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PROPOS SUR LES ÉCHAUFFEMENTS ET LES ÉTIREMENTS
On parle souvent de l'importance de
bien s'échauffer avant de pratiquer un sport, mais qu'en est-il au juste
? Nous sommes ici en terrain miné. Bien sûr, il tombe sous le sens
que si notre corps est froid et qu'on le lance dans une explosion de
mouvements puissants, les chances de déchirures musculaires sont grandes. Même
si les athlètes de haut niveau sont très au fait de ces exhortations, il
arrive parfois, serait-ce le stress, l'anticipation, ou la gaillardise, les
sprinters le démontrent souvent, un claquage inopiné, ruine une course, voire
une saison en l'espace d'un clin d'œil.
L'échauffement avant un effort intense ou
soutenu s'avère donc un bon outil de prévention des blessures. Pourtant, il
semble que peu de gens le font correctement et je me dois ici de préciser ma
pensée. Certains se mettent à des étirements de toutes sortes et il en existe
une panoplie, allant des étirements statiques aux mouvements dynamiques, en
inspiration, en expiration, et cetera. À mon avis, les étirements sont des
exercices à haut risque, au même niveau que les soulevés en force maximale et
mènent le plus souvent à des blessures qu'ils devaient prévenir. Plusieurs
études se contredisent sur le sujet et il n'a jamais été établi clairement que
les étirements de quelque sorte puissent prévenir les blessures. Par contre,
en développant notre force, tout en maintenant une bonne amplitude
articulaire, non seulement repoussons-nous les risques de claquements, nous
augmentons d'autant nos chances d'améliorer nos performances.
En effet, plus on est fort et plus on est
souple, au sens d'amplitude articulaire, meilleures seront nos performances et
assurément diminués nos risques de blessure. Il est donc important de
développer en d'entretenir ces deux composantes essentielles à une pratique
sécuritaire de nos sports favoris.
J'ajouterais ici que les étirements dont
on parle tant, pourraient très bien faire partie d'un entraînement en soi.
Loin de moi l'idée de les bannir, j'aurais tendance plutôt à les circonscrire
dans un rôle d'aide réelle à la performance. Ils pourraient aussi terminer une
séance active, où notre corps est encore chaud et prêt à subir un tel
traitement pour son grand bien. Car si on prend la course comme exemple, nous
ne pouvons courir plus vite que de deux façons, ou bien on allonge la foulée,
ou on augmente la cadence. Sachant que la cadence optimale se situe autour de
180 pas à la minute, à l'exception de sprints courts où on atteint facilement
les 220 foulées/min., il nous faut plus de force et d'amplitude articulaire
pour augmenter la longueur de nos foulées. Comme pour le reste, constance et
répétitions, sont les mots clés de la réussite dans nos efforts pour y
parvenir.
À vrai dire, l'échauffement comme son nom
l'indique sert d'abord à élever la température du corps, augmentant ainsi la
circulation sanguine et du liquide synovial dans les articulations. On peut
faire un échauffement général et préparer ainsi toutes nos articulations à une
activité intense subséquente. Par contre, il serait préférable d'être plus
spécifique dans cet exercice en se concentrant sur les groupes musculaires les
plus sollicités dans le sport pratiqué. On peut même s'activer en mimant en
quelque sorte, à moindre amplitude, les gestes distinctifs de notre sport de
prédilection. C'est alors qu'on peut décortiquer le geste en différentes
phases et le peaufiner en quelque sorte durant notre échauffement. Ces gestes
peuvent même nous indiquer de quelle façon si tel est le cas, à la fin de la
séance nous pourrons travailler notre amplitude articulaire.
Les échauffements et les étirements sont
donc de bons outils à utiliser avec doigté.
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Chronique du 08 octobre 2009
LA COURSE PAR CHOIX
À peine 12 % des coureurs le font par choix.
Entendons par là, les coureurs qu'aucune autre raison, motivation,
impulsion voire étincelle, ne pousse à courir, sinon la course elle-même. A
l'instar de Jack Daniels (entraîneur chevronné et auteur de plusieurs livres qui
font autorité dans le domaine), il est rare de se trouver en présence de
quelqu'un pour qui la motivation première de courir est de devenir bon
coureur.
Les poètes nous habitent par le florilège de
leurs écrits triés sur le volet. Les coureurs véritables touchent notre âme par
la beauté de leur geste élégant, répété avec grâce et harmonie. Il suffit de se
trouver sur le parcours d'un marathon, même d'une course régionale le
moindrement bien réglée pour ressentir l'énergie, la puissance et
l'accomplissement des coureurs de tout calibres. Évidemment, règle générale, le
peloton de tête a tendance à paraître plus intéressant, côté performance et
allure, si je puis employer cette expression. Il faut dire que par nature,
la course ne rejoint pas tous les esprits, encore moins tous les corps. Aussi,
si ce n'est pour se mettre en forme, perdre quelques kilos, relever un défi que
nous lance un ami, se préparer pour la saison de hockey, soccer, ski, cyclisme,
je ne sais trop, courir paraît ringard, répétitif et trop ennuyant pour servir
de stimulus premier à quiconque n'y regarde de plus près.
Pourtant, plus d'un s'est fait prendre, moi
le premier, à ce petit jeu de courir pour autre chose. Dans mon cas, c'était
plutôt hybride comme approche. Je voulais à la fois augmenter ma condition
physique pour le travail et aussi tester les ouï-dire qui circulaient sur les
vertus et pouvoirs superlatifs qui sont l'apanage des coureurs de fond. C'est
tout de même spontanément qu'un jour je me suis surpris à laisser ma marche dans
un parc pour une course ininterrompue d'au moins six minutes. C'est cette
impulsion qui me fait qualifier mon approche à la course d'hybride. En fait, six
minutes peuvent paraître ridicules au marathonien, mais pour le néophyte que
j'étais, c'était tout près de l'enfer, l'apocalypse. Je voulais cracher mes
poumons en même temps que mes jambes durcissaient à chaque enjambée. C'est en
visant un lampadaire que j'ai pu arrêter ce supplice. En reprenant mon souffle,
un peu d'oxygène a pu se rendre à mon cerveau et j'ai compris qu'il n'est
nullement nécessaire d'avoir une raison pour courir, ce doit être inscrit dans
nos gènes. Mais dans notre course à l'évolution, on s'est empressé de trouver
des moyens de l'éviter, pour croyions-nous se rendre la vie plus douce, plus
facile. Je crois qu'au contraire, on se l'est vraiment compliquée. En
fait, ce matin-là j'ai couru sans raison et c'est précisément pour ça que j'ai
voulu m'y frotter à nouveau. Ce petit geste anodin et difficile m'a ouvert une
porte à un monde extraordinaire dans lequel je veux vivre pour des décennies à
venir.
Je me languis d'explorer de nouvelles
avenues. Les courses en sentier par exemple, les raids et les ultras marathons
sont autant d'options, de stimulus pour nous maintenir dans le giron des
coureurs et pourquoi pas des bons coureurs.
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Chronique du 30 septembre
2009
APPROCHE ALIMENTAIRE
On dit parfois d'un travail qui ne
nous satisfait pas vraiment, mais qui nous fournit le nécessaire qu'il est
alimentaire.
Mon approche à la bouffe tient à peu près
de la même grappe. Je mange parfois par goût, souvent par appétit, la plupart
du temps par plaisir, mais très rarement par méthode, par argument. Manger
pour moi est une fonction en soi. Il me tarde de me lever le matin parce que
l'appétit taquine mon demi-sommeil et mon ventre. D'instinct, je laisse le
temps aux organes d'arriver à leur plein réveil, pour que je puisse jouir à
fond de mon petit déjeuner simple et rassasiant. Il me dira à coup sûr quel
genre de journée m'attend. Sera-ce une journée pétillante ou brouillonne?
Vais-je abattre allègrement les tâches les moins tentantes, mais que je ne
cesse de remettre sans raison valable, mon déjeuner souvent donne
la réponse.
Il reste que ce geste simple et essentiel
s'est raffiné et embrouillé du même coup. Manger est devenu affaire de
philosophie, de culture et de gros sous. Tellement que son accomplissement
quotidien devient source de stress plus que de délectation. Quand ce ne sont
pas les gourous d'une approche holistique qui nous implore à une diète
macrobiotique, ce sont les bonzes du marketing qui nous promettent mer et
monde, le plus souvent une taille de guêpe avec quoi, une pilule, quoi un
régime miracle, quoi un programme fabuleux où nous perdrons dix kilos en
criant ciseaux.
Même en athlétisme, manger est scruté à la
loupe. Il faut croire que c'est le fruit de l'évolution. On ne mange pas
n'importe quoi, n'importe où, n'importe quand. La diététique de la performance
dicte l'assiette du champion. On peut comprendre l'importance d'une saine
alimentation et les dangers d'abus de toutes sortes dans un régime de monsieur
madame tout le monde. La science alimentaire, parce que la diététique
s'est hissée à ce niveau, guide nos choix et comportements dans une toile de
données si complexe qu'une chatte y perdrait son chat. Quand j'ai commencé
la course de fond, version sérieuse, on se concentrait sur l'entraînement et
les kilomètres à dévorer. Manger pour moi était devenu très simple. Il fallait
fournir à l'organisme les calories nécessaires pour maintenir le rythme, à la
fois des kilomètres et des vitesses de course que je m'étais
imposés.
La formule privilégiée se résumait ainsi,
manger n'importe quoi, mais beaucoup. Le sous-entendu pas très scientifique
targuait qu'un corps en forme peu tolérer et digérer à peu près n'importe
quoi. Bien sûr, cette approche a vite trouvé ses limites, car j'ai appris à la
dure que les calories quoiqu' égales en nombre, ne le sont pas en qualité pour
l'organisme. La science donc, sert l'homme parfois malgré lui. C'est alors que
je me suis rangé du côté des principes à respecter pour faire de mes
entraînements et de mes repas des moments de satiété.
Je me suis rabattu sur les pourcentages de
nutriments pour ordonner quelque peu mon régime alimentaire, en me fiant sur
les avancées scientifiques et trente ans plus tard, je m'en félicite encore.
Cette approche tient en quelques mots, pas plus de trente pour cent de
lipides, quinze de protides et le reste, au moins la moitié de mon assiette en
glucides. Oui, oui, les sucres, ceux-là même qui sont tant dénigrés par les
tenants de diètes hypocaloriques. Mais là comme ailleurs, les glucides ne sont
pas tous égaux. Notre système digestif réagit différemment selon qu'il s'agit
de sucres lents ou de sucres rapides. Nous devons absolument privilégier les
sucres lents, riches en glycogènes, tels les légumes, pains, céréales, pâtes
alimentaires, au détriment des sucres rapides, comme le sucre blanc, le miel,
la cassonade et cetera qui soit dit en passant, fournissent une énergie
directement disponible à l'action, mais qui se stocke rapidement lorsque
inutilisés, en graisse de réserve, pour les jours moins fastes. La graisse
étant une immense source d'énergie pour assurer notre survie.
La science donc, loin d'être l'ennemi des
coureurs, nous informe des effets de nos choix sur nos performances et nous
aide à garder le cap sur l'essentiel, soit de manger à sa faim et de fournir à
notre corps ce dont il a vraiment besoin. N'oublions jamais qu'engraisser ou
maigrir, c'est simplement mathématique. Qu'il faut dépenser 3500 calories de
plus que l'on consomme pour perdre une livre de graisse. La bonne nouvelle
c'est qu'avec l'activité physique, nous dépensons plus de calories qu'il n'y
paraît. Lorsqu'on court pendant trente minutes et qu'en apparence on a dépensé
350 calories, nous avons accéléré notre métabolisme, de sorte que celui-ci
continue d'être plus rapide un certain temps après notre exercice. Nous
profitons alors d'une double dépense énergétique.
Et puis, quoi de plus plaisant que de se
payer une belle sortie de course quel que soit le moment de la journée. En
somme, les scientifiques n'ont pas tout à fait tort d'insister sur les
principes alimentaires pour qu'on puisse profiter pleinement et de notre
bouffe et de notre course.
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Chronique du 25 septembre
2009
AUTOUR DE LA BEAUTÉ
J'ai rêvé d'Italie pendant plus de trente
ans. Tout ce que je voyais qui venait de la grande botte faisait plaisir à mes
yeux. L'émotion s'est manifesté une première fois au magasin Quilicot en1969.
J'y ai vu un Garlati rutilant, tout monté sur Campagnolo. Les joints ciselés
au bout des tubes, sans parler du chrome sous la peinture d'un bleu
électrique, faisant penser aux maillots des athlètes représentant ce pays de
mes rêves. Aussi, Quilicot était symbole d'opéra, avec Louis en tête de liste.
D'opéras je n'étais pas friand à l'époque, n'empêche que ma mère elle, me
parlait de Paillasse (Pagliacci) de Roberto Leoncavallo avec tellement
d'enthousiasme, particulièrement de l'interprétation qu'en faisait Enrico
Caruso, le grand l'unique, celui qui brisait les verres par le seul timbre de
sa voix. Disons que l'illusion de voir la beauté tout italienne était bien
amorcée.
La beauté, je ne saurais la définir, si ce
n'est de dire que je la ressens comme une émotion. Quand on se trouve en face
d'elle, il est absolument impossible de rester de marbre. Aucune règle ne lui
résiste. Le beau se sent plus dans l'âme qu'il ne s'établit par des règles.
Georges Sand. Tout ça pour dire que mon rêve
s'est réalisé ce mois-ci et qu'il me fallait l'exprimer. J'appréhendais
quelque peu mon parcours, puisqu'au fil des ans, je me suis construit une
Italie plus qu'idyllique. C'est pourquoi ma surprise fut grande, à la fois de
ne pas être déçu et de vivre des émotions là où je ne m'y attendais pas. C'est
d'abord le mélange d'ancien et de moderne, sans brisures ou contradictions
apparentes qui m'ont fait vibrer d'abord à Venise. Le moderne étant dans les
cellulaires collés aux mains des quidams de tout acabit. L'ancien lui, trônant
fièrement à la fois sur la lagune et les monuments innombrables dressés dans
ses méandres.
Je me sentais loin de la course à pied.
Pourtant, au fil des jours et des découvertes, je me suis rendu compte que la
course recelait en elle une grande beauté que j'ai ramenée chez moi comme un
trésor. Je retiens qu'en courant on vit quelquefois de grandes émotions et
c'est là toute la beauté de ce sport que je chéris encore plus depuis quelques
jours. De voir Usain Bolt fracasser le record du monde du cent mètres, comme
de sentir le parfum d'automne lors d'une sortie banale, tient de la beauté de
la course. Juste être à la ligne d'arrivée d'un marathon et voir ce bonheur
sur le visage des finissants, victorieux de leur défi, procure une joie
presque aussi belle que leur victoire à eux. C'est pourquoi je suis convaincu
de vouloir courir aussi longtemps que mes jambes m'en laisseront le loisir.
C'est décidément une partie de la beauté de ma vie.
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Chronique du 25 août
2009
DOMMAGE JE NE PEUX PAS!!!
Je suis toujours impressionné par la
conviction et la détermination avec laquelle certaines gens se défendent de ne
pouvoir courir. Ah! Si ce n'était d'une
vieille blessure qui a mal guéri, je pourrais courir comme vous, mais que
voulez-vous. Entendons par là, comprenez, ce n'est pas ma faute, c'est la vie,
le destin. Comme si le fait de ne pas courir, ou même de ne pas vouloir courir
nécessitait une justification. J'ai voulu creuser un peu le tableau, en y
furetant les tenants et aboutissants. L'exercice s'est avéré
difficile, parce que malicieusement ma fouille partait d'un point de
vue, tout sauf objectif. Mais je me suis efforcé de prendre tous les avis,
opinions et convictions des gens que j'ai croisés chemin faisant. C'est donc
un avis tout à fait subjectif qui se présente à vous et dont je
m'enorgueillis.
La course de toute évidence se pratique
depuis que l'humain existe, ce qui en soi n'est pas peu dire. Pourtant,
pourtant, il s'en trouve encore pour dire, décrier quand ce n'est pas hurler
qu'elle est une nuisance incommensurable à notre santé, voire à notre
intégrité en tant qu'espèce. Ces bonzes qui nous protègent contre les méfaits
des dangers, écueils et pièges que le monde nous tend, voient dans la course,
comme une sorte de torture infligée au corps et dont il faut à tout prix se
prémunir. Croirait-on que l'homme dans son évolution troquerait la course pour
le transport assisté, combien plus commode et ma foi, tellement plus rapide et
agréable. Tellement que la motivation
du moindre effort entre autres, a poussé l'imagination et le génie humain aux
grandes découvertes des déplacements sans piochage, tout en aisance. De la
roue, nous sommes passés par une panoplie d'inventions et malgré tout,
certains sont restés des retardés bipèdes. Il me semble que ce soit là une des
sources de la gêne de plusieurs à vouloir ou pas courir. Bien sûr dans notre
évolution continue, n'étant plus obligés de courir pour survivre, ayant aussi
créé l'abondance par l'agriculture d'abord, nous nous sommes donné amplement
de temps pour nous compliquer la vie. Je
comprends alors que pour plusieurs d'entre nous, cette activité relève des
atavismes de peu d'intérêt dans le monde moderne. Tant et si bien que le
marketing s'en mêle et nous fait voir ces gestes comme pénibles et même
risqués pour nos articulations, alors qu'on pourrait s'en remettre à des
machines spécialement conçues pour absorber tous les contrecoups négatifs et
nous donner des résultats époustouflants.
Mais en fait, de quels résultats
parle-t-on, veut-on modeler son corps, le maintenir en santé ou plus
simplement performer dans la vie de tous les jours? Une dimension essentielle
de l'humain réside dans sa volonté d'action. Donc de s'y soustraire ne comble
en rien nos aspirations primaires ou primates si vous voulez.
La course demeurera tant et aussi
longtemps que les humains vivront et nous n'avons pas à réinventer la roue
pour nous y adonner avec plaisir. Et si, par le plus grand des hasards, nous
n'y éprouvons aucune propension, nous pourrons toujours nous consoler dans la
pléthore des gadgets de l'homme moderne que nous chérissons tant.
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UNE BELLE HISTOIRE ORDINAIRE On en vit à l'occasion, on en raconte
parfois, on les revit quand ça compte. Le temps est doux ce matin
à Hopkinton. Je viens tout juste de m'engouffrer dans l'autobus nous menant du
centre-ville de Boston vers le départ du fameux marathon.
Cet itinéraire, je l'ai vécu tellement de fois dans ma
tête que même sur le chemin inverse, rien ne m'est étranger tout au long du
parcours. J'en profite donc pour me laisser bercer par le calme et l'assurance
que procurent la reconnaissance des lieux. J'ai même le temps de m'attarder
sur les étapes, embûches et soubresauts traversés durant les quinze mois
nécessaires pour accéder à ce siège réservé. Sept mois ont passé depuis ma
qualification gagnée au Marathon des Deux Rives le 30 août 2009. De toutes ces
péripéties, je retiens un moment charnière, un pivot enfin, sans lequel tout
ceci tourbillonnerait dans ma tête, tel un fantasme. On pourrait le résumer en
deux mots, endurance et confiance.
C'était en 81, à une course réputée importante à Montréal,
la course du Parc Olympique, si je ne m'abuse. Il s'agissait d'une boucle de
10 km, qu'on franchissait une, deux ou trois fois. Dans ma préparation pour le Marathon de Montréal, je m'étais
engagé pour le 20 km, avec comme objectif de briser les 80 minutes. Dans mon
cas, c'était presque titanesque, quoique jouable, compte tenu de mes
prestations antérieures. Fort de ma confiance acquise sur les routes longeant
la rivière Châteauguay, je me lance donc sans trop d'appréhensions dans cette
belle aventure. Il faut dire que ma participation au marathon était à mon avis
presque contre nature, tant mes performances toutes proportions gardées
périclitaient à chaque kilomètre passé le cinquième. Je crois que l'engouement
et la notoriété associés au marathon me rendaient masochiste.
Comme à mon habitude tout à fait
incorrigible, je pars sur les chapeaux de roues et avale le premier km en
3:35. Bon, bon, me dis-je, t'as encore surréagi, tu dois te mettre en vitesse
de contrôle et assez vite, pour ne pas creuser dans tes réserves
finales. L'atmosphère était joviale, était-ce dû à mon état d'esprit que
je mêlais à l'environnement, à la foule, enfin je me sentais sans stress
et sans souci. Le peloton de tête était déjà
loin, mais quand même toujours en vue. Je ne m'étais pas questionné alors sur
le nombre de boucles qu'allaient courir les leaders. Après m'être calmé
presque malgré moi, je me déplaçais maintenant à mon rythme de croisière, soit
4min/km. A la fin du premier 10 km, le chrono m'indique 40:00 pile. Wow, je ne
me sens pas trop mal. Nous sommes sept ou huit dans un petit peloton et un
gaillard à l'air joyeux se tient à mes côtés depuis une bonne vingtaine de
minutes. Timidement, j'entame la conversation, essayant de ménager du même
coup mes énergies pour les moments difficiles qui ne sauraient tarder. Après
quelques banalités d'usage, dites en phrases très courtes de ma part, je
m'enquière de ses objectifs et c'est là que j'ai eu ma première surprise. Mon
compagnon frappait le bitume pour 30 km, ça m'a fait comme un choc. Comment
peut-il être si à l'aise avec 10 km de plus que moi à parcourir, alors que moi
je me sentais au seuil de mes limites? Dix secondes plus vite au kilomètre et
je m'écroule au sol de tout mon long. Wow, lui dis-je, vous avez l'air si à
l'aise, pourtant quand je me serai effondré à la ligne d'arrivée, vous aurez
encore une grande boucle à franchir. Il m'a regardé un peu médusé et m'a
répliqué, jeune homme, je t'observe depuis un certain temps et tu cours
vraiment sans effort inutile, crois-moi, non seulement tu peux tenir le
rythme, mais tu peux encore faire mieux. Regarde au loin, à 150m environ, un
petit groupe d'une dizaine de coureurs, tu vas non seulement les rejoindre, tu
vas les dépasser .
Tu dois juste y croire et gruger l'écart tout doucement,
vas-y t'es capable. Mon inconfort était encore tolérable, alors j'ai regardé
les gars au loin et doucement, doucement, me suis approché du groupe qui
maintenait un rythme égal. C'était ma chance, sans broncher, je les ai
débordés un à un, pour franchir la ligne d'arrivée en 78:25, un record
personnel, mais surtout une nouvelle confiance, à la fois face à l'endurance
et à l' inconfort plus psychique que physique.
Nous sommes en juillet 2009, alors même si
tout ça pour l'instant n'est que fantasme, le souvenir du Parc Olympique lui,
c'est du vécu. Il est tellement imprégné dans mon imagerie de coureur que j'y
recoure régulièrement dans mes entraînements, les compétitions et Les Deux
Rives n'y feront pas exception.
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Chronique du 13
juillet
2009
AH LES RISQUES!
Je ne peux m'empêcher de penser à ce
monsieur l'autre jour qui me martelait combien néfaste peut être la course sur
les articulations et combien il faut être prudent. Je ne peux être plus
d'accords avec lui sur au moins un aspect de son discours, c'est qu'on doit
être prudent dans nos affirmations.
Depuis le temps que je fais de la course à
pied, bien des vagues et des courants de pensée ont traversé les années. Du
boom des années 70, après la victoire d'un Américain au marathon
Olympique de Munich, jusqu'à aujourd'hui, où on court pour autant de raisons
que notre imagination peut faire surgir, la course alimente la
controverse.
J'aime bien penser que la course est
risquée. Il est difficile d'imaginer que quelqu'un court toute se vie sans
subir une fois ou l'autre des contrecoups qui le mettront sur le carreau. Ce
qu'on oublie souvent, c'est que cela va de soi. Il est sûrement plus risqué
pour la santé et l'intégrité du corps, de ne pas courir que de s'exposer aux
embûches d'une vie de coureur.
Mais, je crois que notre penchant atavique
à se garder de trop d'efforts, nous pousse paradoxalement à en fournir de
grands, pour profiter de la vie, souvent en spectateur. Le travail physique
n'ayant pas toujours eu la meilleure des places dans notre échelle des
valeurs, nous avons en effet, mis tellement d'énergie à nous en débarrasser
qu'il apparaît incongru d'en louer les effets. Pensons à ces publicités qui
nous offrent de se tonifier, plus, de se designer un corps, sans tous ces
efforts harassants que nous imposent la course et les exercices à mains
libres. Libérez-vous aussi des risques de blessures qu'ils encourent et
adoptez notre appareil qui fera le travail pour vous. Si on peut avoir les
résultats sans les efforts, le nirvana nous attend dans notre quête de
béatitude.
Sans tomber dans les conclusions
simplistes, il m'apparaît normal de questionner notre tendance à associer
bien-être et réussite, avec détente et relaxation. On envie les gens qui
réussissent, associant trop souvent argent avec talent, mais ne nous
aventurons pas trop sur ce sentier, au risque d'ouvrir une boîte de Pandore,
nous éloignant de notre propos. Une croyance persistante aux bases sommes
toutes logiques, nous incite à croire que la course use le corps, plus qu'elle
ne le renforce. Nous frappons le sol avec un impact de plus de trois fois
notre poids, lorsque nous courons à bonne allure, i.e. dans mon cas à 12km/h.
Il est donc normal de se questionner sur les conséquences d'une telle action.
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, non seulement nous ne nous
détruisons pas, mais au contraire, nous nous renforçons, à la fois
musculairement et nous densifions en plus nos os. Ceci sans parler de tous les
effets secondaires positifs à cette pratique. Par exemple de se sentir mieux
oxygéné, plus énergisé et j'oserais dire, plus en harmonie avec notre
entourage.
Bien sûr, si on a un surplus de poids, ou si on n'a pas
fait d'exercice intense depuis des lunes, il se peut qu'on trouve l'effort
insoutenable et qu'on soit tenté d'y trouver des défauts, voire des disgrâces
repoussantes, au point d'y voir un empêchement définitif, fatidique, dont on
n'y peut rien. C'est alors qu'on se souvient d'une vieille blessure survenue à
l'adolescence et qui a mal guérie, ou d'une légère malformation posturale, des
pieds valgus ou que sais-je, rendant la poursuite de l'activité non seulement
précaire, mais risquée pour notre santé et notre intégrité. Pratique peut-être
comme argument pour en rester là, mais à mon avis trop risqué à long
terme.
La course peut être casse-gueule, on
s'entend, mais si on la pratique avec passion et engagement, elle vaut à elle
seule tous les petits bobos auxquels sa pratique peut prêter flanc. A
moins de croire que la vie puisse se passer de son expression physique,
nous devons risquer d'agir. Et quoi de plus naturel pour l'homme
que de courir.
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COURIR SOUS L'ARDEUR DE LA CANICULE!
On vise un objectif pour l'automne,
question de se donner du temps pour y arriver et d'en garder aussi un peu pour
profiter de l'été. D'ailleurs, curieusement car c'est presque paradoxal, il
n'y a pratiquement pas de course l'hiver et la saison se résume pour
ainsi dire au printemps, avec quelques élans colorés en octobre.
Pourtant, on peut courir presque en tout
temps, il suffit de se préparer adéquatement. Dans le cas des coureurs
d'endurance, la chaleur est l'ennemi numéro un. Parce que dès que la
température extérieure diminue, nous pouvons nous couvrir en conséquence
et poursuivre notre activité favorite. En fait, nous produisons assez de
chaleur par notre corps pour soutenir une température ambiante de 10C dans
notre plus simple appareil. Mais quand il n'y a plus rien à enlever et que le
mercure continue à grimper, de nombreux et sérieux problèmes peuvent rendre
notre course plus que hasardeuse. Heureusement notre système sanguin ne nous
demande pas notre avis et au lieu de fournir les muscles en action, il dirige
plutôt son flux vers notre peau pour augmenter le travail d'évaporation et
tenter de retrouver une température valide. Sans quoi plusieurs d'entre nous
se seraient mis dans de beaux draps. Malgré tout, il peut arriver qu'on
surchauffe, c'est pourquoi nous devons apprendre à nous adapter.
Il tombe sous le sens ici qu'on doit
d'abord bien s'hydrater. Lorsque je dis d'abord, c'est en fonction justement
d'avant l'événement, i.e. avant d'aller courir. Une bonne façon de savoir si
on est suffisamment hydraté, c'est d'avoir une urine claire. Ensuite, j'allais
suggérer le gros bon sens, mais c'est peut-être un peu risqué. C'est pourquoi
j'ajoute tout de suite qu'il ne faut pas attendre d'avoir soif, car c'est déjà
un peu tard et sans être dangereux, nous pouvons ruiner une séance
d'entraînement par simple négligence.
La chaleur lorsque couplée à un haut taux
d'humidité, accélère le processus de déshydratation. En effet, nous contrôlons
notre température par l'évaporation au niveau de la peau et ce système est
d'autant plus efficace si l'air est sec. Il faut donc être vigilant, même si
par 20C, si l'index d'humidité est élevé. Deux semaines d'entraînement sous la
chaleur permettent à notre corps de s'adapter aux nouvelles conditions.
Dans des courses organisées, nous avons
facilement accès à de l'eau et des breuvages énergétiques, mais lorsque nous
courons seuls ou en petits groupes, les choses peuvent se compliquer. Nous
pouvons, soit transporter une bouteille ou une ceinture spécialement conçue
pour ça, soit aussi porter une gourde de style Camelback. Une autre solution
consiste à placer à l'avance des bouteilles sur notre parcours, ou même
trouver un circuit muni d'une fontaine. Peu importe la solution, il faut avoir
accès à l'eau. Mais l'eau ne suffit pas
toujours, car nous perdons aussi des électrolytes par la sueur et même si nous
consommons d'énormes quantités d'eau en courant, sans les sels minéraux, nous
risquons alors d'autres ennuis, tels entre autre l'hyponatrémie, ou manque de
sodium plasmatique, problème qui peut mener ultimement à l'œdème cérébral et à
la mort.
Notre adaptation doit donc se faire en tenant compte de
tous ces facteurs et en s'assurant d'une progression lente et toujours à
l'intérieur des limites de nos réactions organiques. Un peu de sel et de sucre
dans notre eau peuvent nous être salutaires, à l'entraînement comme en
compétition. Pour les compétitions, c'est un peu
plus compliqué. Selon le neurologue Laurence Gonzales, la période
d'adaptation, citée comme le nouveau circuit neurologique, dure de 4 à 6
semaines. Ces circuits se tissent dans des situations où on a peu de temps
pour vraiment penser. Par exemple, lors d'un marathon, lorsque notre niveau de
glycogène frôle le zéro et que la tentation de s'arrêter, voire de s'étendre
par terre sans bouger nous prend aux tripes, la décision d'agir se prend à
l'encontre de notre cerveau, sous le coup de l'émotion. Nous imprimons ainsi
un premier circuit qu'on pourra rappeler instinctivement lors d'un nouvel
événement identique. C'est ainsi qu'en pareille circonstance, on pourra tout
de suite réagir et savoir qu'on peut quand même pousser et continuer.
Finalement, l'adaptation c'est un peu la
vie.
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RENCONTRE AVEC L'ESSENTIEL
On a tous nos forces et nos faiblesses.
Les miennes, sous la loupe de la course à pied, je les connais depuis
tellement longtemps qu'on serait en droit de se demander pourquoi elles
hantent encore chacune de mes sorties.
Mais, là comme ailleurs, notre engouement
pour les victoires, les réussites, les succès, prend ses racines dans les
profondeurs de notre subconscient. Ce stratagème, car s'en est un,
compte parmi les astuces les plus efficaces pour la survie de l'espèce. Ouf,
de quoi parle-t-on ici, sinon de renforcement positif. Sans tomber dans la
psychologie behavioriste, il m'apparaît évident qu'on progresse et qu'on
apprend par de petites réussites. Alors, encore chanceux que je cours encore,
laissant traîner par le déni, ces petits manques sans lesquels je pavanerais,
tel un jars autour de son marais.
Parce que la course offre des alternatives
heureuses, pour ces jours sans prétention qui jalonnent humblement presque
l'entièreté de mes actions. C'est donc sans difficulté que la plupart du
temps, je m'extirpe de mon confort douillet, pour me confondre sur les chemins
sinueux de mon quartier. Mais, parce qu'il y a un mais, tout ça
change quand je me confronte au chrono. Que ce soit lors d'un entraînement
important, où je cherche désespérément à améliorer mes temps de passage sur la
piste, ou pire, lorsque mis à l'épreuve dans une vraie compétition, les vieux
démons ressurgissent. C'est alors que l'essentiel vient à ma rescousse. Car,
l'essentiel étant ce qui est fondamental, indispensable, ce qui fait que je
persiste dans cette folie, c'est que c'est moi qui s'exprime et qu'à travers
la course, j'ai ma place et ma mesure réelle en toute circonstance.
On ne trouve pas ça souvent, il faut
l'avouer. Fort de cette conviction, c'est avec confiance que je me bats dans
les moments cruciaux des intervalles et des compétitions officielles. Bien
sûr, le succès n'est pas systématiquement au rendez-vous. Ce qui compte, c'est
d'y croire et d'oser se compromettre au risque de l'échec.
Une anecdote non innocente me vient tout à
coup en mémoire. Nous sommes en 1968, presqu'à la fin de mon adolescence et je
suis rivé au petit écran pour la retransmission des épreuves d'athlétisme des
Jeux Olympiques de Mexico. Au programme ce jour-là, la finale du 1500m. Je
n'ai qu'une vague idée des enjeux et du prestige de cette discipline, au sein
du monde de la piste. C'est plutôt l'atmosphère du stade et surtout
l'enthousiasme des commentateurs qui m'ont tétanisé devant ce qui se
passait sous mes yeux.
Le favori Jim Ryun, en l'occurrence le
plus jeune Américain à avoir franchi le mile sous les 4 minutes, menait la
course de manière presque outrageante. Nous sommes au troisième tour d'une
course qui en compte quatre et lentement voit-on apparaître ce Kenyan peu
connu du grand public qui s'accroche désespérément à l'allure du meneur. Puis
vient la cloche, indiquant le dernier tour, Ryun effectue une poussée
phénoménale, reléguant Kip Choge Keino pour le nommer, aux affres des secondes
places. Pire, un Est Allemand double Keino qui se retrouve en troisième place
avec moins de trois cents mètres à faire. C'est alors que Kip Choge amorce une
remontée qui semble arriver de nulle part. Il devance ses deux rivaux dans la
dernière courbe pour s'emparer de la tête et franchir la ligne d'arrivée avec
presque trois secondes d'avance sur le malheureux Ryun.
Qu'est-t-il donc arrivé? Keino appartient
à la tribu de Massaïs, éleveurs de chèvres et redoutables guerriers. Il
s'était bien préparé pour cette course, mais des problèmes de digestion et une
poussée de fièvre la veille, l'avaient pour ainsi dire vidé de ses
énergies. C'est sans grande conviction qu'il s'est présenté à la ligne
de départ de cette course ultime. Alors, quand est arrivé le moment fatidique
où tout semblait joué et finis ses rêves de podium, il s'est soudain rappelé
le rite de guerre des Massaïs qui pour survivre aux flèches des ennemis se
perçaient les incisives pour laisser passer l'air et garder la vie. Kip Choge
avait fait de même et le sifflement qu'il entendit, lui redonna cette fureur
jusqu'au fil d'arrivée.
C'est dans ce même esprit que j'entends
chasser mes craintes, disons faiblesses qui arrivent inexorablement dans la
dernière section des courses longues distances. Il me faut alors me référer à
ce qui m'importe le plus, ce qui fait que je cours tous les jours ou presque
et me rend si content d'être dehors. Il me faut donc me rappeler que je n'ai
qu'à fouiller dans mon essence, pour puiser l'énergie nécessaire pour
maintenir mon rythme jusqu'au fil d'arrivée. Les occasions de
taquiner mes faiblesses sont légions. À toutes les fois que je me
rappellerai ce qui me fait courir, je pourrai m'offrir une petite victoire.
Car le fil d'arrivée, aussi lointain put-il être, c'est mon plaisir de vivre
qui me fera le rencontrer.
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CE QUI ME FAIT COURIR - par Yves Daigneault
On ne croirait pas que tant de motivations
différentes, contrastantes même, amènent des gens à courir. Ce qui étonne
davantage, c'est que ces inspirations bougent au gré des expériences des
athlètes impliqués. J'ose ici le terme athlète, car comme le dit si bien
George Sheehan, nous sommes tous des athlètes, certains
s'entraînent.
J'ai fait l'exercice de demander aux
membres de mon club, de me raconter brièvement ce qui les pousse à se lancer
comme ça, sans motif apparent, sur toutes les surfaces où le pied trouve
support. Certaines réponses émanent de la méditation, d'autres penchent vers
le pragmatisme. J'en ai retenu quelques-unes.
Bien sûr plusieurs veulent perdre du
poids, là comme dans les régimes, c'est la loi du yoyo qui nous guette au
tournant. On comprend que l'objectif, tout loyal qu'il soit, ne nous propulse
pas vers une poursuite plus avant, heureusement d'ailleurs.
Une réponse pourrait paraître
équivoque. Celui-ci court pour se refaire de l'énergie, est-ce bien là le
processus de progression par la surcharge suivie de la récupération? Va
savoir.
Une autre m'a écrit : je cours parce que je le peux et
d'ajouter, quand je vois les gens qui courent, je vois la vie. Ce n'est pas
la même raison qui pousse l'autre à courir par réaction. En effet, ce dernier
s'est trouvé motivé quand, lors d'une longue sortie, il passait devant des
gens qui ont réagi par : " Mon Dieu, c'est-tu de valeur de courir comme ça ".
Cette femme qui dit que la course l'oriente vers une vie à
la fois plus modeste et plus noble.
Une enfant cette fois avec des propos
plutôt d'adulte qui dit qu'elle court pour faire le vide, pour arranger les
choses, pour se rappeler ou pour oublier quelque chose.
Une autre pour qui les raisons varient
selon les périodes de sa vie, pour maigrir, passer au travers un divorce, pour
faire le point.
Souvent je pars courir avec un problème en tête et presque
à chaque fois, je reviens avec une solution. Enfin celui-ci qu'une
étincelle a allumé. C'était un article dans le journal. " Montréal-Québec à la
course ". Des photos de gens à fière allure et qui se lancent un défi. Après
15 ans à se dire qu'il aimerait ça, Ouch! Enfin, il s'est mis en action et
après un été d'entraînement, il a rejoint le groupe-étincelle.
Noblesse encore, dit cet autre pour qui
l'espace en mètres et le temps en secondes sont universels et reconnus partout
où l'on va. La course nous donne la vérité toute crue. Quand tu es en
compétition, tu es sous serment. La course pour jouer, parce qu'il faut
qu'il y ait du plaisir. Le plaisir c'est là où la vie vit. Le plaisir dans
la course c'est le processus, la condition physique c'est le résultat.
Lorsque vous avez décidé que la victoire n'était
pas tout dans la vie, vous devenez un coureur.
Malgré toutes ces bonnes raisons de
courir, je dois avouer mon échec à convaincre un ancien ami de se mettre à la
course à pied. Il avait des arguments de poids, épicés d'une pincée de
condescendances qui m'ont laissé sans réplique, du moins jusqu'à
aujourd'hui.
Pourquoi courir, me martelait-il, sinon
après un ballon ou un objet, ou pour attraper l'autobus. Le plaisir de
déjouer un adversaire, de faire ou d'attraper un passe, de compléter une
routine en gymnastique, pesait lourd dans mon échelle des valeurs. Ce qui me
sidérait et probablement m'empêchait de contrer ses atouts, c'était en gros
qu'ils étaient un peu miens. Alors pour lui, la course avec pour seul but de
courir, semblait dénuée de sens. Combien de fois ai-je entendu : " Tu
cours après quoi, après qui, quand vas-tu le rattraper? " Par gentillesse, il
pouvait même m'accorder que courir pouvait être utile en vue de se préparer à
un match. Pour lui sortir dehors dans le seul but de faire du temps ou des
kilomètres relevait du pitoyable. Je me sentais presque ridicule de continuer
à m'amuser à courir.
Ça fait des lunes que je n'ai pas revu ce
gars et je ne cache pas qu'il m'a fallu presque tout ce temps pour arriver à
comprendre le sens de ce qui pour lui, en était dénué.
Plusieurs sports ou activités s'intercalent entre
la course et les sports d'équipe et j'y ai trouvé peut-être le pont qui m'a
aidé à saisir pourquoi j'aime tant courir. La course à pied le vélo, la
natation et le ski de fond ont en commun des gestes répétitifs, les trois
derniers nécessitant des conditions particulières à leur pratique. Pour
le vélo, à part l'engin, il faut beaucoup de temps pour arriver à se
satisfaire pleinement. La natation exige d'avoir, soit une piscine à proximité
ou une étendue d'eau viable, ce qui n'est pas toujours évident. Quant au ski
de fond, la saison dépend énormément de dame nature.
Mais la course elle, est toujours à notre
portée. Tant qu'on a notre corps disponible, on est prêt à se mettre en
action. On dit que le propre de l'homme c'est rire, alors je me permets de
rire, sachant que j'ai trouvé l'action la plus humaine et naturelle et qui au
temps de Cro-Magnon a assuré notre survie en tant qu'espèce et j'ai nommé la
course à pied.
Alors, je cours parce que je
vis.
Yves Daigneault
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MON AMIE LA FATIGUE
Tôt ou tard, en course à pied comme
dans tout sport, la fatigue vient s'installer chez le participant. On
doit nuancer ici sport vs loisir. La différence essentielle étant qu'en sport
il y a compétition et pas nécessairement dans un loisir. Ceci étant dit, la
fatigue peut aussi s'introduire dans les loisirs.
Je parle de fatigue aujourd'hui, parce
qu'elle me suit, me guette, me hante dans mon train-train quotidien. Lorsqu'on
s'entraîne, est-ce obligatoire de passer par là? N'y aurait-il pas un moyen de
l'éviter sans compromettre les résultats anticipés. Je crois que poser la
question, c'est y répondre alors, il faut faire avec.
C'est pourquoi je me suis décidé à
l'observer de plus près, à savoir de quelle façon elle me serait bénéfique.
Car labeur, lassitude, épuisement ne sonnent pas paisibles à mon oreille.
D'abord, je vois la fatigue en deux catégories distinctes; la grande fatigue,
celle de toute la personne, dans son corps, sa pensée, ses émotions, celle qui
vous laisse sur le carreau pour un temps indéfini. Ensuite, vient la fatigue
ponctuelle, celle due à un excès. C'est probablement ce genre de fatigue
qui nous fouette et nous propulse en avant quand on veut apprendre,
comprendre, courir plus vite et que sais-je encore. Il suffit donc d'y mettre
le bon dosage et de trouver la recette qui convient à chacun en particulier.
Restons dans le domaine restreint de la
course à pied. Pour progresser il faut qu'il y ait surcharge et récupération,
afin que l'organisme soit obligé de s'adapter à un nouveau stress plus élevé.
Si la surcharge est trop grande, le corps refusera d'y répondre, en étant tout
simplement incapable. Par contre, avec un stimulus approprié, c'est la
récupération qui devient rumination. Trop de repos et la progression
s'effrite. Pas assez et l'organisme se rebiffe, se défend, on y risque le
surentraînement, on devient vulnérable aux virus, aux blessures.
C'est pourquoi nous essayons de planifier
notre progression en fonction d'objectifs réalistes. Que ce soit un marathon à
l'automne, ou se promener en bikini à l'été. C'est bien que sport et loisir se
rencontrent.
Quelques indices peuvent nous être d'une
grande utilité dans nos dosages d'efforts pour atteindre nos buts.
Prenons pour bien comprendre une sortie prévue pour améliorer son seuil
anaérobie. On voudra travailler tout près du seuil sans le dépasser. Si on se
sent capable de dépasser cette norme, il serait sage de résister, car
l'objectif spécifique de cette série, c'est de stimuler notre seuil anaérobie.
En l'augmentant, nous pouvant courir à meilleure vitesse tout en restant en
aérobie. Si nous dépassons ce niveau, par bravade ou je ne sais trop, nous
risquons de dépasser le seuil et de rendre ainsi notre travail
inefficace.
Pas qu'il ne faille à l'occasion aller fouiller au fond de
nos limites, car après tout, c'est un peu ce que nous cherchons à faire, les
repousser. Il faut cependant y aller avec parcimonie et quand on le fait, on
s'assure que c'est bien là le but de l'exercice. On peut par exemple, dans une
série de 8X 600m se réserver quelques unités à plus grande allure, ne
serait-ce que pour le plaisir de le faire. Mais nous devrions garder ces
tentations pour les jours importants, soit les jours de compétitions.
La fatigue finalement, reste pour nous une
amie qui nous veut du bien et c'est avec patience et compréhension que nous
saurons nous adapter à des niveaux étonnants.
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ET EN AVANT LA CADENCE
Il n'y a rien à faire, aussitôt qu'on
aime faire quelque chose, on cherche à s'y habituer, à s'y adonner le plus
possible, pour finalement entrer dans un rythme, une routine plutôt, est-ce
une bonne chose?
J'ose m'égarer ici, enfin ça me prend
à l'occasion, cette fois-ci, c'est sur la mémoire. Je viens tout à coup de me
rendre compte que j'avais tout faux en croyant que c'était l'âge qui
m'empêchait de faire de bonnes performances en compétition. Le vieillissement
y est pour quelque chose, j'en conviens, mais l'entraînement. Je trouve que je
m'entraîne fort, ah, ah, ah.
Comment ais-je pu oublier les sessions de
ma trentaine. Des séries de 3X2km à 3 :45/km avec 5 min. de jog entre chaque.
Des sorties de 12km à une cadence de 4:00/km et j'en passe et des plus belles.
Il ne faut pas s'en faire, comme le dit si bien Jack Daniels (pas celui du
whisky), mais bien le célèbre entraîneur, le temps attaque la mémoire, surtout
chez les coureurs vétérans.
Nous apprenons beaucoup plus souvent par
la défaite que par la réussite, alors pourquoi pas devenir de bons perdants,
autant que des gagnants dans l'élégance. L'objectif ici étant de vivre à son
plein potentiel.
Même si j'ai plus ou moins caché dans ma
mémoire les séances les plus dures qui me seraient impensables de reproduire
aujourd'hui, j'ai quand même retenu justement quelques leçons de ratages, plus
ou moins catastrophiques. La première et selon moi la plus importante, c'est
que pour franchir un plateau il faut innover, risquer quelque chose et en
quelque sorte se sortir de la belle routine dans laquelle on vient de se
complaire.
J'ai tendance à partir trop vite pour
plusieurs bonnes et mauvaises raisons. D'abord, mon plaisir de sentir la
vitesse d'une bonne accélération me grise ipso facto. Ensuite, une petite
crainte fondée de manquer de ressources vers la fin, m'envoie en suicidaire
engranger du temps en début de course. Ce qui forcément ne me sert à peu près
jamais. J'allais oublier une autre leçon toute aussi concrète que difficile
à appliquer. On a tendance à travailler nos forces et à négliger nos
faiblesses. Dans mon cas, à l'évidence il me faut privilégier les longues
sorties en aérobie. Alors je fais souvent des compromis atroces et inopérants
tels, des distances moyennes à des vitesses tout aussi intermédiaires, avec
pour résultat, une belle série de frustrations.
Allons-y donc maintenant d'un véritable
apprentissage. Je n'ai qu'à regarder en face un des mes démons, l'endurance
par exemple et oser m'astreindre à un train lambineux, enfin dans mon esprit
seulement, pour enfin franchir le plateau et tenir le rythme, même en fin de
course.
À chacun ses monstres, en affronter un,
droit dans les yeux, c'est ma foi un joli défi qui en fin de compte, nous
ouvre à de nouvelles perspectives.
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CONTAGION
Nous assistons présentement à une forme de
contagion dans le petit monde de la course à pied. Plusieurs indices autour de
moi poussent en ce sens. D'abord une augmentation de la participation dans les
différents circuits de courses autour de Montréal. Recrudescence itou du
membership dans différents clubs et si on ouvre un peu plus grand nos élans
d'infestation, LA PRESSE, par exemple, avec ses récents articles dans le
cahier Santé, a grandement contribué à faire craquer les derniers tabous anti
course, pourtant une activité des plus naturelle.
Parce qu'il ne faut pas reculer bien loin
pour trouver une opposition féroce, vindicative même, face aux batteurs de
macadam. La guilde des bien pensants s'est empressée de noircir les effets
positifs du jogging, pire de la course, en insistant sur les forces abusives
imposées par la frappe des pieds sur la chaussée. Il n'en fallait pas plus,
pleutres que nous sommes, pour accuser la course de tous nos maux de dos, de
genoux et que sais-je encore.
Et le monde de la consommation a su y tirer son profit.
Allez, ne vous éreintez plus à devoir absorber jusqu'à trois fois votre poids
à chaque foulée quand notre exerciseur peut le faire pour vous. Nous sommes
bien dans la forme la plus vile du façonnement du corps. Au lieu de fournir
des efforts, nous pouvons, soit acheter des pilules qui transforment notre
intérieur, ou des appareils qui font les luttes à notre place. Cette approche
marketing a tellement de succès qu'on en vient à trouver normal d'être rebuté
par l'effort. La douleur est à proscrire certes, mais l'inconfort lié à une
ardeur dans le feu de l'action, n'est-il pas louable pour qui veut
s'améliorer?
Heureusement pour les braves ou les
inconscients qui font fi des ragots publicitaires, la course au contraire,
renforce les os, les muscles et le bon fonctionnement de nos articulations qui
existent justement pour agir dans toute leur amplitude. Car l'effet
physiologique des foulées répétées, amène le corps à une meilleure résistance
au stress même de cette activité qui consiste à mettre un pied devant l'autre.
Et nous ne parlons même pas des effets psychologiques qu'un tel élan donne à
son pratiquant.
On a entendu parler du second souffle, du
high du coureur, cette sensation grisante nous faisant croire qu'on pourrait
courir ainsi sans arrêt. Ces sensations sont de l'ordre psychique et peuvent
conduire le coureur vers des niveaux inexplorés jusqu'alors, tant physique que
mental.
Dans la foulée marketing des dernières
années, le vélo a en quelque sorte chipé une bonne partie des coureurs du
dimanche au profit d'une activité dite sans chocs aux articulations. Étant
moi-même amateur de vélo, je dois avouer que mon cœur ballotte depuis des
années entre mon plaisir de courir et les ivresses des sorties de vélo. Un
jour, il m'a fallu choisir et c'est un peu la simplicité qui m'a fait pencher
pour la course. S'habiller tranquillement, puis ouvrir la porte et on est déjà
sur notre terrain de jeu. Tandis que le vélo demande plus de temps, même si
les effets en sont tout aussi plaisants. Sachant qu'un sport peut
être le complément de l'autre, mais que pour atteindre des objectifs précis
dans l'une ou l'autre des disciplines, il faut devenir de plus en plus
spécifique, j'ai jeté mon dévolu sur la course à pied. Elle est pour moi
démocratique et universelle. Une seconde étant une seconde partout au monde et
un mètre étant un mètre, tous nous pouvons nous y référer et ce sont là les
données essentielles de la course à pied. Notre organisme étant à la fois le
moteur et la carrosserie, nous sommes toujours prêts à entrer en
action.
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UNE JOURNÉE DANS LE VINAIGRE
La course remplace facilement les
meilleurs antidépresseurs. A chaque fois qu'un blues, une grisaille, un
bourdon me frappent, il me faut trouver la force d'enfiler mes souliers de
course et partir, pour voir fondre comme neige au soleil, cette bile noire qui
m'étreint.
Le scénario pourtant probable, ne se
montre pas toujours si glorieux. Dimanche par exemple, je me prépare à une
sortie tout à mon avantage, côté difficulté. Je vais gravir la Covey Hill. En
fait, c'est la seule bosse de la région des Riverains. Depuis plus de vingt
ans que je m'y colletaille, tantôt à vélo, tantôt à pied, la belle montée ne
devrait être aujourd'hui qu'une formalité. En plus, est-ce superstition de ma
part, mais je me suis levé dans la quiétude ce matin et généralement, c'est de
bon augure pour les heures qui suivent.
C'est donc plein de confiance que je
rejoins mes compagnons au dépanneur de Havelock, dans la grisaille dominicale.
On n'avait pas franchi 500 m que j'entends comme un souffle fort. Sur le coup,
je n'y prête pas trop attention, nous sommes bien groupés et devons parcourir
3 km de faux plat avant la vraie montée. L'atmosphère est joyeuse et pour rien
au monde, je ne voudrais la matir. Des signes évidents m'indiquent pourtant
que tout n'est pas rose pour moi. Le râle que j'entends de plus en plus fort,
c'est bien le mien. Je plonge dans le déni et me dis que tout ça va passer
et qu'après 10 minutes, l'équilibre si bienfaisant du souffle en harmonie, me
rendra les belles sensations d'une longue sortie. Rien à faire, j'arrive tout
au plus à parler d'une voix rogommeuse, coupant mes répliques dans notre
encore joyeux dialogue. Mes compagnons ne sont pas dupes et m'offrent leur
appui que je m'empresse d'accepter.
Je vois au loin le stop m'indiquant le
virage vers la vraie montée. J'y espère une pause, un rictus se trace alors
sur mon visage. C'est à ce moment que je préviens le groupe de ne pas
m'attendre. Je suppute sur la possibilité de virer après la première bosse, ou
de marcher jusqu'à ce que je les rencontre sur le chemin du retour. Dans les
deux cas, la perspective m'apparaît pour le moins humiliante, mais c'est comme
çà, ce n'est pas si grave après tout. Mes poumons m'inquiètent, peut-être ne
suis-je pas assez remis de ma broncho-pneumonie, mais la possibilité de devoir
patienter plus longtemps sur le retour de forme, me traverse aussi l'esprit.
On verra pour après, mais maintenant, maintenant, il me faut gérer ce
raidillon en sauvant ce qu'il me reste d'amour-propre. J'avoue, à ma courte
honte que j'ai envisagé au moins une dizaine de fois dans les deux dernières
minutes, d'abandonner, de déclarer forfait, de m'écrouler sur place, pour
mettre un terme à cette merveilleuse aventure. Mais après la énième pause, un
semblant de confort m'habite assez longtemps pour que je décide de rallier le
sommet coute que coute.
Même si ce moment furtif ne dure que
quelques secondes, le fait de prendre la décision me conforte dans ma
poursuite vers les hauteurs. Néanmoins, mes compagnons s'éloignent sans
efforts apparents. Il me faut creuser dans mes réserves psychiques pour
continuer. Je n'ai pas eu besoin d'y traîner très longtemps, l'apex se
pointant à moins d'un kilomètre quand mes chums se sont pointés à ma hauteur
pour qu'on rallie ensemble la cime tant convoitée. Pour le chemin du retour,
sans penser que ce serait comme du beurre dans la poêle, la douleur faiblit
devant le sentiment d'accomplissement qui remplit tout mon Être.
Finalement, j'étais un peu comme un
chachlik en partant et je rentre au bercail rassuré et surtout fier
d'avoir affronté et vaincu mes démons.
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LA PASSION EN HÉRITAGE
D'où nous viennent nos aptitudes, nos
talents, enfin ces goûts particuliers qui nous distinguent les uns des autres?
Dans mon enfance, j'ai pratiqué des sports de toutes sortes, à la fois par
intérêt et par curiosité. Mais la culture, le milieu surtout dictaient mes
choix un peu à mon insu. Chez nous en tout cas, le quartier vivait tissé
serré. Alors par exemple, au retour de l'école, on n'avait pas à courir de
midi à quatorze heures, on lançait nos sacs d'écoles dans l'entrée de la
maison et en moins de deux on se retrouvait une bonne douzaine à jouer au
drapeau dans la cour arrière de chez moi. Évidemment à l'époque tout ça se
faisait entre gars.
Je crois qu'il en allait de même de la
vie de l'esprit, les livres, revues, et cetera se limitaient à la circulation
locale du quartier. Et dans mon cas c'était La Presse, La Patrie et le
Montréal Matin jumelés au bottin de téléphone et à l'Almanach du Peuple,
lequel je scrutais anxieusement en quête de trésors à vivre et découvrir. Les
temps ont changé, mais la source demeure. Bien sûr, le milieu n'est pas
l'unique responsable de nos choix de vie, de nos penchants, pensons seulement
à l'hérédité qui à elle seule peut imprégner nos ardeurs d'une marque
indélébile.
Au fond, tout ça n'a d'importance que pour
la pérennité des choses. Et quand on pense à la durée, on imagine la
transmission, le prolongement de ce que l'on vit. Oserais-je croire que comme
tous les mammifères, nous cherchons non seulement à nous reproduire, mais
aussi à transmettre le meilleur de nos gênes. Nous sommes bien ici au niveau
de nos racines primitives, lesquelles sont si fortes qu'on ne saurait s'en
passer. Alors quoi, je me demandais justement d'où me venaient mon physique
d'abord, mes aptitudes ensuite. Était-ce de mes parents qui ma foi, pouvaient
se targuer d'une physionomie agréable sans plus? D'accord alors pour agréable
sans plus. Mais le reste, mes élans pour l'aventure, les frasques de toutes
sortes, la lutte, la gymnastique et le penchant inconsidéré pour tout ce qui
est vitesse, force et agilité, doit-on fouiller mes gênes ou mon entourage
pour y voir éclore une jouable influence. Je n'ai pas de réponse
éclairante, si ce n'est que les deux y jouent un rôle à leur façon. En fait,
j'ajoute que la réalité se montre encore plus composite, puisqu'une infime
part doit émaner de ce qui me reste de libre-arbitre, donc de moi à proprement
parlé.
Je suis somme toute un bigarré, redevable
d'une santé presque sans faille, d'une éducation basée sur la confiance
devant la suspicion. Mes parents, ma mère surtout était intarissable sur le
droit, plus encore, le mérite d'être aimé. Ce mélange gêne culture, mêlé à une
vie rythmée par la passion fut finalement mon héritage.
On voudrait donner en héritage nos biens
pour la sécurité, nos talents pour la facilité, mais ce qui nous reste le
plus, du moins en ce qui me concerne, c'est l'exemple donné dans le quotidien.
Qu'il s'agisse de sport, de lettre, de philosophie, la passion fut le
dénominateur régissant les plus beaux jours de mon enfance. Le brasier brûle
encore et c'est ce que je voudrais laisser en héritage à mes enfants d'abord
et à tous ceux que j'aime ensuite.
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INTERVALLES
Les intervalles sont les espaces plus ou
moins larges entre deux corps; ou des temps séparant deux moments. Du moins,
c'est la définition qu'en donne Le Petit Larousse. Mais si vous plongez dans
le monde de la course, là, c'est du tonnerre qu'il est question. Car à
l'instar de l'éclair, le tonnerre n'est que l'onde de choc qui nous indique la
présence de l'éclair, mais c'est ce dernier qui peut faire tout le dommage.
Pour les intervalles, c'est pareil. Il s'agit en fait, soit de l'espace de
temps entre deux phases de course à cadence rapide, soit de ces phases mêmes,
à la fin c'est même sibyllin. Peu importe, ce mot sonne invariablement comme;
ça va faire mal, l'enfer arrive, j'ai hâte de vomir.
Pourtant, ils sont la porte d'entrée
des records personnels, des accomplissements de rêves. Ils vous propulsent
vers des plateaux plus élevés et j'en passe. Émile Zatopek en est le plus
illustre exemple. Il s'est insurgé contre les kilomètres bidon, ces distances
qu'on accumule pour développer son endurance. Il disait, je ne veux pas courir
longtemps, je veux courir plus vite. Sachant que la répétition est un
ingrédient essentiel de l'apprentissage, il s'est mis à faire des 400m
rapides, jusqu'à 40 ou 50 dans une même séance. Il avait percé le secret des
intervalles.
Alors, pourquoi craint-on tant cet élixir
de la performance? Plusieurs raisons justifient cette peur, mais à mon avis,
la principale se résume dans la difficulté du dosage des efforts. C'est un peu
comme avec une voiture de course, le calibrage dans les accélérations, les
freinages et les relances, le doigté des manœuvres peuvent faire toute la
différence entre victoire et échec. Lorsqu'on se pointe à une séance
d'intervalles, dans mon cas du moins jusqu'à tout récemment, c'est la moiteur
de mes mains qui m'indiquait les sensations à venir.
J'avais pourtant les plus belles
intentions. Sachant que cette torture devait se faire en dignité, je me
présentais le plus frais et dispos possible, afin de minimiser les affres qui
invariablement affligeaient mes jambes, mes poumons et ultimement mon moral.
J'étais un peu comme cet oiseau qui ne réalise pas qu'il y a une fenêtre qui
l'empêche d'atteindre le fruit convoité à l'intérieur de la maison et qui
s'assomme à qui mieux mieux-mieux tout au long de la journée.
Un jour j'ai pris la décision de prendre
les intervalles par le biais du plaisir, en me donnant pour but de m'amuser
tout au long des séquences. Je devais, enfin devoir ici est un bien grand mot,
disons que mon plan suggérait de faire 4X 1km à vitesse de 5km, moins 15 sec
du km. Je sais, c'est un peu du jargon, mais l'histoire ne s'arrête pas
là. D'entrée de jeu, comme à mon habitude, je pars trop vite, mais cette
fois, convaincu que je n'avais pas à souffrir, j'ai relâché juste un peu après
deux cents mètres et gardé cette cadence jusqu'à la fin de mon premier km.
Surprise, à peine 10 secondes plus lente que mes séquences de torture. Mieux,
l'idée des kilomètres à venir plissait mes lèvres d'un large
sourire.
La leçon de cet entraînement m'est
apparue beaucoup plus tard. Je n'osais m'admettre la place qui me convenait et
m'acharnait à prendre mes rêves pour des réalités. L'orgueil peut nous
empêcher d'apprendre. Nous en avons besoin pour vivre en dignité, mais il faut
parfois freiner ses élans pour trouver le chemin de nos espoirs
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INSPIRATIONS
Dans les six états de la Nouvelle-
Angleterre, au troisième lundi d'avril, tout le monde a congé. C'est aussi le
jour qu'à choisi Boston pour présenter son marathon. Comme ça la foule est
nombreuse le long du parcours de Hopkinton au centre-ville de Beantown.
Car être aux abords du parcours, c'est quand même prendre part à la fête qui
souligne les luttes courageuses des patriotes fondateurs des
États-Unis. L'atmosphère que m'inspire cet événement
dépasse la logique, même historique de cette 113e édition du marathon le
plus vieux de la planète. Son histoire s'inspirant elle des premiers
olympiques de l'ère moderne et donc du premier marathon couru en 1896 de
Marathon à Athènes. D'abord, il faut se
qualifier pour y prendre part. Déjà, il se distingue des autres de son genre.
Et puis, en 113 ans, il s'est accumulé tellement d'histoires, d'anecdotes, de
moments forts qu'on pourrait garder les pubs bostonnais ouverts non-stop
pendant des semaines, juste pour les relater.
Il me revient à l'esprit un documentaire
que j'ai visionné alors que je ne savais rien des marathons, encore moins de
celui de Boston. On suivait un jeune homme à son travail. Je crois qu'il
lisait les compteurs électriques. En partant, il courait entre les bâtiments
et enjambait les clôtures et rampes sur son passage avec un sourire assouvi.
Arrivé chez lui, il écrivit une lettre au B.A.A. (Boston Athletic
Association). Fort de son résultat obtenu à
son dernier marathon, il venait de se qualifier pour le marathon de Boston. Il
inséra donc son attestation ainsi qu'un chèque lui ouvrant les portes de la
prochaine édition du marathon le plus prestigieux au monde. À l'époque, je
supputais sur les tangentes à donner à mon avenir. J'aurais voulu être
facteur, avocat et en rêve caché, professeur d'éducation physique. Ces
flottements ne pesaient pas lourd à côté de mon envie de suivre les traces
du jeune releveur de compteurs. Un jour, il me faudrait fouler le sol de
Hopkinton, lieu de départ de cette course mythique, un dossard sur la
poitrine, pour justifier l'infatuation dont m'inspirait ce rêve.
Pourtant, aujourd'hui un rien m'inspire.
Il me suffit de croiser un sourire pour me lancer dans une journée qualifiée
de réussie. Il doit y avoir plus avec Beantown, sûrement un peu de cette
culture de l'effort, du mérite, si chers à mon époque d'adolescence. Et puis,
il y a aussi ce côté concret et universel, soit une distance et un
temps, les mêmes pour tous. Quoiqu'aujourd'hui, merci pour moi, les
chronos se sont mis à l'ère moderne et des catégories distinguant sexes et
âges, permettent à plus de gens d'accéder au rêve, tout en ayant à y mettre
les efforts équivalents. Autrement dit, on peut prendre 5, 10 ou même 30 ans
pour y arriver. Les standards s'assouplissant au rythme de nos
fléchissements.
Je crois aussi que lorsque notre
inspiration trouve sa source dans des images concrètes, qu'on se voit
littéralement en train de la vivre, les chances sont meilleures pour qu'on
s'attelle à la vivre dans la réalité. Voilà pourquoi je suis toujours à
l'affut d'inspirations concrètes et quand elles débordent d'envergure, je les
divise en portions digestes, une façon de ne pas les perdre.
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LETTRE À TOUS LES NON-COUREURS
Vous êtes de la horde des blessés,
blasés, fatigués, pas faits pour ça, pas intéressés, hédonistes, dilettantes
et par conséquent, la course ce n'est pas pour vous. Évidemment, nous n'avons pas tous le physique de l'emploi. Et
puis, courir après quoi, après qui? Pourtant, il vous est arrivé de voir
passer un coureur ou même un groupe qui défiant l'asphalte,
semblait fort, puissant face à l'horizon. L'énergie vitale qu'il dégage
concurrence largement le fauteuil et le sac de chips qui vous font de
l'œil.
Pourtant, ces regards furtifs vous
plongent dans un passé que vous ne croyez pas si lointain. Vous
courriez, plutôt jouiez au hockey, quoi au basket, quoi au base-ball.
Certains oseront même avouer qu'ils couraient il y a 20 ans et qu'ils veulent
s'y remettre depuis 20 ans. Le tourbillon de la vie les a ramollis côté
course. Car le plaisir n'est pas instantané pour le coureur. Vous l'aviez un
peu oublié. Arrêtons-nous un peu, un coureur se voit différent d'un sportif
dont le sport induit de courir. On est un coureur quand on court pour la seule
raison de courir, sans but apparent. Alors devant
tant de difficultés et si peu de raisons logiques, vous vous disculpez
facilement en dépréciant la course. On entend souvent dire que les coureurs
ont le visage toujours crispé par l'effort, qu'ils n'ont de plaisir que
lorsqu'ils s'arrêtent, etcetera.
Alors, une question vous vient à l'esprit,
pourquoi y en a-t-il tant et pourquoi suis-je toujours enclin à les envier?
Ils ont toujours l'air d'être au bon endroit au bon moment Vous voudriez bien
y aller, mais vous craignez l'échec, la défaite. Vous êtes certain qu'après 30
secondes, il vous faudra un respirateur artificiel pour trouver un peu d'air.
A mon tour de fourbir mes armes de
conviction. La course est l'acte le plus naturel de l'homme. Nous sommes des
bêtes d'endurance, pas de vitesse. Lorsqu'on pense qu'un petit chien de 15 kg
ou un gros ours de 300 kg peut nous semer en quelques secondes, nous ne sommes
pas faits pour la vitesse. Il semble même que grâce à notre endurance, notre
position verticale et notre système de sudation, nous aurions survécu aux
temps difficiles des prédateurs d'antan. Bref, ne nous attardons pas sur
ces détails et cherchons plutôt à ramener le coureur en vous. Ouf, suis-je en
train de vous demander de devenir coureur? Bof, ce n'est pas si grave,
il y a pire.
Le truc est simple en fait. Il faut se
décider et plonger tête première sans réfléchir. Cette première course sera la
plus dure de toutes. Toutes celles qui suivront seront plus faciles, soyez-en
certain. Comprenons-nous bien ici, il s'agit de sortir et de courir pour rien.
Si vous courez après l'autobus, la boîte aux lettres ou à la toilette, ça ne
compte pas. A titre d'exemple, je me rappelle
avec grande émotion ma première course. C'était en 1977, je marchais
tranquillement dans un parc et j'ai vu passer un groupe de coureurs. Ils
étaient beaux, ça m'a suffit. Immédiatement je suis parti en courant,
certainement un bon deux minutes sans arrêt quand soudain mes jambes se sont
mises à me chauffer, mon souffle me serrait et je me suis arrêté doucement.
Cette sensation m'a transporté à tel point qu'il me tardait de recommencer
pour durer plus longtemps. 32 années sont passées, mais la flamme brûle
toujours.
Faut-il avant de commencer passer un test
médical? Faut-il suivre les conseils d'un expert? Faut-il s'informer sur le
bon équipement, les chaussures, les vêtements etcetera? Faut-il surveiller son
alimentation? A toutes ces questions, nous répondrons assurément oui.
Mais si vous êtes en train de penser à le faire, ne pensez pas trop longtemps.
Le cerveau vous dit peut-être, l'estomac répond sandwich. Alors, si quelqu'un vous appelle de la pièce voisine, répondez
oui, j'arrive dans une minute. C'est probablement le temps dont vous aurez
besoin pour vous embarquer. Si vous êtes assez bien pour passer du divan au
réfrigérateur, vous êtes assez bien pour courir. Vous n'êtes ni trop vieux, ni
trop gros, ni trop lent pour courir. Allez-y doucement, vous y êtes pour la
vie.
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FARTLEK, L'ENFANCE ET
L'AFRIQUE
Ces trois entités n'ont à prime abord de
lien que la langue française. Pourtant, ils recèlent ensemble les secrets
d'une course idéale. Prenons d'abord le
Fartlek, du village suédois qui a donné naissance à ce système d'entraînement.
Le principe en est simple, il s'agit à la base de courir en forêt en
s'amusant. On comprendra vite qu'une douzaine de coureurs qui s'amusent en
forêt en sortent presque toujours épuisés et ravis.
L'émulation prenant sa source dans le pur
plaisir de se confronter avec la nature et ses congénères. Ce système a en
effet produit toute une kyrielle de champions olympiques. Pensons à Paavo
Nurmi qui domina la course de fond mondiale de 1920 à 1930. Incidemment Nurmi
n'était pas suédois mais finlandais, scandinave tout de même. Tout contribuait
à la réussite de cette approche, la forêt avec sa surface moins lourde sur les
articulations, le recours à l'instinct qui aide le coureur à bien se connaître
et bien s'écouter et bien sûr des entraînements très intenses qui n'en avaient
pas l'apparence. Les variations de vitesse au gré du leader du moment et de
son imagination, obligeaient les a athlètes à repousser les limites de leur
capacités d'un cran ou deux. Enfin, le Fartlek offrait à son pratiquant
toute la panoplie des allures d'entraînement en une seule séance.
Je ne serais pas surpris que les
inventeurs du Fartlek aient copié le comportement des enfants. Les enfants
jouent et courent d'instinct. Le plaisir surgissant autant d'une boîte de
carton transformée en automobile que d'une canette traînant dans la rue. Ils
courent sans vraiment s'en rendre compte. Ils s'arrêtent brusquement, l'air
complètement épuisés, pour repartir de plus belle quelques instants plus
tard. Et ce stratagème peut durer des heures. Au fond, ils s'entraînent
à la vie par le jeu. Malheureusement, rendu adulte, on croit que c'est en
ménageant nos pas qu'on arrive à la réussite de notre vie, hum! Au contraire,
le culte de l'effort apporte les plus grandes satisfactions. Combien de fois
avons-nous éprouvé une lassitude face à une victoire trop facile. Alors qu'une
petite réussite acquise à force de sacrifices, de renoncements nous procure la
plus grande joie. C'est pourquoi les joies simples sont accessibles à tous,
qui que l'on soit, riche pauvre, l'accès au petit bonheur ne connaît pas de
frontière. Même en Afrique, cet immense continent, frappé par tous les abus,
les ignominies pratiquées par les pays riches de ce monde, on rencontre des
gens qui savent se garder ses moments heureux volés au
développement.
J'en connais très peu qu'une parcelle à
peine effleuré lors d'un court séjour en Mauritanie. Pourtant, c'est lorsque
je me suis ouvert à la rencontre avec le quotidien des familles que j'ai
compris que la joie de vivre transcende toutes les souffrances pour peu qu'on
s'attache à l'instinct de vivre et de partager. Les lieux changent mais l'âme
est la même partout. Les enfants mauritaniens m'ont montré des jeux et je leur
ai montré des chansons. La langue, la culture, les frontières se sont effacées
devant le plaisir de jouer.
Si on revient à la course, nous trouvons
là les ingrédients pour la course idéale, celle qui se vit simplement qui nous
pousse à l'effort, nous oblige au dépassement et nous récompense par la
satisfaction d'agir.
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RECORD PERSONNEL
Savoir ce que l'on veut constitue un
départ enviable dans la plupart des domaines. Alors pourquoi les actions
qui suivent nous décoivent-elles si souvent? La réponse la plus commune et
j'oserais dire la plus tuante, nous conjurerait à admette qu'on ne fait
pas toujours ce que l'on veut. Ouf, je dirais plutôt qu'on a plus de
chance de faire quelque chose que l'on comprend.
Ramenons ces propos à des objectifs terre
à terre, comme établir un record personnel sur 5 km. Je me permets une petite
anecdote ici qui j'en suis sûr, pourra éclairer mon propos.
Je courrais depuis déjà deux ans avec un compagnon
de travail, au moins une fois par semaine. Pierre donc, courrait lui depuis
une bonne dizaine d'années. Ces motivations étaient aussi claires que
régulières ses sorties. Pierre voulait garder la ligne et se sentir en
santé. Pour ce faire, il s'était fixé comme objectif d'arriver à courir
30 minutes sans arrêt. Ce qu'il mit un certain temps à réussir. Rendu là,
c'est devenu une routine, un rituel presque inaliénable. A chaque sortie,
Pierre courait ses trente minutes, pour se rendre compte après un certain
temps qu'il couvrait 5km à chaque fois.
Bien sûr lorsque nous avons organisé une série de courses
dans la région, j'ai invité Pierre à y prendre part. Après quelques
hésitations, on ne sort pas de ses routines si facilement, il accepte
finalement de s'inscrire. Sans aucune surprise, Pierre s'inscrit au 5km.
Arrive le jour de la course, notre ami franchit la ligne d'arrivée en 30
min. La surprise, je l'ai lue dans son regard, lorsqu'il s'est fait dépassé
par plusieurs débutants à qui il avait insufflé récemment le goût de la course
à pied. Loin de moi l'idée de juger de la qualité des actions de Pierre, mais
je me permets d'observer les résultats et d'en tirer des conclusions
flagrantes. Notre Pierre était devenu un spécialiste des 5km en 30 min.
Pourtant, dans sa tête, il croyait qu'avec son expérience, il pouvait
facilement améliorer ses résultats rien qu'en voulant faire mieux.
L'évidence nous crève pourtant les yeux.
Mais Pierre lui, était trop près pour la voir. On ne peut pas courir plus vite
si on ne pratique pas, i.e. si on n'expérimente pas de courir plus vite, ne
serait-ce qu'en petite portion de temps ou de distance. Partant de là, nous osons explorer un territoire inconnu. Nous
sortons de notre zone de confort. Si on pousse trop fort, on risque
l'épuisement, le claquage, le dégoût même de continuer. Par contre, si
on dose nos efforts et qu'on comprend notre mécanisme de progression et de
récupération, nous pouvons tester nos limites et viser des records
personnels. En fait, ces records personnels sont un peu une indication
d'une part de notre être, celle reliée à notre potentiel sur la distance
choisie. Alors, les habitudes, les rituels, oui,
mais bien appuyés par les connaissances et peut-être arrivera-t-on à ce que
l'on veut.
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ZEN
C'est curieux quand même, du moins en
ce qui concerne la course de fond, de penser que pour supporter plus
facilement une longue sortie, il faille faire diversion en laissant errer ses
pensées dans toutes les directions. Je dis c'est curieux alors que je pense
réellement que c'est complètement faux.
Évidemment le geste répétitif invite à
développer des automatismes pour ne pas avoir à penser chaque détail de
l'activité qui se déroule à nos pieds. Les rituels du matin durant la toilette
sont un bon exemple des avantages de ces réactions quasi
réflexes.
Pourtant, il n'est pas un jour où je cours
disons, 30, 40 ou 75 minutes qui ne se passe sans ce combat entre courir
de façon associée ou dissociée. Une petite explication s'impose ici. Associé
et dissocié font intégralement parti du vocabulaire du coureur de fond. On est
associé lorsqu'on est attentif à tous les signaux de notre corps et par
conséquent, on est dissocié lorsqu'on est totalement pris par nos
pensées.
C'est là que la méditation et l'attitude
zen entre en scène. Comprenons par là qu'en séparant le corps et l'esprit nous
faisons irrémédiablement fausse route. On peut s'accorder ici sur le fait
qu'il est très difficile de balayer notre cerveau d'un afflux incessant de
pensées. Même lorsqu'on court en association avec tous les signes envoyés à
notre corps, notre esprit lui peut batifoler à qui mieux-mieux.
Alors, il faut prendre la situation par un
autre biais et pourquoi pas l'environnement. Non seulement est-il le
témoin de nos actions, il en fait littéralement parti. Après tout, nous
ne sommes pas dissociés de la route sur laquelle nous courons. En établissant
un dialogue entre la route, sa structure, ses odeurs, ses sinuosités, le
terrain, l'atmosphère, la température, l'humidité, le vent, j'en passe
et nous, une harmonie s'installe à la fois dans nos foulées, nos pensées
et nos muscles. Nous sommes alors convaincus d'être au bon endroit au bon
moment. Plus, cette sensation de faire parti du décor apporte à
quiconque la vit une grande satisfaction. En théorie, cela semble aller de
soi, mais il faut y travailler comme pour tout, afin que ce dialogue en soit
un véritable. D'abord prendre conscience qu'on est rien sans l'environnement
et qu'en corollaire, on ne peut saisir l'environnement sans nous. Je crois que
nous touchons là un bon départ pour une course et une vie un peu plus zen.
Alors, relaxons c'est la vie qui nous le dit.
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EST-CE L'AFRIQUE?
Tous les coureurs vivent à divers degrés
cette sensation hédonique que leur activité, non seulement leur procure une
bonne condition physique, mais qu'en quelque sorte, elle les immunise contre
tous les avatars physiques de ce monde.
C'est en 1972 aux Jeux Olympiques de
Munich que le boom du marathon a frappé l'Amérique. En effet, contre toute
attente Frank Shorter, un Américain originaire de Munich, peut-être pouvait-on
y voir une motivation secrète, remporte l'épreuve et marque ainsi un tournant
dans notre vision de la course et des héros qui l'anime. Jusque là en Amérique
et forcément chez nous qui suivons de près, le sprint était la reine des
courses. Il l'est encore d'ailleurs, si on se fie aux cotes d'écoutes
aux Olympiques.
La question n'est pas là. Dans les
sprints, en quelques secondes l'affaire est classée. On idolâtre le premier et
en moins de deux on ignore qui étaient les autres. Tandis qu'au marathon, oui
bien sûr on applaudit le premier, mais en même temps le 10,000ième/37,000 peut
devenir un héros, d'abord à ces propres yeux, ensuite à quiconque comprend par
quoi il a dû passer pour franchir cette fichue ligne d'arrivée.
Dans un monde presque aseptisé, ces
42.195kms sont arrivés comme une bouffée de fraîcheur, un défi et un
engagement reconnus universellement comme un exploit à la portée de tous,
pourvu qu'on s'y emploie un peu sérieusement. Patience, on va y arriver.
Tous ces nouveaux héros que sont devenus les marathoniens ont pris goût à la
chose et s'y sont servis tant et tant qu'ils ont commencé à se croire
indestructibles. Bien sûr, ils s'informaient de tous les avancements de la
science, des méthodes d'entraînement et de tout le jargon qui vient avec.
Évidemment
les problèmes n'ont pas tardés à surgir,
blessures de stress, surentraînement, etc.
Si bien qu'après un certain temps, la
course a finie par avoir mauvaise presse. On disait que le choc à chaque pas
était terrible et qu'on pouvait s'user prématurément en courant trop.
Encore faut-il savoir combien trop c'est. Reste que la course constitue un
facteur de protection contre justement l'usure prématurée des os et des
muscles. Elle nous protège aussi des risques de maladie cardiaque et même pour
certains, elle est une panacée à tous les maux.
Je n'étais pas loin de tenir ce discours
enflammé, sorti tout droit des années peace and love, quand la réalité
quotidienne m'a sorti en quelque sorte, de ce monde trop beau pour être vrai.
Ici je ne veux faire peur à personne, mais il est quand même important de
relativiser les valeurs de la course, même si elle demeure pour toujours mon
amour de grand chemin. Amour non seulement pour son influence sur notre état
physique, mais pour la beauté dont elle peut nous faire grâce et ici je me
dois de citer Yoko Ono qui affirme " Quand vous ressentez la beauté du
monde vous restez jeune ", ce qui convient parfaitement à la course longue
distance.
C'est en Afrique, plus particulièrement en
Mauritanie que la vie s'est chargée de me montrer la fragilité des choses
autant que leur grandeur. Parti pour 15 jours dans la vallée de l'Adrar à la
rencontre des peuples Peuls, Maures et Touaregs, j'étais convaincu que ma
condition physique de coureur allait me permettre de survoler ces jours sans
anicroches, même ironiquement avec une certaine aisance. Pourtant les personnes que j'ai côtoyées, tant chez les
autochtones que chez mes collègues Français, n'étaient en aucun cas des
adeptes de la course, ni de quelque activité physique violente. Quelle ne fut
pas ma surprise de me retrouver un des premiers sur le carreau. Et pas à peu
près. Un après-midi je me suis senti faible et vite on a pris ma
tension, 90/50. Je n'en menais pas large. Même, je suis revenu depuis
plus d'une semaine et j'ai été contraint à une dose d'antibiotiques pour une
sinusite aigüe et une broncho-pneumonie.
Alors que s'est-il passé ? Une part de la
réalité peut être attribuée au choc culturel, ainsi qu'aux écarts de
température. L'alimentation pouvait aussi constituer un facteur important dans
mon adaptation et finalement la fatigue et le manque de sommeil ont fini de
miner ma santé qui jusque là m'avait rarement fait défaut.
Est-ce l'Afrique ? Il est certain que
tout ce que j'y ai vécu, autant les bons comme les durs moments ont
contribué à ma prise de conscience que tous les hommes ont la même âme, peu
importe leur condition et que la vie est fragile. Il faut la célébrer avec
tous et ne rien tenir pour acquis.
Yves Daigneault
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LA FORCE VIENT DE LA QUIÉTUDE
En regardant un reportage sur les sports
olympiques, le judo pour le nommer, je me suis surpris à entendre l'entraîneur
prodiguer des conseils, disons saugrenus à ses ouailles. Le plus tordu
m'a-t-il semblé, tenait comme suit : " regardez les judokas avant
le concours, c'est toujours le plus tranquille qui gagne ".
Dans le même ordre d'idée, je me suis levé
ce matin avec cette sensation de calme et tranquillité. Même qu'elle a
commencé dans mon sommeil, demi-sommeil devrais-je dire, puisque j'en ai pris
conscience, d'abord par ma respiration lente et profonde qui m'apportait une
sensation de repos et d'énergie renouvelés. Déjà dans le passé, je m'étais
intéressé à ce phénomène peu fréquent et qui apportait toujours son lot
de petits bonheurs. A tel point que j'attendais béatement que cette
sensation me revienne.
Quand on se lève le matin et que tout nous
semble clair, tout se passe facilement. Ce jour béni où n'importe quel projet
trouve son accomplissement assuré. Il suffit de le décider et bang, il se
concrétise. Est-ce un phénomène de confiance, ou plus simplement une
convergence d'énergies qui arrivent à point nommées? Peu m'importait, je
tenais mon jour. Il me fallait donc tester ma théorie dans la réalité
concrète.
Quoi de mieux que de faire un entraînement
en défiant mes limites. Je me croyais capable sur papier de courir 2 X 1km en
moins de 4 :30 avec 2 minutes de jog entre chaque. Alors, j'ai profité de la
conjecture et me suis lancé. D'abord 10 minutes de course lente avant
d'attaquer mes kilomètres jusque là hypothétiques. J'étais sur la piste
de 200m, alors chaque tour devait montrer moins de 54 sec. au chrono. Dans
l'énervement, le premier tour a passé à 47 sec. Je sentais à peine
l'essoufflement. Prudence me suis-je dit, j'avais tous les éléments pour
réussir, de même que ceux pour craquer. Je décidai de me fier aux sensations
de mon corps et de ne plus regarder le chrono avant la fin du cinquième tour.
Je courais détendu et me concentrais sur ma forme. Après 3 tours, une tension
s'installa dans mes jambes, alors je relâchai d'un poil mon effort. J'étais à
peine sorti de ma zone de confort, mais très confiant de tenir jusqu'au bout.
Résultat : 4 :15, pas mal pour un premier essai. Tout de suite je me mis au
jog léger, qui me fit sentir très lourd. Il restait le deuxième km que
j'anticipais avec une confiance ébranlée.
Ce devait être la peur de l'échec ou de la
douleur, je ne sais trop, mais j'appréhendais ce deuxième km avec des images
contradictoires. Assez d'hésitations, il
fallait y aller. Mon premier tour devrait être plus relaxe, vérification
faite, 47 sec. encore. Ça n'annonçait rien de bon, mais je réussis à me
convaincre d'accepter le résultat quel qu'il fut. A mi-chemin du
troisième tour cependant, je me sentis vraiment limite et pensai à m'arrêter.
Même que je ralentis que dis-je, je freinai sur trois foulées, des secondes
d'enfer qui me rappelaient d'autres plateaux franchis il y a longtemps. J'ai
même eu le temps de revoir mon dernier jour vers Vancouver à vélo, où à bout
de force, avec 30 kms à parcourir, je me suis surpris à sortir mon pouce du
guidon pour réclamer de l'aide. Heureusement, personne n'est venu à l'époque.
Pas plus aujourd'hui d'ailleurs, c'est pourquoi je relançai comme
j'avais fait sur mon vélo et les bonnes sensations me revinrent. Plus qu'un
tour, je restai concentré, j'imaginais que j'allais finir en 4 :30 ou 4 :35,
mais surprise, 4 :06…WOW.
Je crois que mon corps et mon esprit
étaient au rendez-vous. Bien sûr, on peut tous franchir des plateaux et voguer
vers de grandes sensations, mais la quiétude reste finalement le repère
infaillible pour qui veut se lancer.
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LA COURSE, CETTE VÉRITÉ!
Au début 2009, à l'instar de millions
d'autres, j'ai bêtement profité de l'occurrence de cette convenance,
pour me fixer un objectif à la fois réaliste et demandant, soit de me
qualifier pour le marathon de Boston.
C'est rassurant de se promener dans un
créneau reconnu. En fait, c'est une grande source de motivation. D'après les
statistiques, courir un marathon en 4 :00h à 60 ans, se trouve à ma portée,
sans être gagné d'avance. Mon dernier date de deux ans et s'et terminé en 4
:17h. Bien sûr, plein de circonstances, température, côtes, et cetera,
plaident en faveur d'excuses à une quasi contre-performance, alors on pourrait
presque dire que les 4 :00h sont dans la poche, mais on serait loin des
sentiments qui m'habitent face à mon challenge. Il me faut ici m'expliquer sur
l'importance de la reconnaissance. Ce n'est pas fortuit de choisir un objectif
reconnu de tous, du moins du monde des coureurs. C'est un peu comme un
dividende ajouté à la satisfaction du geste accompli. J'ose imaginer ma
réussite qui rayonne dans le regard des autres, puisque dans mon cas, c'est
exactement l'effet que ça m'a fait de voir des gens y arriver.
Maintenant, pour y arriver, je me confronte
à plein de petits obstacles qui mis ensemble, me coupent le souffle, me
bloquent les jambes, me laissent sans forces, cloué à mon fauteuil. D'abord
établir un plan d'entraînement réaliste et m'y tenir. Ensuite, affronter
l'hiver et ses vicissitudes, doser mes entraînements et mes périodes de repos,
rester réaliste et surtout, surtout, toujours y croire.
Il se trouve que ma grande faiblesse est
l'endurance. Pourtant, ça fait près de 30 ans que je cours, j'ai amplement eu
le temps de corriger cet état et pourtant non, j'ai toujours le goût de
travailler tous les autres aspects de ma discipline, mais quand vient le temps
de l'endurance, il me faut toujours tout saborder, soit en partant trop vite,
ou bien en augmentant le rythme à mi- parcours, de peur de ne pas en faire
assez. Peut-être qu'inconsciemment je ne crois pas trop au fait de trottiner à
pas de tortue et me butte à mes vieilles habitudes d'entraînement
erratiques.
Mais voilà que du nouveau se présente à moi.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, le fait d'avoir 60 ans, m'amène à
être plus réaliste et moins difficile quant à mes aspirations, on le comprend
facilement. Mais le vrai nouveau, celui qui me surprend le plus, n'est pas là.
Il réside dans la certitude que le temps se fait plus court et donc plus
précieux. Alors, il m'est presque impératif de faire les bons choix et d'oser
ce que je veux vraiment.
Quand j'étais enfant, tout était occasion
d'aventure, d'exploration, d'apprentissage, aujourd'hui c'est un peu
semblable, mais avec l'avantage des échecs et leçons acquises au fil du temps.
Je suis donc prêt à faire de nouvelles erreurs et par surcroit j'embrasse
l'idée de trottiner pendant des heures en préparation de mon prochain
marathon, on verra bien.
De toute façon, le course par ces critères
d'espace et de temps me dira toujours où se trouve la vérité.
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Chronique du 29 janvier
2009
UN BRIN DE FOLIE
J'ai trouvé amusant d'arriver sur la piste
du Centre Claude Robillard et d'y voir cet amalgame de corps et d'âges si
différents, déambuler dans une harmonie presque indifférente.
D'abord j'ai été frappé sur la piste par
ces deux athlètes fluides, minces, concentrés, même intimidants. Incapable de
s'en empêcher, lorsqu'ils sont passé à ma hauteur, mon chrono s'est déclenché,
question de voir à quelle vitesse ils avalent la piste. 33 secondes/200m, soit
l'équivalent de 2 :45/km, vitesse sidérale dans le monde des vétérans. Merci
les gars pour ce petit moment de rêve. Ces deux spécimens hors du commun
courraient sans efforts apparents, surtout lorsqu'ils passaient devant leur
entraîneur. Il y avait pourtant il m'a semblé, une sorte de compétition entre
les deux, car c'était toujours le même en avent et le deuxième devait porter
des pointes, juste pour rester dans la cadence, alors que le leader courait
avec des souliers plus lourds, mais combien sans bruit. Cette situation devait
être bénéfique aux deux.
En même temps, à deux pas d'eux, i.e.
utilisant les couloirs extérieurs, un groupe d'aînés, ils étaient bien une
soixantaine, bougeait au rythme imposé par une professeure toute attentive à
leur prestation. Ceci sans compter les quelques mini groupes de marcheurs sur
les couloirs intermédiaires. Ces gens m'apparurent les plus détendus et à ce
titre des plus intéressants. La conversation plus que le geste, semblait
justifier leur présence au centre.
Alors vais-je trouver une niche pour
accomplir ce que je m'étais promis en ce jeudi matin? Bien sûr un petit
jogging de 10 minutes n'était pas superflu dans les circonstances. J'avais en
tête de faire 5kms à vitesse TEMPO, dans le cas présent, à 52sec/tour. Le
TEMPO rencontre à lui seul plusieurs objectifs recherchés par le coureur de
fond. Il nous conforte dans un rythme soutenu, sans entrer en dette d'oxygène.
Aussi, il nous enseigne à maintenir une cadence, même quand la fatigue
s'installe. C'était donc pour moi un entraînement assez
important.
Il est facile de se mentir dans ce genre
d'exercice. Par exemple après un premier tour à 49 sec., ce qui m'a
semblé des plus faciles, je me devais de ralentir, au risque de m'effondrer
comme une lavette au bout de 10 ou 12 tours. Rien à faire, à chaque fois que
les deux gazelles me doublaient, j'augmentais la cadence. Heureusement,
l'occurrence se produisait à tous les cinq tours, alors je pouvais me replacer
en un demi tour. J'ai complété mes 25 tours comme prévu, avec un petit plus,
soit un haussement de rythme à au moins 5 reprises.
Enfin, toute cette mise en scène aura
servi à me faire vivre un moment délicieux, agrémenté d'un rêve
ressemblant à un brin de folie.
Yves Daigneault
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Chronique du 06 décembre
2008
DE L'UTILITÉ DES SOUVENIRS
Le souvenir ravive souvent une
sensation du présent.
Mon mardi s'est avéré un peu spécial.
J'avais en tête de faire une pyramide, i.e. progression et régression dans les
distances, en maintenant un rythme élevé. Seulement il y avait aussi un
tournoi de badminton organisé par mon nouveau groupe APADOR.
Il me faut bien sûr établir mes priorités
dans un tel cas. La course passe loin devant, malgré tout l'aspect ludique et
stimulant que m'offre le badminton. Pour bien situer le contexte, il me faut
préciser que le tournoi débute à 9 :00h et que mon entraînement lui, se
déroule vers 8 :00h. Il me serait facile, voire tentant d'y aller côté tiède
quant à la vitesse de mes tours, sur la belle piste du Centre Claude
Robillard. Comme ça je ferais d'une pierre deux coups et ne compromettrais en
rien ma performance au dit tournois. Par contre, c'est ma conscience qui
souffrirait, car j'accorde beaucoup plus d'importance à ma capacité de courir
mes tours à bonne vitesse qu'à vouloir gagner dans le tournoi.
Cette question étant réglée dans ma tête,
je commence mes répétitions. Premier tour facile en 55 sec., ce qui est de bon
augure pour le crescendo à venir. La récup. dans un bon jogging me met dans
une sensation près de l'allégresse. Mais le plus dur est à venir. Il me faut
maintenir cette vitesse pour deux, puis trois, puis quatre tours, avant de
régresser jusqu'à un tour. Vais-je tenir? C'est alors qu'en regardant la
foule, mes souvenirs refont surface et viennent me porter secours dans les
minutes qui m'attendent. Pourquoi les souvenirs de mon décathlon d'il y a
quinze ans surgissent-ils subitement? Je crois que certaines images se
doublent dans ma tête. Entre autres, ces gens autour de la piste qui vaquent à
leurs propres occupations, sont les mêmes qu'à ce jour mémorable où chaque
personne que je voyais dans le gymnase me donnait confiance et quiétude. C'est
comme si je tirais d'eux l'énergie nécessaire pour accomplir mes actions. A
l'époque, c'était une compétition amicale, entre professeurs d'Édu. Phy. Pour
déterminer qui était dans la meilleure forme. Dix épreuves au programme, avec
charte de pointage, juges et règlements, donc assez sérieux comme programme
somme toute.
On en était à l'épreuve ultime et il me
fallait absolument remporter l'épreuve du saut en hauteur pour ravir le titre.
Étant petit et piètre technicien dans cette discipline des plus complexes, je
restais dubitatif sur mes chances de victoire. Pourtant, j'allais tout donner
et accepter le résultat, dans la dignité d'un vrai concurrent. Cette attitude
m'a donc mis dans un état de détente. Tout à coup, surprise, tout me réussi. A
chaque saut je me sens bien. Ma technique n'est pas très bonne, mais mon
impulsion compense amplement mes manques. Je suis dans un état second. Tout
contribue à mon succès et succès arrive.
Je reviens sur la piste, rendu à la plus
grande distance, je valse entre associé et dissocié dans ma tête. Il me faut
rester concentré, alors je décide d'être à l'affût de toutes mes sensations
pour garder toute ma concentration et finalement, ça fonctionne. La
dernière partie de la pyramide se déroule donc avec une certaine aisance,
malgré la fatigue accumulée.
Pour ce qui est du tournoi, il faut croire
que mes souvenirs m'ont encore servis, car un après l'autre, chacun des matchs
s'est soldé par une victoire.
C'est quand même drôle, comme on peut
vivre un présent construit par des souvenirs.
Yves
Daigneault
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Chronique du 24 novembre 2008
SE RÉCONCILIER AVEC SES HABITUDES
Tous les jours, je me lève vers 5h, pas
par bravade, encore moins par héroïsme, mais bien par habitude. Au fil du
temps, je m'en suis fait quasiment une obligation.
Et puis le temps n'est pas un véritable
ami. Cet ingrat insidieux qui nous file entre les doigts, égal, imperturbable.
Il se fout complètement de nos états d'âme, de nos luttes, voire de notre vie
comme du dernier des chiffons. Par exemple, ce n'est pas pour me plaindre,
mais j'ai été débordé ces dernières semaines. Si bien que pour faire
honneur à mes vieilles habitudes, j'ai tout fait pour les garder contre vents
et marées. D'abord le lever à 5h m'est apparut bizarre quand je me suis
réveillé à 2h, pensant que c'était l'heure, la fatigue me semblant
correcte dans les circonstances. Mon jugement subissait des assauts trop forts
pour lui.
J'ai même pensé que parce que je suis un
lève-tôt que j'ai une addiction pour la course, la surcharge serait amplement
supportée par toutes ces bonnes habitudes, responsables de tant de
bienfaits. Mais non, déjà que l'insomnie
m'apportait un indice sérieux d'érosion de l'équilibre, ma carcasse allait se
manifester à son tour. Chaque matin, je me levais un peu plus
courbaturé. Plutôt que de mettre le problème sur le dos des mes " saines
" habitudes, j'ai pensé que le temps arrangerait les choses, comme s'il savait
de quoi il ressortait.
Et bien le temps, il peut filer, j'ai
compris, il faut vivre petit, un jour, une heure, une minute à la fois. Les
habitudes sont comme des passages, des circuits privilégiés imprimés en nous
et nous facilitant la vie. Mais si on est pour s'en prendre de nouvelles, il
faut y mettre la répétition, l'attention et l'intensité nécessaires pour en
tirer le summum.
Curieusement, la recherche d'une habitude
devient une nouvelle aventure, pleine de promesses, mais exigeante pour se
voir imprimée dans notre être comme une plus-value de ce que nous sommes.
C'est pourquoi, malgré les petits inconvénients récents, je me sens à l'aise
avec mes vieilles habitudes. Après tout, c'est de moi qu'il
s'agit.
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Chronique du 06 octobre 2008
JOUR D'ORANGE
C'est avec un frisson mêlé au soleil
que j'accueille les premiers jours d'automne. Pour moi cette équinoxe
n'a rien d'égalitaire. Elle vient au contraire m'annoncer l'inexorable. Le
temps des pelures est arrivé. Fini les camisoles, bonjour les gants.
En même temps, les joues rouges et la
lumière douce enrobent mes trajets d'un plaisir à trouver. Le jeu d'essai
erreur dans le choix des vêtements, rend mes sorties hasardeuses, mais
certainement tentantes. Ce mensonge d'équinoxe nous prépare au froid et aux
grandes ombres. L'hiver lance un faire-part de couleurs et de vents aux
promesses de blanc lointain. C'est à croire que l'automne nous invite au
dehors, pour goûter une fraîcheur, des couleurs et des odeurs de fête. C'est
aussi le temps des récoltes, ne parle-t-on pas de l'action de Grâce, avant de
s'engouffrer de longs mois dans un hiver terrible, jusqu'au réveil du
printemps.
Je pars donc sur un trajet bien connu,
mais cette fois avec un regard et un senti tout à fait différents. Les verts
tendres et les orangés des feuilles doivent leur éclat au manque de lumière et
à la fraîcheur des terrains. Curieux tout de même qu'on s'en délecte à ce
point, car au fond on assiste sinon à une agonie, à une retraite d'énergie
tout au moins. Mais je ne boude pas mon plaisir. Au contraire, c'est
l'occasion idéale de sentir l'harmonie de l'endurance avec la douceur et la
langueur du paysage. En des temps comme ceux-là, je pourrais courir des
heures. Il me faut en profiter, car bien sûr les jours raccourcissent et la
transition se fera courte avant la longue saison des gelées.
Finalement, ces couleurs et cette douceur
me ragaillardisent. Mes courses d'automne sont un peu comme ma manne de noix
engrangée pour l'hiver. Plus de sorties, plus de couleurs, plus de joues
rouges et meilleur sera mon hiver. Quel privilège que d'avoir droit à quatre
vraies saisons.
Yves Daigneault.
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Chronique du 29 septembre 2008
HAILE!
Il m'arrive à l'occasion de troquer
mon rationnel adulte, pour m'enticher d'une vedette. Je deviens alors comme un
groupie, donnant libre cours à l'ado jamais loin dans mon âme.
C'est le cas quand j'entends parler d'Haile
Gebrsellassie pour le nommer. Haile est cet homme souriant, porteur de rêve,
avec les deux pieds sur terre. Dimanche dernier, il a à nouveau battu le
record du monde du marathon, devenant ainsi le premier homme à franchir la
distance sous la barre des 2 h :04 :00, soit en 2h :03 :59.
Bien sûr il en était fier, mais aussitôt
il a rajouté qu'il ne croyait pas que son record allait tenir longtemps,
tellement il y a de bons coureurs en lisse. Selon lui, son pire ennemi est son
âge, 35 ans. Mais si on lui demande s'il compte prendre sa retraite, sa
réponse peut en surprendre plus d'un. Lorsqu'on met une date de péremption
dit-il en résumé, on a déjà lancé la serviette. Quant à lui, il compte bien
courir jusqu'aux jeux de 2016. On peut dire qu'il est congruent. Mais que
m'arrive-t-il de m'enticher comme ça, de m'abreuver même aux paroles d'un
athlète d'élite, alors que je me targue de courir pour le plaisir. Il est vrai
qu je n'attends pas de voir les élites battre les records pour prendre la
route et faire mon petit bonhomme de chemin. Rien n'empêche, quand je vois un
exploit comme celui-là, rien que d'imaginer courir à un rythme d'environ 2min.
56 sec/km, répété 42 fois, ça me laisse coi. En même temps, est-ce l'élan du
superlatif, je hâte le pas dès ma première sortie, comme pour saluer l'exploit
à ma façon.
Depuis des décennies, je virevolte entre
mon admiration pour l'élite et ma prédilection pour la masse, comme si une
dichotomie les empêchait de cohabiter en toute harmonie. Je n'en fais pas une
maladie, mais à tort ou à raison, je penche toujours pour la plus grande
participation, en rêvant aux plus grands exploits.
Peut-être et-ce une question de dosage, à
savoir combien investir pour l'élite, pour que quand la masse se sent
stimulée, il en reste assez pour savoir en profiter. En attendant, Haile a
soufflé un vent de participation, non seulement par son record, mais aussi par
ses propos, assurant que la course c'est la santé et que lorsqu'on bouge on
aide au développement de notre société, comment ne pas être d'accord. Alors, à
mon tour d'ajouter un mot en disant que " La course c'est la vie
".
Yves Daigneault.
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Chronique du 18 septembre
2008
TOUT CE QU'IL FAUT
On est drôlement faits. Souvent, on est le
premier obstacle à l'atteinte de nos objectifs. Je pourrais m'étendre
longtemps sur le sujet, l'ayant expérimenté amèrement dans tant de domaines
qu'on pourrait écrire une encyclopédie juste avec mes emplois du verbe
falloir.
Pourtant c'est un vocable bien pratique,
surtout lorsqu'on est en public. " Il faut que j'y aille ", passe comme du
beurre dans la poêle, s'il est bien présenté. Un peu moins convainquant, quand
en badinant, on lance : " il faudrait que je mange moins, il faudrait
que je fasse un peu plus d'exercice, il faudrait que je perde 10 livres ".
Bien sûr, à la clef, demeure le sous-entendu que même si c'est un besoin, rien
n'est moins sûr qu'il va se réaliser.
J'ai besoin de respirer, c'est vital,
jamais je ne dirai, il faut que je respire. Par contre, mon besoin d'être au
mieux de moi-même m'engage en quelque sorte, à faire tout ce qui peut m'y
mener. Je soupçonne la recherche du plaisir d'être la plus grande responsable
de nos petits malheurs. Vu qu'on est dans le domaine de la course, restons-y
voir!
Personnellement, j'ai reçu en héritage,
une bonne dose de fibres blanches (fibres musculaires dites anaérobiques), et
par conséquent, n'ai guerre de propension pour les longues distances. La vie
étant ce qu'elle est et mon âge grandissant, les options puissance et vitesse
se font de plus en plus rares. Je dois donc me rabattre sur les longues
distances. Comme tout le monde, j'adore travailler mes forces, i.e. les
activités que je réussis et éluder mes faiblesses, genre, je le ferai quand
j'aurai plus de temps.
Je sais pourtant que ma réussite dépend
justement du travail à faire pour transformer mes faiblesses en force. Mais
c'est difficile. Alors, il me faut me servir de certains attributs acquis par
la vitesse, pour me discipliner et développer ainsi mon endurance. Quand
je cours plus d'une heure, il est inutile de me lancer à corps perdu,
presque en dette d'oxygène après vingt minutes. Pourtant, mon travail consiste
à me convaincre que de courir lentement me rend plus fort et plus rapide en
longue distance. On dirait que mon cerveau ne l'assimile pas. Je ne me
décourage pas pour autant, sachant que : " cent fois sur le métier… "
Comme dans la plupart des apprentissages,
le plaisir vient seulement avec la réussite. Alors, un petit truc me vient à
l'esprit, y rien comme des petites réussites pour tracer le chemin du grand
accomplissement. Bon, je vous laisse, il faut que j'y aille.
Yves
Daigneault.
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Chronique du 13 septembre 2008
DÉLAI DE GRATITUDE
En discutant avec des amis, on s'est mis
d'accord sur un point. Si on fait une chose à la fois, on risque premièrement
d'être moins stressé et en bout de ligne, si on n'aboutit pas, on saura
clairement où on en est.
C'est un peu dans ce sens que se pose le
problème de notre évolution. Notre organisme est fait pour l'endurance.
L'endurance de toutes sortes, courir, marcher, nager au départ, avec des
objets aussi, vélo, ski, patins et cetera, enfin, tout ce qui comporte des
gestes répétitifs, servent bien le propos de l'endurance humaine.
Pourtant, pourtant, s'il y a quelque chose
qui n'est pas valorisé dans notre société, c'est l'attente, le délai. On vit
dans l'instantané. Moi le premier, lorsqu'on m'a offert la haute vitesse sur
internet, je m'y suis précipité. Mais n'étant pas à un paradoxe près, je voue
une grande admiration aux athlètes d'endurance. Et c'est en fouillant dans
leur vécu et dans leurs secrets moins bien gardés que j'ai retenu quelques
leçons essentielles pour m'exprimer à mon tour dans toute mon endurance.
Pourquoi les gens de mon entourage
hésitent à courir? Ce n'est sûrement pas parce que ça coûte cher, ou
qu'ils n'ont pas le temps, quoique cet argument sert souvent à toutes les
sauces.
Ce n'est pas non plus parce qu'il n'y a pas d'endroit
accessible. La course en fait, c'est difficile et ce l'est dès le départ.
Juste le fait de ne pas pouvoir courir une heure la première fois suffit à
certains pour dire que ce n'est pas pour eux. On peut et ça arrive souvent au
débutant, être essoufflé après 2 - 3 minutes, c'est à la fois frustrant et
dévalorisant.
Même si on se donne comme objectif de
développer notre endurance, on fait face à des obstacles aussi insidieux
qu'imprévus sur le chemin de notre réussite. D'abord pour qui aime courir, il
est difficile de croire que courir lentement et longtemps est aussi
important que de faire des intervalles ou des sprints à fond de train.
On touche ici au problème de discipline.
Quand on court lentement et longtemps, on a l'impression d'être en mode
récupération. Pourtant on est en train de construire notre base. On est au
camp de base de l'Éverest. Le sommet étant peut-être un marathon. Il faut être
discipliné pour ajouter à la fatigue jour après jour pendant six mois. Car
c'est ce qu'il faut faire pour construire une telle base. C'est ma foi plus
exigeant que de se lever et de faire un entraînement intensif une fois par
semaine.
Apprendre c'est difficile. Il faut
répéter, se tromper, recommencer, s'ajuster et répéter encore. Pour
l'endurance c'est la même chose, mais plusieurs trucs existent. Dans le cas de
la course, on peut viser un marathon, c'est la carotte et chaque fois qu'on
trouve la session ennuyante, difficile, on garde l'objectif en vue. On peut
aussi se faire un graphique de progression. Bien sûr, on n'est pas gratifié
tout de suite, mais qu'est-ce u'un petit délai sur la longue route du
succès.
Yves Daigneault
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Chronique du 05 septembre 2008
L'AMOUR, JE L'AI DANS LE NEZ
Ce vendredi matin m'apparaît tout à fait
ordinaire, sauf peut-être dans ma volonté soudaine d'y vivre un présent sans
compromis. Je ne sais pas pourquoi, où je n'ose me l'avouer, mais ce besoin de
courir, me presse comme une urgence de vivre entièrement le
maintenant.
Alors, trêve de tergiversations, il
est 5 heures, je prends une douche, j'élude toutes les options qui se pointent à
sa suite, i.e. café, courriel, journal, et cetera…Je m'habille tranquillement et
je sors pour une heure de course. Il fait
doux et noir, mon souffle est court, mes jambes regimbent, mais je sais que
l'équilibre n'est pas loin, alors j'attends. Les foulées régulières me
rassurent, ça y est, je me sens mieux. Mon cerveau peut passer à autre chose.
C'est l'heure des pick-up et des poids lourds, cols bleus et jeunes
entrepreneurs confondus. J'ai hâte d'arriver au bord de l'eau pour respirer le
calme bourgeois des villégiateurs, avec les effluves du fleuve, mêlées à la
rosée du matin. C'est curieux, mais je pourrais dire à quelques secondes près,
ma cadence au kilomètre, tellement je sais où j'en suis.
J'avance et le clair-obscur se travestit en
aube parfumée aux bouquets côtiers du Lac Saint-Louis. L'odeur prend le dessus
sur la lumière, du moins pour l'instant. Dans onze minutes, je fais demi-tour,
soit deux kilomètres. C'est fou comme c'est rassurant et plaisant à la fois,
cette certitude en quelque chose. Déjà des écoliers s'alignent sur le bord de la
route, en costume bien sûr, on n'est pas n'importe où. Ils attendent l'autobus
du vendredi, le sourire de fin de semaine, plissant le coin de leurs lèvres. Il
faut être à l'allure de la course, même de la course de fond, pour sentir tous
ces détails, Wow, quelle chance.
Je le savais d'avance, mais mon choix reste
le même, la fin de ma sortie m'offre une belle côte casse patte de 600m. Je la
prends comme un défi, un challenge qui vient me rassurer sur mon état, une sorte
de ticket qui vient dire que oui, c'est vrai, tout ça c'est beau et c'est réel
et tu l'as payé au juste prix.
Mais que vient faire l'amour dans tout ça.
Car l'amour est bien dans le titre de ce texte. L'amour étant une disposition
favorable à l'égard de ce qui est senti, je crois l'avoir vraiment dans le
nez.
Yves Daigneault.
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Chronique du 29 août 2008
CES FIBRES QUI FONT ROUGIR
Les Jeux Olympiques de Pékin m'ont fait
vibrer tout entier, surtout au " Nid d'oiseau ". J'ai dû attendre une grosse semaine avant de voir la piste en
tartan, ainsi que les espaces réservés aux concours, accroché que j'étais à mon
écran de télé, toujours un peu entre jour et nuit.
Peu importe, ça en valait la peine. Tout
était de haut niveau. Bravo aux analystes qui ont su résumer la complexité des
épreuves, pour soutenir l'enthousiasme des spectateurs à l'affût de moments
historiques. Les courses m'ont soulevé davantage que les concours, alors j'ai le
goût de m'y attarder quelque peu. On a beau être néophyte, il est quand même
frappant de voir les différences de gabarit qui suivent de façon presque directe
les longueurs des épreuves. Plus c'est court, plus on est musclé, plus c'est
long, plus on est ténu.
A cela on pourrait ajouter le caractère,
avec quelques nuances bien entendu. Pour les sprints, la testostérone parle
beaucoup et l'agressivité donc, n'est jamais bien loin. Au fond du spectre règne
le marathonien, tout en introspection et zen que veux-tu. Même la mécanique
intérieure diffère selon la distance choisie. Au 100m on travaille à 95% en
anaérobie, i.e. en privation d'oxygène. Exactement à l'inverse du marathon, où
l'oxygène devient des plus précieux. Ce qui nous amène des courses des plus
excitantes au 1500m, où l'oxygène contribue pour 50% de l'effort de l'athlète.
Alors que dire du 400m en presque totale anaérobie. Cette agonie terrible lui a
value le sobriquet de " mort lente ".
La nature étant ce qu'elle est, on ne peut
s'improviser en sprinter. Ici je dois m'expliquer. Nous disposons tous à la
naissance d'un certain nombre de fibres musculaires. Elles se divisent grosso
modo en deux catégories, soit les rouges et les blanches. Les rouges sont les
fibres oxygénées, les vecteurs de l'endurance. Les blanches elles sont là pour
la puissance, l'explosion, les réactions de survie dans des cas extrêmes. La
bonne nouvelle, c'est qu'on peut transformer nos fibres blanches en fibres
oxygénées par l'entraînement. La mauvaise, c'est qu'on ne peut augmenter le
nombre de nos fibres blanches, il faut savoir choisir ses parents.
Alors, au regard de ces performances
olympiques, lesquelles m'ont soulevé au point de me faire lever de mon siège,
c'est peut-être à cause de mon âge, bientôt 60 ans, mais le 5000m et le 10000m
m'ont ébloui, à cause du rythme, de l'élégance du geste, du calcul de l'effort
et de la finale, en particulier le dernier tour de piste de Kenenisa Bekele,
imaginez, à la fin du 5000m, un 400m en 53 sec. alors qu'au 800m le premier 400m
s'est couru en 53 sec.
Ce que je souhaite par-dessus tout, c'est
qu'on se rende un peu plus compte que les humains sont faits pour bouger. Pas
besoin d'être un olympien pour activer nos fibres rouges, mais que c'est beau,
que c'est beau.
Yves Daigneault
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Chronique du 29 juin 2008
LA VIE ENTRE LES MARGES
Je suis un acheteur compulsif. Il
suffit que j'imagine le bonheur de posséder, côtoyer, utiliser même un
objet que le désir émerge. Alors, comme une obligation s'empare de moi. J'en
ai besoin. Je fais le délice des fabricants de rêves.
En même temps, je résiste aux excès et me
protège tant bien que mal en utilisant toute la force que me laisse le
raisonnement devant mon cerveau envahi. J'en profite pour pratiquer la
rationalisation (pas celle des grands chefs d'entreprise), pendant que je ne
suis pas bombardé par la publicité. Il se
trouve que ce schéma me suit dans mes habitudes de course, me causant
quelquefois problèmes, blessures et multe frustrations.
Alors il me faut trouver l'équilibre. Car
une vie dans les excès aura tôt fait de m'envoyer dans la marge et là comment
dire, tout va très vite et les effets catastrophiques s'avèrent inéluctables.
Ce à quoi j'hésite un peu…
Pour la consommation, il faut reconnaître
quoi, comment et quand acheter. Un budget serré et une liste bien préparée
nous prémuni devant les écarts éventuels. Pour la course par contre, allez
savoir pourquoi, l'évidence de l'harmonie et de l'équilibre ne me saute pas si
facilement aux yeux.
Mon corps c'est du direct, mes vibrations,
mes sensations sur la route, toute cette effervescence, elle ne se monnaye
pas. Alors le raisonnement oui, mais pour quoi faire? Je sais, on doit
construire une base en endurance, on progresse lentement pour éviter les
surcharges qui mènent à l'épuisement. Tout ça, on peut le raisonner, mais
l'instinct naturel qui nous fait sortir par -20C, ou par une chaleur torride,
ce réflexe reptilien qui nous pousse à l'action, pour rien au monde, j'y
changerais quoi que ce soit. Au même titre,
je me délecte de savoir qu'un kilomètre réfère à la même distance partout au
monde et qu'une minute reste aussi interminable qui que l'on soit, si
l'énergie n'y est plus.
Bien sûr, juste pour continuer à courir, je suis prêt à
faire des compromis, à concéder de ne pas toujours être à fond de train, juste
pour la retrouver au quotidien. Mais là encore, il me faut être méfiant et mon
petit doigt me dit de varier pour mieux profiter. i.e. faire du vélo, nager
etc. afin de garder l'œil du tigre, sans s'effondrer. Se faisant, mon être
s'en trouve bien nourri et mon énergie reste intacte.
Finalement, l'équilibre quoique précaire
existe, mais est sans cesse à reconstruire.
Yves Daigneault
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Chronique du 22 juin
2008
POUR L'AMOUR
La course nous apporte toutes sortes
de sensations et pour peu qu'on s'y adonne avec rigueur, elle façonne notre
corps, voire notre âme. Comme dans tout, lorsqu'on y met des efforts, on peut
compter sur des bénéfices collatéraux, tels dans ce cas-ci, des endorphines
qui viennent nous faire sourire devant l'effort. On en devient presque
gagas.
Tant qu'à tripoter notre corps, autant en
profiter pour s'en servir à bon escient et je pense ici bien sûr au sexe.
Aussi loin que je me souvienne, i.e. disons à partir de la puberté, le sexe a
occupé une place de choix dans mes pensées. Si les endorphines servent ma
course, les phéromones servent ma vie sexuelle. Une récente étude de
l'Université de Harvard soutient que les coureurs et coureuses qui ont
découvert la course récemment et qui sont âgés entre 40 et 60 ans, jouissent
d'une vie sexuelle comparable à leur comparses de 20 ans leur
cadets.
Et ça s'améliore avec la pratique
semble-t-il. Les hommes qui peuvent avoir une érection et la tenir assez
longtemps, ainsi que les femmes qui sont facilement stimulées, atteignent plus
facilement l'orgasme. Il semble y avoir une corrélation entre la forme
physique et nos hormones de toutes sortes. Peut-on parler ici de double
avantage?
Mais attention, la brigade des mœurs n'est
jamais loin pour corriger les vilains et jeter une douche froide sur les élans
par trop enthousiastes. Est-ce que trop d'une bonne chose peut nuire au bon
fonctionnement de l'ensemble? Poser la question c'est y répondre.
La course oui, mais attention à la
fatigue, le sexe oui, mais attention aux abus et vu qu'il se pratique souvent
à deux, attention aux relations. Côté pratique, nous sommes à même de savoir
qu'une bonne relation et un sentiment amoureux amènent une plus grande
satisfaction qu'une déficience de l'un ou l'autre. Mieux, pour la performance
sportive, la pratique sexuelle juste avant la performance sportive avantage
l'athlète. Par exemple, chez les femmes, un orgasme juste avant une épreuve
sportive, amène souvent un meilleur résultat. Alors, allons-y, jouissons de la
vie.
Yves Daigneault.
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Chronique du 15 juin 2008
L'ODEUR DU TEMPS
Ce matin je me suis réfugié dans un
rituel, sachant d'avance m'y complaire. Petite douche, déjeuner, lecture et
enfilade de vêtements de course. C'est que je suis confronté à un vague à
l'âme appuyé d'une légère gueule de bois.
Mes pensées picossent des sentiments
contrastés, bonheur d'être papa, amertume dans mon incompétence. Je dis
facilement ma fierté d'initiateur, sans pour autant avoir le comportement
adéquat qui s'y rattache. Heureusement, je me sens aimé d'eux et
vice-versa. Alors quoi, c'est compliqué être papa
aujourd'hui.
Car déjà, je ne suis plus de la même
époque. C'est curieux, c'est arrivé sans que je m'en aperçoive. La société
nous a ébranlé et mon rôle de père s'est comme étiolé. Mea culpa en ce jour
malheureusement consacré à la consommation.
Puisque j'ai choisi de me commettre dans
une chronique de course, faudrait peut-être que j'en parle. Arrive donc le
temps de la complaisance. D'abord l'odeur du gazon au départ de ma course,
puis les pivoines et l'eau du fleuve se mettent de la partie. Les rangées de
feuillus ensuite prennent la relève. Puis bien sûr, ma sueur qui ruisselle, ne
laisse personne indifférent. J'ai quand même suivi un peu l'époque moderne
avec des vêtements à la fois techniques et confortables. Même que si j'avais
été une femme, j'aurais jouis de courir en jupe en ce temps de
canicule.
Toutefois, c'est le temps qui me fait
sentir sa chaleur, m'envoyant des aiguilles de douleur dès que j'ose faire une
pointe de vitesse. Une chose cependant, l'odeur qui s'en dégage reste toujours
la même, celle de l'amour de courir au mieux de ce que je suis. Peut-être
puis-je offrir cette course pour dire à mes enfants d'abord et à tous ensuite
que l'odeur du temps ne peut effacer l'amour de vivre.
Salut à tous les papas, papis et
pépés.
Yves Daigneault.
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BIEN MANGER POUR ÊTRE BIEN
Chronique du 7 juin 2008.
Combien de fois vous êtes-vous retrouvé
dans une super forme, seulement pour vous voir attraper un rhume la
semaine avant votre grosse course? Ou peut-être vous êtes-vous rendu jusqu'à
la ligne d'arrivée, sans pouvoir courir pour les 10 jours suivants, Que
s'est-il passé? La plupart du temps, la course semble nous conférer un effet
protecteur contre les rhumes et autres infections respiratoires. En fait, la
plupart des coureurs se plaignent moins souvent de ces maux que les
sédentaires. Pourtant, certains coureurs, même plusieurs, tombent malades aux
moments cruciaux..
Vous n'êtes pas seuls,
si vous vous sentez particulièrement vulnérables aux virus durant des périodes
d'entraînement intensif. Plusieurs coureurs ont attrapé des virus durant ces
périodes cruciales. Citons en exemple Alberto Salazar qui a attrapé 12 rhumes
en douze mois en se préparant pour le marathon olympique de 1984. Finalement,
il a fini 15ième après avoir été le favori de la course. De grandes doses de
vitamine C, de glutamine, ainsi que l'évitement du contact avec d'autres sont
des stratégies fort utilisées pour protéger le système immunitaire.
Nous oublions trop souvent une façon
simple, mais très efficace de renforcer notre immunité, il s'agit bien sûr de
surveiller notre alimentation. Un bon système immunitaire se lit dans un
bon taux de sucre dans le sang. Et un bon taux de sucre provient d'une bonne
consommation d'hydrates de carbones. Car ces sucres lents assurent un débit
continu dans l'organisme pour de longues périodes.
Une règle d'or vient ici à notre rescousse
.Lorsque notre exercice dure une heure ou moins, l'eau suffit amplement à nos
besoins énergétiques. Après 90 minutes cependant, des breuvages énergétiques
contenant environ 6 à 8 % de sucre sont fortement recommandés pour nous
maintenir dans un état optimal. Nous avons souvent pensé qu'une fourchette de
30 à 45 minutes immédiatement après l'exercice était particulièrement
favorable à l'absorption de sucre. En corollaire, nous devons aussi comprendre
qu'en cas de non consommation, la même fourchette joue en faveur d'une
diminution de la résistance immunitaire.
Au-delà des breuvages sucrés durant
l'entraînement et de la consommation d'hydrates de carbone immédiatement
après, de bonnes habitudes alimentaires, telles une grande variété dans nos
choix d'aliments assure une forme optimale de notre système en tout
temps.
Au fond, c'est simple, donnons à notre
corps ce qu'il demande, en autant qu'on est suffisamment attentif à ces
besoins réels.
Yves Daigneualt.
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Chronique du 31 mai 2008.
LA PAROLE EST D'ARGENT
Aux néophytes de la course à pied,
j'offre souvent le truc de la conversation pour doser les efforts lors de
sorties de groupe.
Si on peut palabrer, s'exprimer sans
ambages, même verser dans les détails croustillants de l'anecdote au goût du
jour, on est à coup sûr en mode aérobique. J'ajouterais même, en zone de
confort.
Aussi, lorsque les phrases se font plus
courtes, nous découvrons le seuil anaérobique, au-delà duquel on ne peut faire
long feu. Si bien que lorsqu'on le titille, on le fait avec parcimonie et une
bonne dose d'humilité.
Quand les mots n'en sont en fait que des
bribes tels, ouais, o.k. bof, l'espoir d'arrêter est grand, même inéluctable.
Tout ça c'est bien pour ceux qui aiment
bavarder lors des sorties, mais les autres, ceux pour qui l'introspection, la
concentration, ou même la gêne laisse cois, ces conseils ne sont d'aucune
utilité. C'est ainsi que j'ai découvert que le monde des coureurs de fond se
divisait en deux grandes catégories, les " jaseux " et les sérieux. Il
m'arrive parfois de commencer en jaseux et de finir des plus muets. L'inverse
est plutôt rare et j'avoue que lorsque je l'ai vécu, c'était pour moi tout
près du nirvana.
Ces caractéristiques sont si véridiques
que même lors des compétitions, les deux camps se côtoient, donnant lieu à des
situations parfois cocasses. Car quoi, on ne connaît pas son rival qu'on est
sur le point de dépasser. Mais, arrivé à sa hauteur, un : " lâche-pas,
ça va bien, ou un, bonjour comment ça va ", ne fonctionnent pas toujours.
L'interprétation peut surprendre, voire troubler l'interpelé.
Quoi qu'il en soit, nous partageons tous
cette même passion de la bouffe du bitume, comme de toutes les surfaces qui
nous font avancer des heures durant. Alors, qu'on le vive d'une façon comme de
l'autre, ce qui compte, c'est d'y être.
Yves Daigneault.
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SURPRISE!
Ces derniers temps, la nature s'est
montrée avare de soleil. C'était peu, mais je cherchais le moindre prétexte
pour mettre la pédale douce à mes entraînements. Pourquoi, je n'en n'ai aucune
idée, mais bon, un peu de farniente taquinait mon esprit. Coucher tôt, lecture
et télé, c'était comme une grande récréation.
J'y prends goût, et deux semaines passent.
Quand même un soir, après deux jours collés de course et une fatigue bien
sentie, je me décide quand même à me secouer les puces et à tâter de
l'intervalle. Rien que le mot donne des frissons aux initiés qui comme moi
l'ont pratiqué à mauvais escient.
Quand même, j'attaque la piste de 400m
avec une certaine désinvolture, prêt à accepter le résultat quel qu'il soit.
Un 1200m d'abord à rythme moyen, m'a semblé sans effort aucun. Après un tour
de récup., un 800m suit, dans un serrement à peine inconfortable. Si bien que
j'ose ouvrir plus fort dans une série de 400m, tel un jouvenceau. Surprise, je
me complais dans l'effort, plus, j'en redemande, la vitesse me sied à
merveille. Je suis presque à bout de souffle, mes jambes chauffent et je
pourrais encore accélérer. Je me retiens, pourquoi, je ne saurais le dire,
mais tout est là, l'harmonie la satisfaction, l'équilibre, wow.
Comment est-ce arrivé, j'ai ma petite idée
là-dessus. Elle est saugrenue, mais elle vaut bien que je la partage.
Évidemment, l'expérience nous fait savoir quand on chatouille la crête du
surentraînement. Mais, honnêtement je n'y étais pas. Alors quoi? Je crois que
la sensation d'être en harmonie dans son quotidien, de se sentir compris,
apprécié favorise la synergie globale. On dirait que tout devient facile, il
ne faut rien exagérer, mais on prend tout ce qui arrive sur un ton plus léger.
En saisissant cette occasion, je me suis prouvé que l'action heureuse n'est
jamais très loin.
Yves Daigneault.
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QUAND LA COURSE DEVIENT UN ART
Ce talent, ce procédé dis-je qu'est
l'art, peut-il servir la cause de la course? En fais-je une quête ou une
constatation?
Par nature, la course fait partie de notre
processus de développement. Tous, à moins de particularités incontournables,
l'exerçons peu de temps après nos premiers pas. Alors, pourquoi faire
tant de fla-fla autour de sa pratique? C'est certainement à cause du constat
tragique de l'efficacité avec laquelle on a réussi à s'en
départir.
Sans dire tous, une grande partie de nos
efforts d'évolution, ont servi la cause du ralentissement, jusqu'à la
recherche sublime s'il en est, de l'immobilisme. Quelle belle nature que celle
de l'homme. Nous sommes des être sociaux et à ce titre, avons absolument
besoin des autres pour survivre et accessoirement, pourquoi pas être
heureux.
C'est pourquoi nous mettons en commun nos
forces, nos découvertes et nos talents pour y arriver. Qu'on pense aux
découvertes du feu, de la roue, et j'accélère ici notre formidable évolution
jusqu'à l'internet, les jeux vidéos et j'en passe et des plus belles.
C'est par une torsion que je n'arrive pas
à expliquer, tant elle est complexe qu'on a finit par faire de la course, une
activité à apprendre et à maîtriser, si on veut en profiter. Ouf, j'espère me
tromper, car un malaise m'envahit en le disant. Peut-on laisser la course
entre les mains de la technologie sans crainte de débordements, d'abus, voire
de catastrophes.
Revenons donc sur notre constat du début.
La course, pour être un art, se doit d'être forgée, inventée, crée
par l'homme. Or il n'en n'est rien. D'accord pour les avancées technologiques
qui tendent à nous la rendre plus conviviale, attrayante, elles sont
certainement bienvenues. Mais laissons à l'art son rôle essentiel, soit
d'exprimer notre âme, nos sentiments, nos idées en marquant d'un
artifice ce que la nature offre à tous, nous y compris.
Finalement, si on veut en faire un art, ça
ne me dérange pas, seulement, je crois qu'on devrait simplement retrouver
notre nature et lui faire confiance.
Yves.Daigneault.
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Chronique du 8 mai 2008.
LES DISTANCES EN DISENT LONG
Les distances où est-ce le temps, en
disent long sur les protagonistes de la course à pied. Une petite mise en
situation d'abord, pour clarifier où je veux en venir.
Depuis maintenant plus de trente ans,
j'enseigne au secondaire et les élèves ne dérogent à peu près pas des critères
les identifiant à leur âge. Par exemple, lorsqu'ils arrivent au secondaire,
ils passent de grand boss du primaire à " ti-cul " du secondaire et prennent
l'année pour s'y faire. L'année d'après est souvent une bénédiction pour les
professeurs. Les élèves connaissent le fonctionnement, les limites et
participent de bon gré aux activités. En troisième secondaire, oh la la! Chez
les gars, c'est l'âge des défis, de la confrontation, tandis que les filles
louvoient entre pâmoison et gros chagrin. Puis arrive la quatrième secondaire,
second répit de l'adolescence. Ils choisissent des options, prennent confiance
et tissent de bons réseaux d'amitié. Finalement, à l'année ultime, ils triment
plus à se confronter entre leurs choix pas si sûrs et leur goût d'en finir
avec l'école. Si bien qu'en deuxième partie d'année, le bal des finissants
prend plus d'importance que les examens finaux, du moins côté garçons.
Nous pouvons faire un parallèle avec la
course à pied. Bien que d'évidence, plus on vieillit, moins on performe,
encore plus sur les courtes distances. Si bien qu'il faille se tourner vers le
type de personnes face à leur âge, pour en comprendre les
subtilités.
Les américains ont fait leur choix depuis
belle lurette et ont couronné le 100m, comme la reine des courses, tant au
point de vue prestige que pour sa valeur populaire. Bien sûr pour le symbole
de beauté, de puissance et de domination. Tellement que sans le dire
ouvertement, tant les entraîneurs que les athlètes, tous croient qu'on
vieillit en harmonie avec l'augmentation des distances de compétition. Si bien
qu'on finit par faire passer le marathon comme une distance de second ordre,
une sortie élégante à une carrière qu'on veut plus longue. Personnellement, sans contredire complètement cette théorie qui
veut que notre vitesse de pointe s'effrite avec le temps, j'aimerais y
introduire des éléments de personnalité et de génétique qui rendent une
meilleure justice aux athlètes concernés.
Prenons les distances une par une et
voyons-y de plus près. Le 100m où la force explosive règne en maître absolu,
peut très bien servir de champ d'expression à des athlètes vieillissants au
caractère et aux muscles tout aussi explosifs. Ils vont moins vite vrai, mais
ils restent tout aussi fébriles face à la ligne droite.
Le 400m qui à mon avis restera toujours la
course la plus difficile, même que ses pratiquants l'appellent l la mort
lente. Elle peut servir de balise à celles et ceux qui ne peuvent se
contenter de mièvreries. En ce sens, peu importe l'âge, si vous avez l'état
d'esprit du tour unique. Si vous salivez à l'idée de maintenir une cadence
indécente au troisième tournant, alors qu vos jambes sont comme du jambon et
que vos bras ne répondent plus. Si votre allure se détériore et que tout ce
que vous cherchez, c'est de la retrouver coûte que coûte, alors que vous ayez
20 ou 60 ans, le 400m c'est pour vous.
Voyons le 1500m maintenant, c'est la
distance classique, où vitesse et tactique gagnent tour à tour le cœur de ses
adeptes. Que l'on soit fougueux à l'instar d'un Steve Prefontaine , qui s'est
tourné ultimement au 5000m, ou fin tacticien tel un Sebastian Coe, le 1500m
est las distance rêvée, tant pour les coureurs que pour les spectateurs. Car
elle est construite comme une histoire faite de rebondissements et de drames
contenus.
Le 5000m comme le 10000m sont des
distances réservés aux athlètes à la fois endurants et puissants. Il faut donc
une dose de hargne, mêlée à une endurance hors pair, pour vouloir se colleter
avec les adeptes de ces distances.
Le marathon quant à lui, malgré ce qu'en
pensent les américains, reste une épreuve ultime, bien sûr d'endurance,
empreinte de tactique et de préparation minutieuse. Elle est ouverte c'est
vrai aux athlètes d'expérience, mais n'en finit pas d'attirer à elle une
grande fourchette d'âges, pavant ainsi l'espoir de s'exprimer en courant sa
vie durant.
Alors, s'il est vrai que des gabarits ou
des caractères conviennent mieux que d'autres à des distances particulières,
la course comme les études, sert bien celui qui sait les vivre.
Yves Daigneault
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Chronique du 3 mai
2008.
COMPÉTITION
La compétition, particulièrement dans la
course à pied, relève de la plus grande simplicité. Parcourir à pied la
distance d'un point à un autre, dans le temps le plus court possible. Les
vétérans du domaine connaissent d'infinies façons de compliquer
l'épreuve. Pour certaines courses, le défi
revient à modeler nos efforts de façon précise, pour atteindre un nouveau
niveau de performance personnelle. Dans ces cas, la patience est le meilleur
guide vers de bons résultats. Il nous faut apprendre quand se retenir et quand
tout donner.
A d'autres occasions, on doit s'en
remettre aux indices révélés par nos adversaires. C'est alors que nous
cherchons à maintenir le rythme des autres plutôt que le nôtre, mettant
à risque l'issue de l'exercice. Nous pouvons même, quand les circonstances
l'exigent, considérer notre effort comme une contribution au groupe, à
l'équipe.
Malgré toutes ces variables, souvent nous
vivons nos meilleures courses, autant du point de vue satisfaction personnelle
que de performance, lorsque nous ne faisons que faire pour le mieux, tout
simplement. Pour y arriver, on nous dit de relaxer, de laisser aller, de
courir à l'instinct. Mais comment y arriver? De par leur nature, ces situation
ne peuvent être planifiées…ou le peuvent-elles?
Quelques facteurs à mon sens peuvent y
contribuer grandement.
1- Être très reposé. Bien sûr, on peut
courir à s'abandonnant complètement, même lorsque fatigué, mais le résultat
alors est plus que prévisible. Il n'y a rien comme d'arriver à la ligne de
départ et de se sentir fébrile parce que plein d'énergie.
2- Soutenir la pression.
Car pression il doit y avoir. Nous recherchons ici
des situations où la qualité garantit le résultat. Qu ce soit des adversaires
qu'on peut redouter, un parcours exigeant, ou des conditions météo difficiles,
nous devons voir ces facteurs comme des éléments qui nous conduisent vers un
succès.
3- Poser des questions. Oser se demander à la ligne de
départ, à quelle vitesse vais-je faire cette course et accepter d'avance que
le résultat sera le meilleur de nous-même.
Je crois fermement que la course en tant
que compétition sera toujours une source d'inspiration pour un grand nombre
d'entre nous. En tout cas, pour moi ce l'est.
Yves.Daigneault.
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Chronique du 26 avril 2008.
LE DÉSENTRAÎNEMENT
On se pose parfois la question à
savoir, après combien de temps sans s'entraîner perd-on assez la forme pour
que nos performances s'en ressentent. Bien sûr parmi les passionnés de la
course, cette crainte amène parfois des raisonnements, disons
risqués.
Est-on mieux de s'entraîner deux fois par
jours, de courir chaque jour sur une période très, très longue. Bref, l'effet
contraire à nos attentes se produit alors de façon presque assurée. Nous nous
blessons où nous tombons malades. Trouver l'équilibre dans se genre d'équation
tient du gros bon sens, d'un peu de chance, d'analyse attentive et surtout
d'une compréhension suffisante des éléments en jeu.
D'ailleurs à ce propos, au moins une
soixantaine de recherches scientifiques dignes de ce nom ont été répertoriées.
Les découvertes en général, sont de nature plutôt rassurantes.
Prenons ces quelques données pour nous en
convaincre. Après 2 à 4 semaines d'arrêt, notre VO2max diminue de 4 à 10%.
Ceci en grande partie à cause de la réduction du volume de sang se rendant au
cœur. Nous assistons aussi à une diminution de la concentration de glycogène
musculaire. Ce qui est étonnant du glycogène, c'est que plus on est en forme,
plus grande est la baisse.
Aussi, il suffit de garder en tête que
côté performance, l'intensité importe bien plus que le volume. On peut réduire
le volume de 30 %, si on maintient l'intensité, la performance peut prendre
des mois avant d'en subir les effets négatifs.
Quelques données ne sont pas consignées
dans les recherches, mais affectent néanmoins les coureurs. Par exemple,
l'effet de l'habitude qui disparaît, ou du repos qui s'installe, rendent le
retour au niveau d'avant d'autant plus difficile. C'est pourquoi, on
doit être d'autant plus patient quant au retour à la grande forme. Après tout,
on le sait depuis toujours, la course est là pour rester.
Plus, la performance n'est qu'une facette
de ce merveilleux sport aimé de tous.
Yves Daigneault.
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L'ESPRIT OLYMPIQUE
Chronique du 18 avril 2008
Je vois arriver Pékin 2008 et toute la
fanfare qu'attire une si grande plate-forme médiatique et j'ai quelques
frissons. Je suis sensible au sort des Tibétains et préoccupé immensément par
les droits de la personne.
Mais mon cœur, mon âme et mon énergie sont
saisis surtout par l'esprit olympique. Je ne suis pas naïf au point de nier la
corruption, autant à l'extérieur ( marketing, appât du gain) qu'à l'intérieur
( dopage, tricherie, etc…) qu'apporte avec eux ces Jeux
olympiques.
Mais je ne puis m'empêcher de vibrer avec
celles et ceux qui déploient leurs énergies qui investissent des années de
leur vie pour accéder, peut-être c'est pas sûr, à une place, même dans
l'ombre, à la grande fête. Si on s'attarde à la charte olympique, on peut y
lire : " Les jeux olympiques cherchent à créer une manière de vivre
basée sur la joie vécue dans l'effort, la valeur éducative de l'exemple et le
respect des principes fondamentaux d'éthique ".
C'est pourquoi je me sens toujours soulevé
d'admiration, tant pour les favoris des disciplines vedettes que pour ceux qui
vivent leur rêve dans l'ombre. Peut-on nommer un athlète olympique du tir à
l'arc? Ne serait-ce que pour le culte de l'effort, bien sûr l'image des
plus grands me sert d'inspiration pour que je m'habille et que j'aille faire
ma petite sortie de 45 min. On oublie quelquefois qu'une réussite facile est
vite oubliée, mais que celle durement acquise nous
suit longtemps après le fait.
On parle d'éducation dans la charte et je
joins mon vote au culte de l'effort. Sans me faire l'avocat du diable, j'émets
quelques craintes dans notre volonté de faire que les élèves évitent l'échec à
tout prix. Pour qu'ils se sentent intégrés, on est prêt à baisser les
standards et à accepter la médiocrité au nom de l'équité. Je sais, j'y vais un
peu fort, mais malheureusement assez près de la vérité. Les athlètes que
j'admire ont vécu l'échec à maintes reprises. Ils s'en sont servi pour mieux
rebondir et bâtir une force qui les guide dans tout ce qu'ils
entreprennent.
Alors dans ce sens, accueillons
l'olympisme pour ce à quoi Pierre de Coubertin a aspiré, un monde
meilleur.
Yves Daigneault
LES RIVERAINS
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Chronique du 5 avril
2008.
Vive les mathématiques.
En tant que coach, je cherche toujours
la meilleure formule qui puisse convenir aux coureurs à qui je m'adresse. Que
ce soit pour une approche générale, ou pour un conseil pointu, j'essaie
toujours de prendre en considération tous les facteurs présents qui pourraient
influer sur le résultat.
Parfois, ça donne des surprises
hallucinantes. Il me vient une anecdote sortie tout droit du domaine du vélo.
Les années 80 et 90 en particulier, ont vu l'essor de la popularité de la "
petite reine ", allant jusqu'à même interférer sur la pratique de la course à
pied. La technologie s'est développée de façon fulgurante. Je me rappelle le
développement d'une nouvelle forme de pédalier " Biopace " ovale. Le but
louable de ce système était d'augmenter l'efficacité du coup de pédale. Après
plusieurs essais et tentatives de perfectionnement, on en est arrivé à l'objet
ultime, soit le pédalier parfaitement rond. Mon argument ici tient dans
l'idée que l'on peut chercher la formule magique par exemple pour courir
un marathon en 4 :00h. On développe une progression bien réglée dans les
longues distances, on fait des intervalles à bonne vitesse et des Tempos bien
gérés, pour augmenter notre VO2 max. Seulement, la meilleure façon de courir
un marathon en 4 :00h sera toujours de courir à 5 :40/km pendant 4
heures.
Et comme pour l'apprentissage des
mathématiques, le succès vient souvent dans la répétition d'exercices, la
meilleure façon de courir à une certaine vitesse, c'est d'exposer son
organisme le plus souvent possible et le plus longtemps possible à cette
vitesse. C.Q.F.D.
Donc, si on fait plusieurs sorties entre
10 et 30 km à la vitesse marathon, on augmente nos chances de s'y sentir à
l'aise. Je sais, je sais, je me répète, mais je sais aussi que c'est comme ça
qu'on apprend. Alors, si le cœur vous en dit, faites-en
l'expérience.
Yves Daigneault.
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Chronique du 30 mars 2008.
MONTER LA BARRE
C'était une de ces journées sans
excuses, 12C, pas de vent, un petit couvert nuageux, une journée parfaite pour
une course sur route. Plus, j'avais fait mes devoirs, i.e. mes longues
distances en progressions, mes intervalles, mes Tempos. Et dans la dernière
semaine, réduction du volume et augmentation du repos.
Et le résultat fut au-dessus de mes espérances.
C'est quand, au milieu de la course, je me suis retrouvé avec un groupe
inhabituel, mais que mon état lui, était tout à fait idoine. L'idée folle
m'est venue de rejoindre un petit peloton à environ 400m en avant. Ça m'a pris
trois km, mais c'était faisable et il me restait encore assez de zest pour
appuyer l'arrivée. Quelle course, quelle surprise.
Le problème c'est que s'il y avait une
formule qui garantisse une percée à coup sûr, le rôle de coach serait des plus
ennuyants. Car il m'est arrivé d'avoir une préparation parfaite et une
performance médiocre à sa suite. Je crois qu'on doit être aux aguets des
signes.
Bien sûr quand tout va bien aux
entraînements, c'est un signe indéniable. On dit aussi que les percées
arrivent là où on les attend le moins, soit à des petites sorties improvisées,
ou à des courses qu'on considère de moindre importance. La raison en est bien
simple, on est détendu. Ce qui à mon avis est le facteur déterminant en
l'occurrence. Coupler ce facteur avec le courage de se tester pour savoir
vraiment, mais vraiment jusqu'où on peut aller et le résultat devrait
suivre.
Pour tout cela, il faut être capable de
vivre le ici et maintenant et d'avoir disons, une confiance sous contrôle.
J'entends par là une confiance éprouvée. Nous ne sommes pas sans savoir qu'ici
on est sur la crête fine de la performance d'un côté, de la brisure de
l'autre. Une anecdote sur coach et confiance, me vient à l'esprit. Il s'agit
d'un ami coach qui reçoit un jeune plein de promesses, mais sans expérience
aucune. Il l'inscrit dans une course de 5000m sur piste. Après 5 tours, il
tire à l'arrière du peloton par environ 200m. Arrivé à la hauteur de son
coach, il lui demande : " coach, est-ce que je peux abandonner? ", et le
coach de lui répondre : " pas avant d'avoir rejoint le peloton ". Il prit 4
tours pour rejoindre le peloton et poursuivit son élan, pour finalement gagner
la course. Mon ami avait eu cette répartie un peu par instinct, mais quel
dénouement.
Avoir une percée est difficile, mais
capitaliser dessus l'est encore plus. Les endorphines, les rêves nous
propulsent encore plus loin et quelquefois on oublie l'essentiel. La phase de
récupération et la reconstruction avant de redéfinir de nouveaux
objectifs plus élevés. En gros, on ne doit pas s'attendre à de meilleures
performances dans les jours qui suivent, mais on doit quand même se
réorganiser pour rester encore dans le ici et maintenant et surtout, dans la
détente.
Yves Daigneault.
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Chronique du 25 mars 2008.
QUAND L'HIVER S'ÉTIRE
La beauté de l'hiver, on ne la dira
jamais assez, le tapis blanc qui couvre les prairies, les montagnes enneigées
qui font le ravissement des skieurs, planchistes et toutes ses
variantes. Mais quand arrive l'équinoxe, on dirait que mon horloge
biologique sonne le réveil des vêtements légers, le goût de la renaissance
après une période quelque peu figée dirons-nous.
Mais non, il ne faut pas s'y fier et plein
de dangers nous guettent durant cette transition, faite à la fois du meilleur
et du pire. Pourtant, on sait que mars est le mois des giboulées, du vent, de
la gadoue et du regel casse-patte. Dans mon cas, l'hiver durant, je m'étais
motivé à ne pas m'en faire et à m'habiller tranquillement pour affronter
toutes les intempéries. C'était aussi en filigrane, l'idée secrète de la
récompense du printemps, où du jour au lendemain, on laisse les double
épaisseurs, pour enfiler des shorts et sentir enfin le vent sur nos jambes.
Disons qu'avec ces étirements hivernaux, j'ai dû continuer mon rituel de
m'habiller tranquillement pour sortir affronter les conditions moches, mais
cette fois avec une conviction amoindrie. Résultat, j'ai attrapé une grippe.
Vous allez dire que je divague, mais si ce n'est de la cause, l'effet lui est
indéniable et quelque peu déprimant.
Alors, j'en profite pour essayer de tirer
une quelconque leçon de l'expérience. Bien sûr, on n'est pas des super héros
et quand la vie nous bouscule, on a souvent intérêt à faire une pause, à
prendre le temps de regarder les choses aller. Il n'y a jamais lieu d
provoquer le temps et si nos actions ne nous mènent pas aussi vite qu'on le
voudrait vers notre but, c'est pas grave. Il peut arriver qu'on anticipe un
peu plus que ce qui se présente, mais le printemps lui, immuable dans sa
nature se présentera quand son heure sera venue et bien sûr, je l'accueillerai
comme il se doit, en héros.
Yves Daigneault.
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LE COUREUR ALIMENTAIRE
On dit des accros aux sensations fortes
qu'ils carburent à leur dose d'endorphine comme on mange au quotidien.
On sait aussi que la course à pied, pour
naturelle qu'elle soit, n'en est pas moins difficile. Même qu'à une époque pas
si lointaine, on murmurait que les coureurs sont des masochistes, tant on
peinait à en voir sourire dans leurs foulées concentrées.
À l'instar des camés, certains coureurs
attendent leur dose d'endorphine, pour mieux traverser chaque matin. Est-ce
inquiétant, pathétique, je ne saurais dire, car toute dépendance nous éloigne
bien sûr du geste libre. Mais la course à dose régulière n'est sûrement pas
nocive. Pour en avoir fait l'expérience, plusieurs dangers guettent l'adepte
de la foulée. D'abord, avec la pratique, on devient à l'aise plus facilement
et on augmente la durée et la vitesse assez rapidement.
Certains effets secondaires nous rendent encore plus
vulnérables à la dépendance. En effet, on a une meilleure endurance, un rythme
cardiaque ralenti, une diminution de la masse graisseuse, une meilleure concentration intellectuelle, etc.
Tellement, qu'on pourrait presque se croire invincible.
Alors là, tous les abus nous
guettent, sans parler des dangers extérieurs, tels les autos, vélos, feux de
circulation et j'en passe. Pour les risques internes, ils tiennent à la fois
de la mécanique et de l'esprit. Mécaniquement, on a autant besoin de récupérer
après un effort, pour se reconstruire et se renforcer. Ignorer cette règle
mène aux blessures de toutes sortes. Mentalement aussi, on a besoin de repos,
sinon la fatigue nerveuse, le surmenage même, freine nos élans en nous clouant
à notre divan quand ce n'est pas notre lit.
Mais on n'a pas trop à s'en faire, car
outre le fait qu'il peut se passer beaucoup de temps avant d'en arriver là,
nous pouvons équilibrer notre pratique en nous ajustant au fil du
temps.
Yves Daigneault
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Chronique du 2 mars
2008.
LA FORME
Il y a des domaines où l'apprentissage
laisse une marque si profonde qu'on n'a pas besoin d'y revenir à tout bout de
champ pour maintenir les acquis. J'en veux pour exemple d'aller à bicyclette.
Est-ce parce que les prémisses de la réussite sont difficiles, voire parfois
hasardeuses ouch des fois. Toujours est-il, lorsqu'on sait rouler, on le sait
pour la vie. Si c'était comme ça pour tout, mama mia, mais là je m'éloigne,
déjà que je n'y suis pas encore tout à fait.
Apprendre à lire et à écrire baignent dans
le même moule que le vélo. On patauge, on se bute, mais c'est assurément plus
long et sans nécessairement nous mener plus loin. On devrait donc bloquer des
plages de temps serrées pour ces deux essentiels, pour après passer à autre
chose.
Nous voilà rendu à la forme qui en tant
que domaine, tient du style qui requière patience oui, mais aussi des
rafraîchissements à intervalles réguliers. Ne nous méprenons pas, nous ne
sommes pas devant une icône de la mode, ou une toile de Modigliani, nous
pastichons les qualités esthétiques au service des bienfaits du corps. Alors,
pour la forme, on se doute bien que ça ne va pas tout seul, malgré le fait
qu'on devrait avoir un penchant naturel à s'en occuper. Devrait-on envoyer au
pilori notre style de vie moderne, pour s'être fait arnaquer au point de
perdre l'instinct d'être tout simplement bien. Il faut dire que cette
régression n'apporterait guère que des complications.
Un peu d'attention à nos priorités et
d'engagement de temps, à consacrer à notre bien-être physique règleraient le
problème assez facilement. Seulement voilà, on perdrait de l'argent, on serait
moins productif et on avancerait moins dans nos plan de carrière. Ah non, pas
encore le nœud gordien, qu'on le coupe avec une bonne dose de gros bon sens.
Rappelons-nous qu'en bonne forme on est moins malade, plus efficace, plus
allumé et si vous y tenez plus productif.
On ne va pas se lancer dans la concoction
d'un programme de mise en forme. Sauf qu'on peut s'entendre pour dire qu'une
fois acquise, la forme peut facilement se maintenir avec un entraînement
intensif par semaine. Alors, l'essentiel, l'instinct, le rafraîchissement et
le bonheur de s'entretenir nous attendent au tournant.
Yves
Daigneault.
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Chronique
du 26 février 2008.
SPÉCIFICITÉ
L'hiver s'étire. Pour plusieurs c'est
la joie, pour quelques-uns c'est le blues, pour les coureurs, c'est la
transition.
On aime courir l'hiver pour tout ce qu'il
nous apporte. De la fraîcheur bien sûr, une lumière particulière, un silence
de nos pas, quand ce n'est pas le crounch crounch bienfaisant sur une neige un
peu tassée. Des défis à rencontrer face aux intempéries. Des choix à faire
pour s'habiller adéquatement et profiter d'un paysage si différent de
l'été.
Par contre, ce n'est pas le temps des
performances à couper le souffle, du moins côté chrono. C'est pourquoi je dis
que c'est un temps de transition. On profite de ces mois pour se muscler, se
faire aussi une base solide, travailler sa posture et s'aiguiser pour un
printemps solide.
C'est pourquoi, durant ce temps, plein de
possibilités peuvent convenir à nos objectifs. On peut travailler avec des
poids, à mains libres, à vélo etc… Tout ça peut bien remplir les exigences
d'une transition à la saison de performances qui nous attend.
C'est pourquoi, plus on approche du
printemps, plus il nous faut être spécifique. Car pour être bon à la course,
il n'y a pas de meilleur moyen que de courir. Et pour courir vite, il n'y a
pas d'autres façon que de s'y exercer. On peut bien faire toute notre
transition et se lancer dans la saison de course remplis d'espoir, si on
n'est pas spécifique, i.e. si on ne pratique pas des intervalles courts et
longs, des tempos précis, et des longues distances modulées à nos capacités,
les résultats ne devront pas nous surprendre.
Il s'agit finalement d'un engagement
envers nos objectifs. Notre engagement nous amène à être spécifique. C'est
alors que si les objectifs sont réalistes et que les devoirs sont accomplis,
les résultats ne sauraient tarder et nous pourrons savourer doucement, tout le
processus qui nous y a mené.
Yves Daigneault.
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Chronique du 17
février 2008.
L'INTÉGRITÉ EST À 2 HEURES ET DEMIE
Depuis ma tendre enfance, j'ai
toujours associé la course à rires et plaisirs. Un oiseau, un bruit lointain,
une odeur même et boom, j'étais parti, rire aux lèvres, sans vraiment savoir
que je courrais. Heureusement peut-être, la vie s'est chargée de me mettre des
balises, sans quoi je n'aurais sûrement pas fait long feu.
Quelques décennies plus tard, disons le 17
février 2008, je me vois confronté à une drôle de situation. Disons que la
fraîcheur s'est comme estompée et que pour compenser, pour retrouver mon âme
d'enfant, je me suis rabattu sur des objectifs, des buts à atteindre et même
un plan pour y arriver. Je sais, la contradiction est criante, mais je
l'assume pleinement.
Il reste tout de même toutes ces
sensations heureuses d'être sur la route et de sentir la nature en moi !
Toujours est-il que mon plan si bien concocté, me commande de courir 150
minutes aujourd'hui. Moi qui ai toujours cru que la liberté nous éloignait de
tout joug, je vois cette perspective d'un œil pour le moins perplexe.
Je suis membre d'un club. On est plusieurs
à partager ces élans et à force de temps, des complicités se sont installées
et une chimie opère au travers nos rencontres. Je sais d'avance que
juste le fait de savoir que des amis font la même chose en même temps, mieux
encore qu'un du groupe va courir avec moi, me rend la tâche plus
invitante.
Tout est bien calculé, le parcours bien
mesuré. Il faut être défensif, le vent, la neige peuvent déranger les plans et
faire de cette sortie joyeuse un enfer. Il faut m'assurer de finir vent de
face, de me vêtir comme pour 10C plus froid, tout en m'assurant de ne pas trop
me mouiller de sueur, de m'abreuver correctement, et d'avoir avec moi ma
collation préférée, soit mes raisins de corinthe.
Il ne faut pas s'y méprendre, ce n'est pas
du masochisme. L'idée est encore et toujours cette recherche de plaisirs et de
rires semée dans l'enfance qui me jette sur cette route. Je sais très bien que
dans 10, 15 minutes, l'équilibre va s'établir, les sensations d'harmonie vont
dominer et la relation à la nature va s'exprimer. C'est un peu le fil
ténu de mon intégrité.
Yves Daigneault.
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Chronique du 10
février 2008.
LEÇON DE 5000 MÈTRES
L'histoire existe parce qu'on a besoin
de leçons. On veut se rappeler du passé pour savoir d'où on vient, plus
encore, comment, pourquoi et ultimement où on s'en va. Un problème
subsiste pourtant et devient en quelque sorte le nœud gordien de notre
évolution, c'est que le temps existe et coule toujours, toujours.
A tort ou à raison, j'ai toujours été
fasciné par les histoires, plus encore celles où toute une destinée peut se
jouer en 13 minutes. Puisque ici on est dans le domaine de la course à pied,
c'est d'un des plus vibrants épisodes, dont je voudrais tirer quelque leçon.
Il s'agit du 5000m des Olympiques de Munich en 1972.
Nous avons une brochette de coureurs des
plus relevée. Emiel Puttemans, détenteur du record du monde, Dave Bedford ,
champion du monde en titre, Lasse Viren, gagnant du 10000 de ces mêmes Jeux,
après s'être relevé d'un chute à mi-parcours, s'est permis un record du monde
à l'arrivée, Gamoudi , ce Beur à l'esprit combatif jusqu'à la fin, sans
oublier bien sûr, la légende américaine, Pre, Steve Préfontaine pour qui cette
course appartient à celui qui sait le mieux résister à la
douleur.
Tout est en place donc pour ce qui allait
devenir presque une œuvre de Shakespeare. On a 12 tours et demi à parcourir.
La course se déroule au début comme au jeu du chat et de la souris, chacun se
guette et jusqu'au 8ième tour, il n'y a pas grand-chose qui se passe. C'est à
ce moment, peut-être tardif diront certains experts après coup, que Pre fait
son premier mouvement en avant, avec une bonne accélération et un tour en 62
,5, suivi d'un autre en 61,2, ne restent alors que Gamoudi, Puttemans et Viren
avec lui. La vrai surprise vient quand, calmement Viren commence à passer en
avant et même à tirer à son tour, testant ainsi la réponse de ses adversaires,
le 11 ième tour franchi en 60.3 secondes.
Mais tout n'est pas joué, Putteman était
décroché et Pre était prêt à saisir sa destinée dans la dernière courbe avant
le droit de l'arrivée, quand Gamoudi l'a serré, brisant ainsi son rythme,
Viren lui continuait à accélérer et accélérer. Pre décontenancé, pataugeait
tant bien que mal dans la dernière ligne. Pire, Viren, Gamoudi franchissent
dans l'ordre la ligne d'arrivée et un Écossais, Ian Stewart coiffe Pre , le
privant ainsi du podium rédempteur
Le cliché de départ était faux. La
victoire n'est pas allée à celui qui voulait le plus, ou qui était le plus
prêt à souffrir, mais bien à celui qui est resté calme dans la tempête et qui
a fourbi ses armes au temps opportun. Voilà donc la leçon de ce 5000m de
Munich.
Yves Daigneault
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Chronique du 3
février 2008
FARTLEK OU TAPIS
L'heure des intensions est passée depuis
longtemps, reste les engagements fermes, peu nombreux, mais bichonnés comme on
dorlote un poupon. Une seule chose vient perturber cette belle synergie,
l'hiver ne veut pas coopérer.
Pour une fois qu'on a un vrai hiver,
va-t-on trouver à s'en plaindre. Nous gardons donc nos intentions bien
arrêtées pour une performance printanière et avons concocté un programme,
disons réaliste pour y arriver.
Trois types d'entraînement sont mis à
contribution. Les intervalles, les Tempos et les longues sorties. Pour les
longues sorties, pas de mystère, il faut rester sur ses jambes le plus
longtemps possible. Quant aux Tempos, va savoir en courant que tu ne peux plus
t'exprimer avec plus de deux mots à la fois, sans risquer l'apoplexie, là si
tu réduits un peu, ton rythme ressemble à du Tempo, très attrayant indeed.
Pour ce qui est des intervalles, tous ne sont pas sans savoir qu'elles
sont la bête noire des coureurs. C'est par les intervalles qu'on peut quitter
à jamais le monde de la course à pied. On est supposé faire plusieurs
répétitions de 200 à 1600m à bonne vitesse avec une récupération incomplète.
La nature humaine étant ce qu'elle est, plus souvent qu'autrement, on se brûle
dès le début et l'enfer se prolonge jusqu'à nous dégoûter d'y
être.
Wow, la perspective ne semble pas jojo,
mais pourtant des solutions toutes simples peuvent faire de ces embûches des
moments presque bucoliques. Si on
choisit l'intérieur, alors il faut nous préparer à être zen, traduisons par,
prêts aux mantras, aux répétitions dans un calme relatif. Si par contre, on
persiste dans nos intentions extérieures, alors faisons appel à notre âme
d'enfant et vivons un peu ce que les Suédois ont inventé avec le Fartlek i.e.
ce jeu de course spontané, où les accélérations se mêlent aux arrêts brusques.
Avec pour but non pas l'épuisement, mais de ressentir pleinement la
satisfaction de son effort.
C'est fou ce que l'imagination et un
tantinet d'expérience peuvent venir à la rescousse des aléas d'un plan qui
heureusement, n'avait pas tout prévu.
Yves Daigneault.
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Chronique du 28 janvier 2008
LE SYNDROME DE FÉVRIER
Les vacances de Noël sont passées à la
même vitesse qu'on a tenu nos résolutions. L'hiver lui, s'accroche et la
lumière quelquefois nous manque, en ces jours courts d'une saison qui tient
ses promesses.
On veut bien faire tout ce qu'on s'était
promis. Courir trois fois par semaine, mais on dirait que ce n'est pas de
notre faute, mais on ne trouve jamais le temps. Quand ce ne sont pas les
obligations, c'est une tempête, une fatigue, un vague à l'âme, que sais-je qui
nous cloue à notre intérieur douillet.
Pourtant, oui pourtant, il suffit de peu.
D'abord, être indulgent envers soi. Pourquoi trois fois, deux fois sont déjà
assez pour nous faire un peu progresser et nous sentir bien dans notre
personne. Ensuite, utiliser des petits trucs simples et efficaces qui marchent
à tout coup. On doit courir aujourd'hui, s'assurer d'abord qu'on le désire,
ensuite se mettre dans un état tranquille, où doucement on se prépare à cette
sortie en s'habillant sans se donner le choix et avec cette assurance qu'au
retour on sera fier de nous.
En fait, ce processus fait partie du
plaisir même qui nous attend. On s'embarque dans une action dont nous avons le
plein contrôle et nous ne sommes pas sans savoir les bienfaits de cette
maîtrise de soi.
Tout à coup, les terrains glissants, le
froid, la glace, le vent même prennent une autre dimension. Ils deviennent des
obstacles à franchir qui nous rendent plus fort. On se prend à imaginer comme
ce sera facile au printemps, quand au soleil, au temps doux, les jambes
libérées de ces leggings pesants, nous courrons tête nue dans une forme
juvénile. Wow, j'en mets un peu, mais c'est sûr que le petit effort que je
consens pour passer le spleen, me fera surfer longtemps sur les vagues d'une
forme pleinement acquise et méritée.
Alors, finalement quel privilège que ce
février!
Yves Daigneault
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Chronique du 21
janvier 2008.
COURIR CONTRE LA FATIGUE
La fatigue peut avoir des effets
dévastateurs sur nos capacités d'agir. Me vient en exemple un souvenir
d'adolescence. Un ami fort et dynamique s'est retrouvé effondré à cause d'une
mononucléose. Un des effets directs de sa maladie était une fatigue
chronique.
D'un point de vue physiologique, il s'agit
de l'incapacité de maintenir ou de répéter un certain niveau de production de
force, résultant en une diminution de la performance i.e., on
ralentit.
La fatigue prend plusieurs formes, par
exemple en course, celle d'un 800m diffère totalement de celle d'un marathon.
On dit que le 400m est la course la plus dure. Certains coureurs l'ont même
surnommé, la course de la mort lente, à cause surtout de l'accumulation
astronomique d'acide lactique.
La fatigue n'est pas l'apanage exclusif
des coureurs lents ou moyens, les grands champions la connaissent aussi bien.
Seulement, ils la rencontrent plus tard et à des vitesses beaucoup plus
grandes. La seule façon de courir plus vite, d'abord c'est d'oser s'essayer,
d'accepter de causer des dommages et ensuite, de ressentir la fatigue à une
vitesse plus grande. Pour y arriver, nous devons menacer notre système de
survie à des stimuli d'entraînement, pour que notre corps s'adapte et
physiologiquement surcompense.
Pour les courses de 3000 à 10000, tout un
bouquet de stimuli peut nous aider : Les intervalles longs, les Tempos, les
grands volumes de kilométrage, et la plyométrie. Ici, tout est question de
dosage. Mais je ne voudrais pas me perdre en explications arides quant aux
tenants et aboutissants de ces séances spécifiques. Je me contenterai de dire
que les intervalles réfèrent aux temps de récupération, entre des sections
d'intensités variables. Que le Tempo, nous fait travailler au seuil
anaérobique, et que le volume se pratique à 75% de notre capacité maximale.
Pour la plyométrie, il s'agit d'action réaction explosive de nos
muscles.
En intégrant avec doigté et parcimonie ces
outils à nos entraînements, nous allons, à force de répétitions,
augmenter assurément notre vitesse, repoussant ainsi notre seuil de fatigue.
Bien sûr, comme à peu près tout ce qui vaut la peine, c'est plus vite dit que
fait. Alors, tout ce que je puis ajouter, c'est que si vous avez des objectifs
raisonnables et que vous y tenez, vous avez là des outils précieux pour y
arriver.
Yves Daigneault.
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Chronique du 14 janvier 2008.
PAS FEUTRÉS
Janvier m'apporte comme à son habitude
son lot d'élans et d'illusions. L'une d'elles m'a surpris, là où je m'y
attendais le moins, dans les magasins.
A la recherche d'une camisole
intermédiaire pour une sortie au grand froid, dubitatif à savoir si j'en avais
vraiment besoin, je me pointe donc en cible facile, au centre commercial de
mes habitudes. Je tombe évidemment sur un vendeur hors pair. Il me débite en
une minute ce que des années de recherches, design et marketing ont réussi à
produire pour satisfaire à mes " besoins ". Le tout avec l'assurance
déconcertante de m'offrir ce qu'il me faut.
Curieux quand même, j'ai eu l'heureuse
réaction d'un repli défensif, le temps de me ramener aux jours jadis, où j'ai
fait des sorties par -30C, avec un équipement ma foi, quand même potable. Ce
qui m'importait alors, c'était ma détermination, ma hargne qui à elles seules,
suffisaient presque à balayer tous les obstacles et me lançaient dans
l'action. Les années m'ayant quelque peu ramolli, j'ouvre grand les yeux sur
le confort douillet qui se présente à moi. Vais-je faire plus de sorties si je
m'équipe ainsi, ce bout d'équipement va-t-il compenser pour la baisse de mon
enthousiasme aux entraînements de spartiates. J'ai donc flanché et me voilà
content de me sentir feutré.
Mais je ne suis pas sans savoir que le
chemin de la réussite doit souvent s'éloigner des pas feutrés. Quant à être
dans l'équipement, j'en prendrai pour exemple le choix des souliers de course.
Aujourd'hui s'offre à nous toute une panoplie de marques, de modèles répondant
à nos exigences, corrigeant au passage nos petits défauts déambulatoires. Ce
qui me fascine dans tout ça et heureusement, j'ai couru assez d'années pour
m'y être confronté, c'est que peu importe la marque, le modèle, si on est
confortable et qu'il ne nous apporte pas d'ampoules sur les longues distances,
le soulier choisi est un bon soulier de course.
Je crois personnellement qu'on erre dans
le ouaté, dans le douillet, pas que ce n'est pas agréable, la nature étant ce
qu'elle est, facilement je pourrais m'y vautrer. On a mis en garde les gens
sur les risques de blessures avec la course à pied. Et je soupçonne le marché
des souliers de s'en être fait complice pour exploser en produits plus ou
moins nécessaires. Qu'on le veuille ou non, lorsqu'on court, oui on subit des
chocs, jusqu'à trois fois notre poids, lorsqu'à bonne vitesse. Est-ce
dommageable, j'en doute. Car au contraire, nous nous renforçons ainsi, en
faisant travailler les muscles, en augmentant la circulation de liquide
synovial, en travaillant l'amplitude de nos mouvements, en fait en bougeant le
plus naturellement du monde.
Il me reste à peaufiner ma technique de
course, pour arriver à l'instar du guépard, à m'élancer sur la route à
pas feutrés, sans efforts apparents.
Yves Daigneault
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Chronique du 6
janvier 2008.
POUR COMMENCER.
Je n'y échappe pas. C'est le début de
l'année et immanquablement l'idée du renouveau me frappe comme on reçoit un
uppercut venu de nulle part. Est-ce parce que
c'est le premier jour d'une nouvelle année? Naïvement, l'attrait du neuf, du
possible, me donne des élans de jouvenceau. Même l'expérience des années
n'entache pas cet élan, si ce n'est d'y mettre des balises un peu plus
serrées. Une manière pudique de me préserver des déceptions
amères.
J'arrête ici mes tractations égoïstes pour
m'ouvrir à celles des futurs coureurs. Car c'est à eux que s'adresse cette
chronique. Il n'est temps plus propice à l'engagement que celui où l'émotion
nous porte à l'action. L'idée ici est d'accompagner les ébranlés, pour que la
course leur devienne une manière de vivre, une façon d'être, une partie d'eux.
Commencer à courir c'est s'offrir un
cadeau. La santé, la perte de poids, l'estime de soi, le défi lancé par le
beau-frère, toutes les raisons sont bonnes pour commencer. Ce qui est plus
difficile, là comme ailleurs, c'est de persister. Alors, j'ai concocté
quelques petits trucs à l'intention des futurs adeptes mangeurs de bitume, de
terre, de neige ou de gazon.
D'abord s'assurer d'être dans un état
suffisamment potable pour amorcer un programme. Une visite chez un médecin (
Ouf, l'attente pourrait être longue), ou le test Q-AAP, nous donnent le feu
vert pour un départ sécuritaire.
C'est bien beau tout ça, mais on est en
janvier et ma foi, c'est compliqué, comment s'habiller, vais-je me geler les
poumons, la glace c'est dangereux, la neige, le vent, peut-être devrais-je
attendre au printemps. NON!!! On commence tout de suite. Ici je prends appui
sur une citation de Mark Twain que je traduis librement : " Le plus sûr
moyen d'avancer c'est de commencer. Le secret pour commencer, c'est de diviser
les taches accablantes en plusieurs petites taches faisables, pour ensuite
commencer par la première ".
Rassurons-nous tout de suite, le risque de
se geler les poumons en courant est à toute fin pratique nul. Les chances sont
beaucoup plus grandes de se geler la peau bien avant. Allons-y donc avec
l'habillement. Le principe des pelures d'oignons, avec au départ une couche
mince collée à la peau sied parfaitement pour les coureurs. Gardons en tête
qu'en courant on produit beaucoup de chaleur. On s'habille pour l'équivalent
d'une température de 10C plus chaude que celle qu'on va affronter. Bien sûr,
un petit frisson nous attend au départ, mais bientôt le confort trouve toute
sa place. Ensuite, dans le froid, on doit être défensif, i.e. organiser son
parcours pour finir vent de face. Avoir carte d'identité etc à portée de main.
Maintenant, qu'est-ce que je fais? Il est
vrai que courir c'est difficile en partant. Notre organisme commence à
organiser un programme de développement de l'endurance après 25 à 30 minutes
d'effort continu à au moins 120 battements cardiaques à la minute. Nous
pourrions marcher d'un bon pas pour 3 min. suivi d'une min. de course et
répéter le processus jusqu'à au moins 25 min. Enfin, nous voilà
parti.
Il n'y a pas d'heure meilleure pour le
faire que celle qui vous est disponible. Pour ne pas tomber dans l'excès, deux
séances par semaine au début pendant le premier mois, en augmentant un peu le
temps de course et en diminuant le temps de marche, vont nous voir progresser
sans craindre d'abandonner trop vite. Après un mois, si on se sent bien, on
peut passer à trois séances.
Attention, pas nécessaire de s'énerver,
puisqu'on va courir toute notre vie. A quoi
je dis, BRAVO c'est parti.
Yves Daigneault.
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SOIR DE GUIGNOLÉE
A l'approche de Noël, invariablement
s'annonce une flopée d'élans charitable sous le vocable de " Guignolée
". Le mot sonne bien pour le propos, puisqu'il veut chasser la
guigne.
Au fait, le veut-on vraiment, où est-on
gêné du regard sévère du démuni face au nanti? Veut-on régler notre bilan
judéo-chrétien qui, à l'approche des débordements de consommation, tire un
trait rouge sur la balance du bien et du mal. En réalité, j'étais loin de toutes ces préoccupations quand,
avec des amis on décide de se payer un bon souper au resto Vietnamien,
histoire de se détendre un peu. Une ambiance bon enfant s'installe à notre
table et on badine sur les souvenirs joyeux qu'amène le temps des fêtes. La
réalité allait bientôt confronter nos convictions.
Arrivent tout à coup, deux joyeux lurons,
équipés de parkas, de ceinture fléchée et de canettes destinées à
recevoir des dons pour la guignolée. Attachée autour du cou, pendait aussi une
carte d'identité rassurant les sceptiques sur le bien-fondé de leurs
intentions. Ils devaient être avancés dans leur tournée, une hésitation et un
équilibre précaire indiquaient qu'ils s'étaient réchauffés amplement, chemin
faisant. Ils chantent joyeusement " La guignolée, la guignolée ". Rapidement,
font le tour des tables, ramassant des dons en argent aux convives présents.
Arrivés à notre table, un des comparses nous raconte son trajet avec moult
détails. Évidemment, vu son penchant pour la dive bouteille, témoignait de
passages suspects.
A tel point qu'un client à une table
attenante, suivait notre conversation et décida tout à coup que l'argent qu'il
avait si généreusement glissé dans la fente de la canette s'était trompé
d'endroit et qu'il devait retrouver le fond de sa poche. Il se leva donc et
d'un ton agressif, réclama son dû à notre guignoleux. Ce qui eu l'heur de
froisser l'amour-propre de notre bienfaiteur. Une grande gêne envahit les
lieux et protestant du bien-fondé de sa démarche, c'est sur le ton de la
défense que le pauvre bénévole dû se défendre. " Je n'ai pas besoin de cet
argent vous savez, je dépense autant que vous à chaque jour ". Ses yeux se
sont mis à perler, le ton à s'éteindre jusqu'à s'étouffer dans la fuite du
lieu qui le jugeait si vite.
Plus tard en soirée, j'ai revu mes joyeux
compagnons qui avaient repris leur rôle, même après avoir été rudoyé par ce
malotru, ils savaient eux qu'ils étaient du bon côté de la
balance.
Alors, même si la guignolée ne règle pas
tout, même si souvent elle sert d'exutoire à notre bonne conscience, elle peut
nous donner l'occasion de nous sentir solidaire. Elle ne serait que cela
qu'elle vaudrait la peine d'être encore là
Joyeuse fêtes à tous.
YvesDaigneault
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Chronique du 1er décembre
2007.
RIVIÈRE AUX OUTARDES REVISITÉE!
Premier matin de décembre, un beau
soleil annonce du froid, il ne faut surtout pas en douter. Pourtant, c'est
avec un enthousiasme juvénile que je m'apprête à courir sur le chemin qui a
surpris à la fois mon corps et mon âme, il y a trente ans.
Au fait, il faudrait que je fouille le
pourquoi de cette première course. Enfin, si on peut appeler ça une course.
Vingt minutes qui ont parues une éternité sur une route où je ne voyais que
des champs et des vaches. Mais côté effort, tous les ingrédients s'y
trouvaient, souffle court, jambes lourdes, sentiment d'être inutile et au
mauvais endroit en même temps. Mais la surprise est arrivée un peu après. On
parle ici d'une heure à peine, un peu d'endorphines dirait-on avec les mots
d'aujourd'hui. Est-ce que mon corps s'est battu en fabriquant plein de
trucs pour que la prochaine fois soit moins pénible? Parce que ce corps savait
depuis longtemps quand même que si une sensation d'accomplissement se
pointait, d'autres allaient suivre, à n'en pas douter. J'étais devenu accro à
la course.
Alors, ce matin ce n'est pas un petit -12C
qui va venir troubler la fête des retrouvailles de trente ans de … De quoi au
juste, finalement de joies, de douleurs, d'extase, souvent de partage, de vie
et d'amour assurément. Cette fois, on est trois au départ, habillés assez
techno pour affronter le froid. Je n'ai pas osé trop le coton, on a beau être
nostalgique, 30 ans donnent quand même quelques leçons.
Peu de choses ont changé sur ce rang,
somme toute semblable à bien d'autres de la région. J'étais même content de
retrouver ce paysage qui témoigne quand même du peu d'emprise du temps sur
certaines choses. Je me suis permis chemin faisant, de raconter quelques
anecdotes au passage d'une grange ou d'une maison particulière. Pourtant oui,
il y a des changements, mais c'est en moi qu'ils agissent. Je me surprends
aujourd'hui à vouloir simplement célébrer l'action de la course comme partie
prenante de ma vie. Pourtant, il y a à peine dix ans, les chronos, les records
personnels, les poussées à la limite me servaient de guide du savoir
courir.
L'âge y est pour quelque chose, je sais, je sais, mais
quand même, on ne doit pas passer à côté de la conscience d'être vivant et
heureux de l'être en même temps.
Yves Daigneault.
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Chronique du 18
novembre 2007.
QUESTION D'HABITUDE
Il est 5 :00h du matin et un de mes
chats monte sur le lit en poussant un petit miaulement presque inaudible. Je
ne le vois pas, mais je sais c'est lequel. Parce qu'il est comme ça, il a ses
habitudes. Les habitudes nous font, nous forgent, nous décrivent même.
On se développe en répétant. L'usage répété apporte
l'habileté, la connaissance. Notre système d'éducation est un peu basé
là-dessus, quoique plus maintenant, avec l'approche par projets…
Les habitudes, c'est un peu ce qui nous
rend confortable. Une manière d'être qui nous est propre. Lorsque poussées à
l'excès, elle deviennent des manies, des tics, des marottes. On peut même
devenir esclave de ses habitudes. Elles sont ma foi, comme une clé qui nous
ouvre au monde. Mais aussi, elles nous le cachent souvent. " L'habitude
abêtissante qui pendant tout le cours de notre vie nous cache à peu près tout
l'univers " (Proust).
L'habitude est parfois insidieuse, parce
que par nature, elle élude la réflexion. Alors, si elle est néfaste, elle nous
engouffre dans des miasmes de détresse, d'où on ne trouve pas d'issue. Mais
qu'est-ce qui fait donc qu'on s'y laisse prendre si facilement, nous privant
ainsi de plein de découvertes, de nouveautés par ailleurs, si près de
nous?
La surprise nous vient du plaisir.
L'habitude se nourrit de plaisir en grandissant avec. Plus j'écris, plus
j'aime écrire. De même, plus je cours, plus j'aime courir. C'est déchirant,
mais on doit faire des choix. Et chaque fois qu'on le fait, on exclut quelque
chose. Cependant, les habitudes prennent du temps à s'installer. Elles
prennent aussi du temps à partir. Ce qui nous permet dans l'intermède de
s'ouvrir à de nouvelles mouvances de notre petit monde.
Bref, il fait beau, le soleil éclaire une
belle journée sans vent. Alors, je vais tranquillement m'habiller pour un
petit moins 2C, je sais comment, j'en ai l'habitude et je vais courir une
petite heure. Finalement, je me paye un petit plaisir bien à moi.
Yves Daigneault.
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Chronique du 11
novembre 2007.
LA FORCE INTÉRIEURE
Bien sûr la course à pied est un sport
individuel, lequel lorsque pratiqué en groupe, peut revêtir l'ambiance d'un
sport d'équipe. Plus, il permet même l'échange et la découverte.
J'en ai ressenti les effets pas plus tard
qu'hier matin. Nous étions quatre dans une sortie qu'on pourrait qualifier
d'ordinaire. Quatre joyeux lurons partant sous un soleil radieux, pour un peu
plus d'une quinzaine de kilomètres. L'expérience m'a appris d'abord qu'entre
hommes les choses se passent différemment qu'entre femmes et un peu quand même
qu'en groupe mixte.
Une heure et demie de course nous donne le
temps de traverser bien des sujets de conversation, de s'y attarder, mais
surtout de badiner tout en se sentant bien ensemble. Quoique au départ j'étais
fébrile, pas tant dans l'excitation comme dans la nervosité. Même si je
connais bien cette distance, ce parcours familier que j'ai arpenté des
dizaines de fois, j'étais moins sûr de ma forme face à mes compagnons. Alors
j'ai joué calme, me permettant même d'exprimer des doutes sur mes capacités à
suivre le rythme. Autrement dit, j'ai protégé mon amour-propre.
Il faut dire que mes comparses sont, ou
bien dans une forme bien affichée pour l'un, dans un rodage pré marathon pour
le second et dans une progression bien planifiée pour le troisième. Ce qui
laisse place à une inquiétude justifiée en ce qui me concerne.
Comme prévu l'atmosphère joyeuse
s'installe dès le départ et j'oublie mes doutes pour m'installer dans des
sensations de confort souvent vécu. Ce n'est qu'au bout d'une heure que j'ai
senti le besoin de me concentrer pour rester avec le trio. Pourtant, mine de
rien, l'un d'eux avait remarqué l'effort, soit dans la hachure des mes phrase,
dans leur brièveté, comme dans la tension nouvelle de mes foulées.
Heureusement pour moi, leur exercice était de faire une distance détendue,
sans chrono prévu.
Pourtant, le quatuor s'est étiolé à
quelques reprises, jusqu'à ce que je me décide à en laisser un peu plus,
protégeant ainsi mes ambitions de finir le parcours sans épuisement. C'est à
ce moment qu'à ma surprise, le plus fort du groupe s'est laissé décalé
tranquillement pour se retrouver à ma hauteur. Son plan, je l'ai su par la
suite, était de me ramener au groupe pour qu'on finisse la sortie satisfaits
de ce que nous sommes. Ce n'était pas très clair dans mon esprit, mais peu à
peu, il m'a ramené à la hauteur des deux autres qui, absorbés dans leur
conversation, semblaient loin de ce que je vivais. Quand la jonction fut
faite, mon héros m'a remercié pour l'effort que j'ai dû déployer pour
rejoindre les autres.
En fait, c'est moi qui doit le remercier
pour son geste qui vient tout droit de l'intérieur. Cette force, on peut la
rencontrer un peu partout, mais la course à pied demeure un site privilégié
pour ce genre d'expression.
Yves Daigneault
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Chronique du 4 novembre
2007.
UNE BELLE HISTOIRE AMÉRICAINE
Kara Goucher est une athlète
Américaine de talent, mais qui aux Etats-Unis fait figure d'illustre inconnue.
Malheureusement pour elle, elle pratique la course de fond. Et au pays où tout
ce qui est big est meilleur, rien ne rivalise avec l'homme le plus rapide au
monde. En vieillissant, on se range vers les distances plus longues, donc plus
lentes et par conséquent, moins glamour.
Pour cette seule raison, j'ai depuis
longtemps beaucoup de difficulté à apprécier les performances athlétiques de
nos amis du sud. Une histoire cependant, me fait vibrer d'émotion, malgré les
réticences accumulées au fil des ans, c'est celle de Kara Goucher, aux
derniers Championnats du monde d'athlétisme 2007 à Osaka.
Kara n'a pas gagné la qualification
Américaine aux 10000m, mais elle fait quand même partie du contingent U.S.A.
C'est dans l'autobus la menant au stade Nagai que son coach Alberto Salazar,
la regardant droit dans les yeux lui a lancé : " Tu peux faire dans les
cinq (5) premières ". Remettons-nous dans le contexte. C'est la soirée
d'ouverture, il n'y a pas grand-chose à attendre, sinon encore les élans des
Kenyanes et des Éthiopiennes qui feront la pluie et le beau
temps.
La soirée est chaude et humide, rien pour
des temps rapides. On s'attend donc à une course tactique. Le plan de Kara est
simple, relaxer le plus longtemps possible sur les 25 tours de piste à faire.
Coup de théâtre dès le début, Tirunesh Dibaba la favorite, chute derrière deux
concurrentes qui jouent du coude devant elle. Larguée 20 m derrière le
peloton, elle parvient tout de même à rejoindre le groupe en quelques tours.
Kara de son côté se tient toujours relaxe, à l'écart des risques de
bousculades.
Avec cinq (5) tours à faire, Elvan
Abeylegesse, ancienne détentrice du record du monde du 5000m, amorce une
poussée vers le fil d'arrivée. Seule Dibaba peut lui coller au train,
éventuellement, elle va la dépasser pour remporter la victoire. Le
peloton s'est alors étiré et Goucher s'est retrouvée dans un trio de
poursuivantes, composé de la Britanique Jo Pavey, de la Néo-Zélandaise Kim
Smith et d'elle-même.
Au 23ième tour, Kara commence à en baver
solide. Elle se croit pourtant capable de les briser. Elle décide qu'elle ne
va rien épargner, qu'elle va poursuivre jusqu'à mourir s'il le faut. A deux
tours de la fin, c'est Pavey qui la dépasse. Un bref coup d'œil à l'écran
permet à Goucher de se rendre compte qu'elles sont toutes les trois seules et
que par conséquent, l'une d'elles aura la médaille de bronze. Elle se dit
alors : " Ce sera la plus grande déception de ma vie si je n'essaie pas ".
Elle repasse donc Pavey dans le dernier tour et récolte la médaille de
bronze.
C'était la première médaille Américaine
dans cette épreuve, mâle ou femelle, dans toute l'histoire des Championnats du
Monde d'athlétisme. Et la première médaille de fond depuis Lynn Jennings aux
Olympiques de Barcelone en 1992.
Est-ce le début d'une nouvelle ère pour
les Américains, ou plus simplement, la preuve que partout la valeur
trouve sa place, la deuxième option me semble vraiment big.
Yves Daigneault.
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Chronique du 28
octobre 2007.
DEVENIR UN SAIN PERFECTIONNISTE
Les psychologues ont tendance à voir
le perfectionnisme dans le sport comme une mauvaise chose, parce que les
athlètes se mettent alors trop de pression sur les épaules. Une nouvelle étude
à l'université de Kent en Angleterre, démontre qu'être perfectionniste peut
augmenter la confiance, pourvu qu'on s'y prenne correctement.
La difficulté réside évidemment dans nos
réactions à l'imperfection. Et, comme par hasard, l'imperfection arrive quand
même assez fréquemment. En ce qui concerne la course, la perfection serait la
recherche de la course parfaite, où tout irait sur des roulettes, à commencer
par la température, notre niveau de forme, la précision de notre objectif, le
terrain etc… Il n'y a rien comme de vouloir atteindre un objectif précis pour
se motiver à des entraînements qui autrement seraient difficiles, voire
excessifs, en rapport avec notre condition actuelle. Alors on est prêt à
travailler un peu plus fort, à faire cette série supplémentaire, à chatouiller
un peu plus longtemps cet inconfort d'une cadence plus rapide, sachant bien
sûr que notre objectif est atteignable à ce prix. Nous sommes ici sur le
chemin de la perfection.
Mais qu'en est-il si la perfection
n'arrive pas? Car elle n'arrive pas souvent, sinon elle ne serait pas tant
souhaitée, mais là on s'égare, notre propos s'y perd. Prenons pour acquis que
de vouloir atteindre le summum n'est pas mauvais en soi, mais qu'on doit être
prêt à risquer une démolition en règle si nous mettons notre âme dans
l'atteinte même de cet objectif.
Et bien quoi, devenons plutôt de sains
perfectionnistes. La trouvaille principale des chercheurs de l'université
Kent, c'est que si les athlètes peuvent accepter positivement les efforts
exigés pour atteindre leurs objectifs, ils en deviennent automatiquement
plus motivés, persistants et endurants. Par contre, en même temps, ils ne
doivent pas rester rivés sur les aspects négatifs qui surgissent
invariablement. On croit même que les deux aspects sont intimement reliés.
Vouloir faire mieux que son dernier temps, plutôt que de vouloir éviter de
faire pire, serait en plein dans le plan du sain perfectionniste.
Si ça va mal, trouver quelque chose qui
peut changer, ou qu'on peut changer, nous amène dans un état encore positif
par rapport à nos performances. Ne pas blâmer notre entité personnelle, comme
si on était comme ça et qu'on n'y pouvait rien. On peut changer par
exemple notre programme ou le type d'entraînement qu'on fait. On peut espérer
de meilleures conditions météo etc…On continue alors à viser le meilleur de
nous-même.
Yves Daigneault
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Chronique du 21 octobre 2007.
BON OU MAUVAIS ?
On choisit nos expériences en fonction
de nos croyances, de nos convictions. Ce qui est bon pour un, peut être
mauvais pour l'autre. A vrai dire, notre état d'esprit influence fortement la
façon dont on réagit à nos moments de vie.
Par exemple, je me lève un matin et j'ai
prévu courir 40 minutes durant la journée. Mais, je me sens fatigué et la
perspective de cette sortie ne me dit rien qui vaille. Pourtant, par acquis de
conscience, je me force à sortir et ma course commence mal. Il y a une côte à
monter en partant et déjà c'est difficile. Puis le vent se met de la partie et
je me sens lourd, presque tanné après cinq (5) minutes qui me paraissent une
éternité. Résultat, malgré tout, j'ai couvert mes 40 minutes sans plaisir, ni
grande satisfaction. Bon ou Mauvais?
Une petite histoire relatée lors d'un camp
d'entraînement, en dit long sur cette problématique. C'est ce fermier dont le
seul cheval défonce la clôture et s'enfuit dans le paysage. Quelle catastrophe
dira-t-on de sa mésaventure. Puis, quelques jours plus tard, lorsqu'il revient
à la ferme avec cinq autres chevaux. Quelle chance il a, ce même fermier. Bon
ou Mauvais?
Je crois qu'on a tendance à s'appuyer sur
un état d'esprit pour confirmer une issue probable d'un événement. Par
exemple, je veux courir un bon 5km, mais les conditions sont loin d'être
idéales. Il fait 25C, avec un vent de 30km/h et deux côtes se pointent à
l'horizon. Bon ou Mauvais?
Dépendamment de mon état d'esprit, cette
course peut être extraordinaire ou terrible. Partons positifs par exemple. Je
vais bien m'hydrater une heure avant et j'ai confiance de donner le meilleur
de moi-même. J'accepte d'avance le résultat comme étant ce que je vaut dans
les circonstances. C'est sûr que je vais être détendu presque tout le long du
parcours. Lorsque les difficultés, i.e. côtes, vent se présenteront, j'y
répondrai sans crainte, avec l'énergie du moment. Je suis certain d'avance que
le résultat sera satisfaisant.
A l'inverse, j'entrevois la perspective
peu invitante, désagréable et difficile. Un deux temps, trois mouvements, mon
moral s'effondre et il me tarde même de trouver des excuses à une
contre-performance pour laquelle je ne suis pour rien. Loin de tirer des
leçons de ce qui m'arrive, j'y trouve des raisons pour me disculper de ses
résultats.
Heureusement, le présent est toujours à
côté de nous, alors peu importe, vivons ce qu'on a à vivre. Bon ou
Mauvais?
Yves Daigneault
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Chronique du 12 octobre 2007.
MÉCANIQUE
En fin de semaine dernière, j'ai trouvé une façon
particulière de profiter du long congé de l'action de grâce. Quoi de mieux
qu'un congrès d'éducateurs physique pour échapper au quotidien. On comprendra
que c'est dans un semi enthousiasme que je me suis pointé à St-Eustache.
J'ai été emballé dès le début. Comme quoi il ne faut
jurer de rien. J'élude les détails pour arriver à mon propos, soit la rêverie,
les idées, l'élan, le bonheur en somme. Ah oui, j'ai un peu coupé ici,
j'oubliais qu'il faut passer d'abord par la mécanique. Ça m'a frappé de plein
fouet lorsqu'un des orateurs : Pierre Lavoie pour ne pas le nommer, nous a
entretenu sur les vertus mécaniques de la course à pied.
Bien sûr, chaque sport a son lot de séquences
mécaniques, qui une fois maîtrisées, nous ouvrent à toutes sortes
d'expériences satisfaisantes. Mais la course a ceci de particulier qui
lui est propre. Elle est inscrite dans nos gènes, à tel point qu'on peut s'y
abandonner en toute quiétude, pour s'offrir le luxe de faire autre chose en
même temps. Combien de fois je suis parti faire un 40- 60 minutes relaxe, avec
la tête remplie de préoccupations et revenu l'esprit serein, avec au moins une
solution.
Il n'y a pas de mystère là-dedans. Grâce au modernisme,
à l'industrie et à l'économie, nous avons réussi à réduire la lourdeur des
tâches à accomplir pour notre survie. Malheureusement pour certains, on a jeté
le bébé avec l'eau du bain. Après tous les problèmes soulevés par ce
magnifique modernisme, nous retrouvons doucement l'essence de notre être, soit
le mouvement et en particulier la course d'endurance. Bien sûr, j'y vais un
peu fort, mais pas autant que l'industrie qui m'en éloigne.
C'est fou, mais on doit remontrer à nos jeunes à
courir. C'est quelquefois décourageant. Une anecdote croquée dans la presse de
fin de semaine. Nous avons reçu à l'Ile Bizard il y a deux semaines, les
meilleurs golfeurs au monde. Bien sûr, ils ont ramassé des fonds pour une
fondation caritative. Un des golfeurs, dont j'oublie le nom, s'est adressé à
un enfant atteint de leucémie, sur quel serait son plus grand rêve, s'il
recouvrait la santé. Et le garçon de lui répondre, " J'aimerais un jour
pouvoir courir ". Je m'en sers pour manipuler les ados à qui j'ai peine à leur
demander 5 minutes de course. L'important, c'est que ça marche.
Yves Daigneault.
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Chronique du 7 octobre
2007.
QUESTION D' IMAGE
On est ce qu'on est. Cette prémisse
nous poursuit de la naissance au dernier souffle. Ce qui l'est moins, c'est la
vision qu'on en a. La représentation qu'on s'en fait influence toutes les
facettes de notre comportement.
Quand on rencontre quelqu'un pour la
première fois, on dit souvent qu'il suffit de moins de quatre (4) minutes pour
se faire une impression de cette personne. Bien sûr, il s'agit là d'un cliché,
d'un instantané. C'est peut-être le cumul de nos expériences passées, ou
même l'énergie qui émane de cette personne. Toujours est-il qu'on se fait juge
rapidement de l'effet qu'elle laisse sur nous de cette
introduction.
Heureusement qu'il en est ainsi, sinon on
se perdrait en analyses sans fin, tellement qu'en bout de ligne, on aurait
oublié le quoi du quoi de ce qui nous interpelle. C'est peut-être une des
raisons pour s'en faire autant sur l'image de soi. Les revues de mode, les
publicités de toutes sortes s'en servent à satiété. Nous on sait, le sait-on
vraiment, que l'image de soi dépasse grandement l'image corporelle. On
s'assume comme être pensant, avec des idées, du caractère, une énergie et un
vécu portés par un corps parfois marqué de toutes nos expériences bonnes et
moins bonnes. Pourtant, paradoxalement c'est de temps dont on a besoin pour
livrer aux autres un aperçu valide de qui nous sommes. Alors, il nous faut
aussi du temps à l'inverse, pour marquer de notre jugement, notre
relation à l'autre.
Doit-on s'empêcher de connaître
quelqu'un qui à prime abord nous est apparu antipathique. Bien sûr, on
n' pas le temps et sûrement pas le désir d'entrer en relation intime avec tout
le monde. Yvon Deschamps le disait bien " Aimer tout le monde c'est
tough en maudit. ". Alors, à quoi se fier pour combler nos désirs sans risquer
d'être déçu, ou perdre son temps, pire même, être dupé? Au fond c'est
simple, si on se fait confiance, on est bien avec soi-même, alors même si une
dose de naïveté couvre nos élans, nous avons sûrement à l'avenant, les
capacités de se remettre de ces arnaques.
Y a-t-il un rapport avec la course, bien
sûr. D'abord si on aime la course, elle nous le rendra bien de toutes sortes
de façons. La course nous rend énergique et j'escamote toute la panoplie des
bienfaits collatéraux qu'elle nous procure. Ensuite, elle nous façonne, elle
est en quelque sorte une partie de nous. Est-ce une carte de visite,
peut-être, mais alors là, danger. Point n'est besoin d'être coureur pour
connaître un coureur. Il est dangereux et réducteur de se faire une image
d'une personne à partir d'une activité. Ça paraît simple comme ça, mais le
piège nous guette à chaque instant. La vie est trop large pour qu'on la
réduise ainsi. Je ne peux convaincre tout le monde de devenir coureur, mais je
puis certainement dire tout le bien que j'en retire. La course au fond, n'est
qu'un pixel de l'image de ma personne, elle m'offre tout de même l'opportunité
de m'ouvrir aux autres.
Autant tous les chemins mènent à Rome,
toutes les facettes d'une personne mènent à plus de découvertes quelquefois
insoupçonnées.
Yves Daigneault.
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Chronique du 30
septembre 2007.
ROUTINES ET RITUELS
Je me lève tous les matins presque à
la même heure. Dès ce moment, s'installe une routine plutôt mécanique.
Épargnons les détails, n'empêche, je me lave le corps, à toute fin pratique
dans le même ordre. Les petits gestes qui suivent sont tout aussi prévisibles,
précis même, dans leur exécution. Au lieu de paraître ennuyeux, c'est plutôt
rassurant pour moi de m'installer dans ces séquences qui finalement, rendent
mon début de journée facile et même presque chantant.
Des routines nous en avons tous. Sauf que
des fois on les associe à des rituels rétrogrades, du style métro, boulot,
dodo. Ça m'a pris un certain temps à comprendre le côté pervers des routines.
Car, elles en ont un. On s'y installe, on y est bien et parfois même, on ne
veut plus en bouger. De là le risque de passer, même d'être un peu beaucoup
réac. Alors, qu'on voudrait s'associer au progrès, à l'essor, au nouveau. On
dirait qu'il y a là, comme une contradiction.
C'est ici que je m'inscris en faux devant
ce jugement hâtif, sur un des processus les plus universels du développement
humain. Car c'est de ça dont il s'agit, l'évolution, l'apprentissage.
Peut-on apprendre sans répéter, sans insister, jusqu'à l'automatisme même. On
prend tous les moyens pour intégrer une notion. On acquiert une connaissance
en se l'appropriant. Quels que soient les moyens, avant d'innover, d'explorer
ou d'aller vers du nouveau, il faut que l'acquis soit semblable en quelque
sorte à une routine pour nous. Alors seulement, peut-on se risquer vers
le nouveau, l'inexploré, l'étrange.
Et même rendu là, nous vivons un temps de
transition qui demandera à son tour des répétitions, pour vivre une pleine
intégration. Ce processus à mon avis est vrai, tant pour le développement
intellectuel que pour les habiletés physiques.
C'est pour cette raison que lorsqu'on veut
explorer une nouvelle facette de notre vie de coureur, nous devons nous
appuyer sur les bases que nous donnent nos routines. Si on en a une
panoplie, c'est qu'on doit avoir plein d'apprentissages et donc, plein
d'acquis pour être encore meilleur. Bien sûr, l'ivresse sera toujours dans la
découverte, l'innovation, l'aventure. Va-t-on trébucher et tomber dans les
mêmes foutus erreurs, que dire routines, ouf, là ça devient mêlant.
Finalement, les rituels aventuriers rendent le coureur heureux.
Yves Daigneault
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Chronique du 23 septembre
2007.
LA VITESSE EST DANS LA DÉTENTE!
Bien sûr on court pour le plaisir.
Tous, n'avons pas les mêmes objectifs, les mêmes ambitions face à notre sport
favori. Mais quand même, qui refuserait de courir plus vite, enfin de le
pouvoir? Bon, bon, je divague. Il n'en reste pas moins que la vitesse, pour
peu qu'on s'y intéresse, représente un incitatif, ma foi presque
universel.
Et en ce qui concerne les longues
distances, les records sont presque toujours synonymes de deuxième moitié plus
rapide. Evidemment, si on court pour sa santé, ces constats tiennent le bas du
pavé à l'échelle de l'importance. Par contre, si on s'est fixé un objectif de
record personnel sur 10kms, il vaut la peine de s'y attarder un
peu.
Nous avons un plafond d'environ 2,000
calories disponibles, sous forme de glycogène musculaire et hépatique
qui peut être utilisé de façon aérobique. Nous brûlons aussi approximativement
cinq (5) calories pour chaque litre d'oxygène que nous consommons durant
l'exercice. En d'autres termes, on ne peut gaspiller nos énergies disponibles
et penser obtenir malgré tout des résultats mirobolants.
Les mêmes principes s'appliquent aux
entraînements. Si on a des intervalles à faire par exemple, la tentation sera
forte de faire les premières répétitions plus rapidement, nous sentant
tellement plein d'énergie. Le résultat sera inévitablement un ralentissement,
doublé d'une frustration et de beaucoup d'inconfort vers les dernières séries.
Ceci sans compter sur l'effet négatif affectant le moral du bonhomme (ou
de la bonne femme bien sûr). Prenons l'exemple des Kenyans et des Éthiopiens
qui commencent toujours leurs entraînements au petit pas et laissent ainsi
venir la vitesse tout naturellement, quand le corps y est bien
préparé.
Voici enfin le truc pour harmoniser
l'effort avec la vitesse en un mot : RELAXATION. Le titre de l'article peut
porter à confusion, mais tout ici est volontaire. La détente peut être
associée à la gâchette du fusil comme à la relaxation. Les deux traitant du
même sujet, la vitesse. Il est d'une extrême importance d'apprendre à relaxer
lorsque l'on court. Nous parlons ici d'efficacité et d'économie. Nous tentons
d'utiliser le moins grand nombre d'unités motrices et le moins d'oxygène pour
soutenir une certaine cadence. Courir avec un rythme cardiaque stable, un
patron respiratoire régulier et une perception d'effort égale, on pourrait
dire courir dans la zone, permettent au coureur de recruter le plus de
production d'énergie aérobique, retardant du même coup l'inévitable
fatigue musculaire qui nous fait ralentir.
De plus, les sensations de réussite et de
satisfaction dans l'accomplissement, viennent ajouter une plus-value à
quiconque met en pratique cette approche mille fois éprouvée.
Yves
Daigneault
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Chronique du 15
septembre 2007.
LEÇONS DE LA ROUTE
J'y étais presque, tout allait bien
jusqu'au 36ième kilomètre, six mois d'entraînement pour choker le jour du
marathon. Toutes ces histoires pullulent, pour peu qu'on soit près du monde de
la course.
Vous avez bien planifié vos entraînements,
progression mesurée, alternance intensité- récupération, intervalles, tempo,
longues distances, tout s'est passé dans un équilibre plutôt harmonieux,
malgré les petits écarts. Mais le matin de la course, quelque chose s'en va, à
tel point qu'à la fin de la journée, vous ne voulez même pas entendre le mot
marathon. Que s'est-il donc passé? Ce n'est peut-être pas le moment idéal pour
faire le bilan. Le moral est au plus bas et la frustration est toujours
mauvaise conseillère.
Mieux vaut laisser du temps, récupérer, se
garder en jambes et au bout d'une semaine peut-être revoir le tout, avec en
perspective les leçons à tirer. Car les leçons sont, comme dit le
dictionnaire, ce qu'un élève doit apprendre. Restons donc des élèves, comme
ça, on risque d'apprendre.
Si on a tout fait comme prévu avant le
marathon, alors deux raisons peuvent être mises en cause pour notre
contre-performance, une météo exécrable, ou une mauvaise journée mal tombée.
Dans les deux cas, on est plus ou moins en cause, mais il faut bien réagir,
afin d'augmenter notre potentiel de réussite. En révisant le déroulement des
événements, on doit se rassurer d'abord sur la justesse de nos objectifs. Plus
ils seront précis et réalistes, plus on pourra s'y lancer à fond de
train. Aussi, la confiance dans notre potentiel a été fragilisée. On
doit se convaincre de nos capacités. Bien sûr, on doit se relancer dans un processus de préparation
et plus on sera sûr de nos chiffres et de nos
capacités, meilleures seront les chances de les voir se
concrétiser.
Sachons reconnaître l'accomplissement d'un
marathon. Y ajouter la volonté d'un record personnel tient du haut risque.
C'est même là un des aspect séduisants de notre quête d'accomplissement.
Autrement dit, ça vaut vraiment la peine d'y mettre le temps et les essais
nécessaires pour apprécier pleinement les leçons qu'on aura
apprises.
Le grand Michael Jordan disait que s'il
n'avait pas raté tant de paniers, de rebonds et de passes, jamais il n'aurait
pu atteindre les sommets qu'il a connus.
Yves Daigneault.
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Chronique du 9
septembre 2007.
CONVERSATIONS LONGUE DISTANCE.
Mon dimanche matin est souvent réservé
non, presque toujours réservé, à une longue sortie. C'est comme qui
dirait, ma pause spirituelle. Bien entendu, étant membre du Club Les
Riverains, c'est bien souvent en leur compagnie que se vit cette sortie
privilégiée.
Pour l'avoir vécu de moult façons, le
dimanche n'en demeure pas moins un rituel attendu, voulu et goûté comme le
summum des événements de la semaine. Pourtant, il n'en n'est pas moins rempli
de surprises. C'est en y repensant que je me suis rendu compte qu'il dépend
aussi beaucoup du groupe qui en forme l'essentiel. Bref, si le groupe tourne
autour d'une majorité féminine, la sortie ne sera pas vécue comme avec une
gang de gars.
Les femmes j'ai remarqué, ont tendance à
parler des vrais choses, de s'ouvrir à leurs émotions, aux confidences même et
cela relativement facilement. Les gars par contre, c'est une autre histoire.
Tout porte à la blague, et les jeux de mots, la finesse d'esprit, les défis,
tout peut faire parti de la conversation, pourvu qu'on ne soit pas trop dans
l'intimité. Et quand on l'aborde, c'est souvent de façon impersonnelle, comme
pour protéger l'aventurier qu'on est ou qu'on veut être.
Bien sûr, la vie se charge de nous mêler
et de faire de nous des êtres un peu hybrides. Résultat, on devient plus
complets et plus ouverts à l'autre sexe. Ce qui finalement est une bonne chose
pour la survie de l'espèce.
Quand le groupe est vraiment mixte, les
conversations passent souvent d'un extrême à l'autre, ce qui rend l'aventure
presque hallucinante. En réalité, j'ai toujours hâte à ces sorties, pleines
d'aventures et d'imprévus, là c'est mon côté mâle qui prédomine. A l'occasion,
je me laisse aller vers les courants émotifs, même si souvent ils sont un peu
comme des sables mouvants. Après tout, les
hommes aussi doivent en avoir, hum!
Finalement, le dimanche m'offre la chance
de résumer l'ensemble de ma semaine et de partager pleinement une heure ou
deux avec d'autres un peu comme moi.
Yves Daigneault.
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SOLIDES COMME DU ROC
Curieux comme des fois on peut se tromper. Pas plus
tard que la semaine dernière, je magasine dans une boutique de sport et
rencontre une conaissance qui me raconte un peu son été. Au milieu des
nouvelles, il me lance quelque chose comme: " je ne peux plus courir, parce
que j'ai mal au dos. Et puis, le choc des foulées est trop dur sur
l'organisme". Ce à quoi je m'empresse de répondre: "Alors
qu'est-ce que tu fais?". Bien sûr du vélo, et puis c'est tellement plaisant.
Il s'agit là, à mon sens de réactions tout à fait normale pour qui veut bien
prendre soin de soi. Un problème cependant se pose dans ce cas-ci. La course
et ses chocs ne rendent pas le dos plus faible, encore moins les os moins
denses. Il suffit de suivre les sorties des astronautes qui
perdent de la densité osseuse lorsque trop longtemps soumis à l'apesenteur.En
fait, les os par leur densité et leur structure, absorbent les chocs, se
durcissent et se regénèrent par l'activité physique même. Ceci n'empêche
aucunement de préférer le vélo, à chacun ses goûts. Je crois
seulement que la course à eu mauvaise presse pendant des années parce que
plusieurs personnes se sont blessées pour plein de raisons qui par raccourcis,
mettaient la course en cause. Heureusement, les connaissances
scientiiques et l'obstination des irréductibles est venue à bout de rdonner à
la course la place qu'elle mérite, soit d'être une activité naturelle et
universelle du genre humain. Ouf. Bien sûr, on n'est jamais à
l'abri des problèmes. L'asphalte et le ciment ne sont pas pour autant naturels
à l'homme. C'est pourquoi on doit être bien équipé pour pratiquer ce sport
béni des dieux. L'alternance des sorites intenses avec d'autres plus légères,
la progression mesurée avec une récupération suffisante, tous ces éléments
contribuent à faire qu'on peut courir non seulement sans risque, mais qu'on
peut profiter à plein d'une activité qui au fond, ne demande que peu
d'investissement. Alors, j'en conclus que lorsqu'on court, on se
donne du plaisir jusqu'à l'os. Yves Daigneault.
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Chronique du 24 Août 2007.
LEÇONS DE MARATHON
Nous sommes en 2007 et malgré tous les
progrès de la science et de la technologie, le mot marathon nous fait vibrer
autant que l'histoire qui nous l'a amené. Bien sûr, nous ne sommes pas tous
destinés à courir un marathon, mais nous pouvons tous nous y référer comme un
étalon des forces et des valeurs qu'il charrie.
La leçon étant ce que doit apprendre
l'étudiant, je crois qu'en tant qu'élèves de la vie, tous peuvent tirer des
leçons du marathon. Bien sûr, j'ai fait des études et comme la plupart, au
travers des acquis et des expériences vécues, je me suis forgé une route de
vie.
Des connaissances acquises dans les livres
et les cours m'ont servi, des aventures et défis ont peaufiné le travail, mais
le marathon m'a donné des leçons inestimables qui me suivent encore
aujourd'hui.
D'abord, première leçon, regarder le mythe
en face et le ramener à une dimension d'objectif atteignable. Ensuite, se
rendre compte qu'avec un plan, ça devient plus facile. Dans mon cas, avoir un
plan, c'était déjà une structure facilitante de la vie. Puis, au fil de
l'entraînement, tout s'entremêle et contribue à l'amélioration générale de
notre personne. Meilleure endurance, éveil de l'attention et de facultés
mentales. Les gens qui se préparent à un marathon sont souvent insatiables de
tout connaître sur tout ce qui pourrait contribuer à leur
réussite.
La découverte de l'équilibre aussi. La
vitesse m'a toujours grisée. Alors, pour le marathon, il y a eu comme un
problème. Certains apprennent en observant, d'autres à la dure, je crois faire
parti du deuxième groupe. On apprend aussi que la récupération n'est pas un
terme réservé aux nonchalants et paresseux, mais bien aussi aux organismes qui
ont besoin de temps pour réparer les tissus et préparer la machine à subir
d'autres assauts. Le marathon est souvent aussi affaire de solidarité. Quand
on se retrouve seul, au 32 ième kilomètre, prêt à tout lâcher et que quelqu'un
passe, nous voit, nous sourit ou même nous dit qu'on est fort, on veut le
croire et on se surprend à continuer. Dès lors, notre confiance en l'humanité
prend du galon.
Il nous inculque aussi de saines habitudes
de vie. On veut arrêter de fumer. On veut perdre du poids. On devient même un
exemple, un modèle à suivre, du moins dans un domaine, pour la génération qui
pousse. Finalement, on est loin des masochistes décriés à tort par
l'intelligencia non initiée, des bien- pensants, prêts à nous lapider pour les
atrocités que nous imposons à notre corps.
J'en conclus qu'on doit apprendre et que
les leçons demandent toujours des efforts. Peut-être verra-t-on un jour, le
marathon au curriculum des étudiants des collèges et des universités.
Yves Daigneault.
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Chronique du 17 Août
2007.
FATIGUE
Vous êtes à votre 37ième km d'un
marathon et vous vous dites, ça va passer, mais soudain un surplus de fatigue
que dis-je, une grande lassitude vous prend de partout et vous supplie
d'arrêter. Encore ce foutu mur, pourquoi donc?
Longtemps on a cru et encore aujourd'hui
que le phénomène résulte du tarissement des hydrates de carbone, comme
nutriment fabricant l'ATP. Nous passons inexorablement aux graisses de
réserve, immenses sources d'énergie, mais se métabolisant beaucoup plus
lentement. La première idée qui nous vient alors à l'esprit, concerne notre
consommation de glycogènes, en plus de nos longues sorties qui n'ont peut-être
pas été suffisantes.
De récentes études suggèrent cependant une
nouvelle hypothèse qui nous rend une image plus complexe et nuancée. En effet,
à l'instar de Tim Noakes, auteur du fameux bouquin " Lore of running ", des
chercheurs croient que la fatigue résultant d'une activité d'endurance,
peut provenir autant de dommages musculaires que d'un manque de sucre. Les
dommages musculaires dus à l'activité d'endurance sont connus depuis plus d'un
siècle. Ce qui est nouveau, c'est le lien avec le fameux mur du
marathon.
Le cerveau ici, est tenu responsable de
tous ces déboires. A l'Université de Cape Town, lieu de résidence de Tim
Noakes, des chercheurs ont isolé une hormone responsable de cette sensation de
fatigue. Il s'agit de l'interloque-6. Cette hormone agit de façon à protéger
l'organisme contre les dommages musculaires qui finiraient autrement par nous
détruire. Les messages envoyés par les muscles à un certain stade, sont
interprétés par le cerveau qui libère ensuite cette hormone qui nous supplie
d'arrêter. Lors de la dernière étude avec croisement placebo, les
chercheurs ont donné cette hormone à un groupe de coureurs, tandis qu'un autre
groupe prenait un placebo. Les résultats furent saisissants. Le groupe à
hormone prenant environ une minute de plus en moyenne, pour parcourir les 10
kms.
C'est bien beau tout ça, mais du point de
vue de l'athlète, peut-on y voir des applications pratiques? D'abord,
l'ingestion de protéines durant l'exercice pourrait être bénéfique. Les
protéines sont très utiles dans la réparation des tissus et pourraient alors
agir en protectrices devant les microdéchirures musculaires. Les dommages
musculaires durant la course, sont dus en grande partie au stress eccentrique
subit par les muscles. La pliométrie favorisant la résistance et la réaction à
ce stress, pourrait être ici un bon outil de prévention. La course en
descendant donne aussi de très bons résultats, quant à la résistance
eccentrique. Courir sans bruit, i.e. en absorbant le plus possible les chocs,
augmente à la fois notre efficacité et notre économie d'énergie.
Finalement, on peut dire oui à la
surcharge d'hydrates de carbone, oui aux protéines, oui aux longues sorties et
un nouveau oui à la pliométrie et aux exercices de renforcement
eccentriques.
Yves Daigneault.
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Chronique du 12 août
2007.
QUESTION DE CULTURE!
La semaine dernière, j'ai participé à un
événement extraordinaire, soit le GRAND TOUR, organisé par Vélo Québec. Bien
que l'activité soit similaire par rapport à l'effort exigé pour les
participants, je me suis demandé toute la semaine si j'étais dans le même
groupe ou plutôt type de personnes qui pratiquent la course à
pied.
J'étais fasciné d'abord par l'ampleur de
l'événement et l'exigence du tracé. Après être revenu de mon ébahissement face
aux vélos et aux corps magnifiques qui circulaient autour, je me suis posé la
question existentielle qui suit. Suis-je d'abord un cycliste ou un coureur?
Car depuis la fin de mon adolescence, je pratique le cyclisme et la course
m'est venue vers la fin de la vingtaine. On peut compliquer le tout, car mon
âme est gymnaste.
Au fil des ans, j'ai expérimenté
différentes facettes des deux sports. Las de tanguer d'un sport à l'autre,
j'ai opté il y a deux ans pour la course à pied. Plein de raisons pratiques
m'y ont conduit. D'abord le fait que je dirige déjà un club de course scolaire
et puis cette offre qui m'est arrivée de devenir entraîneur d'un club civil,
m'y ont comme incité à y consacrer presque tout mon temps. Le plaisir de
sortir l'hiver dans la neige, le fait aussi de n'avoir qu'à enfiler ses
chaussures pour amorcer l'entraînement. Ajoutons l'idée que pour le même temps
consacré à l'activité, les dividendes sont triplés, sinon quadruplés côté
course. Enfin, la convivialité des participants qui se retrouvent soit à une
compétition, soit à un entraînement, me sont apparus comme des atouts
précieux.
C'est donc en toute confiance et rassuré
dans mes convictions que je me suis présenté au Grand Tour 2007 vers le
Saguenay et Charlevoix. Mal m'en pris, côté convivial d'abord, est-ce à cause
des vélos ou des organisateurs, nous nous sommes sentis à l'aise et accueillis
dès les premiers coups de pédales. Assez pour ébranler un ancien ambivalent
tel que moi. Tant qu'aux efforts consentis, il n'en tenait qu'à moi de décider
de tourner en pépère ou de m'y donner à fons, quitte à regretter à la première
bosse venue. Heureusement, je me suis lancé, sinon comment juger.
Les distances, la vitesse, la griserie des
descentes, la concentration pour tenir en peloton, le souffle court et les
quadriceps qui brûlent dans les montées en danseuse, m'ont vite conquis.
Le temps aussi que je trouvais si intéressant d'économiser dans la
course, m'apparaissait tout à coup, très à sa place sur la selle pendant des
heures. Bien sûr l'événement est spécial. Deux milles cyclos en vacances
pendant une semaine, ça relaxe ces tendus, ces stressés de tous acabits. Les
conditions donc, favorisaient grandement mon plaisir et ma satisfaction à
faire partie de la gang de cyclos.
Mais qui sont-ils donc ces cyclos?
Sont-ils différents de coureur que je fréquente disont pour l'heure depuis
deux ans? Ils sont assurément pour la plupart de la classe moyenne, même aisée
de notre population. J'ai même été surpris, enfin pas tant que ça de voir des
gens, avec un petit surplus d'embonpoint enfourcher des Colnago à 6,000$
facile.
Pour avoir participé à d'autres Grands
Tours, j'ai été surpris de la vitesse avec laquelle le sport avait évolué. Par
exemple, la grande majorité savait bien changer les vitesses, tenir le rythme,
tenir une roue, dépasser à gauche etc.
En fait, ce que j'en ai compris, outre le
fait que la souplesse des options qu'offre le vélo dépasse largement celle de
la course, les gens n'y sont pas tellement différents. On peut courir pour
battre des records ou rechercher la sérénité. Le vélo nous offre la même
chose. En fait, je n'ai pas de conclusion catégorique, par contre je puis dire
qu'à vélo j'ai rencontré des gens exceptionnels qui ne pratiquent pas la
course parce que le vélo leur est plus convivial. Alors, pour la culture, tout
le monde a raison. De mon côté, je continue à courir, mais j'adore le
vélo.
Yves Daigneault.
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Chronique du 3 Août
2007.
COUREURS INNÉS OU APPRIS!
Depuis quelque temps la course ou
devrais-je dire le jogging se retrouve à la une de nos journaux. Merci surtout
à nos cousins français, forts en analyses complexes des comportements humains.
Nos cousins donc, palabrent sur la valeur du jogging, activité somme toute
utile au fonctionnement des organes, mais loin des hauteurs réservées à la
marche. Car la marche prédispose bien plus de
la transcendance de l'âme qui se rapproche du tout universel. Ouf, je leur
laisse le soin de dénouer l'impasse qui ressemble ma foi, au nœud
gordien.
Une chose est certaine cependant, les
coureurs sont plus souvent qu'autrement des personnes près de l'introspection
et de la méditation. C'est peut-être dans la nature même de l'activité, dans
le geste répétitif que l'on peut y voir cette tendance. Pourtant, les coureurs
aiment à se rassembler et à palabrer pour tout et pour rien. Ils se gavent
aussi d'endorphines, hormones qui n'ont rien à voir avec la méditation,
quoique!
Alors naît-on coureur, ou le
devenons-nous? Bien sûr, un peu des deux. Nos gènes peuvent nous prédisposer à
ce type d'activité, mais notre éducation et nos expériences de vie, peuvent y
faire quelque chose aussi. Mais, peu importe les antécédents, si la course
vous a accrochée, toute votre vie en sera changée. Passées les discussions sur
les entraînements, les hydrates de carbone ou les records personnels, les
expériences qu'apportent la course, donnent une plus value à tout ce qu'on
entreprend. En plus, elle renforce notre contact avec le reste de la nature et
de la société. En plus bien sûr, elle est universelle et ne requiert aucun
élément technique compliqué. Pour peu qu'on ait le courage de se lever et de
faire le premier pas, le reste est à la portée de tous. A chacun ses goûts,
ses rêves, ses ambitions.
Yves Daigneault
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Chronique du 29 juillet 2007.
La beauté est de
rigueur.
À chaque fois que je regarde une
compétition d'athlétisme à la télé, je suis saisi par la beauté et la grâce
des coureurs. La foulée paraît facile, la vitesse confortable.
Cependant, lorsque le chrono s'arrête, c'est l'étonnement et l'admiration que
me renvoient les chiffres du cadran. Comment tout cela peut-il
être? Comment courir 400 mètres en moins de 50 secondes sans sourciller
un seul instant.
Un exemple inouï me vient en
mémoire. Nous sommes en l'an 2000, aux Jeux Olympiques de Sydney.
Kathy Freeman, d'origine aborigène, se retrouve sur la sellette en ouvertures,
comme porte-drapeau pour l'Australie. C'est à la fois honneur et
pression aux yeux de milliards de téléspectateurs. Elle se soumet à
l'exercice avec grâce. Pas trop difficile dirons-nous, mais
symboliquement lourd à porter. Comme si elle tenait à la fois la force
d'un pays et la dignité d'un peuple à bout de drapeau. Sûr que les yeux
seront rivés sur ses prestations à venir. Dix jours plus tard, elle se rend jusqu'en
finale du 400 mètres et doit affronter les meilleures au monde dans cette
course si cruelle qu'on l'a surnommée " La mort lente ". L'organisme
accumule tant d'acide lactique dans ce tour de piste qu'on peut mettre des
jours à l'éliminer.
Elle part en tête, forte et détendue, dans
un accoutrement volontairement futuriste. Saura-t-elle tenir jusqu'au
bout sa foulée puissante et fluide? Dans le dernier droit, l'organisme
se révolte, la tension prend le dessus, les autres la remontent. Mais
elle tient bon et remporte la médaille d'or pour son pays mais aussi pour son
peuple. Le moment est fort.
Ce qui me bouleverse dans tout ça, n'est
pas tant que le fait qu'elle soit aborigène, ni son costume futuriste, c'est
plutôt l'aisance apparente et la beauté de l'exploit. Qu'en est t'il justement? Elle lui a
fallu une grande dose de rigueur, de travail acharné, de patience et de
discipline pour arriver à ce niveau. Toutes ces énergies axées sur
l'accomplissement de ce tour d'anthologie. Alors, la beauté, l'aisance et la grâce
sont-elles les sœurs de la rigueur, ou est-ce la performance elle-même qui
nous laisse pantois dans l'émotion esthétique? J'en conclu que beauté et rigueur doivent
se côtoyer pour qu'on puisse accéder aux plus grands
accomplissements.
Yves Daigneault
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Chronique du 23
juillet 2007
IL COURT, ELLE COURT, NOUS
COURONS. On se demande parfois pourquoi certaines
personnes courent. En fait, j'étais curieux de savoir les motivations qui
amènent quelqu'un à commencer et aussi, à persister dans cette discipline. Les
raisons pour commencer sont très diverses. Je n'ai pas fait d'étude exhaustive
sur la question, seulement des observations glanées ça et là au fil des
années. Conclusion; point ou peu de différences quant aux motivations
premières pour commencer à courir. Des hommes comme des femmes veulent perdre
du poids, améliorer leur apparence, se sentir dans un mode de vie plus sain,
ou tout simplement se mettre en forme pour pratiquer une autre
activité. C'est plutôt dans la persistance que les
qualités intrinsèques de la course ressortent. En fait, on continue à courir
parce que ça nous procure une autonomie, une indépendance, une liberté. On vit
aussi cette sensation de faire parti d'un ensemble plus grand, où on y a sa
place. On partage aussi une sensation d'universalité. Où que l'on soit, qu'on
rencontre un étranger, le contact se fait toujours facilement. Alors, les
personnes pour qui l'intégration sociale est difficile, y trouvent assurément
leur compte. On court aussi pour performer, atteindre des
objectifs, se dépasser. Cette fois, les jeunes, hommes comme femmes, sont plus
nombreux à s'y retrouver. Alors que les ainés, pour qui le fait d'être
encore là et de pouvoir en profiter, semble suffisant pour
continuer. Finalement, la course est un peu un cadeau de la vie
qui nous apporte, liberté, indépendance, partage et solidarité. Célébrons nos
différences et nos similitudes. Yves Daigneault.
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Chronique du 13 juillet
2007.
SPÉCIFICITÉ
L'apprentissage que ce soit en
lecture, en mathématiques ou en activité physique, tient toujours du même
processus. Pour atteindre un autre niveau, développer de nouvelles
compétences, nous devons nécessairement reproduire, à moindre échelle, l'effet
escompté.
Quand je pense à la performance en course
à pied, une anecdote me revient toujours à l'esprit. Un collègue de travail me
demande un jour de lui faire un programme pouvant le mener à courir 5 kms sans
s'arrêter. Ce que je lui fis avec plaisir. Le problème, s'il en est , c'est
qu'une fois l'objectif atteint, notre homme répéta l'exploit avec tant
d'exactitude qu'il devint en quelque sorte un spécialiste de la course de 5kms
à cette vitesse spécifique. Comme je l'ai sous-entendu, ce n'est pas un
problème pour qui le plaisir est là. Mais si on veut progresser et qu'on rêve,
soit d'une plus grande distance ou d'une plus grande vitesse, alors là, il
nous faudra être plus spécifique et oser vers le nouveau, l'inconnu. Nous
devrons pour ainsi dire, refaire en plus réduit, ce qui nous fait tant
saliver.
On ne peut espérer courir 10kms, si on
n'ose jamais se frotter à plus de 5kms. Du moins c'est ce que la théorie de la
spécificité semble affirmer. Quelqu'un qui voudrait faire la meilleure
performance pour un marathon dans l'année, aurait intérêt à mettre tous ses
œufs dans le même panier. Il ne pourrait par exemple, espérer une performance
exceptionnelle, s'il participe à 4 ou 5 marathons durant cette période.
Pourquoi? Tout simplement parce que pour y arriver, il devra troquer la
vitesse pour l'endurance. En se donnant comme objectif de courir 5 marathons,
il s'engage inexorablement vers une performance d'endurance. Si tel est son
but, alors la spécificité tient ses promesses. S'il veut faire son meilleur
temps, alors il devra travailler autant la vitesse que l'endurance et là, ça
risque d'être à la fois intense et délicat, mais tout autant spécifique.
Pour les programmes généraux de marathon,
on a tendance à faire un peu de tout, comme pour les courses de 5 et 10 kms,
en y ajoutant une longue sortie en fin de semaine. Cette fois-ci, si on est
sérieux dans notre intention, nous devrons éduquer notre corps aux exigences
d'un marathon à une vitesse précise. Alors, il nous faudra tôt ou tard courir
à la fois longtemps et à bonne vitesse. C'est un peu fou, mais je crois que si
c'est vrai pour le reste, ce l'est tout autant pour le marathon.
Alors, pour éviter les blessures et le
surentraînement, nous doserons les efforts avec amplement de repos. Car il ne
faut pas oublier cet aspect important de l'apprentissage, soit la
récupération. C'est le temps où l'organisme fabrique justement ces énergies
nécessaires à la performance à venir. Il faut donc lui laisser le temps de le
faire.
Deux facteurs prendront une grande
importance durant cette période, la précision de la cadence et l'apport
énergétique, par la prise de breuvages ou gels énergétiques en cours
d'effort.
C'est pourquoi, si on n'y est pas trop
allergique, on pourrait, du moins pour un entraînement majeur, le faire sur la
piste. La piste apporte un feed-back précis sur la cadence et en plus, on peut
s'installer un poste de ravitaillement qui nous ravira certainement.
Quelle distance devrait-on privilégier
pour un tel entraînement? Certainement entre 25 et 35 kms. A titre d'essai, on
pourrait lors d'une sortie de 20 kms, augmenter la cadence à tous les 5 kms ,
pour finir au moins à la vitesse souhaitée durant notre marathon.
Peu importe notre objectif, même qu'il
peut changer en cours de route, si on y tient vraiment, la spécificité tiendra
toujours ses promesses.
Yves Daigneault.
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Chronique du 7
juillet 2007.
C'EST SI SIMPLE!
Dans les années 60, dans mon quartier
centre-sud, si un ado courait, c'était assez suspect. Soit il se sauvait, soit
il voulait attraper quelqu'un. Tous les autres s'exposaient aux quolibets ou
aux roches des bien pensants.
Aujourd'hui, la culture a un peu changé,
mais on cherche encore à comprendre qu'est-ce qui pousse tant les coureurs à
se déplacer comme ça, sans but apparent. En plus, comme dirait mon grand-père,
mon dieu qu'ils ont l'air de souffrir. Allez, un petit sourire, c'est si
simple.
Bien sûr on peut courir avec le sourire,
on peut même s'éclater, mais ce, pour un temps seulement. A l'inverse des
cyclistes, on peut difficilement se mettre en roue libre et se laisser aller.
Mais n'entrons pas trop dans les comparaisons, de peur de nuire à la petite
reine, laquelle je chéris dans son royaume bien à elle.
Alors, pourquoi toutes ces remarques
agressives, tout au moins négatives, sur ce sport aussi passionnant que la
course à pied. Plusieurs raisons militent en faveur des coureurs. D'abord,
courir n'est pas un geste rationnel, mais bien naturel. Certains
l'auraient-ils oublié, au point de s'en offusquer. Nous devrions par
conséquent, avoir cette discipline en haute estime? Et comme tout ce qui est
naturel, l'homme s'expose aux excès de toutes sortes, les abus des coureurs
n'y échappent pas. Que ce soit dans l'exploit, l'aventure ou l'exploration, il
suffit à l'homme de penser que ça peut se faire et ça se fera. Que ce soit bon
pour nous, n'a absolument aucune importance ici.
La course alors n'a plus besoin de se
justifier, elle est partie prenante de notre vie et contribue de ce fait à
nous définir. Doit-on s'en réjouir, dans mon cas du moins, elle est source de
grandes douleurs, comme de grandes jouissances. Elle est vraiment
indissociable de ce que je suis. Ai-je un sourire ou un air concentré, crispé
peut-être, je n'ai pas à m'en cacher, ni même à m'en justifier. Je cours parce
que ça me rend vivant. J'y trouve une place dans mon environnement, j'y trouve
aussi place à l'expression et à l'échange. Finalement, je cours parce que
c'est vraiment, mais vraiment simple.
Yves Daigneault
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Chronique du 30 juin
2007.
QUELLE ALLURE!
On se met en forme, on se fixe des
objectifs, mais pour les atteindre, ces facteurs ne suffisent pas, il faut de
la finesse. Et la finesse dans la course du moins, se voit à l'allure.
Entendons-nous, l'allure étant notre rythme, notre cadence de course, bien
sûr.
Je me présente donc à une course. Après
toutes ces préparations, les réflexions d'usage et la ferme intention de faire
la plus belle course de l'année, le coup de départ est donné. Bang, la
frénésie m'emporte, je cours à toute allure, c'est tellement facile. Bon, bon,
je me rappelle, je dois me contenir, mais j'essaie quand même de mettre des
secondes en banque pour la fin de la course, invariablement
difficile.
Mal m'en prend, c'est à mi-course que les
choses se corsent. Qui l'eut cru. A bout de souffle, les jambes lourdes, ma
lutte maintenant se limite à m'assurer que je cours, l'année va être longue.
Après une minute ou deux, l'équilibre se rétablit, j'augmente la cadence avec
une prudence nouvellement acquise. Je pousse un peu et m'assure de finir de
façon assez égale. Résultat assez égal aux autres fois. Mais que s'est-il donc
passé?
En fait, j'ai utilisé les bons outils,
mais avec des pouces au bout des doigts. L'allure donc, si on s'en sépare même
très peu, nous fait payer cher les écarts à son état optimal. Facile d'aller
plus lentement, c'est comme payer d'avance quelque chose qu'on connaît déjà.
Alors comment savoir quelle est cette allure de rêve?
C'est celle évidemment qu'on peut tenir
jusqu'à la fin, puis s'effondrer peut-être, n'y laissant rien de retenue.
C'est donc une vitesse de " guts ", à l'image de Steve Préfontaine, pour qui
il n'y avait que cette façon de courir. Risqué dites-vous, suicidaire plutôt,
mais tentant pour peu qu'on soit un peu primate. C'est aussi celle à laquelle,
même en fin de parcours, reste quasi intacte.
Deux solutions s'offrent à nous pour
trouver la cadence idéale. Une à court terme, basée sur des intervalles et
l'autre à long terme, basée sur une sorte d'introspection. Pour la première
c'est simple, on divise notre temps total espéré en portions digestibles. Ce
qui nous donne des séries de 400, 600, 800m au rythme choisi, avec des temps
de récupération entre chaque répétition. On est dans le concret, le
chrono.
Pour le long terme, comme d'habitude,
c'est plus bénéfique et donc plus difficile. On est dans les sensations. On
reste attentif à son rythme respiratoire, à sa foulée, à la position de notre
corps, aux tensions qui se présentent. On cherche à garder toute notre
concentration sur l'efficacité optimale, avec l'effort minimal. On mesure sa
vitesse par la sensation d'effort qu'elle demande. On pense aussi à comment on
se sent à cette vitesse. A partir de quoi on identifie des
modèles. Ce peut être notre rythme respiratoire, notre sensation de
fatigue, etc…
Ce sont des signaux qui nous incitent
à ralentir ou accélérer selon le cas. Car, par exemple, si on se trouve
sur un parcours en pente, ou même par une journée très humide, les intervalles
réguliers ne sont plus de bonnes références.
En pratiquant les deux types
d'entraînement, on développe une approche complète et efficace de l'allure
optimale à maintenir lors des rendez-vous importants.
Yves Daigneault.
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Chronique du 24 juin
2007.
AU RYTHME DU TEMPO!
Le terme nous arrive tout droit des
années 80, en ce qui concerne la course, en tout cas. Après, les
intervalles longs et courts, le Fartlek et le LSD (long slow distance), voici
qu'on introduit le TEMPO dans la panoplie des outils d'entraînement des
coureurs de fond.
Il s'agit d'une subtilité qui ma foi, est
très utile pour qui veut améliorer ses performances, surtout dans les
distances dépassant 10km. En bref, par le TEMPO, on repousse notre seuil
anaérobique. On repousse la vitesse à laquelle notre organisme commence à
accumuler des déchets organiques, dus à la fabrication d'énergie sans apport
en oxygène. Pour ce faire, nous devons courir légèrement sous cette vitesse,
en maintenant cet effort pour une durée d'environ 25 minutes.
Bien sûr, comme dans tous les concepts,
plein de variantes se greffent à la théorie proposée. A la limite, si on était
dans une course, on pourrait même maintenir cette vitesse pour une durée d'une
heure. De là l'ambiguïté et je m'explique. Le TEMPO peut servir d'excuse
pour une contre-performance ou une performance mal gérée. Par exemple, vous
vous pointez pour un demi-marathon et partez à vitesse TEMPO. C'est assuré
qu'en peu de temps vous allez vous retrouver dans le rouge et ralentir de
façon drastique. Alors, pour vous satisfaire du résultat obtenu, vous pouvez
dire que vous avez fait une course TEMPO. J'exagère, mais attention, le TEMPO,
comme tous les autres outils de votre arsenal, n'est là que pour servir la
cause de l'entraînement. Je n'oserais jamais recommander à quelqu'un de
participer à une course comme à un entraînement.
Tout simplement parce qu'une course c'est
comme un examen. C'est une lecture de nos acquis, d'où on est rendu. Bien sûr,
nous pouvons progresser au fur et à mesure de nos acquis. On peut par exemple
faire une course de 20 km, dans une préparation à un marathon. Mais cette
course en soi n'est pas un entraînement, car bien qu'elle nous serve de bâlise
pour les entraînements à venir, elle est elle-même le résultat d'entraînements
précédents.
Il faut donc accorder au TEMPO la place
qui lui revient. Si on le programme lors d'une sortie de préparation, le plus
juste est la vitesse à laquelle on court, le meilleur sera le résultat. Mais
comment sait-on qu'on est à vitesse TEMPO?. J'aime bien parler d'une sensation
de moyennement difficile, de légèrement hors de la zone de confort, de
nécessité de concentration, mais encore très supportable. En ayant des points
de repère concernant la distance et le temps, on peut facilement jauger la
progression de notre seuil anaérobique.
Et quel plaisir de savoir qu'on peut
courir plus vite et plus longtemps dans un confort relatif.
Yves Daigneault
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Chronique du 17 juin
2007.
BONHEUR ET TÉNACITÉ!
J'arrive d'une course d'entraînement,
où l'idée m'a traversé l'esprit. A quelle vitesse est le bonheur pour moi? A
quelle distance dois-je me confronter pour me sentir heureux? Et puis
disons-le, quand ressentons-nous le bonheur? Il faut dire que La Rochefoucauld
m'y a induit avec sa maxime : " Le bonheur est toujours à la portée de celui
qui sait le goûter ".
Je crois à prime abord qu'il réside dans
le maintenant. Et, dans mon cas du moins, j'y suis souvent étranger. Suis-je
dans le passé à ressasser des souvenirs, à vouloir les vivre à nouveau en les
relatant, ou ce qui n'est pas mieux, à attendre l'avenir et ses promesses de
jours meilleurs, de contrées à découvrir, de repos du guerrier, d'aventures à
partager. C'est très pratique, pour la simple raison que l'instant lui-même
est insaisissable et qu'en le prenant par en avant ou en arrière, par grappes
de vies, on peut mieux le contrôler et ainsi penser maîtriser la vie qui nous
file entre les doigts.
Pour ce qui est de la course, mon bonheur
me prend par surprise. Il s'exprime quand je me sens tenace. Et cette
ténacité, elle peut se trouver quelquefois dans la distance, comme dans la
vitesse. Elle est surtout l'outil pour jauger ma vérité. Suis-je à faire des
intervalles de 400m à 1min. 47 que je transforme tout à coup à 1min. 45,
question de regarder si j'en ai peur et de découvrir que mon plaisir réside
dans mon idée de vivre ça comme ça va arriver. Si je stresse trop et que je
m'effondre, le monde lui, continue et ce n'est pas grave. Si par contre je
continue et explore le nouveau, je me délecte et savoure chaque
moment.
En fait, on doit vouloir faire de son
mieux et accepter d'avance ce qui arrive. Après tout, on ne sait jamais
combien d'occasion on aura de s'exprimer, alors si on enlève la peur de
l'échec, la peur d'avoir mal, qu'on se concentre à faire ce qu'il y a à faire,
la ténacité, celle qui compte vraiment, sera au rendez-vous. Les excuses et
les complaintes vont disparaître comme par magie.
Bonne course.
Yves Daigneault
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Chronique du 9 juin 2007.
POURQUOI DE BONS ABDOS
Nous avons tous besoin d'un minimum de
condition physique pour pratiquer décemment la course à pied. Dans ce contexte
quel(s) rôle(s) joue(nt) nos muscles abdominaux . Ils peuvent nous être
utiles, pour plein de raisons qui peuvent paraître saugrenues à prime
abord.
Deux raisons principales devraient nous
inciter à développer et entretenir une bonne ceinture abdominale. La première
étant la prévention. En effet, il s'agit là de l'élément qui assure une
stabilité à notre colonne vertébrale. Sans de bons abdos, notre colonne tend à
se déplacer en ondulations, en torsions, en flexions pas toujours souhaitables
pour la pratique de nos activités quotidiennes. On n'aimerait pas la course à
pied qu'on aurait besoin de bons abdos quand même. Alors quel lien avec la
course à pied?
On s'entend que la course n'est ni plus ni
moins qu'un geste répétitif, nécessitant somme toute, bien peu de contribution
du haut du corps. C'est là justement qu'interviennent pour la seconde raison,
les abdominaux solides. Ils servent en quelque sorte de gainage au tronc qui,
ainsi stabilisé, permet au coureur de maintenir le rythme, au prix d'un
minimum de perturbations dans le déroulement des phases de courses. En effet,
si nous bougeons le tronc en avant, en arrière ou dans n'importe quelle
direction autre que celle de notre course, nous gaspillons une somme colossale
d'énergie, cruellement recherchée dans notre quête de performance.
Nous avons déjà établi dans une
autre chronique, la bonne position du coureur. Je me permets d'y revenir
brièvement. Le tronc est donc droit, il peut pencher légèrement en direction
de l'avant, mais attention, pas de cassure nette au niveau des hanches. Le
regard vers le lointain, les épaules basses, les bras fléchis se déplaçant
d'en avant en arrière, sans traverser la ligne imaginaire du milieu du tronc.
Les mains sont fermées sans être serrées et à hauteur des poches, si on en a.
Un tronc bien stable donne une fluidité à nos foulées qui en revanche, nous
rendent la balade plus facile, du moins plus efficace.
Ceci et vrai, quelle que soit notre
vitesse. Alors, nos abdos sont-ils quelque peu cachés ou enrobés, donnons-leur
la possibilité de jouer leur rôle et de nous rendre la vie plus agréable, car
après tout, notre corps et notre esprit ne demandent que ça.
Yves Daigneault
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Chronique du 2 juin
2007.
TAMALOU
Ce que j'aime en particulier de la course,
c'est qu'elle exalte la simplicité. Des pas qui se répètent, interrompus par
un temps de suspension. Voilà pour la simplicité. Ça devient complexe dès
qu'on compte. Soit les pas, la distance, le temps, pire encore, quand
plusieurs s'y mettent en même temps. Ajoutez la compétition, les récompenses,
etc… vous voilà prêt pour les TAMALOU.
Étant donné qu'il n'y a pas ou peu de
support technique dans la course, on s'en prend au coureur pour valider les
résultats et bien sûr, en tirer des conclusions. Dans d'autres sports, tels le
cyclisme où le vélo peut compter, le basket-ball, où l'équipe y est pour
quelque chose, enfin la plupart des sports d'équipe et des sports qui
demandent de l'équipement, les blâmes de la contre-performance, peuvent se
trouver bien loin de l'athlète. En course, c'est moins facile et c'est là
qu'arrive à la rescousse les TAMALOU. Enfin, c'est quoi, vous l'aurez
deviné, sinon une belle excuse honorable pour quoi, ne pas agir, quoi une
piètre prestation, quoi une presque lamentation.
Paradoxe peut-être, j'adore quand je n'ai
que moi à blâmer pour quelque chose. Au moins j'ai l'heure juste et je peux
regarder le problème droit dans les yeux. Mais, les TAMALOU, i.e. c'est pas ma
faute, j'ai un début de rhume, je me suis couché tard, je n'ai pas eu le temps
de m'entraîner, sont monnaie courante, même que je suis souvent tenté d'y
recourir, nous empêchent d'être vraiment à jour sur notre situation réelle et
par conséquent, de pouvoir la changer.
Ces histoires ne seraient rien, si elles
ne se prolongeaient dans des tentations vers la réduction, même l'immobilisme,
de crainte d'empirer un mal passé. Qui n'a pas entendu d'histoires de coureurs
qui, suite à une blessure, se disent, non plutôt, disent que leur dos, genoux,
hiboux, choux sont finis. Ah, ils auraient bien aimé reprendre mais, que
voulez-vous, c'est comme ça. Alors là, j'émets un doute, oui à la prudence,
oui à la récupération, à la rationalisation, mais oui aussi à la passion, à la
volonté d'agir, quels qu'en soient les résultats. A mon sens, l'action même de
courir est la récompense du coureur.
La route est là, moi aussi,
alors…
Yves Daigneault.
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Chronique du 26 mai
2007.
A quoi s'attendre!
Quoi faire pour encourager un jeune à
s'initier à la course. Quoi éviter pour persévérer toute sa vie. Que ce soit
faire ou éviter, les deux se rejoignent aux extrémités du spectre de la vie
d'un coureur.
Pour guider le développement à long terme
du jeune coureur, la responsabilité de l'adulte exige, discipline, encadrement
et bien sûr, restrictions. La tentation des excès, le goût de se défoncer et
de performer peut aveugler le jeune en pleine croissance et c'est là qu'un
encouragement, à la fois stimulant et sécuritaire, va guider le jeune vers un
développement complet et harmonieux. C'est en effet trop facile de laisser
aller.
Au moment de la puberté, tellement de
changements opèrent en même temps qu'on risque d'y perdre son latin. Les
filles y accèdent avant les gars et voient leurs performances perturbées par
ces brusques changements. Les gars y trouvent des avantages au début, mais de
brusques poussées de croissance, peuvent aussi troubler le fonctionnement de
leur corps.
Une bonne base aérobique, est essentielle
pour garantir une progression à long terme. Une progression du volume
d'entraînement modérée, i.e. 10% à 15% par semaine, en maintenant ce nouveau
volume, pour au moins 2 à 3 semaines, fait aussi parti de
l'encadrement. Pour la vitesse, commencer
avec de longs intervalles, à vitesse moyenne et garder les vitesses de pointe
pour la fin de saison.
Supporter les déceptions dues à des
contre-performances fréquentes, en ces temps de perturbations.
S'en suit une longue période que l'on
pourrait appeler l'âge d'or du coureur. Ensuite, lentement mais sûrement, on
se dirige vers l'autre bout du spectre. Le véritable âge d'or, qui ma foi
tient plutôt de l'ironie. Qu'importe, lorsqu'on y est, il faut faire avec.
C'est l'accumulation d'une vie d'actions, de petites blessures, déchirures,
etc… Les muscles se raidissent plus, les ligaments sont plus lâches, les
articulations plus raides. Les blessures du passé nous laissent des souvenirs
subtils.
Heureusement, plutôt que d'avoir des
adultes qui nous guident, la sagesse acquise ou pas, devient une balise, pour
la suite de notre vie de coureur. Courir plus longtemps et plus vite, sont
deux actions à ne pas faire en même temps.
Le temps de récupération se développe plus
vite que le temps d'action.
La variété dans nos activités, maintient
notre enthousiasme de coureur. Il faut à l'occasion changer, par exemple
nager, pédaler, pour se sentir plus frais et vigoureux, lors de la prochaine
course.
Diminuer les chocs de l'asphalte, en
variant les surfaces sur lesquelles on court.
L'échauffement devient primordial, surtout
lorsqu'il fait froid et le retour au calme aussi, si on veut courir le
lendemain.
Enfin, d'un extrême à l'autre, on aura été
un coureur pour la vie.
Yves Daigneault.
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Chronique du 19 mai
2007.
TROUVER SA DISTANCE
Courir un 800m à fond de train, ou un
marathon ne fait pas appel aux mêmes qualités et par conséquent, l'un sera
toujours privilégié par rapport à l'autre.
A moins de faire une biopsie et d'analyser
les petits morceaux de muscles ainsi prélevés, nous ne pouvons savoir de façon
précise, de quoi sont composées nos fibres musculaires. Nous avons tous un
certain nombre de fibres blanches et de fibres rouges. Les blanches sont
révélatrices de puissance explosive, utiles en cas d'urgence, pour l'attaque
ou la fuite. Malheureusement, leur pourcentage n'est guère variable, malgré
l'entraînement. Cependant, nous pouvons les transformer en fibres rouges,
dites oxygénés, augmentant alors nos capacités d'endurance.
Si vous n'avez pas beaucoup de fibres
blanches, vous ne deviendrez probablement jamais un bon sprinter. C'est un peu
pour ça qu'avec l'âge, nous devenons de plus en plus endurants, ou est-ce pour
autre chose, enfin!
Lorsque nous abordons la course à pied,
les distances et les conditions sont presque infinies. Alors, si nous voulons
développer notre plein potentiel en y explorant par essai erreur, nous
risquons d'avoir besoin de deux vies pour y arriver. C'est pourquoi plusieurs
coureurs et de scientifiques se sont pencher sur le problème et nous ont
proposé plein de solutions toutes plus complexes les unes que les autres. Ceci
jusqu'à ce que Tim Noakes n'arrive avec un tableau finalement assez simple où
nous pouvons facilement situer notre potentiel et nos distances de
prédilections.
En partant du mille et en allant jusqu'au
marathon. Si par exemple nous prenons notre temps au 5km et que sur la même
ligne, rendu au marathon notre temps réalisé est plus rapide, alors nous
sommes une bête d'endurance et chercher à brûler le bitume ad vitam aeternam.
À l'inverse, si nos meilleurs chrono se situent à gauche de l'échelle, nous
sommes plus près des guépards et devons doser nos efforts pour exploser au bon
moment rivaliser de vitesse sur des courtes distances.
Je vous envoie le tableau, enfin j'espère
afin que vous puissiez l'utiliser et vous contenter finalement d'une seule vie
pour développer pleinement votre potentiel.
Yves
Daigneault
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Chronique du 12 mai
2007
Billy Mills le brave
Les jeux olympiques regorgent
d'anecdotes, aussi grandioses que les performances qui y sont exécutées.
L'histoire de Billy Mills nous convie aux deux. Nous sommes ici en présence
d'une icône de la bravoure populaire. La course qu'il a faite, fut retenue
comme la plus grande commotion de l'histoire olympique moderne.
Billy Mills est né le 30 juin 1938 dans
une réserve indienne de Pine Ridge au Dakota du Sud (Oglala Lakota(Sioux)).
Orphelin à l'âge de 12 ans, Mills apprend la course alors qu'il fréquente le
Haskell Institute, mieux connu aujourd'hui comme Kaskell Indian Nations
University à Lawrence. Adepte autant de boxe que de course dans sa jeunesse,
il délaisse peu à peu le " noble art ", au profit de la course. Détenteur
d'une bourse d'étude, il fréquenta l'Univerité du Kansas. Il a été nommé " All
american NCAA athlete " à trois reprises, en tant que coureur de
cross-country.
Fort d'un diplôme en éducation physique,
il s'engage comme lieutenant du corps de marine américain. Il délaisse un peu
la course, puis s'y remet pour se qualifier pour les jeux olympiques de 1964 à
Tokyo, au 10000m et au marathon.
Aucun Américain n'avait gagné le 10000m
aux Jeux Olympiques avant Billy Mills, pas plus que dans tout l'hémisphère
ouest depuis.
Le favori dans ce fameux 10000m était
l'Australien détenteur du record du monde, Ron Clarke. Les coureurs
anticipaient une lutte entre le champion en titre Pyotr Bolotnikov d'URSS, Ron
Clarke et Murry Halgerg de Nouvelle-Zélande, qui avait gagné le 5000m en
1960.
Comme prévu Clarke donna le ton à la
course. Sa tactique de surgir à tous les deux tours, semblait bien
fonctionner. Si bien qu'à la mi-course, seulement quatre (4) coureurs étaient
encore avec lui : Mohammed Gammoudi de Tunisie, Mamo Wolde, d'Éthiopie,
Kokichi Tsuburaya du Japon et Mills. Tsuburaya, le favori local, perdit
contact le premier, puis Wolde. Avec deux tours à faire, il ne restait que
deux (2) coureurs avec Clarke. Sur papier, ce devait être la course de Clarke.
Son record du monde était de 28 :15 .6 tandis que ni Gammoudi, ni Mills
n'avaient couru sous les 29 minutes.
Mills et Clarke couraient ensemble, alors
que Gammoudi se tenait juste derrière eux lorsqu'ils amorcèrent le dernier
tour de piste. Ils doublaient d'autres coureurs et dans la droite opposée
Clarke fut emboîté. Il poussa Mills une fois, puis encore. Puis Gammoudi les
poussa les deux et surgit en tête, comme ils arrivaient dans la dernière
courbe. Clarke récupéra et commença à poursuivre Gammoudi pendant que Mills
paraissait trop loin derrière pour être d'une quelconque menace. Clarke n'a
finalement pas réussi à rejoindre Gammoudi, mais Mills fondit sur eux et les
devança tous deux à la ligne d'arrivée. Son chrono victorieux fut de 28 :24.4
presque 50 secondes plus vite qu'il n'avait jamais couru. Voici pour la
performance, l'anecdote maintenant.
Après la course, Mills s'adressa à Clarke.
Il lui demanda s'il avait vraiment donné tout ce qu'il avait dans le dernier
droit jusqu'au fil d'arrivée. Ce à quoi Clarke répliqua " Oui ". Mills
expliqua qu'il avait essayé d'être détendu dans sa dernière poussée vers la
ligne et qu'il avait senti que ça l'avait aidé à dépasser Clarke et Gammoudi.
Mills y a cru.
Yves Daigneault.
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Chronique du 06 mai
2007
VITESSE DE SEUIL
La course est une grande éducatrice,
une grande formatrice. Nous cherchons à nous y découvrir, nous exprimer,
pourquoi pas nous épanouir.
L'apprentissage se fait, tant par
l'intérieur que par l'extérieur. Le seuil anaérobique, constitue à mon sens,
une bonne balise pour établir nos vitesses d'entraînement. Simplement, cette
marque nous donne la vitesse au-delà de laquelle, l'acide lactique s'accumule
sérieusement dans le sang.
Il est très utile de savoir cette donnée,
pour structurer des entraînements, sous ou au-dessus de ce seuil, de sorte que
le corps s'y adapte, élevant ainsi, à la fois le seuil et notre capacité à
courir longtemps près de nos limites aérobiques. Outre l'analyse du sang comme
tel, il existe des méthodes moins onéreuses, ou invasives de trouver notre
seuil. De ces méthodes, la plus pratique est sans contredit le test de 30
minutes.
Pour ce faire, choisissez une journée où vous vous sentez
vraiment bien. Après un bon échauffement, accélérez à une vitesse TEMPO, i.e.
que vous pensez pouvoir tenir 30 minutes, mais pas plus. Votre vitesse peut
varier en cours de route légèrement, en plus ou en moins, mais pas trop.
L'idée étant de courir à votre vitesse idéale pendant 30 minutes. Vous pouvez
le faire sur piste, de façon à connaître la distance exacte parcourue, ou si
vous possédez un GPS, n'importe où. Votre vitesse est obtenue en divisant la
distance couverte en mètres, par 1800 secondes (30 minutes). Par exemple, un
coureur parcoure 8000m/1,800sec.=
4.5m
par seconde, pour un Tempo de 400/4.5=
89 sec. / 400m ou 3 min.40sec /km.
Cette vitesse de Tempo peut paraître
rapide, puisque habituellement, on mesure la vitesse TEMPO, comme étant la
vitesse à laquelle on peut courir 15 kms. Pourtant, cette vitesse a été
scrupuleusement mesurée par des chercheurs de l'université East Carolina. Il
s'agit d'une vitesse d'entraînement, moins rapide que si on avait testé une
compétition de 30 min. avec tout ce qu'une course implique, préparation,
affûtage, etc…
Une fois qu'on a les résultats, on peut
s'entraîner, avec cette référence en tête. Par exemple, 2 à 4 X 2,000 au
seuil avec 400m de récupération. Même, 3 à 5 X 1000m, à 4 secondes plus
rapide du km que notre seuil. Et tous les entraînements au seuil devraient se
faire avec un temps équivalent de récupération à celui de la séquence intense.
En alternant ces entraînements d'une semaine à l'autre, vous élèverez votre
seuil et grugerez de grosses portions de secondes sur vos prochaines
performances en course.
Yves Daigneault
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Chronique
du 27 et 29 avril 2007
CHARLOTTESVILLE et LES LEÇONS DE
LA COURSE
Au départ, il s'agit d'un projet sorti
tout droit d'une fantaisie, soit faire un marathon dans une ambiance de
ravissement. En scrutant l'écran cathodique,
j'ai cherché à la fois des paysages, une approche, une culture qui me parlent.
Charlottesville VA me revenait à chaque tournée des endroits disponibles en
avril. J'ai fait comme Hey, je veux être là. Les gens connaissent les
coureurs, leur lubies, leur besoins, les respectent, les chouchoutent, le tout
dans une approche conviviale. Bang, mon choix est fait. Trois autres Riverains se sont joints au projet et même un
collègue de Beauharnois qui taquinait l'idée d'un premier marathon, s'est
joint au projet Charlottesville.
Faisons grâce des entraînements, sans qui
l'euphorie aurait vite virée au cauchemar. Nous prenons la route à six,
notre nouveau futur marathonien, étant accompagné de son épouse. Une petite
vacance d'amoureux somme toute. Nous sommes le jeudi, 13 heures de route pour
voir les cerisiers en fleur, on est comblés.
Le vendredi nous sert de récupération et
de préparation mentale, en autant que faire se peut. On met la dernière touche
à notre plan de match qu'on aura probablement oublié dans l'excitation du
départ, mais bon, il faut bien faire quelque chose. Nos idées sont aussi
traversées par les images de la tuerie de Virginia Tech, à 90 minutes de route
de notre ville fétiche. Nous faisons confectionner des rubans aux
couleurs de VT que nous porterons durant le marathon. Un bon souper aux pâtes
et nous allons de dormir du sommeil du juste, avant le grand
départ.
Samedi matin, lever à 3 :30h pour prendre
quoi, un bagel, quoi, du gruau avec banane, jus d'orange et café, pour être
fin prêts pour se lancer à 6 :30h. Il fait environ 6-7C à l'aube, mais
personne ne cherche à s'en plaindre, sachant très bien que c'est ce qu'on
pouvait espérer de mieux. Enfin, nous voilà partis. Les premières minutes sont
un peu troublantes, comme si on ne réalisait pas qu'on s'en allait pour au
moins 4 heures dans mon cas. Après 30 minutes, les côtes se sont chargées de
maintenir notre niveau d'attention assez élevé. Toutefois, ce sont les
paysages à couper le souffle qui tempéraient les assauts imposés à nos
quadriceps, le long de ce parcours presque jamais plat.
Inexorablement, après 3 heures, peut-être
3 :30h s'est invité le mentra à la fête. Je m'explique : Après un certain
temps, les réserves d'hydrate de carbone trouvent le fond du baril et nous
passons alors aux réserves de graisse, pour poursuivre notre route. C'est le
fameux mur qui nous attend. C'est pourquoi, j'ai parlé du mentra. En fait, on
peut en avoir plusieurs. Notre cerveau étant un grand consommateur de sucre,
ce n'est pas le temps de faire des grands calculs compliqués, les messages
qu'il reçoit sont alors presque tous négatifs. Le mentra étant un mot ou tout
au plus quelques mots, soit de nature neutre ou positif, mais très simple,
nous nous efforçons de les répéter, pour maintenir le focus et franchir ainsi
la ligne d'arrivée dans les meilleures conditions.
C'est ce que les 5 coureurs du coin ont
fait. Je ne peux que souhaiter à tous de vivre une expérience semblable, au
moins une fois dans leur vie.
Yves Daigneault
LES LEÇONS DE LA COURSE
Certains l'apprennent tôt, certains
ont besoin d'un crescendo de coups durs avant de comprendre, ( J'en suis ),
d'autres n'apprennent jamais. Il en va ainsi de la course comme de la vie.
Peut-être est-ce parce qu'il y a presque
toujours une multitude de facteurs qui interfèrent entre, nos performances de
coureurs et les interprétations qu'on en fait. A la fin, on s'y perd un peu et
on refait inexorablement les mêmes erreurs.
Un peu d'humilité, de sang-froid, de
réalisme pourraient dans de tels cas, nous être d'un grand secours. Prenons un
exemple au hasard, hum! On s'est bien préparé pour une course de 5 km. Les
intervalles ont bien été, le repos, l'alimentation, tout semble parfait.
Arrive le jour du test, vous partez comme prévu sur le bon rythme, mais
soudain après deux kms, les choses se gâtent, un doute vous assaille et la
foulée n'est plus si fluide. Vous commencez à vous crisper, votre souffle
devient plus court, vous ne paniquez pas, mais ralentissez pour sauver les
meubles. Résultat, une contre performance. Pas catastrophique, mais disons
décevante. Vite, vous vous empressez de trouver des faux-fuyants, des excuses
sans fondement qui camouflent, quoi, un manque de courage, quoi, une mauvaise
estimation de votre valeur, quoi encore pire, une peur de la
réussite.
De toute évidence, on est en face d'une
belle observation à faire. Car, il est vrai que l'humilité citée plus haut
nous aurait conduit tout droit vers une analyse objective de notre état. Nous
valons ce que nous faisons aujourd'hui et non la performance dont on a seriné
nos collègues et qui remonte à Mathusalem. Le sang-froid quant à lui, aide à
regarder les choses en face, ce qui est rarement dramatique, entre nous. Notre
coureur aurait dû oser, au risque de se retrouver avec la même contre
performance, mais cette fois avec l'assurance que le but était au-dessus de
ses moyens. Oser donc, aller au bout de son plan de course. Au lieu de
cela, il reste dans l'expectative d'un grand brouillard d'explications
confuses. Pourquoi cela, bien en partie parce que des fois, on ne veut tout
simplement pas regarder la vérité en face. Le réalisme ici s'exprime sans
ambages.
Veut-on réellement savoir notre valeur sur
5km? Peut-on accepter sans grincer, le résultat d'une course, comme notre
point de départ pour un nouvel objectif? Si nous avons répondu oui à ces deux
questions, nous sommes sur la bonne voie, non seulement pour une meilleure
performance, mais vers un meilleur nous.
Yves Daigneault
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Chronique
du 16 avril 2007
VO2MAX ET TUTTI FRUTTI
Seuil anaérobique, tempo, RCM,
intervalles etc… tout ce jargon réservé semble-t-il aux initiés, nous fait
entrer dans un monde fascinant, soit la mécanique de la performance. On entre
ici dans le paddock des performeurs.
Quiconque a le moindrement côtoyé le monde
de la course, à pied s'entend, s'est vu confronté à ce vocabulaire, disons
quelque peu hermétique. Il vaut la peine de s'y attarder, ne serait-ce que
pour le démystifier et en faire même un allié, pour nos performances futures.
Je ne prétends pas ici présenter un
lexique exhaustif du monde de l'endurance. Seulement jeter quelque éclairage à
des termes autrement bizarres. Commençons par
VO2max. Ce terme est si populaire qu'il sert d'enseigne à plein de commerces
et d'organisations qui rôdent autour du monde de la course et de la
performance. Qu'en est-il donc? Il s'agit en fait du volume de consommation
maximal d'oxygène. On l'exprime en ml/mn/kg de poids corporel. Bref, c'est la
capacité maximale d'utiliser l'oxygène pour l'activité physique. Concrètement,
on se sert en course à pied de tests qui déterminent la vitesse limite après
laquelle, l'oxygène ne sert plus de substrat à la fabrication d'énergie, pour
passer à une vitesse supérieure. Autrement dit, après cette vitesse, on est en
dette d'oxygène, on peut encore accélérer, mais au pris d'une accumulation de
déchets organiques qui auront tôt fait de stopper notre élan, si volontaire
soit-il. Nous aurons atteint notre VMA, i.e.
vitesse maximale aérobique.*
On se sert aujourd'hui du VO2 max. comme
base de donnée générale d'une condition physique. Ce volume peut se trouver
non seulement par un test de course, mais par un test sur vélo stationnaire,
ou sur tapis roulant. Et qu'est-ce qu'on fait après. Les plans d'entraînement
qu'on trouve dans les revues et sites électroniques regorgent de données sur
les intensités variées de rythmes et de cadences, le plus souvent exprimées en
% de VO2max. Voilà, on a une référence sur laquelle travailler.
A ne pas confondre avec VO2max, le RCM, soit le
rythme cardiaque maximal, sert souvent de base de donnée à un programme
d'entraînement Cependant, quand on travaille à 100% de son VO2 max., on
n'est pas loin de son RCM, disons à 95%.
Au fond, il nous faut savoir établir un
bon dosage de travail à différents rythmes, concocter une recette gagnante,
comprenant du travail en endurance pure, de la puissance, de la vitesse, de la
résistance. Bien sûr, le tout parsemé de récupérations plus ou moins longues,
favorisant l'émergence de nouvelles énergies. On peut fonctionner par essai erreur, mais habituellement, tous
s'entendent pour dire qu'on doit d'abord construire une base d'endurance,
quelquefois en même temps qu'un certain travail en vitesse, avant de se lancer
dans des entraînements à haute intensité et faibles en récupération.
On n'oublie pas non plus la période
d'affûtage qui permet de se présenter frais et dispos aux compétitions
importantes.Pas facile de s'y retrouver, mais n'oublions pas que la course est
quand même une activité à la fois simple et complexe, comme la
vie.
Yves Daigneault.
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Chronique du 7 avril
2007.
BOSTON
Nous sommes en avril, même si le
printemps se fait timide, les fourmis dans nos jambes nous font frétiller
d'effervescence. Comme coureur, avril c'est aussi Boston. Le marathon de
Boston a la réputation d'être le plus prestigieux au monde et il l'a soutient
pour moult raisons.
D'abord, c'est le plus vieux marathon au
monde. Un peu d'histoire ici. Le marathon a commencé en 1896, avec l'avènement
des Jeux Olympiques de l'ère moderne, sous l'influence du Baron Pierre de
Coubertin. Ces jeux se sont tenus à Athènes et comportaient cette longue
course de Marathon à Athènes, commémorant la légende du soldat Phedipides,
courant la distance en tenue de combat pour annoncer la victoire des Grecs sur
les Perses. Le pauvre s'est effondré à l'arrivée. Pour revenir à nos
Bostoniens, disons qu'en 1897, ils ont voulu faire d'une pierre deux coups. En
effet, ils ont choisi le " Patriots Day " à l'instar des Grecs,
rappelant ainsi la première bataille des Américains contre les " British "
pour accéder à l'indépendance, pour lancer en même temps, la première édition
du fameux marathon.
De plus, il n'y a que deux marathons au
monde qui exigent des temps de qualifications, soit celui pour former
l'équipe olympique américaine et le marathon de Boston. On peut dire que pour
Boston, les standards ne sont pas ceux des élites, mais qu'ils sont
entre le coureur de tous les jours et les olympiens. On peut sans crainte se
targuer d'être un bon coureur, si on réussit à se qualifier pour Boston.
Choisissez votre âge et votre sexe, avec des limites à rencontrer entre 3hrs
10 min( H 18-34ans) et 5hrs 30 min. (F 80 ans et plus).
A mon sens, Boston constitue un pont entre
l'élite et le joggeur, servant ainsi d'émulation à nos objectifs de coureurs.
Où que l'on soit dans le monde, tous reconnaissent le prestige de Boston.
C'est donc un premier accomplissement que de se qualifier, le deuxième étant
bien sûr de compléter l'épreuve. Car Boston reste particulier, même dans son
parcours. En fait, on le surnomme le marathon casse-pattes, ayant quatre côtes
machiavéliques, pour mettre les plus hardis à l'épreuve. La plus célèbre
étant la " Heartbrake Hill ", aux alentours des 32 kms entre Hopkinton et
Boston.
Certains se qualifient pour
l'épreuve dès leur premier essai. D'autres par contre, beaucoup plus nombreux
en font un objectif à long terme. Ils le poursuivent durant des années, voire
des décennies. Les standards s'amollissant au même rythme que l'âge, ne
laissant que l'illusion du nouveau chiffre à atteindre. La prochaine édition
se tiendra le 16 avril 2007.
Des membres de notre club y ont déjà
participé. J'espère voir bientôt des RIVERAINS arborer nos couleurs à
cette prestigieuse épreuve.
Yves Daigneault.
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Chronique du 31 mars
2007.
AFFÛTAGE OU RAFRAÎCHISSEMENT
On s'entraîne depuis un certain temps.
On s'est fixé des objectifs, plus ou moins précis, selon notre approche à la
course à pied. Bien sûr, dès qu'on a décidé qu'on allait se mesurer, on veut
être à notre meilleur. Nous voulons tout faire pour se placer dans les
meilleures conditions au jour J.
La vie nous a pourtant appris qu'il n'y a
pas d'égalité, même dans la mort et pourtant, on cherche encore la formule qui
aplanie les différences et standardise les réponses à nos questions. Pour
revenir à nos coureurs, devrais-je dire comme pour la fable, à nos lièvres et
nos tortues, il nous faut choisir notre camp, pour performer à notre plein
potentiel le jour où ça compte. Selon qu'on est
endurant et rempli de fibres rouges, oxygénées, nous opterons plus pour le
rafraîchissement que l'affûtage dans les semaines ou jours précédant
l'événement. L'idée vient du fait que pour une personne endurante, les
entraînements à haute intensité taxent beaucoup plus leur énergie et que ce
que l'on recherche à l'approche du grand jour, c'est l'inverse, soit d'en
accumuler. La solution, les TEMPOS, i.e. course assez longues, mais juste sous
le seuil anaérobique. Côté volume, on réduit un peu, justement pour se sentir
frais.
Manifestement, il nous faut savoir dans
quel camp se rapporter. Si on connaît un tant soit peu ses forces et ses
faiblesses, l'hésitation ne devrait pas durer.
Il existe cependant quelques trucs presque
infaillibles pour se brancher.
Par exemple, si nous prenons notre
meilleur temps sur 5 km X 2 et ajoutons 2 min. pour un 10km. Si on prend moins
de temps, alors on a plus d'endurance que de vitesse. Un autre truc : Si on vous donne le choix entre 12X400m à 90-95%
d'effort avec 200m jog entre ch. et 3X1200m à 85% d'effort avec 400m jog
entre ch.
Votre élan naturel guidera votre
réponse.
Les deux méthodes accomplissent le même
travail et poursuivent le même but, soit d'avoir le maximum d'énergie pour
bien performer. Alors bonne chasse aux records personnels, c'est la saison qui
commence.
Yves Daigneault.
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Chronique
du 23 mars 2007.
DE L'ÉQUILIBRE DANS L'ENTRAÎNEMENT
Je suis hanté par un moment, un
souvenir, une sensation. On est en 1980, la vie bouillonne autour de moi, la
même qu'aujourd'hui en fait, sauf que je la ressens plus fort, plus près que
jamais. C'est un petit matin, banal comme la
plupart, quand soudain je prends conscience, furtivement quand même, mais
intensément que je me sens à mon meilleur. Pas seulement physiquement,
mentalement, moralement et tous les ment qu'on voudra. J'ai cette intime
conviction d'être au bon endroit, au bon moment. Je suis certain qu'il me
suffit de penser à un projet et que oui c'est sûr, il va se réaliser.
Bien sûr, si je poursuis ce moment, c'est qu'il m'a apporté un plaisir
extrême. Après un certain temps, j'ai quand même compris que ce n'était qu'un
moment et qu'il y en aurait bien d'autres, mais la nature étant ce qu'elle
est, je m'accroche à l'évanescent.
Heureusement, l'âge n'ayant pas que des
inconvénients, j'ai pris le temps d'analyser les tenants et aboutissants de
cet état. Surprise, tout réside dans l'équilibre. Je m'explique, on se
réveille, on se sent bien. D'abord on doit avoir eu un sommeil reposant, suite
sûrement à une soirée calme et paisible. Soirée qui peut être le résultat
d'une journée productive à tout point de vue. Une sorte de mélange de
surcharge dans l'entraînement, de bonne récupération, de relations sociales
aimables, agréables même. Une petite suite de réussites bien ordonnées qui
finissent par faire un grand effet sur soi.
On a souvent tendance à séparer les
actions, question de bien comprendre et de ne pas se perdre. Pourtant, bien
qu'on puisse comprendre finalement chacun de nos gestes, on oublie facilement
que tout est lié. L'altercation qu'on a eu ou qu'on a évité influence mon
appétit qui à son tour me laissera penaud devant la charge d'énergie à
déployer, dans mon prochain entraînement. Cette petite lumière qui me rappelle
qu'il me suffit de maintenir le rythme et que je ne vais pas suffoquer dans
les prochaines secondes, cette lueur qui jonche mes souvenirs de réussite, me
sert de guide à la fin d'une longue sortie.
J'aime bien marcher sur la crête de
l'équilibre, au risque de tomber dans des excès. Il me semble que c'est bien
là la place où je me sens bien.
Yves Daigneault
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Chronique du 16 mars
2007
LES KILOMÈTRES
CAMELOTES
Un programme d'entraînement équilibré et
bien planifié doit faire une belle place à des intervalles, des tempos, des
côtes et des longues distances. Plus bien sûr, une place aussi pour des
courses de récupération. Wow! Ça commence à
faire. Mais qu'en est-il de tous ces types d'entraînement quand les choses
commencent à se corser, i.e. qu'on commence à montrer des signes d'usure, de
fatigue, voire de surentraînement? En toute logique, les courses de
récupération partent en premier, pour être remplacées par du repos complet.
Cette idée pose ses assises sur l'obsession de la performance. Les résultats
étant souvent tributaires d'entraînements intensifs, autant côté distance que
vitesse.
Le problème, car il y en a un, c'est que
ça ne fonctionne pas toujours et pour des raisons qu'on ne veut pas toujours
s'avouer. Prenons chacune des facettes de notre programme d'entraînement. Les
intervalles nous servent à développer force et vitesse à des niveaux élevés,
en nous obligeant à travailler sur des distances restreintes à des vitesses
supérieures. Elles nous amènent à trouver presque facile la cadence de
compétition sur des distances plus longues. Donc pas question de les laisser
tomber, à moins d'y être suprêmement forcé. Les Tempos, de leur côté sont les
entraînements où l'on travaille notre seuil de tolérance aérobique. C'est un
peu la vitesse de transition entre l'endurance pure et les intervalles. On
élève ainsi notre capacité de vitesse aérobique. Pas question qu'il parte non
plus. Les côtes sont là pour nous permettre de se renforcer avec un risque de
blessure diminué. Pas le goût de laisser les côtes non plus. Reste les longues
distances, fleurons des entraînements préparatoires au marathon. Si tel est
notre objectif, alors pas touche. Reste les
courses de récupérations, qui sont comme en fait foi mon titre, les kilomètres
dits camelotes. Bravo, pour pouvoir s'aider et récupérer, au rebut les sorties
camelotes. Ces sorties où on ne compte pas trop le temps ni le kilométrage.
Elles sont là un peu pour augmenter le kilométrage. Mais les laisse-t-on
tomber pour les bonnes raisons, comme les fait-on pour des raisons
valables?
On comprend que lorsqu'on court à 2 min/km
plus lent que notre vitesse sur 10 km par exemple, l'idée qu'on s'entraîne
peut même nous paraître bizarre. Plus, l'orgueil étant, on se surprend à se
retourner au cas où quelqu'un nous verrait courir à ce rythme de tortue.
Rassurons-nous et laissons de côté ce maudit orgueil, pour y voir l'occasion
au contraire de sauver notre programme. Car, quand on court à cette cadence,
on peut facilement se concentrer sur des aspects autrement négligés de notre
entraînement. Notre forme par exemple, la position de nos bras, nos mains, la
pose de nos pieds, notre enlignement, le recouvrement de la jambe arrière,
etc…En plus, et ce n'est pas négligeable, on garde quand même un kilométrage
utile dans notre progression. N'oublions pas que nous réagissons à une fatigue
accrue et à un risque de surentraînement. Alors, pourquoi ne pas délaisser
plutôt un peu de l'intensité, le temps de permettre à l'organisme de se
refaire et limiter les dégâts.
Quelquefois, la sagesse repose sur moins
que sur plus.
Bonne semaine.
Yves Daigneault
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Chronique du 9
mars 2007.
SUIVRE LE COURANT
Réussir un examen de chimie, affronter
son patron, courir un marathon, sont des expériences qui peuvent nous laisser
un goût amer, ou peut-être nous rendre euphorique. Tout est dans la chimie du
cerveau. On dit souvent, le positif engendre
le positif, mais qu'en est-il dans la réalité? Nous sommes ici dans le domaine
des perceptions et ne soyez pas surpris, de la chimie. Ces perceptions que
l'on a des expériences que l'on vit, sont directement reliées au
fonctionnement de notre cerveau. Le
cerveau sécrète tout un cocktail d'hormones responsables entre autres, de nos
états d'âme.
On a tous vécu ou entendu parler du " High " du coureur,
qu'on attribue aux endorphines. Ce sont ni plus ni moins que des molécules de
" félicité ". Entendons par là, un bonheur sans mélange, calme et durable.
Ajoutons à cela la sérotonine et la dopamine, deux autres composés de la
chimie du " sentir bien ", nous possédons tout ce qu'il faut pour transformer
un entraînement en une sorte de " Happy hour ".
Nous savons par plusieurs études sur le
fonctionnement du cerveau que ces hormones existent, mais peut-on y avoir
accès à volonté. Ces hormones sont sécrétées par un influx nerveux qui suit un
trajet particulier. Ce trajet prédéterminé répond à des situations de
protection, de survie, ou de stress intense, inhérentes à la vie
elle-même.
Comme tous les animaux, nous recherchons
le plaisir et évitons la douleur. Alors, il est faux de dire que les adeptes
de sports extrêmes, comme d'ultra-marathons, ou triathlons, le font par
recherche de la douleur. S'ils y arrivent, au contraire, c'est justement parce
qu'ils ont réussi à faire de leurs activités, des occasions de vivre de grands
bonheurs et de grandes satisfactions.
Alors, comment y arriver? D'abord savoir
que le système nerveux démontre une grande plasticité dans son fonctionnement.
i.e., il peut non seulement s'adapter aux changements, mais tracer de
nouvelles routes d'effusion de ses hormones. C'est un peu comme un sentier en
forêt. Plus vous marchez sur le même trajet, plus il y a de chances qu'à
l'avenir, les personnes empruntent ce même trajet. Et nous traçons la route
neurologique par la pensée positive.
Voici quatre petits conseils utiles pour
faire couler le courant dans le sens positif et accéder à l'euphorie des
grandes satisfactions.
1- Établir des objectifs.
Ces objectifs, tout en étant réalistes,
doivent demander un certain effort pour les atteindre. C'est la première trace
de notre sentier.
2- Se laisser inspirer. Par des personnes,
des situations, des événements. Elles vont venir le plus souvent quand on en
aura besoin.
3- Comparer son état avant et après un
entraînement. Disons qu'on a plus ou moins le goût d'y aller et qu'on se sent
1/5, après l'entraînement, on se sentira sûrement au moins 3 ou
4/5.
4- Se servir d'images positives. Tout ce
qu'on regarde et qui nous rappelle un accomplissement. Ce peut être des photos
ou des objets qu'on regarde pour se rappeler qu'on a fait tout un chemin pour
en arriver là.
Alors, non vous n'êtes pas masochiste.
On doit se convaincre que si on rend la course agréable, automatiquement nous
allons la rechercher.
Bonne course.
Yves Daigneault
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Chronique du 2 mars
2007
LA COURSE POUR LA VIE!
" On ne
sait pas ce qu'on a, tant qu'on ne l'a pas perdu " -
Joni Mitchell, -Big yellow taxi .
Ça fait un peu plus de tente ans que je
cours, avec des hiatus plus ou moins prolongés, où j'ai pratiqué d'autres
activités, telles le vélo, la gymnastique etc… Assez qu'à l'occasion je me
suis questionné à savoir quelle activité me correspond le mieux. La réponse
n'a pas toujours été évidente, surtout quand on pense à toute la mauvaise
presse qu'a subie la course, dans les années 90.
Il est difficile de savoir pourquoi
j'adore la course, mais chose certaine, ce n'est certainement pas parce que
c'est facile. Tiens donc peut-être même est-ce parce que c'est
difficile. Car lorsqu'on est coureur au point d'en faire un mode de vie,
l'activité s'associe automatiquement à qui on est. Du plus loin que je me
souvienne, mes plus grandes satisfactions sont venues à la conclusion de
grands efforts.
Pourtant la course chez l'enfant, tient
plus du ravissement de se voir en action que de quoi que ce soit de
philosophique. Bien sûr, j'ai cherché à agrémenter mes sorties par des
objectifs, des défis, des élans pas toujours bien mesurés. Tellement et
quiconque a pratiqué la course assez longtemps, pourra le confirmer, tellement
donc, que les blessures, maladies, accidents, finissent par vous mettre sur le
carreau. C'est là un calvaire, un purgatoire que je ne souhaite à
personne, si ce n'est pour découvrir qu'on est un vrai coureur.
On se prépare à un marathon en avalant des
kilomètres avec une énergie sans borne et l'instant d'après, on se prend à
envier le joggeur qui traîne son petit rythme à l'aube d'une journée
ensoleillée. Notre envie de courir est aussi verte que la verdure du gazon qui
baratte la chlorophylle à la mi-juillet.
La plupart du temps, la pose est dûe à des
erreurs intempestives, soit une progression trop rapide, une récupération
insuffisante etc… Auquel cas, il n'y a pas lieu de s'inquiéter.
Parfois pourtant c'est différent. Vous
avez une blessure que le temps n'arrangera pas si facilement. C'est la
tragédie. A ce moment, n'importe quoi qui peut vous ramener sur la route,
sonne comme la panacée universelle. Vous voudrez tout faire pour revivre, ne
serait-ce que l'ombre de vos performances d'antan. Même le mot performance
prend alors un tout autre sens. Vivant, sur ses jambes et avançant,
semblera tout à coup idyllique.
Et lorsque vous pourrez à nouveau faire
quelques pas, vous voudrez déjà aller plus longtemps, plus vite etc…Vous
saurez alors que vous êtes coureur pour la vie.
Yves Daigneault
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Chronique du 23 février
2007.
LES PETITS PAS
Les chinois m'ont toujours
impressionnés par la délicatesse et la profondeur qu'ils dégagent. Je
retiens surtout une citation dont j'oublie l'auteur, mais qu'on peut résumer
ainsi : La plus grande odyssée commence par le premier pas.
C'est dans les situations difficiles que
je m'y rabats. Par exemple, lors d'une longue sortie, à un moment où
l'inconfort crie à l'arrêt, que tout ton corps signale la reddition, les
petits pas ont été inventés pour ces moments-là. Ce peut être des pas
concrets, au sens de ralentir le rythme en se concentrant sur le minimum à
faire pour rester en mouvement. Au deuxième degré, quand par exemple il
s'agit de tâches à accomplir etc…, de rester au labeur, quitte à ralentir le
rythme.
S'ensuit inévitablement une satisfaction,
modeste peut-être, mais essentielle à notre bien-être. Nous balançons donc
toujours entre le chaos et l'ordonnance. Les scientifiques s'entendent pour
dire que nous allons vers le chaos. L'action seule nous permet d'y échapper.
Prenons par exemple un objectif qu'on s'est donné en début d'année. Peut-être
perdre un peu de poids et participer à une première course. L'ordonnance nous
amène à se préparer et le chaos à laisser aller.
Sachons donc qu'il y a un combat qui nous
attend et que malgré tous les trucs, tous les moyens utilisés, le chaos
cherche à s'imposer. Et c'est là que la règle des petits pas peut venir à
notre secours. Il n'est jamais trop tard pour réagir et le moindre élan vers
l'ordonnance et l'action, nous garantit satisfaction. Et si cette règle est
universelle, nous sommes tous solidaires devant ces réalités, donc nous
pouvons nous épauler, nous appuyer les uns sur les autres et faire de
nos pas une odyssée heureuse.
Bonne course à tous
Yves Daigneault
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Chronique du 16 février 2007.
POURQUOI PAS LE DEMI
Quand on commence à pratiquer la course sur route,
tout peut nous arriver, mais la plupart du temps, on passe par des étapes
quasi incontournables. D'abord, ce peut être perdre du poids, développer de
nouvelles habitudes de vie, rencontrer des gens, quoique ce ne soit pas
toujours l'activité idéale. Peu importe, au bout d'un moment, si on y est
encore, on voudra s'inscrire à des courses officielles. Bien sûr, il y a
toujours les dilettantes qui à mon avis, viennent confirmer la
règle.
Les distances, courtes au début, ne prennent pas de
temps à faire valoir leur caractère propre et à revendiquer ainsi une
notoriété spécifique. Qu'on pense au mythe du marathon qui exige à lui seul,
une longue planification, un méga kilométrage et un long temps de
récupération. A l'autre bout des distances populaires se trouve le 5 km qui
fait sentir le bruit rauque des poumons qui veulent exploser. Quant au 10 km,
il nous fait vivre un inconfort qu'il faut soutenir à tout prix. Ce qui
m'amène à penser que le demi, pour demi-marathon, même si ça sonne péjoratif,
constitue peut-être la course parfaite.
Bien sûr, comme tout ce qui est parfait, il a aussi son
prix. Un entraînement diligent et bien planifié devient un must pour en jouir
le jour J. Nous aurons fait un mixte de distances, de vitesses, de tempos et
de récupérations, dans une concoction digne de la poudre de
perlinpinpin.
La vitesse choisie ne nous arrachera pas les tendons
des ischio-jambiers, la distance ne nous forcera pas à des méga- kilométrages,
pas plus que la récupération ne prendra des mois. De plus, cette distance peut
aussi servir de baromètre pour toutes les autres. Et puis, avec le demi, on se
sent vraiment dans le bain de la course.
Je comprends aussi que rien n'arrête la passion,
qu'elle soit pour la perfection ou autre, elle anime nos pas sur tous les
terrains et toutes les distances.
Bonne course.
Yves Daigneault
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Chronique du 8
février 2007.
LA COMPÉTITION
Nous approchons de la première
compétition de l'année, soit le Défi de l'Ile Bizard, le 11 février
prochain.
D'abord, ce n'est pas par hasard que cette
course se nomme ainsi. Étant l'épreuve presque prématurée de la saison de
course de la région, il fallait mettre la pédale douce sur l'issue ou les
intentions derrière cette compétition. En choisissant Défi comme titre, nous
sommes enclins à croire que toute personne qui franchit la ligne d'arrivée
l'aura relevé. Rien n'empêche cependant les coureurs de se confronter et ainsi
jauger les résultats des efforts consentis aux entraînements.
La course a ceci de particulier que
bien sûr, il y a toujours un gagnant, mais que chacun peut y trouver son
compte, en courant pour plein d'autres raisons que la victoire sur le peloton.
Heureusement, car sinon bien peu s'y prêteraient, au grand dam d'une activité
autrement idyllique. On court pour soi-même
évidemment, alors pourquoi 40,000 participants aux marathons de Paris,
New-York ou Londres? A-t-on envie d'arriver 28,769ième pour gagne quelques
places sur d'autres aussi illustres inconnus? Veut-on épater la galerie, se
confronter, s'exprimer, se dépasser? Voilà, nous commençons à toucher aux
incitatifs qui multiplient les quidams sur les lignes de départ de courses
officielles, mesurées et somme toutes, assez objectives. Le coureur trouve sa
place dans la multitude. Partout au monde, on reconnaît ce qu'est un 10 km. Et
un temps de 50 minutes renvoie aux mêmes mesures d'espace et de temps pour
tous. Lorsqu'on court, on s'exprime de façon universelle.
Certains diront, je n'ai pas besoin de
compétition pour courir et grand bien leur fasse. La compétition pour moi,
c'est un stimulus, une occasion de dépassement, car il faut voir l'ambiance
d'un jour de course. Revenons à l'Ile Bizard et à son Défi. Nous serons
sûrement autour de 700 coureurs, si on inclut toutes les épreuves. Au 5 km,
peut-être 250 hurluberlus se côtoieront au départ. Juste avant, je m'attends à
des commentaires du genre : " Je n'ai pas eu beaucoup de temps pour me
préparer, je relève d'un grippe, je soigne une chondromalacie, etc… Évidemment
au signal de départ, aucune trace de ces bobos ou excuses faciles. Le plus
beau dans tout ça, c'est que je vais encore essayer d'être à mon meilleur, de
doser mes efforts également, de chatouiller, défier même l'inconfort et
vouloir le supporter jusqu'à la ligne d'arrivée.
Pour m'aider j'aurai la foule, les
coureurs, l'organisation qui aura tout mis en place pour permettre et
reconnaître un tel effort. Ce sera aussi l'occasion de prendre une lecture
directe de mon niveau de forme. Après, nous profiterons de l'occasion pour
palabrer sur ce qu'aurait pu être la course avec les SI. Car le monde de la
course demeure une petite communauté qui s'enrichit de l'expérience des uns et
des autres, à même les épreuves où ils se rencontrent. Et le Club des
Riverains est là bien sûr, pour y jeter sa touche toute personnelle.
Bonne course,
Yves Daigneault.
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Chronique du 2 février 2007
TRAVAILLER SES FAIBLESSES
Certains adorent faire des sprints,
même quand vient le temps de faire des intervalles courts ou longs, peu
importe, ils auront tendance à faire 20 X 200m, plutôt que 4 X 1000m. Bien
sûr, les objectifs et l'intensité changent, mais la question n'est pas là. La
tendance naturelle est de faire et se complaire dans ce qu'on fait
bien.
Après 35 ans dans l'enseignement, si je
n'avais pas aimé l'école, je crois que je le saurais. On aime ce qu'on
réussit, on s'y perfectionne, on fait mieux et on aime encore plus. C'est le
principe de la roue, passé l'inertie, l'effort est moins grand pour des
résultats souvent plus grands.
Mais qu'en est-il de nos faiblesses?
La roue tourne cette fois à l'inverse. Je n'aime pas les longues sorties,
parce que je n'y ai pas beaucoup de succès. Je les évite et les ignore, alors
elles deviennent encore plus difficiles et je commence même à les oublier
complètement. La roue tourne inexorablement, pour me confiner à mes routines
confortables, j'allais dire rassurantes.
Bien sûr, le succès est source de
motivation. Alors, si nous connaissons nos faiblesses, comment les transformer
en forces, sinon par l'expérience des réussites. Croyez-moi, dans la roue des
faiblesses, il n'y a pas de trop petits grains de sable. Que je vous rapporte
une anecdote des plus inspirantes face à mes faiblesses de coureur. Nous
sommes en 1964, aux jeux olympiques de Tokyo et Billy Mills, ce Sioux du
Dakota a fustigé le monde entier avec un sprint époustouflant, dans les 100
deniers mètres du 10,000 mètres olympique, pour remporter la médaille d'or.
Quand je dis fustiger, c'est que personne ne s'y attendait. Billy n'avait pas
le " kick ", ce démarrage qui laisse tout le monde derrière, à la fin d'un
5,000 ou 10,000m.
En cachette, à la fin de ses intervalles
habituels, Billy s'était mis à faire des sprints de 100m Dans son cas,
c'était presque contre nature. Bien sûr, c'était horrible, presque risible au
début, mais il y a cru et finalement, ça a été payant pour lui.
Alors quoi, on doit connaître ses
faiblesses. Facile pour la course, on n'a qu'à observer tout ce qu'on évite.
Ensuite, s'y attaquer tout doucement, en savourant la moindre victoire.
D'abord la roue va bloquer pour commencer à tourner en sens inverse, de plus
en plus facilement. Comme le dirait l'entraîneur Sigmund Freud : " Coureurs
levez-vous de votre divan, maintenant vous vous connaissez et vos faiblesses
sont vos forces. "
Bonne semaine.
Yves Daigneault.
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Chronique du 25 janvier 2007.
SORTIES D'HIVER
Bien sûr l'hiver apporte son lot de
changements, même qu'on l'a attendu plus que d'habitude cette année, dans
notre approche aux activités extérieures. En ce qui concerne les coureurs, on
peut arbitrairement diviser nos athlètes en deux catégories. Ceux qui
embrassent le froid, la neige et son crounch, crounch scandé pas nos foulées
bien marquées. Ceux-là se réjouissent des bordées de neige, souvent associées
à de beaux souvenirs d'enfance, où les joues rouges côtoyaient souvent les
langues collées sur les poteaux gelés. Ouf, plaisirs risqués qu'on a traversés
et qui nous retiennent parfois dans nos élans de janvier, février. L'autre
espèce, plus frileuse et défensive, se réfugie à l'intérieur, dans nos
magnifiques salles d'entraînement. Ah, que la modernité s'accoquine bien avec
la chaleur et le confort.
Le problème, pour certains, c'est l'ennui
associé avec la course sur place, le tapis roulant, l'elliptique etc… Si
pour vous, c'est le bonheur, alors succombez, les bienfaits n'en seront que
plus nombreux.
Ma chronique s'adresse surtout aux
irréductibles, auxquels je m'associe encore, quoique le confort me fait des
clins d'œil irrésistibles à l'occasion. Ces indomptables donc, doivent tout de
même se faire prudents dans leurs élans hiémaux.
Alors, comment envisager l'air froid.
C'est plus facile qu'on pense. En fait, le confort est à dix minutes du début
de notre course. D'abord on s'habille comme pour une température de 10C
plus chaude. On couvre bien la tête, les oreilles et les extrémités. Attention
messieurs! Les fibres synthétiques constituent le meilleur choix, en
commençant par une couche mince collée à la peau. Elle permet de garder la
chaleur tout en laissant l'humidité s'en échapper. On continue avec une couche
moyenne plus chaude, pour terminer avec un coupe-vent. Par temps très froid,
il faut protéger le visage. Un balaclava peut grandement aider. On peut aussi
mettre de la vaseline sur les joues et le nez. Bien sûr, on constate
facilement la nécessité d'une motivation très forte. En fait, le plus
difficile se passe avant de partir. On regarde dehors, il faut alors rester
plutôt neutre et commencer à s'habiller tranquillement et finir par ouvrir la
porte. Alors, c'est sûr, on est gagnant, du moins après quelques
minutes.
Bonne course.
Yves Daigneault.
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Chronique
du 13 janvier 2007.
QUAND S'ARRÊTER EST PIRE QUE CONTINUER
Nous abordons ici un sujet délicat,
les blessures. Tous ne vivent pas les mêmes problèmes de la même manière.
Lorsqu'il est question de douleur, le degré de tolérance a un lien direct avec
notre culture et notre éducation. On connaît bien les grippes d'hommes, on ne
les souhaiterait à personne.
En ce qui concerne la course à pied, le
spectre de réaction aux blessures est quasi infini. Heureusement, la science,
la médecine et le gros bon sens sont à la rescousse, pour nous guider dans nos
accointances avec les bobos de tout acabit. La course nous apporte tant de
satisfactions que si par malheur, nous nous en voyons privés pour cause de
blessure, la tristesse, la morosité que dis-je, l'angoisse peut nous envahir
en un rien de temps. Alors que faire?
Si nous avons une foulure, une entorse,
une tendinite, du moins selon notre observation, nous allons souvent
consulter. Bienvenue dans le système de santé. Nous ne ferons pas de procès
ici. Règle générale, la médecine est assez avancée aujourd'hui, pour qu'un
omnipraticien soit au fait qu'un coureur blessé, voudra tout faire pour
reprendre son régime d'entraînement le plus tôt possible. Habituellement, s'il
n'y a pas de fracture, d'œdème, de fièvre ou autre contre-indication, on vous
conseillera de rester actif.
Bien sûr, il faudra réduire la distance,
le temps ou l'intensité, voire même faire une activité alternative. La bonne
nouvelle, c'est que les tissus abîmés se réparent mieux lorsque soumis à un
certain stress. Toute la nuance est ici, jusqu'à quel point peut-on travailler
la région amochée, avant de franchir la zone où on empire ce qu'on voulait
réduire. C'est là que la science se met au service du gros bon sens.
En médecine traditionnelle, on va
recommander l'arrêt des activités et effectivement, après un certain temps,
les tissus se régénèrent et notre sujet peut reprendre, mais oups, pas tout à
fait comme avant, parce qu'il y aura eu régression. Ah ces maniaques, ces
passionnés qui voudraient toujours être au mieux. Les chercheurs, bonjour
la science, ont graduellement appris l'importance de l'exercice dans la
récupération. Même l'arthrite et les maux de dos chroniques sont réduits en
bougeant. Selon l'avis du Dr William Roberts, spécialiste en médecine sportive
de l'Université du Minnesota, s'il n'y a pas de fracture ou de déchirures
évidentes (vous le sauriez), mieux vaut bouger, pour faciliter la
guérison que d'attendre et de causer d'autres ennuis. Tout est dans le dosage.
Bien sûr, lorsque l'on consulte, un lien de confiance doit être établi. Le
médecin doit savoir votre envie de retourner au macadam le plus vite et vous
devez comprendre l'entièreté de son diagnostic, pour trouver ensemble le
meilleur remède qui va vous remettre sur pied sans délai. L' INQUIÉTUDE est
normale, on est passionné, mais on réfléchit.
Alors, profitons bien des moments sur la
route et en cas d'arrêt, sachons composer avec le problème avec science et bon
sens.
Bonne course,
Yves Daigneault.
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