Ornithologie - La côte de Charlevoix

 

stirenee.JPG (34836 octets)

Embouchure de la rivière Jean-Noël, St-Irénée.

 

La côte de Charlevoix… Destination hivernale convoitée par l’ornithologue en quête d’oiseaux aquatiques, de rapaces diurnes, de Strigiformes, de Fringillidés ou d’oiseaux noirs tardifs.

La côte de Charlevoix… Destination printanière et estivale où l’observation des espèces aquatiques sera rehaussée par la présence de larges groupes de Laridés desquels émanent parfois quelques sternes, mouettes ou goélands rares.

La côte de Charlevoix… Destination au potentiel reconnu mais sous-exploitée par son inaccessibilité relative due à la distance et à l’idée bien ancrée des gens à se dire que lorsqu’on s’y rend, il faut faire le grand tour…

Ce court exposé vise à vous présenter un itinéraire à votre portée pour une demie-journée d’observation dans des sites tout aussi enchanteurs que prometteurs. Évidemment, je ne mettrai pas en valeur tous les endroits où l’on peut se rendre dans Charlevoix. J’insisterai plutôt sur ceux qui m’attirent si souvent, ceux qui font que je n’hésite pas à prendre la route… après un avant-midi passé au cap Tourmente ou lorsque mon horaire me permet de terminer ma journée de travail plus tôt.

C’est sous la forme d’un récit d’excursion que je vous ferai part de l’énorme potentiel que j’associe aux endroits sélectionnés.

 

 

St-Augustin. Jeudi le 7 juin 2001, il est treize heures quarante… La cloche sonne. Je salue le dernier élève à quitter ma classe. Un sourire éclaire mon visage. Je l’avais prévue celle-là!!! Mes cours sont donnés, ceux du lendemain sont prêts…

Le soleil qui nous avait plongés dans une journée de 25 degrés  sera bon en fin d’après-midi! Rendu à St-Irénée, il me chauffera le dos et me donnera une luminosité idéale pour observer les oiseaux!!!

En route vers mon objectif, je garde un œil attentif; la route reliant St-Tite-des-Caps à Baie-St-Paul réserve parfois des surprises. C’est particulièrement vrai en hiver où il n’est pas rare d’apercevoir une Chouette épervière trôner au faîte d’un arbre, où les Fringillidés (becs-croisés, sizerins, durs-becs et tarins) sont la plupart du temps faciles à voir aux abords de la route et où merles et jaseurs sont observés plus souvent qu’à leur tour.

Aujourd’hui, mes espoirs sont centrés sur un Pygargue ou sur un rapace diurne quelconque. L’urubu me donnera bientôt satisfaction. De plus en plus commun dans nos contrées, il ne fait pas exception dans Charlevoix.

Il y a à peine une heure quinze que je roule et me voilà, surplombant Baie St-Paul. Oublions les oiseaux! Cette vue panoramique vaut quasiment le déplacement à elle seule!!!

Contradictoire face à mes sentiments, je boude la place. J’aurais pu arrêter au quai, mais je le ferai au retour. À ce moment, le soleil devrait encore me fournir une bonne lumière comparativement à St-Irénée et La Malbaie où ce dernier est plus rapidement voilé par les montagnes.

Allons! Filons vers le centre-ville pour emprunter la route 362 qui me mènera à St-Irénée, mon premier objectif.

Perdu dans mes souvenirs, je me rappelle à nouveau avoir observé la Chouette épervière quelques fois le long de cette artère. C’était l’hiver… Dans mes mémoires, je revois la blancheur d’un paysage ponctué de rougeurs… Rougeurs cramoisies ou écarlates que l’on ne retrouve pas à toutes les années.

Mais cette fois-ci, les arbres étaient en fruits et, à ma grande joie, dans un janvier encore jeune, ils avaient attiré de nombreux merles et jaseurs.

Vingt minutes suffisent et j’aborde une descente vers ma première halte en scrutant attentivement le ciel. Le Grand Pic est régulier ici. Maintes fois je l’ai vu passer en vol.

Rendu au niveau de l’eau, je ralentis. À chaque fois je suis saisi par ce changement de paysage. Le milieu est presque marin. Pourtant, je suis à moins de deux heures de Québec.

Les premières espèces en témoignent. Alors que je ne suis même pas rendu au quai, les eiders se laissent voir de près. Je m’arrête, scrute le large aux jumelles. Un Harle huppé ainsi qu’une Macreuse à front blanc m’arrachent un sourire; communs en mai, ils deviennent de moins en moins fréquents en juin.

Regardant vers l’est, un vaste groupe de Laridés se concentre à l’embouchure de la rivière Jean-Noël. Je m’y dirige rapidement en garant ma voiture dans l’accotement, tout juste avant son rétrécissement. Posté sur la voie ferrée, je me réjouis de voir la marée montante. Trop haute, elle m’aurait probablement privé des goélands, et trop basse, ces derniers auraient été trop dispersés.  

Je suis confiant. En balayant méticuleusement le groupe avec mon télescope, je devrais au moins m’en tirer avec un Goéland brun. Ce faisant, d’heureux souvenirs se bousculent dans ma tête; c’est à cet endroit que nous avions repéré quatre plumages différents en une journée pour cette espèce.

Tout à coup, un manteau ardoisé attire mon attention. L’oiseau est petit, la tête ronde, le bec délicat, les pattes sont jaunes… Un Goéland brun!!! Plus que régulier me dis-je! Fin mai-début juin, je l’ai presque à chaque visite!!!

Les récentes mentions de Sterne caspienne, de Mouettes de Sabine, atricille et pygmée me font persévérer… On peut s’attendre à tout à St-Irénée!

Ensuite, je jette un coup d’œil aux canards qui se nourrissent devant moi pour repérer un superbe mâle d’Eider à tête grise accompagné d’une femelle. Sans être commun, on le rencontre à l’occasion ici et la proximité des oiseaux facilite grandement l’étude des femelles.

Cherchez! Vous finirez tôt ou tard par trouver un petit eider plus pâle, à bec court et à tête ronde. De plus, en considérant les femelles,  vous doublez vos chances!!!

Avant de quitter, je scrute le fond de la baie ainsi que le large qui apportent toujours quelques espèces intéressantes. En hiver ou au début du printemps, les trois espèces de garrots, le guillemot à miroir et le Harle huppé sont à espérer, tandis qu’en mai et juin, les chances de repérer un pingouin, un plongeon ou une macreuse sont excellentes. La marée basse, apportera à coup sûr le Bihoreau gris.

Au bout d’une heure d’observation, La Malbaie m’appelle. Quinze minutes de route et je suis rendu au quai de Pointe-au-Pic d’où je balaie le fleuve avec mon télescope.

En hiver, les guillemots sont très abondants ici. De plus, le Garrot d’Islande y est presque immanquable. Souvent majoritaire en nombre, par rapport à son cousin à œil d’or, l’occasion est excellente pour étudier les différences.

Dès le mois de mai, les eiders commencent à se concentrer et l’endroit se révèle de plus en plus fiable pour l’Eider à tête grise.

Aussi, à cette époque de l’année, on pourra observer le Plongeon huard, le Cormoran à aigrettes, le Petit Pingouin et la Mouette tridactyle. Dame chance amènera peut-être un Grèbe jougris ou esclavon, un voilier de Bernaches cravant, quelques Mouettes de Bonaparte ou un Plongeon catmarin.

En quittant Pointe-au-Pic vers La Malbaie, je roule lentement, à l’affût des groupes de Laridés que l’on retrouve généralement en face du Canadian Tire ou directement à l’embouchure de la rivière Malbaie.

Encore une fois, je préfère une marée mi-haute à haute, parce qu’elle concentre les oiseaux aux endroits stratégiques.

Ici, tout est permis. La spécialité locale est le Goéland brun, mais toutes les Mouettes rares ont été observées en plus de la Sterne caspienne.

Un balayage méticuleux s’impose donc. Certes, il peut paraître décourageant d’avoir à se taper tous ces oiseaux et l’identification d’immatures pose souvent problème.

Notez cependant que les adultes sont faciles à trouver et à identifier et que le plumage des «immatures âgés» tend  drôlement vers celui de leurs aînés. Pourquoi ne pas commencer par cela?

Aujourd’hui, ma chance est à son comble! Je ne comprends pas trop pourquoi les goélands désertent l’embouchure de la rivière. Normalement, lorsque la marée est trop haute, ils se posent sur les berges de sable du côté de Cap-à l’Aigle. Quoiqu’il en soit, je viens d’intercepter un adulte de Mouette atricille en vol! En plein milieu de la baie!!!

Je savoure ce moment en me disant que c’est ce qui me fera revenir… Printemps, été, automne… ou hiver, je reviendrai… Car il y a des Laridés en toute saison ici, et le rêve de découvrir une Mouette blanche parmi les Goélands arctiques et bourgmestres ou de revoir le Faucon gerfaut foncer dans un groupe de garrots ne cesse de me caresser!

Sur ce, je reprends la même route qui m'a amené et je file vers Québec. Une brève halte au quai de Baie St-Paul pour profiter des derniers rayons du soleil et me donner bonne conscience. Personnellement, je n'y ai jamais connu de succès, mais il y a assez de Laridés pour en abriter un plus rare. De plus, la Barge marbrée et le Chevalier semipalmé y ont déjà été observés.

Mais ce ne sera pas aujourd'hui... Il est 20h25... Filons et profitons des derniers moments de lumière pour rentrer à Québec.

Vingt-et-une heure trente, j'entre à la maison un peu fatigué mais satisfait. Encore sous les effets du voyage, je me mets à rire. Combien de temps ai-je été parti? Huit heures? Ah! Je croyais que cela faisait deux jours!!!

 

 

 

Claude Nadeau, 12 août 2001

 

Retour à la page d'accueil