POUR L'AMOUR

La course nous apporte toutes sortes de sensations et pour peu qu'on s'y adonne avec rigueur, elle façonne notre corps, voire notre âme. Comme dans tout, lorsqu'on y met des efforts, on peut compter sur des bénéfices collatéraux, tels dans ce cas-ci, des endorphines qui viennent nous faire sourire devant l'effort. On en devient presque gagas.
 
Tant qu'à tripoter notre corps, autant en profiter pour s'en servir à bon escient et je pense ici bien sûr au sexe. Aussi loin que je me souvienne, i.e. disons à partir de la puberté, le sexe a occupé une place de choix dans mes pensées. Si les endorphines servent ma course, les phéromones servent ma vie sexuelle. Une récente étude de l'Université de Harvard soutient que les coureurs et coureuses qui ont découvert la course récemment et qui sont âgés entre 40 et 60 ans, jouissent d'une vie sexuelle comparable à leur comparses de 20 ans leur cadets.
 
Et ça s'améliore avec la pratique semble-t-il. Les hommes qui peuvent avoir une érection et la tenir assez longtemps, ainsi que les femmes qui sont facilement stimulées, atteignent plus facilement l'orgasme. Il semble y avoir une corrélation entre la forme physique et nos hormones de toutes sortes. Peut-on parler ici de double avantage?
Mais attention, la brigade des mœurs n'est jamais loin pour corriger les vilains et jeter une douche froide sur les élans par trop enthousiastes. Est-ce que trop d'une bonne chose peut nuire au bon fonctionnement de l'ensemble? Poser la question c'est y répondre.
 
La course oui, mais attention à la fatigue, le sexe oui, mais attention aux abus et vu qu'il se pratique souvent à deux, attention aux relations. Côté pratique, nous sommes à même de savoir qu'une bonne relation et un sentiment amoureux amènent une plus grande satisfaction qu'une déficience de l'un ou l'autre. Mieux, pour la performance sportive, la pratique sexuelle juste avant la performance sportive avantage l'athlète. Par exemple, chez les femmes, un orgasme juste avant une épreuve sportive, amène souvent un meilleur résultat. Alors, allons-y, jouissons de la vie.

Yves Daigneault.
 
 

                                            L'ODEUR DU TEMPS
 
Ce matin je me suis réfugié dans un rituel, sachant d'avance m'y complaire. Petite douche, déjeuner, lecture et enfilade de vêtements de course. C'est que je suis confronté à un vague à l'âme appuyé d'une légère gueule de bois.
Mes pensées picossent des sentiments contrastés, bonheur d'être papa, amertume dans mon incompétence. Je dis facilement ma fierté d'initiateur, sans pour autant avoir le comportement adéquat qui s'y rattache. Heureusement, je me sens aimé d'eux et vice-versa.  Alors quoi, c'est compliqué être papa aujourd'hui.
 
Car déjà, je ne suis plus de la même époque. C'est curieux, c'est arrivé sans que je m'en aperçoive. La société nous a ébranlé et mon rôle de père s'est comme étiolé. Mea culpa en ce jour malheureusement consacré à la consommation.
 
Puisque j'ai choisi de me commettre dans une chronique de course, faudrait peut-être que j'en parle. Arrive donc le temps de la complaisance. D'abord l'odeur du gazon au départ de ma course, puis les pivoines et l'eau du fleuve se mettent de la partie. Les rangées de feuillus ensuite prennent la relève. Puis bien sûr, ma sueur qui ruisselle, ne laisse personne indifférent. J'ai quand même suivi un peu l'époque moderne avec des vêtements à la fois techniques et confortables. Même que si j'avais été une femme, j'aurais jouis de courir en jupe en ce temps de canicule.
 
Toutefois, c'est le temps qui me fait sentir sa chaleur, m'envoyant des aiguilles de douleur dès que j'ose faire une pointe de vitesse. Une chose cependant, l'odeur qui s'en dégage reste toujours la même, celle de l'amour de courir au mieux de ce que je suis. Peut-être puis-je offrir cette course pour dire à mes enfants d'abord et à tous ensuite que l'odeur du temps ne peut effacer l'amour de vivre.
 
Salut à tous les papas, papis et pépés.

Yves Daigneault.
 
 
 
                                  BIEN MANGER POUR ÊTRE BIEN

Chronique du 7 juin 2008.

  
Combien de fois vous êtes-vous retrouvé dans une super  forme, seulement pour vous voir attraper un rhume la semaine avant votre grosse course? Ou peut-être vous êtes-vous rendu jusqu'à la ligne d'arrivée, sans pouvoir courir pour les 10 jours suivants, Que s'est-il passé? La plupart du temps, la course semble nous conférer un effet protecteur contre les rhumes et autres infections respiratoires. En fait, la plupart des coureurs se plaignent moins souvent de ces maux que les sédentaires. Pourtant, certains coureurs, même plusieurs, tombent malades aux moments cruciaux..
 
Vous n'êtes pas seuls, si vous vous sentez particulièrement vulnérables aux virus durant des périodes d'entraînement intensif. Plusieurs coureurs ont attrapé des virus durant ces périodes cruciales. Citons en exemple Alberto Salazar qui a attrapé 12 rhumes en douze mois en se préparant pour le marathon olympique de 1984. Finalement, il a fini 15ième après avoir été le favori de la course. De grandes doses de vitamine C, de glutamine, ainsi que l'évitement du contact avec d'autres sont des stratégies fort utilisées pour protéger le système immunitaire.

Nous oublions trop souvent une façon simple, mais très efficace de renforcer notre immunité, il s'agit bien sûr de surveiller notre alimentation. 
Un bon système immunitaire se lit dans un bon taux de sucre dans le sang. Et un bon taux de sucre provient d'une bonne consommation d'hydrates de carbones. Car ces sucres lents assurent un débit continu dans l'organisme pour de longues périodes.
 
Une règle d'or vient ici à notre rescousse .Lorsque notre exercice dure une heure ou moins, l'eau suffit amplement à nos besoins énergétiques. Après 90 minutes cependant, des breuvages énergétiques contenant environ 6 à 8 % de sucre sont fortement recommandés pour nous maintenir dans un état optimal. Nous avons souvent pensé qu'une fourchette de 30 à 45 minutes immédiatement après l'exercice était particulièrement favorable à l'absorption de sucre. En corollaire, nous devons aussi comprendre qu'en cas de non consommation, la même fourchette joue en faveur d'une diminution de la résistance immunitaire.
 
Au-delà des breuvages sucrés durant l'entraînement et de la consommation d'hydrates de carbone immédiatement après, de bonnes habitudes alimentaires, telles une grande variété dans nos choix d'aliments assure une forme optimale de notre système en tout temps.
 
Au fond, c'est simple, donnons à notre corps ce qu'il demande, en autant qu'on est suffisamment attentif à ces besoins réels.
 
Yves Daigneualt.
 
 

            Chronique du 31 mai 2008.

                                               LA PAROLE EST D'ARGENT 

Aux néophytes de la course à pied, j'offre souvent le truc de la conversation pour doser les efforts lors de sorties de groupe.
Si on peut palabrer, s'exprimer sans ambages, même verser dans les détails croustillants de l'anecdote au goût du jour, on est à coup sûr en mode aérobique. J'ajouterais même, en zone de confort.
Aussi, lorsque les phrases se font plus courtes, nous découvrons le seuil anaérobique, au-delà duquel on ne peut faire long feu. Si bien que lorsqu'on le titille, on le fait avec parcimonie et une bonne dose d'humilité.
Quand les mots n'en sont en fait que des bribes tels, ouais, o.k. bof, l'espoir d'arrêter est grand, même inéluctable.
Tout ça c'est bien pour ceux qui aiment bavarder lors des sorties, mais les autres, ceux pour qui l'introspection, la concentration, ou même la gêne laisse cois, ces conseils ne sont d'aucune utilité. C'est ainsi que j'ai découvert que le monde des coureurs de fond se divisait en deux grandes catégories, les " jaseux " et les sérieux. Il m'arrive parfois de commencer en jaseux et de finir des plus muets. L'inverse est plutôt rare et j'avoue que lorsque je l'ai vécu, c'était pour moi tout près du nirvana.
Ces caractéristiques sont si véridiques que même lors des compétitions, les deux camps se côtoient, donnant lieu à des situations parfois cocasses. Car quoi, on ne connaît pas son rival qu'on est sur le point de dépasser. Mais, arrivé à sa hauteur, un : "  lâche-pas, ça va bien, ou un, bonjour comment ça va ", ne fonctionnent pas toujours. L'interprétation peut surprendre, voire troubler l'interpelé.
Quoi qu'il en soit, nous partageons tous cette même passion de la bouffe du bitume, comme de toutes les surfaces qui nous font avancer des heures durant. Alors, qu'on le vive d'une façon comme de l'autre, ce qui compte, c'est d'y être.

Yves Daigneault.

 
 

                                                             SURPRISE!

Ces derniers temps, la nature s'est montrée avare de soleil. C'était peu, mais je cherchais le moindre prétexte pour mettre la pédale douce à mes entraînements. Pourquoi, je n'en n'ai aucune idée, mais bon, un peu de farniente taquinait mon esprit. Coucher tôt, lecture et télé, c'était comme une grande récréation.
 
J'y prends goût, et deux semaines passent. Quand même un soir, après deux jours collés de course et une fatigue bien sentie, je me décide quand même à me secouer les puces et à tâter de l'intervalle. Rien que le mot donne des frissons aux initiés qui comme moi l'ont pratiqué à mauvais escient.
 
Quand même, j'attaque la piste de 400m avec une certaine désinvolture, prêt à accepter le résultat quel qu'il soit. Un 1200m d'abord à rythme moyen, m'a semblé sans effort aucun. Après un tour de récup., un 800m suit, dans un serrement à peine inconfortable. Si bien que j'ose ouvrir plus fort dans une série de 400m, tel un jouvenceau. Surprise, je me complais dans l'effort, plus, j'en redemande, la vitesse me sied à merveille. Je suis presque à bout de souffle, mes jambes chauffent et je pourrais encore accélérer. Je me retiens, pourquoi, je ne saurais le dire, mais tout est là, l'harmonie la satisfaction, l'équilibre, wow.
 
Comment est-ce arrivé, j'ai ma petite idée là-dessus. Elle est saugrenue, mais elle vaut bien que je la partage. Évidemment, l'expérience nous fait savoir quand on chatouille la crête du surentraînement. Mais, honnêtement je n'y étais pas. Alors quoi? Je crois que la sensation d'être en harmonie dans son quotidien, de se sentir compris, apprécié favorise la synergie globale. On dirait que tout devient facile, il ne faut rien exagérer, mais on prend tout ce qui arrive sur un ton plus léger. En saisissant cette occasion, je me suis prouvé que l'action heureuse n'est jamais très loin.
 
Yves Daigneault.

 
                                      QUAND LA COURSE DEVIENT UN ART

Ce talent, ce procédé dis-je qu'est l'art, peut-il servir la cause de la course? En fais-je une quête ou une constatation?
Par nature, la course fait partie de notre processus de développement. Tous, à moins de particularités incontournables, l'exerçons  peu de temps après nos premiers pas.
Alors, pourquoi faire tant de fla-fla autour de sa pratique? C'est certainement à cause du constat tragique de l'efficacité avec laquelle on a réussi à s'en départir.
Sans dire tous, une grande partie de nos efforts d'évolution, ont servi la cause du ralentissement, jusqu'à la recherche sublime s'il en est, de l'immobilisme. Quelle belle nature que celle de l'homme. Nous sommes des être sociaux et à ce titre, avons absolument besoin des autres pour survivre et accessoirement, pourquoi pas être heureux.
C'est pourquoi nous mettons en commun nos forces, nos découvertes et nos talents pour y arriver. Qu'on pense aux découvertes du feu, de la roue, et j'accélère ici notre formidable évolution jusqu'à l'internet, les jeux vidéos et j'en passe et des plus belles.
C'est par une torsion que je n'arrive pas à expliquer, tant elle est complexe qu'on a finit par faire de la course, une activité à apprendre et à maîtriser, si on veut en profiter. Ouf, j'espère me tromper, car un malaise m'envahit en le disant. Peut-on laisser la course entre les mains de la technologie sans crainte de débordements, d'abus, voire de catastrophes.
Revenons donc sur notre constat du début. La course,  pour être un art,  se doit d'être forgée, inventée, crée par l'homme. Or il n'en n'est rien. D'accord pour les avancées technologiques qui tendent à nous la rendre plus conviviale, attrayante, elles sont certainement bienvenues. Mais laissons à l'art son rôle essentiel, soit d'exprimer notre âme, nos sentiments, nos  idées en marquant d'un artifice ce que la nature offre à tous, nous y compris.
Finalement, si on veut en faire un art, ça ne me dérange pas, seulement, je crois qu'on devrait simplement retrouver notre nature et lui faire confiance.
Yves.Daigneault.
 
 
                                                Chronique du 8 mai 2008.

LES DISTANCES EN DISENT LONG

Les distances où est-ce le temps, en disent long sur les protagonistes de la course à pied. Une petite mise en situation d'abord, pour clarifier où je veux en venir.
 
Depuis maintenant plus de trente ans, j'enseigne au secondaire et les élèves ne dérogent à peu près pas des critères les identifiant à leur âge. Par exemple, lorsqu'ils arrivent au secondaire, ils passent de grand boss du primaire à " ti-cul " du secondaire et prennent l'année pour s'y faire. L'année d'après est souvent une bénédiction pour les professeurs. Les élèves connaissent le fonctionnement, les limites et participent de bon gré aux activités. En troisième secondaire, oh la la! Chez les gars, c'est l'âge des défis, de la confrontation, tandis que les filles louvoient entre pâmoison et gros chagrin. Puis arrive la quatrième secondaire, second répit de l'adolescence. Ils choisissent des options, prennent confiance et tissent de bons réseaux d'amitié. Finalement, à l'année ultime, ils triment plus à se confronter entre leurs choix pas si sûrs et leur goût d'en finir avec l'école. Si bien qu'en deuxième partie d'année, le bal des finissants prend plus d'importance que les examens finaux, du moins côté garçons.
 
Nous pouvons faire un parallèle avec la course à pied. Bien que d'évidence, plus on vieillit, moins on performe, encore plus sur les courtes distances. Si bien qu'il faille se tourner vers le type de personnes face à leur âge, pour en comprendre les subtilités.
 
Les américains ont fait leur choix depuis belle lurette et ont couronné le 100m, comme la reine des courses, tant au point de vue prestige que pour sa valeur populaire. Bien sûr pour le symbole de beauté, de puissance et de domination. Tellement que sans le dire ouvertement, tant les entraîneurs que les athlètes, tous croient qu'on  vieillit en harmonie avec l'augmentation des distances de compétition. Si bien qu'on finit par faire passer le marathon comme une distance de second ordre, une sortie élégante à une carrière qu'on veut plus longue.  Personnellement, sans contredire complètement cette théorie qui veut que notre vitesse de pointe s'effrite avec le temps, j'aimerais y introduire des éléments de personnalité et de génétique qui rendent une meilleure justice aux athlètes concernés.
 
Prenons les distances une par une et voyons-y de plus près. Le 100m où la force explosive règne en maître absolu, peut très bien servir de champ d'expression à des athlètes vieillissants au caractère et aux muscles tout aussi explosifs. Ils vont moins vite vrai, mais ils restent tout aussi fébriles face à la ligne droite.
 
Le 400m qui à mon avis restera toujours la course la plus difficile, même que ses pratiquants l'appellent l la mort lente. Elle  peut servir de balise à celles et ceux qui ne peuvent se contenter de mièvreries. En ce sens, peu importe l'âge, si vous avez l'état d'esprit du tour unique. Si vous salivez à l'idée de maintenir une cadence indécente au troisième tournant, alors qu vos jambes sont comme du jambon et que vos bras ne répondent plus. Si votre allure se détériore et que tout ce que vous cherchez, c'est de la retrouver coûte que coûte, alors que vous ayez 20 ou 60 ans, le 400m c'est pour vous.
 
Voyons le 1500m maintenant, c'est la distance classique, où vitesse et tactique gagnent tour à tour le cœur de ses adeptes. Que l'on soit fougueux à l'instar d'un Steve Prefontaine , qui s'est tourné ultimement au 5000m, ou fin tacticien tel un Sebastian Coe, le 1500m est las distance rêvée, tant pour les coureurs que pour les spectateurs. Car elle est construite comme une histoire faite de rebondissements et de drames contenus.
 
Le 5000m comme le 10000m sont des distances réservés aux athlètes à la fois endurants et puissants. Il faut donc une dose de hargne, mêlée à une endurance hors pair, pour vouloir se colleter avec les adeptes de ces distances.
Le marathon quant à lui, malgré ce qu'en pensent les américains, reste une épreuve ultime, bien sûr d'endurance, empreinte de tactique et de préparation minutieuse. Elle est ouverte c'est vrai aux athlètes d'expérience, mais n'en finit pas d'attirer à elle une grande fourchette d'âges, pavant ainsi l'espoir de s'exprimer en courant sa vie durant.
Alors, s'il est vrai que des gabarits ou des caractères conviennent mieux que d'autres à des distances particulières, la course comme les études, sert bien celui qui sait les vivre.
 
Yves Daigneault
 
 
Chronique du 3 mai 2008.
                                                         COMPÉTITION
La compétition, particulièrement dans la course à pied, relève de la plus grande simplicité. Parcourir à pied la distance d'un point à un autre, dans le temps le plus court possible. Les vétérans du domaine connaissent d'infinies façons de compliquer l'épreuve.  Pour certaines courses, le défi revient à modeler nos efforts de façon précise, pour atteindre un nouveau niveau de performance personnelle. Dans ces cas, la patience est le meilleur guide vers de bons résultats. Il nous faut apprendre quand se retenir et quand tout donner.
 
A d'autres occasions, on doit s'en remettre aux indices révélés par nos adversaires. C'est alors que nous cherchons à maintenir le rythme des autres plutôt que le nôtre, mettant  à risque l'issue de l'exercice. Nous pouvons même, quand les circonstances l'exigent, considérer notre effort comme une contribution au groupe, à l'équipe.
Malgré toutes ces variables, souvent nous vivons nos meilleures courses, autant du point de vue satisfaction personnelle que de performance, lorsque nous ne faisons que faire pour le mieux, tout simplement. Pour y arriver, on nous dit de relaxer, de laisser aller, de courir à l'instinct. Mais comment y arriver? De par leur nature, ces situation ne peuvent être planifiées…ou le peuvent-elles?
 
Quelques facteurs à mon sens peuvent y contribuer grandement.
1- Être très reposé. Bien sûr, on peut courir à s'abandonnant complètement, même lorsque fatigué, mais le résultat alors est plus que prévisible. Il n'y a rien comme d'arriver à la ligne de départ et de se sentir fébrile parce que plein d'énergie.
 
2- Soutenir la pression.  Car pression il doit y avoir. Nous recherchons ici des situations où la qualité garantit le résultat. Qu ce soit des adversaires qu'on peut redouter, un parcours exigeant, ou des conditions météo difficiles, nous devons voir ces facteurs comme des éléments qui nous conduisent vers un succès.

3- Poser des questions. Oser se demander à la ligne de départ, à quelle vitesse vais-je faire cette course et accepter d'avance que le résultat sera le meilleur de nous-même.
 
Je crois fermement que la course en tant que compétition sera toujours une source d'inspiration pour un grand nombre d'entre nous. En tout cas, pour moi ce l'est.
 
Yves.Daigneault.
 
 
 
           Chronique du 26 avril 2008.

                                                 LE DÉSENTRAÎNEMENT

On se pose parfois la question à savoir, après combien de temps sans s'entraîner perd-on assez la forme pour que nos performances s'en ressentent. Bien sûr parmi les passionnés de la course, cette crainte amène parfois des raisonnements, disons risqués.
 
Est-on mieux de s'entraîner deux fois par jours, de courir chaque jour sur une période très, très longue. Bref, l'effet contraire à nos attentes se produit alors de façon presque assurée. Nous nous blessons où nous tombons malades. Trouver l'équilibre dans se genre d'équation tient du gros bon sens, d'un peu de chance, d'analyse attentive et surtout d'une compréhension suffisante des éléments en jeu.
 
D'ailleurs à ce propos, au moins une soixantaine de recherches scientifiques dignes de ce nom ont été répertoriées. Les découvertes en général, sont de nature plutôt rassurantes.  Prenons ces quelques données pour nous en convaincre. Après 2 à 4 semaines d'arrêt, notre VO2max diminue de 4 à 10%. Ceci en grande partie à cause de la réduction du volume de sang se rendant au cœur. Nous assistons aussi à une diminution de la concentration de glycogène musculaire. Ce qui est étonnant du glycogène, c'est que plus on est en forme, plus grande est la baisse.
Aussi, il suffit de garder en tête que côté performance, l'intensité importe bien plus que le volume. On peut réduire le volume de 30 %, si on maintient l'intensité, la performance peut prendre des mois avant d'en subir les effets négatifs.
 
Quelques données ne sont pas consignées dans les recherches, mais affectent néanmoins les coureurs. Par exemple, l'effet de l'habitude qui disparaît, ou du repos qui s'installe, rendent le retour au niveau d'avant d'autant plus difficile.  C'est pourquoi, on doit être d'autant plus patient quant au retour à la grande forme. Après tout, on le sait depuis toujours, la course est là pour rester.
 
Plus, la performance n'est qu'une facette de ce merveilleux sport aimé de tous.
 
Yves Daigneault.
 
                                                      L'ESPRIT OLYMPIQUE

Chronique du 18 avril 2008

Je vois arriver Pékin 2008 et toute la fanfare qu'attire une si grande plate-forme médiatique et j'ai quelques frissons. Je suis sensible au sort des Tibétains et préoccupé immensément par les droits de la personne.
 
Mais mon cœur, mon âme et mon énergie sont saisis surtout par l'esprit olympique. Je ne suis pas naïf au point de nier la corruption, autant à l'extérieur ( marketing, appât du gain) qu'à l'intérieur ( dopage, tricherie, etc…) qu'apporte avec eux ces Jeux olympiques.
 
Mais je ne puis m'empêcher de vibrer avec celles et ceux qui déploient leurs énergies qui investissent des années de leur vie pour accéder, peut-être c'est pas sûr, à une place, même dans l'ombre, à la grande fête. Si on s'attarde à la charte olympique, on peut y lire : "  Les jeux olympiques cherchent à créer une manière de vivre basée sur la joie vécue dans l'effort, la valeur éducative de l'exemple et le respect des principes fondamentaux d'éthique ".
 
C'est pourquoi je me sens toujours soulevé d'admiration, tant pour les favoris des disciplines vedettes que pour ceux qui vivent leur rêve dans l'ombre. Peut-on nommer un athlète olympique du tir à l'arc?  Ne serait-ce que pour le culte de l'effort, bien sûr l'image des plus grands me sert d'inspiration pour que je m'habille et que j'aille faire ma petite sortie de 45 min. On oublie quelquefois qu'une réussite facile est vite oubliée, mais que celle durement acquise nous suit longtemps après le fait.
 
On parle d'éducation dans la charte et je joins mon vote au culte de l'effort. Sans me faire l'avocat du diable, j'émets quelques craintes dans notre volonté de faire que les élèves évitent l'échec à tout prix. Pour qu'ils se sentent intégrés, on est prêt à baisser les standards et à accepter la médiocrité au nom de l'équité. Je sais, j'y vais un peu fort, mais malheureusement  assez près de la vérité. Les athlètes que j'admire ont vécu l'échec à maintes reprises. Ils s'en sont servi pour mieux rebondir et bâtir une force qui les guide dans tout ce qu'ils entreprennent.
 
Alors dans ce sens, accueillons l'olympisme pour ce à quoi Pierre de Coubertin a aspiré, un monde meilleur.
 
Yves Daigneault

LES RIVERAINS
 

 
Chronique du 5 avril 2008.

                                                 Vive les mathématiques.

En tant que coach, je cherche toujours la meilleure formule qui puisse convenir aux coureurs à qui je m'adresse. Que ce soit pour une approche générale, ou pour un conseil pointu, j'essaie toujours de prendre en considération tous les facteurs présents qui pourraient influer sur le résultat.
 
Parfois, ça donne des surprises hallucinantes. Il me vient une anecdote sortie tout droit du domaine du vélo. Les années 80 et 90 en particulier, ont vu l'essor de la popularité de la " petite reine ", allant jusqu'à même interférer sur la pratique de la course à pied. La technologie s'est développée de façon fulgurante. Je me rappelle le développement d'une nouvelle forme de pédalier " Biopace " ovale. Le but louable de ce système était d'augmenter l'efficacité du coup de pédale. Après plusieurs essais et tentatives de perfectionnement, on en est arrivé à l'objet ultime, soit le pédalier parfaitement rond.  Mon argument ici tient dans l'idée que l'on peut chercher  la formule magique par exemple pour courir un marathon en 4 :00h. On développe une progression bien réglée dans les longues distances, on fait des intervalles à bonne vitesse et des Tempos bien gérés, pour augmenter notre VO2 max. Seulement, la meilleure façon de courir un marathon en 4 :00h sera toujours de courir à 5 :40/km pendant 4 heures.
 
Et comme pour l'apprentissage des mathématiques, le succès vient souvent dans la répétition d'exercices, la meilleure façon de courir à une certaine vitesse, c'est d'exposer son organisme le plus souvent possible et le plus longtemps possible à cette vitesse. C.Q.F.D.
 
Donc, si on fait plusieurs sorties entre 10 et 30 km à la vitesse marathon, on augmente nos chances de s'y sentir à l'aise. Je sais, je sais, je me répète, mais je sais aussi que c'est comme ça qu'on apprend. Alors, si le cœur vous en dit, faites-en l'expérience.
 
Yves Daigneault.
 
 
Chronique du 30 mars 2008.

                                                   MONTER LA BARRE

C'était une de ces journées sans excuses, 12C, pas de vent, un petit couvert nuageux, une journée parfaite pour une course sur route. Plus, j'avais fait mes devoirs, i.e. mes longues distances en progressions, mes intervalles, mes Tempos. Et dans la dernière semaine, réduction du volume et augmentation du repos.   Et le résultat fut au-dessus de mes espérances. C'est quand, au milieu de la course, je me suis retrouvé avec un groupe inhabituel, mais que mon état lui, était tout à fait idoine. L'idée folle m'est venue de rejoindre un petit peloton à environ 400m en avant. Ça m'a pris trois km, mais c'était faisable et il me restait encore assez de zest pour appuyer l'arrivée. Quelle course, quelle surprise.
 
Le problème c'est que s'il y avait une formule qui garantisse une percée à coup sûr, le rôle de coach serait des plus ennuyants. Car il m'est arrivé d'avoir une préparation parfaite et une performance médiocre à sa suite. Je crois qu'on doit être aux aguets des signes.
 
Bien sûr quand tout va bien aux entraînements, c'est un signe indéniable. On dit aussi que les percées arrivent là où on les attend le moins, soit à des petites sorties improvisées, ou à des courses qu'on considère de moindre importance. La raison en est bien simple, on est détendu. Ce qui à mon avis est le facteur déterminant en l'occurrence. Coupler ce facteur avec le courage de se tester pour savoir vraiment, mais vraiment jusqu'où on peut aller et le résultat devrait suivre.
 
Pour tout cela, il faut être capable de vivre le ici et maintenant et d'avoir disons, une confiance sous contrôle. J'entends par là une confiance éprouvée. Nous ne sommes pas sans savoir qu'ici on est sur la crête fine de la performance d'un côté, de la brisure de l'autre. Une anecdote sur coach et confiance, me vient à l'esprit. Il s'agit d'un ami coach qui reçoit un jeune plein de promesses, mais sans expérience aucune. Il l'inscrit dans une course de 5000m sur piste. Après 5 tours, il tire à l'arrière du peloton par environ 200m. Arrivé à la hauteur de son coach, il lui demande : "  coach, est-ce que je peux abandonner? ", et le coach de lui répondre : " pas avant d'avoir rejoint le peloton ". Il prit 4 tours pour rejoindre le peloton et poursuivit son élan, pour finalement gagner la course. Mon ami avait eu cette répartie un peu par instinct, mais quel dénouement.
 
Avoir une percée est difficile, mais capitaliser dessus l'est encore plus. Les endorphines, les rêves nous propulsent encore plus loin et quelquefois on oublie l'essentiel. La phase de récupération et  la reconstruction avant de redéfinir de nouveaux objectifs plus élevés. En gros, on ne doit pas s'attendre à de meilleures performances dans les jours qui suivent, mais on doit quand même se réorganiser pour rester encore dans le ici et maintenant et surtout, dans la détente.
 
Yves Daigneault.

 
 
Chronique du 25 mars 2008.

                                              QUAND L'HIVER S'ÉTIRE

La beauté de l'hiver, on ne la dira jamais assez, le tapis blanc qui couvre les prairies, les montagnes enneigées qui font le ravissement des skieurs, planchistes et toutes ses variantes.  Mais quand arrive l'équinoxe, on dirait que mon horloge biologique sonne le réveil des vêtements légers, le goût de la renaissance après une période quelque peu figée dirons-nous.
 
Mais non, il ne faut pas s'y fier et plein de dangers nous guettent durant cette transition, faite à la fois du meilleur et du pire. Pourtant, on sait que mars est le mois des giboulées, du vent, de la gadoue et du regel casse-patte. Dans mon cas, l'hiver durant, je m'étais motivé à ne pas m'en faire et à m'habiller tranquillement pour affronter toutes les intempéries. C'était aussi en filigrane, l'idée secrète de la récompense du printemps, où du jour au lendemain, on laisse les double épaisseurs, pour enfiler des shorts et sentir enfin le vent sur nos jambes. Disons qu'avec ces étirements hivernaux, j'ai dû continuer mon rituel de m'habiller tranquillement pour sortir affronter les conditions moches, mais cette fois avec une conviction amoindrie. Résultat, j'ai attrapé une grippe. Vous allez dire que je divague, mais si ce n'est de la cause, l'effet lui est indéniable et quelque peu déprimant.
 
Alors, j'en profite pour essayer de tirer une quelconque leçon de l'expérience. Bien sûr, on n'est pas des super héros et quand la vie nous bouscule, on a souvent intérêt à faire une pause, à prendre le temps de regarder les choses aller. Il n'y a jamais lieu d provoquer le temps et si nos actions ne nous mènent pas aussi vite qu'on le voudrait vers notre but, c'est pas grave. Il peut arriver qu'on anticipe un peu plus que ce qui se présente, mais le printemps lui, immuable dans sa nature se présentera quand son heure sera venue et bien sûr, je l'accueillerai comme il se doit, en héros.

Yves Daigneault.
 

                                      LE COUREUR ALIMENTAIRE
 
On dit des accros aux sensations fortes qu'ils carburent à leur dose d'endorphine comme on mange au quotidien.
On sait aussi que la course à pied, pour naturelle qu'elle soit, n'en est pas moins difficile. Même qu'à une époque pas si lointaine, on murmurait que les coureurs sont des masochistes, tant on peinait à en voir sourire dans leurs foulées concentrées.
 
À l'instar des camés, certains coureurs attendent leur dose d'endorphine, pour mieux traverser chaque matin. Est-ce inquiétant, pathétique, je ne saurais dire, car toute dépendance nous éloigne bien sûr du geste libre. Mais la course à dose régulière n'est sûrement pas nocive. Pour en avoir fait l'expérience, plusieurs dangers guettent l'adepte de la foulée. D'abord, avec la pratique, on devient à l'aise plus facilement et on augmente la durée et la vitesse  assez rapidement.
 
Certains effets secondaires nous rendent encore plus vulnérables à la dépendance. En effet, on a une meilleure endurance, un rythme cardiaque ralenti, une diminution de la masse graisseuse, une meilleure concentration intellectuelle, etc. Tellement, qu'on pourrait presque se croire invincible.

Alors là, tous les abus nous guettent, sans parler des dangers extérieurs, tels les autos, vélos, feux de circulation et j'en passe. Pour les risques internes, ils tiennent à la fois de la mécanique et de l'esprit. Mécaniquement, on a autant besoin de récupérer après un effort, pour se reconstruire et se renforcer. Ignorer cette règle mène aux blessures de toutes sortes. Mentalement aussi, on a besoin de repos, sinon la fatigue nerveuse, le surmenage même, freine nos élans en nous clouant à notre divan quand ce n'est pas notre lit.
 
Mais on n'a pas trop à s'en faire, car outre le fait qu'il peut se passer beaucoup de temps avant d'en arriver là, nous pouvons équilibrer notre pratique en nous ajustant au fil du temps.
 
Yves Daigneault
 
 
Chronique du 2 mars 2008.

LA FORME

Il y a des domaines où l'apprentissage laisse une marque si profonde qu'on n'a pas besoin d'y revenir à tout bout de champ pour maintenir les acquis. J'en veux pour exemple d'aller à bicyclette. Est-ce parce que les prémisses de la réussite sont difficiles, voire parfois hasardeuses ouch des fois. Toujours est-il, lorsqu'on sait rouler, on le sait pour la vie. Si c'était comme ça pour tout, mama mia, mais là je m'éloigne, déjà que je n'y suis pas encore tout à fait.
Apprendre à lire et à écrire baignent dans le même moule que le vélo. On patauge, on se bute, mais c'est assurément plus long et sans nécessairement nous mener plus loin. On devrait donc bloquer des plages de temps serrées pour ces deux essentiels, pour après passer à autre chose.
 
Nous voilà rendu à la forme qui en tant que domaine, tient du style qui requière patience oui, mais aussi  des rafraîchissements à intervalles réguliers. Ne nous méprenons pas, nous ne sommes pas devant une icône de la mode, ou une toile de Modigliani, nous pastichons les qualités esthétiques au service des bienfaits du corps. Alors, pour la forme, on se doute bien que ça ne va pas tout seul, malgré le fait qu'on devrait avoir un penchant naturel à s'en occuper. Devrait-on envoyer au pilori notre style de vie moderne, pour s'être fait arnaquer au point de perdre l'instinct d'être tout simplement bien. Il faut dire que cette régression n'apporterait guère que des complications.
Un peu d'attention à nos priorités et d'engagement de temps, à consacrer à notre bien-être physique règleraient le problème assez facilement. Seulement voilà, on perdrait de l'argent, on serait moins productif et on avancerait moins dans nos plan de carrière. Ah non, pas encore le nœud gordien, qu'on le coupe avec une bonne dose de gros bon sens. Rappelons-nous qu'en bonne forme on est moins malade, plus efficace, plus allumé et si vous y tenez plus productif.
 
On ne va pas se lancer dans la concoction d'un programme de mise en forme. Sauf qu'on peut s'entendre pour dire qu'une fois acquise, la forme peut facilement se maintenir avec un entraînement intensif par semaine. Alors, l'essentiel, l'instinct, le rafraîchissement et le bonheur de s'entretenir nous attendent au tournant.
 
Yves Daigneault.
 
Chronique du 26 février 2008.

                                                               SPÉCIFICITÉ

L'hiver s'étire. Pour plusieurs c'est la joie, pour quelques-uns c'est le blues, pour les coureurs, c'est la transition.
On aime courir l'hiver pour tout ce qu'il nous apporte. De la fraîcheur bien sûr, une lumière particulière, un silence de nos pas, quand ce n'est pas le crounch crounch bienfaisant sur une neige un peu tassée. Des défis à rencontrer face aux intempéries. Des choix à faire pour s'habiller adéquatement et profiter d'un paysage si différent de l'été.
Par contre, ce n'est pas le temps des performances à couper le souffle, du moins côté chrono. C'est pourquoi je dis que c'est un temps de transition. On profite de ces mois pour se muscler, se faire aussi une base solide, travailler sa posture et s'aiguiser pour un printemps solide.
 
C'est pourquoi, durant ce temps, plein de possibilités peuvent convenir à nos objectifs. On peut travailler avec des poids, à mains libres, à vélo etc… Tout ça peut bien remplir les exigences d'une transition à la saison de performances qui nous attend.
 
C'est pourquoi, plus on approche du printemps, plus il nous faut être spécifique. Car pour être bon à la course, il n'y a pas de meilleur moyen que de courir. Et pour courir vite, il n'y a pas d'autres façon que de s'y exercer. On peut bien faire toute notre transition et se lancer dans la saison de course  remplis d'espoir, si on n'est pas spécifique, i.e. si on ne pratique pas des intervalles courts et longs, des tempos précis, et des longues distances modulées à nos capacités, les résultats ne devront pas nous surprendre.
 
Il s'agit finalement d'un engagement envers nos objectifs. Notre engagement nous amène à être spécifique. C'est alors que si les objectifs sont réalistes et que les devoirs sont accomplis, les résultats ne sauraient tarder et nous pourrons savourer doucement, tout le processus qui nous y a mené.
 
Yves Daigneault.
  
 
Chronique du 17 février 2008.
                
                                   L'INTÉGRITÉ EST À 2 HEURES ET DEMIE

Depuis ma tendre enfance, j'ai toujours associé la course à rires et plaisirs. Un oiseau, un bruit lointain, une odeur même et boom, j'étais parti, rire aux lèvres, sans vraiment savoir que je courrais. Heureusement peut-être, la vie s'est chargée de me mettre des balises, sans quoi je n'aurais sûrement pas fait long feu.
Quelques décennies plus tard, disons le 17 février 2008, je me vois confronté à une drôle de situation. Disons que la fraîcheur s'est comme estompée et que pour compenser, pour retrouver mon âme d'enfant, je me suis rabattu sur des objectifs, des buts à atteindre et même un plan pour y arriver. Je sais, la contradiction est criante, mais je l'assume pleinement.
 
Il reste tout de même toutes ces sensations heureuses d'être sur la route et de sentir la nature en moi !  Toujours est-il que  mon plan si bien concocté, me commande de courir 150 minutes aujourd'hui. Moi qui ai toujours cru que la liberté nous éloignait de tout joug, je vois cette perspective d'un œil pour le moins perplexe.
Je suis membre d'un club. On est plusieurs à partager ces élans et à force de temps, des complicités se sont installées et une chimie opère au travers nos rencontres.  Je sais d'avance que juste le fait de savoir que des amis font la même chose en même temps, mieux encore qu'un du groupe va courir avec moi, me rend la tâche plus invitante.
 
Tout est bien calculé, le parcours bien mesuré. Il faut être défensif, le vent, la neige peuvent déranger les plans et faire de cette sortie joyeuse un enfer. Il faut m'assurer de finir vent de face, de me vêtir comme pour 10C plus froid, tout en m'assurant de ne pas trop me mouiller de sueur, de m'abreuver correctement, et d'avoir avec moi ma collation préférée, soit mes raisins de corinthe.
 
Il ne faut pas s'y méprendre, ce n'est pas du masochisme. L'idée est encore et toujours cette recherche de plaisirs et de rires semée dans l'enfance qui me jette sur cette route. Je sais très bien que dans 10, 15 minutes, l'équilibre va s'établir, les sensations d'harmonie vont dominer et la relation à la nature  va s'exprimer. C'est un peu le fil ténu de mon intégrité.
 
Yves Daigneault.


 
 

Chronique du 10 février 2008.

                                                   LEÇON DE 5000 MÈTRES

L'histoire existe parce qu'on a besoin de leçons. On veut se rappeler du passé pour savoir d'où on vient, plus encore, comment,  pourquoi et ultimement où on s'en va. Un problème subsiste pourtant et devient en quelque sorte le nœud gordien de notre évolution, c'est que le temps existe et coule toujours, toujours.
A tort ou à raison, j'ai toujours été fasciné par les histoires, plus encore celles où toute une destinée peut se jouer en 13 minutes. Puisque ici on est dans le domaine de la course à pied, c'est d'un des plus vibrants épisodes, dont je voudrais tirer quelque leçon. Il s'agit du 5000m des Olympiques de Munich en 1972.
Nous avons une brochette de coureurs des plus relevée. Emiel Puttemans, détenteur du record du monde, Dave Bedford , champion du monde en titre, Lasse Viren, gagnant du 10000 de ces mêmes Jeux, après s'être relevé d'un chute à mi-parcours, s'est permis un record du monde à l'arrivée, Gamoudi , ce Beur à l'esprit combatif jusqu'à la fin, sans oublier bien sûr, la légende américaine, Pre, Steve Préfontaine pour qui cette course appartient à celui qui sait le mieux résister à la douleur.
Tout est en place donc pour ce qui allait devenir presque une œuvre de Shakespeare. On a 12 tours et demi à parcourir. La course se déroule au début comme au jeu du chat et de la souris, chacun se guette et jusqu'au 8ième tour, il n'y a pas grand-chose qui se passe. C'est à ce moment, peut-être tardif diront certains experts après coup, que Pre fait son premier mouvement en avant, avec une bonne accélération et un tour en 62 ,5, suivi d'un autre en 61,2, ne restent alors que Gamoudi, Puttemans et Viren avec lui. La vrai surprise vient quand, calmement Viren commence à passer en avant et même à tirer à son tour, testant ainsi la réponse de ses adversaires, le 11 ième tour franchi en 60.3 secondes.
Mais tout n'est pas joué, Putteman était décroché et Pre était prêt à saisir sa destinée dans la dernière courbe avant le droit de l'arrivée, quand Gamoudi l'a serré, brisant ainsi son rythme, Viren lui continuait à accélérer et accélérer. Pre décontenancé, pataugeait tant bien que mal dans la dernière ligne. Pire, Viren, Gamoudi franchissent dans l'ordre la ligne d'arrivée et un Écossais, Ian Stewart coiffe Pre , le privant ainsi du podium rédempteur
Le cliché de départ était faux. La victoire n'est pas allée à celui qui voulait le plus, ou qui était le plus prêt à souffrir, mais bien à celui qui est resté calme dans la tempête et qui a fourbi ses armes au temps opportun. Voilà donc la leçon de ce 5000m de Munich.
Yves Daigneault

                                                     
Chronique du 3 février 2008

                                                        FARTLEK OU TAPIS
 
L'heure des intensions est passée depuis longtemps, reste les engagements fermes, peu nombreux, mais bichonnés comme on dorlote un poupon. Une seule chose vient perturber cette belle synergie, l'hiver ne veut pas coopérer.
Pour une fois qu'on a un vrai hiver, va-t-on trouver à s'en plaindre. Nous gardons donc nos intentions bien arrêtées pour une performance printanière et avons concocté un programme, disons réaliste pour y arriver.
 
Trois types d'entraînement sont mis à contribution. Les intervalles, les Tempos et les longues sorties. Pour les longues sorties, pas de mystère, il faut rester sur ses jambes le plus longtemps possible. Quant aux Tempos, va savoir en courant que tu ne peux plus t'exprimer avec plus de deux mots à la fois, sans risquer l'apoplexie, là si tu réduits un peu, ton rythme ressemble à du Tempo, très attrayant indeed. Pour ce qui est  des intervalles, tous ne sont pas sans savoir qu'elles sont la bête noire des coureurs. C'est par les intervalles qu'on peut quitter à jamais le monde de la course à pied. On est supposé faire plusieurs répétitions de 200 à 1600m à bonne vitesse avec une récupération incomplète. La nature humaine étant ce qu'elle est, plus souvent qu'autrement, on se brûle dès le début et l'enfer se prolonge jusqu'à nous dégoûter d'y être.
 
Wow, la perspective ne semble pas jojo, mais pourtant des solutions toutes simples peuvent faire de ces embûches des moments presque bucoliques.   Si on choisit l'intérieur, alors il faut nous préparer à être zen, traduisons par, prêts aux mantras, aux répétitions dans un calme relatif. Si par contre, on persiste dans nos intentions extérieures, alors faisons appel à notre âme d'enfant et vivons un peu ce que les Suédois ont inventé avec le Fartlek i.e. ce jeu de course spontané, où les accélérations se mêlent aux arrêts brusques. Avec pour but non pas l'épuisement, mais de ressentir pleinement la satisfaction de son effort.
 
C'est fou ce que l'imagination et un tantinet d'expérience peuvent venir à la rescousse des aléas d'un plan qui heureusement, n'avait pas tout prévu.
 
Yves Daigneault.
 
 
Chronique du 28 janvier 2008

                                                 LE SYNDROME DE FÉVRIER
 
Les vacances de Noël sont passées à la même vitesse qu'on a tenu nos résolutions. L'hiver lui, s'accroche et la lumière quelquefois nous manque, en ces jours courts d'une saison qui tient ses promesses.
On veut bien faire tout ce qu'on s'était promis. Courir trois fois par semaine, mais on dirait que ce n'est pas de notre faute, mais on ne trouve jamais le temps. Quand ce ne sont pas les obligations, c'est une tempête, une fatigue, un vague à l'âme, que sais-je qui nous cloue à notre intérieur douillet.
Pourtant, oui pourtant, il suffit de peu. D'abord, être indulgent envers soi. Pourquoi trois fois, deux fois sont déjà assez pour nous faire un peu progresser et nous sentir bien dans notre personne. Ensuite, utiliser des petits trucs simples et efficaces qui marchent à tout coup. On doit courir aujourd'hui, s'assurer d'abord qu'on le désire, ensuite se mettre dans un état tranquille, où doucement on se prépare à cette sortie en s'habillant sans se donner le choix et avec cette assurance qu'au retour on sera fier de nous.
En fait, ce processus fait partie du plaisir même qui nous attend. On s'embarque dans une action dont nous avons le plein contrôle et nous ne sommes pas sans savoir les bienfaits de cette maîtrise de soi.
Tout à coup, les terrains glissants, le froid, la glace, le vent même prennent une autre dimension. Ils deviennent des obstacles à franchir qui nous rendent plus fort. On se prend à imaginer comme ce sera facile au printemps, quand au soleil, au temps doux, les jambes libérées de ces leggings pesants, nous courrons tête nue dans une forme juvénile. Wow, j'en mets un peu, mais c'est sûr que le petit effort que je consens pour passer le spleen, me fera surfer longtemps sur les vagues d'une forme pleinement acquise et méritée.
Alors, finalement quel privilège que ce février!

Yves Daigneault
 
Chronique du 21 janvier 2008.

                                               COURIR CONTRE LA FATIGUE

La fatigue peut avoir des effets dévastateurs sur nos capacités d'agir. Me vient en exemple un souvenir d'adolescence. Un ami fort et dynamique s'est retrouvé effondré à cause d'une mononucléose. Un des effets directs de sa maladie était une fatigue chronique.
 
D'un point de vue physiologique, il s'agit de l'incapacité de maintenir ou de répéter un certain niveau de production de force, résultant en une diminution de la performance i.e., on ralentit.
 
La fatigue prend plusieurs formes, par exemple en course, celle d'un 800m diffère totalement de celle d'un marathon. On dit que le 400m est la course la plus dure. Certains coureurs l'ont même surnommé, la course de la mort lente, à cause surtout de l'accumulation astronomique d'acide lactique.
 
La fatigue n'est pas l'apanage exclusif des coureurs lents ou moyens, les grands champions la connaissent aussi bien. Seulement, ils la rencontrent plus tard et à des vitesses beaucoup plus grandes. La seule façon de courir plus vite, d'abord c'est d'oser s'essayer, d'accepter de causer des dommages et ensuite, de ressentir la fatigue à une vitesse plus grande. Pour y arriver, nous devons menacer notre système de survie à des stimuli d'entraînement, pour que notre corps s'adapte et physiologiquement surcompense.
 
Pour les courses de 3000 à 10000, tout un bouquet de stimuli peut nous aider : Les intervalles longs, les Tempos, les grands volumes de kilométrage, et la plyométrie. Ici, tout est question de dosage. Mais je ne voudrais pas me perdre en explications arides quant aux tenants et aboutissants de ces séances spécifiques. Je me contenterai de dire que les intervalles réfèrent aux temps de récupération, entre des sections d'intensités variables. Que le Tempo, nous fait travailler au seuil anaérobique, et que le volume se pratique à 75% de notre capacité maximale. Pour la plyométrie, il s'agit d'action réaction explosive de nos muscles. 
 
En intégrant avec doigté et parcimonie ces outils à nos entraînements, nous allons, à force de répétitions,  augmenter assurément notre vitesse, repoussant ainsi notre seuil de fatigue. Bien sûr, comme à peu près tout ce qui vaut la peine, c'est plus vite dit que fait. Alors, tout ce que je puis ajouter, c'est que si vous avez des objectifs raisonnables et que vous y tenez, vous avez là des outils précieux pour y arriver.

Yves Daigneault.
 
 
Chronique du 14 janvier 2008.
                                                             PAS FEUTRÉS

Janvier m'apporte comme à son habitude son lot d'élans et d'illusions. L'une d'elles m'a surpris, là où je m'y attendais le moins, dans les magasins.
 
A la recherche d'une camisole intermédiaire pour une sortie au grand froid, dubitatif à savoir si j'en avais vraiment besoin, je me pointe donc en cible facile, au centre commercial de mes habitudes. Je tombe évidemment sur un vendeur hors pair. Il me débite en une minute ce que des années de recherches, design et marketing ont réussi à produire pour satisfaire à mes " besoins ". Le tout avec l'assurance déconcertante de m'offrir ce qu'il me faut.
 
Curieux quand même, j'ai eu l'heureuse réaction d'un repli défensif, le temps de me ramener aux jours jadis, où j'ai fait des sorties par -30C, avec un équipement ma foi, quand même potable. Ce qui m'importait alors, c'était ma détermination, ma hargne qui à elles seules, suffisaient presque à balayer tous les obstacles et me lançaient dans l'action. Les années m'ayant quelque peu ramolli, j'ouvre grand les yeux sur le confort douillet qui se présente à moi. Vais-je faire plus de sorties si je m'équipe ainsi, ce bout d'équipement va-t-il compenser pour la baisse de mon enthousiasme aux entraînements de spartiates. J'ai donc flanché et me voilà content de me sentir feutré.
 
Mais je ne suis pas sans savoir que le chemin de la réussite doit souvent s'éloigner des pas feutrés. Quant à être dans l'équipement, j'en prendrai pour exemple le choix des souliers de course. Aujourd'hui s'offre à nous toute une panoplie de marques, de modèles répondant à nos exigences, corrigeant au passage nos petits défauts déambulatoires. Ce qui me fascine dans tout ça et heureusement, j'ai couru assez d'années pour m'y être confronté, c'est que peu importe la marque, le modèle, si on est confortable et qu'il ne nous apporte pas d'ampoules sur les longues distances, le soulier choisi est un bon soulier de course.
 
Je crois personnellement qu'on erre dans le ouaté, dans le douillet, pas que ce n'est pas agréable, la nature étant ce qu'elle est, facilement je pourrais m'y vautrer. On a mis en garde les gens sur les risques de blessures avec la course à pied. Et je soupçonne le marché des souliers de s'en être fait complice pour exploser en produits plus ou moins nécessaires. Qu'on le veuille ou non, lorsqu'on court, oui on subit des chocs, jusqu'à trois fois notre poids, lorsqu'à bonne vitesse. Est-ce dommageable, j'en doute. Car au contraire, nous nous renforçons ainsi, en faisant travailler les muscles, en augmentant la circulation de liquide synovial, en travaillant l'amplitude de nos mouvements, en fait en bougeant le plus naturellement du monde.
 
Il me reste à peaufiner ma technique de course, pour arriver à l'instar du guépard, à m'élancer sur la route à  pas feutrés, sans efforts apparents.
 
Yves Daigneault
 
            

 
Chronique du 6 janvier 2008.

                                                        POUR COMMENCER.

Je n'y échappe pas. C'est le début de l'année et immanquablement l'idée du renouveau me frappe comme on reçoit un uppercut venu de nulle part.  Est-ce parce que c'est le premier jour d'une nouvelle année? Naïvement, l'attrait du neuf, du possible, me donne des élans de jouvenceau. Même l'expérience des années n'entache pas cet élan, si ce n'est d'y mettre des balises un peu plus serrées. Une manière pudique de me préserver des déceptions amères.
J'arrête ici mes tractations égoïstes pour m'ouvrir à celles des futurs coureurs. Car c'est à eux que s'adresse cette chronique. Il n'est temps plus propice à l'engagement que celui où l'émotion nous porte à l'action. L'idée ici est d'accompagner les ébranlés, pour que la course leur devienne une manière de vivre, une façon d'être, une partie d'eux.
 
Commencer à courir c'est s'offrir un cadeau. La santé, la perte de poids, l'estime de soi, le défi lancé par le beau-frère, toutes les raisons sont bonnes pour commencer. Ce qui est plus difficile, là comme ailleurs, c'est de persister. Alors, j'ai concocté quelques petits trucs à l'intention des futurs adeptes mangeurs de bitume, de terre, de neige ou de gazon.
 
D'abord s'assurer d'être dans un état suffisamment potable pour amorcer un programme. Une visite chez un médecin ( Ouf, l'attente pourrait être longue), ou le test Q-AAP, nous donnent le feu vert pour un départ sécuritaire.
 
C'est bien beau tout ça, mais on est en janvier et ma foi, c'est compliqué, comment s'habiller, vais-je me geler les poumons, la glace c'est dangereux, la neige, le vent, peut-être devrais-je attendre au printemps. NON!!! On commence tout de suite. Ici je prends appui sur une citation de Mark Twain que je traduis librement : "  Le plus sûr moyen d'avancer c'est de commencer. Le secret pour commencer, c'est de diviser les taches accablantes en plusieurs petites taches faisables, pour ensuite commencer par la première ".
 
Rassurons-nous tout de suite, le risque de se geler les poumons en courant est à toute fin pratique nul. Les chances sont beaucoup plus grandes de se geler la peau bien avant. Allons-y donc avec l'habillement. Le principe des pelures d'oignons, avec au départ une couche mince collée à la peau sied parfaitement pour les coureurs. Gardons en tête qu'en courant on produit beaucoup de chaleur. On s'habille pour l'équivalent d'une température de 10C plus chaude que celle qu'on va affronter. Bien sûr, un petit frisson nous attend au départ, mais bientôt le confort trouve toute sa place. Ensuite, dans le froid, on doit être défensif, i.e. organiser son parcours pour finir vent de face. Avoir carte d'identité etc à portée de main.
 
Maintenant, qu'est-ce que je fais? Il est vrai que courir c'est difficile en partant. Notre organisme commence à organiser un programme de développement de l'endurance après 25 à 30 minutes d'effort continu à au moins 120 battements cardiaques à la minute. Nous pourrions marcher d'un bon pas pour 3 min. suivi d'une min. de course et répéter le processus jusqu'à au moins 25 min. Enfin, nous voilà parti.
 
Il n'y a pas d'heure meilleure pour le faire que celle qui vous est disponible. Pour ne pas tomber dans l'excès, deux séances par semaine au début pendant le premier mois, en augmentant un peu le temps de course et en diminuant le temps de marche, vont nous voir progresser sans craindre d'abandonner trop vite. Après un mois, si on se sent bien, on peut passer à trois séances.
 
Attention, pas nécessaire de s'énerver, puisqu'on va courir toute notre vie.  A quoi je dis, BRAVO c'est parti.
 
Yves Daigneault.
 
                                                      SOIR DE GUIGNOLÉE
        
A l'approche de Noël, invariablement s'annonce une flopée d'élans charitable  sous le vocable de " Guignolée ". Le mot sonne bien pour le propos, puisqu'il veut chasser la guigne.
 
Au fait, le veut-on vraiment, où est-on gêné du regard sévère du démuni face au nanti? Veut-on régler notre bilan judéo-chrétien qui, à l'approche des débordements de consommation, tire un trait rouge sur la balance du bien et du mal.  En réalité, j'étais loin de toutes ces préoccupations quand, avec des amis on décide de se payer un bon souper au resto Vietnamien, histoire de se détendre un peu. Une ambiance bon enfant s'installe à notre table et on badine sur les souvenirs joyeux qu'amène le temps des fêtes. La réalité allait bientôt confronter nos convictions.
 
Arrivent tout à coup, deux joyeux lurons, équipés de  parkas, de ceinture fléchée et de canettes destinées à recevoir des dons pour la guignolée. Attachée autour du cou, pendait aussi une carte d'identité rassurant les sceptiques sur le bien-fondé de leurs intentions. Ils devaient être avancés dans leur tournée, une hésitation et un équilibre précaire indiquaient qu'ils s'étaient réchauffés amplement, chemin faisant. Ils chantent joyeusement " La guignolée, la guignolée ". Rapidement, font le tour des tables, ramassant des dons en argent aux convives présents. Arrivés à notre table, un des comparses nous raconte son trajet avec moult détails. Évidemment, vu son penchant pour la dive bouteille, témoignait de passages suspects.
 
A tel point qu'un client à une table attenante, suivait notre conversation et décida tout à coup que l'argent qu'il avait si généreusement glissé dans la fente de la canette s'était trompé d'endroit et qu'il devait retrouver le fond de sa poche. Il se leva donc et d'un ton agressif, réclama son dû à notre guignoleux. Ce qui eu l'heur de froisser l'amour-propre de notre bienfaiteur. Une grande gêne envahit les lieux et protestant du bien-fondé de sa démarche, c'est sur le ton de la défense que le pauvre bénévole dû se défendre. " Je n'ai pas besoin de cet argent vous savez, je dépense autant que vous à chaque jour ". Ses yeux se sont mis à perler, le ton à s'éteindre jusqu'à s'étouffer dans la fuite du lieu qui le jugeait si vite. 
 
Plus tard en soirée, j'ai revu mes joyeux compagnons qui avaient repris leur rôle, même après avoir été rudoyé par ce malotru, ils savaient eux qu'ils étaient du bon côté de la balance.
 
Alors, même si la guignolée ne règle pas tout, même si souvent elle sert d'exutoire à notre bonne conscience, elle peut nous donner l'occasion de nous sentir solidaire. Elle ne serait que cela qu'elle vaudrait la peine d'être encore là
Joyeuse fêtes à tous.
 
YvesDaigneault
                                                                                                                                                                        
 
 
Chronique du 1er décembre 2007.

                                         RIVIÈRE AUX OUTARDES REVISITÉE!

Premier matin de décembre, un beau soleil annonce du froid, il ne faut surtout pas en douter.
Pourtant, c'est avec un enthousiasme juvénile que je m'apprête à courir sur le chemin qui a surpris à la fois mon corps et mon âme, il y a trente ans.
 
Au fait, il faudrait que je fouille le pourquoi de cette première course. Enfin, si on peut appeler ça une course. Vingt minutes qui ont parues une éternité sur une route où je ne voyais que des champs et des vaches. Mais côté effort, tous les ingrédients s'y trouvaient, souffle court, jambes lourdes, sentiment d'être inutile et au mauvais endroit en même temps. Mais la surprise est arrivée un peu après. On parle ici d'une heure à peine, un peu d'endorphines dirait-on avec les mots d'aujourd'hui.  Est-ce que mon corps s'est battu en fabriquant plein de trucs pour que la prochaine fois soit moins pénible? Parce que ce corps savait depuis longtemps quand même que si une sensation d'accomplissement se pointait, d'autres allaient suivre, à n'en pas douter. J'étais devenu accro à la course.
 
Alors, ce matin ce n'est pas un petit -12C qui va venir troubler la fête des retrouvailles de trente ans de … De quoi au juste, finalement de joies, de douleurs, d'extase, souvent de partage, de vie et d'amour assurément. Cette fois, on est trois au départ, habillés assez techno pour affronter le froid. Je n'ai pas osé trop le coton, on a beau être nostalgique, 30 ans donnent quand même quelques leçons.
 
Peu de choses ont changé sur ce rang, somme toute semblable à bien d'autres de la région. J'étais même content de retrouver ce paysage qui témoigne quand même du peu d'emprise du temps sur certaines choses. Je me suis permis chemin faisant, de raconter quelques anecdotes au passage d'une grange ou d'une maison particulière. Pourtant oui, il y a des changements, mais c'est en moi qu'ils agissent. Je me surprends aujourd'hui à vouloir simplement célébrer l'action de la course comme partie prenante de ma vie. Pourtant, il y a à peine dix ans, les chronos, les records personnels, les poussées à la limite me servaient de guide du savoir courir.

L'âge y est pour quelque chose, je sais, je sais, mais quand même, on ne doit pas passer à côté de la conscience d'être vivant et heureux de l'être en même temps.
 
Yves Daigneault.
 
Chronique du 18 novembre 2007.

                                                     QUESTION D'HABITUDE
 

Il est 5 :00h du matin et un de mes chats monte sur le lit en poussant un petit miaulement presque inaudible. Je ne le vois pas, mais je sais c'est lequel. Parce qu'il est comme ça, il a ses habitudes. Les habitudes nous font, nous forgent, nous décrivent même.  On se développe en répétant. L'usage répété apporte l'habileté, la connaissance. Notre système d'éducation est un peu basé là-dessus, quoique plus maintenant, avec l'approche par projets…
 
Les habitudes, c'est un peu ce qui nous rend confortable. Une manière d'être qui nous est propre. Lorsque poussées à l'excès, elle deviennent des manies, des tics, des marottes. On peut même devenir esclave de ses habitudes. Elles sont ma foi, comme une clé qui nous ouvre au monde. Mais aussi, elles nous le cachent souvent. " L'habitude abêtissante qui pendant tout le cours de notre vie nous cache à peu près tout l'univers " (Proust). 
 
L'habitude est parfois insidieuse, parce que par nature, elle élude la réflexion. Alors, si elle est néfaste, elle nous engouffre dans des miasmes de détresse, d'où on ne trouve pas d'issue. Mais qu'est-ce qui fait donc qu'on s'y laisse prendre si facilement, nous privant ainsi de plein de découvertes, de nouveautés par ailleurs, si près de nous?
La surprise nous vient du plaisir. L'habitude se nourrit de plaisir en grandissant avec. Plus j'écris, plus j'aime écrire. De même, plus je cours, plus j'aime courir. C'est déchirant, mais on doit faire des choix. Et chaque fois qu'on le fait, on exclut quelque chose. Cependant, les habitudes prennent du temps à s'installer. Elles prennent aussi du temps à partir. Ce qui nous permet dans l'intermède de s'ouvrir à de nouvelles mouvances de notre petit monde.
 
Bref, il fait beau, le soleil éclaire une belle journée sans vent. Alors, je vais tranquillement m'habiller pour un petit moins 2C, je sais comment, j'en ai l'habitude et je vais courir une petite heure. Finalement, je me paye un petit plaisir bien à moi.

Yves Daigneault.

 
Chronique du 11 novembre 2007.

                                                      LA FORCE INTÉRIEURE
Bien sûr la co