LES SOIGNEURS ET PRÉPOSÉS À L’ÉQUIPEMENT…DE GRANDS OUBLIÉS!

Par Sylvain Neveu
Montage Michel Lacas jr.

 

Le 2 mars -Ils sont peu connus car leur travail, pourtant nécessaire au bon fonctionnement d’une équipe de hockey, se fait plus souvent qu’autrement dans l’ombre. Leur implication ainsi que la passion qui les habite face à leurs équipes respectives, n’est assurément pas l’équivalent de leur rémunération. Au bout du compte, leur véritable récompense c’est de se sentir comme un membre à part entière de l’équipe. Lorsque cet objectif est atteint c’est que le boulot abattu leur est entièrement reconnu. On parle bien sûr des préposés à l’équipement ainsi que des soigneurs de nos équipes de hockey semi-professionnelles.

Parmi ce groupe, nous en retrouvons provenant de toutes professions;

Propriétaire de clinique en physiothérapie, opérateur de machineries lourdes, technicien de laboratoires en produits pharmaceutiques, spécialiste en portes et fenêtres, employé de boutiques de sports, col bleu pour la ville de Montréal, employé de terrain de golf, entraîneurs ou encore ex. joueurs de hockey junior et j’en passe. Mais tous ces gens sont reliés par un seul dénominateur commun, « la passion », celle du vestiaire et du banc de leur équipe de hockey!

Ce reportage s’est construit peu à peu au cours de la deuxième moitié de saison. Évidemment toutes les équipes n’ont pas été sollicitées par contre ce qui suit nous trace un portrait relativement fidèle du personnel qui cumule ces fonctions.

 

Chez le Promutuel de Rivière-du-Loup.

La scène est pertinente, nous sommes dimanche le 2 mars 2003 et une tempête de neige sévit dans toutes les régions du Québec. Une joute est prévue pour 14 heures alors que le Promutuel rend visite aux Chiefs de Laval. J’attends impatiemment Luc Grand-Maison, un des préposés à l’équipement dans cette équipe, afin de discuter de son travail mais dame nature décide qu’un délais de près d’une heure retardera la mise au jeu initiale. Lorsque l’équipe arrive au vestiaire, le personnel de soutient ne perd pas de temps et met tout en place afin que les joueurs puissent retrouver rapidement leur arsenal.

À Rivière-du-Loup, l’équipe peut compter également sur les services de Marc Michaud et Julien Tardif comme préposés à l’équipement, de même que Gaston Pelletier et Donald Thibault à titre de soigneurs.

Luc Grand-Maison, quant à lui, en est à sa deuxième campagne comme préposé avec le Promutuel et il entame une huitième année dans ce rôle en incluant les six autres passées dans le Senior AA. Sa journée, débutée à six heures trente le matin, se terminera vers minuit, on parle ici de dix-sept heures et demie consacré à la cause de son équipe. Des Luc Grand-Maison, on en retrouve dans la majorité des équipes, malheureusement ils travaillent dans l’ombre. N’allez surtout pas lui demander s’il a le goût de tout abandonner.

« Moi je n’ai pas eu la chance de jouer du hockey de gros calibre et j’éprouve un gros « thrill » à effectuer ce boulot. De plus, cela me permet d’avoir l’opportunité de le faire pour un calibre tel que le semi-pro, ce qui n’est pas négligeable. » nous mentionnera-t-il avec le feu sacré dans les yeux.


À Verdun
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Sylvain,Mathieu,Karina,Michel

Mathieu Sauvé, de son surnom « Saucisse », en est à sa troisième saison avec les Dragons. C’est un peu par complicité envers Paul Shantz et Joel Thériault, deux de ses « chums » nous dira-t-il, qu’il s’est laissé tenté dans l’aventure de préposé à l’équipement. Lui-même un ancien joueur de hockey junior à caractère robuste, « Saucisse » fait partie entre autres d’un quatuor composé de Sylvain, Michel et Karina, cette dernière est la physiothérapeute attitrée à l’équipe. Cette saison en joutes hors-concours, Mathieu a même ressorti son équipement des boules à mites afin de participer à une rencontre face au Garaga de St-Georges-de-Beauce, tout en reprenant ses vieilles habitudes sur la glace et en participant à un combat. Je lui ai demandé de nous décrire le rituel de son travail lors d’une joute à domicile, voici ce qu’il nous racontera à ce sujet.

« Lorsque nous avons une joute à disputer à la maison, nous arrivons à l’auditorium trois heures avant le début de la rencontre. Une partie de notre tâche consiste à laver la chambre, préparer les bas, les chandails, les roulettes de « tape » et les serviettes, les bouteilles d’eau, les rondelles, la glace, se préparer pour l’aiguisage des patins, en fait tout ce que cela demande pour les joueurs. Ici nous avons trois entraîneurs et comme la limite permise pour le personnel derrière le banc est de cinq, certains doivent demeurer en arrière plan mais leur utilité n’est pas négligeable pour autant. » me décrit-il.

C’est à Sylvain Jetté que revient la tâche de laver les gilets et les bas, de voir également au raccommodage. À Verdun, contrairement à la majorité des autres villes, ce sont les joueurs qui ont la responsabilité de transporter leur équipement.

 

À Laval.

La rançon de la gloire pour le personnel de soutient, embrasser la coupe convoitée tel que Richard Oullet l'a fait au terme de la saison 2001-2002.

Richard Ouellet est l’individu, remplissant ce rôle, avec qui j’ai le plus conversé au cours des dernières saisons. Ce dernier a été préposé à l’équipement et soigneur attitré de l’équipe des Chiefs au cours des cinq dernières saisons. On l’a vu travailler au cours des dernières années avec Sébastien Burelle comme associé. En fait, si l’idée de faire un reportage sur tous ces gens qui gravitent autour d’une équipe de hockey, a prit naissance, c’est à force d’observer Ouellet dans ses fonctions. À l’image d’un athlète qui est dans sa bulle, ce dernier me surprenait par le sérieux et la dynamique qu’il y mettait à effectuer ce boulot. Il m’est arrivé souvent de l’apercevoir avec son fils, Maxime, un futur ambulancier, à ses côtés, soit en lui expliquant les rudiments de ce métier. Richard est également un entraîneur de hockey dans l’âme depuis belle lurette, soit des rangs Atomes jusqu’à tout récemment, au niveau Midget. Pour lui, graviter autour d’une équipe de hockey fait partie de son mode de vie. Actuellement sous le coup d’une suspension suite aux événements de St-Georges-de- Beauce en début de campagne, il ne se cache pas pour mentionner que l’ambiance du vestiaire ainsi que le banc de cette équipe de hockey semi-pro lui manquent par moments.

Une confidence, après avoir vu Ouellet transporter des jambières de gardien de but Sherwood, bleues, blanches et rouges, joutes après joutes la saison dernière, j’ai découvert que c’était pour Steve Vézina. Ce dernier a disputé une partie de la dernière saison, dont la dernière rencontre de la coupe Futura, avec les jambières de son fils, Maxime Ouellet, qui évolue dans les rangs midget.

Cette saison à Laval,la tâche revient à Alain Forest et Alain Martel, deux partisans qui suivaient fidèlement les activités de l’équipe depuis quelques saisons. Rencontrés quelques minutes avant le début d’une rencontre, je me suis permis de suivre leurs activités pendant un moment.

Pendant que Martel est affairé à sécher les patins de quelques joueurs et de faire fonctionner la laveuse et sécheuse au fond du vestiaire, ce col bleu au service de la ville de Montréal pourrait facilement gonfler son salaire de plusieurs centaines de dollars, soit en travaillant sur le déneigement, le week-end en surtemps par exemple, mais sa priorité est de demeurer au service de son équipe. Au même instant l’autre Alain, Forest celui-là, répare de toute urgence le casque d’un joueur pendant que d’autres, à gauche et à droite, lui demandent des lacets et du ruban adhésif. Peu de répit pour nos préposés mais unanimement ils me mentionneront qu’ils adorent côtoyer les boys ainsi que les longs voyages à Jonquière ou Rivière-du-Loup. De plus, ils ajouteront qu’ils vivent un rapprochement, et une partie de la vie des joueurs, en recueillant leurs confidences tout au long de la saison.

À St-Hyacinthe.

 
Guy Pruneau Soigneur, thérapeutre Raynald Beauregard Préposé à l'équipement, Yannick Lemonde Préposé à l'équipement

     

Celui qui nous apparaît comme le doyen au chapitre des préposés, se nomme Raynald Beauregard. Lui, il était là à l’époque du Lazers de St-Hyacinthe de la LHJMQ, côtoyant les Martin Brodeur, les frères Laliberté, les Melanson, Serge Labelle et cie . Lorsque je lui ai demandé quelle était la pire blessure auquel il avait été témoin, voyons ce que Raynald nous racontera à ce sujet.

« Sans aucun doute, ce fut celle de David-Alexandre Beauregard, un incident bête alors que les deux lames de bâtons se sont touchées et que la pointe d’une de celle-ci lui a crevé l’œil. Lorsque l’on est si près de l’action, ce sont des souvenirs que l’on n’oublie pas de sitôt, et il ajoute. Si je fais ce boulot depuis tant d’années, c’est purement et simplement par amour, on s’attache aux gars et à l’équipe. Lorsque nous avons des « partys » par exemple, nous sommes toujours présents, on fait parti de la gang.»

Comment cela se passe-t-il entre les équipes, est ce que l’entraide est présente face à vos confrères ou bien c’est l’animosité qui prend place?

« Il y a beaucoup d’entraide entre les responsables de l’équipement, je pense que la majorité se tiennent. Tiens, par exemple, dans mon outillage je possède la machine à rivet pour réparer les patins et il m’est arrivé souvent de dépanner des équipes adverses, il y a très peu d’équipes qui ne coopèrent pas. » nous confie ce vétéran qui peut compter sur les précieux services de son assistant, Yanick Lemonde, chez cette équipe.

Fait à noter également, tout au long de sa longue carrière dans ce domaine, jamais il ne lui est jamais arrivé qu’un joueur ne possède pas son nom écrit à l’endos de son gilet, peu importe le délais avant la joute.

Chez le Cousin, Guy Pruneau est le thérapeute de l’équipe, il n’a jamais raté une rencontre. Physiothérapeute de profession, il a également fait des études en ostéopathie, il est également propriétaire d’une clinique de physiothérapie. Ancien joueur de hockey au niveau junior Tier II, c’est à Asbestos, en 1997-98 qu’il a fait ses débuts dans la LHSPQ, soit en compagnie de Karina qui œuvre maintenant pour les Dragons de Verdun. Les blessures qu’il nous identifiera comme les plus fréquentes sont celles au niveau des épaules et à l’aine. Les pertes de conscience demeurent une situation toujours très inquiétante mais, avec le temps et l’expérience, le calme a remplacé le stress.

À St-Jean.

Chez le Mission, c’est avec Gilles Plante que j’ai conversé. Grand bonhomme, très courtois, ce dernier travaillait auparavant dans un magasin d’articles de sports. C’est Stéphane Brien qui lui a tendu une perche afin de l’intégrer à l’équipe de St-Jean, dans le rôle de préposé à l’équipement, une décision que Gilles ne regrette aucunement.

Le Mission de St-Jean peut également compter sur les service de Paul Hamel séniorr et André Sevigny à titre de préposés à l'équipement ainsi que sur ceux de Benoit Buisson comme soigneur .

Ce soir là son équipe est en congé et Gilles agit comme spectateur à l’auditorium de Verdun. Au fil de la conversation, il est facile de détecter combien cet homme est en adoration avec son boulot chez le Mission. Une des choses qu’il me fait remarquer, tout en observant le déroulement de la rencontre, c’est que ses fonctions autour du vestiaire et du banc de l’équipe lui permettent d’être au courant de toute la stratégie déployée sur la patinoire, bref le pourquoi qu’un entraîneur utilise tel joueur ou tel trio contre un autre. « Ce sont des situations que l’on ne remarque pas si facilement lorsque l’on est dans les estrades comme en ce moment. » ajoutera-t-il.

À Windsor.

Parfois l’implication peut devenir une histoire de famille. C’est le cas de Daniel et Michael St-Pierre, préposés à l’équipement chez le Lacroix. Daniel est le père de Michael, ils sont avec l'équipe depuis le tout début des activités de la concession. Johanne, l'épouse et la mère, est aussi impliqué au niveau de la billetterie. Cette famille de sportifs se consacre également dans le Tournoi national Bantam de Windsor de même qu’au baseball lors de la saison estivale.

« Être soigneur d'une équipe sportive peut paraître très banal, mais c'est un travail qui demande beaucoup nous mentionne Andréanne Rodrigue, responsable des premiers soins pour le Lacroix de Windsor. Il faut toujours être alerte et être prêt pour une grosse intervention, car on ne sait jamais ce qui va arriver dans la prochaine minute. Il faut également anticiper l'aggravation d'une blessure initialement banale et il faut veiller à la bonne préparation des joueurs blessés avant le match, planifier leur retour au jeu en dosant bien le potentiel de risque, de récidive ainsi que leur désir de rejouer rapidement. Pour ma part, j'ai une très bonne entente avec le personnel entraîneur de mon équipe à ce sujet-là. Je travaille bien aussi avec les préposés à l'équipements, ces derniers sont toujours disponibles et très professionnels. On a vraiment une belle équipe.

Andréanne est très polyvalente, elle travaille dans le domaine de la physiothérapie, elle a aussi reçu plusieurs formations de premiers soins sportifs, de premier répondant, etc. Elle gagne sa vie également comme répartitrice d'appels d'urgence à Sherbrooke. Cet emploie lui demande d’envoyer les ambulanciers sur les urgences et de prodiguer les instructions pré-arrivées à l'appelant.

La vigilance et l’expérience d’un soigneur peut souvent être bénéfique en certaines circonstances. Visualisons une scène qui s’est déroulée au cours de la saison 2001-2002 lors d’une rencontre opposant Windsor à Granby alors que le cerbère, Martin Hébert, a subi une blessure inquiétante.

La rondelle est dans le coin et Giovanni Iasenza coupe devant le filet de Martin Hébert, tout en se positionnant afin de recevoir une passe de son coéquipier. Simultanément, Hébert s'avance, genoux par terre, dans le but d’intercepter la rondelle mais, accidentellement, la lame du patin de Giovanni se fraie un chemin entre le haut de la jambière et de la culotte du cerbère. Au même moment Martin se jette par terre tout en criant de douleur. Giovanni, situé très près de la scène, demande de l’aide en direction du banc de Windsor.

La suite nous sera racontée ici par la personne responsable des premiers soins avec le Lacroix de Windsor, Andréanne Rodrigue.

«Au même instant, je me suis précipitée vers Martin mais là les joueurs sont attroupés autour de ce dernier, ce qui est assez inhabituel. À mon arrivée il était facile de constater ce qui s’était passé, il venait de subir une profonde entaille. Giovanni était là et le soigneur de Granby est venu me rejoindre presque immédiatement. C’était la panique autour de la scène, certains apportaient des commentaires négatifs devant la perte de sang et la profondeur de l’entaille. J’ai appliqué une pression directement sur la blessure pendant que d’autres tentaient de calmer Martin et de lui enlever sa jambière.

« Devant la gravité de la blessure j’ai fait demander l’ambulance. Il fallait également contrôler l’atmosphère, les joueurs sont alors retournés au banc, à l’exception d’un joueur de notre équipe qui parlait à Martin de même que Giovanni et le soigneur du Blitz de Granby qui me prêtaient assistance. Ce dernier me relayait pour continuer à appliquer de la pression sur la blessure, chose qu’il ne faut pas cesser en de telles circonstances. Par la suite, je prenais ses signes vitaux régulièrement pour m’assurer qu’il ne tombe pas en état de choc, ce qui aurait été une complication plus grave et à surveiller. On l’a ensuite évacué de la patinoire, soit à l’arrivée des ambulanciers. Là aussi ces gens ont été fort utiles en assumant la relève et, dès son arrivée à l’hôpital, il était déjà attendu.

«Heureusement, Martin n'a pas subi une blessure trop grave, celle-ci étant située dans le bas de la cuisse, une région moins vascularisée située loin des artères et des veines importantes. Nous n’avons pas eu affaire à une hémorragie trop abondante. Dans ce cas-ci, l'intervention rapide de tout le monde a permis de contrôler le saignement rapidement. Par après, il y a eu la période d'immobilisation, le contrôle par les médecins d'une infection survenue dans sa plaie, puis la planification de son retour au jeu en toute sécurité (exercices, équipement, protecteur, etc.).

« Je crois que dans l'ensemble, tout s'est bien déroulé. C'est certain qu'une blessure comme celle-là est toujours impressionnante mais quand tout le monde sait ce qu'il a à faire, on conserve généralement le contrôle de la situation. Lors de cette intervention, j'ai apprécié que tout le monde ne fasse pas à sa tête et ne joue pas au chef de la situation. Dans ces circonstances, ça prend une seule personne qui contrôle les choses, et j'ai eu une très bonne assistance. Je remercie d'ailleurs encore le soigneur de Granby et Giovanni Iasenza pour leur aide.

Les préposés et les soigneurs, des gens sous-estimés mais qui possèdent le feu sacré!

À la prochaine,

 

Merci a Nicole "CHIEFFETTE3" ainsi que le site www.lecousin.ca pour photos.