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bullet1L'oecuménisme, un don d'amitié

bullet2Pâques à Lourdes

Frances Young est mère de famille, pasteur méthodiste et théologienne en Angleterre. Arthur son fils aîné, est profondément handicapé.

 Ce lundi matin à Lourdes, je m’étais réveillée à quatre heures et n’arrivant pas à me rendormir, je suis allée à la grotte. J’avais beaucoup de questions et de réserves qu’il me fallait regarder, mais j’avais été trop occupée pendant la Semaine Sainte pour cela. Jean Vanier m’avait invitée à donner une “conférence” sur la spiritualité à des parents au cours du pèlerinage anniversaire de Foi et Lumière en 1991. Je suis méthodiste, et pour cette raison, j’avais peur d’être “exclue” dans un environnement aussi catholique. Je craignais aussi de nouvelles souffrances personnelles. Un lieu réputé pour ses miracles peut représenter une menace en remémorant des souvenirs de désirs impossibles ou de vieilles blessures. Parfois aussi, je dois faire un effort intense pour parler en public des lieux sombres de l’âme que j’ai visités.


J’étais rattachée avec mon amie Pauline à un groupe Foi et Lumière de Nottingham. Nous avons voyagé et chanté ensemble. Ensemble nous avons vécu le lavement des pieds de manière symbolique, nous nous sommes entraidés. Ensemble et avec d’autres groupes nous avons organisé une soirée très animée dans un hôtel du quartier. Ensemble nous avons marché avec le Christ jusqu’à la croix et ensemble nous avons fêté Pâques. C’est dans ce contexte plein d’amour que je devais revisiter mon calvaire personnel pour discerner quel est le sens de Lourdes et faire la découverte d’une guérison plus profonde.


J’étais venue à Lourdes avec la défiance de la crédulité, avec une aversion pour “l’idolâtrie” et avec la résistance contre l’expérience religieuse des autres, réaction typiquement protestante. Mais j’avais découvert que je ne pouvais pas fuir

quelque chose qui semblait fondamentalement bon. On m’avait demandé de me joindre à une centaine de prêtres catholiques dans des tâches qui me semblaient étranges. J’étais plongée dans l’inconnu, dans une sorte de vide, incapable de recevoir la communion ou de prier dans toute une série d’offices théâtraux de la Semaine Sainte, le tout dans une immense basilique souterraine. Pourtant il y eut des moments extraordinaires. Le Vendredi Saint, je fus surprise de ressentir une émotion à porter une croix en bois en procession. Puis ce fut une expérience d’humilité de rester debout comme quarante-neuf autres prêtres, au pied de l’un des cinquante piliers avec la croix qu’une multitude de gens venaient toucher, vénérer, embrasser. Il m’aurait été impossible d’être de l’autre côté et de vénérer la croix. Mais là, j’étais chargée de porter la croix pour permettre à d’autres de faire ce qu’ils devaient faire pour prendre conscience de leur salut.

Le lendemain, j’allais avec la même répugnance à la Veillée Pascale, rejoindre les prêtres qui aspergeaient la foule d’eau bénite. Pourtant, alors que les alléluias montaient et que les visages s’illuminaient, j’ai senti mon âme s’élever et les aspersions sont devenues source de joie et de bonheur, tandis que je trempais le rameau dans le vase et que je répandais cette pluie d’eau baptismale. Les gens recherchaient et accueillaient l’eau même si c’était une femme étrangement vêtue plutôt que le prêtre, qui la répandait.

Ces nouvelles expériences de mon ministère ont été possibles parce que Foi et Lumière avait décidé d’accueillir tous les ministres ordonnés des autres Églises, et même des femmes dans la mesure où les règles de l’Eglise Catholique le permettaient. Refuser aurait été tourner le dos à la fraternité, et l’obéissance a été récompensée d’une façon étonnante.

Le soir du Vendredi Saint, j’étais dans un groupe pour méditer sur la souffrance, pour prier, pour entendre des témoignages, pour chanter le refrain de Taizé “reste là, reste avec moi, regarde et prie.” Comme toutes les mamans présentes je crois, sans parler des papas, j’étais en larmes. Francis, de la communauté de Nottingham me tenait la main. Puis nous sommes allés à la grotte tous les deux. Francis est un habitué, il est allé à Lourdes huit fois. Ensemble, nous avons touché et embrasser le rocher humide et j’ai vu qu’il y avait quelque chose d’important dans le seul fait de toucher, surtout pour les personnes qui ont du mal à élaborer des concepts. Ensemble, nous nous sommes émerveillés en silence auprès de cette source d’eau pure et j’ai reconnu sa beauté et son mystère. Puis, nous sommes allés aux robinets et Francis a lavé mon visage. L’eau a purifié mes larmes. j’ai lavé son visage et ensemble nous avoir bu dans le creux de nos mains.

Le lundi matin à la grotte, j’ai finalement pu me repentir de mon arrogance protestante et j’ai rendu grâce pour l’obéissance dont j’avais dû faire preuve cette semaine-là. Je me suis mise à dire la prière méthodiste de l’alliance “Remplis-moi, vide moi” et je sais qu’il s’était fait un vide en moi pendant ces quelques jours. Je suis retournée aux fontaines et je me suis lavée les mains et le visage, recevant ainsi la purification après la pénitence. Puis j’ai gravi rapidement les escaliers de la Basilique. Je suis entrée. Soudain, elle était chaleureuse et accueillante. La statue blanche de la Vierge brillait à travers le halo de mes lunettes embuées et une paix se mit doucement à envahir mon cœur.


•    Frances Young

 

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