

Jésus a parlé de deux maîtres ; il parle maintenant de deux portes et de deux chemons. Là aussi, l'homme doit choisir : la porte large s'offre naturellement à lui ; elle se franchit sans difficulté et donne accès à un chemin spacieux, ouvert à toutes les convoitises. L'insensé se trouve là en compagnie d'une foule qui est entrée avec lui, qui pense et agit comme lui, et cela le rassure. Il a pourtant lu sur le poteau indicateur placé à l'entrée du chemin : "Perdition". Mais le "dieu de ce siècle", qui guide cette immense troupe vers son issue fatale, aveugle les incrédules (2Co. 4:4) et les entraîne dans cette funeste direction.

Jésus appelle à entrer par la porte étroite pour suivre le chemin resserré, mais qui mène à la vie. Il est, la porte, le chemin, la vie (Jean 10:9 ; 14:6).

Entrer par la porte, c'est être sauvé ; suivre le chemin, c'est suivre Jésus, en direction de la vie éternelle. Ce chemin frayé par lui est suivi par le petit nombre, car il faut d'abord le trouver (v. 14). On ne peut y entrer que par la porte étroite, celle où l'on est contraint d'abandonner sa propre justice et la recherche des satisfactions terrestres. Le chemin est resserré, éprouvant, mais ceux qui le suivent sont tous des bienheureux (Mt. 5:3-12) ; ils ont le ciel et le royaume pour eux et devant eux.

MATTHIEU 7:15-29

Les faux prophètes et les faux apôtres : 7:15-23

Christ, le seul fondement : 7:24-29

Les faux prophètes : v. 15-20

Au cours de son histoire, le peuple d'Israël a constamment été mis en garde contre les faux prophètes ; pourtant ceux-ci n'ont pas manqué de se multiplier. Jésus avertit une fois de plus, mais donne aussi le moyen de les reconnaître. Son enseignement est toujours actuel. Ces faux prophètes "viennent en habits de brebis" ; ils revêtent une apparence trompeuse pour masquer ce qu'ils sont en réalité. Ils prétendent faire partie du troupeau de Dieu, mais ils sont des loups ravisseurs (Ro.16:18 ; Actes 20:29,30). Ils séduisent et capturent leurs proies par leurs manières douces, innocentes, familières. L'apôtre Paul dénonce les faux apôtres de son temps qui sapaient sa doctrine et s'attaquaient à sa personne, tout en se prétendant les envoyés du Christ (2Co.11:13-15). Il s'en lèvera d'autres, encore plus redoutables, dans un temps futur (Mt.24:24).

De nos jours, ces faux prophètes sont nombreux. Ils s'insinuent dans le troupeau de Dieu, pervertissent la vérité de l'Évangile et dénaturent l'enseignement de la Parole quant aux événements à venir. "Vous les reconnaîtrez à leurs fruits", non pas à leurs belles paroles.

Avant de constater les mauvais fruits produits par leur enseignement pervers, il importe de les démasquer dans les fruits qu'ils produisent eux-mêmes. Leur sort éternel est tragique (v.19); il est le même que celui de ces pharisiens hypocrites qui refusaient de se repentir (Mt.3:8-10). Ils font "venir sur eux-mêmes une prompte destruction" (2Pi.2:1).

Le bon fruit est le produit de la nouvelle nature, du nouvel homme né de l'Esprit, qui manifeste les caractères de Christ en ceux qui sont de lui (Ga.5:22-24). Le mauvais fruit provient de l'arbre mauvais, de l'homme naturel. Les épines et les chardons, plantes d'un sol maudit, ne peuvent produire des raisins ou des figues, les fruits du bon pays de la promesse.

Les faux apôtres : v. 21-23

Le Seigneur parle maintenant de ceux qui se prétendent envoyés par lui et revêtus de son autorité. Parmi tous ceux qui lui disent : "Seigneur", Jésus ne reconnaît comme digne d'entrer dans son royaume que celui qui lui obéit maintenant, accomplissant ainsi la volonté de son Père qui est dans les cieux.

Jésus dénonce ceux qui ont à tout propos le nom du Seigneur sur les lèvres (Mt. 15:8). Certains penseront avoir fait de grandes choses (v.22), avoir accompli des œuvres dignes de reconnaissance, mais le Seigneur ne tiendra compte que de l'obéissance du cœur, fruit de la foi en sa Parole.

La porte du royaume sera définitivement fermée pour les "iniques", quelle que soit l'apparence de leurs œuvres : "Je ne vous ai jamais connus" (v.23). N'oublions pas qu'elle le sera aussi devant ceux qui n'ont pas d'huile dans leur lampe, qui ne sont pas nés de l'Esprit : "Je ne vous connais pas" (Mt. 25:12).

Les fondements de la maison : v. 24-27

Puis Jésus s'adresse à tous ceux qui viennent d'entendre ses paroles. Il s'agit désormais de les mettre en pratique (Jean 13:17). L'enseignement du Seigneur est simple malgré son insondable profondeur. Sommes-nous fermement déterminés à faire ce qu'il dit ? Ou voulons-nous nous contenter d'une profession chrétienne extérieure, juste suffisante pour être respectable ?

L'homme prudent a bâti sa maison sur le roc. Pour nous, le roc, c'est Jésus-Christ, le Fils du Dieu vivant (Mt.16:16-18). La foi en Jésus-Christ nous place dans le domaine des certitudes éternelles, et l'obéissance à sa Parole nous prémunit contre les agressions extérieures les plus violentes (v.25). C'est sur cette base solide que le croyant fidèle construit sa propre maison et maintient sa famille.

L'homme insensé a bâti sa maison sur le sable : tout en ayant entendu les paroles de Jésus, il préfère ne pas obéir. Il construit sa vie sur le sable mouvant et incertain des pensées et des raisonnements des hommes, sur la vanité des choses qui passent, Il édifie sa maison sur ce qui est sans consistance, et laisse les siens s'attacher à un monde en perpétuelle convulsion. Le désastre survient un jour ou l'autre lorsque soufflent les vents contraires, et la chute est irrémédiable. La ruine sera trouvée d'autant plus grande que la maison aura eu plus belle apparence.

C'est sur le roc que Jésus-Christ bâtit son Assemblée (Mt.16:18). Il la construit comme une maison de Dieu pour l'éternité ; les portes du hadès ne prévaudront pas contre elle. La mort, ce torrent dévastateur qui emporte tout, ne peut rien contre cet édifice divin et éternel dont chaque croyant a le bonheur d'être une pierre vivante.

La doctrine de Jésus : v. 28,29

Le discours de Jésus est achevé. Les foules peuvent à bon droit s'étonner de sa doctrine. Celle-ci n'a rien de comparable à ce qu'ils avaient l'habitude d'entendre de la bouche des docteurs de la loi et des scribes, qui chargeaient leurs épaules de fardeaux insupportables (Mt.23:1-4). Tout en magnifiant la loi et les prophètes, Jésus les a conduits dans un domaine plus élevé, céleste, celui du royaume des cieux où tout est justice, paix, joie et amour. Il leur a donné une lumière nouvelle en leur parlant de Dieu comme de leur Père qui est dans les cieux.

Les foules s'étonnent, elles admirent le langage ; mais ce qui importe, c'est de croire et de mettre en pratique. Les scribes s'attachaient à la lettre de l'Écriture sans en saisir l'esprit (v.29), et y mêlaient leur tradition ; un voile était ainsi placé entre les âmes et Dieu. La chrétienté a commis la même erreur ; mais l'Esprit Saint travaille inlassablement pour détourner les âmes de l'enseignement des scribes de ce siècle (1Co.1:18-20), et pour les placer sous la seule autorité de la Parole de Dieu.