Sur
les patinoires de la LHSMQ, on lui reconnaît des allures de « Flying frenchmens
». Son coup de patin, sa vitesse d’exécution ainsi que son désir de vaincre
sont trois de ses qualités premières qui font l’envie de toutes les formations
du circuit senior majeur québécois. À l’aube de ses 30 ans, cet homme,
tout aussi talentueux en s'exerçant dans l'art de la musique, nous donne l’impression
de renaître. Durement éprouvé par la mort récente de son père, cette dernière
épreuve lui aura fait prendre conscience qu'il n’y a plus de temps à perdre
dorénavant afin d’atteindre ses propres objectifs fixés.
SES ORIGINES ET SES DÉBUTS DANS LE HOCKEY.
Ce fut jadis
à Rivière-des-Prairies, le 22 janvier 1974, que Christian Sbrocca vit le jour. Dans le rang familial, il est
le deuxième garçon d’une famille de trois, tous des sportifs. En remontant vers
ses origines familiaux, on apprend que ce fut en 1966 que son père, Luciano,
quitta la ville de Rome, en Italie, afin de s’établir dans l’Est de l’île de
Montréal. Peu de temps après, ce dernier fera la rencontre d'un charmante dame
originaire du Lac St-Jean, Oriette Dufour, avec laquelle il unira sa destinée.
Tout au long de son enfance, à cette époque où il arpenta les rues et les terrains
de jeux de cet arrondissement Montréalais, celui qui porte aujourd’hui le chandail
# 19 chez le Mission de
St-Jean, y joua également tout son hockey mineur. D'autre part, plus on
converse avec ce chansonnier; plus l'on se rend compte que la musique a toujours
occupée une place de choix au sein de sa famille. Luciano, un chanteur né, lui
eut d'ailleurs pavé la voie en l’inspirant tout au long de sa jeunesse. Jeune
héritier de ce talent, notre invité n'était âgé que de 13 ans lorsqu'il s'investissa
davantage dans l'art musical; soit simultanément à ses débuts comme hockeyeur
dans les rangs bantam.
SA PIRE SAISON ET LA NAISSANCE D’UNE GRANDE AMITIÉ.
Après avoir évolué au niveau bantam AA, il endossa les couleurs du Montréal-Bourassa dans les rangs midget AAA. Il connut un camp d’entraînement difficile, mais, sous les encouragements d’un autre joueur, il réussit tout de même à percer l’alignement. Ce coéquipier se prénommait Pierre Gendron. Ensemble, ils vivront une grande amitié qui dure depuis maintenant 14 ans. À ce sujet, Christian ne tarit pas d’éloges envers celui qui l’inspire dans sa vie de tous les jours.
« Sans me tromper, je pense que cette saison-là aura été la pire de toute ma carrière, nous raconte-t-il. Je n'étais pas grand. Certes le plus petit gabarit de la ligue. J’étais également très lent sur patins. À un point tel que mon entraîneur n’avait pas confiance en moi. »
« J’ai été profondément déçu à la fin de ce camp d’entraînement: avec ses talents, Pierre Gendron méritait beaucoup plus que moi de faire l’équipe. A la surprise de tous, il fut retranché. Cet événement m’avait ébranlé à l'époque, puisqu'en plus de m’appuyer sans relâche, il possédait tout le talent nécessaire pour réussir dans cette ligue. C’est à partir de là que nos liens se sont soudés davantage. Tu sais, Pierre c’est un entrepreneur né; un être qui voit grand, mais qui est capable de livrer la marchandise. Malgré tout, il n’oublie pas son petit monde: ses amis à côté de lui. L’observer, m’a appris à prendre confiance en moi. » nous confie-t-il.
L’EXIL AU PAYS DE L’ONCLE SAM.
Au terme de sa saison midget, aucune équipe de hockey junior majeur ne lui manifesta de l’intérêt. Ce fut le statu quo; jusqu’au jour où le postier lui livra une lettre qui changea le cours de son existance.
« On m’avait
invité à participer à un camp d’entraînement regroupant des joueurs universitaires.
Cela se passait à Montréal, soit au Cégep Dawson. Les choses s'étaient bien déroulées pour moi car
la direction de l'Université Lowell,
au Massachusetts, m’avait offert une bourse d’étude de quatre ans. Au bout du
compte, je n'ai jamais regretté d'avoir tenté l'expérience: c'est à cet endroit
que j’ai appris à maîtriser la langue anglaise; en plus de réussir mon baccalauréat
en marketing. »
À Lowell, entre les saisons 1992-93 et 1995-96, Christian haussa grandement la qualité de son jeu de hockey. Les améliorations les plus marquantes se produisèrent au niveau de sa rapidité, de ses talents de marqueur, de même que dans la robustesse préconisée. L’étiquette de joueur lent, qu’on lui avait juxtaposé à l’âge de 16 ans, s’était désormais dissipée à tout jamais. Par contre, les journées furent bien remplies pour cet universitaire qui pratiquait à la fois la profession de hockeyeur et de musicien. Ce fut également à cette époque qu'il commença à remplir les bars, en jouant de la musique après les joutes de hockey. Ce qui représentait une façon, pour lui, de réunir les joueurs et les amateurs de hockey dans une ambiance de fête. Un phénomène qui se poursuit d'ailleurs encore aujourd'hui.
PENSACOLA, DES MOMENTS INOUBLIABLES.
Bon an, mal an, au cours de la saison 1996-97, sa route le conduisit avec les
Ice Pilots de Pensacola
de la ECHL. Dans l’état de la Floride, il y évolua une seule saison.
Mais quelle saison mémorable! C’était la fièvre en ville: un virus qui se propageait
dans toute la région! La télévision, les journaux et les stations de radio firent
grandement état de cette équipe de hockey locale et professionnelle. Désormais,
le mot Ice Pilots était sur toutes les lèvres. Christian, lui, en plus de se
produire dans les bars, se dénicha un emploi dans une station radiophonique.
Sur la glace, il vivait des moments exaltants aux côtés de Brent Gretzky, le frère de son idole.
« Wayne Gretzky a eu une méga influence sur moi. Lorsque j’avais entre 13 et 17 ans, il m’est arrivé de vouloir tout abandonner. Mais lorsque j’observais l’homme derrière ce grand joueur: son charisme ainsi que sa personnalité, tout cela m’inspirait et m'apportait beaucoup de positif dans mon existence. » nous confie-il.
Ensemble, Brent et lui, vécurent de beaux moments sur la patinoire. Comme en fait foi cette soirée de cinq points, où celui que l'on surnomme "Sbroke" avait enregistré quatre filets et obtenu une mention d’aide: trois de ces buts furent marqués sur des passes provenant directement de la palette de Brent. Il inscrivait ainsi le premier tour du chapeau de l’histoire à domicile pour la concession de Pensacola. Une saison qui avait également été marquée par un essaie avec les Rafales de Québec de la défunte Ligue Internationale.
L’ITALIE, LE CALME APRÈS LA TEMPÊTE.
Après une saison trépidante, sa carrière de hockeyeur se poursuivit en Italie. Pour la toute première fois, il se voyait offrir l'occasion de connaître la ville où son père, jadis un chanteur populaire, passa une partie de son existance. De plus, deux mois et demi après son arrivée sur cette terre ferme, cet « homme orchestre » maîtrisait déjà sa langue paternelle. Ce fut d’ailleurs avec un brin d’émotion, au cours de ce périple, qu’il avait surpris Luciano, lors d'un appel téléphonique, en lui conversant uniquement dans la langue de son pays natal.

Au plan personnel, lors de
cet exil en Europe, il vécut une mini-retraite. Installé confortablement dans les Alpes, il
méditait alors sur sa vie. Bouleversé intérieurement, il se
remettait en questions. D’ailleurs, ces moments de réflexions lui ont servis
d’inspiration pour la composition de son premier CD, basé sur son vécu, qu’il a
intitulé: My script.
DE RETOUR À LA MAISON.
C'est à Laval, au cours de la saison 1998-99, qu'il a fait ses débuts dans la Ligue de hockey semi-professionnelle du Québec. Sur la gace, il renouait ainsi avec son inséparable complice, Pierre Gendron. Ces deux derniers s’affichaient, à ce moment, comme deux solides piliers au sein de la formation du clan Berger. Après deux saisons, ils se retrouveront par la suite dans l'uniforme du Mission de Joliette. Leurs contributions aura permis à cette dernière équipe, dirigée par Pierre Pelletier, de mettre la main sur la coupe Futura. La saison suivante, en 2001-2002, impliqué dans une méga- transaction, Christian endossait de nouveau les couleurs des Chiefs. Son retour à titre de porte-couleur lavallois permettait à cette formation de pouvoir compter sur deux puissantes lignes d’attaques: un précieux actif qui les conduiront, au terme de la saison, à une première conquête de la coupe Futura. Le jeu de la chaise musicale se poursuivant, la saison dernière, suite au transfert de la concession Joliettaine, il redevint un Mission. Mais, cette fois, en représentant la ville de St-Jean-sur-Richelieu. Même son équipe a subi l’élimination en finale de l’ouest, Sbrocca a eu le temps de faire écarquiller les yeux de ses rivaux et de milliers d’amateurs entassés dans les gradins. À l’image d’un joueur de concession, il a été tout simplement dominant à chacune de ses présences sur la patinoire. Ce qui lui avait permis d’occuper la tête des compteurs, et ce, jusqu’à l’avant-dernière joute de la grande finale.
« Aujourd’hui, lorsque je regarde en arrière, je me rends compte que j’étais très près de signer un contrat professionnel avec les Rafales, mais j’étais « défocussé »: pas vraiment sérieux, quoi! Dieu m’a donné du talent, mais j’ai tourné passablement longtemps en rond. Tu sais, j’ai eu beaucoup de plaisir dans les bars de la East Coast Hockey League: je me suis amusé. Je ne le regrette pas car c’est moi qui ai choisi de vivre ce mode de vie. Mais aujourd'hui je constate que le fait de ne pas avoir percé plus haut au hockey, m’aura conduit éventuellement à faire des projets en musique afin de justifier mon talent.»
« J’étais très
près de mon père, c’était un véritable chum. Au fond, sa mort a changé bien
des données pour moi. Maintenant, je ne veux plus manquer de temps pour réaliser
mes objectifs. C’est le moment d’avancer: de passer à l’action. » Nous raconte
celui qui N,est qu'à un seul pas de faire sa marque dans le monde artistique.
Son expérience d’un premier CD lui a bien servi. D’une part, intérieurement,
il nous mentionne qu’il s’est vidé: qu’il a gratté en quelque sorte toutes les
émotions de son âme pour les transposer sur ses chansons. De plus, en compagnie
de ses grands amis, Pierre Gendron ainsi que l’ex-président du Mission de Joliette,
Stéphane Brien, ce trio s'est lancé dans une galère où ils ont beaucoup appris:
passant des milliers d’heures à tenter de mousser ce talent sur une plus grande
échelle, voire étudier toutes les avenues imaginables. Aucun doute, si le passé
est garant de l'avenir, la somme de ces expériences leur serviront grandement
pour ce qui surviendra dans l’avenir.»
Que ce soit sur la scène ou sur la patinoire, en l’observant de plus près, Christian Sbrocca est plus affamé que jamais. Longtemps on l’a perçu comme un joueur de hockey, à la fois chanteur et musicien en arrière-plan. Dorénavant, il faudra intervertir les rôles envers celui qui consacre plus de 70 heures par semaine à cet art que représente la musique.
L’HIPPODROME DE MONTRÉAL S’EN REMET À LUI.
Au cours de la
saison morte, celui qui célèbrera ses 30 ans en janvier prochain, n’a pas eu
le temps de chômer. La direction de l’Hippodrome
de Montréal s’est tournée vers lui afin d’apporter davantage d’animation
autour de sa piste. Notre invité, lui, est parti de rien et il a construit,
de toutes pièces, une terrasse extérieure située en plein coeur de l’action.
C’est à cinq mètres de la piste de course qu’il a établi ce château-fort. Le
but premier était de faire redécouvrir le monde des courses de chevaux à sa
clientèle. C’est lui qui a vu à sélectionner le personnel attitré; à embaucher
des chanteurs; musiciens; à mousser la publicité; en plus d’interpréter lui-même
son répertoire de chansons. Ce n’est pas tout! Puisqu'on l’a vu étaler son talent
dans des endroits connus de Repentigny: au Valet et à La Ripaille. Dans Charlemagne:
au Vieux Four. Finalement dans la Petite Italie: au Eneteca.
Par un chaude soirée d’été, j’ai eu l’occasion de le côtoyer sur la terrasse de l’Hippodrome. Ils y étaient en grands nombres puisque tous les sièges étaient occupés. À l’entrée, quelques clients anxieux de prendre une consommation dans cette ambiance musicale, signalaient leurs réservations au responsable du registre, tout en surveillant leurs mises. Parmi ces clients, on notait plusieurs visages qui ont endossé les couleurs de diverses formations de hockey senior au Québec, dont un de ses ex-coéquipiers, Raymond Alcindor. Ce dernier lui a rendu un bel hommage: « J’ai beaucoup d’admiration pour Christian. Tout d'abord, c'est un individu qui travaille fort dans tout ce qu'il entreprend. Puis, en écoutant les paroles de ses chansons, il m'arrive même parfois de reconnaître certains passages que j'ai moi-même vécu. Quelques-unes de ces dernières sont tirées de ses expériences dans le monde du hockey. Tu sais, ce gars-là a traversé des épreuves dernièrement et regarde comment il est prêt à tout maintenant pour atteindre ses objectifs. Aucun doute, il possède du talent, mais il représente également un bel exemple de détermination et de persévérance. » me mentionnait celui qui a remporté la coupe Futura dans la même formation que "Sbroke" en 2001-2002; puis qui connaît à fond chacune des chansons de son bon ami.
La soirée se poursuivait. J'étais un des nombreux témoins de la scène, où cette fois, après s’être attardé en compagnie de ses clients à chacune des tables, Sbrocca se préparait à fredonner quelques-unes de ses compositions. Au moment d’enfiler la courroie de sa guitare, celui qui chante admirablement bien, et ce, dans la langue française comme anglaise, s’attirait tous les regards sur le podium. Ce moment était attendu de la majorité. C'était alors le silence absolu. Il s’en était suivi une prestation intense, dans un style « Britt Pop » ou « Rock Britannique » si vous préférez, de la part de celui qui était en plein contrôle du moment présent. Son public, conquis par le magnétisme qui se dégageait, lui avait réservé une salve d’applaudissements bien nourris entre chacune de ses interprétations. Christian Sbrocca c’est un maître d’oeuvre et, sans l’ombre d’un doute, microphone et guitare à la main, il mérite d’emblée la première étoile!
A la prochaine...
