Yves Daigneault
 
 


                                       LA COURSE POUR ÊTRE À L'ABRI


Pendant des années mon coeur a balancé entre vélo et course, à pied s'entend. Même aujourd'hui, même si mes engagements et mon temps lui sont dévolus, la course ne couvre pas toutes mes aspirations d'homme d'action.

D'autres raisons m'ont fait pencher pour rester dans le giron des enjambées sur route, sur terre ou sur gazon, entre autres l'économie de temps, la simplicité et à ne pas négliger  son universalité. J'en suis même arrivé à me convaincre qu'il s'agissait de l'activité fondamentale, celle qui a permis à nos ancêtres de traverser les territoires, de semer les ennemis et de durer au fil des ères.

Pourtant, j'ai toujours adoré le vélo. Cette griserie qu'apporte la vitesse, cette certitude qu'on peut aller loin, cet effort pour grimper et vaincre un col, ou s'arracher à un peloton.
Enfin, le vélo nous offre tellement qu'il serait injuste de le dénigrer au profit de la course à pied. Je lui en ai voulu cependant ces dernières années. Pas à lui directement, mais aux propos qu'il ralliait. Ne court pas, c'est pas bon pour les genoux, tu frappes le sol avec quatre fois ton poids à chaque foulée, alors qu'en vélo il n'y a aucun choc. On sait tous instinctivement qu'il y a moyen de se blesser dans n'importe quel sport et que ce ne doit pas être une raison pour s'empêcher de le pratiquer. Dans le cas de la course, l'attaque a été si virulente dans les années 80, en partie par ignorance, en partie aussi à cause de nouvelles activités plus grisantes, telles le patin à roues alignées, la planche à roulettes et le vélo de montagne qui gagnaient la faveur des jeunes au début et des plus vieux par la suite.

Tant et si bien que courir non seulement devenait moins populaire, plutôt ringard, pire, on risquait sa santé à vouloir s'y adonner. Mais avec le temps, le bon sens a pris le dessus, enfin y ais-je cru, les gens se sont informés, ont pris les moyens de prévenir les problèmes occurrents, i.e. les chaussures, les allures, les progressions, et cetera. Enfin, on a pu ces dernières années observer une recrudescence des adeptes de la course à pied.

On entend de moins en moins des, ha moi je ne peux pas courir, j'ai trop mal aux genoux, ou mon dos me fait souffrir, j'ai eu une entorse à la cheville il y a vingt ans. On pense plutôt, si j'ai un problème, une douleur, un malaise, je devrais consulter pour qu'on m'aide à le corriger au plus tôt, pour que je puisse battre le macadam à qui mieux mieux.
Même les spécialistes des maladies, je parle ici des médecins, se font de plus en plus les apôtres de la santé et de l'activité physique. Alors, tout semble s'imbriquer pour accroître le nombre de coureurs sur toutes les surfaces où l'on pose pied.  La course demeure tout de même un choix périphérique dans la ronde des sports spectacles, tels le hockey, football, basketball, pour ne nommer que ceux-là. Mais les comparer n'est pas le but de mon propos. Ce à quoi je veux arriver, c'est de parler de la facilité avec laquelle on s'en méfie et du peu de credit qu'on lui accorde sur les bienfaits vs les risques inherent à sa pratique.

Dimanche dernier, au marathon de Détroit, trios hommes sont morts en l'espace de 16 minutes. Deux au marathon, après avoir parcouru environ dix-neuf (19) kms, et l'autre après avoir terminé le demi-marathon en 1:53:00. La nouvelle a provoqué une onde de choc dont  n'avait surtout pas besoin le monde de la course à pied.

Depuis le nouvel engouement pour les marathons, plusieurs études se sont faites sur les tenants et aboutissants de ces épreuves et de leurs participants. On a entre autres, comptabilisé le nombre de décès lors de ces épreuves et de ces statistiques sont sorties des probabilités. Il y aurait 0.8 mort/100,000 marathoniens. Quel est l'apport, disons plutôt le risqué de mourir en courant, c'est très difficile à calculer. Une chose est certaine cependant, on risqué plus d'avoir des problèmes de santé, voire de mettre sa vie en péril si on ne bouge pas que si on bouge.

Alors, courons oui, à la fois informés et à l'affut des signes que notre corps nous donne. Je suis absolument convaincu qu'on peut pratiquer la course jusqu'à un âge avancé en respectant le gros bon sens et notre instinct.

Une autopsie doit être pratiquée sur le corps des hommes morts à Détroit. Les informations qui vont en ressortir pourront servir à mieux comprendre ce qui leur est arrivé et nous éclairer un peu plus sur l'incidence que le marathon comme tel, aura eu sur leur décès. On ne pourra jamais totalement éliminer les risques de la conduite de quelque activité que ce soit, mais mieux on sera informés et mieux on pourra en profiter.