JACQUES PLANTE




Texte: Sylvain Neveu
Montage: Michel Lacas jr.




Voici une autre légende qui a marqué l’histoire de notre sport national. Jacques Plante représente une sorte de père spirituel pour tous les gardiens de buts qui lui ont succédé. Technicien par excellence et grand innovateur, il a révolutionné le hockey de diverses façons dans l’art de garder les buts. Celui qui portait le chandail numéro un du Canadien de Montréal était doté de réflexes ultra rapides et possédait une excellente mitaine. Je me souviendrai toujours de Plante comme un gardien qui aimait demeurer debout tout en travaillant intensivement sur ses angles. Solide et excellent patineur, ce qui n’était pas monnaie courante lors des années 50 et 60 pour un gardien de but, cette légende se démarquait de ses compatriotes lors de ses sorties de filets. Avec sa technique et son coup de patin, il aura apporté une nouvelle façon de travailler autour du filet, soit pour arrêter la trajectoire de la rondelle derrière son filet ou encore l’intercepter à plusieurs pieds de celui-ci.




Au-delà de ses multiples exploits, Jacques Plante aura représenté plus que cela dans mes yeux de jeune admirateur. À quelques pâtés de maison de chez moi, sur la rue Labrie à Laval-des-Rapides, il y avait là une demeure qui s’attirait les regards de tous les passants du quartier. Une grande vedette du hockey habitait sous ce toit, c’était le célèbre gardien de but du Canadien de Montréal, Mr. Plante, le vrai! Au début des années 60, ce dernier était déjà récipiendaire de six trophées Vézina en sept ans de carrière. Il représentait une des fiertés de cette ville où il est arrivé en pleine gloire au milieu des années 50.





Tout en se replongeant à cette époque de six équipes, on ne peut oublier à quel point les collections de cartes de hockey était un loisir des plus populaires et peu coûteux. Une collection ne comprenait qu’environ cent-vingt cartes. Par contre la carte de Jacques Plante représentait un cachet bien spécial pour les jeunes du quartier parce que lui, c’était un gars de la place et le père de deux garçons que l’on connaissait très bien.





Jamais les médias en ont parlé mais les Plante avait eu deux enfants. J’ai eu la chance de côtoyer ses deux fils, Richard et Michel, deux bons sportifs. Malheureusement, comme c’est souvent le cas en compétition, ces deux derniers auront eu à tenter de se surpasser afin de composer avec le statut de leur célèbre père. Le cadet des deux, Richard, a perdu la vie accidentellement vers l’âge de dix-sept ans. L’autre, Michel, possédait de belles qualités athlétiques mais, devant le fardeau de son nom et les attentes élevées, il aura préféré délaisser la compétition en bas âge. Peu de temps après le décès de son père, l’organisation du Canadien a décidé que le chandail au # 1 ne sera plus jamais porté. On s’est alors tourné vers le seul fils qui lui restait afin de le représenter pour cette cérémonie télévisée, au forum de Montréal. Un prestigieux numéro qui sera accroché en hauteurs, aux côtés des légendes tel que Howie Morenz, Aurèle Joliat, Maurice et Henri Richard, Jean Béliveau et Doug Harvey. Larry Robinson y aura greffé le sien quelques saisons plus tard.




L’innovateur du masque de gardien de buts.




Dans un autre ordre d’idée, Plante était surnommé Jack « the snake » par les anglophones. Le mot « serpent » symbolisait ses rapides interventions lors de ses sorties filets.




Encore aujourd’hui, lorsque son nom se fait entendre dans le domaine du hockey, on l’associera rapidement à l’invention du masque. Pour en arriver là, il a dû livrer toute une bataille en réussissant à faire tomber les tabous « d’anti-bravoure ». Voyons maintenant comment il en est venu à populariser cette pièce d’équipement.




A prime abord, il faut mentionner qu’il utilisait le masque régulièrement au cours des entraînements, soit depuis la saison 1955, par contre son entraîneur, Toe Blake, le lui interdisait en joute régulière. C’est lors d’une joute disputée au Madison Square Garden de New-York, le premier novembre 1959, que Plante décida d’utiliser cette pièce d’équipement pour la première fois et cela dans des circonstances dramatiques. Un tir du joueur de centre Andy Bathgate qui lui a fracturé le nez, tout en nécessitant une multitude de points de sutures a changé le cours de l’histoire du hockey. A sa sortie de la clinique, il interpella son entraîneur, Toe Blake, en lui mentionnant qu’il reviendrait dans la joute à la seule condition d’utiliser son masque. Il faut se rappeler qu’à l’époque, chaque équipe ne possédait qu’un seul gardien de but régulier. Alors Toe, qui ne voulait rien entendre depuis près de quatre saisons, n’eu d’autres choix que d’acquiescer à sa demande.




Jean Béliveau avait parlé jadis de cet incident en mentionnant que la plaie de Jacques Plante était terrifiante à regarder ce soir là. Les nombreux points de sutures formaient un demi-cercle, tout comme la lettre C pour le mot « Courage ».




Le Canadien est revenu de l’arrière pour remporter la joute ainsi que les onze rencontres subséquentes pour finalement remporter la coupe Stanley au terme de la saison. Plus jamais on a mentionné à Plante d’enlever son masque afin d’intimider l’adversaire.




Lieu de Naissance.




Jacques est né le 17 janvier 1929 à Mont-Carmel, tout près de Shawinigan. Il était l’aîné d’une nombreuse famille composée de onze enfants. Dans ce contexte familial, il eut à aider ses parents très tôt dans les tâches domestique. Sans conter qu’il a appris en très bas âge à économiser son argent.




Son évolution de carrière.




Tout a débuté à Shawinigan, alors que ce dernier était âgé de quinze ans et gardait le filet pour une équipe de travailleurs de manufacture. « Je jouais au hockey pour m’amuser jusqu’au jour où mon père m’a conseillé de demander cinquante sous par partie à mon instructeur. Ce dernier acquiesça à ma demande en me suppliant de ne glisser mot à personne. Ce petit montant représentait beaucoup pour moi, nous étions une famille nombreuse et nous ne pouvions se payer aucun luxe, pas même un appareil radio. Le seul moment de l’année où l’on buvait de la liqueur c’était à Noël. » mentionna-t-il à l’époque.




Jacques a quitté son patelin en 1948-49 pour évoluer une saison dans les rangs juniors, avec les Citadelles de Québec, son salaire était alors de $85. par semaine. Un an plus tard, il a gradué professionnel avec le Royal de Montréal de la ligue Senior Professionnel du Québec, club ferme du Canadien de Montréal. Il aura passé quatre ans avec le Royal, de plus il a remporté le trophée remis au meilleur gardien de but, au cours de sa dernière saison senior, soit en 1952-53. C’est au terme de cette saison là et dans des circonstances dramatiques qu’il fera ses débuts avec le Canadien de Montréal au cours des séries éliminatoires. L’équipe éprouvait de sérieuses difficultés lorsqu’on lui a demandé de remplacer à pied-levé un Gerry McNeil chancelant alors que Chicago était en voie d’éliminer Montréal.





« Ce premier match demeurera longtemps gravé dans ma mémoire, j’étais tellement nerveux que j’avais de la difficulté à lacer mes patins. » mentionna-t-il par la suite.







Quoi qu’il en soit, il a été phénoménal en blanchissant les Black Hawks 3-0, une brillante carrière et une page d’histoire venait de s’amorcer. Son arrivée coïncide pratiquement avec le début des cinq coupes Stanley consécutives remportées par le Canadien de Montréal de 1955-56 à 1959-60, au cours du quel il remportera cinq trophée Vézina consécutifs.







Un tempérament solitaire parmi la famille du Canadien.




Ses ex-coéquipiers ont souvent commenté son tempérament particulier à l’extérieur de la glace. Jacques faisait plus souvent qu’autrement bande à part, ne se mêlant avec ses coéquipiers que lorsqu’une réunion était imposée par le capitaine. Il lui est arrivé souvent de se plaindre des conditions de chambres d’hôtel, ses nombreuses prises de bec avec Toe Blake ont marqué les voyages en train. De plus, Jacques conservait ses dépenses allouées pour fin de repas afin d’économiser davantage. Cela irritait plus souvent qu’autrement ses coéquipiers et la direction de l’équipe qui misaient sur l’esprit de groupe pour gagner leurs batailles. Dans ses temps libres, lorsque l’équipe voyageait à l’étranger, ce dernier s’isolait en se tricotant des tuques de laine.




Entre 1960 et 1963, l’après Maurice Richard, le Canadien a vécu une période de reconstruction. Le Rocket, Doug Harvey, Tom Johnson, Marcel Bonin ont fait place à quelques recrues. Pendant ce temps là, Chicago et Toronto ont remporté la coupe Stanley.




En 1963, au terme de dix saisons devant la forteresse du bleu blanc rouge, Plante fut échangé aux Rangers de New-York en compagnie de Don Marshall et Phil Goyette, le Canadien a obtenu en retour les services de Lorne « Gump » Worsley, Dave Balon, Léon Rochefort (l’oncle de Normand) ainsi que Len Ronson. Sa carrière dans le Big Apple aura durée une saison et demie. Plante n,a jamais accepté ce changement, il avait la tête à Montréal. Les Rangers eux, la pire des six équipes à ce moment-là avec les Bruins de Boston, le céda à sa filiale de Baltimore. C’est au terme de cette saison là qu’il annoncera sa retraite.




Par la suite, il deviendra représentant d’une grande brasserie à Québec. Il dirigera brièvement les As de la ligue Américaine et demeurera dans la vieille capitale jusqu’en 1968, soit un an après l’arrivée de la nouvelle expansion de la LNH. Ce sont les Blues de St-Louis, avec le directeur-gérant Sid Salomon et l’entraîneur-chef Scotty Bowman, qui lui offrirent de reprendre sa carrière comme joueur actif. On lui a déposé une offre de contrat de $35,000, ce qui représentait une somme considérable à l’époque, ainsi le légendaire gardien de but âgé de trente-neuf ans, ne put résister à cette proposition. Les Blues, quant à eux, avaient un faible pour les anciens joueurs du Canadien, on a pu voir à ce moment précis les, Doug Harvey, Dickie Moore, Ab McDonald, Noël Picard, Red Berenson, Phil Goyette et Jim Roberts apporter du sang de gagnant en endossant l’uniforme de cette équipe du Missouri. Sans conter que Scotty Bowman avait travaillé dans les clubs- écoles du Canadien de Montréal avant de graduer dans la LNH.




Plante partageait le filet avec un autre vétéran, Glenn Hall, âgé de 37 ans, ce dernier était le seul gardien qui pratiquait le style papillon à l’époque. Se servant de leur expérience, ce duo obtient beaucoup de succès à St-Louis comme en fait foi le trophée Vézina remporté par ce tandem en 1968-69 et deux championnats de la section Ouest remportés en 1968-69 et 1969-70.




En 1970 son contrat fut acheté par les Maple Leafs de Toronto et Jacques se distingua durant trois saisons avec les Leafs. On se rappelle entre autres qu’il avait mis son expérience à profit afin de bien préparer son coéquipier et élève avec les Leafs, Bernard Parent.



Plante compléta la saison et sa carrière dans la LNH en 1972-73 en disputant huit parties avec les Bruins de Boston en fin de saison tout en se façonnant un dossier de sept gains et un échec. Après une année sabbatique, les Oilers d’Edmonton de l’AMH, en feront leur propriété. Plante y terminera définitivement sa carrière en participant à 31 joutes au cours de ce calendrier de 1974-75, il était alors âgé de 46 ans.




Cette légende fut intronisée au Temple de la Renommée du Hockey au mois de juin 1968, quelques mois avant son retour à St-Louis. On le verra par la suite agir comme entraîneur des gardiens de buts de diverses équipes de la ligue National, dont le canadien de Montréal. Ses sérieux problèmes d’asthme, le pousseront à aller vivre en Europe, soit jusqu’à sa mort en 1984.




Jacques Plante, un Grand du hockey!