ADQ - MARIO DUMONT: UN POLITICIEN TOUT CE QU'IL Y A DE TRADITIONNEL
Tout ce qui brille au soleil n'est pas or. [ Thomas Murner ]

L'ADQ a été fondée en 1994 par deux membres du Parti libéral, le vieux routier Jean Allaire et Mario Dumont, président de la Commission jeunesse du parti de Robert Bourassa. L'ADQ compte cinq députés depuis les élections partielles de 2002. Jean Allaire est l'auteur du rapport du même nom qui recommandait au gouvernement Bourassa de réclamer les compétences partagées avec Ottawa et la récupération ou le partage d'un grand nombre de champs de compétences fédérales. Ce sont ces revendications que M. Dumont «oubliait» de mentionner dans son discours devant les hommes d'affaires torontois à l'automne 2002. Mario Dumont est député de Rivière-du-Loup depuis 1994.

Derrière les slogans accrocheurs, les promesses mirobolantes et les images édifiantes, il faut voir ce qui attend la population du Québec avec l'ADQ. De nombreux observateurs de la scène politique soutiennent que M. Dumont est un spécialiste du patinage de fantaisie. En effet, il maîtrise parfaitement l'art de dire une chose et son contraire.

On le sait, le programme propose l'abolition de la sécurité d'emploi dans la fonction publique. Pourtant durant les élections partielles de 2002, M. Dumont déclarait sur les ondes de CKAC: «On n'est pas contre la sécurité d'emploi, on est contre l'emploi à vie (11)»! Plus tôt, il déclarait au journal Le Soleil: «on dit pas que ça n'existera plus l'emploi à vie dans le secteur public. On dit plutôt, que ce ne sera plus la norme (12)». Remarquons que si le programme propose l'abolition de la sécurité d'emploi dans la fonction publique, dans cette déclaration M. Dumont vise l'ensemble du «secteur public». Toujours au micro de CKAC, le chef de l'ADQ déclarait: «on n'est pas contre les garderies à 5$». Pourtant dans un communiqué du 7 novembre 2001 son parti proclamait qu'il était incompréhensible qu'on «choisisse de poursuivre dans cette voie»! Le programme écrit noir sur blanc qu'il n'est pas question d'ajouter «de nouvelles sommes d'argent dans le fonctionnement du système». À la page suivante on lit que «l'État ne doit pas se déresponsabiliser en matière de santé (13)». Et puisque nous ne sommes pas à une contradiction près, ceci n'empêchait pas M. Dumont de déclarer qu'on a les salles d'opération et les médecins, «ce sont les budgets qui font défaut (14)». L'ADQ prétend qu'elle n'est pas contre le gel des droits de scolarité à l'université: elle veut simplement les indexer au coût de la vie! L'équipe Dumont s'est prononcée pour les fusions à Montréal et contre au Saguenay. Je suppose que c'est ce qu'on appelle «faire de la politique autrement».

L'ADQ qui se présente comme le parti de l'intégrité absolue – ce qui serait en effet nouveau – a fait l'objet d'enquêtes pour de nombreux manquements à la loi électorale qu'il serait trop long d'énumérer. Vous en trouverez une pleine page dans le journal La Presse du 23 novembre 2002. Il y a quelques années, deux de ses militants ont plaidé coupable à un certain nombre d'infractions. Récemment l'ancien vice-président de l'ADQ a été condamné à rembourser les 22 800 $ qu'il avait versé illégalement à la caisse du parti. M. Dumont veut renforcer les règles, mais il laisse entendre que ce n'est pas si grave puisque «c'est arrivé à d'autres partis (15)». D'après un ex-permanent, M. Dumont l'a payé sous la table (16). Ce dernier lui confiait: «Nous on passe ça comme dépenses électorales». Pourtant M. Dumont se targue d'être transparent et il déclarait au lendemain des élections partielles: «ça peut être beau la politique»

L'ADQ, comme les vieux partis, excelle dans l'art de brouiller les pistes. À tel point que, d'après un sondage SOM réalisé en 2002, 40% des électeurs pensent que le parti de M. Dumont est souverainiste. Or, M. Dumont a déjà déclaré: «Je ne l'ai jamais été». André Néron son ancien chef de cabinet l'a surpris à fêter la défaite du OUI au référendum de 1995. Il avait pourtant milité dans le camp du OUI. M. Dumont dit qu'il n'est ni souverainiste ni fédéraliste. C'est dépassé, dit-il. Je suis nationaliste. On appréciera toute la nouveauté. Hélas! M. Dumont est un politicien tout ce qu'il y a de plus traditionnel.

Devant tant de contradictions nous aurions envie de dire que l'ADQ nage en pleine confusion idéologique. Erreur! M. Dumont et son parti savent où ils s'en vont, mais ils ne veulent pas que la population le sache. Les Québécois ne veulent pas savoir, ils veulent croire, disait le chef du parti.


11- Entrevue à CKAC, 25 avril 2002.
12- Le Soleil, 2 mai 2002.
13- Programme, op. cit., p. 51.
14- La Presse, 16 novembre 2001
15- Ibid., 23 octobre 2002.
16- La Presse, 6 avril 2000

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