VI,54
Au point du jour au second chant du coq,
Ceux de Tunes, de Fez, et de Begie,
Par les Arabes captif le Roy Maroq,
L'an mil six cens et sept, de L'iturgie.
S
tructuration et complément de texte :
[Ici s'applique à] l'an mil six cent et sept [la phrase adressée à l'apôtre Pierre et provenant] de liturgie : au point du jour au second chant du coq, [tu m'auras renié par trois fois]. [Ainsi] ceux de Tunis, [la première fois, la deuxième fois ceux] de Fez, et [la troisième fois ceux] de Bejaia [auront été reniés] par les Arabes [les corsaires turcs ??? ayant asservi et tenu] captif le Roy [du] Maroc.
Ce reniement pourrait venir de l'empire Ottoman perdant peu à peu son intérêt pour le Maghreb au profit de l'Espagne et, plus tard, au profit de la France. Proviendrait-il des événements liés à l'expulsion vers le Maghreb des populations morisques du territoire espagnole au début du XVIIe siècle? Le mystère de ce reniement de nature politique ou religieuse reste encore à élucider.
Il serait tentant et tellement plus simple de retrancher un demi-siècle à l'an 1607 donnée par Nostradamus en appliquant ici des faits de 1556-1557. À cette époque le roi Sébastien du Portugal cherche à étendre ses possessions au Maghreb. Les corsaires turcs reprennent Tunis, qui avait été conquise par Charles Quint en 1535. Ils établissent un
pachalik, un territoire sous contrôle Ottoman, en Tunisie et en Algérie. Ce sont des événements qui ont une ressemblance certaine avec les propos du quatrain.
Mais cette approche ouvre la porte à l'arbitraire, à la suggestion d'autres dates qu'on voudrait bien y mettre. Pourquoi alors ne chercherait-on pas des événements encore mieux adaptés à la situation, en 1507, en 1407 ou en 1657 ? Tant qu'à obliger ses interprètes à louvoyer sur cette année 1607, il aurait mieux valu que Nostradamus s'abstienne d'en faire mention comme il l'a fait dans la plupart de ses quatrains. Une date de plus ou de moins dans la
milliade de quatrains qu'il a écrit n'aurait pas fait une grande différence.
Il faudra peut-être conclure, dans ce cas précis, à une erreur de calcul de sa part comme il nous en avertit dans la
Lettre à Henry :
... cependant si à ma supputation des âges je faillais, on ne pourrait être selon la volonté d'aucuns.
[Cependant, si je me trompais sur l'évaluation des dates, cette erreur ne pourrait être attribuée à aucun autre que moi.]
Mais l'histoire n'est pas un grand livre claire et limpide. Il reste, même dans les événements qui ont été fouillés dans les moindres détails, une ombre, un fait resté obscur qui, parfois, sort au grand jour. Pour le moment, le doute demeure sur la validité de la date donnée dans ce quatrain.