Pierre Pelletier, propos et confidences
d’une troisième coupe Futura consécutive !!!
Texte Sylvain Neveu
Montage Michel Lacas jr.
Le 23 mai 2003 – Dans le monde du hockey les entraîneurs, tout comme les arbitres, ne feront jamais l’unanimité. Mais remporter trois coupes consécutives, tel que Pierre Pelletier vient de le réaliser, demeure un exploit digne de mention.
Tout en conversant avec cet entraîneur, on se rend compte rapidement combien sa passion envers le « coaching» occupe une place très importante dans son univers. Pierre est un individu qui se considère chanceux de partager sa vie avec une conjointe qui adore le hockey. Les deux se sont d’ailleurs rencontré lors d’un événement entourant la LHSPQ, il y a quatre ans, à Thetford Mines.
Au cours des séries, à la recherche de tous les petits détails, les cassettes vidéo ont défilé jusqu’aux petites heures du matin. Trouver des failles et se réajuster en compagnie de ses joueurs, demeure un côté très intéressant du métier pour celui qui a fait ses classes avec le Titan de Laval de la LHJMQ.
« Entre la cinquième et sixième rencontre, nous avons profité de deux jours de congé pour pratiquer notre avantage numérique. Au cours des premières rencontres de cette série, en « power play », il fallait les battre dans le coin, contrôler la rondelle, et y aller pour un « screen net ». Nous nous sommes réajusté avant la sixième joutes, en utilisant Paul et Perna dans le haut du jeu, tout en misant sur Dollas, Kenny et Chalifoux pour préparer les sorties de zone. Sur les vidéo des joutes six et sept, on voit que la formule a été bien exécuté et que les gars ont été chercher des buts importants, et il enchaîne. Dollas, Paul et Chalifoux sont trois joueurs qui ont beaucoup de hockey dans le sang et ils écoutent attentivement les directives, c’est très plaisant de pouvoir compter sur eux » nous dira-t-il.
Comment un entraîneur prépare-t-il ses joueurs dans un match ultime et au moment où l’enjeu de toute une saison est mis à prix?
« Avant d’embarquer sur la glace nous étions seuls dans le vestiaire et j’ai demandé à mes joueurs de demeurer debout, en se tenant solidement par les mains, et en formant un cercle. Je leur ai mentionné que durant tout le cours de cette rencontre, personne n’avait le droit de laisser tomber un coéquipier ou l’équipe. Ils étaient prêts, on voyait dans leur regard qu’ils étaient tous dans une bulle, me dit-il.
Pelletier avait trois consignes à communiquer à ses joueurs lors de cette joute cruciale. On ne voulait voir personne parler à un adversaire. On leur a demandé de se diriger directement au banc de pénalité lorsqu’une infraction était signalée et surtout ne pas appliquer de grosses mises en échec mais simplement "contenir son opposant." Je vous prie de me croire qu’il a insisté un peu plus fort sur cette dernière recommandation.
« On ne voulait pas donner la chance aux officiels de nous sortir » me confiera-t-il, tout en apportant une anecdote pour nous décrire que ses joueurs n’ont pas trichés. « Même lorsque Dan Kopec a attrapé un deux minutes lors de cette rencontre, il s’est précipité rapidement vers le banc de punitions et le juge de ligne l’a suivi, en pensant qu’il allait s’en prendre à quelqu’un. Ce dernier est demeuré surpris que notre défenseur se dirige droit avec énergie au banc de punitions. »
En chaque occasion qu’il a remporté la coupe Futura, c’est vers la mi-saison que ses équipes ont sorti le meilleur d’eux-mêmes, en s’affirmant comme une puissance dans la ligue. Comment peut-on expliquer cela?
« C’est vrai mais je n’ai jamais eu la réputation d’être un entraîneur dont les équipes connaissent des débuts de saisons extraordinaires. Je pense que c’est arrivé une seule année où l’une de mes équipes avait aligné dix victoires consécutives. Chaque année c’est à recommencer mais ça fait partie du métier d’entraîneur. Lorsque tu diriges plusieurs joueurs provenant de l’extérieur, comme ici à Laval, c’est toujours un peu plus long avant que les liens se tissent. Lors de nos réunions d’équipe, les nouveaux joueurs écoutaient nos expériences au sujet de la coupe et des bagues que nous avions gagnées l’an passé. Au fur et à mesure que la fin de saison approchait, et pour les sacrifices qu’ils s’imposaient loin de leurs familles, on rêvait tous de voir des gars comme Kopec, Rezansoff et cie soulever la coupe à bout de bras. Nous avons été chercher une partie de l’émotion avec cela.
Pelletier a prouvé, au cours des trois dernières années, qu’il est capable de soutirer le maximum de ses joueurs, davantage lorsque l’enjeu est plus grand. Ce qui m’intrigue chez lui, c’est le doigté et le cran dont il a fait preuve dans le choix de ses gardiens de buts, et en chaque occasion lors de ces conquêtes. Que ce soit le duo Morissette-Bradette, ou encore Therrien-Vézina, personne ne peut maintenant mettre son flair en doute lorsque vient le temps de faire changer le vent de côté.
« C’est au cours de mon premier séjour avec les Chiefs de Laval que j’ai compris que dans cette ligue-là, ça te prend deux gardiens de buts capables de faire face à la musique en tout temps. Pour divers facteurs, tu ne joue pas à tous les jours et tes gardiens sont moins disposés comme dans la LNH. Cette saison-là, en 1999-2000, LaSalle avait sorti Pierre Gagnon. Ce dernier, frais et dispos, avait permis à son équipe de prendre la mesure des Chiefs dans cette finale de l’Ouest. » nous mentionne-t-il. On pourrait ajouter que lors de la série suivante, contre Pont-Rouge, LaSalle avait utilisé ses deux gardiens tout en terminant la série avec Gagnon entre les poteaux. Pelletier, on l’a bien observé, a utilisé la même stratégie les trois saisons suivantes, avec succès, afin de se rendre jusqu’au bout.
Le Journal de Montréal, sous la plume de François Foisy, a apporté quelques bons commentaires sur la série finale. Un de ceux-là, au moment où Laval tirait de l’arrière 2-3 dans la série, provenait de Pierre Pelletier; « S’il y en a qui nous pensent morts, ils peuvent avoir de grosses surprises » avait-il rapporté à ce moment-là.
« Avec ce groupe de joueurs, nous avons réussi des choses que l’on croyait impossible. En séries, on les a vu s’en sortir avec des 5 contre 3 pendant sept minutes. Ces gars-là ne sont jamais morts, lorsqu’ils se sont retrouvés au pied du mur, ils ont toujours trouvé une énergie pour s’en sortir à chaque occasion. »
Je me considère chanceux d’avoir coaché cette gang là! Conclura-t-il, avec émotion.
A la prochaine...