30 MAI 2004 – Il a joué un rôle plus effacé en première moitié de calendrier régulier, mais il a su s'élever au rang des principaux leaders de la LHSMQ durant sa deuxième tranche. Dans ce dernier reportage de la saison 2003-04, Martin Villeneuve, joueur par excellence des séries éliminatoires, vient partager en notre compagnie, le bilan de sa saison ainsi que les moments les plus palpitants de sa carrière.


ENTRE LE BASEBALL ET LE HOCKEY

Il était encore haut comme trois pommes lorsque son père, André, passait des heures à ses côtés en lui "shootant" des rondelles afin de peaufiner sa technique de gardien de but. Le sport, fiston en mangeait. Les patinoires extérieures, les arénas et les terrains de baseball faisaient partis de son univers. Dès l’âge de quinze ans, le nom de Martin Villeneuve représentait celui d’un jeune athlète en demande. D’ailleurs, au moment où ce jeune lanceur étoile s’illustrait parmi l’élite du baseball midget au Québec, l’organisation du club de hockey Montréal-Bourassa, de la Ligue midget AAA, lui lançait une invitation afin de participer à son camp d’évaluation. Ce jeune citoyen de la paroisse St-Gertrude, à Montréal-Nord, impressionna la galerie au point de se mériter un poste au sein de cette édition, voire même d’en devenir le gardien de but numéro un au cours des semaines qui suivirent.

« Je me souviens d’une situation plutôt cocasse qui s’est produite lors de ce fameux camp d’entraînement. Ce jour-là, j’avais une joute de baseball importante à disputer. J’ai alors avisé mon entraîneur au hockey, nul autre que Pierre Pelletier, de mon absence à la séance d’entraînement. Ce dernier m’avait fait comprendre que j’avais atteint l’âge où je devais trancher entre l’un de ces deux sports afin de m’investir davantage dans la discipline de mon choix. Cette conversation m’avait fait réfléchir, à un point tel que j’ai opté pour le hockey. »

1 ere rangée : premier à gauche Martin Villeneuve - au centre l'entraîneur Pierre Pelletier
2 ème rangée : premier à gauche Joel Thériault - premier à droite Georges Laraque
3 ème rangée : au centre Dominic Perna

 

Il y a quelque temps, à bâtons rompus en compagnie de son ex-entraîneur, l’année 1992-93 avait alimenté l’une de nos conversations. Pelletier y soulignait, entre autres, que son ex-gardien de but avait connu une excellente saison dans le circuit Denis Baillargé. D’ailleurs, l’équipe qu’il dirigeait, avait remporté les honneurs d’un tournoi d’envergure présenté annuellement à Hull. Un événement auquel plusieurs formations canadiennes et américaines étaient invitées à participer : « Lors de cette compétition, nous devions disputer plusieurs joutes dans un court laps de temps. Martin avait connu toute une séquence. Ses exploits réalisés coup sur coup devant le filet nous avaient grandement aidé à remporter ce tournoi. », avait-il raconté, avec toute la passion qui le caractérise lorsqu’il discute de son sport favori.

Martin avec le Titan de Laval

L’année suivante, l’entraîneur-chef du Montréal-Bourassa hérita du rôle d’adjoint à Michel Therrien chez le Titan de Laval. Puis, avec la complicité de son entraîneur des gardiens de but, Yvan Charbonneau, il avait convaincu le clan Morissette de repêcher le jeune cerbère montréalais. A sa première campagne dans la LHJMQ, la nouvelle recrue vu peu d’action (15 victoires et 7 revers) puisqu’il agissait comme second à celui qui fut nommé gardien de but par excellence au Canada, Emmanuel Fernandez. « Lorsque Yanick Dubé et « Manny » se sont joints à Team Canada pour une quinzaine de jours, nous étions dans la lutte pour la première position. Martin, confronté à son premier véritable test dans les rangs junior, livra la marchandise et nous n’avions subi qu’un seul échec pendant l’absence de nos deux joueurs-vedettes », se remémorait celui qui, depuis peu, occupe les rôles d’entraîneur et de directeur-gérant du Mission de St-Jean.

Dans le circuit Gilles Courteau, c’est dans l’uniforme d’une équipe d’expansion, les Alpines de Moncton, que « Villy » a réellement pris confiance en ses moyens. Inutile de mentionner que le tandem qu’il formait en compagnie de Luc Bélanger avait vu beaucoup de caoutchouc se présenter à la porte de leur demi-cercle. A la date butoir des échanges, le principal intéressé était un joueur en demande. C’est finalement l’organisation de St-Hyacinthe qui remporta la loterie Martin Villeneuve. On connaît la suite : au cours de l’année suivante, le Lazers quittèrent subitement la région maskoutaine pour transférer leurs pénates à Rouyn-Noranda. Ce fut à l’aube de sa dernière campagne junior, qu’ il participa à son premier camp professionnel avec les Sharks de San Jose; soit tout juste avant d’écouler sa dernière saison junior au pays de la mine du cuivre.


SOUS CONTRAT AVEC LE BLEU-BLANC-ROUGE

Suite à son stage dans la LHJMQ, Martin était un joueur libre comme l’air. Durant cette courte période d’incertitude, il était loin de se douter que l’équipe dont il rêvassait le plus en bas âge viendrait frapper à sa porte. Ainsi, avant même qu’il ne range son équipement au placard, la chance de disputer sa première joute dans la filiale du prestigieux Canadien de Montréal lui était offerte sur un plateau d’argent.

Il suffit de se remémorer qu’à cette époque, la jeune étoile montante de la LAH, Jose Théodore, venait d’être rappelé par le grand club. C’est Thomas Vokoun qui assumait la relève de « Théo » comme gardien numéro un des Canadiens de Fredericton; tandis que Patrick Labrecque agissait à titre d’auxiliaire. Pendant ce temps, derrière le banc du club-école, on se préparait aux séries éliminatoires. Mais à vrai dire, les cheveux gris de l’entraîneur-chef, Paulin Bordeleau ont rapidement recouvert son cuir-chevelu lorsqu’on lui annonça que les noms de ses deux cerbères se retrouvaient simultanément sur la liste des joueurs blessés. C’est ainsi que Fred Simpson, l’agent du principal intéressé, fut contacté à brûle-pourpoint relativement à la disponibilité de son poulain. L’état-major des Glorieux évalua le travail de « Villy » et jugea qu’il avait bien fait les choses lors des trois rencontres auquel il prit part en cette fin de calendrier; si bien, que lorsque les hommes de Bordeleau se sont retrouvés en vacances, il fut promu, en pleine séries éliminatoires, dans le giron du grand club.

Martin dans l'uniforme du Brass

Pendant que les réguliers livraient une lutte de tous les instants aux Devils du New-Jersey, Villeneuve, lui, participait aux entraînements en compagnie des réservistes et des joueurs blessés. Au plan technique, le jeune cerbère âgé de vingt et un ans pouvait ainsi bénéficier des judicieux conseils que Roland Melanson lui prodiguait, et ce, en chaque occasion qu’il s’était présenté à Montréal et à Fredericton. La saison suivante, avec l’ascension de Mathieu Garon dans la L.A.H, son expérience s’est poursuivie dans le purgatoire de la ECHL. Entre temps, le troisième gardien du club-école est revenu prêter main-forte à deux reprises à la formation du Nouveau-Brunswick, soit lors des deux saisons qu’il passa dans l’uniforme du Brass du New-Orleans.

CHAMPIONNAT ET ÉQUIPE D’ÉTOILE

Au printemps 2001, Martin connut l’ivresse de savourer la conquête de sa première coupe dans les rangs professionnels. Il défendait alors les couleurs des représentants de Quadcity, une ville située près de la frontière séparant l’Illinois de l’Iowa, lorsque les Mallards de l’endroit remportèrent, de façon expéditive, les grands honneurs de la United Hockey League. Celui qui cumula une moyenne d’efficacité supérieure à .900 lors des sept saisons passées dans les rangs professionnels fut d’ailleurs sélectionné sur l’équipe toute étoile lors de cette campagne.

Après avoir offert une autre brillante saison (2001-2002) à l’Inferno de Columbia (ECHL), sa dernière campagne passée au pays de l’Oncle Sam fut celle qui lui fit prendre conscience de ses projets d’avenir.

« J’ai débuté la saison 2002-2003 avec les Generals de Flint, une formation évoluant dans l’état du Michigan. Pour être franc, l’environnement de la ville dans lequel je me trouvais, ne me plaisait pas. Je ne me sentais pas bien. C’est à ce moment que j’ai commencé à me poser de sérieuses questions sur mon après-carrière. Au mois de janvier de la même saison, j’ai passé à l’action en m’inscrivant à l’Université Concordia afin de poursuivre mes études dans le domaine financier. » Nous confiait celui qui a complété les termes de son contrat avec les Ice Hawks d’Adirondacks, avant de revenir au Québec pour entamer ses sessions d’études universitaires.

LA LHSMQ : UNE BELLE OPTION

Même si son véritable plan de match prenait une autre tangente, le désir de jouer au hockey était toujours présent dans le cœur de celui qui venait à peine de souffler sur ses vingt-sept chandelles. Villeneuve savait mieux que quiconque que le jour où il reviendrait définitivement à la maison, il ferait un détour par l’Auditorium de Verdun afin de planifier son entrée dans la LHSMQ. D’ailleurs, depuis cette fois où Nathan Morin s’était chargé de le présenter à l’organisation verdunoise, les deux clans ne se s’étaient jamais perdus de vue par la suite.

En 2003-2004, ceux et celles qui ont suivi intensément les activités de la LHSMQ, n’ont pas mis de temps à reconnaître que Verdun possédait l’un des meilleurs duo de gardiens de but. Pour un, le vétéran Marcel Cousineau semblait avoir une longueur d’avance au titre de cerbère numéro un, soit jusqu’à ce qu’il ne subisse une blessure en fin de janvier dernier. Par la suite, ce fut au tour de Martin de se taper le gros du travail en démontrant son savoir-faire aux amateurs. Après avoir cumulé un dossier de dix-huit gains et deux revers en saison régulière, ce dernier a poursuivi sa lancée en participant à vingt autres rencontres lors des séries éliminatoires; compilant une moyenne de buts alloués de 2,97; ne subissant que cinq revers, tout en remportant les quatre joutes qui ont nécessité du surtemps.

Martin et ses parents

L’hiver dernier, le milieu de travail m’a mis, par hasard, sur la route de sa plus grande admiratrice, sa mère Raymonde : adepte du hockey et employée au sein de l’administration d’une entreprise reconnue mondialement, ADT Canada inc. Près de chez lui, le numéro trente a apprécié évoluer devant ses nombreux parents et amis. Nous lui avons demandé de nous livrer son évaluation de cette campagne passée dans une ligue regroupant l’élite du hockey senior québécois. « Dès le début, nous avons réalisé que la direction de l’équipe était sérieuse en mettant tout en œuvre pour remporter ce championnat. Je pense que nous avons prouvé aux gens que nous formions un groupe capable de s’ajuster à tous les styles de jeu. En saison régulière, contrairement à ce qui se passe généralement dans une équipe de hockey, nous n’avons pas connu de périodes creuses : nous avons terminé au premier rang de notre division avec une avance relativement confortable de quatorze points. Il a fallu attendre en séries avant de vivre notre première véritable épreuve, soit lorsque nous avons accusé un recul de 0-2 face au Mission de St-Jean. Au fond, cela aura été une bonne chose pour nous puisque c’est là que nous avons pris conscience de notre capacité de se relever. D’ailleurs, cette attitude se sera transportée jusqu’en finale. »

Comment entrevoyait-il cette série ultime face à une formation qui avait le vent dans les voiles?

« On savait que le Garaga possédait une équipe de premier plan. N’oublions pas que leur capitaine, Jean-Yves Leroux, avait disputé plus de deux-cent joutes dans la LNH avec Chicago. D’autres joueurs comme Philippe Audet (Granby) et Jonathan Delisle (Hull) avaient déjà remporté la coupe Mémorial. De plus, cette formation n’avait subi qu’une seule défaite à domicile depuis le début de l’année et elle était sur une lancée avant d’entreprendre cette finale. De notre côté, nous savions que l’on pouvait battre n’importe qui. Certes, on les respectait, mais il ne fallait pas tomber dans le piège de se laisser intimider par leur fiche. L’attitude à prendre était de continuer à croire en nos moyens : c’est ce que nous avons fait et cela nous a rapporté. »

Villeneuve a gardé les buts comme un type qui a vu passer les gros chars bien avant aujourd’hui. Au moment où l’étau se resserrait dans les séries contre le Mission et le Garaga, il n’a jamais paniqué. D’ailleurs on dénote chez lui une grande force de concentration et un contrôle de soi au-delà de la moyenne.

« J’ai toujours mis de l’emphase sur ma routine personnelle à l’approche d’une joute. Cela m’aide à demeurer concentré et à développer un état d’esprit plus relaxe. C’est cette approche qui permet souvent à un gardien de but de voir le jeu se dérouler moins rapidement et de conserver un meilleur focus sur la rondelle dans le feu de l’action. »

Lors du septième duel, avant même de prendre place devant le filet en prolongation, il avait le pressentiment que son équipe allait l’emporter. Assis dans le vestiaire, l’uniforme détrempé, il confie avoir revu le film des séries ainsi que les embûches que lui et ses coéquipiers avaient surmonté jusque là. Il méditait sur les blessures subies à des joueurs clé tel que St-Pierre, Tardif, Cousineau et Chiasson ainsi que sur les reculs comblés face à St-Jean et St-Georges-de-Beauce, en se disant que la providence serait de son côté. Villy avait gagné le championnat auparavant à Quadcity. Il protégeait alors la forteresse d’une équipe qui avait remporté soixante-cinq victoires en écrasant tout sur son passage lorsque le printemps est arrivé. « Cette année, à cause de tous les sacrifices que les gars se sont imposés en séries, cette coupe est sans contredit celle qui m’a procuré le plus de satisfaction depuis que j’évolue au hockey », prit-il soin de conclure.

A la prochaine!

* Un merci bien spécial à tous ceux et celles qui ont suivi le déroulement de nos reportages tout au long de la dernière saison ainsi qu’aux joueurs, dirigeants, et personnel rattaché à la LHSMQ qui ont prêté leur étroite collaboration.

Sylvain Neveu : chroniqueur.