Par Sylvain Neveu
Montage Michel Lacas jr.

 

Le 23 décembre 2002 -RABY! RABY! RABY!...Vous fréquentez régulièrement le domicile des Chiefs de Laval alors vous avez assurément entendu ce crie de ralliement envers le populaire # 29 de cette équipe. Peu utilisé et laissé dans l’oubli par l’organisation du Canadien de Montréal, Mathieu Raby est aujourd’hui un rouage important et un joueur fort adulé dans cette concession lavalloise. C’est d’ailleurs avec toute la verve d’un bon gentlemen que ce défenseur au format géant a bien voulu participer à ce reportage.

 

Mathieu Raby compte sur sa large part de supporters à Laval.On le définit comme un joueur propre, pas sournois, et, à la fois, un solide bagarreur dont la réputation n’est plus à faire. Un adepte du conditionnement physique, ce n’est pas un hasard si sa force physique ainsi que son cardio sont reconnu de tous et chacun. Ce dernier fréquente régulièrement le « gym. » soit de quatre à cinq fois par semaine, en plus d’évoluer dans une ligue de garage à chaque lundi soir afin de se maintenir au sommet de sa forme. Je vous ferai grâce des détails de son emploi qui consiste à manipuler près de huit-cent caisses de bières par jour, pour le compte de la compagnie Molson.

Lieu de naissance et milieu familial.

Actuellement âgé de 27 ans, c’est dans la région de l’Outaouais, plus précisément à Thurso, que Mathieu a vu le jour. Au fil des ans, il est demeuré un fidèle citoyen de cette localité, qui a été rendue célèbre par le légendaire « démon blond », Guy Lafleur. Cadet de la famille, il compte sur une sœur aînée, Francesca, aujourd’hui âgée de 32 ans. Son père, Bernard, est maintenant retraité, il était jadis soudeur de profession et un collègue de travail de Mr. Lafleur, le père de Guy, pour une importante entreprise de la région, sans conter que le paternel des Raby était également un professeur de judo fort reconnu.

 

Malheureusement, Mathieu a eu la douleur de perdre sa mère alors que celle-ci est décédée subitement à l’âge de 51 ans. Cela s’est passé il y a un peu plus de quatre ans, soit au moment où il évoluait pour les Aviators d’Albelin au Texas. Par ailleurs, c’est sur les bancs d’école et en très bas âge, qu’il a fait la connaissance de Stéphanie, son épouse, la famille de cette dernière habitait la même rue que celle des Raby. Ensemble, ils sont les parents d’un adorable garçon, Xavier, âgé actuellement de onze mois.

 

Son cheminement de carrière.

Très tôt, il aura été initié à son sport favori et il le doit, en partie, à ses voisins de quartier.

 

« Je n’avais pas encore trois ans lorsque j’ai commencé à chausser les patins. Nos voisins immédiats érigeaient une patinoire à chaque hiver dans leur cour arrière et on m’a raconté que je passais plusieurs heures à les observer de la fenêtre de notre demeure, ainsi, devant ma curiosité et l’intérêt démontré, c’est à ce moment-là que mes parents ont décidé d’acheter ma première paire de patins. » me mentionne-t-il.

 

Après une première saison comme attaquant, soit dans les rangs Atome, il enfilera les jambières de gardiens de buts, position qu’il occupera pour les trois saisons subséquentes. C’est lors de sa deuxième campagne, passée au niveau Pee-Wee, que décidera ce très grand et maigre adolescent, de retourner à son poste d’attaquant. Position qu’il occupera jusqu’au niveau Midget.« Lorsque je suis arrivé au camp d’entraînement des Forestiers d’Amos, au niveau Midget AAA, je possédais un bon physique et c’est à ce moment que l’on m’a converti en défenseur. J’ai passé une demi- saison avec cette équipe pour finalement compléter mon année dans le Midget AA, près de chez moi, pour l’équipe de Gatineau. » me mentionne-t-il.

Ses débuts dans la LHJMQ.

Repêché en septième ronde, par les Tigres de Victoriaville de la LHJMQ, les postes se faisaient plutôt rares sur la brigade défensive pour cette seule recrue. Ce dernier devait batailler contre huit autres vétérans afin de faire sa niche. Son premier entraîneur à ce niveau a été Pierre Aubry, un ancien élève et rapide joueur de centre de Michel Bergeron avec les puissants Draveurs de Trois-Rivières et, par la suite, les Nordiques de Québec.

 

« Je me souviens encore des paroles de Pierre Aubry alors que je venais de livrer un bon combat lors de mes premières joutes, il m’avait alors mentionné; « Je pense que tu vas être un homme fort toi! » sur le coup je suis demeuré surpris, il avait bien aimé ce qu’il avait vu et le fait d’être gaucher semblait en avoir surpris plusieurs. Peu de temps après, les Tigres ont fait des transactions et c’est comme cela que j’ai obtenu ma chance comme défenseur régulier avec l’équipe. À ma première saison, je m’étais même bagarré avec celui qui est maintenant mon coéquipier, Patrice Paquin, on s’est par la suite quelque peu taquiné à ce sujet à Laval.» me souligne-t-il, tout en souriant.

 

Dix-sept ans, bon gabarit, début de carrière dans le junior majeur, le rêve d’embrasser une carrière de hockeyeur chez les professionnels quoi. Est-ce qu’à cette époque, Mathieu Raby était un adepte du conditionnement physique ?

 

« C’est à cet âge que j’ai commencé plus sérieusement à m’entraîner. D’ailleurs j’avais un ami qui était enseignant en éducation physique et, grâce à lui, j’ai pu bénéficier de précieux conseils, je lui en suis reconnaîssant. »

 

C’est également à cet âge qu’il commence à fréquenter sérieusement Stéphanie, son épouse.

Par ailleurs, cette première saison dans la LHJMQ fut suffisante pour attirer l’attention de dépisteurs professionnels et d’être sélectionné en septième ronde, lors des assises de la LNH en juin 1993, par le Lightning de Tampa Bay.



 

A sa deuxième saison junior, Mathieu a obtenu beaucoup plus de temps de glace et, tout en acquérant un meilleur bagage d’expérience comme défenseur, sa liste d’opposants comme belligérants fut beaucoup plus longue. Le nom de Mathieu Raby commençait à circuler davantage, et avec respect, chez les pugilistes.

 

« Oui c’est exact, on m’utilisait souvent cette saison là et j’ai dû avoir disputé autour de vingt combats. J’avoue que je n’ai jamais détesté cela, je te dirais même Sylvain que plus jeune, mon père enseignait le judo. Il arrivait souvent qu’avec mes « chums » on descendait dans le sous-sol et on s’organisait des combats entre nous, c’était une de mes activités favorites. » ajoute-t-il.

 

Échangé de Victoriaville à Sherbrooke.

 

Dernière année junior, les Tigres de Victoriaville refilent ton contrat aux Faucons de Sherbrooke, que s’est-il passé pour que tu changes de camp ?

 

« Si on se remet dans le contexte, c’était l’année de la grève dans la LNH et Alexandre Daigle, qui jouait avec nous la saison précédente, évoluait comme recrue avec les Sénateurs d’Ottawa. Ce dernier était encore d’âge junior et, lors de l’arrêt des activités dans la LNH, il est venu jouer avec les Tigres. Jean Hamel était alors notre entraîneur mais cette année-là l’équipe n’allait pas bien, on avait de la difficulté à gagner et le « free for all » si l’on peut dire, était présent dans la chambre. De mon côté, j’appartenais à Tampa Bay et je voulais finir mon stage junior sur une bonne note, dans un meilleur environnement, afin d’être fin prêt pour améliorer mes chances de graduer. »

Et il enchaîne.

« J’ai décidé que s’en était assez, j’ai alors approché mon entraîneur, Jean Hamel, et lui ai fait part de mes intentions. À ce moment, il m’a alors mentionné de monter au deuxième étage, que ce n’était pas lui qui faisait les transactions. D’un commun accord, je me suis entendu avec la direction et c’est comme cela que mes vœux a été exaucé. Je me suis retrouvé, peu de temps après, à Sherbrooke. » me confie-t-il.

 

A Sherbrooke on se rappelle que cette saison-là, l’équipe comptait sur Christian Dubé, un joueur qui avait fait sa marque lors des championnats mondiaux junior et sur Mathieu Dandenault, récipiendaire de deux coupes Stanley à Détroit. Ce dernier fut convertit en défenseur par la suite sous la férule de Scotty Bowman.

Ses débuts dans les rangs professionnels.

Bon physique, solide pugiliste, jeune homme sérieux et menant une vie rangée, Mathieu Raby aura passé trois saisons junior à continuer d’améliorer son jeu et à se construire une réputation, voir même tenir tête au solide Georges Laracque, dans un combat livré à qui mieux-mieux, en plus de bien performer contre des noms reconnus à cette époque tel que Patrick Côté, Dany Dupont, Louis Bédard et j’en passe. Tampa Bay, la Ligue Nationale, l’aboutissement d’un rêve pour un jeune qui se sacrifie depuis qu’on lui laisse miroiter qu’il a des chances de l’atteindre! Raconte-nous un peu Mathieu, ton expérience avec le Lightning ?

 

« Écoutes, si on se reporte au camp d’entraînement de 1997-98, mes chances étaient excellentes de faire l’équipe, j’ai été le dernier joueur retranché soit au moment où la direction a sélectionné un choix au ballotage. Comme l’équipe ne possédait pas de club-école, j’ai été prêté à une équipe de la ligue Américaine et comme les entraîneurs préféraient donner la chance à un joueur qui leur appartenaient, au bout d’un seul match je me suis donc retrouvé dans la East Coast League. » révèle-t-il.

 

Il a vécu l’incertitude, son statut qui n’étant pas défini comme joueur, lui qui aura eu à faire ses valises en deux occasions, dans un court laps de temps. Le pays de l’oncle Sam, une nouvelle adaptation pour ce jeune qui parle très peu anglais. Par contre, il appréciera la présence d’un ancien de la LHJMQ, en Stéphane Desjardins, avec les Knights de Nashville. Ce dernier, qui a évolué par la suite avec les Chiefs de Laval et les Rapides de Lasalle, maîtrise très bien la langue anglaise et Mathieu ne se cache pas pour souligner que son coéquipier l’avait grandement aidé à s’acclimater.

 

Par ailleurs, entre les âges de dix-neuf et vingt-quatre ans, Mathieu aura porté l’uniforme de dix équipes différentes, dont celles des Pirates de Portland, des Red Wings d’Adirondack, des Thoroughblades du Kentucky, tous des équipes de la Ligue Américaine qui ne sont pas situées à des années-lumières de la LNH.

 

Mais être rétrogradé de nouveau dans la Ligue Internationale et dans la West Coast League nous fait voir le rêve qui s’éloigne peu à peu, d’un côté les agents mentionnent de continuer à travailler fort mais la réalité frappe de plein fouet devant d’interminables déménagements et les années qui passent les unes après les autres.

 

De plus, le décès de sa mère lui fait réaliser les vrais valeur de la vie, dorénavant Mathieu commence à penser à se rapprocher de son chez-lui et de sa conjointe, Stéphanie. Cette dernière est demeurée au Québec au cours de ces années afin de compléter un baccalauréat en enseignement à l’Université, profession qu’elle pratique toujours d’ailleurs. Le désir de s’établir dans leur ville natale et de fonder une famille, prend de plus en plus d’ampleur dans ce couple mais le rêve d’une carrière dans la LNH n’est pas tout à fait mis au rancart.

 

Âgé de 24 ans, Mathieu Raby décide donc de passer à l’action. Il choisira d’évoluer dans la ligue de hockey semi-pro du Québec, soit avec les Chiefs de Laval. Rapidement, il sera adulé tout en s’avérant une solide police d’assurance lors de rencontres à caractère d’intimidation mais, attention, c’est un Raby qui est également capable d’appuyer l’attaque que les amateurs découvriront.

 

 

Il avait raison, lors de cette première saison passée dans la ligue semi-pro, on a appris à le respecter. Notamment, à la suite d’un combat qu’il a livré à Laval, contre le populaire et réputé Mike Brault, Mathieu Raby venait de nous démontrer ses couleurs. Au terme de cette campagne 99-00, c’est par la voie du Journal de Montréal qu’il a appris qu’il se rapporterait au camp des Citadelles de Québec, le 21 septembre.

« Je savais que mon agent, Sylvain Lajeunesse concoctait quelque chose, diverses avenues s’offraient mais l’offre des Citadelles s’est concrétisée très rapidement. » me souligne-t-il.

 

Au cours de cet même été, le Canadien de Montréal du directeur-gérant Réjean Houle et de l’entraîneur-chef Alain Vignault, ont passé la vadrouille dans le département de la robustesse. Ainsi, Turner Stevenson, Scott Thornton, Jim Cummings et Shayne Corson ont tous changé d’adresse. Une punérie semblait évidente du côté des justiciers de l’équipe.

 

Mathieu Raby se rapportait au camp des Citadelles lorsque le Canadien de Montréal lui a donné un billet pour le camp du grand club. On s’en rappelle, Raby, selon les critiques, avait d’ailleurs disputé un match simulé tout en faisant bonne figure. Il n’avait pas paru dépaysé sur la glace tout en jouant efficacement dans son territoire, nous avait-on rapporté à ce moment-là.

 

« Disons qu’au cours de ces rencontres, je n’avais pas cherché à compliquer les choses. Je m’étais contenté de jouer dans mes limites en effectuant de courtes passes, tout en distribuant mes mises en échec et plusieurs coups d’épaules. » me rapporte-t-il.

 

À Québec lors du calendrier régulier, ton temps de glace semblait très restreint, comment cela s’est-il passé avec ton entraîneur qui, pour une partie de la saison, avait pour nom Michel Therrien, on sait que ce dernier avait, par la suite, remplacé Alain Vignault à pied-levé?

 

« Pour Michel Therrien, mes coéquipiers m’avaient avertis que lorsque tu évolues sur un quatrième trio sous ses ordres et que tu reçois une « tappe » dans le dos, c’est pour y aller. Alors je savais à quoi m’attendre mais le plus difficile dans ce rôle, c’est lorsque tu embarques à froid dans les derniers instants et devant un gars qui a joué régulièrement au cours de la joute. Malgré tout je crois avoir fait du bon boulot dans le rôle que l’on m’a assigné, et cela, avec le peu temps de glace que dont j’ai bénéficié. » me dit-il.

 

Le Canadien n’a pas participé aux séries cette saison là, la situation aurait été désignée pour rappeler un Mathieu Raby et l’évaluer mais ce dernier possédait un contrat de la ligue Américaine et n’était pas protégé par les assurances de la LNH. André Savard, le nouvel homme de hockey, grattait le fond du tiroir dans l’espoir de se dénicher un (des) agent libre potable lors de la saison estivale. Son idée de lui présenter un contrat de la Ligue Nationale pour un essaie, ne faisait pas partie de ses plans.

 

 

L’été 2001 aura passée et toujours sans nouvelles du Canadien, c’est donc un retour, au grand plaisir des supporters lavallois, au camp d’entraînement des Chiefs de Laval. Il fut facile de constater que Mathieu n’était pas dans son assiette, un deuil à faire envers son rêve et son objectif de carrière, une chose qui n’est pas facile à traverser pour quiconque. L’homme qu’il était, n’était tout simplement pas situé dans ses projets d’avenir à ce moment-là, la concentration dont il nous avait habitué à son premier séjour était disparue. De plus, transformé en ailier droit à Québec, une réadaptation au poste de défenseur l’attendait à Laval. La grande majorité des supporters lui ont facilement pardonné, parce que c’était nul autre que lui, Mathieu Raby, un joueur désiré qui possède les atouts pour devenir adulé dans cette ligue.

 

C’est peu avant décembre, la saison dernière, que l’on a senti que ce défenseur de 6 pieds et 4 pouces, qui maintient son poids toujours à 225 livres, avait retrouvé son aplomb. Soit suite à un coup de fil de son ami, Eric Bertrand qui l’invitait à jouer pour son équipe, les Bees de Bracknell, en Angleterre.

 

« Lorsque Éric m’a téléphoné, on s’intéressait sérieusement à mes services pour aller évoluer en Europe. Mon épouse attendait la venue de notre premier enfant et j’ai alors mentionné à Éric qu’il fallait que je sois de retour vers le 15 décembre. C’était les derniers milles avant l’accouchement, mais je n’ai plus eu de nouvelles par la suite. Ce n’est que deux jours après la date limite des transactions, en janvier, qu’ils sont revenus à la charge et on m’a offert un contrat.

Comment les choses se sont-elles déroulées suite à cette proposition?

« J’aurais bien aimé tenter l’expérience et connaître davantage ce pays mais après avoir discuté de la situation avec mon épouse ainsi qu’avec Bob (Berger), j’ai finalement décidé de demeurer ici. Au bout du compte, je n’ai pas été déçu de prendre cette décision, cela m,a permis de profiter pleinement de la naissance de mon fils, de plus nous avons connu une excellente deuxième moitié de saison. » Et comment donc!

 

En terminant, comment entrevois-tu l’avenir à court et plus long terme avec les Chiefs de Laval ?

 

« J’ai le goût de la compétition et j’aime cela évoluer dans cet environnement, à Laval. Il me reste une dernière année de contrat avec les Chiefs. De plus, je travaille régulièrement chez Molson depuis plusieurs mois et je deviendrai bientôt un employé permanent, ce qui pourrait m’enlever de la flexibilité dans mon horaire de travail. D’ici là on tentera bien de s’arranger avec l’employeur. » me confie cet homme qui, aujourd’hui, nous semble en plein contrôle de sa destinée.

Mathieu Raby, nous te remercions d’avoir partagé ces confidences en notre compagnie.

« Il n’y a pas de quoi Sylvain, ce fut un plaisir et c’est moi qui te remercie. »

Salut et à la prochaine!

Par Sylvain Neveu
Montage Michel Lacas jr.
Remerciements a Bruno "Technoxx" Leblanc pour photos prêtés.