LA VIE ENTRE LES MARGES
Je suis un acheteur compulsif. Il suffit
que j'imagine le bonheur de posséder, côtoyer, utiliser même un objet
que le désir émerge. Alors, comme une obligation s'empare de moi. J'en ai
besoin. Je fais le délice des fabricants de rêves.
En même temps, je résiste aux excès et me
protège tant bien que mal en utilisant toute la force que me laisse le
raisonnement devant mon cerveau envahi. J'en profite pour pratiquer la
rationalisation (pas celle des grands chefs d'entreprise), pendant que je ne
suis pas bombardé par la publicité.
Il se trouve que ce schéma me suit dans mes
habitudes de course, me causant quelquefois problèmes, blessures et multe
frustrations.
Alors il me faut trouver l'équilibre. Car
une vie dans les excès aura tôt fait de m'envoyer dans la marge et là comment
dire, tout va très vite et les effets catastrophiques s'avèrent inéluctables.
Ce à quoi j'hésite un peu…
Pour la consommation, il faut reconnaître
quoi, comment et quand acheter. Un budget serré et une liste bien préparée
nous prémuni devant les écarts éventuels. Pour la course par contre, allez
savoir pourquoi, l'évidence de l'harmonie et de l'équilibre ne me saute pas si
facilement aux yeux.
Mon corps c'est du direct, mes vibrations,
mes sensations sur la route, toute cette effervescence, elle ne se monnaye
pas. Alors le raisonnement oui, mais pour quoi faire? Je sais, on doit
construire une base en endurance, on progresse lentement pour éviter les
surcharges qui mènent à l'épuisement. Tout ça, on peut le raisonner, mais
l'instinct naturel qui nous fait sortir par -20C, ou par une chaleur torride,
ce réflexe reptilien qui nous pousse à l'action, pour rien au monde, j'y
changerais quoi que ce soit.
Au même titre, je me délecte de savoir qu'un
kilomètre réfère à la même distance partout au monde et qu'une minute reste
aussi interminable qui que l'on soit, si l'énergie n'y est plus.
Bien sûr,
juste pour continuer à courir, je suis prêt à faire des compromis, à concéder
de ne pas toujours être à fond de train, juste pour la retrouver au quotidien.
Mais là encore, il me faut être méfiant et mon petit doigt me dit de varier
pour mieux profiter. i.e. faire du vélo, nager etc. afin de garder l'œil du
tigre, sans s'effondrer. Se faisant, mon être s'en trouve bien nourri et mon
énergie reste intacte.
Finalement, l'équilibre quoique précaire
existe, mais est sans cesse à reconstruire.
Yves Daigneault