En
voilà un qui possède le feu sacré, et ce, dans tous les sens du mot. Loin
de posséder une charpente à la « Goldorak » , ce joueur au magnétisme
exceptionnel a conquis les amateurs des trois villes pour lesquelles il
a porté l’uniforme au sein de la LHSMQ.
Les origines de Cory Holland proviennent de l’une des onze nations autochtones du Québec. C’est à Chisasibi, sur la réserve indienne des Cris, un peuple reconnu depuis la nuit des temps pour ses habilités à « chasser le gros gibier… », qu’il vit le jour. Même s’il n’en détient aucun souvenir, « The Warrior Holland » nous mentionne, avec beaucoup de fierté, qu’il vécut ses premières années de vie au Québec, dans cette grande région forestière située au Nord de la Baie-James. C’est en 1978, dans la foulée des grands projets hydroélectriques; trois ans après la signature historique de la Convention de la Baie-James impliquant les communautés autochtones et les gouvernements provinciaux et fédéraux, que sa mère se remaria et prit la décision de s’expatrier, en compagnie de sa jeune famille, à Havelock, en Ontario. Ce fut dans cette ville agricole, composée de 1,300 citoyens, qu’il apprit les rudiments de ce sport passionnant que représente le hockey.
Au fil de son ascension, ce fougueux ailier droit aida cette petite municipalité à figurer dignement sur la mappe sportive alors que sa formation remporta trois championnats provinciaux de haute envergure. Il passa d’ailleurs toute sa vie dans sa ville adoptive, pratiquant également tous les autres sports accessibles tel que le soccer, le baseball et, bien sûr, la boxe, jusqu’au jour où il revint exercer le hockey sur « sa terre promise »: le Québec. Comme la majorité des jeunes ontariens, à l’époque où les Darryl Sittler, Lanny McDonald, Al Iafrate, Mike Palmater, Russ Courtnall et le non-moins connu Dave « Tiger » Williams soulevaient les foules du Maple Leafs Garden de Toronto, son cœur ne battait que pour les représentants de la Ville Reine. Par contre, au fil du temps, son prototype idéal de joueur évoluait à l’aile droite, tout en endossant l’uniforme des Bruins de Boston : nul autre que l’imposant # 8, Cam Neely. « Cam n’était pas seulement solide au bout du poing, tenait à nous mentionner celui qui l’idéalisait, grâce à sa force physique et son instinct de marqueur, il pouvait également compter plus de 50 filets par saisons », ajoutait-il, en prenant soin de souligner qu’il admirait également les talents pugilistiques du # 24 des Red Wings à l’époque : Bob Probert.
À l’âge de quinze ans, suite à sa dernière saison passée au niveau bantam AAA, notre invité, guitariste à ses heures, fut sélectionné par les Generals d’Oshawa de la Ligue de hockey junior de l’Ontario. Malheureusement, la guigne se plaça sur sa route car, avant même d’y entreprendre ce premier camp d’entraînement chez les juniors, il fut victime d’un sérieux accident de voiture qui compromettra sa saison tout entière. La saison suivante, en 1991-92, il rechaussa les patins en évoluant pour quelques formations, dont les Miltons de Merchant dans les rangs junior Tier II. Une fois de plus, celui qui possède la hargne d’un Pitbull aida ses coéquipiers à remporter un autre championnat provincial. MIKE HENDERSON SERT D’INTERMÉDIAIRE
Quelques années plus tard, après s’être attiré le respect par ses pairs suite à ses multiples exploits de bagarreur lors des deux saisons passées à Madison (UHL), ainsi qu’une autre portion de saison passée à Memphis (CHL), Cory reçut un coup de fil de la part d’un ex-joueur rival. « Comme nous avions évolué l’un contre l’autre auparavant, Mike Henderson connaissait bien mon style de jeu. Il m’avait alors confié que je représentais un profil de joueur construit pour la compétition dans Ligue de hockey semi-professionnelle du Québec puis que je me plairais dans cet environnement. Mike est un individu persuasif, il m’a donc convaincu rapidement de tenter ma chance. C’est ainsi que quelques semaines après le début de la saison 2000-2001, je me suis entendu avec monsieur Berger et la direction des Chiefs de Laval afin de devenir porte-couleur de l’équipe », racontait-il. Plusieurs d’entre nous ont encore frais en mémoire les débuts de Cory Holland sur les patinoires du hockey senior majeur québécois. Loin de se présenter avec une charpente à la «Goldorak », celui qui endossait l’uniforme # 33 des Chiefs de Laval, était couvert d’une confiance inébranlable et d’un charisme né. Dans une ligue où les« p’tits-joueurs-pas-frileux » récoltent une portion de la cote populaire, son style de pugiliste, basé sur le « coup pour coup », séduisit les supporters de son équipe sur-le-champ. Celui qui soulève maintenant des pianos dans son job de tous les jours, avait réussi d’une seule gauche, dans le cours d’une joute fortement médiatisée, disputée le 15 février 2001 à l’Auditorium de Verdun, à soulever près de 5,500 spectateurs en éteignant les lumières à un rival. Un triste souvenir dont son opposant tentera de chasser de son esprit pour quelques années encore, mais qui consolida son sens du spectaculaire dans les moments de haute intensité. SON IDOLE VIENT VIVRE CHEZ LUI...!
A l’ère où le hockey professionnel est en panne sèche d’idolâtrie, les occasions qu’ont les jeunes de manifester leur admiration envers leurs préférés ne sont pas légion. Sur ma route, il m’a été donné l’occasion d’observer un jeune homme qui n’en a que pour notre invité; arborant fièrement le chandail #33 de son favori, ce jeune partisan, âgé de treize ans à l’époque, devait bien lancer une centaine de regards par joutes envers celui qui représentait dans son cœur, son Gretzky ou son Lemieux. De plus, lorsque la foule entonnait tous en chœur ce chant de ralliement intitulé: Holland! Holland! Holland…! Danny Lavoie y allait de quelques décibels supplémentaires, tout cela au nom de ce lien d’affection qui le liait au petit guerrier natif de Chisasibi:
« La première fois que mon père m’a emmené voir le hockey semi-pro, Cory jouait depuis peu pour les Chiefs de Laval. Ce soir-là, je me souviens qu’il était arrivé avec une poche de hockey pas mal magané, mais cela ne lui enlevait pas ses qualités d’être aimable et accessible. Par la suite, j’ai commencé à l’épier sur la patinoire; j’aimais son style de jeu car il était spectaculaire et il ne craignait personne. Il était très aimé du public. Dans les joutes qui ont suivi, je m’étais procuré son chandail, lorsque je l’avais revu, il était très content de me l’autographier. C’est de cette façon que nous avions commencé à faire connaissance. Par la suite, mon père, voulant aider des joueurs de l’équipe à travailler hors de la glace, lui offrit du travail comme employé au sein de son entreprise. J’étais fier lorsqu’il accepta et davantage lorsqu’il est venu demeurer à la maison. Il commence à s’exprimer relativement bien en français et nous sommes devenus de bons chums aujourd’hui. En fait, pas juste lui! Mais son superbe chien Bulldog aussi…! Il l’a baptisé « Margaret », en souvenir de sa grand-mère décédée il y a un an. Cory respectait beaucoup cette dame; il a prit cela dur lorsqu’il a apprit son décès », racontait celui qui lui avait même prêté son ancienne chambre à coucher afin que son idole se sente bien à l’aise lors de ce séjour comme pensionnaire à la maison. LES DEUX DIVISIONS Holland a porté les couleurs des villes de Laval, Jonquière et Granby au sein de la LHSMQ. Nous lui avons demandé de partager son expérience sur le calibre de jeu qui règne dans les deux divisions. « Selon moi, il n’existe plus autant de différence que cela sur l’exécution du jeu et la mise en échec. Par contre, je pense sincèrement qu’il existe toujours de plus gros bagarreurs dans la section Ouest. Tu sais, il y a peut-être une bonne raison pour expliquer cela : c’est un peu triste pour les amateurs, mais je crois que la majorité des joueurs toughs, provenant de l’extérieur, préfèrent habiter aux alentours de Montréal. Est-ce la crainte de l’adaptation en région? Je ne saurais dire. Personnellement, à Jonquière la saison dernière, j’ai évolué pour l’une des villes les plus éloignées de Montréal. Je ne l’ai jamais regretté. Je me suis fait plusieurs amis puis j’ai découvert une région fantastique. De plus, les amateurs de hockey sont enthousiasmés, prêt à appuyer leur équipe lorsqu’il y a un bon spectacle sur la glace. D’ailleurs, avec l’implication des frères Roberge, Serge et Mario, je leur souhaite longue vie dans la LHSMQ, ils le méritent bien! », prenait-il soin de spécifier. « J’ai vécu sensiblement le même phénomène à Granby; je me suis fait de nouveaux amis, autant chez les joueurs que les partisans. Cette année, l’organisation des Prédateurs travaille très fort pour améliorer l’équipe et, pour espérer remporter un championnat, cela demeure la qualité première à respecter. Bien sûr, avec la venue de nouveaux joueurs nous serons plus compétitifs à mesure que la saison avancera. En poursuivant dans cette lignée, d’ici un an ou deux nous formerons l’une des puissances de la Ligue », ajoutait celui qui évolue actuellement sous les ordres de l’ancien # 9 des Cataractes de Shawinigan; un ex-ailier gauche qui fut également repêché en deuxième ronde par le Canadien de Montréal lors des assises de 1983: Sergio Momesso.
« Il n’existe pas une ligue de hockey qui regroupe autant de durs que la LHSMQ, et cela, c’est une opinion que je me suis forgé avec mon expérience du hockey, poursuivait notre interlocuteur. N’est-ce pas la robustesse qui fait hésiter certains joueurs à venir évoluer ici; même si ces derniers possèdent un bon gabarit puis qu’ils pourraient s’affirmer avec leurs qualités de fins manieurs et patineurs? » Tenait à rajouter ce justicier qui a soufflé sur ses 27 bougies le 25 avril dernier, mais qui semble avoir troqué, depuis près de 18 mois, les fines pâtisseries et les copieux repas bien arrosés pour un entraînement vigoureux et une saine alimentation. Holland ne déteste pas remonter sur le ring à l’occasion. Sa perte de poids, en prévision d’un combat de boxe disputé contre Manuel Fréchette, à l’été 2002, faisait suite à quelques légers malaises physiques lui signalant de rétablir l’équilibre dans son organisme. Maintenant que sa mère, infirmière de profession, et son père adoptif, retraité, ont établi pignon sur rue au Colorado, qu’adviendra-t-il de Cory Holland lorsque ses patins se retrouveront au clou de la retraite? « Le Québec, c’est chez moi maintenant. Je m’y sens bien et c’est ici que j’ai choisi de vivre! Les gens sont fiers et aimables, la culture est excellente puis,…les femmes sont très jolies! Je les aime toutes…! » Concluait celui qui se donne des allures de player, sur et hors de la glace. Tout compte fait; Cory « The Warrior »Holland, un joueur qui possède du magnétisme à revendre, n’aura pas eu à passer sa vie près des puissantes turbines de la Baie-James pour distribuer tous ses mégawatts de puissance électrique qu’il génère! « Thank’s for choosing me as one of your players to profile » - Cory Holland
* Un merci spécial à la famille Lavoie : Nicole (Mom), Jean-Claude et Danny pour leur étroite collaboration. A la prochaine...
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