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Un des derniers rescapés des Rapides de LaSalle dans la LNAH
Carl Benoit : question d’attitude

Septembre 2004 - Il y a de ces joueurs de hockey qui n’ont jamais touché à la LNH, mais qui ont de saprés leçons de la vie à nous transmettre. Il suffit parfois d’observer attentivement autour de soi pour s’en rendre compte.

Comment oublier cette première joute de la défunte Ligue de hockey semi-professionnelle auquel j’ai assisté en tout début de saison 1998-99! L’ère du Titan du Collège-Français de Laval venait à peine de prendre fin. Le tour était venu pour Bob Berger et ses réputés Chiefs d’écrire une page d’histoire entre les murs du Colisée de St-Vincent de Paul : un aréna dans lequel j’ai usé des dizaines de « fonds de culottes » au cours des trente et une dernières années.

Ce soir-là, devant le filet, un jeune portier combatif, maîtrisant le style papillon, ne cessait de m’impressionner. Le type était exposé à de multiples chances de compter, mais l’histoire du match fut que ses rivaux s’en retournèrent bredouille coup sur coup au banc de leur équipe. Dès les premières secondes de jeu, derrière son dossard, j’avais pris bonne note que le nom « Benoit » y était inscrit. Depuis cette rencontre, je ne l’ai jamais perdu de vue.

La saison suivante, Carl Benoit aida sa nouvelle équipe d’adoption, les Rapides de LaSalle, à remporter la coupe Futura. Puis, quelques mois plus tard, il fut même élu pour représenter son équipe lors de la toute dernière classique des étoiles qui avait eu lieu à St-Georges-de-Beauce. Cependant, si l’on refait le bilan de ses trois saisons et demie passées au sein de cette organisation, on se rend compte que les choses n’ont pas toujours fonctionné à merveille. Du rubber, ce gardien de but de Mirabel en a vu circuler de pleins chars. Pour être précis, près de cinq mille lancers furent dirigés en sa direction durant son périple à l’aréna Jacques-Lemaire. Au cours de ces années, je l’observais en me disant que le jour viendrait où il en aurait assez. Mais, le gars ne s’en est jamais plaint. Au contraire, pendant que d’autres auraient été passablement amochés, la langue collée au fond du demi-cercle; lui, droit comme un chêne, a choisi de faire face à la musique, en projetant une attitude positive joute après joute!

Au fil du temps, j’ai appris à connaître davantage l’homme derrière son masque. Juste assez pour y découvrir le comportement d'un professionnel, et ce, bien avant que la Ligue de hockey senior majeur du Québec songe à adopter ce statut. Tiens, prenons l’épisode où ces mêmes Rapides ont été taillés en pièces à la mi-saison 2002-03 : le gardien # 1 de l’équipe était déçu, au même titre que plusieurs de ses coéquipiers, puisque des liens avec ces derniers et ceux acquis avec des membres de l’organisation venaient de se disperser sans avertissements. Comme si une tornade venait de tout ramasser sur son passage. Je m’étais enchérit de son état d’âme. Encore sous le choc, il m’avait alors murmuré qu’il ne possédait malheureusement pas les pouvoirs de changer ce qu’il ne pouvait contrôler. En d’autres mots, ce qu’il lui restait à faire dans les circonstances, c’était de demeurer persévérant et de croire en la bonne étoile. Ah ouin! La bonne étoile…?

Parlons-en : quelques jours plus tard, lors d’une séance de repêchage intra-ligue, son nom fut le premier à disparaître sur la liste des rescapés de LaSalle, mais le sort a voulu qu’il aboutisse avec la pire équipe de l’ouest à ce moment-là : les Prédateurs de Granby. Fidèle à lui-même, Benoit n’a jamais chigné. Au fond de son baluchon, il a plutôt choisi de transporter cette attitude teintée d'optimisme et son instinct de bagarreur.

Et la bonne étoile dans tout cela ? En fait, elle s’est présentée quelques semaines plus tard, soit lorsqu’une formation en lutte pour le premier rang, les Dragons de Verdun, l’ont acquis à la date butoir des transactions. Depuis ce jour, j’ai toujours perçu qu’au-delà de l’expérience et du talent, son attitude était connue de plusieurs hommes de hockey. Voilà ce qui expliquerait qu’au moment où Marcel Cousineau est apparu dans le décor de l’Auditorium la saison dernière, le directeur-gérant de cette organisation, Ronny Gascon, n’a jamais voulu se départir du contrat de son vétéran. C’est également l’une des raisons pour laquelle le Garaga de St-Georges-de-Beauce, à la recherche d’un gardien de premier plan, ont « loué » ses services à l’aube de la dernière saison.

Celui qui en était à sa septième année dans le monde du hockey senior majeur, a complété la dernière campagne plus près de chez lui, en aidant les Prédateurs de Granby à jouer au-dessus de la barre de .500 lors de la deuxième tranche du calendrier. Cette année, le destin l’a ramené dans le giron d’une formation équipée pour veiller tard à la fonte des neiges. Il formera un duo fort expérimenté en compagnie de celui qui a été proclamé le joueur par excellence lors des dernières séries éliminatoires dans la LHSMQ, Martin Villeneuve. Ces deux gardiens de but se retrouveront en pays de connaissance puisqu’ils ont grandi côte à côte dans l’organisation du hockey mineur de Montréal-Bourassa.

Au crépuscule de la première saison de la LNAH, force est d’admettre que les rescapés de LaSalle sont devenus une denrée rare. Cependant, pour ce pionnier de la LHSPQ, sa présence dans ce circuit n’a rien à voir avec le fruit du hasard. En y repensant bien, il n'est pas toujours vrai que les plus belles leçons de vie proviennent des plus grandes vedettes de notre sport national.

A la prochaine!
Pour vos commentaires : sylvainneveu@hotmail.com

 

 


 

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