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A l'heure accoutumée Auger frappa à la petite maison du Malonat. Il était triste. Un ordre du grand maître Jacques de Molay enjoignait aux Templiers du comté de Provence de se réunir immédiatement à Marseille où devait s'effectuer leur embarquement pour la Terre sainte. La croisade décidée par le concile de Poitiers allait avoir lieu. Trente-sept chevaliers du bailliage de Nice étaient partis le jour même avec armes et bagages, suivis des turcopoliers de la commanderie. Douze frères seulement avaient été laissés avec leurs écuyers dans les établissements de l'ordre, savoir : quatre au Temple du Var, quatre au Temple Sainte-Marie du Ray, quatre au Temple de Nice. Auger était de ce nombre. Tout en regrettant vivement de ne pouvoir participer à cette campagne lointaine en vue de laquelle il avait reçu les draps de chevalier, il se réjouissait intérieurement de ne pas être forcé de couper en deux le roman de son amour. Il s'attendait, lorsqu'il eut fini de parler, à voir Bertrade lui sauter au cou d'allégresse; mais la jeune fille consternée s'affaissa avec découragement dans sa chaire : « Auger, mon bien suprême, vous êtes perdu ! » ; le Templier, avec une pénible surprise demanda « Pour Dieu!ma chère enfant que se passe-t-il donc ? » ; «Auger, on vous a trompé ! » ; « Au nom de notre immortelle tendresse, parlez ! Que savez-vous, qu'arrive-t-il ? » ; la pauvre Bertrade murmura sourdement « La mort ! - Une nuit encore et il n'y aura plus de Temples dans le bailliage de Nice ; il n'y aura plus de Temples dans le royaume de France ! ». Et la jeune fille raconta en pleurant ce qu'elle savait.
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Page Web créée par Kathleen Couillard Dernière modification: 20 avril, 2000 |