Jean Béliveau, un des grands du hockey.
Texte: Sylvain Neveu
Montage: Michel Lacas jr.
Le 4 décembre 2002 -J’ai toujours aimé le hockey, ce virus m’a frappé en très bas âge soit au tout début des années 60. Je le dois à tous ces samedis soirs, passés en famille, devant notre vieux téléviseur noir et blanc de marque « Fleetwood » alors que la Soirée du hockey était l’évènement attendu de la semaine. Mais je le dois davantage aux légendes de ma génération, les Jean Béliveau, Jacques Plante, Boum Boum Geoffrion, Henri Richard, Jean-Claude et Gilles Tremblay, Terry Sawchuck, Gordie Howe, Bobby Hull, Stan Mikita, Bobby Orr et tous ceux pour qui, chaque joute représentait un match de séries éliminatoires à l’époque des six équipes.
J’avais entre quatre et cinq ans lorsque le Rocket Richard a prit sa retraite, comme tous les Québécois, je connais tout ce que cette légende aura accompli sur, et à l’extérieur de la glace, pour nous tous. L’histoire de Maurice Richard dépasse le hockey, il a été l’icône des Canadiens Français en cette période d’après guerre et de révolution tranquille. Mais celui qui m’aura le plus marqué, pour l’avoir vu évoluer, c’est Jean Béliveau.
Quel charisme, un joueur de centre au talent naturel mais également un homme doté d’une grande classe. Le « Grand Jean » a représenté le modèle de joueur et de capitaine idéal pour la majorité des amateurs de ma génération.
Par ailleurs, nous sommes à l’aube de la saison 1962 et ça va "mal" dans la Métropole du Canada, la Province entière bat au rythme du Canadien de Montréal. Ces derniers viennent de se faire ravir la coupe Stanley, mettant fin à cinq conquêtes consécutives, par les Black Hawks de Chicago. Une équipe qui a utilisé la robustesse pour éliminer les glorieux, qui eux, ne se sont pas encore remis de la retraite du célèbre #9, Richard.
Doug Harvey, le successeur de Maurice Richard pour une seule saison au titre de capitaine, vient tout juste d’être échangé aux Rangers de New-York. Les amateurs Montréalais recherchent toujours une autre idole qui pourra tenir le drapeau du Canadien de Montréal bien haut, tel que le grand Maurice venait de le faire. Les regards se tournent vers les Béliveau, Geoffrion, Plante, tous des meneurs qui ont une solide réputation de gagnants
Dans le prestigieux vestiaire du bleu-blanc-rouge, on passe au vote, Jean Béliveau récolte l'appui majoritaire de ses coéquipiers. C’est ainsi qu’à sa neuvième saison avec l’équipe, il sera élu le capitaine de la plus prestigieuse organisation de hockey au monde. Il sera le seul joueur qui aura porté ce titre pendant une décennie complète.
Pendant ce temps là, sur les patinoires extérieures, un endroit où je souhaiterais que l’horloge du temps puisse s’arrêter, quatre chandails de joueurs de la LNH qui sont des plus utilisés, se font voir régulièrement. Les trois # 9, Maurice Richard, Gordie Howe et Bobby Hull, ainsi que celui qui m’allume le plus à ce moment là, soit celui du grand # 4, Jean Béliveau.
Par ailleurs, du haut de mes sept ans, je possède un jeu de hockey sur table et tous mes joueurs du Canadien, opposés à leurs éternels rivaux de l’époque, les Leafs de Toronto, sont des Jean Béliveau! Pourquoi tu utilises cinq Jean Béliveau, me demandaient souvent mes parents? Parce qu’ avec lui je ne peux pas perdre, Béliveau c’est un gagnant! Il est le meilleur, il gagne ses mises en jeu, il possède le meilleur tir du revers, le meilleur shoot, il conserve la rondelle le plus longtemps, il fait des passes sur la palette, il porte le « C » sur son chandail et les arbitres ont peur de lui…car c’est le seul joueur du Canadien qui va leur parler bien proche sans qu’ils lui disent de s’en aller!
Une idole, c'est un être que l'on admire et que l'on tente d'imiter. Béliveau représentait la firme de lait "Pure Pak" dans un commercial télévisé. C'était l'époque de la transition entre les contenants en carton et nos vielles bouteilles en verres, tout en maniant la rondelle sur la glace au travers de pintes de lait mais en carton, Jean complétait le commercial avec un tir du poignet qui décapitait la dernière pinte tout en mentionnant de vive voix, "Pure Pak mais oui"! J'ai du avoir fait éclaté 20 pintes de lait dans le sous-sol chez-moi pour le simple plaisir d'imiter mon idole.
Dans un autre ordre d’idée, à 6 pieds et 3 pouces, tout en faisant osciller la balance à 205 livres, Jean possédait l'un des plus gros gabarit de son époque, de là son surnom du «Gros Bill ». Il a apporté beaucoup de lettres de noblesses au titre de capitaine, un rôle qu’il remplissait à merveille autant sur la glace, dans la chambre, ainsi qu’à l’extérieur de la patinoire. La direction de l’équipe lui avait ouvert un compte de dépenses afin de voir à regrouper tous ses coéquipiers sur la route. Il n’était pas celui qui parlait toujours dans le vestiaire, il prêchait par l'exemple, mais lorsque la situation le commandait, il s’imposait.
Jacques Plante, l’ainé d’une nombreuse famille de Shawinigan, devenu par la suite un citoyen de Laval-Des-Rapides tout près de chez moi, était un homme qui était près de ses sous, (mon père était l’électricien de Plante). Jacques s’isolait de ses coéquipiers en tricotant ses tuques et vestons de laines lors de voyages sur la route, de plus il conservait son argent fourni par l’équipe pour fins de repas en équipe au restaurant, préférant s’acheter un sandwich. Il était souvent la risée de ses coéquipiers, à un certain moment, ses compagnons sont allés trop loin, le ridiculisant coups sur coups. Béliveau a eu à se lever pour faire comprendre que Plante effectuait le travail sur la glace et qu’avec ses économies il avait réussit à s’acheter une maison neuve pour y élever les siens. Suite à ce discours, plus jamais Plante n’a été prit à parti par ses coéquipiers.
Dans les scénarios qui m'habitent, Béliveau a toujours fait parti d’un trio productif, spécialement au début des années 60 avec Boum Boum Geoffrion à sa droite et le rapide Gilles Tremblay à sa gauche. Suite à la première retraite de Bernard Geoffrion en 1964, c’est à l’ex-vedette du Canadien Junior, Yvan Cournoyer que l’on a confié le poste à la droite du célèbre numéro quatre. Au fil des ans, on a vu les John Ferguson, Claude Provost, Dick Duff ainsi que Frank Mahovlich être des compagnons de trios régulier de Béliveau. Le Boomer, Geoffrion, quant à lui, est devenu le deuxième joueur de la LNH, après le Rocket Richard, à avoir a réussi une saison de cinquante filets, soit avec Béliveau comme centre.
Naissance et milieu familiale.
Issu d’une famille très catholique, Jean est né à Trois-Rivières, le 31 août de 1931. Fils aîné de Laurette Dubé et de Arthur Béliveau, il aura habité en Mauricie que très peu de temps car dès l’âge d’un mois son père obtient un transfert par son employeur pour la région des Bois-Francs, plus précisément à Victoriaville, c’est d’ailleurs dans cette ville qu’il a grandi.
Jean Béliveau était un adolescent talentueux, il s’affirmait tout autant au baseball qu’au hockey. Dès l’âge de seize ans, soit en 1947, Jean sera un athlète reconnu de toute la région et convoité dans ces deux sports. Possédant un excellent bras en plus de frapper la balle avec beaucoup de puissance, il sera appelé à jouer dans une ligue senior Provinciale au baseball, en plus d’être approché par les Reds de Trois-Rivières de la ligue junior A du Québec, l’élite du hockey junior à l’époque.
En 1949-50, il se retrouvera avec l’élite dans la ligue junior A du Québec soit avec les Citadelles de Québec, il terminera au second rang, derrière Bernard Geoffrion, dans la colonne des pointeurs.
La saison suivante il terminera en tête des compteurs, totalisant 134 points. Jean était une grande vedette dans la capitale. D’ailleurs au terme de sa carrière junior, on lui a organisé une fête grandiose au centre de la patinoire, au Colisée de Québec, tout en lui offrant une voiture de l’année. Populaire le grand Jean, vous dites! L’histoire nous raconte que Maurice Duplessis, chef de l’Union National et Premier Ministre du Québec à la fin des années 40, était attendu dans la vieille capitale pour un événement d’envergure et, en cette même journée, Béliveau devait aller signer des autographes un peu plus loin, pour la population. Les médias et le public se sont déplacés pour couvrir les faits et gestes du joueur-vedette des Citadelles, au grand désappointement du Premier Ministre.
Au terme de ses deux saisons juniors, Béliveau qui était la propriété du Canadien de Montréal, choisit de porter les couleurs des As de Québec, au détriment des prestigieux Glorieux, et cela pour plusieurs facteurs. D’abord, il se sentait en dette envers son public qui l’avait adopté comme la grande vedette locale. Sans conter qu’ il venait de faire la rencontre de celle qui partagera sa vie à ses côtés, soit Elise Couture. Finalement, les As appartenaient à une compagnie bien fortunée, la « Anglo-Canadian Pulp and Paper » qui firent de lui le joueur amateur le mieux payé avec un salaire annuel de $20,000. Béliveau, ramassera également quelques milliers de dollars supplémentaires en animant une émission de radio quotidienne, en plus de travailler dans les relations publiques. Lors de ces deux saisons passées dans la ligue Senior du Québec, Jean a décroché deux titres consécutifs de meilleur compteur ainsi qu’une coupe Allan.
Par la suite, Béliveau fut mis sous contrat par le Canadien, une entente très lucrative à l’époque où le salaire moyen s’établissait à $10,000. Jean a reçu un boni de $20,000 à la signature ainsi qu’un montant de $105,000 répartis sur cinq années mais la suite a confirmé que le jeune colosse valait son pesant d’or. Son dossier sera garni de 10 coupes Stanley en 18 saisons. Ses trophées personnels, le Art Ross en 55-56, Hart en 55-56 et 63-64, le Connie Smythe en 64-65. Il a été sélectionné 10 fois au sein des deux premières équipes d’étoiles. Il a de plus été membre de la dynastie des années 50 et celle des années 60 du bleu-blanc-rouge.
Quelques semaines avant sa retraite, le Club de Hockey Canadien l’a honoré au centre de la glace et c’est là que la fondation Jean Béliveau prit son envol. Cette Fondation il y tenait beaucoup, elle a été mise sur pied par lui-même, aidé d’un comité, afin de venir en aide aux gens, défavorisés, aux handicapés et aux organismes de bienfaisances. Plusieurs d’entre vous se souviendront, qu’on lui avait remis un immense chèque de $155,000 dollars, au centre de la patinoire au Forum.
C’est en 1971, au terme d’une glorieuse carrière de dix-huit saisons, et âgé de 39 ans que le Gros Bill a décidé d’accrocher ses patins. Le Canadien venait de remporter la coupe Stanley face aux Black Hawks de Chicago au vieux Stadium de Chicago. La foule rivale, sachant que sa carrière de joueur actif prenait fin, lui avait d’ailleurs réservé une grande ovation.
Béliveau aura inscrit 507 filets et 712 aides en saisons régulières tandis que son record personnel en séries éliminatioires est de 79 filets et 97 mentions d’aides.
Fraîchement retraité, Béliveau sera nommé Vice-Président du Canadien de Montréal, un poste qu’il cumulera jusqu’en 1993. Par ailleurs, il a été intronisé au Panthéon de la Renommée dès son éligibilité, au terme de sa dernière saison active. Pour compléter sa feuille de route, il demeurera le seul ancien joueur de hockey à qui on a offert le poste de Gouverneur-Général du Canada, en 1994, mais il aura décliné cette offre, préférant, avec raison, se consacrer pleinement à sa famille et ses deux petits enfants, Mylène et Magalie.