S’entraider, ça peut rendre service?


Texte ayant paru dans leAffaires d'ORE
de février 1999, vol. 3, no 1, page 1.


Certains prétendent que les travailleurs autonomes peuvent partager divers services ensemble... Quelle drôle d’idée! Autonome, ça veut dire travailler sans avoir besoin des autres, non? Le Petit Robert le confirme: être autonome, c’est tout le contraire d’être dépendant, soumis ou subordonné... Vous voyez bien que c’est comme le Macintosh... incompatible! Je vous entends penser... Vous avez le goût de me dire que je ne dois pas confondre partage de services et subordination... Pourtant, l’autre jour, un travailleur autonome m’a bien mentionné qu’avant de répondre à mes besoins, il me présenterait une soumission!!! Je n’ai pas imaginé cela...

On le sait, un service en attire un autre (c’est d’ailleurs ce que ma grand-mère a dit quand trois de ses frères sont morts le même mois). Comment, dans ces circonstances, rester indépendant tout en échangeant des services avec quelqu’un autre... comme dans une partie de volley-ball où aucune des deux équipes ne marque un point..? La collaboration idéale, c’est peut-être quand chaque personne reste elle-même et délimite clairement sa zone de partage? Peut-être qu’il y a moyen de partager des ressources sans croire que le «partenaire» est forcément un ardent amateur du jeu RISK qui s’approprie tous les territoires... J’imagine que ça doit se faire entre adultes consentants...

Certaines personnes partagent un espace de travail... comme d’autres sont colocataires pour se répartir les coûts de la bouffe, pour ne pas être seul ou pour chanter «Wo, wo, wo, ma petite Julie»... On peut dans un tel contexte utiliser des ressources matérielles communes, profiter de l’expertise de chacun (quelqu’un a un baccalauréat en «gestion de cafetière» alors qu’un autre connaît les rudiments de la «plomberie informatique») ou faire le ménage ensemble (le ménage de la poussière comme celui des joies et des frustrations). Sans mettre «la main à la pâte», on peut penser à un simple partage de ressources humaines: par exemple, un service de secrétariat commun, des peintres pour «revamper» les lieux, etc. (En passant, avez-vous déjà remarqué comment le mot «etc.» est un bon ami en rédaction, particulièrement quand on écrit en solitaire, quand on ne trouve plus d’idées et qu’on est convaincu qu’il y a d’autres choses à dire?)

D’autres travailleurs autonomes réalisent des contrats en collaboration, spécialement quand ils sont débordés... Quand ils ne peuvent accomplir le mandat ou lorsque celui-ci dépasse leurs compétences, ils réfèrent un client vers une autre personne... Chercher à bien orienter un client, c’est rendre service à ce dernier, mais c’est en même temps alimenter un réseau qui est le fondement même d’une association comme Option Réseau Estrie. Après tout, le bouche à oreilles ne transmet aucune maladie vénérienne.

Le partage de services peut prendre différentes formes. L’an dernier, quelques jours avant l’événement «verglas», j’ai tourné en rond dans les quatre coins de Sherbrooke pour distribuer 2000 dépliants de porte en porte. Quelques kilos en moins plus tard (grassement regagnés depuis...), je me suis dit qu’il aurait peut-être été brillant de chercher une personne en quête de clients qui aurait été intéressée à effectuer une pareille distribution et qui aurait pu, parallèlement à moi, déposer dans mille foyers son dépliant et le mien (après tout, il faut bien que ça serve à quelque chose les mathématiques!)... La distribution aurait pu être du même coup mieux planifiée dans le temps et dans l’espace... Y avoir pensé... Dans certaines circonstances comme celles-là, s’associer à quelqu’un d’autre, ça veut parfois dire «une tête vaut mieux qu’aucune»...

Cet Affaires d’ORE que vous lisez avec plaisir actuellement (à moins que ce texte vous fasse regretter de ne pas être analphabète...) est également un bel outil pour partager des choses ou des trucs et entrer en contact avec d’autres individus. Le bulletin permet un partage qui n’est pas engageant (en fait, le budget du Comité de publication ne permet définitivement pas d’engager quelqu’un)... L’engagement dans le partage est d’ailleurs une caractéristique qui fait parfois peur aux travailleurs très autonomes, spécialement quand des montants d’argent importants sont investis ou quand la réputation professionnelle peut être en jeu...

Selon des personnes qui l’ont vécu, le partage de services favorise la création d’une énergie potentielle bien réelle. C’est l’importance de cette énergie intérieure qui amène certaines personnes à s’unir pour le meilleur et sans le pire... On connaît le dicton «Une chaîne est aussi fragile que le plus fragile de ses maillons»... Il ne faut toutefois pas oublier qu’une chaîne peut solidifier ou souder des choses qu’un simple maillon, même très solide, ne pourrait tenir ensemble...



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