Nombre d'indépendance

Nous sommes ici en présence d’un être qui affiche une certaine forme d’autonomie de façade, si l’on ose dire, parce qu’il est très doué pour se positionner en force dans la vie, qu’il prend d’emblée du bon côté, avec simplicité et bonhomie, en profitant des moyens qui lui sont offerts par son milieu et en envisageant assez rapidement d’élargie son horizon et son champ d’action.
De ce fait, physiquement et intellectuellement, il se montre rapidement autonome, et ce d’une manière saine et équilibrée, car il ne rompt pas pour autant avec son milieu naturel et familial.
Il ne cherche même pas à s’en démarquer et encore moins à s’y opposer. Curieusement, c’est surtout moralement qu’il manque d’autonomie. Car il est enclin, par nature, à respecter et suivre à la lettre les règles, principes, lois en vigueur dans son milieu social et culturel, en les reconnaissant comme siens et en ayant donc un penchant naturel à en assurer la continuité.
À une époque où l’on parle si souvent d’intégration, on peut dire que l’être ayant un tel Nombre d’Indépendance est celui qui a le plus de facilité à s’intégrer dans la vie sociale et matérielle, dans la vie active aussi, quelle que soit son occupation ou sa profession.
Toutefois, elle ne procède pas d’un grand pouvoir d’adaptation, mais d’un goût de l’aventure et de l’exploration, de faire des expériences, de nager dans d’autres eaux, de confronter à d’autres habitudes, mœurs ou modes de vie, tout en conservant ses convictions et croyance personnelles.
Par ailleurs, il peut y avoir chez lui un certain goût du jeu, qui en fait un personnage atypique, dont on ne sait jamais s’il est ou non sérieux, s’il y croit ou non. Ou alors, il peut aussi se montrer très altruiste à sa manière, mais c’est alors pour masquer un manque de lucidité ou de réalisme.
On pourra voir si son esprit est ou non capable de s’élever au-dessus des contingences matérielles et de s’orienter vers les zones les plus nobles, généreuses, voire humanistes du savoir.
C’est en effet à ce prix qu’il gagnera sa liberté intérieure. Sinon, son goût immodéré du jeu, de la compétition ou de l’aventure du risque de l’asservir malgré lui, le rendant alors dépendant d’un besoin irrépressible et constant de se prouver à lui-même, et aux autres en même temps, de quoi il est capable, jusqu’où il peut aller, quitte à toujours repousser ses limites.
D’autre part, il n’est pas exclu qu’il soit victime de la trop grande confiance qu’il accorde, ou d’une espèce de naïveté qu’il entretient alors par crainte de voir, comprendre, soulever des problèmes ou des imperfections, qui viendraient perturber son interprétation idéaliste, mais irréaliste bien sûr, du monde qui l’entoure et de la vie.
D’une manière ou d’une autre, l’être concerné par ce nombre d’indépendance finit toujours sinon par acquérir son indépendance, du moins par se démarquer des autres. Toutefois, comme il est enclin à se distinguer de ses semblables en adoptant d’emblée des attitudes provocatrices et anticonformistes, il vit souvent en rupture, et rarement d’une manière sereine et harmonieuse.
Un tel comportement, issu d’un caractère sauvage et indomptable, révèle un réel manque d’autonomie physique et morale.
Car s’il réagit par bouffées de révolte successives, et parfois incessantes, c’est que, plus que quiconque, il aspire à une espèce de fusion instinctive, sensuelle, voire charnelle, avec les autres.
On comprend que cela soit un mode relationnel très inconfortable, car on ne peut pas exiger des autres de faire corps avec eux ou que l’on a affaire à eux, tout simplement.
Comme le nom de ce nombre l’indique, l’être qui nous intéresse ici ne peut rien faire sans intensité ni passion. Il a besoin de vivre, d’éprouver, de ressentir des sentiments extrêmes et des sensations hors du commun. Cela engendre alors, en ce qui le concerne, une dépendance au monde extérieur plus forte qu’il n’y paraît.
Car par ailleurs, il affiche un esprit d’indépendance hors du commun, critique, caustique, pénétrant, d’une rare lucidité. Il aime à pousser autrui jusqu’en ses ultimes retranchements, le contraindre à se dévoiler au grand jour, en mettant l’accent sur ses faiblesses avec une efficacité un peu perverse parfois.
Mais il s’agit en réalité d’une attitude de défi, pour forcer l’autre à rompre avec lui, à le rejeter. Ne trouvant pas en lui le courage de le faire, il force souvent son partenaire ou son interlocuteur à trancher, et c’est ainsi que, livré à lui-même, il finit par acquérir une forme d’indépendance qui se traduit donc par un comportement axé sur des actions et des réactions agressives et défensives.
De fait, acquérir une autonomie physique et morale, et un esprit d’indépendance, ne lui suffit pas. Il ne peut pas s’en contenter. Il veut aller plus loin, c’est-à-dire obtenir une totale liberté intérieure, se détacher définitivement de toute influence ou emprise du monde extérieur et des autres. Il y a une nette connotation de fanatisme, engendrée par une soif d’absolu toujours inassouvi, semble-t-il, dans son entêtement à vouloir trouver seul ce qu’il cherche.
Ainsi, il ne fait confiance à personne. Comme nous l’avons déjà dit, il vit sans cesse en rupture, tiraillé intérieurement entre l’attachement et le détachement.
C’est alors souvent en exploitant ses puissances ressourcent énergétiques et ses facultés psychiques d’une manière constructive, qu’il parvient à trouver cet accord avec lui-même qui lui fait si cruellement défaut et, finalement, une liberté intérieure qui n’est jamais totalement sereine mais peut se révéler d’une grande richesse créatrice.