La Lettre à Henry, roy de France second, écrite par Nostradamus en 1558, résume l’essentiel des événements relatés bien obscurément dans ses quatrains. Elle porte un titre qui a fait couler beaucoup d'encre. Une interprétation que ses exégètes ne se sont pas résolus à envisager, la plus simple d'ailleurs, est d'associer le mot second au pays de France plutôt qu'au nom de la personne du roi. Dans cette éventualité, la lettre serait adressée, non à Henry Roy second (ou Henry II), mais à un chef d'État de la France second(e), la Nouvelle-France. La négation de cette éventualité a permis d’occulter, pendant quatre siècles, le véritable destinataire de la Lettre à Henry et il a trompé, pendant les 150 dernières années, les nostalgiques d’un retour triomphant de la monarchie en France.
Cette lettre, qui constitue le texte le plus important et le plus clair de tous les écrits de Nostradamus, expose sa vision du monde à partir de la Révolution française jusqu’à la création de l’Europe moderne. Et finalement, elle annonce les effets catastrophiques de l’actuelle vision hégémonique, unilatérale et isolationniste des Étas-Unis d'Amérique par rapport au reste du monde et plus largement le passif que l’Occident a développé face au monde musulman depuis le XIXe siècle.
Le destinataire de la lettre est situé vraisemblablement dans ce qui reste de l’Amérique française après l’échec des visées hégémoniques de la France sur ce continent. Cette lettre de Nostradamus est écrite pour témoigner de vérités si terribles et si incroyables qu’elle a réduit son auteur au silence en l'obligeant à tenir des propos jugés trop obscurs, malgré son obsession de perpétuer la mémoire des Événements. Cette même obsession de la mémoire habite un américain d’adoption qui s’est construit, par choix et contre toute attente, un destin et une identité francophone, le Prix Nobel de la paix 1986, Élie Wiesel. L'obsession de la mémoire du passé chez Élie Wiesel trouve écho chez Nostradamus par l'obsession de la mémoire du futur. Là, bien plus encore, cette mémoire du futur apparaît intolérable à l'esprit humain cartésien, donnant ainsi prise au ridicule et à la raillerie des bien-pensants. Autant chez Nostradamus que chez Élie Wiesel, la mémoire des choses à dire devient la vérité d'un fou. Et peut-on réussir à traduire la vérité d'un fou sans se laisser envahir par cette folie ?
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