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Il est déçu de l'appui des autorités municipales de Verdun
Michel Laurendeau : le dernier chapitre!

La scène se passait le dix septembre dernier, à l' Auditorium de Verdun. J'épiais attentivement les faits et gestes de ce premier affrontement préparatoire entre deux éternels rivaux : les Chiefs de Laval et les Dragons de l'endroit. Une rivalité qui entreprendra officiellement, très bientôt, sa septième saison. Mais, ce soir-là, devant les nombreux changements, on avait peine à s'y retrouver puisque la moitié des joueurs, de même que les deux entraîneur-chefs, en étaient à leur première prestation.

Ce que j'ai longtemps surnommé « Le Gros Party », avait pris des allures d'une petite veillée sans histoires (toutefois, l'inverse s'est produit sept jours plus tard, faut-il le spécifier). D'ailleurs, comme plusieurs centaines de spectateurs, instinctivement, je me suis surpris à regarder derrière le banc de l'équipe locale en cherchant la silhouette d'un homme qui aimait bien participer à cette fête : l'ex-coloré entraîneur et ex-co-propriétaire, Michel Laurendeau. Plus les secondes s'égrainaient au tableau et plus je me questionnais sur les motifs qui l'ont poussé à vendre les intérêts de son équipe. Dans les jours qui ont suivi, je suis allé cogner à sa porte. Il a su éclairer davantage ma lanterne, en répondant du tac au tac à chacune de mes questions.

UN COURT BILAN

Michel Laurendeau, que ce soit à St-Laurent ou à Verdun, si vous auriez à tracer le bilan de votre passage à titre de co-propriétaire des Dragons, en quelques lignes, quel en serait votre analyse?

« Premièrement, la municipalité de St-Laurent, avec Michel Cera en tête, nous a toujours bien traité lors des trois saisons passées à cet endroit. On prenait soin de nous et il existait une belle harmonie avec le personnel mis à notre disposition. Cependant, dû à la popularité grandissante de la Ligue (LHSPQ), et pour espérer aller de l’avant, il nous fallait regarder vers un marché plus vaste. » Relate-t-il d'entrée de jeu.

On sent chez vous, une certaine amertume en ce qui concerne le passage des Dragons à Verdun. Dites-moi, avec le recul, referiez-vous le même parcours?

« Personne ne nous a mis de pression pour s’installer à l’Auditorium. On croyait à ce moment-là que c’était le « moove » le plus réaliste à accomplir. Mais, avec le recul, je crois que ce fut le mauvais. Bien sûr, il y a eu de très belles choses qui se sont accomplies. Et je pense à la solidarité des membres de l’organisation ainsi qu’aux joueurs qui ont bien voulu travailler en respectant notre concept d’équipe. Il y a eu notre dernière saison qui en fut une exceptionnelle. Puis, je pense au soutient de nos supporters qui se sont faient de plus en plus nombreux avec le temps. Sans oublier une belle relation qui s'est établie également avec le hockey mineur environnant. En fait, on s’était donné un an pour créer une bonne chimie avec l’exécutif de la ville de Verdun. Malheureusement, nous avons éprouvé des difficultés sur cet aspect. »

Quel genre de difficultés, pouvez-vous élaborer?

« La première fut le manque de reconnaissance de la part de la municipalité envers notre équipe. C’était connu de notre milieu de hockey que le loyer alloué aux Dragons ($100,000.) était très dispendieux. Nous avions tenté, par l’entremise de notre vice-président administratif, Jacques Provencher, de soumettre un projet visant à faire construire vingt et une loges afin de réduire nos frais fixes. Les autorités de Verdun étaient disposés à passer aux actes, mais en refilant la totalité de la facture ($350,000) à notre organisation. Prenons ensuite le cas des espaces publicitaires autour de la patinoire : le C.P.A. (Club Patinage Artistique) bénéficiait de vingt bandes pour fins de commandites, alors que les Dragons n’en possédaient que cinq, et ce, pour une somme globale d’assistances qui n’avait rien de comparable. Nous avons proposé d’utiliser celles qui étaient demeurées vacantes, mais ce fut un refus spontané! » Raconte le principal intéressé, avant d’ajouter : « Ce n'est pas tout car lors du camp d’entraînement de 2003-2004, nous avons fait face à des problèmes de services essentiels comme l’électricité qui ne répondait pas aux besoins à divers endroits dans l' aréna. Sans oublier la négligence dans le renouvellement d’un permis de boisson dans le dernier droit de la saison. Ce sont des choses, selon moi, qui n’ont pas leur place, et encore moins avec une équipe qui représente un calibre de jeu majeur. C’est triste, mais Verdun n’est pas une ville de hockey car le support provenant de l’hôtel de ville est omniprésent. »

Vous avez été un personnage à la fois adulé et détesté dans le feu de l’action. Derrière le banc, vous aimiez bien faire le show dans le but de hausser les hostilités. Est-ce que cette facette du hockey vous manquera maintenant que vous êtes loin des feux de la rampe?

« Écoutes, en premier lieu, en compagnie de tous les actionnaires qui ont fait équipe avec moi, et du premier au dernier, nous avons toujours été fiers de ce que représentaient les Dragons. Je pense que l’objectif premier de cette concession a toujours été de faire parler d’elle, en donnant le spectacle partout où elle se produisait. Certains diront que je n’ai peut-être pas été le meilleur « coach », cependant on connaissait très bien le style de hockey senior majeur que les gens voulaient voir et l'on prônait pour cela. D’ailleurs je profite de ta tribune pour remercier tous et chacun pour les efforts qu’ils ont déployé pour la cause des Dragons. J’en conserverai toujours un excellent souvenir, et ce, pour des années à venir, tu peux en être certain. » Le message est fait…

L’ASSEMBLÉE ANNUELLE : LE CHANT DU CYGNE.

A quel moment avez-vous senti qu’il fallait passer à l’action et vendre la franchise?

« Un gros doute s’est installé dans mon esprit lors de l’assemblée générale qui a eu lieu en mai dernier. Nous devions discuter d’un point chaud : la nouvelle orientation de la Ligue. Le contexte était que des équipes se trouvaient en difficultés (Rivière-du-Loup et Granby). D’autres projetaient de transférer leur concession dans d’autres villes ou encore de la mettre en vente. À un certain moment, les choses ne tournaient pas rondement et tout le monde s’est levé. On ne savait plus trop où l’on s’en allait. C’était le néant. C’est là que tout a basculé pour moi et je me suis remis en question sur les motifs suivants : la barre de l’excellence qui se situe à un niveau élevé, les amateurs qui en veulent de plus en plus, l’appui pratiquement inexistant de l’arrondissement de Verdun et, finalement, si la majorité veut se débarrasser de leur club à ce moment précis, il y a sûrement une bonne raison. »

Vous avez mentionné, il y a quelques semaines, que la Ligue était maintenant dirigée par des avocats : que l’orientation de cette dernière avait entrepris un virage de 180 degrés. Est-ce que le Président était visé à ce moment-là? Pourriez-vous faire la lumière sur ces propos?

« J’ai énormément de respect pour des gars comme Michel Gaudette et Gilles Rousseau. Il faut être en arrière-scène pour comprendre à quel point ces gars-là se démènent pour le bien de cette ligue. Ça pas de logique de constater à quel point ils peuvent se faire « ramasser » par tous et chacun pour toute cette somme d’énergie dépensée. Par contre, ce que je voulais souligner, c’était la mentalité des dirigeants d’équipes qui a changé au fil des années. Pour te citer un exemple : il fut un temps où Bob Berger et moi, lorsque l’on a travaillé ensemble à Joliette et St-Thérèse, et même un peu plus tard lors des réunions de ligue, n’avons jamais pris quatre chemins pour se dire notre façon de penser. Après, on passait à autre chose. Parfois, nous allions terminer cela en prenant une bière ensemble. Aujourd’hui, les règles ont changé : si tu es trop direct avec ton voisin, tu es sujet à recevoir une lettre d’avocat. C’est un aspect qui est devenu trop sérieux pour moi et c’est à la fois le reflet qu’il y a de moins en moins de place pour le show. »

Dites-moi Michel Laurendeau, est-ce que le changement de statut de senior vers le professionnel était quelque chose qui vous effrayait?

« Nous sommes rendus au point où les amateurs en veulent de plus en plus. Cependant, ce qu’il faut comprendre, c’est que cela devient très difficile de faire du hockey de ce niveau en tentant de satisfaire sa clientèle. Il faut se rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, on pouvait mettre une franchise sur la glace avec 100,000 dollars de liquidité. Aujourd’hui, et c’est pas des « jokes » ce que je te raconte, on approche le million. C’est pour cela que je lève mon chapeau aux dix organisations en place qui continuent de faire du hockey dans ces conditions. Tout ce que je souhaite, dû aux efforts qu’ils font actuellement, c’est qu’ils ne se dirigent pas dans un mur à plus de cent milles à l’heure. »

En coulisses, le bruit a circulé à l'effet que l'on vous verrait faire du hockey au niveau senior AA : une ligue qui regorge d'anciens joueurs de la LHSPQ. Qu'en est-il?

« Non, pas du tout, me lance-t-il. Je me contenterai d’agir comme simple spectateur dans diverses rencontres de hockey. Je pense que j’ai assez donné au cours des sept dernières années pour partir la tête haute et penser davantage aux miens. » Conclue-t-il.

Pour les habitués, désormais, il faudra s'y faire : la silhouette de l'un des principaux acteurs du hockey senior québécois n'y sera plus.

A la prochaine.

 

 


 

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