Bienvenue A bord de Canada Twameal

Le passager d'un avion de Canada 3000 qui le ramenait au pays, après un séjour dans le Sud, a entendu ce bizarre baragouinage: "Bonjour madame A messure, A nom de votre organizature de voyage, de Capitan A de leaky page shameray voo sweateh la bienvenue A bord de ce vol maintenan pray poor le decollage. A suh moment, madames A messure new voo prion de bien voolwa regarday les A cran moniture, le plus prey de voo pour un demonstration de no depositif de securitay and see kuh de mesure durgence."

(Vous y comprenez quelque chose ? Moi j'ai du relire plusieurs fois... et à haute voix pour en saisir la substantifique moelle !)

Ce passager a vite remarquée que l'hôtesse qui les avait ainsi accueillis ne connaissait pas un traître mot de francais. Mais elle savait au moins lire. Et durant tout ce vol, c'est elle qui leur a transmis les consignes de sécurité au micro. En anglais, puis dans cette langue bizarre et bâtarde impossible à qualifier, que vous avez lue plus haut. Avant de quitter l'appareil, ce passager, un citoyen du Saguenay un peu crapaud, a mis le grappin sur le fameux papier qu'elle avait exhibé pendant le vol: un document éloquent, qui illustre le souci de Canada 3000 (ou Canada Twameal, si vous préferez) pour la qualité des communications en francais. Un souci qui se double, bien sûr, de celui de la sécurité des passagers. Car à moins que je ne me trompe, ces consignes-là sont importantes puisqu'on force les compagnies à les répéter à chaque vol.

C'est Louis Champagne, l'animateur turbulent et polisson de CKRS au Saguenay, qui a obtenu copie de ce boniment piqué à l'hôtesse par l'un de ses auditeurs. Il en a envoyé une copie à son frère Pierre, mon collègue du Soleil, qui me l'a refilée à son tour, pour mon édification... et la vôtre. Champagne se proposait de lire ce papier ce matin à ses auditeurs. Mais je doute qu'il ait pu aller jusqu'au bout, tellement le texte n'a pas d'allure.

Voici donc le reste du message destiné à renseigner les voyageurs, après le décollage. C'est carrément surréaliste. Il faut presque avoir fait son cours classique pour comprendre: "Por votre confour A securitay, new voo demandon de garde votre centure bookclay shuska kuh news attenion notre altitude de cwasier A kuh le signale de centure so swat a ten. New voo consenior egalemon de garde votre centure bookclay a two moment lorska voo zet za zee. Canada twa meal (Canada 3000) vous offre une enviromon no fume. Les twalette sontikepay de detector de fume A d'alarm. Le consenior luminez de na pas fume son situee partwo don la cabine. Il A interdit de fumee pondon ce vol. La twalette son situee (Ici, L'hotesse devait choisir entre deux phrases, chacune convenant a un type d'appareil de la compagnie. Y est-elle arrivee ? Je l'ignore !): 757: a la von A au centre duh laparay. 320: a la von A a l'arriere duh laparay."

Puis, au moment d'amorcer la descente, elle a adressé ce message aux passagers, en jargonnant: "Madames A messure, news avon commonce notre descont. Voo yeah returnay a voo siege, booklay voo centure de securitay A redressay voo siege andsee kuh voo tablette. Assure voo kuh two le bagage a main son rangee soo la siege de von voo A kuh lazalee A sortie de secour son degashay A two effay personnel." Les derniers mots m'ont donneé du fil à retordre. Mais à force de me mettre la bouche en cul de poule, j'ai fini par en decouvrir le sens caché: Ca veut dire: « Et que les allées et sorties de secours sont degagées et tous les effets personnels... » ... Mais bizarrement, il y manque un mot !

"Transpoor Canada exige kuh new voo repellion ohh son situee de secour", a poursuivi l'hôtesse, avant de faire un nouveau choix entre les passages concernant le 757 ou le 320. 757 "cet avion compoor wheat sortie de secour. Il ye a duh a la von, duh a la rangee onze, duh a la range trenge, a duh a la range trente neuf". 320- "cet avio compoor catre sortie duh secour. Il ye a duh a la von, a duh a larriere. Il ye a osie catre who blow sortioe de secour situee days alee aux rangee onze A dooz... Voo yeah reparay la sortie la plus pro de vous. Merci."

Dans cette langue bâtarde, des mots sont tellement étonnants qu'ils en sont presque poetiques: huit s'ecrit wheat; quatre devient catre, aussi devient osie, toilette, twalette. "Que", se dit kuh, "ainsi que" se traduit par andsee kuh, "hublot" par who blow. Les mots croisieres, cwasier, pwisk (puisque) et sontikepay ( sont equipees) ne sont pas banals non plus. Mais le passage le plus hallucinant, tient en quatre mots: voo zet za zee: Oui... vous êtes assis...

Certes, Canada 3000 respecte la lettre du règlement. Il faut communiquer aux passagers ces informations dans les deux langues officielles du pays, comme l'exige l'organisme reélementaire. Mais Transpoor Canada se preoccupe-t-il aussi des zones de turbulence que subit le français sur les appareils canadiens, et qui ont de quoi faire rager les passagers francophones ? Ce n'est pas évident en lisant ces consignes: "Madames A messure, pwisk news approchon, une zone duh turbulence. News avon illuminae le consenior pour le centure. Pour votre confour A securitay voo yeah returnay a voo siege A vous assure kuh votre centure swan bien bookclay. Assure voo egalemon que voo baggage a main swen rangee. Merci."

Sur le papier que l'hôtesse avait pu décrypter péniblement, le passager du Saguenay a finalement trouvé les salutations cordiales de la fin du voyage: "Madames A messure, Canada twameal voo seat la bienvenu por votre confour A securitay voo yeah restay asee avec votre centure bookclay shuska larret complet duh laparay devon larogare".

Elle aurait pu ajouter: "Voo zetie bien na zee ? Voo zavie un bo who blow ? Voo zet paw tro shocke ?" Chose certaine, il ne l'a surement pas entendue chuchoter... "Law proshawn fowa, je parlere miouw la franca !"


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