Les PLAMONDON


Il s'appelait Philippe Mandon et il venait d'Auvergne contribuer, au XVII siècle, au développement de Montréal et des paroisses voisines. Quelqu'un a écrit, parlant des Auvergnats: "L'Auvergne est partout et ce n'est pas le hasard qui fait que des hommes d'Auvergne courent partout le monde. La race auvergnate ne craint ni l'effort, ni le risque, ni l'aventure, ni le dur labeur, ni l'exil." On a dit des Auvergnats qui a dit des Auvergnats qui sont venus peupler la Nouvelle-France qu'ils ont immigré sous l'inspiration de leur compatriote, le jésuite Jean-François Régis qui avait voulu venir en Amérique dès 1634 pour y évangéliser les Amérindiens. Le futur saint ne traversa pas l'Amérique, mais des religieux de son ordre, Auvergnats par surcroît, s'établissent ici et entraînent dans leur sillage certains de leurs compatriotes. Ces derniers, de simples engagés, se transformeront en colons, en pionniers et en pères de familles. Ils s'attachent aux pas des religieux auprès desquels ils sont liés par contrat. C'est ainsi que l'on trouve des hommes originaires de cette région du Massif Central, là où les Jésuites possèdent des seigneuries: Trois-Rivières, Batiscan et La Prairie-de-la-Madeleine, près de Montréal..

Philippe Mandon est au nombre de ceux que l'on retrouve dans cette dernière seigneurie vers 1671. Mais ce Français qui a quitté le bourg de la Peyrouse dans le diocèse de Clermont, est un homme secret dont on ne sait que peu de choses. Né vers 1641, il a au moins trente ans, le 2 novembre 1671, lorsqu'il est parrain au baptême de Marie Gagné, fille de Pierre et de Catherine Daubigeon qui se sont mariés au mois de novembre de l'année précédente. Mandon jouit incontestablement de l'estime générale, puisque, le 13 novembre 1672, on le retrouve tenant un autre enfant sur les fonts baptismaux. Cette fois, il est le parrain de Philippe, fils d'Antoine et d'Anne Barrois, d'autres habitants de la paroisse de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie le la Prairie.

Pierre Gagné est canotier, Philippe Barrois est chirurgien et Philippe Mandon dit Lafleur se prépare à devenir colon en travaillant comme engagé auprès des jésuites ou comme employé au fort de la Prairie. Son désir se réalise lorsqu'il achète, le 8 octobre 1673, la terre de Louis Pallardy. Mandon paiera 200 francs pour 50 arpents de terre. Le 24 septembre 1679, devant le notaire Tissot, secrétaire de la résidence des Jésuites de la Prairie-de-la-Madeleine, Philippe Plamondon achète une terre de deux arpents par vingt-cinq appartenant à Jean Bourdon, au Auvergnat qui épousera Marie-Anne Benoit dit Livernois. Une maison ayant été construite sur cette terre, Plamondon l'achète évidemment.

L'ancêtre peut songer maintenant à se marier. Il demande la main de Marguerite Clément, fille de Jean et de Marguerite Surget, qu'il épouse, le 23 avril 1680. Le marié a environ 39 ans et la mariée en a 14. Elle serait née en 1666, au Château-Richer. Elle lui donnera cinq enfants qui naîtront et seront baptisés à La Prairie, entre 1681 et 1688. Antoine, baptisé le 12 janvier 1681 et Étienne, baptisé le 28 décembre 1688 n'ont pas de descendance connue. Benoit Plamondon, baptisé le 24 décembre 1685, s'est marié avec Angélique Rousseau, mais, de leurs six enfants, une seule, Marie-Anne, a pu survivre et faire alliance. Madeleine Plamondon, née au mois de mars 1682, devait, par son mariage avec Jean Besset, fils de Jean Besède dit Brisetout, devenir l'un des pionniers de la famille Bessette.

Pour que le patronyme de Philippe Mandon dit Lafleur survive, il fallait que l'un de ses fils unisse sa destinée à une femme féconde. C'est Pierre, né le 12 août 1683, qui devait être l'ancêtre de tous les Plamondon d'Amérique. Il épousait Charlotte Hamel, fille de Jean-François et de Anne-Félécité Levasseur, née à Lorette, en 1691. C'est dans cette paroisse que leur mariage est célébré, le 2 mai 1709.

Cinq filles et dix fils viennent au monde à la suite de cette union et c'est dans la région de Québec surtout que se contractent leurs alliances. Les filles prennent les noms des Berthiaume, Drolet, Maret, Trudel et Boutet. Quant aux fils, ils succombent, comme leurs soeurs, au charme des Drolet et des Maret, puisque deux s'allient à des filles Drolet et deux autres à des demoiselles Maret. Trois autres unions des fils de Pierre et de Charlotte Plamondon devaient faire entrer des représentantes des familles Robitaille, Meunier et Pageot dans le cercle de famille. Ainsi, sept nouvelles souches étaient crées, moins d'un siècle après l'arrivée de l'Auvergnat Philippe Mandon dit Lafleur.

Les années, en passant, devaient conduire les fils et les petits-fils de ces pionniers presque partout en Amérique. Les Plamondon appartiennent à la race des fondateurs car, après Philippe à la Prairie et Pierre à Lorette, les Plamondon étaient là, lorsque les bases de Saint-Charles sur le Richelieu, Saint-Hyacinthe, Saint-François du Lac on été jetées. Il étaient là encore, lorsque de nouvelles paroisses de Portneuf se sont ouvertes devant la hache des défricheurs. Ils sont allés, tous ces Plamondon, leurs femmes et leurs enfants, s'établir "aux États" où on les retrouve, aujourd'hui de l'Alaska au Texas et du Maine à la Californie. Ils ont hérité, en qualité de défricheurs, du droit et du privilège de s'établir où ils l'ont voulu, créant même des villes qui leur ressemblent. Des cantons, lacs et rivières portent leur nom et, en Alberta, la ville de Plamondon, fondée en 1908, par les frères Joseph et Thomas Plamondon, rappelle que cette région de l'Ouest canadien doit beaucoup au courage des pionniers dont les racines sont encore vivantes au Québec. Huit mille Plamondon peuvent maintenant célébrer le tricentenaire de leur implantation en Amérique. Leur nom s'est modifié plusieurs fois. Pour cette raison, pendant qu'on leur donne celui de Plamondon au Québec, il arrive qu'ailleurs, on les connaisse sous les noms de Plamondon, Plamador, Plamandon, Plamidon, Plamondeau, Plamonden, Plomander, Plummado, Plumondon et d'autres.

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