Les origines du pékinois : l’histoire chinoise
Raccourcis

IntroductionUn sujet de légendesLe pékinois dans l’artMentions littérairesSymbole bouddhiqueUn privilège impérialMéthodes d’élevageLes perles de l’impératricePékinois en OccidentRelation avec d'autres racesBibliographie


     Le pékinois voit ses origines remonter à la Chine antique.  Sujet de mystères et de légendes,  il a aussi laissé des preuves tangibles de son passage dans l’histoire,  notamment dans l’art, les textes et les registres de Chine (pas de pedigree cependant),  Bien que nous devions la survivance actuelle de notre compagnon favori à l’engouement des éleveurs anglais et américains du début du siècle pour son caractère « exotique »,  il a été le noble sujet des cours impériales chinoises pour plus de deux millénaires.  C’est de cette partie de son histoire dont il sera question ici. 

          Notez que la littérature foisonne de détails parfois contradictoires ou divergents sur le sujet,  c’est pourquoi j’ai placé certains termes entre parenthèses quand deux auteurs parlaient d’une même chose en termes différents.  De plus,  ce compte rendu historique est réalisé à partir de sources occidentales (voir bibliographie).  Plusieurs auteurs déplorent que les sources chinoises soient si peu exploitées.  Ce pas serait probablement nécessaire pour lever définitivement le voile sur les nombreuses interrogations que suscite cette race comptée parmi les plus anciennes. 


Un chien sujet de légendes (Haut)

          Le pékinois,  selon une des plus anciennes légendes le concernant,  serait né des amours d’un énorme lion et d’une minuscule marmouset (ouistiti ou tamarin).  Le lion,  éperdument amoureux de sa compagne,  demandât l’assistance du saint patron des animaux Hai Ho (Ah Cum) pour rendre leur amour possible.  Hai Ho réduisit sa taille à celle que nous connaissons aujourd’hui,  tout en lui laissant ses qualités comme son courage,  sa personnalité et son grand cœur.  La descendance du lion et du marmouset prit l’apparence exacte du pékinois. 

          Une autre légende au sujet du pékinois relate qu’un des premiers empereurs de Chine en serait le créateur.  Yu,  fondateur de la dynastie Hin il y a 4000 ans,  voulait rendre la musique populaire.  Il inventa des défilés avec de la musique comportant des monstres,  dont les fameux costumes de dragon qu’on peut admirer aujourd’hui lors des fêtes chinoises.  Un de ces monstres aurait en outre été le pékinois, lui en chair et en os,  qui eut tôt fait de susciter l’intérêt de toute la population.  Devant cette ferveur populaire,  l’empereur dut en faire un chien impérial pour le protéger.  Il en limita donc l’accès aux murs du palais impérial. 

         Le récit que fait Pauline Hattaz de la légende relate aussi que Yu serait responsable d’avoir inventé la gamme musicale pentatonique.  Il utilisait des pékinois de plusieurs couleurs dans des mises en scène musicales où les petits chiens devaient réagir au son des différentes notes jouées sur l’instrument.  À chaque type de robe du pékinois correspondait une note,  comme suit : 
 


Mi
La 
Sol 
Ré 
Do
pour  noir; 
pour  blanc; 
pour  particolore; 
pour  fauve; 
pour  beige à masque noir.

          La correspondance de cette légende à la réalité ou sa popularité en Chine sont difficiles à établir.  Tout au plus fixe-t-elle à une époque ancienne la diversité de couleurs du pékinois dans les standards.  Quoiqu’il en soit,  il existe des traces historiques plus concluantes sur l’origine antique du pékinois. 


Le pékinois dans l’histoire de l’art (Haut)
Femme Tang portant un Pékinois (618-907 aJC)
          C’est à travers plusieurs périodes historiques qu’est mentionnée l’existence des chiens pékinois.  On en retrouve des traces dans l’art,  dans des figurines de jades,  des statuettes et bibelots de l’âge du bronze,  des broderies,  des soieries peintes et des poteries.  On le retrouve sur des fresques représentant la vie de la cour impériale.  Selon Beverly Pisano (1958), on en retrouve des représentations sur des collections de porcelaines,  parmi la Collection Bishop de jades chinois et dans les collections Pierpont Morgan. On retrouvait entre autres dans la collection Bishop un cristal de jade où l’on discerne clairement une femelle et deux chiots.  L’œuvre s’appelle « Lions » et a été réalisée sous la dynastie Ming (1368-1644). Ces collections étaient exposées au Musée d’art de New York dans les années cinquante. 


Mentions littéraires (Haut)

          La plus ancienne mention littéraire remonte au temps de Confucius (Kong Fu Zi,  551-479 Av. J.-C.).  Les textes mentionnent l’existence de « petits chiens à la bouche courte ».  La correspondance des description des textes surprend,  quand elle faisait état de « chiens très petits,  tête et pattes courtes,  avec oreille et queue longues ».   On dénommait ces chiens les « chiens sous la table ».  Évidemment,  il faut tenir compte du fait que les Chinois de l’époque utilisaient un mobilier s’apparentant au mobilier japonais.  La dite table était au niveau du sol,  alors qu’à cette époque on mangeait à genoux assis sur un coussin. 

         Tel que le décrivent Falsina et Prandi (1994),  le mot utilisé dans les textes pour désigner ces chiens,  « Paï »,  signifiait « qui boite ».  Dans la langue mandchoue de l’époque,  le même mot signifiait « qui avance avec roulis »,  expression qui s’apparente davantage au standard actuel de la démarche de nos chers compagnons à quatre pattes.  D’un autre côté,  le chien Haba (Happa) apparaît aussi comme une variété de chien chinois qui ait survécue au moins jusqu’au début du siècle.  Anthony Rosato en fait état dans un article paru dans le magazine du pékinois Orient-Express, en 1998.  Ce chien,  portant encore le vocable « Haba » à la fin du 19e siècle en Chine,  serait un spécimen très similaire au pékinois,  exception faite de son pelage ras.  Un spécimen aurait été importé en Occident en même temps que le pékinois.  Il repose maintenant dans le Musée zoologique Rostchild, en Angleterre,  consacré à l’histoire générale des chiens pure race. 


Symbole bouddhique (Haut)

          Quoiqu’il en soit,  l’idée du pékinois,  sous l’identité du petit chien lion,  est apparue et a pris de l’ampleur suite à la conversion de la Chine au bouddhisme au 1er siècle ap. J.-C.,  sous l’initiative de l’empereur Han Ming Ti (57-76).  En effet,  dans cette religion,  le lion joue un rôle de premier plan,  car Bouddha en avait fait son protecteur en l’apprivoisant.  Parmi les nombreuses légendes qui entourent la vie de Bouddha,  l’une d’entre elle raconte qu’il avait à sa défense le roi des animaux,  avec lequel il pouvait s’envoler dans le ciel.  À loisir,  il pouvait faire apparaître une myriade de lions miniatures,  qui se transformaient en cas de besoin en bêtes féroces qui terrassaient ses ennemis. 

          Pour les empereurs chinois,  considérés comme des fils du ciel et l’image terrestre du Bouddha,  le symbole du lion représentait l’assise même de leurs pouvoirs divins.  À défaut de pouvoir conserver des lions dans les latitudes nordiques de Beijing (Pékin) ou Xi’an (ancienne capitale),  ils prirent goût à s’entourer de petits chiens dont l’aspect,  quoique réduit,  pouvait rappeler l’image effrayante du lion.  On en fit l’élevage et on cultiva des standards l'amenant à  ressembler au lion,  tant dans sa personnalité que dans son aspect visuel.  C’est de ce temps et de ces légendes que provient l’importance du feathering et du large museau. Comme dans la symbolique bouddhiste,  on recherchait aussi la tache blanche sur le front de l’animal,  signe de développement spirituel. Le pékinois particolore viendrait de cette croyance. En revanche,  l’obtention d’un pékinois entièrement blanc était redoutée,  car le blanc est le signe bouddhique du deuil, et c’était le signe qu’un grand homme était revenu d’entre les morts.  Ces chiens étaient envoyés pour être élevés et gardés dans des temples,  où des moines bouddhistes pratiquaient aussi par tradition l’élevage des chiens.  Selon l’astrologiepékinois en mandarin cursif chinoise,  le chien accompagne les immortels dans leur périple.  Pour cette raison,  à la mort d’un empereur,  on avait coutume de sacrifier tous ses chiens pour qu’ils le protègent dans l’au-delà.  Les vertus protectrices du pékinois pouvaient jouer un rôle beaucoup plus important après la mort qu’au cours de leur existence terrestre.  On respectait ainsi énormément la forte personnalité du chien.  En fin de compte, le nom du pékinois dans la langue chinoise (mandarin) est Xiao Shi Zi Gou,  ou littéralement « petit chien lion »,  à cause de toutes ces caractéristiques. 


Un privilège impérial (Haut)

         L’élevage du pékinois devint une prérogative impériale. Il était interdit de le faire sortir des murs du palais.  À l’époque Ming (1368-1644),  on construisit la Cité Interdite,  à laquelle le destin du pékinois est étroitement lié.  La construction eut lieu de 1406 à 1420. Il s’agissait d’une véritable ville fortifiée de plus de 720 000 mètres carrés,  comportant 800 édifices et 9000 chambres.  L’empereur y habitait avec sa cour et la cohorte de ses suivants.  Dès lors, la vie entière du pékinois s’y déroulait,  à moins qu’il n’accompagnât à l’occasion des dignitaires ou l’empereur dans des séjours en d’autres parties du royaume. 

         Son existence fut donc pendant de nombreux siècles incroyablement confinée sur le plan géographique.  Cela explique pourquoi il était surtout connu à Pékin,  où même là on ne l’apercevait que dans l’enceinte de la Cité Interdite.  Il aurait même été décrété que quiconque volait ou faisait sortir un pékinois du palais mériterait la mort,  avec 100 coups deÉcrit à partir des caractères du mot pékinois en mandarin fouet.  Une écrivain,  Miss Dixey,  affirme qu’il s’agissait plutôt de la « mort par lapidation ou 10 000 coups de fouet pour avoir sorti le chien de l’enceinte du palais (« death by stoning or ten thousand slices » for a dog’s removal from the walls of the palace) ».  Les deux châtiments s’équivalaient presque par leur cruauté,  et la crainte qu’ils inspiraient.  On développa aussi ses pattes recourbées,  afin que le chien demeure un animal d’intérieur et qu’il ne prenne jamais le goût du large. Son élevage était confié aux membres de la cour et aux eunuques, qui géraient la vie de la Cité.  Le nombre de pékinois ayant filtré en dehors des murs de la Cité demeure apparemment négligeable. 

         Dans son autobiographie récente,  un des derniers eunuques impériaux encore vivants mentionnait que les eunuques influents 
 


« avaient la manie d’élever des pékinois.  Chacun de leurs [chiens] avait un ou deux valets pour les toiletter,  les promener et les faire manger;  et lorsque mon père avait passé sa vie à se nourrir d’une galette de maïs,  les chiens des grands eunuques dédaignaient de pleines assiettes de foie,  de poisson ou de crevettes.  Tous ces grands messieurs n’avaient rien d’autre à faire de leurs journées que […] de s’amuser avec leurs chiens. (Dan Shi, 1991 : 116)»

 

         L’eunuque Dan parle des privilèges attribués aux chiens comme d’une chose qui défie le bon sens.  En fait,  certains empereurs se préoccupaient davantage de leurs petits compagnons que des affaires de leur royaume.  Ils lui attribuaient parfois des titres de noblesse tels « Vice-Roi » ou « Garde de l’Empereur»,  signes de la plus haute affection et d’estime.  Un empereur appelait même la femelle qu’il avait donnée à son officier la « femme » de ce dernier.  Les chiens se méritaient les plus grands traitements de faveur,  se nourrissant des meilleurs aliments et s’abreuvant au sein même des  jeunes mères esclaves du palais. 

         Selon une légende,  l’empereur se choisissait quatre  « gardes du corps » parmi les chiens élevés par ses eunuques.  Au moment de paraître en audience,  deux pékinois le précédaient à intervalle régulier dans la salle et lançaient de petits jappements secs,  avertissant les mortels de détourner le regard de leur divin souverain.  Deux autres pékinois le suivaient, portant les coins de sa robe dans leur petite gueule.  Une autre légende,  qu’on retrouve dans des chroniques chinoises du VIIe siècle,  épiloguait sur l’intelligence hors du commun de ces animaux.  Ils pouvaient s’asseoir sur la selle et commander au cheval de leur maître,  tirant eux-mêmes sur les rênes qu’ils tenaient dans leur petite gueule.  Le conte dit aussi que la nuit,  ils guidaient leur maître dans la pénombre en portant un flambeau attaché sur leur dos,  ou des lanternes attachées à leur cou. 

         Quoiqu’il en soit,  l’histoire nous a aussi légué des comptes-rendus plus sérieux et assurément plus crédibles de la place du pékinois dans la vie des empereurs.  L’un d’entre eux,  à l’époque Ming,  s’évertuait à en relater la beauté.  Yuan (1279 –1368) décrivit ainsi les différents types physique du pékinois,  tel que le rapportent Pialorsi et Prandi (1994).  Il y avait le « type tortue »,  dont le visage évoquait le rire.  Il y avait le « visage à trois fleurs »,  aux yeux entourés de noir,  le front orné de jaune et de rouge,  et la bouche cernée de blanc.  L’expression « nuage de loutre sur la neige » était pour un chiot noir avec les pieds et le ventre blanc.  On appelait enfin « debout sur la neige » un chien au corps coloré mais aux pieds blanc.  On appréciait aussi beaucoup les marques autour des yeux des pékinois,  qui dans un signe de sagesse rappelaient les lunettes en écailles de tortue des fonctionnaires de la cour. 


Méthodes d’élevage (Haut)

         Alice Wilson,  éleveuse et juge du pékinois,  a publié un historique de la race pour le compte du Club américain du pékinois en 1992.  Selon elle, l’âge d’or de l’élevage en Chine s’est produit pendant le règne de l’empereur Ch’ing Tao Kuang (1821-1851).  C’est pendant cette période que le pékinois a bénéficié du plus grand intérêt de la part de l’aristocratie chinoise.  Dans des activités d’élevage prolifiques,  on ne se servait pas de pedigree,  mais on disposait quand même de livres impériaux illustrés présentant les meilleurs exemplaires de la race.  On se fiait à eux pour travailler la qualité du phénotype.  L’élevage était un grand sujet de théorisation et de réflexion.  La méthode en vogue à cette époque était l’impressionnisme,  autrement nommée impression prénatale.  Lors de la gestation,  on montrait des images à la mère,  censées représenter l’idéal à atteindre.  On la faisait dormir dans une petite chambre avec des fourrures du coloris espéré accrochées aux murs.  Elle s’endormait sur une peau de mouton au pelage fourni,  afin de favoriser une robe généreuse chez ses chiots.  Les eunuques lui lisaient des vers qui décrivaient les meilleures des qualités canines.  Malheureusement,  on avait aussi recours à un autre stratagème pour obtenir un chien de petite taille;  on lui faisait parfois boire quantité d’alcool de riz,  ce qui provoquait artificiellement le nanisme.  Ces pratiques furent abolies par l’impératrice douairière Cixi (T’zu Hsi) à l’avènement de son règne.  Si celle-ci était considérée dans le monde politique comme un monstre cruel assoiffé de pouvoir,  une des plus grandes femmes politique de l’histoire,  on la disait douce et imaginative en ce qui a trait à ses loisirs,  et plus particulièrement pour l’élevage de sa « race personnelle » . 


Les perles de l’Impératrice (Haut)
Impératrice Cixi (1904)
         En fait,  certains affirment que ce serait à elle que nous devons les standards actuels du chien de manchon,  qu’elle avait fait croiser dans le seul but de les porter à l’intérieur des manches de sa robe impériale.  Selon Herbert T. Maple,  qui s’exprimait ainsi dans la publication annuelle du Club américain du pékinois de 1958,  elle était plus particulièrement intéressée par la couleur,  qu’elle utilisait pour agencer ses petits compagnons à ses robes.  On appelait les petits chiens les « perles de l’impératrice ».  Ils étaient élevés en grande quantité par les eunuques.  En fait,  Cixi a beaucoup travaillé pour améliorer les standards de la race,  qu’elle a consignés par écrit d’une manière si poétique. 
 
 


  « Perles tombées des lèvres de sa Majesté Impériale Ts’eu-hi, Impératrice de la terre des fleurs.

Que le chien-lion soit petit et que son col soit garni d’une superbe cape. Qu’il se pavane avec la splendeur ondoyante de son dos.

Que son visage soit noir et touffu, son front droit et bas.

Que ses yeux soient larges et lumineux, ses oreilles façonnées telles les voiles d’une jonque de guerre et son nez semblable à celui du singe sacré chez les Hindous.

Que ses membres antérieurs soient arqués afin qu’il ne soit pas tenté d’errer au loin ni de laisser l’enceinte impériale

Que son corps soit modelé comme celui d’un lion chasseur épiant sa proie.

Que ses pieds soient ornés de touffes de poil afin que ses pas puissent être silencieux et que, par sa magnificence, il soit le rival du boeuf tibétain, choisi pour protéger des insectes les nichées impériales.

Qu’il soit plein de vie et puisse ainsi divertir avec ses sauts et cabrioles, qu’il soit prudent afin qu’il ne coure aucun danger, sociable dans ses manières afin qu’il puisse vivre en bonne entente avec les autres animaux, les poissons ou les oiseaux qui trouvent protection dans le palais impérial.

Sa couleur doit être semblable à celle du lion, sable doré, pour qu’il puisse être porté dans les manches d’une robe jaune, ou de la teinte d’un ours roux et d’un ours blanc et noir ou bien tacheté comme un dragon de manière qu’il puisse s’harmoniser avec n’importe quel vêtement de la garde-robe impériale.

Que ses ancêtres soient vénérés et que des offrandes soient déposées dans le cimetière canin de la ville interdite, à chaque nouvelle lune.

Qu’il se comporte avec dignité et apprenne à faire instantanément face aux diables étrangers.

Qu’il soit exigeant pour sa nourriture, afin qu’on sache qu’il s’agit d’un chien impérial justement du fait de son raffinement. Donnez-lui des ailerons de requin, du foie de courlis et de la cervelle de caille. C’est de ces mets qu’il doit se nourrir. Comme boisson, qu’on lui donne du thé préparé avec les pousses printanières des petites plantes cultivées dans la province d’Hankow ou le lait des antilopes qui paissent dans les parcs impériaux.

Il préservera ainsi son intégrité et le respect de lui-même. Qu’il soit enduit, les jours de maladie, avec le gras purifié des pattes du léopard sacré et qu’on lui donne à boire une coquille d’oeuf de grive pleine de jus d’anone, dans laquelle auront été dissoutes trois pincées de poudre de corne de rhinocéros et qu’on lui applique des sangsues.

Ainsi il guérira, mais s’il devait mourir, souvenez-vous de lui comme d’un chef-d’oeuvre mortel et que vous l’êtes aussi. (Tiré de « Le pékinois: origines, standard,  élevage,  éducation,  soins»,  Lucie Mochetti (1988)»


 

         Malgré toute l’attention donnée par l’impératrice à préserver la qualité de la race,  elle ne pouvait ni prévenir la force de la coutume,  ni influencer les cours tumultueux de l’histoire.  À sa mort en 1911,  comme le veut la tradition impériale,  les survivants de Cixi immolèrent ses petits compagnons avec elle.  Si quelque uns subsistèrent et prirent la route de la survie par la porte arrière,  on en perdit vite la trace tellement l’interdit qui reposait sur eux était grand.  Les chances de conserver le patrimoine génétique du pékinois,  dans la Chine de l’époque,  étaient pratiquement nulles.   La disparition du régime impérial aura tôt fait de faire disparaître l’attrait et le respect généralisé pour le pékinois.  Le petit chien avait perdu son caractère sacré et était redevenu un simple chien.  Deux événements historiques chinois mettant en scène des nations occidentales viendront sauver nos amis poilus de l'extinction; la rébellion des Taiping (1850-1864) et la rébellion des Boxers (1898-1901). 


Introduction du pékinois en Occident (Haut)

          Le récit des circonstances de la première importation de pékinois en Angleterre est des plus romanesques,  et non moins étranger au succès qu’il y connut par la suite.  Cela se produisit au cours de la deuxième guerre de l’Opium,  aussi appelée Rébellion des Taiping.  Ce conflit vit s’affronter les forces franco-britanniques à celles de l’empire chinois.  Au cours de la prise du fameux palais d’été en 1860,  les forces britanniques et françaises participèrent à un très célèbre pillage,  digne des récits fabuleux de Marco Polo.  Les empereurs de la dynastie Ch’ing (1644-1911) entassaient en effet Représentation du XIXe siècle de Lootydans le palais d’été des richesses depuis des générations.  Le Comte Maurice d’Hérisson,  lettré français et interprète pour le compte du général français Montauban, était présent lors du pillage.  Il relate dans son journal de voyage (1886) à quel point les richesses que le palais abritaient étaient sans nombre.  Non seulement les soldats anglais et français saccagèrent-ils le palais ainsi que son contenu,  mais aussi les mercenaires arabes,  indiens,  et chinois qui accompagnaient les troupes ou les suivaient dans leur sillage leur emboîtèrent-ils le pas.  La population même des alentours du palais aurait participé à la rapine,  qui sera par la suite sujet à controverse dans les hautes instances des deux nations occidentales.  C’est à ce titre que la Reine Victoria baptisera le petit chien retrouvé au milieu des pièces de soie et brocarts,  des lingots d’or,  rubis,  saphirs,  et des trésors antiques.   Quand on lui offrira le spécimen rare tiré de ce palais des merveilles,  elle lui donnera ironiquement le nom de « Looty »,  qui signifie « Butin ».  Il existe d’ailleurs un célèbre tableau de Looty dans le château des Windsors. 

          En réalité,  ce sont 5 chiens que les Anglais découvriront dans une salle recluse,  oubliés par les occupants ayant fui le palais dans le tumulte.  Les récits concernant cette découverte appartiennent à la légende,  se contredisant l’un l’autre.  Certains affirment qu’une tante de l’empereur se serait suicidée au lieu de se laisser tomber aux mains des ennemis,  et que les petits chien restaient auprès de leur maîtresse pour la protéger.  Un autre affirme que ce sont les gardes qui se seraient ôté la vie,  ainsi que celle de l’ensemble des chiens restant.  Ils en auraient oublié 5 qui seront par la suite rapportés en Angleterre.  Un chien sera donné à la Reine par le général Dunne,  deux, Schloff et Hytien, seront rapportés par lord John Hay, et les deux derniers seront rapportés et offerts à la Duchesse de Richmond.  C'est elle qui jettera les bases de la lignée Goodwood d’Angleterre.  Les pékinois feront beaucoup parler d’eux et attiseront les convoitises de l’aristocratie britannique.  Certains fonctionnaires parviendront,  avant la fin du siècle,  à s’en procurer quelques autres en Chine au coût de grands efforts,  ce qui permettra à la race de survivre au problème de consanguinité.  C’est surtout à Ch. Chu Erh (1904) Él. Aldebournel’arrivée de Pekin Peter,  en 1894,  que la postérité des pékinois devînt assurée en Occident. Quand en 1898 le Club canin britannique approuva le standard de la race sous le parrainage du Club des éleveurs d’épagneul japonais, le spécimen deviendra champion populaire.  D’abord dénommé épagneul pékinois,  il sera plus tard renommé pékinois,  pour les singularités qu’il ne partage pas avec les épagneuls.  Les standards anglais de 1898 seront révisés en 1926,  pour former le « pékinois moderne »,  qu’on connaît aujourd’hui. 

          Bien sûr,  j’allais oublier le rôle de la rébellion des boxers dans l’évolution de la place du pékinois en Occident!  Au cours de la rébellion,  qui s’échelonna de 1898 à 1901,  l’impératrice douairière Cixi voulu se rapprocher des américains.  Elle leur fit don en 1898 de quelques spécimens de son élevage personnel,  dont à la célèbre Alice Roosevelt, et à J.P. Morgan.  Ils seront admis dans le registre national américain des éleveurs dès 1906. 


Rôle du croisement avec d’autres races (Haut)

         Le pékinois est reconnu comme étant une des races les plus pures et les plus anciennes qui soit.  Il n’est donc pas étonnant que son origine sur le plan génétique soit aussi sujette à controverse.  La thèse généralement défendue par les éleveurs est que les caractères typiques de la race ont été et sont toujours obtenus par « in-breeding »,  c’est-à-dire en croisant les chiens uniquement avec des représentants de la même race, et en se servant des mutations épisodiques pour maintenir la concordance du chien avec le standard établi.  En fait, ce qui a perduré au cours des siècles, c'est moins l’apparence physique du chien que son statut et les standards qui venaient le définir.  Malgré l’interdit qui régnait quant aux croisements du pékinois avec d’autres races, au vu des informations disponibles sur l’origine de la race,  force est de constater qu’elles se mélangent à l’histoire des autres races chinoises. 

         Les archéologues ont notamment retrouvé dans les anciens tombeaux des statuettes de chien stylisés,  qu’on appelle Chien de Fu (Foo,  ou Fu Lin).  Certains auteurs parlent de ce chien comme l’ancêtre mythique et direct du pékinois,  d’autres le situent comme une race canine complètement différente.  Généralement,  les auteurs de la littérature sur le pékinois mentionnent que le chien de Fu était une version plus grande du pékinois,  une bête féroce à collerette de lion et au faciès de singe,  gardant les temples de la Chine antique.  On en retrouve abondamment dans la statuaire chinoise,  et dans des peintures remontant à l’époque du 9e siècle.  Le mâle est toujours représenté une patte sur une boule,  et la femelle accompagnée d’un chiot.  Si on les retrouve par paire,  la femelle se place toujours à droite.  Selon Alice Wilson, c’est toujours ce type de boule,  en soie bordée,  qu’on donne aux chiots pour jouer de nos jours. 

         Par ailleurs,  il existe aujourd’hui une association des éleveur du chien de Fu chinois (Chinese Foo Dog Breeders Association).  Comme quoi le chien de Fu est devenu une race canine bien distincte du pékinois.  Selon cette association,  le chien de Fu,  quoique différent du pékinois,  varie en trois tailles : moins que 20 livres,  de 21 à 50 livres,  et 51 livres et plus.  Le chien portait autrefois d’autres noms,  dont «chien sacré du Sin Kiang »,  et « chien de chasse Choo de Chine ».  Le caractère de ce chien se démarque du pékinois car c’est avant tout un chien de garde,  de travail et de chasse.  Cependant,  imaginez redonner au pékinois sa taille de lion…  Pas si difficile de l’imaginer accomplir des tâches plus physiques n’est-ce pas? 

          Qu’il descende du mythique chien de Fu ou non,  une autre race de chien partage ses origines mythiques avec celles du pékinois.  Le Shar-Peï était aussi anciennement un chien de garde des temples chinois,  vénéré et craint pour son aspect terrible de dragon.  Il est facile d’en confondre l’aspect stylisé dans l’art avec le chien de Fu,  et les premiers pékinois.  Le chien Haba,  mentionné précédemment,  aurait très bien pu servir dans des croisements avec des chiens plus gros,  pour obtenir la petite taille du pékinois.  Rosatho propose même qu’il aurait pu être utilisé au début du siècle dans des croisements avec le pékinois,  ce qui expliquerait le clivage entre l’apparence des pékinois de l’élevage de Cixi et le pékinois « moderne » américain.

           En guise de conslusion,  le pékinois est un chien dont l’histoire se perd dans les embruns flous de l’histoire et du mythe,  sans qu’il n’y perde pour autant son charme et sa personalité qui résistent,  somme toute,  à l’influence du temps.  Il nous reste plusieurs témoignages de ces nombreuses époques où le pékinois jouait un rôle prédominant dans la vie de l’aristocratie chinoise.  Ces récits,  comme les volets d’une longue saga, parviennent à nous en Occident porteurs des autres signes de l’histoire,  comme les messagers des temps qui changent.  Sans vergognes,  nos petits compagnons portent dans leurs regards les reflets et la force forgés en eux par ces épreuves.   Leur courage et leur sagesse domineront sûrement votre coeur,  si vous saviez seulement écouter l’histoire qu’ils ont à vous conter. 
 
 


Bibliographie (Haut)

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Curcio,  Michèle [1989] Horoscope chinois: Le Chien
Dan, Shi [1991] Mémoire d’un Ennuque dans la Cité Interdite (Yige QingGong TaiJian de CaoYu)
Dupont,  Alain,  [1985] Le livre des chiens
Larousse [1974] Larousse des animaux familiers
Le Compte d’Hérisson [1886] Journal d’un interprète en Chine
Mochetti,  Lucie [1988]Le pékinois: origines, standard,  élevage,  éducation,  soins
Nicholas,  Anna-Katherine,  et Joan McDonald Brearly [1975] The Book of the Pekingese
Nicholas,  Anna-Katherine [1990] The Pekingese
Pekin Palace Dog Association [1983] 1983, 175th aniversary
Pialorsi-Falsina,  C.,  et P. Prandi [1994]Le pékinois
Pisano,  Beverly [197x]  Pekingese
Sargeant,  Philip W. [1911] The Great Emperess Dowager of China
Scott,  Alice [1973] How to Raise and Train a Pekingese
Stannard, Liz [1999] The Complete Pekingese
The Pekingese Club of America [1958] Handbook
 

Magazines

Hattaz,  Pauline,  « Le pékinois : Snob, raffiné et attachant », in Chien 2000, octobre 1996

Rosato,  Anthony,  « The Pekingese and the Happa Dog : A Remote British Museum Reveals Enlightening Clues to Pekingese Origins »,  in Orient-ExpressNov. 98
 
 
 

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