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Boulanger: l'histoire d'une profession
honorable
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C'est
vers l'an 1000 avec la réapparition des grandes cités, que
la profession reprend sa place. Les ghildes apparaissent dans les cités.
Au onzième siècle, les boulangers, sur l'ordre de l'Empereur,
devaient livrer chaque mois un échantillon de leur pain dont on
contrôlait la composition et le poids. Si le boulanger recevait
trois fois une note insuffisante, il était banni de la ville. Beaucoup
de cités
d'ailleurs ont promulgué des prescriptions sévères
pour les boulangers. Ne devenait pas boulanger qui voulait. À Paris
au treizième siècle, on devait obtenir une autorisation
royale, fixée par décret. En 1278, on fixe même avec
précision le nombre d'années d'apprentissage. On promulgua
des lois de la boulangerie, on réglementa l'approvisionnement en
grain et on construisit des entrepôts. En vertu des droits de la
boulangerie, les abbayes reçurent l'autorisation de construire un fournil.
Elles cédèrent ces droits à des boulangers qu'elles
désignaient elles-mêmes et à qui elles demandaient
de leur verser un certain pourcentage.
«Le métier de boulanger est, à mon avis, le seul parmi tous
les métiers qui, depuis des siècles, n'a pas été
soumis au changement». Cette observation a été faite en
1869 par Justus, baron von Liebig, qui contribua largement à une
révolution dans le domaine de l'agriculture. Ce n'est que très
peu de temps après que la boulangerie connût
elle aussi un changement important. Le levain fut remplacé peu
à peu par la levure qui fut, à l'origine, fournie par les
brasseries. En 1890, le four à vapeur fit son apparition en Allemagne.
Ce four à grand rendement changea le visage du fournil. Pour la
première fois depuis des millénaires, le boulanger devait
envisager d'abandonner ses habitudes séculaires. Un four plus efficace
appela un changement dans le rythme de travail - tout en étant
solidement ancré dans la tradition, le boulanger était également
devenu un technicien. On passa peu à peu à une production
de masse; le mot d'ordre était devenu efficacité. L'homme
adapta la technologie à ses besoins - les accessoires rendirent
le travail plus humain, les conditions plus faciles et l'environnement
plus hygiénique. Il est évident que ces avancements eurent
des conséquences heureuses, cependant, plus la technologie prit
une place importante, plus le pain perdit de son intégrité;
le pain quotidien devint trop souvent un aliment quelque peu «dénaturé».
Il y a toujours eu, en un endroit ou un autre, quelques boulangers fiers
de conserver cette longue tradition, heureux et satisfaits de fabriquer
un pain digne de ce nom. Depuis environ une trentaine d'année,
il y a, en Allemagne, en France, puis, plus récemment, aux États-Unis
et au Canada, un regain d'intérêt envers la simplicité
du métier. Certes le travail est plus exigeant physiquement, mais
la satisfaction du boulanger et de ses clients est beaucoup plus grande.
Il y aura toujours ceux qui considéreront le métier de boulanger
comme une profession honorable.
Terminons avec une phrase du peintre Vlaminck: «Faire la chose qu'on aime,
forger le fer, raboter le bois, labourer la terre, faire la chose qui
vous intéresse avec plaisir, gagner sa vie de cette façon, ce n
est pas travailler, c'est vivre. Travailler c'est attendre avec ennui
et lassitude la fin de la journée, c'est voir mourir les heures
sans regret en attendant la paye».

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