Des formations professionnelles


Texte ayant paru dans leAffaires d'ORE
d'octobre 1998, vol. 2, no 3, page 2.


Pourquoi quitter un fauteuil douillet pour retourner sur un banc de bois dans une classe? On peut le faire pour apprendre à effectuer soi-même certaines tâches qu’impose la vie de travailleur autonome. On peut aussi se former pour être à la fine pointe des connaissances dans notre domaine. Si les réfrigérateurs sans porte ont beaucoup évolué depuis les vingt dernières années, imaginez ce qui a pu arriver au produit indispensable que vous vendez ou au service haut de gamme que vous offrez...

Aller acquérir de la formation, c’est se maintenir en forme. On le sait, les info-publicités nous bombardent depuis mille et une nuits avec mille et un gadgets offrant un bain de jouvence à nos pauvres artères (pensez simplement au «Ultimate-Power-Flip-and-Flop-Walking»). De façon similaire, il existe une panoplie d’approches de formation répondant à nos besoins ou nos contraintes et permettant de développer certaines de nos forces ou de pallier à nos faiblesses. Les cours par correspondance (travailleurs «non autonomes» s’abstenir) offrent beaucoup de flexibilité quant à l’horaire, mais ont le désavantage de ne rien changer à l’isolement... On peut «se faire livrer» une formation individuelle à domicile... selon un format et des garnitures qui nous conviennent! Les moyens de communication actuels permettent de participer à des formations sans être physiquement sur place: on offre des cours en vidéo-conférence ou des ateliers sur internet... Toutefois, les cours virtuels de natation et d’hydrolyse ne sont pas encore à point. En plus de ces diverses options, je pense qu’on peut encore suivre des cours dans ce qu’on appelle des écoles.

Parlant d’école, avant d’y faire un retour, de nombreuses questions peuvent nous passer par la tête (ça aide au moins à constater qu’on en a une et à éliminer souvent une première inquiétude fondamentale). Mais d’autres interrogations existentielles hantent aussi l’esprit de la personne qui fait un retour aux études... Est-ce qu’on se souvient comment apprendre? Comment prendre des notes? Est-ce qu’il faudra utiliser une calculatrice ou un ordinateur? Revivra-t-on du stress lors des examens? Combien se vendent aujourd’hui les «p’tits Chinois»? (Si vous êtes un jeune membre d’ORE et ne comprenez pas cette dernière allusion, dialoguez avec vos grands-parents!) Ce qui devrait rassurer tout le monde, c’est que la formation continue (quand tu commences, tu n’arrêtes plus...) et l’éducation aux adultes se préoccupent de plus en plus de la clientèle qui fait un retour aux études et adaptent souvent les formations en conséquence.

Ce souci particulier m’a incité à plonger... Je viens de m’inscrire au cours Comptabilité 101, j’ai acheté un logiciel pour apprendre à taper plus rapidement au clavier de l’ordinateur, j’ai entrepris la lecture d’un bouquin sur le marketing, ma cousine doit me montrer comment utiliser efficacement mon agenda électronique et j’accompagne tous les mardis soirs ma blonde aux cours prénataux... Jongler avec autant de cours, ça peut parfois exiger une petite session à l’école du Cirque du Soleil... Quand on m’a dit récemment que j’en ai trop pris et que je risquais de bientôt manger les pissenlits par la racine, j’ai pensé abandonner mes cours d’horticulture, dont je n’avais pas encore glissé un mot... Mais il me semble qu’après m’être ouvert l’esprit à plein de nouvelles choses, ça peut aussi me faire du bien d’ouvrir les mains pour les mettre un pied sous terre. Je me suis finalement dit: «Jean, si tu manques de souffle, si tu as besoin de te détendre de tous tes cours, inscris-toi à des leçons de tennis ou à un cours de baladi (il paraît que c’est très bon pour ceux et celles qui se prennent pour le nombril du monde)».

Dans son livre La différence qui fait la différence..., Ulric Aylwin pose la question: «Est-ce qu’apprendre procure du bonheur?»... En sortant d’une formation en informatique ou d’un cours d’anglais par exemple, si on est capable de se dire qu’on voit les choses sous un nouveau regard enrichissant (comme si on sortait d’un cours de photographie ou de peinture), si on est en mesure de sentir et dire des choses qui nous échappaient jusque-là, on peut croire que la formation a amélioré et «emmieuter» notre bien-être... La qualité d’une formation se mesure parfois au plaisir qu’on a eu à la suivre, souvent à l’importance de la déformation qu’elle a provoquée!



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