ConfŽrence donnŽe au congrs de l'ordre des acupuncteurs du QuŽbec en octobre 1010
martine migaud photo johanne weilbrenner
Jing, Qi, Shen

 

Je vais vous parler de lĠorigine de Jing, Qi, Shen dans le Ciel AntŽrieur, de lĠunitŽ qui se divise en trois chemins, base et racine des Trois Foyers, des 12 mŽridiens, des 5 organes et des 6 entrailles. 

 

LĠtre des Trois TrŽsors dĠaprs LŸ Dong Bing :

 

Dans le LŸ Dong Bing, le recueil de lĠanctre Lž,  datant du VIII ime sicle, il est dit :

 

Ç Le corps de lĠhomme, cĠest seulement Jing, Qi, Shen. On les appelle les 3 trŽsors. Le saint accompli nĠagit pas. Tout est obtenu ˆ partir de ces trois-lˆ. LĠtre de ces 3 trŽsors, bien quĠil apparaisse dans le monde des formes, les hommes en connaissent trs peu ˆ son propos. È

 

Jing, Qi, Shen, rassemblent toute la reprŽsentation de lĠtre humain ŽlaborŽe par les Tao•stes.

Cette reprŽsentation par trois nous renvoie aux trois champs de cinabre, aux trois Žtages du corps, aux Trois Foyers, et par leur intermŽdiaire, ˆ toute la physiologie ŽnergŽtique que nous connaissons bien.

Mais on les appelle les trois trŽsors parce que cette physiologie ŽnergŽtique si fine, si fonctionnelle, nĠexisterait pas sans ce qui, dans lĠinvisible, le Sans Forme, la crŽe et la soutient ˆ chaque instant.

CĠest pourquoi lĠon peut dire que, mme si Jing, Qi, Shen ont une rŽalitŽ trs tangible dans le monde des Formes, tangible au point que nous pouvons agir dessus avec des aiguilles, des plantes et des exercices, ces notions nous Žchappent en grande partie.

Et pourtant, cĠest prŽcisŽment ce qui nous Žchappe qui les rend si fonctionnelles dans notre pratique ÉÉ ˆ condition de rester en lien avec ce qui nous Žchappe !

Il sĠagit de ne pas confondre le doigt qui montre la lune avec la lune !

Car nous risquons alors de dŽcouper le vivant en morceaux, et dĠtre tout surpris de nous apercevoir quĠil est mort !

 

‚ela me fait penser ˆ une petite histoire de Zhuang Zi, ce ma”tre Tao•ste qui Žcrit des contes comme des koan zen :

Ç LĠempereur de la mer du Sud sĠappelle Ç subitement È, et celui de la mer du Nord Ç soudainement È.

Celui du centre sĠappelle Ç Chaos È.

Souvent, Ç subitement È et Ç soudainement È se rencontrent dans la demeure du Chaos qui les traite avec beaucoup de bontŽ. Ç Subitement È et Ç Soudainement È envisagent de rŽcompenser lĠefficience du Chaos et se disent : tous les hommes possdent sept grands orifices avec lesquels ils voient, Žcoutent, mangent, respirent, seul lui nĠen a pas. Essayons donc de tenter lĠexpŽrience de lui en creuser. Chaque jour, ils creusent un grand orifice. Au bout de sept jours, le Chaos est mort. È

 

CĠest pour Žviter cette destruction du vivant que le Saint accompli, (le hŽros des histoires Tao•stes !) nĠagit pas.

 

Nous allons ensemble explorer cette proposition que nous connaissons tous :

Wei Wu Wei, que lĠon peut traduire par :

Agir/non agir

En cherchant ˆ relier ces deux propositions contraires, ces trois termes peuvent aussi se traduire par :

LĠagir non intentionnel.

Il y a bien un agir ˆ accomplir dans notre vie et dans notre bureau.

Mais il sĠagit dĠŽviter le Ç vouloir agir È. Il sĠagit dĠattendre, dans lĠŽcoute, que lĠimpulsion se manifeste ˆ partir de la tranquillitŽ, et de laisser alors cette impulsion utiliser notre savoir comme dĠun outil pour agir.

Parfois, ce ne sera pas ˆ la premire rencontre avec notre patient.

 

En effet, ce que nous croyons comprendre de Jing, Qi, Shen risque bien souvent de nous Žloigner du mystre profondŽment agissant dont ils reprŽsentent lĠintuition.

 

Le chiffre Trois : extrait du Lao Zi ch 42

 

Si ces trŽsors sont trois, ce nĠest pas un hasard : le chiffre Trois fait lien entre le Dao et son pouvoir de faire advenir (le De) les 10 000 tres :

 

Ç Le Dao produit le Un, le Un produit le Deux, le Deux produit le Trois, et le Trois produit les 10 000 tres. È Lao Zi 42.

 

La pensŽe Tao•ste se tourne continuellement vers lĠintuition de ce qui relie les 10 000 tres en un tout indissociable et formidablement vivant et fonctionnel, animŽ dans lĠinvisible par le Dao.

 

Le De du Dao De Jing (le livre de la Voie et de son pouvoir de se manifester) reprŽsente la dŽmarche authentique (dix hommes en ont tŽmoignŽ) dĠun cÏur/conscience qui agit sans discontinuitŽ avec le Dao.

CĠest pourquoi Jean Marc Eyssalet le traduit par le pouvoir dĠtre, le pouvoir dĠadvenir, la lŽgitimitŽ dĠtre.

Dans lĠinvisible, cĠest le Dao.

Ce qui, dans le visible, reste en continuitŽ avec le Dao, cĠest le De.

Le De qui se dit par trois : cĠest Jing, Qi, Shen.

 

Le corps de lĠhomme, cĠest uniquement Jing, Qi, Shen, car ces trois-lˆ ramnent au Dao.

La vie qui sĠexprime ˆ travers notre patient est un dŽlicat Žquilibre quĠil nous faut respecter en premier lieu. Cela me fait penser aux Žcosystmes de notre plante, si fragiles lorsquĠon intervient sur eux, mme avec la meilleure volontŽ du monde.

 

LĠinvisible, lĠinaudible et lĠinsaisissable : extrait du Lao Zi ch 14

 

Comment se couler dans le courant qui anime le corps/esprit de notre patient en redressant certaines trajectoires du souffle, en libŽrant certains obstacles, mais sans perturber la cohŽsion de lĠensemble ?

 

Dans le chapitre 14,  Lao Zi parle de Jing, Qi, Shen sans les nommer :

 

Ç On le contemple, mais on ne voit rien. On lĠappelle lĠinvisible.

On lĠŽcoute, et on nĠentend rien : on lĠappelle lĠinaudible.

On cherche ˆ lĠatteindre, et on nĠobtient rien, on lĠappelle lĠimperceptible.

Ces trois-lˆ, on ne peut pas parvenir ˆ les dŽfinir par une recherche intellectuelle,

Confondus, ils forment lĠunitŽ. È

 

LĠinvisible, cĠest Jing, la vitalitŽ de base nŽcessaire ˆ toute transformation. En nous enracinant solidement dans notre bassin, nous nous mettons en contact avec cette vitalitŽ en nous : une prŽsence ˆ soi accueillant lĠautre.

LĠinaudible, cĠest Shen, en rŽfŽrence ˆ lĠŽcoute du cÏur, qui traverse lĠŽcorce du mot pour visualiser lĠimage dont il est porteur, et, en Žcoutant plus profondŽment, qui laisse lĠimage se dissoudre pour tre en contact avec le Yi, lĠintention profonde que porte notre patient, parfois ˆ son insu.

LĠimperceptible, cĠest Qi, lĠanimation mme de la vie. Dans lĠŽcoute paisible de notre propre souffle, nous Žvitons alors toute saisie, tout contr™le du souffle qui anime notre patient.

 

Et Lao Zi termine ainsi :

Ç ĉtre capable de ressentir intimement cette Žmergence continuelle ˆ partir de lĠinvisible,

CĠest ce quĠon appelle le dŽroulement naturel de la Voie. È

 

Nous avons ˆ Žcouter, ˆ travers les sympt™mes, paroles, regards et gestes de notre patient lĠintention profonde de la vie qui cherche ˆ se manifester ˆ travers lui. Pour Žcouter au-delˆ de ce qui est formulŽ, au-delˆ mme de ce qui est conscient chez notre patient, il est nŽcessaire dĠtre nous-mmes en contact avec cette Žmergence de la vie en nous.

Nous offrons alors un point dĠappui ˆ notre patient, et, sans agir, cela agit.

 

Une pensŽe ˆ rebours de la pensŽe ambiante :

 

Comprendre la portŽe de ces Trois TrŽsors demande de sĠen dŽtacher un peu pour mieux y revenir.

 

Dans notre pratique de la mŽdecine chinoise, le doute nous guette, et avec lui lĠinsŽcuritŽ, la sensation de ne pas en savoir assez pour pouvoir rŽpondre ˆ la demande de nos patients. Nous nous prŽcipitons alors vers de nouvelles formations, voire vers dĠautres mŽdecines que la mŽdecine chinoise pour complŽter, pour avoir dĠautres cordes ˆ notre arc.

Et tout ceci est nŽcessaire.

Mais nous savons, par expŽrience, que si cela nous tranquillise un moment, cela nĠŽteint pas notre insŽcuritŽ car il nĠy aura jamais une rŽponse ˆ tout.

Nous ne pouvons saisir lĠautre en totalitŽ par nos organes des sens et nos connaissances pour le guŽrir.

Il y a en lui quelque chose dĠinsaisissable, dĠunique et de prŽcieux quĠil nous incombe en premier lieu de ne pas dŽtruire par notre action. Et, si notre patient guŽrit, cela viendra de cette Ç chose È que nous aurons prŽservŽe tout en favorisant son pouvoir de guŽrison en collaboration avec notre patient.

 

Se tourner vers cette pensŽe, o soigner (soi ou lĠautre) et gouverner (soi-mme ou un pays) demande dĠen faire le moins possible tout en Žtant intensŽment prŽsent, nous demande un certain rŽajustement par rapport ˆ la pensŽe ambiante.

Nous allons donc nous tourner encore une fois vers le Dao De Jing dont le chapitre 1 rŽsume toute la pensŽe Tao•ste.

 

LĠinsaisissable au cÏur du dŽsir de vivre : extrait du Lao Zi ch 1

 

Lao Zi ch1 :

 

Ç Le Dao dont on peut se saisir nĠest pas le Dao constant (LĠŽtat du Dao)

Le nom quĠon lui donne, nĠest pas le nom constant. È

 

La pensŽe Tao•ste laisse Ïuvrer le mystre au cÏur de la crŽation, alors que nous cherchons, par la science et la technologie, ˆ lĠŽliminer.

DĠemblŽe, la pensŽe Tao•ste affirme que nous nĠy arriverons pas, que la totalitŽ du mystre de la vie est insaisissable par les moyens dont nous disposons, et que cĠest justement cela qui fonctionne.

Il sĠagit donc de porter ce mystre, dĠen expŽrimenter la prŽsence dans notre pratique, et dĠen tŽmoigner par des images et des mots.

 

 Ç CĠest pourquoi, constamment, ce qui nĠa pas de dŽsir contemple ce quĠil y a de plus subtil.

Constamment, ce qui a du dŽsir contemple ce qui a des contours. 

Ces deux-lˆ (dŽsir et sans dŽsir), ils surgissent ensemble, et ils ont des noms diffŽrents. Ensemble, cĠest le mystre de lĠorigine. Au fond du mystre, encore plus de mystre : cĠest la porte de tout ce quĠil y a de plus merveilleux. È

 

DŽsir et sans dŽsir Žmergent ensemble, tout en tŽmoignant dĠune expŽrience diffŽrente.

Tong , ensemble, reprŽsente un couvercle qui sĠadapte parfaitement sur un rŽcipient.

Cet Ç ensemble È est au cÏur de la pensŽe Tao•ste :

Agir/ne pas agir

DŽsir/sans dŽsir

Mouvement/tranquillitŽ

 

Sans dŽsir, ce nĠest pas tre dŽprimŽ.

CĠest dŽsirer sans en rŽfŽrer ˆ un objet de dŽsir.

La vie, ˆ sa source, est jaillissement de Jing mobilisŽ par Qi et orchestrŽ par Shen.

Sans DŽsir, cĠest la constance du dŽsir de vivre qui sĠexerce puissamment avant mme de sĠorienter vers un objet de dŽsir.

Ë la racine du vivant, il y a dŽsir de vivre, et ce dŽsir a la puissance nŽcessaire pour dŽbloquer les lieux dĠencombrement.

Lorsque nous nous laissons prendre en totalitŽ par la tension de la satisfaction dĠun dŽsir particulier, il devient manque ˆ combler, entrainant son lot de frustrations, car lĠŽtat de dŽsir est une invitation ˆ la dŽcouverte, cĠest un Žtat dĠtre intensŽment vivant, qui ne peut tre confondu avec les dŽsirs particuliers et nŽcessaires qui habitent notre vie quotidienne.

 

Nous dŽpensons notre rŽserve de Jing dans la satisfaction de nos dŽsirs particuliers.

Et nous rechargeons notre vitalitŽ en faisant retour ˆ lĠŽcoute de la vie qui surgit, un Žtat totalement accueillant, sans dŽsir particulier.

CĠest Ç ensemble È que cela fonctionne harmonieusement.

Le mystre secret de la vie rŽside dans cet : ensemble.

 

Jing, Qi, Shen, ˆ la source, cĠest cela.

De Jing, il y a ce qui rend la vie vivante.

De Qi, il y a lĠimpulsion dynamique ˆ dŽcouvrir, ˆ se relier, ˆ agir.

De Shen, il y a cette possibilitŽ dĠŽveil de la conscience qui accueille toute la manifestation dans un corps/esprit particulier, lui permettant ainsi dĠen tŽmoigner selon un Žclairage qui lui est propre, avec un agir et une direction personnels.

 

Que la fascination de dŽsirer quelque chose ne nous fasse pas oublier lĠŽtat sans dŽsir particulier, lĠŽtat qui ne classe pas les objets en bon, pas bon, dŽsirable, non dŽsirable, lĠŽtat dans lequel tout ce qui se prŽsente est accueilli.

 

De cette place, nous pouvons accueillir notre patient, et lui permettre de faire retour ˆ la source de ce qui lĠanime et le rend vivant, et avec lui, nous pouvons favoriser le dŽploiement de cette recrŽation de lui-mme : renouveler la vie en totalitŽ, des os jusquĠaux poils.

 

Dao Men Yu Yao : les paroles importantes de la porte du Dao

 

Le Dao Men Yu Yao est un texte beaucoup plus rŽcent que le Dao De Jing ou le Zhuang Zi, un peu plus didactique aussi, mais il est au cÏur de notre sujet puisquĠil parle du rapport entre Jing, Qi, Shen du Ciel AntŽrieur et Jing, Qi, Shen du Ciel PostŽrieur.

Jing, Qi, Shen du Ciel PostŽrieur, cĠest du connu.

Mais parler de Jing, Qi, Shen du Ciel AntŽrieur est particulirement incongru, puisque, dans le Ciel AntŽrieur, ils ne font plus quĠun !

Mais cela fait partie de la pŽdagogie chinoise : on va nous faire sentir que Jing, Qi, Shen du Ciel PostŽrieur nous ramnent ˆ lĠunitŽ qui les relie dans le Ciel AntŽrieur par trois chemins diffŽrents. CĠest comme si on allait suivre ces trois chemins de retour jusquĠau moment o ils vont se fondre dans lĠunitŽ.

La pensŽe Tao•ste cherche ˆ mettre des mots, des images, des sensations sur ce passage entre ces deux rŽalitŽs pour y guider notre conscience. Notre prŽsence consciente peut ainsi soutenir la puissance incroyable de la vie qui surgit, seule capable de balayer toutes les obstructions.

 

Revenir de la vieillesse vers lĠenfance :

 

Ç Si lĠon revient de la vieillesse et quĠon retourne ˆ lĠenfance pour achever lĠauthenticitŽ et tŽmoigner de la saintetŽ, on doit purifier Jing et le mŽtamorphoser en Qi, purifier Qi et le mŽtamorphoser en Shen afin quĠil retourne au vide et sĠunisse au Dao. È

 

Pourquoi retourner ˆ lĠenfance ?

Parce que le nouveau-nŽ est proche de la vie qui surgit, du Ç ensemble È. Il nĠy a pas encore de sŽparation entre ce dĠo il vient et les 10 000 objets qui surgissent avec lui.

ƒnergŽtiquement, cela sĠexprime par une ouverture complte de ses Merveilleux Vaisseaux. Il ne fait pas de diffŽrence entre lui/sa mre, lui/le Ciel, lui/les arbres, etcÉ

 Les MŽridiens Curieux vont rester au premier plan tant que le rŽseau des MŽridiens Principaux ne sera pas entirement fonctionnel.

Cette opŽration sera finalisŽe ˆ lĠ‰ge de 7 ans : lĠ‰ge de raison, o le jeune enfant a suffisamment constituŽ son identitŽ pour tre capable de socialisation.

Les MŽridiens Curieux se mettront alors en retrait pour soutenir le vide et absorber le trop plein du rŽseau des mŽridiens ordinaires.

Le propos du Qi Gong et de la mŽditation Tao•ste est de rŽ ouvrir ces canaux subtils pour placer notre Žcoute ˆ lĠarticulation des 2 mondes :

- Le monde des Formes, You, (il y a, avoir, possŽder, exister) , o nous avons une identitŽ sŽparŽe.

- Et le monde du Sans Forme, Wu, , (il nĠy a pas, neÉpas, vide, nŽant, ne pas avoir), o notre conscience se place dans le Qi, lĠespace vide qui relie chacune des formes entre elles en un tout indissociable.

En plaant notre conscience ˆ lĠarticulation des 2 mondes, proche de ce sentiment dĠunitŽ, nous pouvons Žtablir une relation harmonieuse avec les 10 000 tres, circonstances, choses qui constituent la rŽalitŽ ordinaire, le monde vu par nous.

 

Cette pratique dĠouverture des MŽridiens Curieux passe par Jing, Qi, Shen.

Elle demande dĠabord de faire retour ˆ la conscience de la base, du bassin qui abrite le Dan Tian InfŽrieur, domaine de Jing.  Pour pouvoir purifier alors Jing, puis Qi puis Shen, afin de retourner au vide.

 

Jing du Ciel PostŽrieur :

 

Ç Ce qui est important dans lĠexercice de purifier Jing, ce nĠest pas seulement dĠexercer le Jing de croisement et dĠinteraction (du Ciel PostŽrieur) È

 

Les deux idŽogrammes qui dŽfinissent le Jing du Ciel PostŽrieur sont suffisamment intrigants pour quĠon sĠy attarde un peu :

 

Le Jing de croisement : cĠest la rencontre en nous de deux lignŽes.

Jiao     montre un homme qui croise ses jambes. LĠidŽogramme signifie croisement, et aussi relation sexuelle.

Notre Jing est dĠabord issu dĠune relation sexuelle, dĠun croisement (et cela nous renvoie directement au crossing over du matŽriel gŽnŽtique issu des cellules souche) entre deux lignŽes parentales.

Notre existence particulire est la dernire mouture de deux lignŽes, un cadeau de vie quĠelles nous font, et lĠoccasion de nettoyer les encombrements du passŽ afin de transmettre une vie encore plus ardente ˆ nos descendants.

LĠovule se dit : Jing Xue, le Jing du sang.

Et le sperme se dit : Jing Ye, le Jing des liquides.

 

Le Jing dĠinteraction : CĠest la rencontre en nous de lĠinnŽ et de lĠacquis.

Gan reprŽsente le cÏur mordu par une Žmotion.

LĠidŽogramme signifie : Žmouvoir, ressentir, influencer, contracter une maladie.

Belle image de lĠntŽraction, pendant toute notre vie, du Jing innŽ avec le Jing acquis, du monde intŽrieur et du monde extŽrieur, dĠun corps porteur dĠune histoire avec la complexitŽ du monde extŽrieur qui le percute ˆ chaque instant.

Que cette rencontre provoque des rŽactions et des ressentis, quĠelle nous influence et nous rende malade nĠest pas pour nous Žtonner !

Mais, pour purifier Jing, nous dit le texte, il ne sĠagit pas seulement de permettre ˆ ce croisement et cette interaction de sĠeffectuer de la manire la plus saine possible.

 

Le Qi du Ciel PostŽrieur :

 

Ç Purifier Qi, ce nĠest pas seulement exercer la respiration. È

 

Purifier le Qi demande dĠharmoniser la respiration, mais ce nĠest pas suffisant.

 

Le Shen du Ciel PostŽrieur :

 

Ç Purifier Shen, ce nĠest pas seulement exercer le Shen de la pensŽe et de la rŽflexion È

 

Il nous faut donc exercer la pensŽe et la rŽflexion, de faon ˆ ne pas laisser notre mental, et notre reprŽsentation du monde se figer, et immobiliser ainsi le Qi.

Il sĠagit de pouvoir laisser les images et les mots venir, se dire, puis se dissoudre dans lĠŽcoute, de faon ˆ garder une fluiditŽ psychique, et ˆ permettre ˆ la pensŽe de voir encore plus loin, dĠtre continuellement crŽative.

Cette absence de fixation du Qi de la pensŽe dans une forme nous Žvitera dĠavoir ˆ mettre sur le bžcher des tres qui, comme GalilŽe, viennent bouleverser le confort du ronronnement obsessionnel de notre reprŽsentation du monde.

Pour purifier Shen, cĠest nŽcessaire, mais non suffisant !

 

Jing, Qi Shen du Ciel AntŽrieur :

 

Ç  Ce quĠil faut chercher, au centre mme de lĠattachement au corps, cĠest dĠo prend vie le Jing Authentique du Ciel AntŽrieur, dĠo se meut par elle-mme le Qi authentique du Ciel AntŽrieur, dĠo sĠŽtablit par lui-mme le Shen authentique du Ciel AntŽrieur. È

 

DĠo prend vie le Jing du Ciel AntŽrieur : Sheng

 

Sheng reprŽsente un fruit qui pend ˆ un arbre. LĠidŽogramme signifie : la vie, les vivants, engendrer, crŽer, na”tre.

Au centre mme de lĠŽcoute de notre enracinement dans le bassin, il sĠagit de toucher ˆ la vitalitŽ offerte par le Jing du Ciel AntŽrieur.

Le Jing du Ciel AntŽrieur, cĠest la toile de fond de la vie, cĠest le grand cercle noir qui sous-tend le diagramme du Tai Ji, cĠest un espace immobile, fondamentalement non-dynamique. CĠest lĠimmobilitŽ ˆ la source de tous les dynamismes, dont le Qi est lĠemblme lorsquĠil entraine Jing pour arroser tout notre corps.

CĠest la base de notre corps, sa fondation.

Nous y travaillons lorsque, en Qi Gong, ou en mŽditation, nous laissons continuellement notre forme couler vers la terre, continuellement É.

Nous faisons en effet alors lĠexpŽrience dĠune chute permanente qui laisse la conscience dĠun corps sŽparŽ se dissoudre dans la terre.

Continuellement, car, ˆ chaque instant, notre conscience recrŽe un corps, et un sol qui le porte.

La premire expŽrience de cette sensation de dissolution de la forme donne la sensation physique dĠtre au bord dĠun prŽcipice ou de tomber dans un trou, alors mme que nous reposons sur le sol. Et notre sursaut de peur nous renvoie vers la conscience dĠun corps sŽparŽ.

Mais en continuant tranquillement ˆ cultiver cet Ç ensemble È : avoir une forme/ne pas avoir de forme,  lĠexpŽrience devient reposante, comme la contemplation dĠune petite cascade dĠeau qui sĠŽcoule: elle est source de vitalitŽ.

 

DĠo se met en mouvement par lui-mme le Qi du Ciel AntŽrieur : Zi Dong  自 動

 

Zi Dong  自 動 signifie se mettre en mouvement spontanŽment, par soi-mme.

Au centre mme de lĠŽcoute de notre respiration, solidement enracinŽ dans notre bassin, lorsque nous ne cherchons pas ˆ la contr™ler, mais lorsque nous en suivons le fil, tranquillement, continuellement, nous la sentons devenir de plus en plus paisible, fine, comme un fil de soie qui se dŽroule.

Et soudain, nous ne respirons plus ou ˆ peine : nous sommes respirŽs par le souffle du Ciel/Terre, en lien avec Yuan Qi, le souffle ancestral de lĠorigine au centre du bassin.

O lorsque nous faisons nos exercices de Qi Gong, tranquillement, nous ouvrant ˆ lĠŽcoute de lĠespace en avant/en arrire, ˆ droite/ˆ gauche, en haut/en bas, ˆ lĠintŽrieur/ˆ lĠextŽrieur, tout ˆ coup, ce nĠest plus nous qui faisons le mouvement : nous sommes portŽs par le Qi.

O lorsquĠun coureur trouve son second souffle, etcÉ.

Nous faisons alors corps avec le Qi qui circule, avec la fonction qui sĠexprime.

 

DĠo sĠŽtablit par lui-mme le Shen du Ciel AntŽrieur : Zi Cun  自存

 

Zi Cun  自存 sĠŽtablit par lui-mme.

 

LĠidŽogramme Cun montre la force de vie qui se perpŽtue dans la continuitŽ des gŽnŽrations, comme un pre qui poserait  la main sur lĠŽpaule de son fils pour Žtablir sa descendance dans la verticalitŽ.

 

Regardons lĠŽtymologie de Shen :

Le radical montre les influences subtiles qui nous traversent, et la phonŽtique montre la posture du mŽditant debout, qui reoit ces influences dans sa verticalitŽ, les mains dirigŽes vers le Dan Tian InfŽrieur pour les concentrer.

 

Au centre de lĠŽcoute, dans la conscience qui Žmerge dĠun cÏur vacant, libre de ses attachements et de ses rŽpulsions, Shen Žtablit en nous sa descendance : nous ne sommes pas uniquement les enfants de nos parents, mais fils et fille de Shen.

 

Nous pouvons avoir, dans lĠinstant, accs ˆ ce qui Žchappe au conditionnement de notre histoire.

 

LĠintuition du Shen authentique du Ciel AntŽrieur Žtablit une verticalitŽ, un pivot juste entre lĠindividuel et lĠuniversel, une possibilitŽ de tŽmoigner de la totalitŽ du monde selon un angle particulier.

 

Pour exercer Jing, Qi, Shen du Ciel AntŽrieur, pas dĠautre chemin que  de prendre soin du Jing, Qi, Shen du Ciel PostŽrieur :

 

Ç Pour purifier Jing, on doit dĠabord exercer le Jing du Ciel AntŽrieur, et pour cela, il ne faut pas diminuer le Jing de croisement et dĠinteraction du Ciel PostŽrieur. Pour purifier le souffle, on doit exercer le souffle du Ciel AntŽrieur et, pour cela il ne faut pas blesser le souffle de lĠinspir et de lĠexpir du Ciel PostŽrieur. Pour purifier Shen, on doit exercer le Shen originel, pour cela, il ne faut pas dŽtruire le Shen de la pensŽe et de la rŽflexion du ciel postŽrieur È

 

La puissance de transformation vient du Ciel AntŽrieur, mais, pour quĠelle puisse agir, il est nŽcessaire de prendre soin de Jing, Qi, Shen du Ciel PostŽrieur.

 

Ne pas manquer de Jing : Sun

 

Sun    diminuer, manquer, montre une main qui renverse un vase pour le vider.

Nous avons besoin dĠun Jing en quantitŽ et en qualitŽ suffisante.

CĠest cela qui nous donnera une base solide qui permettra au souffle du Ciel/Terre de venir rencontrer le souffle de lĠorigine, Yuan Qi, et dĠavoir ainsi assez de puissance pour libŽrer les trois barrires du Qi le long de la colonne vertŽbrale par lĠexercice de la petite circulation.

Le Jing du Ciel PostŽrieur se nourrit par lĠalimentation, les plantes, les couleurs, certains exercices etcÉ

Mais il sĠagit aussi de ne pas le dŽpenser inutilement par une perte trop frŽquente de sperme, de sang menstruel, dĠaviditŽ tournŽe vers le monde extŽrieur sans retour vers lĠinterne.

 

Ne pas blesser le Qi : Shang

Shang Blesser : le mouvement dĠune flche qui blesse un homme.

Le Qi est facilement blessŽ par une respiration inadŽquate.

La surcharge Žmotive du Foyer SupŽrieur, accompagnŽe dĠun blocage du diaphragme par manque dĠŽcoute de la base, de prŽsence ˆ soi, dĠŽcoute de nos rŽactions ˆ lĠenvironnement, les choc Žmotifs, le stress vont blesser le Qi.

Des respirations forcŽes lors dĠexercices trop volontaires peuvent, elles aussi, tre source de blocages.

 

Ne pas dŽtruire Shen : Mie

 

Mie dŽtruire, Žliminer, sombrer.

Quand au Shen, il sĠagit de ne pas lĠŽliminer.

Expression trs forte qui montre une hallebarde, une arme, avec une plaie, et lĠeau et le feu. LĠidŽogramme signifie : Žteindre, sĠŽteindre, dŽtruire, pŽrir, tre submergŽ, sombrer.

Lorsque lĠon laisse le Shen de la pensŽe et de la rŽflexion prendre le contr™le, et faire des nÏuds au centre, interrompant alors le mouvement des nuages et de la pluie : a surchauffe en haut, et a gle en bas.

LĠeau et le Feu ne communiquent plus. LĠŽnergie ancestrale du bassin est gelŽe par manque de feu pour la mettre en mouvement, et le foyer supŽrieur surchauffe par manque dĠeau pour le rafra”chir.

Nous sommes coupŽs en deux, et nous ne pouvons plus recevoir les influences subtiles de Shen.

 

 Substance et fonction : Ti et Yong

 

Ç Donc, le Ciel AntŽrieur, cĠest la substance du Dao, et le Ciel PostŽrieur, cĠest la fonction du Dao. È

 

Ti la substance, lĠessence, le principe.

CĠest lĠessence des choses et des tres.

Le Ciel AntŽrieur, cĠest la substance du Dao, cet Žtat constant, sans dynamisme, o tout existe ˆ lĠŽtat d Ôessence premire.

Yong la fonction, ce qui fonctionne.

Le Ciel PostŽrieur, cĠest le Dao qui fonctionne.

Dans le Ciel PostŽrieur, tout est obtenu ˆ partir des 3 trŽsors, fonctions du Dao dans le monde des Formes.

 

 

Le point dĠappui :

 

Ç Avant la naissance de lĠhomme : la fonction se tient au cÏur de la substance. Ë partir de la naissance, la substance se cache ˆ lĠintŽrieur de la fonction.

Alors, (nous qui sommes dans le monde des Formes), si lĠon ne suit pas la fonction pour faire retour ˆ la substance, sur quoi pourrait-on sĠappuyer ?

 

Dans le Ciel AntŽrieur, la fonction est cachŽe ˆ lĠintŽrieur de la substance : rien ne bouge.

Dans le Ciel PostŽrieur, comme un gant que lĠon retourne, la fonction Žmerge, entra”nant ˆ lĠintŽrieur de sa trajectoire la substance du Dao.

Magnifique image !

Tout ce qui fonctionne, la pensŽe, le corps, les images, les rves, les mots, tout cela, cĠest le dynamisme de Qi, entrainant Jing, orchestrŽ par Shen. Tout cela, pour peu que nous nĠen obstruons pas les chemins et le mouvement continuel, tout cela reprŽsente le seul point dĠappui (continuellement en mouvement) dont nous disposons pour faire retour au Dao.

Quel autre point dĠappui pouvons-nous avoir que de suivre la trajectoire de chaque geste, pensŽe, image dans son surgissement, son Žpanouissement ET son retour vers son extinction.

Nous sommes loin de lĠimportance accordŽe au retour dans cette sociŽtŽ dont lĠŽthique est de favoriser une croissance continue !!!

 

Ç DŽsirer achever Jing, Qi, Shen du Ciel AntŽrieur, et ne pas prendre soin de Jing, Qi, Shen du Ciel PostŽrieur, on ne peut y parvenir. È

 

Il nous faut donc pratiquer de toutes les manires possible, ˆ lĠŽcoute du moment o ce nĠest plus nous qui portons la fonction, mais la fonction qui nous porte, et nous guide vers lĠintuition profonde de nĠtre sŽparŽ de rien.

CĠest cela la vie qui dure.

 

Retour ˆ DŽsir et Sans DŽsir :

 

Ç En rŽalitŽ, Jing, Qi, Shen, ces trois-lˆ, bien quĠon leur donne le nom dĠantŽrieur et de postŽrieur, en rŽalitŽ, au-delˆ de cette distinction, cĠest avoir du dŽsir et ne pas avoir de dŽsir qui les distingue. È

 

Nous voilˆ revenu au Dao De Jing ch1 :

Laisser nos dŽsirs particuliers surgir de lĠŽcoute, Žtat intensŽment vibrant de vie, dŽtachŽs de tout dŽsir particulier.

 

Nos savons bien dĠailleurs que certains problmes dĠinfertilitŽ se rŽsolvent lorsque le couple l‰che lĠobsession du dŽsir dĠenfant, et que certains patients guŽrissent lorsquĠils commencent ˆ dŽcrocher de lĠobsession de guŽrir le sympt™me pour lequel ils sont venus consulter.

CĠest en l‰chant que lĠon obtient.

 

Conclusion :

 

Le texte se termine par la description de la pratique de la petite circulation, qui suit le trajet du Du Mai et du Ren Mai, pratique Tao•ste visant ˆ libŽrer les 3 barrires du Qi le long de la colonne vertŽbrale.

Chacune des barrires est en lien avec un champ de cinabre.

Lorsque lĠespace intermŽdiaire du Qi, entre Jing et Shen est bloquŽ dans un de ces lieux barrire, nous sommes aussi bien coupŽs de notre origine dans le Sans Forme, en lien avec le Jing authentique du Ciel AntŽrieur, que de notre devenir, en lien  avec Yuan Shen,.

Nous sommes alors prisonniers de notre corps/mŽmoire/histoire.

Nous avons bloquŽ le Qi qui nous traverse, pour en faire notre identitŽ.

 

Le Qi est ce quĠil y a de plus impersonnel.

CĠest le dynamisme ˆ lĠorigine de toutes les trajectoires particulires. Il est continuellement en mouvement. Il relie, traverse et anime toutes les formes de vie. Il circule dans lĠespace vide qui relie toute chose.

CĠest ce qui fonctionne.

CĠest pourquoi son lieu dĠŽlection est au Tan Zhong, le milieu de la poitrine, qui abrite Zong Qi, lĠŽnergie ancestrale de tous les rythmes qui ont animŽ le vivant depuis lĠorigine.

 

Jing, cĠest lĠimmobile, le sans dynamisme ˆ lĠorigine du mouvement, le sans forme ˆ lĠorigine de la forme. CĠest pourquoi son lieu dĠŽlection est le bassin, en contact avec la terre, dĠo surgit toute forme et toute trajectoire.

En lien avec lĠorigine, ds que le Jing du Ciel postŽrieur est dynamisŽ par le Qi, il exprime  le mandat lŽguŽ par les gŽnŽrations qui nous ont prŽcŽdŽ depuis lĠorigine.

Impersonnel dans le Ciel AntŽrieur, il devient, animŽ par le Qi, porteur de notre hŽrŽditŽ et de notre mandat dans le Ciel PostŽrieur.

 

Shen, cĠest le chef dĠorchestre des Qi.

CĠest un pivot entre lĠindividuel et lĠuniversel, entre notre Ç petit moi È, et le Ç grand moi È qui englobe toute la manifestation.

CĠest pourquoi lĠaspect de Shen reliŽ au cÏur ne peut sĠincarner dans une forme individuelle, mais nous donner lĠintuition dĠune direction vers le Ç grand moi È, lorsque le cÏur est vacant, libre de toute attraction/rŽpulsion.

Les 4 autres aspects de Shen : le Hun, Le Po, Le Yi et le Zhi reprŽsentent lĠhistoire de lĠŽlaboration de notre conscience durant toute notre vie, sous lĠŽgide de Yuan Shen. Chacun  dĠeux est nŽcessaire ˆ notre Žvolution.

Le Hun, le plus proche de Yuan Shen, cĠest le fant™me qui parle par nos rves, notre capacitŽ dĠimaginer, de crŽer.

Le Po, liŽ ˆ lĠŽlaboration de notre corps, cĠest le fant™me qui cherche ˆ exister pour soi, qui crŽe notre individualitŽ, nous donne un corps sŽparŽ durant la vie fÏtale, et nous permet de lĠentretenir gr‰ce ˆ lĠŽnergie nourricire durant notre vie.

Le Yi, cĠest notre terrain porteur dĠune mŽmoire, o la conscience trouve ses germes de croissance.

Le Zhi, p™le nord, amarre de Shen, cĠest la capacitŽ de rŽaliser concrtement nos rves en assumant en totalitŽ notre destin.