PROPOS SUR LES ÉCHAUFFEMENTS ET LES ÉTIREMENTS

On parle souvent de l'importance de bien s'échauffer avant de pratiquer un sport, mais qu'en est-il au juste ?   Nous sommes ici en terrain miné. Bien sûr, il tombe sous le sens que si notre corps est froid et qu'on le lance dans une explosion de mouvements puissants, les chances de déchirures musculaires sont grandes. Même si les athlètes de haut niveau sont très au fait de ces exhortations, il arrive parfois, serait-ce le stress, l'anticipation, ou la gaillardise, les sprinters le démontrent souvent, un claquage inopiné, ruine une course, voire une saison en l'espace d'un clin d'œil.
L'échauffement avant un effort intense ou soutenu s'avère donc un bon outil de prévention des blessures. Pourtant, il semble que peu de gens le font correctement et je me dois ici de préciser ma pensée. Certains se mettent à des étirements de toutes sortes et il en existe une panoplie, allant des étirements statiques aux mouvements dynamiques, en inspiration, en expiration, et cetera. À mon avis, les étirements sont des exercices à haut risque, au même niveau que les soulevés en force maximale et mènent le plus souvent à des blessures qu'ils devaient prévenir. Plusieurs études se contredisent sur le sujet et il n'a jamais été établi clairement que les étirements de quelque sorte puissent prévenir les blessures. Par contre, en développant notre force, tout en maintenant une bonne amplitude articulaire, non seulement repoussons-nous les risques de claquements, nous augmentons d'autant nos chances d'améliorer nos performances.
En effet, plus on est fort et plus on est souple, au sens d'amplitude articulaire, meilleures seront nos performances et assurément diminués nos risques de blessure. Il est donc important de développer en d'entretenir ces deux composantes essentielles à une pratique sécuritaire de nos sports favoris.
J'ajouterais ici que les étirements dont on parle tant, pourraient très bien faire partie d'un entraînement en soi. Loin de moi l'idée de les bannir, j'aurais tendance plutôt à les circonscrire dans un rôle d'aide réelle à la performance. Ils pourraient aussi terminer une séance active, où notre corps est encore chaud et prêt à subir un tel traitement pour son grand bien. Car si on prend la course comme exemple, nous ne pouvons courir plus vite que de deux façons, ou bien on allonge la foulée, ou on augmente la cadence. Sachant que la cadence optimale se situe autour de 180 pas à la minute, à l'exception de sprints courts où on atteint facilement les 220 foulées/min., il nous faut plus de force et d'amplitude articulaire pour augmenter la longueur de nos foulées. Comme pour le reste, constance et répétitions, sont les mots clés de la réussite dans nos efforts pour y parvenir.
À vrai dire, l'échauffement comme son nom l'indique sert d'abord à élever la température du corps, augmentant ainsi la circulation sanguine et du liquide synovial dans les articulations. On peut faire un échauffement général et préparer ainsi toutes nos articulations à une activité intense subséquente. Par contre, il serait préférable d'être plus spécifique dans cet exercice en se concentrant sur les groupes musculaires les plus sollicités dans le sport pratiqué. On peut même s'activer en mimant en quelque sorte, à moindre amplitude, les gestes distinctifs de notre sport de prédilection. C'est alors qu'on peut décortiquer le geste en différentes phases et le peaufiner en quelque sorte durant notre échauffement. Ces gestes peuvent même nous indiquer de quelle façon si tel est le cas, à la fin de la séance nous pourrons travailler notre amplitude articulaire.
Les échauffements et les étirements sont donc de bons outils à utiliser avec doigté.
 

 
Chronique du 08 octobre 2009

                                          LA COURSE PAR CHOIX
 
À peine 12 % des coureurs le font par choix. Entendons par là, les coureurs qu'aucune autre raison, motivation,  impulsion voire étincelle, ne pousse à courir, sinon la course elle-même. A l'instar de Jack Daniels (entraîneur chevronné et auteur de plusieurs livres qui font autorité dans le domaine), il est rare de se trouver en présence de quelqu'un pour qui la motivation première de courir est de devenir bon coureur.
 
Les poètes nous habitent par le florilège de leurs écrits triés sur le volet. Les coureurs véritables touchent notre âme par la beauté de leur geste élégant, répété avec grâce et harmonie. Il suffit de se trouver sur le parcours d'un marathon, même d'une course régionale le moindrement bien réglée pour ressentir l'énergie, la puissance et l'accomplissement des coureurs de tout calibres. Évidemment, règle générale, le peloton de tête a tendance à paraître plus intéressant, côté performance et allure, si je puis employer cette expression.  Il faut dire que par nature, la course ne rejoint pas tous les esprits, encore moins tous les corps. Aussi, si ce n'est pour se mettre en forme, perdre quelques kilos, relever un défi que nous lance un ami, se préparer pour la saison de hockey, soccer, ski, cyclisme, je ne sais trop, courir paraît ringard, répétitif et trop ennuyant pour servir de stimulus premier à quiconque n'y regarde de plus près.
 
Pourtant, plus d'un s'est fait prendre, moi le premier, à ce petit jeu de courir pour autre chose. Dans mon cas, c'était plutôt hybride comme approche. Je voulais à la fois augmenter ma condition physique pour le travail et aussi tester les ouï-dire qui circulaient sur les vertus et pouvoirs superlatifs qui sont l'apanage des coureurs de fond. C'est tout de même spontanément qu'un jour je me suis surpris à laisser ma marche dans un parc pour une course ininterrompue d'au moins six minutes. C'est cette impulsion qui me fait qualifier mon approche à la course d'hybride. En fait, six minutes peuvent paraître ridicules au marathonien, mais pour le néophyte que j'étais, c'était tout près de l'enfer, l'apocalypse. Je voulais cracher mes poumons en même temps que mes jambes durcissaient à chaque enjambée. C'est en visant un lampadaire que j'ai pu arrêter ce supplice. En reprenant mon souffle, un peu d'oxygène a pu se rendre à mon cerveau et j'ai compris qu'il n'est nullement nécessaire d'avoir une raison pour courir, ce doit être inscrit dans nos gènes. Mais dans notre course à l'évolution, on s'est empressé de trouver des moyens de l'éviter, pour croyions-nous se rendre la vie plus douce, plus facile. Je crois qu'au contraire, on se l'est vraiment compliquée.  En fait, ce matin-là j'ai couru sans raison et c'est précisément pour ça que j'ai voulu m'y frotter à nouveau. Ce petit geste anodin et difficile m'a ouvert une porte à un monde extraordinaire dans lequel je veux vivre pour des décennies à venir.
 
Je me languis d'explorer de nouvelles avenues. Les courses en sentier par exemple, les raids et les ultras marathons sont autant d'options, de stimulus pour nous maintenir dans le giron des coureurs et pourquoi pas des bons coureurs.
 
Chronique du 30 septembre 2009
 
APPROCHE ALIMENTAIRE

On dit parfois d'un travail qui ne nous satisfait pas vraiment, mais qui nous fournit le nécessaire qu'il est alimentaire.
Mon approche à la bouffe tient à peu près de la même grappe. Je mange parfois par goût, souvent par appétit, la plupart du temps par plaisir, mais très rarement par méthode, par argument. Manger pour moi est une fonction en soi. Il me tarde de me lever le matin parce que l'appétit taquine mon demi-sommeil et mon ventre. D'instinct, je laisse le temps aux organes d'arriver à leur plein réveil, pour que je puisse jouir à fond de mon petit déjeuner simple et rassasiant. Il me dira à coup sûr quel genre de journée m'attend. Sera-ce une journée pétillante ou brouillonne? Vais-je abattre allègrement les tâches les moins tentantes, mais que je ne cesse de remettre sans raison valable,  mon déjeuner  souvent donne la réponse.
 
Il reste que ce geste simple et essentiel s'est raffiné et embrouillé du même coup. Manger est devenu affaire de philosophie, de culture et de gros sous. Tellement que son accomplissement quotidien devient source de stress plus que de délectation. Quand ce ne sont pas les gourous d'une approche holistique qui nous implore à une diète macrobiotique, ce sont les bonzes du marketing qui nous promettent mer et monde, le plus souvent une taille de guêpe avec quoi, une pilule, quoi un régime miracle, quoi un programme fabuleux où nous perdrons dix kilos en criant ciseaux.
 
Même en athlétisme, manger est scruté à la loupe. Il faut croire que c'est le fruit de l'évolution. On ne mange pas n'importe quoi, n'importe où, n'importe quand. La diététique de la performance dicte l'assiette du champion. On peut comprendre l'importance d'une saine alimentation et les dangers d'abus de toutes sortes dans un régime de monsieur madame tout le monde.  La science alimentaire, parce que la diététique s'est hissée à ce niveau, guide nos choix et comportements dans une toile de données si complexe qu'une chatte y perdrait son chat.
Quand j'ai commencé la course de fond, version sérieuse, on se concentrait sur l'entraînement et les kilomètres à dévorer. Manger pour moi était devenu très simple. Il fallait fournir à l'organisme les calories nécessaires pour maintenir le rythme, à la fois des kilomètres et des vitesses de course que je m'étais imposés.
 
La formule privilégiée se résumait ainsi, manger n'importe quoi, mais beaucoup. Le sous-entendu pas très scientifique targuait qu'un corps en forme peu tolérer et digérer à peu près n'importe quoi. Bien sûr, cette approche a vite trouvé ses limites, car j'ai appris à la dure que les calories quoiqu' égales en nombre, ne le sont pas en qualité pour l'organisme. La science donc, sert l'homme parfois malgré lui. C'est alors que je me suis rangé du côté des principes à respecter pour faire de mes entraînements et de mes repas des moments de satiété.
 
Je me suis rabattu sur les pourcentages de nutriments pour ordonner quelque peu mon régime alimentaire, en me fiant sur les avancées scientifiques et trente ans plus tard, je m'en félicite encore. Cette approche tient en quelques mots, pas plus de trente pour cent de lipides, quinze de protides et le reste, au moins la moitié de mon assiette en glucides. Oui, oui, les sucres, ceux-là même qui sont tant dénigrés par les tenants de diètes hypocaloriques. Mais là comme ailleurs, les glucides ne sont pas tous égaux. Notre système digestif réagit différemment selon qu'il s'agit de sucres lents ou de sucres rapides. Nous devons absolument privilégier les sucres lents, riches en glycogènes, tels les légumes, pains, céréales, pâtes alimentaires, au détriment des sucres rapides, comme le sucre blanc, le miel, la cassonade et cetera qui soit dit en passant, fournissent une énergie directement disponible à l'action, mais qui se stocke rapidement lorsque inutilisés, en graisse de réserve, pour les jours moins fastes. La graisse étant une immense source d'énergie pour assurer notre survie.
 
La science donc, loin d'être l'ennemi des coureurs, nous informe des effets de nos choix sur nos performances et nous aide à garder le cap sur l'essentiel, soit de manger à sa faim et de fournir à notre corps ce dont il a vraiment besoin. N'oublions jamais qu'engraisser ou maigrir, c'est simplement mathématique. Qu'il faut dépenser 3500 calories de plus que l'on consomme pour perdre une livre de graisse. La bonne nouvelle c'est qu'avec l'activité physique, nous dépensons plus de calories qu'il n'y paraît. Lorsqu'on court pendant trente minutes et qu'en apparence on a dépensé 350 calories, nous avons accéléré notre métabolisme, de sorte que celui-ci continue d'être plus rapide un certain temps après notre exercice. Nous profitons alors d'une double dépense énergétique.
 
Et puis, quoi de plus plaisant que de se payer une belle sortie de course quel que soit le moment de la journée. En somme, les scientifiques n'ont pas tout à fait tort d'insister sur les principes alimentaires pour qu'on puisse profiter pleinement et de notre bouffe et de notre course.
 
 
Chronique du 25 septembre 2009
 
 
AUTOUR DE LA BEAUTÉ
 
J'ai rêvé d'Italie pendant plus de trente ans. Tout ce que je voyais qui venait de la grande botte faisait plaisir à mes yeux. L'émotion s'est manifesté une première fois au magasin Quilicot en1969. J'y ai vu un Garlati rutilant, tout monté sur Campagnolo. Les joints ciselés au bout des tubes, sans parler du chrome sous la peinture d'un bleu électrique, faisant penser aux maillots des athlètes représentant ce pays de mes rêves. Aussi, Quilicot était symbole d'opéra, avec Louis en tête de liste. D'opéras je n'étais pas friand à l'époque, n'empêche que ma mère elle, me parlait de Paillasse (Pagliacci) de Roberto Leoncavallo avec tellement d'enthousiasme, particulièrement de l'interprétation qu'en faisait Enrico Caruso, le grand l'unique, celui qui brisait les verres par le seul timbre de sa voix. Disons que l'illusion de voir la beauté tout italienne était bien amorcée.
 
La beauté, je ne saurais la définir, si ce n'est de dire que je la ressens comme une émotion. Quand on se trouve en face d'elle, il est absolument impossible de rester de marbre. Aucune règle ne lui résiste. Le beau se sent plus dans l'âme qu'il ne s'établit par des règles. Georges Sand.  Tout ça pour dire que mon rêve s'est réalisé ce mois-ci et qu'il me fallait l'exprimer. J'appréhendais quelque peu mon parcours, puisqu'au fil des ans, je me suis construit une Italie plus qu'idyllique. C'est pourquoi ma surprise fut grande, à la fois de ne pas être déçu et de vivre des émotions là où je ne m'y attendais pas. C'est d'abord le mélange d'ancien et de moderne, sans brisures ou contradictions apparentes qui m'ont fait vibrer d'abord à Venise. Le moderne étant dans les cellulaires collés aux mains des quidams de tout acabit. L'ancien lui, trônant fièrement à la fois sur la lagune et les monuments innombrables dressés dans ses méandres.
 
Je me sentais loin de la course à pied. Pourtant, au fil des jours et des découvertes, je me suis rendu compte que la course recelait en elle une grande beauté que j'ai ramenée chez moi comme un trésor. Je retiens qu'en courant on vit quelquefois de grandes émotions et c'est là toute la beauté de ce sport que je chéris encore plus depuis quelques jours. De voir Usain Bolt fracasser le record du monde du cent mètres, comme de sentir le parfum d'automne lors d'une sortie banale, tient de la beauté de la course. Juste être à la ligne d'arrivée d'un marathon et voir ce bonheur sur le visage des finissants, victorieux de leur défi, procure une joie presque aussi belle que leur victoire à eux. C'est pourquoi je suis convaincu de vouloir courir aussi longtemps que mes jambes m'en laisseront le loisir. C'est décidément une partie de la beauté de ma vie.
 

Chronique du 25 août 2009
 
                                    
DOMMAGE JE NE PEUX PAS!!!
 
Je suis toujours impressionné par la conviction et la détermination avec laquelle certaines gens se défendent de ne pouvoir courir.  Ah! Si ce n'était d'une vieille blessure qui a mal guéri, je pourrais courir comme vous, mais que voulez-vous. Entendons par là, comprenez, ce n'est pas ma faute, c'est la vie, le destin. Comme si le fait de ne pas courir, ou même de ne pas vouloir courir nécessitait une justification. J'ai voulu creuser un peu le tableau, en y furetant les tenants et aboutissants.  L'exercice s'est avéré difficile,  parce que malicieusement ma fouille partait d'un point de vue, tout sauf objectif. Mais je me suis efforcé de prendre tous les avis, opinions et convictions des gens que j'ai croisés chemin faisant. C'est donc un avis tout à fait subjectif qui se présente à vous et dont je m'enorgueillis.
 
La course de toute évidence se pratique depuis que l'humain existe, ce qui en soi n'est pas peu dire. Pourtant, pourtant, il s'en trouve encore pour dire, décrier quand ce n'est pas hurler qu'elle est une nuisance incommensurable à notre santé, voire à notre intégrité en tant qu'espèce. Ces bonzes qui nous protègent contre les méfaits des dangers, écueils et pièges que le monde nous tend, voient dans la course, comme une sorte de torture infligée au corps et dont il faut à tout prix se prémunir. Croirait-on que l'homme dans son évolution troquerait la course pour le transport assisté, combien plus commode et ma foi, tellement plus rapide et agréable.   Tellement que la motivation du moindre effort entre autres, a poussé l'imagination et le génie humain aux grandes découvertes des déplacements sans piochage, tout en aisance. De la roue, nous sommes passés par une panoplie d'inventions et malgré tout, certains sont restés des retardés bipèdes. Il me semble que ce soit là une des sources de la gêne de plusieurs à vouloir ou pas courir. Bien sûr dans notre évolution continue, n'étant plus obligés de courir pour survivre, ayant aussi créé l'abondance par l'agriculture d'abord, nous nous sommes donné amplement de temps pour nous compliquer la vie.  Je comprends alors que pour plusieurs d'entre nous, cette activité relève des atavismes de peu d'intérêt dans le monde moderne. Tant et si bien que le marketing s'en mêle et nous fait voir ces gestes comme pénibles et même risqués pour nos articulations, alors qu'on pourrait s'en remettre à des machines spécialement conçues pour absorber tous les contrecoups négatifs et nous donner des résultats époustouflants.
Mais en fait, de quels résultats parle-t-on, veut-on modeler son corps, le maintenir en santé ou plus simplement performer dans la vie de tous les jours? Une dimension essentielle de l'humain réside dans sa volonté d'action. Donc de s'y soustraire ne comble en rien nos aspirations primaires ou primates si vous voulez. 

La course demeurera tant et aussi longtemps que les humains vivront et nous n'avons pas à réinventer la roue pour nous y adonner avec plaisir. Et si, par le plus grand des hasards, nous n'y éprouvons aucune propension, nous pourrons toujours nous consoler dans la pléthore des gadgets de l'homme moderne que nous chérissons tant.

 
 

                                     UNE BELLE HISTOIRE ORDINAIRE
On en vit à l'occasion, on en raconte parfois, on les revit quand ça compte.  Le temps est doux  ce matin à Hopkinton. Je viens tout juste de m'engouffrer dans l'autobus nous menant du centre-ville de Boston vers le départ du fameux marathon.

Cet itinéraire, je l'ai vécu tellement de fois dans ma tête que même sur le chemin inverse, rien ne m'est étranger tout au long du parcours. J'en profite donc pour me laisser bercer par le calme et l'assurance que procurent la reconnaissance des lieux. J'ai même le temps de m'attarder sur les étapes, embûches et soubresauts traversés durant les quinze mois nécessaires pour accéder à ce siège réservé. Sept mois ont passé depuis ma qualification gagnée au Marathon des Deux Rives le 30 août 2009. De toutes ces péripéties, je retiens un moment charnière, un pivot enfin, sans lequel tout ceci tourbillonnerait dans ma tête, tel un fantasme. On pourrait le résumer en deux mots, endurance et confiance.

C'était en 81, à une course réputée importante à Montréal, la course du Parc Olympique, si je ne m'abuse. Il s'agissait d'une boucle de 10 km, qu'on franchissait une, deux ou trois fois. 
Dans ma préparation pour le Marathon de Montréal, je m'étais engagé pour le 20 km, avec comme objectif de briser les 80 minutes. Dans mon cas, c'était presque titanesque, quoique jouable, compte tenu de mes prestations antérieures. Fort de ma confiance acquise sur les routes longeant la rivière Châteauguay, je me lance donc sans trop d'appréhensions dans cette belle aventure. Il faut dire que ma participation au marathon était à mon avis presque contre nature, tant mes performances toutes  proportions gardées périclitaient à chaque kilomètre passé le cinquième. Je crois que l'engouement et la notoriété associés au marathon me rendaient masochiste.
 
Comme à mon habitude tout à fait incorrigible, je pars sur les chapeaux de roues et avale le premier km en 3:35. Bon, bon, me dis-je, t'as encore surréagi, tu dois te mettre en vitesse de contrôle et assez vite,  pour ne pas creuser dans tes réserves finales. L'atmosphère était joviale,  était-ce dû à mon état d'esprit que je mêlais à l'environnement, à la foule,  enfin je me sentais sans stress et sans souci.  Le peloton de tête était déjà loin, mais quand même toujours en vue. Je ne m'étais pas questionné alors sur le nombre de boucles qu'allaient courir les leaders. Après m'être calmé presque malgré moi, je me déplaçais maintenant à mon rythme de croisière, soit 4min/km. A la fin du premier 10 km, le chrono m'indique 40:00 pile. Wow, je ne me sens pas trop mal. Nous sommes sept ou huit dans un petit peloton et un gaillard à l'air joyeux se tient à mes côtés depuis une bonne vingtaine de minutes. Timidement, j'entame la conversation, essayant de ménager du même coup mes énergies pour les moments difficiles qui ne sauraient tarder. Après quelques banalités d'usage, dites en phrases très courtes de ma part, je m'enquière de ses objectifs et c'est là que j'ai eu ma première surprise. Mon compagnon frappait le bitume pour 30 km, ça m'a fait comme un choc. Comment peut-il être si à l'aise avec 10 km de plus que moi à parcourir, alors que moi je me sentais au seuil de mes limites? Dix secondes plus vite au kilomètre et je m'écroule au sol de tout mon long. Wow, lui dis-je, vous avez l'air si à l'aise, pourtant quand je me serai effondré à la ligne d'arrivée, vous aurez encore une grande boucle à franchir. Il m'a regardé un peu médusé et m'a répliqué, jeune homme, je t'observe depuis un certain temps et tu cours vraiment sans effort inutile, crois-moi, non seulement tu peux tenir le rythme, mais tu peux encore faire mieux. Regarde au loin, à 150m environ, un petit groupe d'une dizaine de coureurs, tu vas non seulement les rejoindre, tu vas les dépasser .

Tu dois juste y croire et gruger l'écart tout doucement, vas-y t'es capable. Mon inconfort était encore tolérable, alors j'ai regardé les gars au loin et doucement, doucement,  me suis approché du groupe qui maintenait un rythme égal. C'était ma chance, sans broncher, je les ai débordés un à un, pour franchir la ligne d'arrivée en 78:25, un record personnel, mais surtout une nouvelle confiance, à la fois face à l'endurance et à l' inconfort plus psychique que physique. 
 
Nous sommes en juillet 2009, alors même si tout ça pour l'instant n'est que fantasme, le souvenir du Parc Olympique lui, c'est du vécu. Il est tellement imprégné dans mon imagerie de coureur que j'y recoure régulièrement dans mes entraînements, les compétitions et Les Deux Rives n'y feront pas exception.

Chronique du 13 juillet 2009                                                  
 
AH LES RISQUES! 
 
Je ne peux m'empêcher de penser à ce monsieur l'autre jour qui me martelait combien néfaste peut être la course sur les articulations et combien il faut être prudent. Je ne peux être plus d'accords avec lui sur au moins un aspect de son discours, c'est qu'on doit être prudent dans nos affirmations.
 
Depuis le temps que je fais de la course à pied, bien des vagues et des courants de pensée ont traversé les années. Du boom des années 70, après la victoire d'un  Américain au marathon Olympique de Munich, jusqu'à aujourd'hui, où on court pour autant de raisons que notre imagination peut faire surgir, la course alimente la controverse.
J'aime bien penser que la course est risquée. Il est difficile d'imaginer que quelqu'un court toute se vie sans subir une fois ou l'autre des contrecoups qui le mettront sur le carreau. Ce qu'on oublie souvent, c'est que cela va de soi. Il est sûrement plus risqué pour la santé et l'intégrité du corps, de ne pas courir que de s'exposer aux embûches d'une vie de coureur.
 
Mais, je crois que notre penchant atavique à se garder de trop d'efforts, nous pousse paradoxalement à en fournir de grands, pour profiter de la vie, souvent en spectateur. Le travail physique n'ayant pas toujours eu la meilleure des places dans notre échelle des valeurs, nous avons en effet, mis tellement d'énergie à nous en débarrasser qu'il apparaît incongru d'en louer les effets. Pensons à ces publicités qui nous offrent de se tonifier, plus, de se designer un corps, sans tous ces efforts harassants que nous imposent la course et les exercices à mains libres. Libérez-vous aussi des risques de blessures qu'ils encourent et adoptez notre appareil qui fera le travail pour vous. Si on peut avoir les résultats sans les efforts, le nirvana nous attend dans notre quête de béatitude.
 
Sans tomber dans les conclusions simplistes, il m'apparaît normal de questionner notre tendance à associer bien-être et réussite, avec détente et relaxation. On envie les gens qui réussissent, associant trop souvent argent avec talent, mais ne nous aventurons pas trop sur ce sentier, au risque d'ouvrir une boîte de Pandore, nous éloignant de notre propos. Une croyance persistante aux bases sommes toutes logiques, nous incite à croire que la course use le corps, plus qu'elle ne le renforce. Nous frappons le sol avec un impact de plus de trois fois notre poids, lorsque nous courons à bonne allure, i.e. dans mon cas à 12km/h. Il est donc normal de se questionner sur les conséquences d'une telle action. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, non seulement nous ne nous détruisons pas, mais au contraire, nous nous renforçons, à la fois musculairement et nous densifions en plus nos os. Ceci sans parler de tous les effets secondaires positifs à cette pratique. Par exemple de se sentir mieux oxygéné, plus énergisé et j'oserais dire, plus en harmonie avec notre entourage.

Bien sûr, si on a un surplus de poids, ou si on n'a pas fait d'exercice intense depuis des lunes, il se peut qu'on trouve l'effort insoutenable et qu'on soit tenté d'y trouver des défauts, voire des disgrâces repoussantes, au point d'y voir un empêchement définitif, fatidique, dont on n'y peut rien. C'est alors qu'on se souvient d'une vieille blessure survenue à l'adolescence et qui a mal guérie, ou d'une légère malformation posturale, des pieds valgus ou que sais-je, rendant la poursuite de l'activité non seulement précaire, mais risquée pour notre santé et notre intégrité. Pratique peut-être comme argument pour en rester là, mais à mon avis trop risqué à long terme.
 
La course peut être casse-gueule, on s'entend, mais si on la pratique avec passion et engagement, elle vaut à elle seule tous les petits bobos auxquels sa pratique peut prêter flanc.  A moins de croire que la vie puisse se passer de son expression physique, nous  devons risquer d'agir.  Et quoi de plus naturel pour l'homme que de courir.
 
 

 

                           COURIR SOUS L'ARDEUR DE LA CANICULE!

On vise un objectif pour l'automne, question de se donner du temps pour y arriver et d'en garder aussi un peu pour profiter de l'été. D'ailleurs, curieusement car c'est presque paradoxal, il n'y a pratiquement pas de course l'hiver et la saison se résume pour  ainsi dire au printemps, avec quelques élans colorés en octobre. 
 
Pourtant, on peut courir presque en tout temps, il suffit de se préparer adéquatement.  Dans le cas des coureurs d'endurance, la chaleur est l'ennemi numéro un. Parce que dès que la température extérieure diminue, nous pouvons nous couvrir en conséquence et  poursuivre notre activité favorite. En fait, nous produisons assez de chaleur par notre corps pour soutenir une température ambiante de 10C dans notre plus simple appareil. Mais quand il n'y a plus rien à enlever et que le mercure continue à grimper, de nombreux et sérieux problèmes peuvent rendre notre course plus que hasardeuse. Heureusement notre système sanguin ne nous demande pas notre avis et au lieu de fournir les muscles en action, il dirige plutôt son flux vers notre peau pour augmenter le travail d'évaporation et tenter de retrouver une température valide. Sans quoi plusieurs d'entre nous se seraient mis dans de beaux draps. Malgré tout, il peut arriver qu'on surchauffe, c'est pourquoi nous devons apprendre à nous adapter.
 
Il tombe sous le sens ici qu'on doit d'abord bien s'hydrater. Lorsque je dis d'abord, c'est en fonction justement d'avant l'événement, i.e. avant d'aller courir. Une bonne façon de savoir si on est suffisamment hydraté, c'est d'avoir une urine claire. Ensuite, j'allais suggérer le gros bon sens, mais c'est peut-être un peu risqué. C'est pourquoi j'ajoute tout de suite qu'il ne faut pas attendre d'avoir soif, car c'est déjà un peu tard et sans être dangereux, nous pouvons ruiner une séance d'entraînement par simple négligence.
 
La chaleur lorsque couplée à un haut taux d'humidité, accélère le processus de déshydratation. En effet, nous contrôlons notre température par l'évaporation au niveau de la peau et ce système est d'autant plus efficace si l'air est sec. Il faut donc être vigilant, même si par 20C, si l'index d'humidité est élevé. Deux semaines d'entraînement sous la chaleur permettent à notre corps de s'adapter aux nouvelles conditions.
 
Dans des courses organisées, nous avons facilement accès à de l'eau et des breuvages énergétiques, mais lorsque nous courons seuls ou en petits groupes, les choses peuvent se compliquer. Nous pouvons, soit transporter une bouteille ou une ceinture spécialement conçue pour ça, soit aussi porter une gourde de style Camelback. Une autre solution consiste à placer à l'avance des bouteilles sur notre parcours, ou même trouver un circuit muni d'une fontaine. Peu importe la solution, il faut avoir accès à l'eau.  Mais l'eau ne suffit pas toujours, car nous perdons aussi des électrolytes par la sueur et même si nous consommons d'énormes quantités d'eau en courant, sans les sels minéraux, nous risquons alors d'autres ennuis, tels entre autre l'hyponatrémie, ou manque de sodium plasmatique, problème qui peut mener ultimement à l'œdème cérébral et à la mort.

Notre adaptation doit donc se faire en tenant compte de tous ces facteurs et en s'assurant d'une progression lente et toujours à l'intérieur des limites de nos réactions organiques. Un peu de sel et de sucre dans notre eau peuvent nous être salutaires, à l'entraînement comme en compétition.
Pour les compétitions, c'est un peu plus compliqué. Selon le neurologue Laurence Gonzales, la période d'adaptation, citée comme le nouveau circuit neurologique, dure de 4 à 6 semaines. Ces circuits se tissent dans des situations où on a peu de temps pour vraiment penser. Par exemple, lors d'un marathon, lorsque notre niveau de glycogène frôle le zéro et que la tentation de s'arrêter, voire de s'étendre par terre sans bouger nous prend aux tripes, la décision d'agir se prend à l'encontre de notre cerveau, sous le coup de l'émotion. Nous imprimons ainsi un premier circuit qu'on pourra rappeler instinctivement lors d'un nouvel événement identique. C'est ainsi qu'en pareille circonstance, on pourra tout de suite réagir et savoir qu'on peut quand même pousser et continuer.
 
Finalement, l'adaptation c'est un peu la vie.
 
 

                                       RENCONTRE AVEC L'ESSENTIEL
On a tous nos forces et nos faiblesses. Les miennes, sous la loupe de la course à pied, je les connais depuis tellement longtemps qu'on serait en droit de se demander pourquoi elles hantent encore chacune de mes sorties.
Mais, là comme ailleurs, notre engouement pour les victoires, les réussites, les succès, prend ses racines dans les profondeurs de notre subconscient. Ce stratagème, car s'en est un,  compte parmi les astuces les plus efficaces pour la survie de l'espèce. Ouf, de quoi parle-t-on ici, sinon de renforcement positif. Sans tomber dans la psychologie behavioriste, il m'apparaît évident qu'on progresse et qu'on apprend par de petites réussites. Alors, encore chanceux que je cours encore, laissant traîner par le déni, ces petits manques sans lesquels je pavanerais, tel un jars autour de son marais.
 
Parce que la course offre des alternatives heureuses, pour ces jours sans prétention qui jalonnent humblement presque l'entièreté de mes actions. C'est donc sans difficulté que la plupart du temps, je m'extirpe de mon confort douillet, pour me confondre sur les chemins sinueux de mon quartier.
 
Mais, parce qu'il y a un mais, tout ça change quand je me confronte au chrono. Que ce soit lors d'un entraînement important, où je cherche désespérément à améliorer mes temps de passage sur la piste, ou pire, lorsque mis à l'épreuve dans une vraie compétition, les vieux démons ressurgissent. C'est alors que l'essentiel vient à ma rescousse. Car, l'essentiel étant ce qui est fondamental, indispensable, ce qui fait que je persiste dans cette folie, c'est que c'est moi qui s'exprime et qu'à travers la course, j'ai ma place et ma mesure réelle en toute circonstance.
On ne trouve pas ça souvent, il faut l'avouer. Fort de cette conviction, c'est avec confiance que je me bats dans les moments cruciaux des intervalles et des compétitions officielles. Bien sûr, le succès n'est pas systématiquement au rendez-vous. Ce qui compte, c'est d'y croire et d'oser se compromettre au risque de l'échec.
 
Une anecdote non innocente me vient tout à coup en mémoire. Nous sommes en 1968, presqu'à la fin de mon adolescence et je suis rivé au petit écran pour la retransmission des épreuves d'athlétisme des Jeux Olympiques de Mexico. Au programme ce jour-là, la finale du 1500m. Je n'ai qu'une vague idée des enjeux et du prestige de cette discipline, au sein du monde de la piste. C'est plutôt l'atmosphère du stade et surtout l'enthousiasme des  commentateurs qui m'ont tétanisé devant ce qui se passait sous mes yeux.
 
Le favori Jim Ryun, en l'occurrence le plus jeune Américain à avoir franchi le mile sous les 4 minutes, menait la course de manière presque outrageante. Nous sommes au troisième tour d'une course qui en compte quatre et lentement voit-on apparaître ce Kenyan peu connu du grand public qui s'accroche désespérément à l'allure du meneur. Puis vient la cloche, indiquant le dernier tour, Ryun effectue une poussée phénoménale, reléguant Kip Choge Keino pour le nommer, aux affres des secondes places. Pire, un Est Allemand double Keino qui se retrouve en troisième place avec moins de trois cents mètres à faire. C'est alors que Kip Choge amorce une remontée qui semble arriver de nulle part. Il devance ses deux rivaux dans la dernière courbe pour s'emparer de la tête et franchir la ligne d'arrivée avec presque trois secondes d'avance sur le malheureux Ryun.
 
Qu'est-t-il donc arrivé? Keino appartient à la tribu de Massaïs, éleveurs de chèvres et redoutables guerriers. Il s'était bien préparé pour cette course, mais des problèmes de digestion et une poussée de fièvre la veille, l'avaient pour ainsi dire vidé de ses énergies.  C'est sans grande conviction qu'il s'est présenté à la ligne de départ de cette course ultime. Alors, quand est arrivé le moment fatidique où tout semblait joué et finis ses rêves de podium, il s'est soudain rappelé le rite de guerre des Massaïs qui pour survivre aux flèches des ennemis se perçaient les incisives pour laisser passer l'air et garder la vie. Kip Choge avait fait de même et le sifflement qu'il entendit, lui redonna cette fureur jusqu'au fil d'arrivée. 
 
C'est dans ce même esprit que j'entends chasser mes craintes, disons faiblesses qui arrivent inexorablement dans la dernière section des courses longues distances. Il me faut alors me référer à ce qui m'importe le plus, ce qui fait que je cours tous les jours ou presque et me rend si content d'être dehors. Il me faut donc me rappeler que je n'ai qu'à fouiller dans mon essence, pour puiser l'énergie nécessaire pour maintenir mon rythme  jusqu'au fil d'arrivée.
Les occasions de taquiner mes faiblesses sont légions. À toutes les  fois que je me rappellerai ce qui me fait courir, je pourrai m'offrir une petite victoire. Car le fil d'arrivée, aussi lointain put-il être, c'est mon plaisir de vivre qui me fera le rencontrer.
 
 
 
                                               CE QUI ME FAIT COURIR - par Yves Daigneault
On ne croirait pas que tant de motivations différentes, contrastantes même, amènent des gens à courir. Ce qui étonne davantage, c'est que ces inspirations bougent au gré des expériences des athlètes impliqués. J'ose ici le terme athlète, car  comme le dit si bien George Sheehan, nous sommes tous des athlètes, certains s'entraînent.
J'ai fait l'exercice de demander aux membres de mon club, de me raconter brièvement ce qui les pousse à se lancer comme ça, sans motif apparent, sur toutes les surfaces où le pied trouve support. Certaines réponses émanent de la méditation, d'autres penchent vers le pragmatisme. J'en ai retenu quelques-unes.
 
Bien sûr plusieurs veulent perdre du poids, là comme dans les régimes, c'est la loi du yoyo qui nous guette au tournant. On comprend que l'objectif, tout loyal qu'il soit, ne nous propulse pas vers une poursuite plus avant, heureusement d'ailleurs.

Une réponse pourrait paraître équivoque. Celui-ci court pour se refaire de l'énergie, est-ce bien là le processus de progression par la surcharge suivie de la récupération? Va savoir.

Une autre m'a écrit : je cours parce que je le peux et d'ajouter, quand je vois les gens qui courent, je vois la vie.
Ce n'est pas la même raison qui pousse l'autre à courir par réaction. En effet, ce dernier s'est trouvé motivé quand, lors d'une longue sortie, il passait devant des gens qui ont réagi par : " Mon Dieu, c'est-tu de valeur de courir comme ça ".

Cette femme qui dit que la course l'oriente vers une vie à la fois plus modeste et plus noble.
Une enfant cette fois avec des propos plutôt d'adulte qui dit qu'elle court pour faire le vide, pour arranger les choses, pour se rappeler ou pour oublier quelque chose.
Une autre pour qui les raisons varient selon les périodes de sa vie, pour maigrir, passer au travers un divorce, pour faire le point. 

Souvent je pars courir avec un problème en tête et presque à chaque fois, je reviens avec une solution.
Enfin celui-ci qu'une étincelle a allumé. C'était un article dans le journal. " Montréal-Québec à la course ". Des photos de gens à fière allure et qui se lancent un défi. Après 15 ans à se dire qu'il aimerait ça, Ouch! Enfin, il s'est mis en action et après un été d'entraînement, il a rejoint le groupe-étincelle.
 
Noblesse encore, dit cet autre pour qui l'espace en mètres et le temps en secondes sont universels et reconnus partout où l'on va. La course nous donne la vérité toute crue. Quand tu es en compétition, tu es sous serment.
La course pour jouer, parce qu'il faut qu'il y ait du plaisir. Le plaisir c'est là où la vie vit.
Le plaisir dans la course c'est le processus, la condition physique c'est le résultat. 
Lorsque vous avez décidé que la victoire n'était pas tout dans la vie, vous devenez un coureur.
 
Malgré toutes ces bonnes raisons de courir, je dois avouer mon échec à convaincre un ancien ami de se mettre à la course à pied. Il avait des arguments de poids, épicés d'une pincée de condescendances qui m'ont laissé sans réplique, du moins jusqu'à aujourd'hui.
 
Pourquoi courir, me martelait-il, sinon après un ballon ou un objet, ou pour attraper l'autobus.  Le plaisir de déjouer un adversaire, de faire ou d'attraper un passe, de compléter une routine en gymnastique, pesait lourd dans mon échelle des valeurs. Ce qui me sidérait et probablement m'empêchait de contrer ses atouts, c'était en gros qu'ils étaient un peu miens. Alors pour lui, la course avec pour seul but de courir, semblait dénuée de sens. Combien de fois ai-je entendu : "  Tu cours après quoi, après qui, quand vas-tu le rattraper? " Par gentillesse, il pouvait même m'accorder que courir pouvait être utile en vue de se préparer à un match. Pour lui sortir dehors dans le seul but de faire du temps ou des kilomètres relevait du pitoyable. Je me sentais presque ridicule de continuer à m'amuser à courir.
 
Ça fait des lunes que je n'ai pas revu ce gars et je ne cache pas qu'il m'a fallu presque tout ce temps pour arriver à comprendre le sens de ce qui pour lui, en était dénué.   Plusieurs sports ou activités s'intercalent entre la course et les sports d'équipe et j'y ai trouvé peut-être le pont qui m'a aidé à saisir pourquoi j'aime tant courir. La course à pied le vélo, la natation et le ski de fond ont en commun des gestes répétitifs, les trois derniers nécessitant  des conditions particulières à leur pratique. Pour le vélo, à part l'engin, il faut beaucoup de temps pour arriver à se satisfaire pleinement. La natation exige d'avoir, soit une piscine à proximité ou une étendue d'eau viable, ce qui n'est pas toujours évident. Quant au ski de fond, la saison dépend énormément de dame nature.
 
Mais la course elle, est toujours à notre portée. Tant qu'on a notre corps disponible, on est prêt à se mettre en action. On dit que le propre de l'homme c'est rire, alors je me permets de rire, sachant que j'ai trouvé l'action la plus humaine et naturelle et qui au temps de Cro-Magnon a assuré notre survie en tant qu'espèce et j'ai nommé la course à pied.
 
Alors, je cours parce que je vis.
Yves Daigneault

 

                                         MON AMIE LA FATIGUE

Tôt ou tard, en course à pied comme dans tout sport, la fatigue vient s'installer chez le participant.  On doit nuancer ici sport vs loisir. La différence essentielle étant qu'en sport il y a compétition et pas nécessairement dans un loisir. Ceci étant dit, la fatigue peut aussi s'introduire dans les loisirs.
 
Je parle de fatigue aujourd'hui, parce qu'elle me suit, me guette, me hante dans mon train-train quotidien. Lorsqu'on s'entraîne, est-ce obligatoire de passer par là? N'y aurait-il pas un moyen de l'éviter sans compromettre les résultats anticipés. Je crois que poser la question, c'est y répondre alors, il faut faire avec.
 
C'est pourquoi je me suis décidé à l'observer de plus près, à savoir de quelle façon elle me serait bénéfique. Car labeur, lassitude, épuisement ne sonnent pas paisibles à mon oreille. D'abord, je vois la fatigue en deux catégories distinctes; la grande fatigue, celle de toute la personne, dans son corps, sa pensée, ses émotions, celle qui vous laisse sur le carreau pour un temps indéfini. Ensuite, vient la fatigue ponctuelle, celle due à un excès.  C'est probablement ce genre de fatigue qui nous fouette et nous propulse en avant quand on veut apprendre, comprendre, courir plus vite et que sais-je encore. Il suffit donc d'y mettre le bon dosage et de trouver la recette qui convient à chacun en particulier.
 
Restons dans le domaine restreint de la course à pied. Pour progresser il faut qu'il y ait surcharge et récupération, afin que l'organisme soit obligé de s'adapter à un nouveau stress plus élevé. Si la surcharge est trop grande, le corps refusera d'y répondre, en étant tout simplement incapable. Par contre, avec un stimulus approprié, c'est la récupération qui devient rumination. Trop de repos et la progression s'effrite. Pas assez et l'organisme se rebiffe, se défend, on y risque le surentraînement, on devient vulnérable aux virus, aux blessures.
 
C'est pourquoi nous essayons de planifier notre progression en fonction d'objectifs réalistes. Que ce soit un marathon à l'automne, ou se promener en bikini à l'été. C'est bien que sport et loisir se rencontrent.
Quelques indices peuvent nous être d'une grande utilité dans nos dosages d'efforts pour atteindre nos buts.  Prenons pour bien comprendre une sortie prévue pour améliorer son seuil anaérobie. On voudra travailler tout près du seuil sans le dépasser. Si on se sent capable de dépasser cette norme, il serait sage de résister, car l'objectif spécifique de cette série, c'est de stimuler notre seuil anaérobie. En l'augmentant, nous pouvant courir à meilleure vitesse tout en restant en aérobie. Si nous dépassons ce niveau, par bravade ou je ne sais trop, nous risquons de dépasser le seuil et de rendre ainsi notre travail inefficace.

Pas qu'il ne faille à l'occasion aller fouiller au fond de nos limites, car après tout, c'est un peu ce que nous cherchons à faire, les repousser. Il faut cependant y aller avec parcimonie et quand on le fait, on s'assure que c'est bien là le but de l'exercice. On peut par exemple, dans une série de 8X 600m se réserver quelques unités à plus grande allure, ne serait-ce que pour le plaisir de le faire. Mais nous devrions garder ces tentations pour les jours importants, soit les jours de compétitions.
 
La fatigue finalement, reste pour nous une amie qui nous veut du bien et c'est avec patience et compréhension que nous saurons nous adapter à des niveaux étonnants.
 
 

                                            ET EN AVANT LA CADENCE

Il n'y a rien à faire, aussitôt qu'on aime faire quelque chose, on cherche à s'y habituer, à s'y adonner le plus possible, pour finalement entrer dans un rythme, une routine plutôt, est-ce une bonne chose?

J'ose m'égarer ici, enfin ça me prend à l'occasion, cette fois-ci, c'est sur la mémoire. Je viens tout à coup de me rendre compte que j'avais tout faux en croyant que c'était l'âge qui m'empêchait de faire de bonnes performances en compétition. Le vieillissement y est pour quelque chose, j'en conviens, mais l'entraînement. Je trouve que je m'entraîne fort, ah, ah, ah.
 
Comment ais-je pu oublier les sessions de ma trentaine. Des séries de 3X2km à 3 :45/km avec 5 min. de jog entre chaque. Des sorties de 12km à une cadence de 4:00/km et j'en passe et des plus belles. Il ne faut pas s'en faire, comme le dit si bien Jack Daniels (pas celui du whisky), mais bien le célèbre entraîneur, le temps attaque la mémoire, surtout chez les coureurs vétérans.
 
Nous apprenons beaucoup plus souvent par la défaite que par la réussite, alors pourquoi pas devenir de bons perdants, autant que des gagnants dans l'élégance. L'objectif ici étant de vivre à son plein potentiel.
Même si j'ai plus ou moins caché dans ma mémoire les séances les plus dures qui me seraient impensables de reproduire aujourd'hui, j'ai quand même retenu justement quelques leçons de ratages, plus ou moins catastrophiques. La première et selon moi la plus importante, c'est que pour franchir un plateau il faut innover, risquer quelque chose et en quelque sorte se sortir de la belle routine dans laquelle on vient de se complaire.
 
J'ai tendance à partir trop vite pour plusieurs bonnes et mauvaises raisons. D'abord, mon plaisir de sentir la vitesse d'une bonne accélération me grise ipso facto. Ensuite, une petite crainte fondée de manquer de ressources vers la fin, m'envoie en suicidaire engranger du temps en début de course. Ce qui forcément ne me sert à peu près jamais.
J'allais oublier une autre leçon toute aussi concrète que difficile à appliquer. On a tendance à travailler nos forces et à négliger nos faiblesses. Dans mon cas, à l'évidence il me faut privilégier les longues sorties en aérobie. Alors je fais souvent des compromis atroces et inopérants tels, des distances moyennes à des vitesses tout aussi intermédiaires, avec pour résultat, une belle série de frustrations.
 
Allons-y donc maintenant d'un véritable apprentissage. Je n'ai qu'à regarder en face un des mes démons, l'endurance par exemple et oser m'astreindre à un train lambineux, enfin dans mon esprit seulement, pour enfin franchir le plateau et tenir le rythme, même en fin de course.
 
À chacun ses monstres, en affronter un, droit dans les yeux, c'est ma foi un joli défi qui en fin de compte, nous ouvre à de nouvelles perspectives.

 
 
                                                        CONTAGION
Nous assistons présentement à une forme de contagion dans le petit monde de la course à pied. Plusieurs indices autour de moi poussent en ce sens. D'abord une augmentation de la participation dans les différents circuits de courses autour de Montréal. Recrudescence itou du membership dans différents clubs et si on ouvre un peu plus grand nos élans d'infestation, LA PRESSE, par exemple, avec ses récents articles dans le cahier Santé, a grandement contribué à faire craquer les derniers tabous anti course,  pourtant une activité des plus naturelle.
 
Parce qu'il ne faut pas reculer bien loin pour trouver une opposition féroce, vindicative même, face aux batteurs de macadam. La guilde des bien pensants s'est empressée de noircir les effets positifs du jogging, pire de la course, en insistant sur les forces abusives imposées par la frappe des pieds sur la chaussée. Il n'en fallait pas plus, pleutres que nous sommes, pour accuser la course de tous nos maux de dos, de genoux et que sais-je encore.

Et le monde de la consommation a su y tirer son profit. Allez, ne vous éreintez plus à devoir absorber jusqu'à trois fois votre poids à chaque foulée quand notre exerciseur peut le faire pour vous. Nous sommes bien dans la forme la plus vile du façonnement du corps. Au lieu de fournir des efforts, nous pouvons, soit acheter des pilules qui transforment notre intérieur, ou des appareils qui font les luttes à notre place. Cette approche marketing a tellement de succès qu'on en vient à trouver normal d'être rebuté par l'effort. La douleur est à proscrire certes, mais l'inconfort lié à une ardeur dans le feu de l'action, n'est-il pas louable pour qui veut s'améliorer?
 
Heureusement pour les braves ou les inconscients qui font fi des ragots publicitaires, la course au contraire, renforce les os, les muscles et le bon fonctionnement de nos articulations qui existent justement pour agir dans toute leur amplitude. Car l'effet physiologique des foulées répétées, amène le corps à une meilleure résistance au stress même de cette activité qui consiste à mettre un pied devant l'autre. Et nous ne parlons même pas des effets psychologiques qu'un tel élan donne à son pratiquant.
 
On a entendu parler du second souffle, du high du coureur, cette sensation grisante nous faisant croire qu'on pourrait courir ainsi sans arrêt. Ces sensations sont de l'ordre psychique et peuvent conduire le coureur vers des niveaux inexplorés jusqu'alors, tant physique que mental.
 
Dans la foulée marketing des dernières années, le vélo a en quelque sorte chipé une bonne partie des coureurs du dimanche au profit d'une activité dite sans chocs aux articulations. Étant moi-même amateur de vélo, je dois avouer que mon cœur ballotte depuis des années entre mon plaisir de courir et les ivresses des sorties de vélo. Un jour, il m'a fallu choisir et c'est un peu la simplicité qui m'a fait pencher pour la course. S'habiller tranquillement, puis ouvrir la porte et on est déjà sur notre terrain de jeu. Tandis que le vélo demande plus de temps, même si les effets en sont tout aussi plaisants.
 
Sachant qu'un sport peut être le complément de l'autre, mais que pour atteindre des objectifs précis dans l'une ou l'autre des disciplines, il faut devenir de plus en plus spécifique, j'ai jeté mon dévolu sur la course à pied. Elle est pour moi démocratique et universelle. Une seconde étant une seconde partout au monde et un mètre étant un mètre, tous nous pouvons nous y référer et ce sont là les données essentielles de la course à pied. Notre organisme étant à la fois le moteur et la carrosserie, nous sommes toujours prêts à entrer en action.
 

                                 UNE JOURNÉE DANS LE VINAIGRE

La course remplace facilement les meilleurs antidépresseurs. A chaque fois qu'un blues, une grisaille, un bourdon me frappent, il me faut trouver la force d'enfiler mes souliers de course et partir, pour voir fondre comme neige au soleil, cette bile noire qui m'étreint.
Le scénario pourtant probable, ne se montre pas toujours si glorieux. Dimanche par exemple, je me prépare à une sortie tout à mon avantage, côté difficulté. Je vais gravir la Covey Hill. En fait, c'est la seule bosse de la région des Riverains. Depuis plus de vingt ans que je m'y colletaille, tantôt à vélo, tantôt à pied, la belle montée ne devrait être aujourd'hui qu'une formalité. En plus, est-ce superstition de ma part, mais je me suis levé dans la quiétude ce matin et généralement, c'est de bon augure pour les heures qui suivent.
C'est donc plein de confiance que je rejoins mes compagnons au dépanneur de Havelock, dans la grisaille dominicale. On n'avait pas franchi 500 m que j'entends comme un souffle fort. Sur le coup, je n'y prête pas trop attention, nous sommes bien groupés et devons parcourir 3 km de faux plat avant la vraie montée. L'atmosphère est joyeuse et pour rien au monde, je ne voudrais la matir. Des signes évidents m'indiquent pourtant que tout n'est pas rose pour moi. Le râle que j'entends de plus en plus fort, c'est bien le mien.
Je plonge dans le déni et me dis que tout ça va passer et qu'après 10 minutes, l'équilibre si bienfaisant du souffle en harmonie, me rendra les belles sensations d'une longue sortie. Rien à faire, j'arrive tout au plus à parler d'une voix rogommeuse, coupant mes répliques dans notre encore joyeux dialogue. Mes compagnons ne sont pas dupes et m'offrent leur appui que je m'empresse d'accepter.  
Je vois au loin le stop m'indiquant le virage vers la vraie montée. J'y espère une pause, un rictus se trace alors sur mon visage. C'est à ce moment que je préviens le groupe de ne pas m'attendre. Je suppute sur la possibilité de virer après la première bosse, ou de marcher jusqu'à ce que je les rencontre sur le chemin du retour. Dans les deux cas, la perspective m'apparaît pour le moins humiliante, mais c'est comme çà, ce n'est pas si grave après tout. Mes poumons m'inquiètent, peut-être ne suis-je pas assez remis de ma broncho-pneumonie, mais la possibilité de devoir patienter plus longtemps sur le retour de forme, me traverse aussi l'esprit. On verra pour après, mais maintenant, maintenant, il me faut gérer ce raidillon en sauvant ce qu'il me reste d'amour-propre. J'avoue, à ma courte honte que j'ai envisagé au moins une dizaine de fois dans les deux dernières minutes, d'abandonner, de déclarer forfait, de m'écrouler sur place, pour mettre un terme à cette merveilleuse aventure. Mais après la énième pause, un semblant de confort m'habite assez longtemps pour que je décide de rallier le sommet coute que coute.
Même si ce moment furtif ne dure que quelques secondes, le fait de prendre la décision me conforte dans ma poursuite vers les hauteurs.  Néanmoins, mes compagnons s'éloignent sans efforts apparents. Il me faut creuser dans mes réserves psychiques pour continuer. Je n'ai pas eu besoin d'y traîner très longtemps, l'apex se pointant à moins d'un kilomètre quand mes chums se sont pointés à ma hauteur pour qu'on rallie ensemble la cime tant convoitée. Pour le chemin du retour, sans penser que ce serait comme du beurre dans la poêle, la douleur faiblit devant le sentiment d'accomplissement qui remplit tout mon Être.
Finalement, j'étais un peu comme un chachlik en partant et je rentre au bercail rassuré et surtout fier  d'avoir affronté et  vaincu mes démons.
 
 


                                              LA PASSION EN HÉRITAGE

D'où nous viennent nos aptitudes, nos talents, enfin ces goûts particuliers qui nous distinguent les uns des autres? Dans mon enfance, j'ai pratiqué des sports de toutes sortes, à la fois par intérêt et par curiosité. Mais la culture, le milieu surtout dictaient mes choix un peu à mon insu. Chez nous en tout cas, le quartier vivait tissé serré. Alors par exemple, au retour de l'école, on n'avait pas à courir de midi à quatorze heures, on lançait nos sacs d'écoles dans l'entrée de la maison et en moins de deux on se retrouvait une bonne douzaine à jouer au drapeau dans la cour arrière de chez moi. Évidemment à l'époque tout ça se faisait entre gars.


Je crois qu'il en allait de même de la vie de l'esprit, les livres, revues, et cetera se limitaient à la circulation locale du quartier. Et dans mon cas c'était La Presse, La Patrie et le Montréal Matin jumelés au bottin de téléphone et à l'Almanach du  Peuple, lequel je scrutais anxieusement en quête de trésors à vivre et découvrir. Les temps ont changé, mais la source demeure. Bien sûr, le milieu n'est pas l'unique responsable de nos choix de vie, de nos penchants, pensons seulement à l'hérédité qui à elle seule peut imprégner nos ardeurs d'une marque indélébile. 

Au fond, tout ça n'a d'importance que pour la pérennité des choses. Et quand on pense à la durée, on imagine la transmission, le prolongement de ce que l'on vit. Oserais-je croire que comme tous les mammifères, nous cherchons non seulement à nous reproduire, mais aussi à transmettre le meilleur de nos gênes. Nous sommes bien ici au niveau de nos racines primitives, lesquelles sont si fortes qu'on ne saurait s'en passer. Alors quoi, je me demandais justement d'où me venaient mon physique d'abord, mes aptitudes ensuite. Était-ce de mes parents qui ma foi, pouvaient se targuer d'une physionomie agréable sans plus? D'accord alors pour agréable sans plus. Mais le reste, mes élans pour l'aventure, les frasques de toutes sortes, la lutte, la gymnastique et le penchant inconsidéré pour tout ce qui est vitesse, force et agilité, doit-on fouiller mes gênes ou mon entourage pour y  voir éclore une jouable influence. Je n'ai pas de réponse éclairante, si ce n'est que les deux y jouent un rôle à leur façon. En fait, j'ajoute que la réalité se montre encore plus composite, puisqu'une infime part doit émaner de ce qui me reste de libre-arbitre, donc de moi à proprement parlé. 

Je suis somme toute un bigarré, redevable d'une santé presque sans faille, d'une éducation  basée sur la confiance devant la suspicion. Mes parents, ma mère surtout était intarissable sur le droit, plus encore, le mérite d'être aimé. Ce mélange gêne culture, mêlé à une vie rythmée par la passion fut finalement mon héritage.

On voudrait donner en héritage nos biens pour la sécurité, nos talents pour la facilité, mais ce qui nous reste le plus, du moins en ce qui me concerne, c'est l'exemple donné dans le quotidien. Qu'il s'agisse de sport, de lettre, de philosophie, la passion fut le dénominateur régissant les plus beaux jours de mon enfance. Le brasier brûle encore et c'est ce que je voudrais laisser en héritage à mes enfants d'abord et à tous ceux que j'aime ensuite.

 


 


                                                      INTERVALLES
Les intervalles sont les espaces plus ou moins larges entre deux corps; ou des temps séparant deux moments. Du moins, c'est la définition qu'en donne Le Petit Larousse. Mais si vous plongez dans le monde de la course, là, c'est du tonnerre qu'il est question.  Car à l'instar de l'éclair, le tonnerre n'est que l'onde de choc qui nous indique la présence de l'éclair, mais c'est ce dernier qui peut faire tout le dommage. Pour les intervalles, c'est pareil. Il s'agit en fait, soit de l'espace de temps entre deux phases de course à cadence rapide, soit de ces phases mêmes, à la fin c'est même sibyllin. Peu importe, ce mot sonne invariablement comme; ça va faire mal, l'enfer arrive, j'ai hâte de vomir.

Pourtant, ils sont la porte d'entrée des records personnels, des accomplissements de rêves. Ils vous propulsent vers des plateaux plus élevés et j'en passe. Émile Zatopek en est le plus illustre exemple. Il s'est insurgé contre les kilomètres bidon, ces distances qu'on accumule pour développer son endurance. Il disait, je ne veux pas courir longtemps, je veux courir plus vite. Sachant que la répétition est un ingrédient essentiel de l'apprentissage, il s'est mis à faire des 400m rapides, jusqu'à 40 ou 50 dans une même séance. Il avait percé le secret des intervalles.
Alors, pourquoi craint-on tant cet élixir de la performance? Plusieurs raisons justifient cette peur, mais à mon avis, la principale se résume dans la difficulté du dosage des efforts. C'est un peu comme avec une voiture de course, le calibrage dans les accélérations, les freinages et les relances, le doigté des manœuvres peuvent faire toute la différence entre victoire et échec. Lorsqu'on se pointe à une séance d'intervalles, dans mon cas du moins jusqu'à tout récemment, c'est la moiteur de mes mains qui m'indiquait les sensations à venir.
J'avais pourtant les plus belles intentions. Sachant que cette torture devait se faire en dignité, je me présentais le plus frais et dispos possible, afin de minimiser les affres qui invariablement affligeaient mes jambes, mes poumons et ultimement mon moral. J'étais un peu comme cet oiseau qui ne réalise pas qu'il y a une fenêtre qui l'empêche d'atteindre le fruit convoité à l'intérieur de la maison et qui s'assomme à qui mieux mieux-mieux tout au long de la journée.
Un jour j'ai pris la décision de prendre les intervalles par le biais du plaisir, en me donnant pour but de m'amuser tout au long des séquences. Je devais, enfin devoir ici est un bien grand mot, disons que mon plan suggérait de faire 4X 1km à vitesse de 5km, moins 15 sec du km.  Je sais, c'est un peu du jargon, mais l'histoire ne s'arrête pas là.
D'entrée de jeu, comme à mon habitude, je pars trop vite, mais cette fois, convaincu que je n'avais pas à souffrir, j'ai relâché juste un peu après deux cents mètres et gardé cette cadence jusqu'à la fin de mon premier km. Surprise, à peine 10 secondes plus lente que mes séquences de torture. Mieux, l'idée des kilomètres à venir plissait mes lèvres d'un large sourire.

La leçon de cet entraînement m'est apparue beaucoup plus tard. Je n'osais m'admettre la place qui me convenait et m'acharnait à prendre mes rêves pour des réalités. L'orgueil peut nous empêcher d'apprendre. Nous en avons besoin pour vivre en dignité, mais il faut parfois freiner ses élans pour trouver le chemin de nos espoirs
 
 
                                                           INSPIRATIONS
 Dans les six états de la Nouvelle- Angleterre, au troisième lundi d'avril, tout le monde a congé. C'est aussi le jour qu'à choisi Boston pour présenter son marathon. Comme ça la foule est nombreuse le long du parcours de Hopkinton au centre-ville de  Beantown. Car être aux abords du parcours, c'est quand même prendre part à la fête qui souligne les luttes courageuses des  patriotes fondateurs des États-Unis.
 
 L'atmosphère que m'inspire cet événement dépasse la logique, même historique de cette 113e  édition du marathon le plus vieux de la planète. Son histoire s'inspirant elle des premiers olympiques de l'ère moderne et donc du premier marathon couru en 1896 de Marathon à Athènes. 
D'abord, il faut se qualifier pour y prendre part. Déjà, il se distingue des autres de son genre. Et puis, en 113 ans, il s'est accumulé tellement d'histoires, d'anecdotes, de moments forts qu'on pourrait garder les pubs bostonnais ouverts non-stop pendant des semaines, juste pour les relater.
 
Il me revient à l'esprit un documentaire que j'ai visionné alors que je ne savais rien des marathons, encore moins de celui de Boston. On suivait un jeune homme à son travail. Je crois qu'il lisait les compteurs électriques. En partant, il courait entre les bâtiments et enjambait les clôtures et rampes sur son passage avec un sourire assouvi. Arrivé chez lui, il écrivit une lettre au B.A.A. (Boston Athletic Association).  Fort de son résultat obtenu à son dernier marathon, il venait de se qualifier pour le marathon de Boston. Il inséra donc son attestation ainsi qu'un chèque lui ouvrant les portes de la prochaine édition du marathon le plus prestigieux au monde. À l'époque, je supputais sur les tangentes à donner à mon avenir. J'aurais voulu être facteur, avocat et en rêve caché, professeur d'éducation physique. Ces flottements ne pesaient pas lourd à côté de mon envie de suivre les traces du  jeune releveur de compteurs. Un jour, il me faudrait fouler le sol de Hopkinton, lieu de départ de cette course mythique, un dossard sur la poitrine, pour justifier l'infatuation dont m'inspirait ce rêve.
 
Pourtant, aujourd'hui un rien m'inspire. Il me suffit de croiser un sourire pour me lancer dans une journée qualifiée de réussie. Il doit y avoir plus avec Beantown, sûrement un peu de cette culture de l'effort, du mérite, si chers à mon époque d'adolescence. Et puis, il y a aussi ce côté concret et universel, soit une distance et un temps,  les mêmes pour tous. Quoiqu'aujourd'hui, merci pour moi, les chronos se sont mis à l'ère moderne et des catégories distinguant sexes et âges, permettent à plus de gens d'accéder au rêve, tout en ayant à y mettre les efforts équivalents. Autrement dit, on peut prendre 5, 10 ou même 30 ans pour y arriver. Les standards s'assouplissant au rythme de nos fléchissements.
 
Je crois aussi que lorsque notre inspiration trouve sa source dans des images concrètes, qu'on se voit littéralement en train de la vivre, les chances sont meilleures pour qu'on s'attelle à la vivre dans la réalité. Voilà pourquoi je suis toujours à l'affut d'inspirations concrètes et quand elles débordent d'envergure, je les divise en portions digestes, une façon de ne pas les perdre.
 

                                LETTRE À TOUS LES NON-COUREURS
Vous  êtes de la horde des blessés, blasés, fatigués, pas faits pour ça, pas intéressés, hédonistes, dilettantes et par conséquent,  la course ce n'est pas pour vous.  Évidemment, nous n'avons pas tous le physique de l'emploi. Et puis, courir après quoi, après qui? Pourtant, il vous est arrivé de voir passer un coureur ou même un groupe qui défiant  l'asphalte,  semblait fort, puissant face à l'horizon. L'énergie vitale qu'il dégage concurrence largement le fauteuil et le sac de  chips qui vous font de l'œil.
 
Pourtant, ces regards furtifs vous plongent dans un passé que vous ne croyez pas si lointain.  Vous courriez, plutôt jouiez au hockey, quoi au basket, quoi au  base-ball. Certains oseront même avouer qu'ils couraient il y a 20 ans et qu'ils veulent s'y remettre depuis 20 ans. Le tourbillon de la vie les a ramollis côté course. Car le plaisir n'est pas instantané pour le coureur. Vous l'aviez un peu oublié. Arrêtons-nous un peu, un coureur se voit différent d'un sportif dont le sport induit de courir. On est un coureur quand on court pour la seule raison de courir, sans but apparent. Alors devant tant de difficultés et si peu de raisons logiques, vous vous disculpez facilement en dépréciant la course. On entend souvent dire que les coureurs ont le visage toujours crispé par l'effort, qu'ils n'ont de plaisir que lorsqu'ils s'arrêtent, etcetera.
 
Alors, une question vous vient à l'esprit, pourquoi y en a-t-il tant et pourquoi suis-je toujours enclin à les envier? Ils ont toujours l'air d'être au bon endroit au bon moment Vous voudriez bien y aller, mais vous craignez l'échec, la défaite. Vous êtes certain qu'après 30 secondes, il vous faudra un respirateur artificiel pour trouver un peu d'air.
A mon tour de fourbir mes armes de conviction. La course est l'acte le plus naturel de l'homme. Nous sommes des bêtes d'endurance, pas de vitesse. Lorsqu'on pense qu'un petit chien de 15 kg ou un gros ours de 300 kg peut nous semer en quelques secondes, nous ne sommes pas faits pour la vitesse. Il semble même que grâce à notre endurance, notre position verticale et notre système de sudation, nous aurions survécu aux temps difficiles des prédateurs d'antan. Bref,  ne nous attardons pas sur ces détails et cherchons plutôt à ramener le coureur en vous. Ouf, suis-je en train de vous demander de devenir coureur? Bof, ce n'est pas si  grave, il y a pire.
Le truc est simple en fait. Il faut se décider et plonger tête première sans réfléchir. Cette première course sera la plus dure de toutes. Toutes celles qui suivront seront plus faciles, soyez-en certain. Comprenons-nous bien ici, il s'agit de sortir et de courir pour rien. Si vous courez après l'autobus, la boîte aux lettres ou à la toilette, ça ne compte pas.  A titre d'exemple, je me rappelle avec  grande émotion ma première course. C'était en 1977, je marchais tranquillement dans un parc et j'ai vu passer un groupe de coureurs. Ils étaient beaux, ça m'a suffit. Immédiatement je suis parti en courant, certainement un bon deux minutes sans arrêt quand soudain mes jambes se sont mises à me chauffer, mon souffle me serrait et je me suis arrêté doucement. Cette sensation m'a transporté à tel point qu'il me tardait de recommencer pour durer plus longtemps. 32 années sont passées, mais la flamme brûle toujours.
 
Faut-il avant de commencer passer un test médical? Faut-il suivre les conseils d'un expert? Faut-il s'informer sur le bon équipement, les chaussures, les vêtements etcetera? Faut-il surveiller son alimentation? A toutes ces questions, nous répondrons assurément oui.  Mais si vous êtes en train de penser à le faire, ne pensez pas trop longtemps. Le cerveau vous dit peut-être, l'estomac répond sandwich.  Alors, si quelqu'un vous appelle de la pièce voisine, répondez oui, j'arrive dans une minute. C'est probablement le temps dont vous aurez besoin pour vous embarquer. Si vous êtes assez bien pour passer du divan au réfrigérateur, vous êtes assez bien pour courir. Vous n'êtes ni trop vieux, ni trop gros, ni trop lent pour courir. Allez-y doucement, vous y êtes pour la vie.
                                 
FARTLEK, L'ENFANCE ET L'AFRIQUE
 
Ces trois entités n'ont à prime abord de lien que la langue française. Pourtant, ils recèlent ensemble les secrets d'une course idéale.  Prenons d'abord le Fartlek, du village suédois qui a donné naissance à ce système d'entraînement. Le principe en est simple, il s'agit à la base de courir en forêt en s'amusant. On comprendra vite qu'une douzaine de coureurs qui s'amusent en forêt en sortent presque toujours épuisés et ravis.
 
L'émulation prenant sa source dans le pur plaisir de se confronter avec la nature et ses congénères. Ce système a en effet produit toute une kyrielle de champions olympiques. Pensons à Paavo Nurmi qui domina la course de fond mondiale de 1920 à 1930. Incidemment Nurmi n'était pas suédois mais finlandais, scandinave tout de même. Tout contribuait à la réussite de cette approche, la forêt avec sa surface moins lourde sur les articulations, le recours à l'instinct qui aide le coureur à bien se connaître et bien s'écouter et bien sûr des entraînements très intenses qui n'en avaient pas l'apparence. Les variations de vitesse au gré du leader du moment et de son imagination, obligeaient les a athlètes à repousser les limites de leur capacités d'un cran ou deux.  Enfin, le Fartlek offrait à son pratiquant toute la panoplie des allures d'entraînement en une seule séance.
 
Je ne serais pas surpris que les inventeurs du Fartlek aient copié le comportement des enfants. Les enfants jouent et courent d'instinct. Le plaisir surgissant autant d'une boîte de carton transformée en automobile que d'une canette traînant dans la rue. Ils courent sans vraiment s'en rendre compte. Ils s'arrêtent brusquement, l'air complètement épuisés, pour repartir de plus belle quelques instants plus tard.  Et ce stratagème peut durer des heures. Au fond, ils s'entraînent à la vie par le jeu. Malheureusement, rendu adulte, on croit que c'est en ménageant nos pas qu'on arrive à la réussite de notre vie, hum! Au contraire, le culte de l'effort apporte les plus grandes satisfactions. Combien de fois avons-nous éprouvé une lassitude face à une victoire trop facile. Alors qu'une petite réussite acquise à force de sacrifices, de renoncements nous procure la plus grande joie. C'est pourquoi les joies simples sont accessibles à tous, qui que l'on soit, riche pauvre, l'accès au petit bonheur ne connaît pas de frontière. Même en Afrique, cet immense continent, frappé par tous les abus, les ignominies pratiquées par les pays riches de ce monde, on rencontre des gens qui savent se garder ses moments heureux volés au développement.
 
J'en connais très peu qu'une parcelle à peine effleuré lors d'un court séjour en Mauritanie. Pourtant, c'est lorsque je me suis ouvert à la rencontre avec le quotidien des familles que j'ai compris que la joie de vivre transcende toutes les souffrances pour peu qu'on s'attache à l'instinct de vivre et de partager. Les lieux changent mais l'âme est la même partout. Les enfants mauritaniens m'ont montré des jeux et je leur ai montré des chansons. La langue, la culture, les frontières se sont effacées devant le plaisir de jouer.
 
Si on revient à la course, nous trouvons là les ingrédients pour la course idéale, celle qui se vit simplement qui nous pousse à l'effort, nous oblige au dépassement et nous récompense par la satisfaction d'agir.
 
 
 
 
                                                    RECORD PERSONNEL
Savoir ce que l'on veut constitue un départ  enviable dans la plupart des domaines. Alors pourquoi les actions qui suivent nous décoivent-elles si souvent? La réponse la plus commune et j'oserais dire la plus tuante, nous conjurerait à admette  qu'on ne fait pas toujours ce que l'on veut.  Ouf, je dirais plutôt qu'on a plus de chance de faire quelque chose que l'on comprend. 
 
Ramenons ces propos à des objectifs terre à terre, comme établir un record personnel sur 5 km. Je me permets une petite anecdote ici qui j'en suis sûr,  pourra éclairer mon propos.  Je courrais depuis déjà deux ans avec un compagnon de travail, au moins une fois par semaine. Pierre donc, courrait lui depuis une bonne dizaine d'années.  Ces motivations étaient aussi claires que régulières ses sorties. Pierre voulait garder la ligne et se sentir en santé.  Pour ce faire, il s'était fixé comme objectif d'arriver à courir 30 minutes sans arrêt. Ce qu'il mit un certain temps à réussir. Rendu là, c'est devenu une routine, un rituel presque inaliénable. A chaque sortie, Pierre courait ses trente minutes, pour se rendre compte après un certain temps qu'il couvrait 5km à chaque fois.

Bien sûr lorsque nous avons organisé une série de courses dans la région, j'ai invité Pierre à y prendre part. Après quelques hésitations, on ne sort pas de ses routines si facilement, il accepte finalement de s'inscrire. Sans aucune surprise, Pierre s'inscrit au 5km. Arrive le jour de la course, notre ami franchit la ligne d'arrivée en 30 min.
La surprise, je l'ai lue dans son regard, lorsqu'il s'est fait dépassé par plusieurs débutants à qui il avait insufflé récemment le goût de la course à pied. Loin de moi l'idée de juger de la qualité des actions de Pierre, mais je me permets d'observer les résultats et d'en tirer des conclusions flagrantes. Notre Pierre était devenu un spécialiste des 5km en 30 min. Pourtant, dans sa tête, il croyait qu'avec son expérience, il pouvait facilement améliorer ses résultats rien qu'en voulant faire mieux.
 
L'évidence nous crève pourtant les yeux. Mais Pierre lui, était trop près pour la voir. On ne peut pas courir plus vite si on ne pratique pas, i.e. si on n'expérimente pas de courir plus vite, ne serait-ce qu'en petite portion de temps ou de distance.  Partant de là, nous osons explorer un territoire inconnu. Nous sortons de notre zone de confort. Si on pousse trop fort, on risque l'épuisement, le claquage, le dégoût même de continuer.  Par contre, si on dose nos efforts et qu'on comprend notre mécanisme de progression et de récupération, nous pouvons tester nos limites et viser des records personnels.  En fait, ces records personnels sont un peu une indication d'une part de notre être, celle reliée à notre potentiel sur la distance choisie. Alors, les habitudes, les rituels, oui, mais bien appuyés par les connaissances et peut-être arrivera-t-on à ce que l'on veut.

 
 
                                                              ZEN

C'est curieux quand même, du moins en ce qui concerne la course de fond, de penser que pour supporter plus facilement une longue sortie, il faille faire diversion en laissant errer ses pensées dans toutes les directions. Je dis c'est curieux alors que je pense réellement que c'est complètement faux. 
Évidemment le geste répétitif invite à développer des automatismes pour ne pas avoir à penser chaque détail de l'activité qui se déroule à nos pieds. Les rituels du matin durant la toilette sont un bon exemple des avantages de ces réactions quasi réflexes.
Pourtant, il n'est pas un jour où je cours disons, 30,  40 ou 75 minutes qui ne se passe sans ce combat entre courir de façon associée ou dissociée. Une petite explication s'impose ici. Associé et dissocié font intégralement parti du vocabulaire du coureur de fond. On est associé lorsqu'on est attentif à tous les signaux de notre corps et par conséquent, on est dissocié lorsqu'on est totalement pris par nos pensées.
C'est là que la méditation et l'attitude zen entre en scène. Comprenons par là qu'en séparant le corps et l'esprit nous faisons irrémédiablement fausse route. On peut s'accorder ici sur le fait qu'il est très difficile de balayer notre cerveau d'un afflux incessant de pensées. Même lorsqu'on court en association avec tous les signes envoyés à notre corps, notre esprit lui peut batifoler à qui mieux-mieux.
Alors, il faut prendre la situation par un autre biais et pourquoi pas l'environnement.
Non seulement est-il le témoin de nos actions, il en fait littéralement parti. Après tout,  nous ne sommes pas dissociés de la route sur laquelle nous courons. En établissant un dialogue entre la route, sa structure, ses odeurs, ses sinuosités, le terrain, l'atmosphère, la température, l'humidité, le vent,  j'en passe et  nous, une harmonie s'installe à la fois dans nos foulées, nos pensées et nos muscles.
Nous sommes alors convaincus d'être au bon endroit au bon moment. Plus, cette sensation de faire parti du décor  apporte à quiconque la vit une grande satisfaction.
En théorie, cela semble aller de soi, mais il faut y travailler comme pour tout, afin que ce dialogue en soit un véritable. D'abord prendre conscience qu'on est rien sans l'environnement et qu'en corollaire, on ne peut saisir l'environnement sans nous. Je crois que nous touchons là un bon départ pour une course et une vie un peu plus zen.
Alors, relaxons c'est la vie qui nous le dit.
 

 

                                           EST-CE L'AFRIQUE?
 
Tous les coureurs vivent à divers degrés cette sensation hédonique que leur activité, non seulement leur procure une bonne condition physique, mais qu'en quelque sorte, elle les immunise contre tous les avatars physiques de ce monde.
 
C'est en 1972 aux Jeux Olympiques de Munich que le boom du marathon a frappé l'Amérique. En effet, contre toute attente Frank Shorter, un Américain originaire de Munich, peut-être pouvait-on y voir une motivation secrète, remporte l'épreuve et marque ainsi un tournant dans notre vision de la course et des héros qui l'anime. Jusque là en Amérique et forcément chez nous qui suivons de près, le sprint était la reine des courses. Il  l'est encore d'ailleurs, si on se fie aux cotes d'écoutes aux Olympiques.
 
La question n'est pas là. Dans les sprints, en quelques secondes l'affaire est classée. On idolâtre le premier et en moins de deux on ignore qui étaient les autres. Tandis qu'au marathon, oui bien sûr on applaudit le premier, mais en même temps le 10,000ième/37,000 peut devenir un héros, d'abord à ces propres yeux, ensuite à quiconque comprend par quoi il a dû passer pour franchir cette fichue ligne d'arrivée.
 
Dans un monde presque aseptisé, ces 42.195kms sont arrivés comme une bouffée de fraîcheur, un défi et un engagement reconnus universellement comme un exploit à la portée de tous, pourvu qu'on s'y emploie un peu sérieusement. Patience, on va y  arriver. Tous ces nouveaux héros que sont devenus les marathoniens ont pris goût à la chose et s'y sont servis tant et tant qu'ils ont commencé à se croire indestructibles. Bien sûr, ils s'informaient de tous les avancements de la science, des méthodes d'entraînement et de tout le jargon qui vient avec. Évidemment
les problèmes n'ont pas tardés à surgir, blessures de stress, surentraînement, etc.
 
Si bien qu'après un certain temps, la course a finie par avoir mauvaise presse. On disait que le choc à chaque pas était terrible et qu'on pouvait s'user prématurément en courant trop.  Encore faut-il savoir combien trop c'est. Reste que la course constitue un facteur de protection  contre justement l'usure prématurée des os et des muscles. Elle nous protège aussi des risques de maladie cardiaque et même pour certains, elle est une panacée à tous les maux.
Je n'étais pas loin de tenir ce discours enflammé, sorti tout droit des années peace and love, quand la réalité quotidienne m'a sorti en quelque sorte, de ce monde trop beau pour être vrai. Ici je ne veux faire peur à personne, mais il est quand même important de relativiser les valeurs de la course, même si elle demeure pour toujours mon amour de grand chemin. Amour non seulement pour son influence sur notre état physique, mais pour la beauté dont elle peut nous faire grâce et ici je me dois de citer Yoko Ono qui affirme "  Quand vous ressentez la beauté du monde vous restez jeune ", ce qui convient parfaitement à la course longue distance.
 
C'est en Afrique, plus particulièrement en Mauritanie que la vie s'est chargée de me montrer la fragilité des choses autant que leur grandeur. Parti pour 15 jours dans la vallée de l'Adrar à la rencontre des peuples Peuls, Maures et Touaregs, j'étais convaincu que ma condition physique de coureur allait me permettre de survoler ces jours sans anicroches, même ironiquement avec une certaine aisance.  Pourtant les personnes que j'ai côtoyées, tant chez les autochtones que chez mes collègues Français, n'étaient en aucun cas des adeptes de la course, ni de quelque activité physique violente. Quelle ne fut pas ma surprise de me retrouver un des premiers sur le carreau. Et pas à peu près. Un après-midi je me suis senti faible et vite on a pris ma tension,  90/50. Je n'en menais pas large. Même, je suis revenu depuis plus d'une semaine et j'ai été contraint à une dose d'antibiotiques pour une sinusite aigüe et une broncho-pneumonie.
 
Alors que s'est-il passé ? Une part de la réalité peut être attribuée au choc culturel, ainsi qu'aux écarts de température. L'alimentation pouvait aussi constituer un facteur important dans mon adaptation et finalement la fatigue et le manque de sommeil ont fini de miner ma santé qui jusque là m'avait rarement fait défaut.
Est-ce l'Afrique ? Il est certain que tout  ce que j'y ai vécu, autant les bons comme les durs moments ont contribué à ma prise de conscience que tous les hommes ont la même âme, peu importe leur condition et que la vie est fragile. Il faut la célébrer avec tous et ne rien tenir pour acquis.
 
Yves Daigneault
 
 
                                       LA FORCE VIENT DE LA QUIÉTUDE
 
En regardant un reportage sur les sports olympiques, le judo pour le nommer, je me suis surpris à entendre l'entraîneur prodiguer des conseils, disons saugrenus à ses ouailles. Le plus tordu m'a-t-il semblé,  tenait comme suit : "  regardez les judokas avant le concours, c'est toujours le plus tranquille qui gagne ".
 
Dans le même ordre d'idée, je me suis levé ce matin avec cette sensation de calme et tranquillité. Même qu'elle a commencé dans mon sommeil, demi-sommeil devrais-je dire, puisque j'en ai pris conscience, d'abord par ma respiration lente et profonde qui m'apportait une sensation de repos et d'énergie renouvelés. Déjà dans le passé, je m'étais intéressé à ce phénomène peu fréquent  et qui apportait toujours son lot de petits bonheurs.  A tel point que j'attendais béatement que cette sensation me revienne.
 
Quand on se lève le matin et que tout nous semble clair, tout se passe facilement. Ce jour béni où n'importe quel projet trouve son accomplissement assuré. Il suffit de le décider et bang, il se concrétise. Est-ce un phénomène de confiance, ou plus simplement une convergence d'énergies qui arrivent à point nommées?  Peu m'importait, je tenais mon jour. Il me fallait donc  tester ma théorie dans la réalité concrète.
 
Quoi de mieux que de faire un entraînement en défiant mes limites. Je me croyais capable sur papier de courir 2 X 1km en moins de 4 :30 avec 2 minutes de jog entre chaque. Alors, j'ai profité de la conjecture et me suis lancé. D'abord 10 minutes de course lente avant d'attaquer mes kilomètres jusque là hypothétiques.  J'étais sur la piste de 200m, alors chaque tour devait montrer moins de 54 sec. au chrono. Dans l'énervement, le premier tour a passé à 47 sec. Je sentais à peine l'essoufflement. Prudence me suis-je dit,  j'avais tous les éléments pour réussir, de même que ceux pour craquer. Je décidai de me fier aux sensations de mon corps et de ne plus regarder le chrono avant la fin du cinquième tour. Je courais détendu et me concentrais sur ma forme. Après 3 tours, une tension s'installa dans mes jambes, alors je relâchai d'un poil mon effort. J'étais à peine sorti de ma zone de confort, mais très confiant de tenir jusqu'au bout. Résultat : 4 :15, pas mal pour un premier essai. Tout de suite je me mis au jog léger, qui me fit sentir très lourd.  Il restait le deuxième km que j'anticipais avec une confiance ébranlée.
 
Ce devait être la peur de l'échec ou de la douleur, je ne sais trop, mais j'appréhendais ce deuxième km avec des images contradictoires.  Assez d'hésitations, il fallait y aller. Mon premier tour devrait être plus relaxe, vérification faite, 47 sec. encore. Ça n'annonçait rien de bon, mais je réussis à me convaincre d'accepter le résultat quel qu'il fut.  A mi-chemin du troisième tour cependant, je me sentis vraiment limite et pensai à m'arrêter. Même que je ralentis que dis-je, je freinai sur trois foulées, des secondes d'enfer qui me rappelaient d'autres plateaux franchis il y a longtemps. J'ai même eu le temps de revoir mon dernier jour vers Vancouver à vélo, où à bout de force, avec 30 kms à parcourir, je me suis surpris à sortir mon pouce du guidon pour réclamer de l'aide. Heureusement, personne n'est venu à l'époque. Pas plus aujourd'hui  d'ailleurs, c'est pourquoi je relançai  comme j'avais fait sur mon vélo et les bonnes sensations me revinrent. Plus qu'un tour, je restai concentré, j'imaginais que j'allais finir en 4 :30 ou 4 :35, mais surprise, 4 :06…WOW.
 
Je crois que mon corps et mon esprit étaient au rendez-vous. Bien sûr, on peut tous franchir des plateaux et voguer vers de grandes sensations, mais la quiétude reste finalement le repère infaillible pour qui veut se lancer.
 

 

                                           LA COURSE, CETTE VÉRITÉ!


Au début 2009, à l'instar de millions d'autres, j'ai bêtement profité de l'occurrence de cette convenance,  pour me fixer un objectif à la fois réaliste et demandant, soit de me qualifier pour le marathon de Boston.

C'est rassurant de se promener dans un créneau reconnu. En fait, c'est une grande source de motivation. D'après les statistiques, courir un marathon en 4 :00h à 60 ans, se trouve à ma portée, sans être gagné d'avance. Mon dernier date de deux ans et s'et terminé en 4 :17h. Bien sûr, plein de circonstances, température, côtes, et cetera, plaident en faveur d'excuses à une quasi contre-performance, alors on pourrait presque dire que les 4 :00h sont dans la poche, mais on serait loin des sentiments qui m'habitent face à mon challenge. Il me faut ici m'expliquer sur l'importance de la reconnaissance. Ce n'est pas fortuit de choisir un objectif reconnu de tous, du moins du  monde des coureurs. C'est un peu comme un dividende ajouté à la satisfaction du geste accompli. J'ose imaginer ma réussite qui rayonne dans le regard des autres, puisque dans mon cas, c'est exactement l'effet que ça m'a fait de voir des gens y arriver.

Maintenant, pour y arriver, je me confronte à plein de petits obstacles qui mis ensemble, me coupent le souffle, me bloquent les jambes, me laissent sans forces, cloué à mon fauteuil. D'abord établir un plan d'entraînement réaliste et m'y tenir. Ensuite, affronter l'hiver et ses vicissitudes, doser mes entraînements et mes périodes de repos, rester réaliste et surtout, surtout, toujours y croire.

Il se trouve que ma grande faiblesse est l'endurance. Pourtant, ça fait près de 30 ans que je cours, j'ai amplement eu le temps de corriger cet état et pourtant non, j'ai toujours le goût de travailler tous les autres aspects de ma discipline, mais quand vient le temps de l'endurance, il me faut toujours tout saborder, soit en partant trop vite, ou bien en augmentant le rythme à mi- parcours, de peur de ne pas en faire assez. Peut-être qu'inconsciemment je ne crois pas trop au fait de trottiner à pas de tortue et me butte à mes vieilles habitudes d'entraînement erratiques.

Mais voilà que du nouveau se présente à moi. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le fait d'avoir 60 ans, m'amène à être plus réaliste et moins difficile quant à mes aspirations, on le comprend facilement. Mais le vrai nouveau, celui qui me surprend le plus, n'est pas là. Il réside dans la certitude que le temps se fait plus court et donc plus précieux. Alors, il m'est presque impératif de faire les bons choix et d'oser ce que je veux vraiment.

Quand j'étais enfant, tout était occasion d'aventure, d'exploration, d'apprentissage, aujourd'hui c'est un peu semblable, mais avec l'avantage des échecs et leçons acquises au fil du temps. Je suis donc prêt à faire de nouvelles erreurs et par surcroit j'embrasse l'idée de trottiner pendant des heures en préparation de mon prochain marathon, on verra bien.

De toute façon, le course par ces critères d'espace et de temps me dira toujours où  se trouve la vérité.

 

 

 

Chronique du 29 janvier 2009
 
UN BRIN DE FOLIE
J'ai trouvé amusant d'arriver sur la piste du Centre Claude Robillard et d'y voir cet amalgame de corps et d'âges si différents,  déambuler dans une harmonie presque indifférente.
 
D'abord j'ai été frappé sur la piste par ces deux athlètes fluides, minces, concentrés, même intimidants. Incapable de s'en empêcher, lorsqu'ils sont passé à ma hauteur, mon chrono s'est déclenché, question de voir à quelle vitesse ils avalent la piste. 33 secondes/200m, soit l'équivalent de 2 :45/km, vitesse sidérale dans le monde des vétérans. Merci les gars pour ce petit moment de rêve. Ces deux spécimens hors du commun courraient sans efforts apparents, surtout lorsqu'ils passaient devant leur entraîneur. Il y avait pourtant il m'a semblé, une sorte de compétition entre les deux, car c'était toujours le même en avent et le deuxième devait porter des pointes, juste pour rester dans la cadence, alors que le leader courait avec des souliers plus lourds, mais combien sans bruit. Cette situation devait être bénéfique aux deux.
 
En même temps, à deux pas d'eux, i.e. utilisant les couloirs extérieurs, un groupe d'aînés, ils étaient bien une soixantaine, bougeait au rythme imposé par une professeure toute attentive à leur prestation. Ceci sans compter les quelques mini groupes de marcheurs sur les couloirs intermédiaires. Ces gens m'apparurent les plus détendus et à ce titre des plus intéressants. La conversation plus que le geste, semblait justifier leur présence au centre.
Alors vais-je trouver une niche pour accomplir ce que je m'étais promis en ce jeudi matin? Bien sûr un petit jogging de 10 minutes n'était pas superflu dans les circonstances. J'avais en tête de faire 5kms à vitesse TEMPO, dans le cas présent, à 52sec/tour. Le TEMPO rencontre à lui seul plusieurs objectifs recherchés par le coureur de fond. Il nous conforte dans un rythme soutenu, sans entrer en dette d'oxygène. Aussi, il nous enseigne à maintenir une cadence, même quand la fatigue s'installe. C'était donc pour moi un entraînement assez important.
 
Il est facile de se mentir dans ce genre d'exercice. Par exemple après un premier tour à 49 sec., ce  qui m'a semblé des plus faciles, je me devais de ralentir, au risque de m'effondrer comme une lavette au bout de 10 ou 12 tours. Rien à faire, à chaque fois que les deux gazelles me doublaient, j'augmentais la cadence. Heureusement, l'occurrence se produisait à tous les cinq tours, alors je pouvais me replacer en un demi tour. J'ai complété mes 25 tours comme prévu, avec un petit plus, soit un haussement de rythme à au moins 5 reprises.
 
Enfin, toute cette mise en scène aura servi à me faire vivre un moment délicieux,  agrémenté d'un rêve ressemblant à un brin de folie.

Yves Daigneault
         
Chronique du 06 décembre 2008
 
DE L'UTILITÉ DES SOUVENIRS

Le souvenir ravive souvent une sensation du présent.

Mon mardi s'est avéré un peu spécial. J'avais en tête de faire une pyramide, i.e. progression et régression dans les distances, en maintenant un rythme élevé. Seulement il y avait aussi un tournoi de badminton organisé par mon nouveau groupe APADOR.
 
Il me faut bien sûr établir mes priorités dans un tel cas. La course passe loin devant, malgré tout l'aspect ludique et stimulant que m'offre le badminton. Pour bien situer le contexte, il me faut préciser que le tournoi débute à 9 :00h et que mon entraînement lui, se déroule vers 8 :00h. Il me serait facile, voire tentant d'y aller côté tiède quant à la vitesse de mes tours, sur la belle piste du Centre Claude Robillard. Comme ça je ferais d'une pierre deux coups et ne compromettrais en rien ma performance au dit tournois. Par contre, c'est ma conscience qui souffrirait, car j'accorde beaucoup plus d'importance à ma capacité de courir mes tours à bonne vitesse qu'à vouloir gagner dans le tournoi.
 
Cette question étant réglée dans ma tête, je commence mes répétitions. Premier tour facile en 55 sec., ce qui est de bon augure pour le crescendo à venir. La récup. dans un bon jogging me met dans une sensation près de l'allégresse. Mais le plus dur est à venir. Il me faut maintenir cette vitesse pour deux, puis trois, puis quatre tours, avant de régresser jusqu'à un tour. Vais-je tenir? C'est alors qu'en regardant la foule, mes souvenirs refont surface et viennent me porter secours dans les minutes qui m'attendent. Pourquoi les souvenirs de mon décathlon d'il y a quinze ans surgissent-ils subitement? Je crois que certaines images se doublent dans ma tête. Entre autres, ces gens autour de la piste qui vaquent à leurs propres occupations, sont les mêmes qu'à ce jour mémorable où chaque personne que je voyais dans le gymnase me donnait confiance et quiétude. C'est comme si je tirais d'eux l'énergie nécessaire pour accomplir mes actions. A l'époque, c'était une compétition amicale, entre professeurs d'Édu. Phy. Pour déterminer qui était dans la meilleure forme. Dix épreuves au programme, avec charte de pointage, juges et règlements, donc assez sérieux comme programme somme toute.
 
On en était à l'épreuve ultime et il me fallait absolument remporter l'épreuve du saut en hauteur pour ravir le titre. Étant petit et piètre technicien dans cette discipline des plus complexes, je restais dubitatif sur mes chances de victoire. Pourtant, j'allais tout donner et accepter le résultat, dans la dignité d'un vrai concurrent. Cette attitude m'a donc mis dans un état de détente. Tout à coup, surprise, tout me réussi. A chaque saut je me sens bien. Ma technique n'est pas très bonne, mais mon impulsion compense amplement mes manques. Je suis dans un état second. Tout contribue à mon succès et succès arrive.
 
Je reviens sur la piste, rendu à la plus grande distance, je valse entre associé et dissocié dans ma tête. Il me faut rester concentré, alors je décide d'être à l'affût de toutes mes sensations pour garder toute ma concentration et finalement, ça fonctionne.  La dernière partie de la pyramide se déroule donc avec une certaine aisance, malgré la fatigue accumulée.
 
Pour ce qui est du tournoi, il faut croire que mes souvenirs m'ont encore servis, car un après l'autre, chacun des matchs s'est soldé par une victoire. 
 
C'est quand même drôle, comme on peut vivre un présent construit par des souvenirs.
 
Yves Daigneault
 
Chronique du 24 novembre 2008
 

SE RÉCONCILIER AVEC SES HABITUDES
 
Tous les jours, je me lève vers 5h, pas par bravade, encore moins par héroïsme, mais bien par habitude. Au fil du temps, je m'en suis fait quasiment une obligation.
 
Et puis le temps n'est pas un véritable ami. Cet ingrat insidieux qui nous file entre les doigts, égal, imperturbable. Il se fout complètement de nos états d'âme, de nos luttes, voire de notre vie comme du dernier des chiffons. Par exemple, ce n'est pas pour me plaindre, mais j'ai été débordé  ces dernières semaines. Si bien que pour faire honneur à mes vieilles habitudes, j'ai tout fait pour les garder contre vents et marées. D'abord le lever à 5h m'est apparut bizarre quand je me suis réveillé à 2h,  pensant que c'était l'heure, la fatigue me semblant correcte dans les circonstances. Mon jugement subissait des assauts trop forts pour lui.
 
J'ai même pensé que parce que je suis un lève-tôt que j'ai une addiction pour la course, la surcharge serait amplement supportée par toutes ces bonnes habitudes, responsables de tant de bienfaits.  Mais non, déjà que l'insomnie m'apportait un indice sérieux d'érosion de l'équilibre, ma carcasse allait se manifester à son tour. Chaque matin, je me levais un peu plus courbaturé.  Plutôt que de mettre le problème sur le dos des mes " saines " habitudes, j'ai pensé que le temps arrangerait les choses, comme s'il savait de quoi il ressortait.
 
Et bien le temps, il peut filer, j'ai compris, il faut vivre petit, un jour, une heure, une minute à la fois. Les habitudes sont comme des passages, des circuits privilégiés imprimés en nous et nous facilitant la vie. Mais si on est pour s'en prendre de nouvelles, il faut y mettre la répétition, l'attention et l'intensité nécessaires pour en tirer le summum.
Curieusement, la recherche d'une habitude devient une nouvelle aventure, pleine de promesses, mais exigeante pour se voir imprimée dans notre être comme une plus-value de ce que nous sommes. C'est pourquoi, malgré les petits inconvénients récents, je me sens à l'aise avec mes vieilles habitudes. Après tout, c'est de moi qu'il s'agit.

                                                     
Chronique du 06 octobre 2008 
 
JOUR D'ORANGE

C'est avec un frisson mêlé au soleil que j'accueille les premiers jours d'automne.  Pour moi cette équinoxe n'a rien d'égalitaire. Elle vient au contraire m'annoncer l'inexorable. Le temps des pelures est arrivé. Fini les camisoles, bonjour les gants.
 
En même temps, les joues rouges et la lumière douce enrobent mes trajets d'un plaisir à trouver. Le jeu d'essai erreur dans le choix des vêtements, rend mes sorties hasardeuses, mais certainement tentantes. Ce mensonge d'équinoxe nous prépare au froid et aux grandes ombres. L'hiver lance un faire-part de couleurs et de vents aux promesses de blanc lointain. C'est à croire que l'automne nous invite au dehors, pour goûter une fraîcheur, des couleurs et des odeurs de fête. C'est aussi le temps des récoltes, ne parle-t-on pas de l'action de Grâce, avant de s'engouffrer de longs mois dans un hiver terrible, jusqu'au réveil du printemps.
 
Je pars donc sur un trajet bien connu, mais cette fois avec un regard et un senti tout à fait différents. Les verts tendres et les orangés des feuilles doivent leur éclat au manque de lumière et à la fraîcheur des terrains. Curieux tout de même qu'on s'en délecte à ce point, car au fond on assiste sinon à une agonie, à une retraite d'énergie tout au moins. Mais je ne boude pas mon plaisir. Au contraire, c'est l'occasion idéale de sentir l'harmonie de l'endurance avec la douceur et la langueur du paysage. En des temps comme ceux-là, je pourrais courir des heures. Il me faut en profiter, car bien sûr les jours raccourcissent et la transition se fera courte avant la longue saison des gelées.
Finalement, ces couleurs et cette douceur me ragaillardisent. Mes courses d'automne sont un peu comme ma manne de noix engrangée pour l'hiver. Plus de sorties, plus de couleurs, plus de joues rouges et meilleur sera mon hiver. Quel privilège que d'avoir droit à quatre vraies saisons.
 
Yves Daigneault.
 
Chronique du 29 septembre 2008
 
 
                                                               HAILE!

Il m'arrive à l'occasion de troquer mon rationnel adulte, pour m'enticher d'une vedette. Je deviens alors comme un groupie, donnant libre cours à l'ado jamais loin dans mon âme.  C'est le cas quand j'entends parler d'Haile Gebrsellassie pour le nommer. Haile est cet homme souriant, porteur de rêve, avec les deux pieds sur terre. Dimanche dernier, il a  à nouveau battu le record du monde du marathon, devenant ainsi le premier homme à franchir la distance sous la barre des 2 h :04 :00, soit en 2h :03 :59.
 
Bien sûr il en était fier, mais aussitôt il a rajouté qu'il ne croyait pas que son record allait tenir longtemps, tellement il y a de bons coureurs en lisse. Selon lui, son pire ennemi est son âge, 35 ans. Mais si on lui demande s'il compte prendre sa retraite, sa réponse peut en surprendre plus d'un. Lorsqu'on met une date de péremption dit-il en résumé, on a déjà lancé la serviette. Quant à lui, il compte bien courir jusqu'aux jeux de 2016. On peut dire qu'il est congruent. Mais que m'arrive-t-il de m'enticher comme ça, de m'abreuver même aux paroles d'un athlète d'élite, alors que je me targue de courir pour le plaisir. Il est vrai qu je n'attends pas de voir les élites battre les records pour prendre la route et faire mon petit bonhomme de chemin. Rien n'empêche, quand je vois un exploit comme celui-là, rien que d'imaginer courir à un rythme d'environ 2min. 56 sec/km, répété 42 fois, ça me laisse coi. En même temps, est-ce l'élan du superlatif, je hâte le pas dès ma première sortie, comme pour saluer l'exploit à ma façon.
 
Depuis des décennies, je virevolte entre mon admiration pour l'élite et ma prédilection pour la masse, comme si une dichotomie les empêchait de cohabiter en toute harmonie. Je n'en fais pas une maladie, mais à tort ou à raison, je penche toujours pour la plus grande participation, en rêvant aux plus grands exploits.
Peut-être et-ce une question de dosage, à savoir combien investir pour l'élite, pour que quand la masse se sent stimulée, il en reste assez pour savoir en profiter. En attendant, Haile a soufflé un vent de participation, non seulement par son record, mais aussi par ses propos, assurant que la course c'est la santé et que lorsqu'on bouge on aide au développement de notre société, comment ne pas être d'accord. Alors, à mon tour d'ajouter un mot en disant que " La course c'est la vie ".
 
Yves Daigneault.
 
Chronique du 18 septembre 2008
 
TOUT CE QU'IL FAUT 
 
On est drôlement faits. Souvent, on est le premier obstacle à l'atteinte de nos objectifs. Je pourrais m'étendre longtemps sur le sujet, l'ayant expérimenté amèrement dans tant de domaines qu'on pourrait écrire une encyclopédie juste avec mes emplois du verbe falloir.
 
Pourtant c'est un vocable bien pratique, surtout lorsqu'on est en public. " Il faut que j'y aille ", passe comme du beurre dans la poêle, s'il est bien présenté. Un peu moins convainquant, quand en badinant, on lance : "  il faudrait que je mange moins, il faudrait que je fasse un peu plus d'exercice, il faudrait que je perde 10 livres ". Bien sûr, à la clef, demeure le sous-entendu que même si c'est un besoin, rien n'est moins sûr qu'il va se réaliser.
 
J'ai besoin de respirer, c'est vital, jamais je ne dirai, il faut que je respire. Par contre, mon besoin d'être au mieux de moi-même m'engage en quelque sorte, à faire tout ce qui peut m'y mener. Je soupçonne la recherche du plaisir d'être la plus grande responsable de nos petits malheurs. Vu qu'on est dans le domaine de la course, restons-y voir!
Personnellement, j'ai reçu en héritage, une bonne dose de fibres blanches (fibres musculaires dites anaérobiques), et par conséquent, n'ai guerre de propension pour les longues distances. La vie étant ce qu'elle est et mon âge grandissant, les options puissance et vitesse se font de plus en plus rares. Je dois donc me rabattre sur les longues distances.  Comme tout le monde, j'adore travailler mes forces, i.e. les activités que je réussis et éluder mes faiblesses, genre, je le ferai quand j'aurai plus de temps.
 
Je sais pourtant que ma réussite dépend justement du travail à faire pour transformer mes faiblesses en force. Mais c'est difficile. Alors, il me faut me servir de certains attributs acquis par la vitesse,  pour me discipliner et développer ainsi mon endurance. Quand je cours plus d'une heure, il est inutile de me lancer à corps perdu,  presque en dette d'oxygène après vingt minutes. Pourtant, mon travail consiste à me convaincre que de courir lentement me rend plus fort et plus rapide en longue distance. On dirait que mon cerveau ne l'assimile pas. Je ne me décourage pas pour autant, sachant que : " cent fois sur le métier… " 
 
Comme dans la plupart des apprentissages, le plaisir vient seulement avec la réussite. Alors, un petit truc me vient à l'esprit, y rien comme des petites réussites pour tracer le chemin du grand accomplissement. Bon, je vous laisse, il faut que j'y aille.

Yves Daigneault.
                                                  
Chronique du 13 septembre 2008
 
DÉLAI DE GRATITUDE
 
En discutant avec des amis, on s'est mis d'accord sur un point. Si on fait une chose à la fois, on risque premièrement d'être moins stressé et en bout de ligne, si on n'aboutit pas, on saura clairement où on en est.
C'est un peu dans ce sens que se pose le problème de notre évolution. Notre organisme est fait pour l'endurance. L'endurance de toutes sortes, courir, marcher, nager au départ, avec des objets aussi, vélo, ski, patins et cetera, enfin, tout ce qui comporte des gestes répétitifs, servent bien le propos de l'endurance humaine.
 
Pourtant, pourtant, s'il y a quelque chose qui n'est pas valorisé dans notre société, c'est l'attente, le délai. On vit dans l'instantané. Moi le premier, lorsqu'on m'a offert la haute vitesse sur internet, je m'y suis précipité. Mais n'étant pas à un paradoxe près, je voue une grande admiration aux athlètes d'endurance. Et c'est en fouillant dans leur vécu et dans leurs secrets moins bien gardés que j'ai retenu quelques leçons essentielles pour m'exprimer à mon tour dans toute mon endurance.
 
Pourquoi les gens de mon entourage hésitent à courir? Ce n'est sûrement pas parce que ça coûte cher,  ou qu'ils n'ont pas le temps, quoique cet argument sert souvent à toutes les sauces.

Ce n'est pas non plus parce qu'il n'y a pas d'endroit accessible. La course en fait, c'est difficile et ce l'est dès le départ. Juste le fait de ne pas pouvoir courir une heure la première fois suffit à certains pour dire que ce n'est pas pour eux. On peut et ça arrive souvent au débutant, être essoufflé après 2 - 3 minutes, c'est à la fois frustrant et dévalorisant.
 
Même si on se donne comme objectif de développer notre endurance, on fait face à des obstacles aussi insidieux qu'imprévus sur le chemin de notre réussite. D'abord pour qui aime courir, il est difficile de croire que courir lentement et longtemps est  aussi important que de faire des intervalles ou des sprints à fond de train.
On touche ici au problème de discipline. Quand on court lentement et longtemps, on a l'impression d'être en mode récupération. Pourtant on est en train de construire notre base. On est au camp de base de l'Éverest. Le sommet étant peut-être un marathon. Il faut être discipliné pour ajouter à la fatigue jour après jour pendant six mois. Car c'est ce qu'il faut faire pour construire une telle base. C'est ma foi plus exigeant que de se lever et de faire un entraînement intensif une fois par semaine.
 
Apprendre c'est difficile. Il faut répéter, se tromper, recommencer, s'ajuster et répéter encore. Pour l'endurance c'est la même chose, mais plusieurs trucs existent. Dans le cas de la course, on peut viser un marathon, c'est la carotte et chaque fois qu'on trouve la session ennuyante, difficile, on garde l'objectif en vue. On peut aussi se faire un graphique de progression. Bien sûr, on n'est pas gratifié tout de suite, mais qu'est-ce u'un petit délai sur la longue route du succès.
 
Yves Daigneault
 
 
Chronique du 05 septembre 2008                                      
 
L'AMOUR, JE L'AI DANS LE NEZ

Ce vendredi matin m'apparaît tout à fait ordinaire, sauf peut-être dans ma volonté soudaine d'y vivre un présent sans compromis. Je ne sais pas pourquoi, où je n'ose me l'avouer, mais ce besoin de courir, me presse comme une urgence de vivre entièrement le maintenant.
 
Alors,  trêve de tergiversations, il est 5 heures, je prends une douche, j'élude toutes les options qui se pointent à sa suite, i.e. café, courriel, journal, et cetera…Je m'habille tranquillement et je sors pour une heure de course.   Il fait doux et noir, mon souffle est court, mes jambes regimbent, mais je sais que l'équilibre n'est pas loin, alors j'attends. Les foulées régulières me rassurent, ça y est, je me sens mieux. Mon cerveau peut passer à autre chose. C'est l'heure des pick-up et des poids lourds, cols bleus et jeunes entrepreneurs confondus. J'ai hâte d'arriver au bord de l'eau pour respirer le calme bourgeois des villégiateurs, avec les effluves du fleuve, mêlées à la rosée du matin. C'est curieux, mais je pourrais dire à quelques secondes près, ma cadence au kilomètre, tellement je sais où j'en suis.
 
J'avance et le clair-obscur se travestit en aube parfumée aux bouquets côtiers du Lac Saint-Louis. L'odeur prend le dessus sur la lumière, du moins pour l'instant. Dans onze minutes, je fais demi-tour, soit deux kilomètres. C'est fou comme c'est rassurant et plaisant à la fois, cette certitude en quelque chose. Déjà des écoliers s'alignent sur le bord de la route, en costume bien sûr, on n'est pas n'importe où. Ils attendent l'autobus du vendredi, le sourire de fin de semaine, plissant le coin de leurs lèvres. Il faut être à l'allure de la course, même de la course de fond, pour sentir tous ces détails, Wow, quelle chance.
 
Je le savais d'avance, mais mon choix reste le même, la fin de ma sortie m'offre une belle côte casse patte de 600m. Je la prends comme un défi, un challenge qui vient me rassurer sur mon état, une sorte de ticket qui vient dire que oui, c'est vrai, tout ça c'est beau et c'est réel et tu l'as payé au juste prix.
 
Mais que vient faire l'amour dans tout ça. Car l'amour est bien dans le titre de ce texte. L'amour étant une disposition favorable à l'égard de ce qui est senti, je crois l'avoir vraiment dans le nez.

Yves Daigneault.
 
Chronique du 29 août 2008
                                          
 
CES FIBRES QUI FONT ROUGIR

Les Jeux Olympiques de Pékin m'ont fait vibrer tout entier, surtout au " Nid d'oiseau ".  J'ai dû attendre une grosse semaine avant de voir la piste en tartan, ainsi que les espaces réservés aux concours, accroché que j'étais à mon écran de télé, toujours un peu entre jour et nuit.
 
Peu importe, ça en valait la peine. Tout était de haut niveau. Bravo aux analystes qui ont su résumer la complexité des épreuves, pour soutenir l'enthousiasme des spectateurs à l'affût de moments historiques. Les courses m'ont soulevé davantage que les concours, alors j'ai le goût de m'y attarder quelque peu. On a beau être néophyte, il est quand même frappant de voir les différences de gabarit qui suivent de façon presque directe les longueurs des épreuves. Plus c'est court, plus on est musclé, plus c'est long, plus on est ténu.
 
A cela on pourrait ajouter le caractère, avec quelques nuances bien entendu. Pour les sprints, la testostérone parle beaucoup et l'agressivité donc, n'est jamais bien loin. Au fond du spectre règne le marathonien, tout en introspection et zen que veux-tu. Même la mécanique intérieure diffère selon la distance choisie. Au 100m on travaille à 95% en anaérobie, i.e. en privation d'oxygène. Exactement à l'inverse du marathon, où l'oxygène devient des plus précieux. Ce qui nous amène des courses des plus excitantes au 1500m, où l'oxygène contribue pour 50% de l'effort de l'athlète. Alors que dire du 400m en presque totale anaérobie. Cette agonie terrible lui a value le sobriquet de " mort lente ".
 
La nature étant ce qu'elle est, on ne peut s'improviser en sprinter. Ici je dois m'expliquer. Nous disposons tous à la naissance d'un certain nombre de fibres musculaires. Elles se divisent grosso modo en deux catégories, soit les rouges et les blanches. Les rouges sont les fibres oxygénées, les vecteurs de l'endurance. Les blanches elles sont là pour la puissance, l'explosion, les réactions de survie dans des cas extrêmes. La bonne nouvelle, c'est qu'on peut transformer nos fibres blanches en fibres oxygénées par l'entraînement. La mauvaise, c'est qu'on ne peut augmenter le nombre de nos fibres blanches, il faut savoir choisir ses parents. 
 
Alors, au regard de ces performances olympiques, lesquelles m'ont soulevé au point de me faire lever de mon siège, c'est peut-être à cause de mon âge, bientôt 60 ans, mais le 5000m et le 10000m m'ont ébloui, à cause du rythme, de l'élégance du geste, du calcul de l'effort et de la finale, en particulier le dernier tour de piste de Kenenisa Bekele, imaginez, à la fin du 5000m, un 400m en 53 sec. alors qu'au 800m le premier 400m s'est couru en 53 sec.
 
Ce que je souhaite par-dessus tout, c'est qu'on se rende un peu plus compte que les humains sont faits pour bouger. Pas besoin d'être un olympien pour activer nos fibres rouges, mais que c'est beau, que c'est beau.

Yves Daigneault

 
 
Chronique du 29 juin 2008                                        
 
 LA VIE ENTRE LES MARGES

Je suis un acheteur compulsif. Il suffit que j'imagine le bonheur de posséder,  côtoyer, utiliser même un objet que le désir émerge. Alors, comme une obligation s'empare de moi. J'en ai besoin. Je fais le délice des fabricants de rêves.
En même temps, je résiste aux excès et me protège tant bien que mal en utilisant toute la force que me laisse le raisonnement devant mon cerveau envahi. J'en profite pour pratiquer la rationalisation (pas celle des grands chefs d'entreprise), pendant que je ne suis pas bombardé par la publicité.  Il se trouve que ce schéma me suit dans mes habitudes de course, me causant quelquefois problèmes, blessures et multe frustrations.
 
Alors il me faut trouver l'équilibre. Car une vie dans les excès aura tôt fait de m'envoyer dans la marge et là comment dire, tout va très vite et les effets catastrophiques s'avèrent inéluctables. Ce à quoi j'hésite un peu…
Pour la consommation, il faut reconnaître quoi, comment et quand acheter. Un budget serré et une liste bien préparée nous prémuni devant les écarts éventuels. Pour la course par contre, allez savoir pourquoi, l'évidence de l'harmonie et de l'équilibre ne me saute pas si facilement aux yeux.
 
Mon corps c'est du direct, mes vibrations, mes sensations sur la route, toute cette effervescence, elle ne se monnaye pas. Alors le raisonnement oui, mais pour quoi faire? Je sais, on doit construire une base en endurance, on progresse lentement pour éviter les surcharges qui mènent à l'épuisement. Tout ça, on peut le raisonner, mais l'instinct naturel qui nous fait sortir par -20C, ou par une chaleur torride, ce réflexe reptilien qui nous pousse à l'action, pour rien au monde, j'y changerais quoi que ce soit.  Au même titre, je me délecte de savoir qu'un kilomètre réfère à la même distance partout au monde et qu'une minute reste aussi interminable qui que l'on soit, si l'énergie n'y est plus.

Bien sûr, juste pour continuer à courir, je suis prêt à faire des compromis, à concéder de ne pas toujours être à fond de train, juste pour la retrouver au quotidien. Mais là encore, il me faut être méfiant et mon petit doigt me dit de varier pour mieux profiter. i.e. faire du vélo, nager etc. afin de garder l'œil du tigre, sans s'effondrer. Se faisant, mon être s'en trouve bien nourri et mon énergie reste intacte.
 
Finalement, l'équilibre quoique précaire existe, mais est sans cesse à reconstruire.
 
Yves Daigneault
 
Chronique du 22 juin 2008
 
POUR L'AMOUR

La course nous apporte toutes sortes de sensations et pour peu qu'on s'y adonne avec rigueur, elle façonne notre corps, voire notre âme. Comme dans tout, lorsqu'on y met des efforts, on peut compter sur des bénéfices collatéraux, tels dans ce cas-ci, des endorphines qui viennent nous faire sourire devant l'effort. On en devient presque gagas.
 
Tant qu'à tripoter notre corps, autant en profiter pour s'en servir à bon escient et je pense ici bien sûr au sexe. Aussi loin que je me souvienne, i.e. disons à partir de la puberté, le sexe a occupé une place de choix dans mes pensées. Si les endorphines servent ma course, les phéromones servent ma vie sexuelle. Une récente étude de l'Université de Harvard soutient que les coureurs et coureuses qui ont découvert la course récemment et qui sont âgés entre 40 et 60 ans, jouissent d'une vie sexuelle comparable à leur comparses de 20 ans leur cadets.
 
Et ça s'améliore avec la pratique semble-t-il. Les hommes qui peuvent avoir une érection et la tenir assez longtemps, ainsi que les femmes qui sont facilement stimulées, atteignent plus facilement l'orgasme. Il semble y avoir une corrélation entre la forme physique et nos hormones de toutes sortes. Peut-on parler ici de double avantage?
Mais attention, la brigade des mœurs n'est jamais loin pour corriger les vilains et jeter une douche froide sur les élans par trop enthousiastes. Est-ce que trop d'une bonne chose peut nuire au bon fonctionnement de l'ensemble? Poser la question c'est y répondre.
 
La course oui, mais attention à la fatigue, le sexe oui, mais attention aux abus et vu qu'il se pratique souvent à deux, attention aux relations. Côté pratique, nous sommes à même de savoir qu'une bonne relation et un sentiment amoureux amènent une plus grande satisfaction qu'une déficience de l'un ou l'autre. Mieux, pour la performance sportive, la pratique sexuelle juste avant la performance sportive avantage l'athlète. Par exemple, chez les femmes, un orgasme juste avant une épreuve sportive, amène souvent un meilleur résultat. Alors, allons-y, jouissons de la vie.

Yves Daigneault.
 
Chronique du 15 juin 2008

                                            L'ODEUR DU TEMPS
 
Ce matin je me suis réfugié dans un rituel, sachant d'avance m'y complaire. Petite douche, déjeuner, lecture et enfilade de vêtements de course. C'est que je suis confronté à un vague à l'âme appuyé d'une légère gueule de bois.
Mes pensées picossent des sentiments contrastés, bonheur d'être papa, amertume dans mon incompétence. Je dis facilement ma fierté d'initiateur, sans pour autant avoir le comportement adéquat qui s'y rattache. Heureusement, je me sens aimé d'eux et vice-versa.  Alors quoi, c'est compliqué être papa aujourd'hui.
 
Car déjà, je ne suis plus de la même époque. C'est curieux, c'est arrivé sans que je m'en aperçoive. La société nous a ébranlé et mon rôle de père s'est comme étiolé. Mea culpa en ce jour malheureusement consacré à la consommation.
 
Puisque j'ai choisi de me commettre dans une chronique de course, faudrait peut-être que j'en parle. Arrive donc le temps de la complaisance. D'abord l'odeur du gazon au départ de ma course, puis les pivoines et l'eau du fleuve se mettent de la partie. Les rangées de feuillus ensuite prennent la relève. Puis bien sûr, ma sueur qui ruisselle, ne laisse personne indifférent. J'ai quand même suivi un peu l'époque moderne avec des vêtements à la fois techniques et confortables. Même que si j'avais été une femme, j'aurais jouis de courir en jupe en ce temps de canicule.
 
Toutefois, c'est le temps qui me fait sentir sa chaleur, m'envoyant des aiguilles de douleur dès que j'ose faire une pointe de vitesse. Une chose cependant, l'odeur qui s'en dégage reste toujours la même, celle de l'amour de courir au mieux de ce que je suis. Peut-être puis-je offrir cette course pour dire à mes enfants d'abord et à tous ensuite que l'odeur du temps ne peut effacer l'amour de vivre.
 
Salut à tous les papas, papis et pépés.

Yves Daigneault.
 
 
 
                                  BIEN MANGER POUR ÊTRE BIEN

Chronique du 7 juin 2008.

  
Combien de fois vous êtes-vous retrouvé dans une super  forme, seulement pour vous voir attraper un rhume la semaine avant votre grosse course? Ou peut-être vous êtes-vous rendu jusqu'à la ligne d'arrivée, sans pouvoir courir pour les 10 jours suivants, Que s'est-il passé? La plupart du temps, la course semble nous conférer un effet protecteur contre les rhumes et autres infections respiratoires. En fait, la plupart des coureurs se plaignent moins souvent de ces maux que les sédentaires. Pourtant, certains coureurs, même plusieurs, tombent malades aux moments cruciaux..
 
Vous n'êtes pas seuls, si vous vous sentez particulièrement vulnérables aux virus durant des périodes d'entraînement intensif. Plusieurs coureurs ont attrapé des virus durant ces périodes cruciales. Citons en exemple Alberto Salazar qui a attrapé 12 rhumes en douze mois en se préparant pour le marathon olympique de 1984. Finalement, il a fini 15ième après avoir été le favori de la course. De grandes doses de vitamine C, de glutamine, ainsi que l'évitement du contact avec d'autres sont des stratégies fort utilisées pour protéger le système immunitaire.

Nous oublions trop souvent une façon simple, mais très efficace de renforcer notre immunité, il s'agit bien sûr de surveiller notre alimentation. 
Un bon système immunitaire se lit dans un bon taux de sucre dans le sang. Et un bon taux de sucre provient d'une bonne consommation d'hydrates de carbones. Car ces sucres lents assurent un débit continu dans l'organisme pour de longues périodes.
 
Une règle d'or vient ici à notre rescousse .Lorsque notre exercice dure une heure ou moins, l'eau suffit amplement à nos besoins énergétiques. Après 90 minutes cependant, des breuvages énergétiques contenant environ 6 à 8 % de sucre sont fortement recommandés pour nous maintenir dans un état optimal. Nous avons souvent pensé qu'une fourchette de 30 à 45 minutes immédiatement après l'exercice était particulièrement favorable à l'absorption de sucre. En corollaire, nous devons aussi comprendre qu'en cas de non consommation, la même fourchette joue en faveur d'une diminution de la résistance immunitaire.
 
Au-delà des breuvages sucrés durant l'entraînement et de la consommation d'hydrates de carbone immédiatement après, de bonnes habitudes alimentaires, telles une grande variété dans nos choix d'aliments assure une forme optimale de notre système en tout temps.
 
Au fond, c'est simple, donnons à notre corps ce qu'il demande, en autant qu'on est suffisamment attentif à ces besoins réels.
 
Yves Daigneualt.
 
 

            Chronique du 31 mai 2008.

                                               LA PAROLE EST D'ARGENT 

Aux néophytes de la course à pied, j'offre souvent le truc de la conversation pour doser les efforts lors de sorties de groupe.
Si on peut palabrer, s'exprimer sans ambages, même verser dans les détails croustillants de l'anecdote au goût du jour, on est à coup sûr en mode aérobique. J'ajouterais même, en zone de confort.
Aussi, lorsque les phrases se font plus courtes, nous découvrons le seuil anaérobique, au-delà duquel on ne peut faire long feu. Si bien que lorsqu'on le titille, on le fait avec parcimonie et une bonne dose d'humilité.
Quand les mots n'en sont en fait que des bribes tels, ouais, o.k. bof, l'espoir d'arrêter est grand, même inéluctable.
Tout ça c'est bien pour ceux qui aiment bavarder lors des sorties, mais les autres, ceux pour qui l'introspection, la concentration, ou même la gêne laisse cois, ces conseils ne sont d'aucune utilité. C'est ainsi que j'ai découvert que le monde des coureurs de fond se divisait en deux grandes catégories, les " jaseux " et les sérieux. Il m'arrive parfois de commencer en jaseux et de finir des plus muets. L'inverse est plutôt rare et j'avoue que lorsque je l'ai vécu, c'était pour moi tout près du nirvana.
Ces caractéristiques sont si véridiques que même lors des compétitions, les deux camps se côtoient, donnant lieu à des situations parfois cocasses. Car quoi, on ne connaît pas son rival qu'on est sur le point de dépasser. Mais, arrivé à sa hauteur, un : "  lâche-pas, ça va bien, ou un, bonjour comment ça va ", ne fonctionnent pas toujours. L'interprétation peut surprendre, voire troubler l'interpelé.
Quoi qu'il en soit, nous partageons tous cette même passion de la bouffe du bitume, comme de toutes les surfaces qui nous font avancer des heures durant. Alors, qu'on le vive d'une façon comme de l'autre, ce qui compte, c'est d'y être.

Yves Daigneault.

 
 

                                                             SURPRISE!

Ces derniers temps, la nature s'est montrée avare de soleil. C'était peu, mais je cherchais le moindre prétexte pour mettre la pédale douce à mes entraînements. Pourquoi, je n'en n'ai aucune idée, mais bon, un peu de farniente taquinait mon esprit. Coucher tôt, lecture et télé, c'était comme une grande récréation.
 
J'y prends goût, et deux semaines passent. Quand même un soir, après deux jours collés de course et une fatigue bien sentie, je me décide quand même à me secouer les puces et à tâter de l'intervalle. Rien que le mot donne des frissons aux initiés qui comme moi l'ont pratiqué à mauvais escient.
 
Quand même, j'attaque la piste de 400m avec une certaine désinvolture, prêt à accepter le résultat quel qu'il soit. Un 1200m d'abord à rythme moyen, m'a semblé sans effort aucun. Après un tour de récup., un 800m suit, dans un serrement à peine inconfortable. Si bien que j'ose ouvrir plus fort dans une série de 400m, tel un jouvenceau. Surprise, je me complais dans l'effort, plus, j'en redemande, la vitesse me sied à merveille. Je suis presque à bout de souffle, mes jambes chauffent et je pourrais encore accélérer. Je me retiens, pourquoi, je ne saurais le dire, mais tout est là, l'harmonie la satisfaction, l'équilibre, wow.
 
Comment est-ce arrivé, j'ai ma petite idée là-dessus. Elle est saugrenue, mais elle vaut bien que je la partage. Évidemment, l'expérience nous fait savoir quand on chatouille la crête du surentraînement. Mais, honnêtement je n'y étais pas. Alors quoi? Je crois que la sensation d'être en harmonie dans son quotidien, de se sentir compris, apprécié favorise la synergie globale. On dirait que tout devient facile, il ne faut rien exagérer, mais on prend tout ce qui arrive sur un ton plus léger. En saisissant cette occasion, je me suis prouvé que l'action heureuse n'est jamais très loin.
 
Yves Daigneault.

 
                                      QUAND LA COURSE DEVIENT UN ART

Ce talent, ce procédé dis-je qu'est l'art, peut-il servir la cause de la course? En fais-je une quête ou une constatation?
Par nature, la course fait partie de notre processus de développement. Tous, à moins de particularités incontournables, l'exerçons  peu de temps après nos premiers pas.
Alors, pourquoi faire tant de fla-fla autour de sa pratique? C'est certainement à cause du constat tragique de l'efficacité avec laquelle on a réussi à s'en départir.
Sans dire tous, une grande partie de nos efforts d'évolution, ont servi la cause du ralentissement, jusqu'à la recherche sublime s'il en est, de l'immobilisme. Quelle belle nature que celle de l'homme. Nous sommes des être sociaux et à ce titre, avons absolument besoin des autres pour survivre et accessoirement, pourquoi pas être heureux.
C'est pourquoi nous mettons en commun nos forces, nos découvertes et nos talents pour y arriver. Qu'on pense aux découvertes du feu, de la roue, et j'accélère ici notre formidable évolution jusqu'à l'internet, les jeux vidéos et j'en passe et des plus belles.
C'est par une torsion que je n'arrive pas à expliquer, tant elle est complexe qu'on a finit par faire de la course, une activité à apprendre et à maîtriser, si on veut en profiter. Ouf, j'espère me tromper, car un malaise m'envahit en le disant. Peut-on laisser la course entre les mains de la technologie sans crainte de débordements, d'abus, voire de catastrophes.
Revenons donc sur notre constat du début. La course,  pour être un art,  se doit d'être forgée, inventée, crée par l'homme. Or il n'en n'est rien. D'accord pour les avancées technologiques qui tendent à nous la rendre plus conviviale, attrayante, elles sont certainement bienvenues. Mais laissons à l'art son rôle essentiel, soit d'exprimer notre âme, nos sentiments, nos  idées en marquant d'un artifice ce que la nature offre à tous, nous y compris.
Finalement, si on veut en faire un art, ça ne me dérange pas, seulement, je crois qu'on devrait simplement retrouver notre nature et lui faire confiance.
Yves.Daigneault.
 
 
                                                Chronique du 8 mai 2008.

LES DISTANCES EN DISENT LONG

Les distances où est-ce le temps, en disent long sur les protagonistes de la course à pied. Une petite mise en situation d'abord, pour clarifier où je veux en venir.
 
Depuis maintenant plus de trente ans, j'enseigne au secondaire et les élèves ne dérogent à peu près pas des critères les identifiant à leur âge. Par exemple, lorsqu'ils arrivent au secondaire, ils passent de grand boss du primaire à " ti-cul " du secondaire et prennent l'année pour s'y faire. L'année d'après est souvent une bénédiction pour les professeurs. Les élèves connaissent le fonctionnement, les limites et participent de bon gré aux activités. En troisième secondaire, oh la la! Chez les gars, c'est l'âge des défis, de la confrontation, tandis que les filles louvoient entre pâmoison et gros chagrin. Puis arrive la quatrième secondaire, second répit de l'adolescence. Ils choisissent des options, prennent confiance et tissent de bons réseaux d'amitié. Finalement, à l'année ultime, ils triment plus à se confronter entre leurs choix pas si sûrs et leur goût d'en finir avec l'école. Si bien qu'en deuxième partie d'année, le bal des finissants prend plus d'importance que les examens finaux, du moins côté garçons.
 
Nous pouvons faire un parallèle avec la course à pied. Bien que d'évidence, plus on vieillit, moins on performe, encore plus sur les courtes distances. Si bien qu'il faille se tourner vers le type de personnes face à leur âge, pour en comprendre les subtilités.
 
Les américains ont fait leur choix depuis belle lurette et ont couronné le 100m, comme la reine des courses, tant au point de vue prestige que pour sa valeur populaire. Bien sûr pour le symbole de beauté, de puissance et de domination. Tellement que sans le dire ouvertement, tant les entraîneurs que les athlètes, tous croient qu'on  vieillit en harmonie avec l'augmentation des distances de compétition. Si bien qu'on finit par faire passer le marathon comme une distance de second ordre, une sortie élégante à une carrière qu'on veut plus longue.  Personnellement, sans contredire complètement cette théorie qui veut que notre vitesse de pointe s'effrite avec le temps, j'aimerais y introduire des éléments de personnalité et de génétique qui rendent une meilleure justice aux athlètes concernés.
 
Prenons les distances une par une et voyons-y de plus près. Le 100m où la force explosive règne en maître absolu, peut très bien servir de champ d'expression à des athlètes vieillissants au caractère et aux muscles tout aussi explosifs. Ils vont moins vite vrai, mais ils restent tout aussi fébriles face à la ligne droite.
 
Le 400m qui à mon avis restera toujours la course la plus difficile, même que ses pratiquants l'appellent l la mort lente. Elle  peut servir de balise à celles et ceux qui ne peuvent se contenter de mièvreries. En ce sens, peu importe l'âge, si vous avez l'état d'esprit du tour unique. Si vous salivez à l'idée de maintenir une cadence indécente au troisième tournant, alors qu vos jambes sont comme du jambon et que vos bras ne répondent plus. Si votre allure se détériore et que tout ce que vous cherchez, c'est de la retrouver coûte que coûte, alors que vous ayez 20 ou 60 ans, le 400m c'est pour vous.
 
Voyons le 1500m maintenant, c'est la distance classique, où vitesse et tactique gagnent tour à tour le cœur de ses adeptes. Que l'on soit fougueux à l'instar d'un Steve Prefontaine , qui s'est tourné ultimement au 5000m, ou fin tacticien tel un Sebastian Coe, le 1500m est las distance rêvée, tant pour les coureurs que pour les spectateurs. Car elle est construite comme une histoire faite de rebondissements et de drames contenus.
 
Le 5000m comme le 10000m sont des distances réservés aux athlètes à la fois endurants et puissants. Il faut donc une dose de hargne, mêlée à une endurance hors pair, pour vouloir se colleter avec les adeptes de ces distances.
Le marathon quant à lui, malgré ce qu'en pensent les américains, reste une épreuve ultime, bien sûr d'endurance, empreinte de tactique et de préparation minutieuse. Elle est ouverte c'est vrai aux athlètes d'expérience, mais n'en finit pas d'attirer à elle une grande fourchette d'âges, pavant ainsi l'espoir de s'exprimer en courant sa vie durant.
Alors, s'il est vrai que des gabarits ou des caractères conviennent mieux que d'autres à des distances particulières, la course comme les études, sert bien celui qui sait les vivre.
 
Yves Daigneault
 
 
Chronique du 3 mai 2008.
                                                         COMPÉTITION
La compétition, particulièrement dans la course à pied, relève de la plus grande simplicité. Parcourir à pied la distance d'un point à un autre, dans le temps le plus court possible. Les vétérans du domaine connaissent d'infinies façons de compliquer l'épreuve.  Pour certaines courses, le défi revient à modeler nos efforts de façon précise, pour atteindre un nouveau niveau de performance personnelle. Dans ces cas, la patience est le meilleur guide vers de bons résultats. Il nous faut apprendre quand se retenir et quand tout donner.
 
A d'autres occasions, on doit s'en remettre aux indices révélés par nos adversaires. C'est alors que nous cherchons à maintenir le rythme des autres plutôt que le nôtre, mettant  à risque l'issue de l'exercice. Nous pouvons même, quand les circonstances l'exigent, considérer notre effort comme une contribution au groupe, à l'équipe.
Malgré toutes ces variables, souvent nous vivons nos meilleures courses, autant du point de vue satisfaction personnelle que de performance, lorsque nous ne faisons que faire pour le mieux, tout simplement. Pour y arriver, on nous dit de relaxer, de laisser aller, de courir à l'instinct. Mais comment y arriver? De par leur nature, ces situation ne peuvent être planifiées…ou le peuvent-elles?
 
Quelques facteurs à mon sens peuvent y contribuer grandement.
1- Être très reposé. Bien sûr, on peut courir à s'abandonnant complètement, même lorsque fatigué, mais le résultat alors est plus que prévisible. Il n'y a rien comme d'arriver à la ligne de départ et de se sentir fébrile parce que plein d'énergie.
 
2- Soutenir la pression.  Car pression il doit y avoir. Nous recherchons ici des situations où la qualité garantit le résultat. Qu ce soit des adversaires qu'on peut redouter, un parcours exigeant, ou des conditions météo difficiles, nous devons voir ces facteurs comme des éléments qui nous conduisent vers un succès.

3- Poser des questions. Oser se demander à la ligne de départ, à quelle vitesse vais-je faire cette course et accepter d'avance que le résultat sera le meilleur de nous-même.
 
Je crois fermement que la course en tant que compétition sera toujours une source d'inspiration pour un grand nombre d'entre nous. En tout cas, pour moi ce l'est.
 
Yves.Daigneault.
 
 
 
           Chronique du 26 avril 2008.

                                                 LE DÉSENTRAÎNEMENT

On se pose parfois la question à savoir, après combien de temps sans s'entraîner perd-on assez la forme pour que nos performances s'en ressentent. Bien sûr parmi les passionnés de la course, cette crainte amène parfois des raisonnements, disons risqués.
 
Est-on mieux de s'entraîner deux fois par jours, de courir chaque jour sur une période très, très longue. Bref, l'effet contraire à nos attentes se produit alors de façon presque assurée. Nous nous blessons où nous tombons malades. Trouver l'équilibre dans se genre d'équation tient du gros bon sens, d'un peu de chance, d'analyse attentive et surtout d'une compréhension suffisante des éléments en jeu.
 
D'ailleurs à ce propos, au moins une soixantaine de recherches scientifiques dignes de ce nom ont été répertoriées. Les découvertes en général, sont de nature plutôt rassurantes.  Prenons ces quelques données pour nous en convaincre. Après 2 à 4 semaines d'arrêt, notre VO2max diminue de 4 à 10%. Ceci en grande partie à cause de la réduction du volume de sang se rendant au cœur. Nous assistons aussi à une diminution de la concentration de glycogène musculaire. Ce qui est étonnant du glycogène, c'est que plus on est en forme, plus grande est la baisse.
Aussi, il suffit de garder en tête que côté performance, l'intensité importe bien plus que le volume. On peut réduire le volume de 30 %, si on maintient l'intensité, la performance peut prendre des mois avant d'en subir les effets négatifs.
 
Quelques données ne sont pas consignées dans les recherches, mais affectent néanmoins les coureurs. Par exemple, l'effet de l'habitude qui disparaît, ou du repos qui s'installe, rendent le retour au niveau d'avant d'autant plus difficile.  C'est pourquoi, on doit être d'autant plus patient quant au retour à la grande forme. Après tout, on le sait depuis toujours, la course est là pour rester.
 
Plus, la performance n'est qu'une facette de ce merveilleux sport aimé de tous.
 
Yves Daigneault.
 
                                                      L'ESPRIT OLYMPIQUE

Chronique du 18 avril 2008

Je vois arriver Pékin 2008 et toute la fanfare qu'attire une si grande plate-forme médiatique et j'ai quelques frissons. Je suis sensible au sort des Tibétains et préoccupé immensément par les droits de la personne.
 
Mais mon cœur, mon âme et mon énergie sont saisis surtout par l'esprit olympique. Je ne suis pas naïf au point de nier la corruption, autant à l'extérieur ( marketing, appât du gain) qu'à l'intérieur ( dopage, tricherie, etc…) qu'apporte avec eux ces Jeux olympiques.
 
Mais je ne puis m'empêcher de vibrer avec celles et ceux qui déploient leurs énergies qui investissent des années de leur vie pour accéder, peut-être c'est pas sûr, à une place, même dans l'ombre, à la grande fête. Si on s'attarde à la charte olympique, on peut y lire : "  Les jeux olympiques cherchent à créer une manière de vivre basée sur la joie vécue dans l'effort, la valeur éducative de l'exemple et le respect des principes fondamentaux d'éthique ".
 
C'est pourquoi je me sens toujours soulevé d'admiration, tant pour les favoris des disciplines vedettes que pour ceux qui vivent leur rêve dans l'ombre. Peut-on nommer un athlète olympique du tir à l'arc?  Ne serait-ce que pour le culte de l'effort, bien sûr l'image des plus grands me sert d'inspiration pour que je m'habille et que j'aille faire ma petite sortie de 45 min. On oublie quelquefois qu'une réussite facile est vite oubliée, mais que celle durement acquise nous suit longtemps après le fait.
 
On parle d'éducation dans la charte et je joins mon vote au culte de l'effort. Sans me faire l'avocat du diable, j'émets quelques craintes dans notre volonté de faire que les élèves évitent l'échec à tout prix. Pour qu'ils se sentent intégrés, on est prêt à baisser les standards et à accepter la médiocrité au nom de l'équité. Je sais, j'y vais un peu fort, mais malheureusement  assez près de la vérité. Les athlètes que j'admire ont vécu l'échec à maintes reprises. Ils s'en sont servi pour mieux rebondir et bâtir une force qui les guide dans tout ce qu'ils entreprennent.
 
Alors dans ce sens, accueillons l'olympisme pour ce à quoi Pierre de Coubertin a aspiré, un monde meilleur.
 
Yves Daigneault

LES RIVERAINS
 

 
Chronique du 5 avril 2008.

                                                 Vive les mathématiques.

En tant que coach, je cherche toujours la meilleure formule qui puisse convenir aux coureurs à qui je m'adresse. Que ce soit pour une approche générale, ou pour un conseil pointu, j'essaie toujours de prendre en considération tous les facteurs présents qui pourraient influer sur le résultat.
 
Parfois, ça donne des surprises hallucinantes. Il me vient une anecdote sortie tout droit du domaine du vélo. Les années 80 et 90 en particulier, ont vu l'essor de la popularité de la " petite reine ", allant jusqu'à même interférer sur la pratique de la course à pied. La technologie s'est développée de façon fulgurante. Je me rappelle le développement d'une nouvelle forme de pédalier " Biopace " ovale. Le but louable de ce système était d'augmenter l'efficacité du coup de pédale. Après plusieurs essais et tentatives de perfectionnement, on en est arrivé à l'objet ultime, soit le pédalier parfaitement rond.  Mon argument ici tient dans l'idée que l'on peut chercher  la formule magique par exemple pour courir un marathon en 4 :00h. On développe une progression bien réglée dans les longues distances, on fait des intervalles à bonne vitesse et des Tempos bien gérés, pour augmenter notre VO2 max. Seulement, la meilleure façon de courir un marathon en 4 :00h sera toujours de courir à 5 :40/km pendant 4 heures.
 
Et comme pour l'apprentissage des mathématiques, le succès vient souvent dans la répétition d'exercices, la meilleure façon de courir à une certaine vitesse, c'est d'exposer son organisme le plus souvent possible et le plus longtemps possible à cette vitesse. C.Q.F.D.
 
Donc, si on fait plusieurs sorties entre 10 et 30 km à la vitesse marathon, on augmente nos chances de s'y sentir à l'aise. Je sais, je sais, je me répète, mais je sais aussi que c'est comme ça qu'on apprend. Alors, si le cœur vous en dit, faites-en l'expérience.
 
Yves Daigneault.
 
 
Chronique du 30 mars 2008.

                                                   MONTER LA BARRE

C'était une de ces journées sans excuses, 12C, pas de vent, un petit couvert nuageux, une journée parfaite pour une course sur route. Plus, j'avais fait mes devoirs, i.e. mes longues distances en progressions, mes intervalles, mes Tempos. Et dans la dernière semaine, réduction du volume et augmentation du repos.   Et le résultat fut au-dessus de mes espérances. C'est quand, au milieu de la course, je me suis retrouvé avec un groupe inhabituel, mais que mon état lui, était tout à fait idoine. L'idée folle m'est venue de rejoindre un petit peloton à environ 400m en avant. Ça m'a pris trois km, mais c'était faisable et il me restait encore assez de zest pour appuyer l'arrivée. Quelle course, quelle surprise.
 
Le problème c'est que s'il y avait une formule qui garantisse une percée à coup sûr, le rôle de coach serait des plus ennuyants. Car il m'est arrivé d'avoir une préparation parfaite et une performance médiocre à sa suite. Je crois qu'on doit être aux aguets des signes.
 
Bien sûr quand tout va bien aux entraînements, c'est un signe indéniable. On dit aussi que les percées arrivent là où on les attend le moins, soit à des petites sorties improvisées, ou à des courses qu'on considère de moindre importance. La raison en est bien simple, on est détendu. Ce qui à mon avis est le facteur déterminant en l'occurrence. Coupler ce facteur avec le courage de se tester pour savoir vraiment, mais vraiment jusqu'où on peut aller et le résultat devrait suivre.
 
Pour tout cela, il faut être capable de vivre le ici et maintenant et d'avoir disons, une confiance sous contrôle. J'entends par là une confiance éprouvée. Nous ne sommes pas sans savoir qu'ici on est sur la crête fine de la performance d'un côté, de la brisure de l'autre. Une anecdote sur coach et confiance, me vient à l'esprit. Il s'agit d'un ami coach qui reçoit un jeune plein de promesses, mais sans expérience aucune. Il l'inscrit dans une course de 5000m sur piste. Après 5 tours, il tire à l'arrière du peloton par environ 200m. Arrivé à la hauteur de son coach, il lui demande : "  coach, est-ce que je peux abandonner? ", et le coach de lui répondre : " pas avant d'avoir rejoint le peloton ". Il prit 4 tours pour rejoindre le peloton et poursuivit son élan, pour finalement gagner la course. Mon ami avait eu cette répartie un peu par instinct, mais quel dénouement.
 
Avoir une percée est difficile, mais capitaliser dessus l'est encore plus. Les endorphines, les rêves nous propulsent encore plus loin et quelquefois on oublie l'essentiel. La phase de récupération et  la reconstruction avant de redéfinir de nouveaux objectifs plus élevés. En gros, on ne doit pas s'attendre à de meilleures performances dans les jours qui suivent, mais on doit quand même se réorganiser pour rester encore dans le ici et maintenant et surtout, dans la détente.
 
Yves Daigneault.

 
 
Chronique du 25 mars 2008.

                                              QUAND L'HIVER S'ÉTIRE

La beauté de l'hiver, on ne la dira jamais assez, le tapis blanc qui couvre les prairies, les montagnes enneigées qui font le ravissement des skieurs, planchistes et toutes ses variantes.  Mais quand arrive l'équinoxe, on dirait que mon horloge biologique sonne le réveil des vêtements légers, le goût de la renaissance après une période quelque peu figée dirons-nous.
 
Mais non, il ne faut pas s'y fier et plein de dangers nous guettent durant cette transition, faite à la fois du meilleur et du pire. Pourtant, on sait que mars est le mois des giboulées, du vent, de la gadoue et du regel casse-patte. Dans mon cas, l'hiver durant, je m'étais motivé à ne pas m'en faire et à m'habiller tranquillement pour affronter toutes les intempéries. C'était aussi en filigrane, l'idée secrète de la récompense du printemps, où du jour au lendemain, on laisse les double épaisseurs, pour enfiler des shorts et sentir enfin le vent sur nos jambes. Disons qu'avec ces étirements hivernaux, j'ai dû continuer mon rituel de m'habiller tranquillement pour sortir affronter les conditions moches, mais cette fois avec une conviction amoindrie. Résultat, j'ai attrapé une grippe. Vous allez dire que je divague, mais si ce n'est de la cause, l'effet lui est indéniable et quelque peu déprimant.
 
Alors, j'en profite pour essayer de tirer une quelconque leçon de l'expérience. Bien sûr, on n'est pas des super héros et quand la vie nous bouscule, on a souvent intérêt à faire une pause, à prendre le temps de regarder les choses aller. Il n'y a jamais lieu d provoquer le temps et si nos actions ne nous mènent pas aussi vite qu'on le voudrait vers notre but, c'est pas grave. Il peut arriver qu'on anticipe un peu plus que ce qui se présente, mais le printemps lui, immuable dans sa nature se présentera quand son heure sera venue et bien sûr, je l'accueillerai comme il se doit, en héros.

Yves Daigneault.
 

                                      LE COUREUR ALIMENTAIRE
 
On dit des accros aux sensations fortes qu'ils carburent à leur dose d'endorphine comme on mange au quotidien.
On sait aussi que la course à pied, pour naturelle qu'elle soit, n'en est pas moins difficile. Même qu'à une époque pas si lointaine, on murmurait que les coureurs sont des masochistes, tant on peinait à en voir sourire dans leurs foulées concentrées.
 
À l'instar des camés, certains coureurs attendent leur dose d'endorphine, pour mieux traverser chaque matin. Est-ce inquiétant, pathétique, je ne saurais dire, car toute dépendance nous éloigne bien sûr du geste libre. Mais la course à dose régulière n'est sûrement pas nocive. Pour en avoir fait l'expérience, plusieurs dangers guettent l'adepte de la foulée. D'abord, avec la pratique, on devient à l'aise plus facilement et on augmente la durée et la vitesse  assez rapidement.
 
Certains effets secondaires nous rendent encore plus vulnérables à la dépendance. En effet, on a une meilleure endurance, un rythme cardiaque ralenti, une diminution de la masse graisseuse, une meilleure concentration intellectuelle, etc. Tellement, qu'on pourrait presque se croire invincible.

Alors là, tous les abus nous guettent, sans parler des dangers extérieurs, tels les autos, vélos, feux de circulation et j'en passe. Pour les risques internes, ils tiennent à la fois de la mécanique et de l'esprit. Mécaniquement, on a autant besoin de récupérer après un effort, pour se reconstruire et se renforcer. Ignorer cette règle mène aux blessures de toutes sortes. Mentalement aussi, on a besoin de repos, sinon la fatigue nerveuse, le surmenage même, freine nos élans en nous clouant à notre divan quand ce n'est pas notre lit.
 
Mais on n'a pas trop à s'en faire, car outre le fait qu'il peut se passer beaucoup de temps avant d'en arriver là, nous pouvons équilibrer notre pratique en nous ajustant au fil du temps.
 
Yves Daigneault
 
 
Chronique du 2 mars 2008.

LA FORME

Il y a des domaines où l'apprentissage laisse une marque si profonde qu'on n'a pas besoin d'y revenir à tout bout de champ pour maintenir les acquis. J'en veux pour exemple d'aller à bicyclette. Est-ce parce que les prémisses de la réussite sont difficiles, voire parfois hasardeuses ouch des fois. Toujours est-il, lorsqu'on sait rouler, on le sait pour la vie. Si c'était comme ça pour tout, mama mia, mais là je m'éloigne, déjà que je n'y suis pas encore tout à fait.
Apprendre à lire et à écrire baignent dans le même moule que le vélo. On patauge, on se bute, mais c'est assurément plus long et sans nécessairement nous mener plus loin. On devrait donc bloquer des plages de temps serrées pour ces deux essentiels, pour après passer à autre chose.
 
Nous voilà rendu à la forme qui en tant que domaine, tient du style qui requière patience oui, mais aussi  des rafraîchissements à intervalles réguliers. Ne nous méprenons pas, nous ne sommes pas devant une icône de la mode, ou une toile de Modigliani, nous pastichons les qualités esthétiques au service des bienfaits du corps. Alors, pour la forme, on se doute bien que ça ne va pas tout seul, malgré le fait qu'on devrait avoir un penchant naturel à s'en occuper. Devrait-on envoyer au pilori notre style de vie moderne, pour s'être fait arnaquer au point de perdre l'instinct d'être tout simplement bien. Il faut dire que cette régression n'apporterait guère que des complications.
Un peu d'attention à nos priorités et d'engagement de temps, à consacrer à notre bien-être physique règleraient le problème assez facilement. Seulement voilà, on perdrait de l'argent, on serait moins productif et on avancerait moins dans nos plan de carrière. Ah non, pas encore le nœud gordien, qu'on le coupe avec une bonne dose de gros bon sens. Rappelons-nous qu'en bonne forme on est moins malade, plus efficace, plus allumé et si vous y tenez plus productif.
 
On ne va pas se lancer dans la concoction d'un programme de mise en forme. Sauf qu'on peut s'entendre pour dire qu'une fois acquise, la forme peut facilement se maintenir avec un entraînement intensif par semaine. Alors, l'essentiel, l'instinct, le rafraîchissement et le bonheur de s'entretenir nous attendent au tournant.
 
Yves Daigneault.
 
Chronique du 26 février 2008.

                                                               SPÉCIFICITÉ

L'hiver s'étire. Pour plusieurs c'est la joie, pour quelques-uns c'est le blues, pour les coureurs, c'est la transition.
On aime courir l'hiver pour tout ce qu'il nous apporte. De la fraîcheur bien sûr, une lumière particulière, un silence de nos pas, quand ce n'est pas le crounch crounch bienfaisant sur une neige un peu tassée. Des défis à rencontrer face aux intempéries. Des choix à faire pour s'habiller adéquatement et profiter d'un paysage si différent de l'été.
Par contre, ce n'est pas le temps des performances à couper le souffle, du moins côté chrono. C'est pourquoi je dis que c'est un temps de transition. On profite de ces mois pour se muscler, se faire aussi une base solide, travailler sa posture et s'aiguiser pour un printemps solide.
 
C'est pourquoi, durant ce temps, plein de possibilités peuvent convenir à nos objectifs. On peut travailler avec des poids, à mains libres, à vélo etc… Tout ça peut bien remplir les exigences d'une transition à la saison de performances qui nous attend.
 
C'est pourquoi, plus on approche du printemps, plus il nous faut être spécifique. Car pour être bon à la course, il n'y a pas de meilleur moyen que de courir. Et pour courir vite, il n'y a pas d'autres façon que de s'y exercer. On peut bien faire toute notre transition et se lancer dans la saison de course  remplis d'espoir, si on n'est pas spécifique, i.e. si on ne pratique pas des intervalles courts et longs, des tempos précis, et des longues distances modulées à nos capacités, les résultats ne devront pas nous surprendre.
 
Il s'agit finalement d'un engagement envers nos objectifs. Notre engagement nous amène à être spécifique. C'est alors que si les objectifs sont réalistes et que les devoirs sont accomplis, les résultats ne sauraient tarder et nous pourrons savourer doucement, tout le processus qui nous y a mené.
 
Yves Daigneault.
  
 
Chronique du 17 février 2008.
                
                                   L'INTÉGRITÉ EST À 2 HEURES ET DEMIE

Depuis ma tendre enfance, j'ai toujours associé la course à rires et plaisirs. Un oiseau, un bruit lointain, une odeur même et boom, j'étais parti, rire aux lèvres, sans vraiment savoir que je courrais. Heureusement peut-être, la vie s'est chargée de me mettre des balises, sans quoi je n'aurais sûrement pas fait long feu.
Quelques décennies plus tard, disons le 17 février 2008, je me vois confronté à une drôle de situation. Disons que la fraîcheur s'est comme estompée et que pour compenser, pour retrouver mon âme d'enfant, je me suis rabattu sur des objectifs, des buts à atteindre et même un plan pour y arriver. Je sais, la contradiction est criante, mais je l'assume pleinement.
 
Il reste tout de même toutes ces sensations heureuses d'être sur la route et de sentir la nature en moi !  Toujours est-il que  mon plan si bien concocté, me commande de courir 150 minutes aujourd'hui. Moi qui ai toujours cru que la liberté nous éloignait de tout joug, je vois cette perspective d'un œil pour le moins perplexe.
Je suis membre d'un club. On est plusieurs à partager ces élans et à force de temps, des complicités se sont installées et une chimie opère au travers nos rencontres.  Je sais d'avance que juste le fait de savoir que des amis font la même chose en même temps, mieux encore qu'un du groupe va courir avec moi, me rend la tâche plus invitante.
 
Tout est bien calculé, le parcours bien mesuré. Il faut être défensif, le vent, la neige peuvent déranger les plans et faire de cette sortie joyeuse un enfer. Il faut m'assurer de finir vent de face, de me vêtir comme pour 10C plus froid, tout en m'assurant de ne pas trop me mouiller de sueur, de m'abreuver correctement, et d'avoir avec moi ma collation préférée, soit mes raisins de corinthe.
 
Il ne faut pas s'y méprendre, ce n'est pas du masochisme. L'idée est encore et toujours cette recherche de plaisirs et de rires semée dans l'enfance qui me jette sur cette route. Je sais très bien que dans 10, 15 minutes, l'équilibre va s'établir, les sensations d'harmonie vont dominer et la relation à la nature  va s'exprimer. C'est un peu le fil ténu de mon intégrité.
 
Yves Daigneault.


 
 

Chronique du 10 février 2008.

                                                   LEÇON DE 5000 MÈTRES

L'histoire existe parce qu'on a besoin de leçons. On veut se rappeler du passé pour savoir d'où on vient, plus encore, comment,  pourquoi et ultimement où on s'en va. Un problème subsiste pourtant et devient en quelque sorte le nœud gordien de notre évolution, c'est que le temps existe et coule toujours, toujours.
A tort ou à raison, j'ai toujours été fasciné par les histoires, plus encore celles où toute une destinée peut se jouer en 13 minutes. Puisque ici on est dans le domaine de la course à pied, c'est d'un des plus vibrants épisodes, dont je voudrais tirer quelque leçon. Il s'agit du 5000m des Olympiques de Munich en 1972.
Nous avons une brochette de coureurs des plus relevée. Emiel Puttemans, détenteur du record du monde, Dave Bedford , champion du monde en titre, Lasse Viren, gagnant du 10000 de ces mêmes Jeux, après s'être relevé d'un chute à mi-parcours, s'est permis un record du monde à l'arrivée, Gamoudi , ce Beur à l'esprit combatif jusqu'à la fin, sans oublier bien sûr, la légende américaine, Pre, Steve Préfontaine pour qui cette course appartient à celui qui sait le mieux résister à la douleur.
Tout est en place donc pour ce qui allait devenir presque une œuvre de Shakespeare. On a 12 tours et demi à parcourir. La course se déroule au début comme au jeu du chat et de la souris, chacun se guette et jusqu'au 8ième tour, il n'y a pas grand-chose qui se passe. C'est à ce moment, peut-être tardif diront certains experts après coup, que Pre fait son premier mouvement en avant, avec une bonne accélération et un tour en 62 ,5, suivi d'un autre en 61,2, ne restent alors que Gamoudi, Puttemans et Viren avec lui. La vrai surprise vient quand, calmement Viren commence à passer en avant et même à tirer à son tour, testant ainsi la réponse de ses adversaires, le 11 ième tour franchi en 60.3 secondes.
Mais tout n'est pas joué, Putteman était décroché et Pre était prêt à saisir sa destinée dans la dernière courbe avant le droit de l'arrivée, quand Gamoudi l'a serré, brisant ainsi son rythme, Viren lui continuait à accélérer et accélérer. Pre décontenancé, pataugeait tant bien que mal dans la dernière ligne. Pire, Viren, Gamoudi franchissent dans l'ordre la ligne d'arrivée et un Écossais, Ian Stewart coiffe Pre , le privant ainsi du podium rédempteur
Le cliché de départ était faux. La victoire n'est pas allée à celui qui voulait le plus, ou qui était le plus prêt à souffrir, mais bien à celui qui est resté calme dans la tempête et qui a fourbi ses armes au temps opportun. Voilà donc la leçon de ce 5000m de Munich.
Yves Daigneault

                                                     
Chronique du 3 février 2008

                                                        FARTLEK OU TAPIS
 
L'heure des intensions est passée depuis longtemps, reste les engagements fermes, peu nombreux, mais bichonnés comme on dorlote un poupon. Une seule chose vient perturber cette belle synergie, l'hiver ne veut pas coopérer.
Pour une fois qu'on a un vrai hiver, va-t-on trouver à s'en plaindre. Nous gardons donc nos intentions bien arrêtées pour une performance printanière et avons concocté un programme, disons réaliste pour y arriver.
 
Trois types d'entraînement sont mis à contribution. Les intervalles, les Tempos et les longues sorties. Pour les longues sorties, pas de mystère, il faut rester sur ses jambes le plus longtemps possible. Quant aux Tempos, va savoir en courant que tu ne peux plus t'exprimer avec plus de deux mots à la fois, sans risquer l'apoplexie, là si tu réduits un peu, ton rythme ressemble à du Tempo, très attrayant indeed. Pour ce qui est  des intervalles, tous ne sont pas sans savoir qu'elles sont la bête noire des coureurs. C'est par les intervalles qu'on peut quitter à jamais le monde de la course à pied. On est supposé faire plusieurs répétitions de 200 à 1600m à bonne vitesse avec une récupération incomplète. La nature humaine étant ce qu'elle est, plus souvent qu'autrement, on se brûle dès le début et l'enfer se prolonge jusqu'à nous dégoûter d'y être.
 
Wow, la perspective ne semble pas jojo, mais pourtant des solutions toutes simples peuvent faire de ces embûches des moments presque bucoliques.   Si on choisit l'intérieur, alors il faut nous préparer à être zen, traduisons par, prêts aux mantras, aux répétitions dans un calme relatif. Si par contre, on persiste dans nos intentions extérieures, alors faisons appel à notre âme d'enfant et vivons un peu ce que les Suédois ont inventé avec le Fartlek i.e. ce jeu de course spontané, où les accélérations se mêlent aux arrêts brusques. Avec pour but non pas l'épuisement, mais de ressentir pleinement la satisfaction de son effort.
 
C'est fou ce que l'imagination et un tantinet d'expérience peuvent venir à la rescousse des aléas d'un plan qui heureusement, n'avait pas tout prévu.
 
Yves Daigneault.
 
 
Chronique du 28 janvier 2008

                                                 LE SYNDROME DE FÉVRIER
 
Les vacances de Noël sont passées à la même vitesse qu'on a tenu nos résolutions. L'hiver lui, s'accroche et la lumière quelquefois nous manque, en ces jours courts d'une saison qui tient ses promesses.
On veut bien faire tout ce qu'on s'était promis. Courir trois fois par semaine, mais on dirait que ce n'est pas de notre faute, mais on ne trouve jamais le temps. Quand ce ne sont pas les obligations, c'est une tempête, une fatigue, un vague à l'âme, que sais-je qui nous cloue à notre intérieur douillet.
Pourtant, oui pourtant, il suffit de peu. D'abord, être indulgent envers soi. Pourquoi trois fois, deux fois sont déjà assez pour nous faire un peu progresser et nous sentir bien dans notre personne. Ensuite, utiliser des petits trucs simples et efficaces qui marchent à tout coup. On doit courir aujourd'hui, s'assurer d'abord qu'on le désire, ensuite se mettre dans un état tranquille, où doucement on se prépare à cette sortie en s'habillant sans se donner le choix et avec cette assurance qu'au retour on sera fier de nous.
En fait, ce processus fait partie du plaisir même qui nous attend. On s'embarque dans une action dont nous avons le plein contrôle et nous ne sommes pas sans savoir les bienfaits de cette maîtrise de soi.
Tout à coup, les terrains glissants, le froid, la glace, le vent même prennent une autre dimension. Ils deviennent des obstacles à franchir qui nous rendent plus fort. On se prend à imaginer comme ce sera facile au printemps, quand au soleil, au temps doux, les jambes libérées de ces leggings pesants, nous courrons tête nue dans une forme juvénile. Wow, j'en mets un peu, mais c'est sûr que le petit effort que je consens pour passer le spleen, me fera surfer longtemps sur les vagues d'une forme pleinement acquise et méritée.
Alors, finalement quel privilège que ce février!

Yves Daigneault
 
Chronique du 21 janvier 2008.

                                               COURIR CONTRE LA FATIGUE

La fatigue peut avoir des effets dévastateurs sur nos capacités d'agir. Me vient en exemple un souvenir d'adolescence. Un ami fort et dynamique s'est retrouvé effondré à cause d'une mononucléose. Un des effets directs de sa maladie était une fatigue chronique.
 
D'un point de vue physiologique, il s'agit de l'incapacité de maintenir ou de répéter un certain niveau de production de force, résultant en une diminution de la performance i.e., on ralentit.
 
La fatigue prend plusieurs formes, par exemple en course, celle d'un 800m diffère totalement de celle d'un marathon. On dit que le 400m est la course la plus dure. Certains coureurs l'ont même surnommé, la course de la mort lente, à cause surtout de l'accumulation astronomique d'acide lactique.
 
La fatigue n'est pas l'apanage exclusif des coureurs lents ou moyens, les grands champions la connaissent aussi bien. Seulement, ils la rencontrent plus tard et à des vitesses beaucoup plus grandes. La seule façon de courir plus vite, d'abord c'est d'oser s'essayer, d'accepter de causer des dommages et ensuite, de ressentir la fatigue à une vitesse plus grande. Pour y arriver, nous devons menacer notre système de survie à des stimuli d'entraînement, pour que notre corps s'adapte et physiologiquement surcompense.
 
Pour les courses de 3000 à 10000, tout un bouquet de stimuli peut nous aider : Les intervalles longs, les Tempos, les grands volumes de kilométrage, et la plyométrie. Ici, tout est question de dosage. Mais je ne voudrais pas me perdre en explications arides quant aux tenants et aboutissants de ces séances spécifiques. Je me contenterai de dire que les intervalles réfèrent aux temps de récupération, entre des sections d'intensités variables. Que le Tempo, nous fait travailler au seuil anaérobique, et que le volume se pratique à 75% de notre capacité maximale. Pour la plyométrie, il s'agit d'action réaction explosive de nos muscles. 
 
En intégrant avec doigté et parcimonie ces outils à nos entraînements, nous allons, à force de répétitions,  augmenter assurément notre vitesse, repoussant ainsi notre seuil de fatigue. Bien sûr, comme à peu près tout ce qui vaut la peine, c'est plus vite dit que fait. Alors, tout ce que je puis ajouter, c'est que si vous avez des objectifs raisonnables et que vous y tenez, vous avez là des outils précieux pour y arriver.

Yves Daigneault.
 
 
Chronique du 14 janvier 2008.
                                                             PAS FEUTRÉS

Janvier m'apporte comme à son habitude son lot d'élans et d'illusions. L'une d'elles m'a surpris, là où je m'y attendais le moins, dans les magasins.
 
A la recherche d'une camisole intermédiaire pour une sortie au grand froid, dubitatif à savoir si j'en avais vraiment besoin, je me pointe donc en cible facile, au centre commercial de mes habitudes. Je tombe évidemment sur un vendeur hors pair. Il me débite en une minute ce que des années de recherches, design et marketing ont réussi à produire pour satisfaire à mes " besoins ". Le tout avec l'assurance déconcertante de m'offrir ce qu'il me faut.
 
Curieux quand même, j'ai eu l'heureuse réaction d'un repli défensif, le temps de me ramener aux jours jadis, où j'ai fait des sorties par -30C, avec un équipement ma foi, quand même potable. Ce qui m'importait alors, c'était ma détermination, ma hargne qui à elles seules, suffisaient presque à balayer tous les obstacles et me lançaient dans l'action. Les années m'ayant quelque peu ramolli, j'ouvre grand les yeux sur le confort douillet qui se présente à moi. Vais-je faire plus de sorties si je m'équipe ainsi, ce bout d'équipement va-t-il compenser pour la baisse de mon enthousiasme aux entraînements de spartiates. J'ai donc flanché et me voilà content de me sentir feutré.
 
Mais je ne suis pas sans savoir que le chemin de la réussite doit souvent s'éloigner des pas feutrés. Quant à être dans l'équipement, j'en prendrai pour exemple le choix des souliers de course. Aujourd'hui s'offre à nous toute une panoplie de marques, de modèles répondant à nos exigences, corrigeant au passage nos petits défauts déambulatoires. Ce qui me fascine dans tout ça et heureusement, j'ai couru assez d'années pour m'y être confronté, c'est que peu importe la marque, le modèle, si on est confortable et qu'il ne nous apporte pas d'ampoules sur les longues distances, le soulier choisi est un bon soulier de course.
 
Je crois personnellement qu'on erre dans le ouaté, dans le douillet, pas que ce n'est pas agréable, la nature étant ce qu'elle est, facilement je pourrais m'y vautrer. On a mis en garde les gens sur les risques de blessures avec la course à pied. Et je soupçonne le marché des souliers de s'en être fait complice pour exploser en produits plus ou moins nécessaires. Qu'on le veuille ou non, lorsqu'on court, oui on subit des chocs, jusqu'à trois fois notre poids, lorsqu'à bonne vitesse. Est-ce dommageable, j'en doute. Car au contraire, nous nous renforçons ainsi, en faisant travailler les muscles, en augmentant la circulation de liquide synovial, en travaillant l'amplitude de nos mouvements, en fait en bougeant le plus naturellement du monde.
 
Il me reste à peaufiner ma technique de course, pour arriver à l'instar du guépard, à m'élancer sur la route à  pas feutrés, sans efforts apparents.
 
Yves Daigneault
 
            

 
Chronique du 6 janvier 2008.

                                                        POUR COMMENCER.

Je n'y échappe pas. C'est le début de l'année et immanquablement l'idée du renouveau me frappe comme on reçoit un uppercut venu de nulle part.  Est-ce parce que c'est le premier jour d'une nouvelle année? Naïvement, l'attrait du neuf, du possible, me donne des élans de jouvenceau. Même l'expérience des années n'entache pas cet élan, si ce n'est d'y mettre des balises un peu plus serrées. Une manière pudique de me préserver des déceptions amères.
J'arrête ici mes tractations égoïstes pour m'ouvrir à celles des futurs coureurs. Car c'est à eux que s'adresse cette chronique. Il n'est temps plus propice à l'engagement que celui où l'émotion nous porte à l'action. L'idée ici est d'accompagner les ébranlés, pour que la course leur devienne une manière de vivre, une façon d'être, une partie d'eux.
 
Commencer à courir c'est s'offrir un cadeau. La santé, la perte de poids, l'estime de soi, le défi lancé par le beau-frère, toutes les raisons sont bonnes pour commencer. Ce qui est plus difficile, là comme ailleurs, c'est de persister. Alors, j'ai concocté quelques petits trucs à l'intention des futurs adeptes mangeurs de bitume, de terre, de neige ou de gazon.
 
D'abord s'assurer d'être dans un état suffisamment potable pour amorcer un programme. Une visite chez un médecin ( Ouf, l'attente pourrait être longue), ou le test Q-AAP, nous donnent le feu vert pour un départ sécuritaire.
 
C'est bien beau tout ça, mais on est en janvier et ma foi, c'est compliqué, comment s'habiller, vais-je me geler les poumons, la glace c'est dangereux, la neige, le vent, peut-être devrais-je attendre au printemps. NON!!! On commence tout de suite. Ici je prends appui sur une citation de Mark Twain que je traduis librement : "  Le plus sûr moyen d'avancer c'est de commencer. Le secret pour commencer, c'est de diviser les taches accablantes en plusieurs petites taches faisables, pour ensuite commencer par la première ".
 
Rassurons-nous tout de suite, le risque de se geler les poumons en courant est à toute fin pratique nul. Les chances sont beaucoup plus grandes de se geler la peau bien avant. Allons-y donc avec l'habillement. Le principe des pelures d'oignons, avec au départ une couche mince collée à la peau sied parfaitement pour les coureurs. Gardons en tête qu'en courant on produit beaucoup de chaleur. On s'habille pour l'équivalent d'une température de 10C plus chaude que celle qu'on va affronter. Bien sûr, un petit frisson nous attend au départ, mais bientôt le confort trouve toute sa place. Ensuite, dans le froid, on doit être défensif, i.e. organiser son parcours pour finir vent de face. Avoir carte d'identité etc à portée de main.
 
Maintenant, qu'est-ce que je fais? Il est vrai que courir c'est difficile en partant. Notre organisme commence à organiser un programme de développement de l'endurance après 25 à 30 minutes d'effort continu à au moins 120 battements cardiaques à la minute. Nous pourrions marcher d'un bon pas pour 3 min. suivi d'une min. de course et répéter le processus jusqu'à au moins 25 min. Enfin, nous voilà parti.
 
Il n'y a pas d'heure meilleure pour le faire que celle qui vous est disponible. Pour ne pas tomber dans l'excès, deux séances par semaine au début pendant le premier mois, en augmentant un peu le temps de course et en diminuant le temps de marche, vont nous voir progresser sans craindre d'abandonner trop vite. Après un mois, si on se sent bien, on peut passer à trois séances.
 
Attention, pas nécessaire de s'énerver, puisqu'on va courir toute notre vie.  A quoi je dis, BRAVO c'est parti.
 
Yves Daigneault.
 
                                                      SOIR DE GUIGNOLÉE
        
A l'approche de Noël, invariablement s'annonce une flopée d'élans charitable  sous le vocable de " Guignolée ". Le mot sonne bien pour le propos, puisqu'il veut chasser la guigne.
 
Au fait, le veut-on vraiment, où est-on gêné du regard sévère du démuni face au nanti? Veut-on régler notre bilan judéo-chrétien qui, à l'approche des débordements de consommation, tire un trait rouge sur la balance du bien et du mal.  En réalité, j'étais loin de toutes ces préoccupations quand, avec des amis on décide de se payer un bon souper au resto Vietnamien, histoire de se détendre un peu. Une ambiance bon enfant s'installe à notre table et on badine sur les souvenirs joyeux qu'amène le temps des fêtes. La réalité allait bientôt confronter nos convictions.
 
Arrivent tout à coup, deux joyeux lurons, équipés de  parkas, de ceinture fléchée et de canettes destinées à recevoir des dons pour la guignolée. Attachée autour du cou, pendait aussi une carte d'identité rassurant les sceptiques sur le bien-fondé de leurs intentions. Ils devaient être avancés dans leur tournée, une hésitation et un équilibre précaire indiquaient qu'ils s'étaient réchauffés amplement, chemin faisant. Ils chantent joyeusement " La guignolée, la guignolée ". Rapidement, font le tour des tables, ramassant des dons en argent aux convives présents. Arrivés à notre table, un des comparses nous raconte son trajet avec moult détails. Évidemment, vu son penchant pour la dive bouteille, témoignait de passages suspects.
 
A tel point qu'un client à une table attenante, suivait notre conversation et décida tout à coup que l'argent qu'il avait si généreusement glissé dans la fente de la canette s'était trompé d'endroit et qu'il devait retrouver le fond de sa poche. Il se leva donc et d'un ton agressif, réclama son dû à notre guignoleux. Ce qui eu l'heur de froisser l'amour-propre de notre bienfaiteur. Une grande gêne envahit les lieux et protestant du bien-fondé de sa démarche, c'est sur le ton de la défense que le pauvre bénévole dû se défendre. " Je n'ai pas besoin de cet argent vous savez, je dépense autant que vous à chaque jour ". Ses yeux se sont mis à perler, le ton à s'éteindre jusqu'à s'étouffer dans la fuite du lieu qui le jugeait si vite. 
 
Plus tard en soirée, j'ai revu mes joyeux compagnons qui avaient repris leur rôle, même après avoir été rudoyé par ce malotru, ils savaient eux qu'ils étaient du bon côté de la balance.
 
Alors, même si la guignolée ne règle pas tout, même si souvent elle sert d'exutoire à notre bonne conscience, elle peut nous donner l'occasion de nous sentir solidaire. Elle ne serait que cela qu'elle vaudrait la peine d'être encore là
Joyeuse fêtes à tous.
 
YvesDaigneault
                                                                                                                                                                        
 
 
Chronique du 1er décembre 2007.

                                         RIVIÈRE AUX OUTARDES REVISITÉE!

Premier matin de décembre, un beau soleil annonce du froid, il ne faut surtout pas en douter.
Pourtant, c'est avec un enthousiasme juvénile que je m'apprête à courir sur le chemin qui a surpris à la fois mon corps et mon âme, il y a trente ans.
 
Au fait, il faudrait que je fouille le pourquoi de cette première course. Enfin, si on peut appeler ça une course. Vingt minutes qui ont parues une éternité sur une route où je ne voyais que des champs et des vaches. Mais côté effort, tous les ingrédients s'y trouvaient, souffle court, jambes lourdes, sentiment d'être inutile et au mauvais endroit en même temps. Mais la surprise est arrivée un peu après. On parle ici d'une heure à peine, un peu d'endorphines dirait-on avec les mots d'aujourd'hui.  Est-ce que mon corps s'est battu en fabriquant plein de trucs pour que la prochaine fois soit moins pénible? Parce que ce corps savait depuis longtemps quand même que si une sensation d'accomplissement se pointait, d'autres allaient suivre, à n'en pas douter. J'étais devenu accro à la course.
 
Alors, ce matin ce n'est pas un petit -12C qui va venir troubler la fête des retrouvailles de trente ans de … De quoi au juste, finalement de joies, de douleurs, d'extase, souvent de partage, de vie et d'amour assurément. Cette fois, on est trois au départ, habillés assez techno pour affronter le froid. Je n'ai pas osé trop le coton, on a beau être nostalgique, 30 ans donnent quand même quelques leçons.
 
Peu de choses ont changé sur ce rang, somme toute semblable à bien d'autres de la région. J'étais même content de retrouver ce paysage qui témoigne quand même du peu d'emprise du temps sur certaines choses. Je me suis permis chemin faisant, de raconter quelques anecdotes au passage d'une grange ou d'une maison particulière. Pourtant oui, il y a des changements, mais c'est en moi qu'ils agissent. Je me surprends aujourd'hui à vouloir simplement célébrer l'action de la course comme partie prenante de ma vie. Pourtant, il y a à peine dix ans, les chronos, les records personnels, les poussées à la limite me servaient de guide du savoir courir.

L'âge y est pour quelque chose, je sais, je sais, mais quand même, on ne doit pas passer à côté de la conscience d'être vivant et heureux de l'être en même temps.
 
Yves Daigneault.
 
Chronique du 18 novembre 2007.

                                                     QUESTION D'HABITUDE
 

Il est 5 :00h du matin et un de mes chats monte sur le lit en poussant un petit miaulement presque inaudible. Je ne le vois pas, mais je sais c'est lequel. Parce qu'il est comme ça, il a ses habitudes. Les habitudes nous font, nous forgent, nous décrivent même.  On se développe en répétant. L'usage répété apporte l'habileté, la connaissance. Notre système d'éducation est un peu basé là-dessus, quoique plus maintenant, avec l'approche par projets…
 
Les habitudes, c'est un peu ce qui nous rend confortable. Une manière d'être qui nous est propre. Lorsque poussées à l'excès, elle deviennent des manies, des tics, des marottes. On peut même devenir esclave de ses habitudes. Elles sont ma foi, comme une clé qui nous ouvre au monde. Mais aussi, elles nous le cachent souvent. " L'habitude abêtissante qui pendant tout le cours de notre vie nous cache à peu près tout l'univers " (Proust). 
 
L'habitude est parfois insidieuse, parce que par nature, elle élude la réflexion. Alors, si elle est néfaste, elle nous engouffre dans des miasmes de détresse, d'où on ne trouve pas d'issue. Mais qu'est-ce qui fait donc qu'on s'y laisse prendre si facilement, nous privant ainsi de plein de découvertes, de nouveautés par ailleurs, si près de nous?
La surprise nous vient du plaisir. L'habitude se nourrit de plaisir en grandissant avec. Plus j'écris, plus j'aime écrire. De même, plus je cours, plus j'aime courir. C'est déchirant, mais on doit faire des choix. Et chaque fois qu'on le fait, on exclut quelque chose. Cependant, les habitudes prennent du temps à s'installer. Elles prennent aussi du temps à partir. Ce qui nous permet dans l'intermède de s'ouvrir à de nouvelles mouvances de notre petit monde.
 
Bref, il fait beau, le soleil éclaire une belle journée sans vent. Alors, je vais tranquillement m'habiller pour un petit moins 2C, je sais comment, j'en ai l'habitude et je vais courir une petite heure. Finalement, je me paye un petit plaisir bien à moi.

Yves Daigneault.

 
Chronique du 11 novembre 2007.

                                                      LA FORCE INTÉRIEURE
Bien sûr la course à pied est un sport individuel, lequel lorsque pratiqué en groupe, peut revêtir l'ambiance d'un sport d'équipe. Plus, il permet même l'échange et la découverte.
 
J'en ai ressenti les effets pas plus tard qu'hier matin. Nous étions quatre dans une sortie qu'on pourrait qualifier d'ordinaire. Quatre joyeux lurons partant sous un soleil radieux, pour un peu plus d'une quinzaine de kilomètres. L'expérience m'a appris d'abord qu'entre hommes les choses se passent différemment qu'entre femmes et un peu quand même qu'en groupe mixte.
 
Une heure et demie de course nous donne le temps de traverser bien des sujets de conversation, de s'y attarder, mais surtout de badiner tout en se sentant bien ensemble. Quoique au départ j'étais fébrile, pas tant dans l'excitation comme dans la nervosité. Même si je connais bien cette distance, ce parcours familier que j'ai arpenté des dizaines de fois, j'étais moins sûr de ma forme face à mes compagnons. Alors j'ai joué calme, me permettant même d'exprimer des doutes sur mes capacités à suivre le rythme. Autrement dit, j'ai protégé mon amour-propre.
Il faut dire que mes comparses sont, ou bien dans une forme bien affichée pour l'un, dans un rodage pré marathon pour le second et dans une progression bien planifiée pour le troisième. Ce qui laisse place à une inquiétude justifiée en ce qui me concerne.
 
Comme prévu l'atmosphère joyeuse s'installe dès le départ et j'oublie mes doutes pour m'installer dans des sensations de confort souvent vécu. Ce n'est qu'au bout d'une heure que j'ai senti le besoin de me concentrer pour rester avec le trio. Pourtant, mine de rien, l'un d'eux avait remarqué l'effort, soit dans la hachure des mes phrase, dans leur brièveté, comme dans la tension nouvelle de mes foulées. Heureusement pour moi, leur exercice était de faire une distance détendue, sans chrono prévu.
 
Pourtant, le quatuor s'est étiolé à quelques reprises, jusqu'à ce que je me décide à en laisser un peu plus, protégeant ainsi mes ambitions de finir le parcours sans épuisement. C'est à ce moment qu'à ma surprise, le plus fort du groupe s'est laissé décalé tranquillement pour se retrouver à ma hauteur. Son plan, je l'ai su par la suite, était de me ramener au groupe pour qu'on finisse la sortie satisfaits de ce que nous sommes. Ce n'était pas très clair dans mon esprit, mais peu à peu, il m'a ramené à la hauteur des deux autres qui, absorbés dans leur conversation, semblaient loin de ce que je vivais. Quand la jonction fut faite, mon héros m'a remercié pour l'effort que j'ai dû déployer pour rejoindre les autres.
 
En fait, c'est moi qui doit le remercier pour son geste qui vient tout droit de l'intérieur. Cette force, on peut la rencontrer un peu partout, mais la course à pied demeure un site privilégié pour ce genre d'expression.
 
Yves Daigneault
 
Chronique du 4 novembre 2007.

                                           UNE BELLE HISTOIRE AMÉRICAINE

Kara Goucher est une athlète Américaine de talent, mais qui aux Etats-Unis fait figure d'illustre inconnue. Malheureusement pour elle, elle pratique la course de fond. Et au pays où tout ce qui est big est meilleur, rien ne rivalise avec l'homme le plus rapide au monde. En vieillissant, on se range vers les distances plus longues, donc plus lentes et par conséquent, moins glamour.
Pour cette seule raison, j'ai depuis longtemps beaucoup de difficulté à apprécier les performances athlétiques de nos amis du sud. Une histoire cependant, me fait vibrer d'émotion, malgré les réticences accumulées au fil des ans, c'est celle de Kara Goucher, aux derniers Championnats du monde d'athlétisme 2007 à Osaka.
Kara n'a pas gagné la qualification Américaine aux 10000m, mais elle fait quand même partie du contingent U.S.A. C'est dans l'autobus la menant au stade Nagai que son coach Alberto Salazar, la regardant droit dans les yeux lui a lancé : "  Tu peux faire dans les cinq (5) premières ". Remettons-nous dans le contexte. C'est la soirée d'ouverture, il n'y a pas grand-chose à attendre, sinon encore les élans des Kenyanes et des Éthiopiennes qui feront la pluie et le beau temps.
La soirée est chaude et humide, rien pour des temps rapides. On s'attend donc à une course tactique. Le plan de Kara est simple, relaxer le plus longtemps possible sur les 25 tours de piste à faire. Coup de théâtre dès le début, Tirunesh Dibaba la favorite, chute derrière deux concurrentes qui jouent du coude devant elle. Larguée 20 m derrière le peloton, elle parvient tout de même à rejoindre le groupe en quelques tours. Kara de son côté se tient toujours relaxe, à l'écart des risques de bousculades.
Avec cinq (5) tours à faire, Elvan Abeylegesse, ancienne détentrice du record du monde du 5000m, amorce une poussée vers le fil d'arrivée. Seule Dibaba peut lui coller au train, éventuellement, elle va la dépasser pour remporter la victoire.  Le peloton s'est alors étiré et Goucher s'est retrouvée dans un trio de poursuivantes, composé de la Britanique Jo Pavey, de la Néo-Zélandaise Kim Smith et d'elle-même.
Au 23ième tour, Kara commence à en baver solide. Elle se croit pourtant capable de les briser. Elle décide qu'elle ne va rien épargner, qu'elle va poursuivre jusqu'à mourir s'il le faut. A deux tours de la fin, c'est Pavey qui la dépasse. Un bref coup d'œil à l'écran permet à Goucher de se rendre compte qu'elles sont toutes les trois seules et que par conséquent, l'une d'elles aura la médaille de bronze. Elle se dit alors : " Ce sera la plus grande déception de ma vie si je n'essaie pas ". Elle repasse donc Pavey dans le dernier tour et récolte la médaille de bronze.
C'était la première médaille Américaine dans cette épreuve, mâle ou femelle, dans toute l'histoire des Championnats du Monde d'athlétisme. Et la première médaille de fond depuis Lynn Jennings aux Olympiques de Barcelone en 1992.
Est-ce le début d'une nouvelle ère pour les Américains, ou  plus simplement, la preuve que partout la valeur trouve sa place, la deuxième option me semble vraiment big.

Yves Daigneault.
 
 
 

 
Chronique du 28 octobre 2007.
                         
                                      DEVENIR UN SAIN PERFECTIONNISTE

Les psychologues ont tendance à voir le perfectionnisme dans le sport comme une mauvaise chose, parce que les athlètes se mettent alors trop de pression sur les épaules. Une nouvelle étude à l'université de Kent en Angleterre, démontre qu'être perfectionniste peut augmenter la confiance, pourvu qu'on s'y prenne correctement.
La difficulté réside évidemment dans nos réactions à l'imperfection. Et, comme par hasard, l'imperfection arrive quand même assez fréquemment. En ce qui concerne la course, la perfection serait la recherche de la course parfaite, où tout irait sur des roulettes, à commencer par la température, notre niveau de forme, la précision de notre objectif, le terrain etc… Il n'y a rien comme de vouloir atteindre un objectif précis pour se motiver à des entraînements qui autrement seraient difficiles, voire excessifs, en rapport avec notre condition actuelle. Alors on est prêt à travailler un peu plus fort, à faire cette série supplémentaire, à chatouiller un peu plus longtemps cet inconfort d'une cadence plus rapide, sachant bien sûr que notre objectif est atteignable à ce prix.  Nous sommes ici sur le chemin de la perfection.

Mais qu'en est-il si la perfection n'arrive pas? Car elle n'arrive pas souvent, sinon elle ne serait pas tant souhaitée, mais là on s'égare, notre propos s'y perd. Prenons pour acquis que de vouloir atteindre le summum n'est pas mauvais en soi, mais qu'on doit être prêt à risquer une démolition en règle si nous mettons notre âme dans l'atteinte même de cet objectif.
 
Et bien quoi, devenons plutôt de sains perfectionnistes. La trouvaille principale des chercheurs de l'université Kent, c'est que si les athlètes peuvent accepter positivement les efforts exigés pour atteindre leurs objectifs, ils en deviennent  automatiquement plus motivés, persistants et endurants. Par contre, en même temps, ils ne doivent pas rester rivés sur les aspects négatifs qui surgissent invariablement. On croit même que les deux aspects sont intimement reliés. Vouloir faire mieux que son dernier temps, plutôt que de vouloir éviter de faire pire, serait en plein dans le plan du sain perfectionniste.
 
Si ça va mal, trouver quelque chose qui peut changer, ou qu'on peut changer, nous amène dans un état encore positif par rapport à nos performances. Ne pas blâmer notre entité personnelle, comme si on était comme ça et qu'on n'y pouvait rien.  On peut changer par exemple notre programme ou le type d'entraînement qu'on fait. On peut espérer de meilleures conditions météo etc…On continue alors à viser le meilleur de nous-même.
 
Yves Daigneault
 
 
Chronique du 21 octobre 2007.

                                                         BON OU MAUVAIS ?

On choisit nos expériences en fonction de nos croyances, de nos convictions. Ce qui est bon pour un, peut être mauvais pour l'autre. A vrai dire, notre état d'esprit influence fortement la façon dont on réagit à  nos moments de vie.
 
Par exemple, je me lève un matin et j'ai prévu courir 40 minutes durant la journée. Mais, je me sens fatigué et la perspective de cette sortie ne me dit rien qui vaille. Pourtant, par acquis de conscience, je me force à sortir et ma course commence mal. Il y a une côte à monter en partant et déjà c'est difficile. Puis le vent se met de la partie et je me sens lourd, presque tanné après cinq (5) minutes qui me paraissent une éternité. Résultat, malgré tout, j'ai couvert mes 40 minutes sans plaisir, ni grande satisfaction.  Bon ou Mauvais?
 
Une petite histoire relatée lors d'un camp d'entraînement, en dit long sur cette problématique. C'est ce fermier dont le seul cheval défonce la clôture et s'enfuit dans le paysage. Quelle catastrophe dira-t-on de sa mésaventure. Puis, quelques jours plus tard, lorsqu'il revient à la ferme avec cinq autres chevaux. Quelle chance il a, ce même fermier. Bon ou Mauvais?
 
Je crois qu'on a tendance à s'appuyer sur un état d'esprit pour confirmer une issue probable d'un événement. Par exemple, je veux courir un bon 5km, mais les conditions sont loin d'être idéales. Il fait 25C, avec un vent de 30km/h et deux côtes se pointent à l'horizon.  Bon ou Mauvais?
 
Dépendamment de mon état d'esprit, cette course peut être extraordinaire ou terrible. Partons positifs par exemple. Je vais bien m'hydrater une heure avant et j'ai confiance de donner le meilleur de moi-même. J'accepte d'avance le résultat comme étant ce que je vaut dans les circonstances. C'est sûr que je vais être détendu presque tout le long du parcours. Lorsque les difficultés, i.e. côtes, vent se présenteront, j'y répondrai sans crainte, avec l'énergie du moment. Je suis certain d'avance que le résultat sera satisfaisant.
 
A l'inverse, j'entrevois la perspective peu invitante, désagréable et difficile. Un deux temps, trois mouvements, mon moral s'effondre et il me tarde même de trouver des excuses à une contre-performance pour laquelle je ne suis pour rien. Loin de tirer des leçons de ce qui m'arrive, j'y trouve des raisons pour me disculper de ses résultats.
Heureusement, le présent est toujours à côté de nous, alors peu importe, vivons ce qu'on a à vivre.  Bon ou Mauvais?

Yves Daigneault

 

 

   Chronique du 12 octobre 2007.


                                                                MÉCANIQUE


En fin de semaine dernière, j'ai trouvé une façon particulière de profiter du long congé de l'action de grâce. Quoi de mieux qu'un congrès d'éducateurs physique pour échapper au quotidien. On comprendra que c'est dans un semi enthousiasme que je me suis pointé à St-Eustache.

J'ai été emballé dès le début. Comme quoi il ne faut jurer de rien. J'élude les détails pour arriver à mon propos, soit la rêverie, les idées, l'élan, le bonheur en somme. Ah oui, j'ai un peu coupé ici, j'oubliais qu'il faut passer d'abord par la mécanique. Ça m'a frappé de plein fouet lorsqu'un des orateurs : Pierre Lavoie pour ne pas le nommer, nous a entretenu sur les vertus mécaniques de la course à pied.

Bien sûr, chaque sport a son lot de séquences mécaniques, qui une fois maîtrisées, nous ouvrent à toutes sortes d'expériences satisfaisantes. Mais  la course a ceci de particulier qui lui est propre. Elle est inscrite dans nos gènes, à tel point qu'on peut s'y abandonner en toute quiétude, pour s'offrir le luxe de faire autre chose en même temps. Combien de fois je suis parti faire un 40- 60 minutes relaxe, avec la tête remplie de préoccupations et revenu l'esprit serein, avec au moins une solution.

Il n'y a pas de mystère là-dedans. Grâce au modernisme, à l'industrie et à l'économie, nous avons réussi à réduire la lourdeur des tâches à accomplir pour notre survie. Malheureusement pour certains, on a jeté le bébé avec l'eau du bain. Après tous les problèmes soulevés par ce magnifique modernisme, nous retrouvons doucement l'essence de notre être, soit le mouvement et en particulier la course d'endurance. Bien sûr, j'y vais un peu fort, mais pas autant que l'industrie qui m'en éloigne.

C'est fou, mais on doit remontrer à nos jeunes à courir. C'est quelquefois décourageant. Une anecdote croquée dans la presse de fin de semaine. Nous avons reçu à l'Ile Bizard il y a deux semaines, les meilleurs golfeurs au monde. Bien sûr, ils ont ramassé des fonds pour une fondation caritative. Un des golfeurs, dont j'oublie le nom, s'est adressé à un enfant atteint de leucémie, sur quel serait son plus grand rêve, s'il recouvrait la santé. Et le garçon de lui répondre, " J'aimerais un jour pouvoir courir ". Je m'en sers pour manipuler les ados à qui j'ai peine à leur demander 5 minutes de course. L'important, c'est que ça marche.

Yves Daigneault.

 

 

 
 Chronique du 7 octobre 2007.

                                                        QUESTION D' IMAGE

On est ce qu'on est. Cette prémisse nous poursuit de la naissance au dernier souffle. Ce qui l'est moins, c'est la vision qu'on en a. La représentation qu'on s'en fait influence toutes les facettes de notre comportement.
Quand on rencontre quelqu'un pour la première fois, on dit souvent qu'il suffit de moins de quatre (4) minutes pour se faire une impression de cette personne. Bien sûr, il s'agit là d'un cliché, d'un instantané.  C'est peut-être le cumul de nos expériences passées, ou même l'énergie qui émane de cette personne. Toujours est-il qu'on se fait juge rapidement de l'effet qu'elle laisse sur nous de cette introduction.
 
Heureusement qu'il en est ainsi, sinon on se perdrait en analyses sans fin, tellement qu'en bout de ligne, on aurait oublié le quoi du quoi de ce qui nous interpelle. C'est peut-être une des raisons pour s'en faire autant sur l'image de soi. Les revues de mode, les publicités de toutes sortes s'en servent à satiété. Nous on sait, le sait-on vraiment, que l'image de soi dépasse grandement l'image corporelle. On s'assume comme être pensant, avec des idées, du caractère, une énergie et un vécu portés par un corps parfois marqué de toutes nos expériences bonnes et moins bonnes. Pourtant, paradoxalement c'est de temps dont on a besoin pour livrer aux autres un aperçu valide de qui nous sommes. Alors, il nous faut aussi du temps à l'inverse,  pour marquer de notre jugement, notre relation à l'autre. 
 
Doit-on s'empêcher de connaître quelqu'un  qui à prime abord nous est apparu antipathique. Bien sûr, on n' pas le temps et sûrement pas le désir d'entrer en relation intime avec tout le monde. Yvon Deschamps le disait bien "  Aimer tout le monde c'est tough en maudit. ". Alors, à quoi se fier pour combler nos désirs sans risquer d'être déçu, ou perdre son temps, pire même,  être dupé? Au fond c'est simple, si on se fait confiance, on est bien avec soi-même, alors même si une dose de naïveté couvre nos élans, nous avons sûrement à l'avenant, les capacités de se remettre de ces arnaques.
 
Y a-t-il un rapport avec la course, bien sûr. D'abord si on aime la course, elle nous le rendra bien de toutes sortes de façons. La course nous rend énergique et j'escamote toute la panoplie des bienfaits collatéraux qu'elle nous procure. Ensuite, elle nous façonne, elle est en quelque sorte une partie de nous. Est-ce une carte de visite, peut-être, mais alors là, danger. Point n'est besoin d'être coureur pour connaître un coureur. Il est dangereux et réducteur de se faire une image d'une personne à partir d'une activité. Ça paraît simple comme ça, mais le piège nous guette à chaque instant. La vie est trop large pour qu'on la réduise ainsi. Je ne peux convaincre tout le monde de devenir coureur, mais je puis certainement dire tout le bien que j'en retire. La course au fond, n'est qu'un pixel de l'image de ma personne, elle m'offre tout de même l'opportunité de m'ouvrir aux autres.
 
Autant tous les chemins mènent à Rome, toutes les facettes d'une personne mènent à plus de découvertes quelquefois insoupçonnées.
 
Yves Daigneault.

 
Chronique du 30 septembre 2007.

                                                      ROUTINES ET RITUELS

Je me lève tous les matins presque à la même heure. Dès ce moment, s'installe une routine plutôt mécanique. Épargnons les détails, n'empêche, je me lave le corps, à toute fin pratique dans le même ordre. Les petits gestes qui suivent sont tout aussi prévisibles, précis même, dans leur exécution. Au lieu de paraître ennuyeux, c'est plutôt rassurant pour moi de m'installer dans ces séquences qui finalement, rendent mon début de journée facile et même presque chantant.
Des routines nous en avons tous. Sauf que des fois on les associe à des rituels rétrogrades, du style métro, boulot, dodo. Ça m'a pris un certain temps à comprendre le côté pervers des routines. Car, elles en ont un. On s'y installe, on y est bien et parfois même, on ne veut plus en bouger. De là le risque de passer, même d'être un peu beaucoup réac. Alors, qu'on voudrait s'associer au progrès, à l'essor, au nouveau. On dirait qu'il y a là, comme une contradiction.
C'est ici que je m'inscris en faux devant ce jugement hâtif, sur un des processus les plus universels du développement humain. Car c'est de ça dont il s'agit,  l'évolution, l'apprentissage. Peut-on apprendre sans répéter, sans insister, jusqu'à l'automatisme même. On prend tous les moyens pour intégrer une notion. On acquiert une connaissance en se l'appropriant. Quels que soient les moyens, avant d'innover, d'explorer ou d'aller vers du nouveau, il faut que l'acquis soit semblable en quelque sorte à une routine pour nous.  Alors seulement, peut-on se risquer vers le nouveau, l'inexploré, l'étrange.
Et même rendu là, nous vivons un temps de transition qui demandera à son tour des répétitions, pour vivre une pleine intégration. Ce processus à mon avis est vrai, tant pour le développement intellectuel que pour les habiletés physiques.
C'est pour cette raison que lorsqu'on veut explorer une nouvelle facette de notre vie de coureur, nous devons nous appuyer sur les bases que nous donnent nos routines. Si on en a  une panoplie, c'est qu'on doit avoir plein d'apprentissages et donc, plein d'acquis pour être encore meilleur. Bien sûr, l'ivresse sera toujours dans la découverte, l'innovation, l'aventure.
Va-t-on trébucher et tomber dans les mêmes foutus erreurs, que dire routines, ouf, là ça devient mêlant. Finalement, les rituels aventuriers rendent le coureur heureux.
Yves Daigneault
 
   
Chronique du 23 septembre 2007.

                                          LA VITESSE EST DANS LA DÉTENTE!

Bien sûr on court pour le plaisir. Tous, n'avons pas les mêmes objectifs, les mêmes ambitions face à notre sport favori. Mais quand même, qui refuserait de courir plus vite, enfin de le pouvoir? Bon, bon, je divague. Il n'en reste pas moins que la vitesse, pour peu qu'on s'y intéresse, représente un incitatif, ma foi presque universel.
 
Et en ce qui  concerne les longues distances, les records sont presque toujours synonymes de deuxième moitié plus rapide. Evidemment, si on court pour sa santé, ces constats tiennent le bas du pavé à l'échelle de l'importance. Par contre, si on s'est fixé un objectif de record personnel sur 10kms, il vaut la peine de s'y attarder un peu.
 
Nous avons un plafond d'environ 2,000 calories disponibles,  sous forme de glycogène musculaire et hépatique qui peut être utilisé de façon aérobique. Nous brûlons aussi approximativement cinq (5) calories pour chaque litre d'oxygène que nous consommons durant l'exercice. En d'autres termes, on ne peut gaspiller nos énergies disponibles et penser obtenir malgré tout des résultats mirobolants.
 
Les mêmes principes s'appliquent aux entraînements. Si on a des intervalles à faire par exemple, la tentation sera forte de faire les premières répétitions plus rapidement, nous sentant tellement plein d'énergie. Le résultat sera inévitablement un ralentissement, doublé d'une frustration et de beaucoup d'inconfort vers les dernières séries. Ceci sans compter sur l'effet négatif affectant le moral du bonhomme  (ou de la bonne femme bien sûr). Prenons l'exemple des Kenyans et des Éthiopiens qui commencent toujours leurs entraînements au petit pas et laissent ainsi venir la vitesse tout naturellement, quand le corps y est bien préparé.
 
Voici enfin le truc pour harmoniser l'effort avec la vitesse en un mot : RELAXATION. Le titre de l'article peut porter à confusion, mais tout ici est volontaire. La détente peut être associée à la gâchette du fusil comme à la relaxation. Les deux traitant du même sujet, la vitesse. Il est d'une extrême importance d'apprendre à relaxer lorsque l'on court. Nous parlons ici d'efficacité et d'économie. Nous tentons d'utiliser le moins grand nombre d'unités motrices et le moins d'oxygène pour soutenir une certaine cadence. Courir avec un rythme cardiaque stable, un patron respiratoire régulier et une perception d'effort égale, on pourrait dire courir dans la zone, permettent au coureur de recruter le plus de production d'énergie aérobique,  retardant du même coup l'inévitable fatigue musculaire qui nous fait ralentir.
 
De plus, les sensations de réussite et de satisfaction dans l'accomplissement, viennent ajouter une plus-value à quiconque met en pratique cette approche mille fois éprouvée.
 
Yves Daigneault
Chronique du 15 septembre 2007.

                                                      LEÇONS DE LA ROUTE
 
J'y étais presque, tout allait bien jusqu'au 36ième kilomètre, six mois d'entraînement pour choker le jour du marathon. Toutes ces histoires pullulent, pour peu qu'on soit près du monde de la course.
 
Vous avez bien planifié vos entraînements, progression mesurée, alternance intensité- récupération, intervalles, tempo, longues distances, tout s'est passé dans un équilibre  plutôt harmonieux, malgré les petits écarts. Mais le matin de la course, quelque chose s'en va, à tel point qu'à la fin de la journée, vous ne voulez même pas entendre le mot marathon. Que s'est-il donc passé? Ce n'est peut-être pas le moment idéal pour faire le bilan. Le moral est au plus bas et la frustration est toujours mauvaise conseillère.
 
Mieux vaut laisser du temps, récupérer, se garder en jambes et au bout d'une semaine peut-être revoir le tout, avec en perspective les leçons à tirer. Car les leçons sont, comme dit le dictionnaire, ce qu'un élève doit apprendre. Restons donc des élèves, comme ça, on risque d'apprendre.
 
Si on a tout fait comme prévu avant le marathon, alors deux raisons peuvent être mises en cause pour notre contre-performance, une météo exécrable, ou une mauvaise journée mal tombée. Dans les deux cas, on est plus ou moins en cause, mais il faut bien réagir, afin d'augmenter notre potentiel de réussite. En révisant le déroulement des événements, on doit se rassurer d'abord sur la justesse de nos objectifs. Plus ils seront précis et réalistes, plus on pourra s'y lancer à fond de train.  Aussi, la confiance dans notre potentiel a été fragilisée. On doit se convaincre de nos capacités.   Bien sûr, on doit se relancer dans un processus de préparation et plus on sera sûr de nos chiffres et de nos capacités, meilleures seront les chances de les voir se concrétiser.
 
Sachons reconnaître l'accomplissement d'un marathon. Y ajouter la volonté d'un record personnel tient du haut risque. C'est même là un des aspect séduisants de notre quête d'accomplissement. Autrement dit, ça vaut vraiment la peine d'y mettre le temps et les essais nécessaires pour apprécier pleinement les leçons qu'on aura apprises.
Le grand Michael Jordan disait que s'il n'avait pas raté tant de paniers, de rebonds et de passes, jamais il n'aurait pu atteindre les sommets qu'il a connus.
 
Yves Daigneault.
 
Chronique du 9 septembre 2007.

                                             
                                       CONVERSATIONS LONGUE DISTANCE.

Mon dimanche matin est souvent réservé non,  presque toujours réservé, à une longue sortie. C'est comme qui dirait, ma pause spirituelle. Bien entendu, étant membre du Club Les Riverains, c'est bien souvent en leur compagnie que se vit cette sortie privilégiée.
 
Pour l'avoir vécu de moult façons, le dimanche n'en demeure pas moins un rituel attendu, voulu et goûté comme le summum des événements de la semaine. Pourtant, il n'en n'est pas moins rempli de surprises. C'est en y repensant que je me suis rendu compte qu'il dépend aussi beaucoup du groupe qui en forme l'essentiel. Bref, si le groupe tourne autour d'une majorité féminine, la sortie ne sera pas vécue comme avec une gang de gars.
 
Les femmes j'ai remarqué, ont tendance à parler des vrais choses, de s'ouvrir à leurs émotions, aux confidences même et cela relativement facilement. Les gars par contre, c'est une autre histoire. Tout porte à la blague, et les jeux de mots, la finesse d'esprit, les défis, tout peut faire parti de la conversation, pourvu qu'on ne soit pas trop dans l'intimité. Et quand on l'aborde, c'est souvent de façon impersonnelle, comme pour protéger l'aventurier qu'on est ou qu'on veut être.
 
Bien sûr, la vie se charge de nous mêler et de faire de nous des êtres un peu hybrides. Résultat, on devient plus complets et plus ouverts à l'autre sexe. Ce qui finalement est une bonne chose pour la survie de l'espèce.
Quand le groupe est vraiment mixte, les conversations passent souvent d'un extrême à l'autre, ce qui rend l'aventure presque hallucinante. En réalité, j'ai toujours hâte à ces sorties, pleines d'aventures et d'imprévus, là c'est mon côté mâle qui prédomine. A l'occasion, je me laisse aller vers les courants émotifs, même si souvent ils sont un peu comme des sables mouvants.  Après tout, les hommes aussi doivent en avoir, hum!
 
Finalement, le dimanche m'offre la chance de résumer l'ensemble de ma semaine et de partager pleinement une heure ou deux avec d'autres un peu comme moi.
 
Yves Daigneault.
 
 
SOLIDES COMME DU ROC
 
 
Curieux comme des fois on peut se tromper. Pas plus tard que la semaine dernière, je magasine dans une boutique de sport et rencontre une conaissance qui me raconte un peu son été. Au milieu des nouvelles, il me lance quelque chose comme: " je ne peux plus courir, parce que j'ai mal au dos. Et puis, le choc des foulées est trop dur sur l'organisme".
 
Ce à quoi je m'empresse de répondre: "Alors qu'est-ce que tu fais?". Bien sûr du vélo, et puis c'est tellement plaisant. Il s'agit là, à mon sens de réactions tout à fait normale pour qui veut bien prendre soin de soi. Un problème cependant se pose dans ce cas-ci. La course et ses chocs ne rendent pas le dos plus faible, encore moins les os moins denses.
 
Il suffit de suivre les sorties des astronautes qui perdent de la densité osseuse lorsque trop longtemps soumis à l'apesenteur.En fait, les os par leur densité et leur structure, absorbent les chocs, se durcissent et se regénèrent par l'activité physique même. Ceci n'empêche aucunement de préférer le vélo, à chacun ses goûts.
 
Je crois seulement que la course à eu mauvaise presse pendant des années parce que plusieurs personnes se sont blessées pour plein de raisons qui par raccourcis, mettaient la course en cause.
 
Heureusement, les connaissances scientiiques et l'obstination des irréductibles est venue à bout de rdonner à la course la place qu'elle mérite, soit d'être une activité naturelle et universelle du genre humain. Ouf.
 
Bien sûr, on n'est jamais à l'abri des problèmes. L'asphalte et le ciment ne sont pas pour autant naturels à l'homme. C'est pourquoi on doit être bien équipé pour pratiquer ce sport béni des dieux. L'alternance des sorites intenses avec d'autres plus légères, la progression mesurée avec une récupération suffisante, tous ces éléments contribuent à faire qu'on peut courir non seulement sans risque, mais qu'on peut profiter à plein d'une activité qui au fond, ne demande que peu d'investissement.
 
Alors, j'en conclus que lorsqu'on court, on se donne du plaisir jusqu'à l'os.
 
Yves Daigneault.
 
Chronique du 24 Août 2007.
                                                     LEÇONS DE MARATHON

Nous sommes en 2007 et malgré tous les progrès de la science et de la technologie, le mot marathon nous fait vibrer autant que l'histoire qui nous l'a amené. Bien sûr, nous ne sommes pas tous destinés à courir un marathon, mais nous pouvons tous nous y référer comme un étalon des forces et des valeurs qu'il charrie.
 
La leçon étant ce que doit apprendre l'étudiant, je crois qu'en tant qu'élèves de la vie, tous peuvent tirer des leçons du marathon. Bien sûr, j'ai fait des études et comme la plupart, au travers des acquis et des expériences vécues, je me suis forgé une route de vie.
 
Des connaissances acquises dans les livres et les cours m'ont servi, des aventures et défis ont peaufiné le travail, mais le marathon m'a donné des leçons inestimables qui me suivent encore aujourd'hui.
 
D'abord, première leçon, regarder le mythe en face et le ramener à une dimension d'objectif atteignable. Ensuite, se rendre compte qu'avec un plan, ça devient plus facile. Dans mon cas, avoir un plan, c'était déjà une structure facilitante de la vie. Puis, au fil de l'entraînement, tout s'entremêle et contribue à l'amélioration générale de notre personne. Meilleure endurance, éveil de l'attention et de facultés mentales. Les gens qui se préparent à un marathon sont souvent insatiables de tout connaître sur tout ce qui pourrait contribuer à leur réussite.
 
La découverte de l'équilibre aussi. La vitesse m'a toujours grisée. Alors, pour le marathon, il y a eu comme un problème. Certains apprennent en observant, d'autres à la dure, je crois faire parti du deuxième groupe. On apprend aussi que la récupération n'est pas un terme réservé aux nonchalants et paresseux, mais bien aussi aux organismes qui ont besoin de temps pour réparer les tissus et préparer la machine à subir d'autres assauts. Le marathon est souvent aussi affaire de solidarité. Quand on se retrouve seul, au 32 ième kilomètre, prêt à tout lâcher et que quelqu'un passe, nous voit, nous sourit ou même nous dit qu'on est fort, on veut le croire et on se surprend à continuer. Dès lors, notre confiance en l'humanité prend du galon.
 
Il nous inculque aussi de saines habitudes de vie. On veut arrêter de fumer. On veut perdre du poids. On devient même un exemple, un modèle à suivre, du moins dans un domaine, pour la génération qui pousse. Finalement, on est loin des masochistes décriés à tort par l'intelligencia non initiée, des bien- pensants, prêts à nous lapider pour les atrocités que nous imposons à notre corps.
 
J'en conclus qu'on doit apprendre et que les leçons demandent toujours des efforts. Peut-être verra-t-on un jour, le marathon au curriculum des étudiants des collèges et des universités.
 
Yves Daigneault.
 
 
  
 
Chronique du 17 Août 2007.

                                                                   FATIGUE

Vous êtes à votre 37ième km d'un marathon et vous vous dites, ça va passer, mais soudain un surplus de fatigue que dis-je, une grande lassitude vous prend de partout et vous supplie d'arrêter. Encore ce foutu mur, pourquoi donc?
 
Longtemps on a cru et encore aujourd'hui que le phénomène résulte du tarissement des hydrates de carbone, comme nutriment fabricant l'ATP. Nous passons inexorablement aux graisses de réserve, immenses sources d'énergie, mais se métabolisant beaucoup plus lentement. La première idée qui nous vient alors à l'esprit, concerne notre consommation de glycogènes, en plus de nos longues sorties qui n'ont peut-être pas été suffisantes.
De récentes études suggèrent cependant une nouvelle hypothèse qui nous rend une image plus complexe et nuancée. En effet, à l'instar de Tim Noakes, auteur du fameux bouquin " Lore of running ", des chercheurs croient que  la fatigue résultant d'une activité d'endurance, peut provenir autant de dommages musculaires que d'un manque de sucre. Les dommages musculaires dus à l'activité d'endurance sont connus depuis plus d'un siècle. Ce qui est nouveau, c'est le lien avec le fameux mur du marathon.
 
Le cerveau ici, est tenu responsable de tous ces déboires. A l'Université de Cape Town, lieu de résidence de Tim Noakes, des chercheurs ont isolé une hormone responsable de cette sensation de fatigue. Il s'agit de l'interloque-6. Cette hormone agit de façon à protéger l'organisme contre les dommages musculaires qui finiraient autrement par nous détruire. Les messages envoyés par les muscles à un certain stade, sont interprétés par le cerveau qui libère ensuite cette hormone qui nous supplie d'arrêter.  Lors de la dernière étude avec croisement placebo, les chercheurs ont donné cette hormone à un groupe de coureurs, tandis qu'un autre groupe prenait un placebo. Les résultats furent saisissants. Le groupe à hormone prenant environ une minute de plus en moyenne, pour parcourir les 10 kms.
 
C'est bien beau tout ça, mais du point de vue de l'athlète, peut-on y voir des applications pratiques? D'abord, l'ingestion de protéines durant l'exercice pourrait être bénéfique. Les protéines sont très utiles dans la réparation des tissus et pourraient alors agir en protectrices devant les microdéchirures musculaires. Les dommages musculaires durant la course, sont dus en grande partie au stress eccentrique subit par les muscles. La pliométrie favorisant la résistance et la réaction à ce stress, pourrait être ici un bon outil de prévention. La course en descendant donne aussi de très bons résultats, quant à la résistance eccentrique. Courir sans bruit, i.e. en absorbant le plus possible les chocs, augmente à la fois notre efficacité et notre économie d'énergie.
 
Finalement, on peut dire oui à la surcharge d'hydrates de carbone, oui aux protéines, oui aux longues sorties et un nouveau oui à la pliométrie et aux exercices de renforcement eccentriques.
 
Yves Daigneault.
 
 
Chronique du 12 août 2007.

                                                    QUESTION DE CULTURE!
 
La semaine dernière, j'ai participé à un événement extraordinaire, soit le GRAND TOUR, organisé par Vélo Québec. Bien que l'activité soit similaire par rapport à l'effort exigé pour les participants, je me suis demandé toute la semaine si j'étais dans le même groupe ou plutôt type de personnes qui pratiquent la course à pied.
 
J'étais fasciné d'abord par l'ampleur de l'événement et l'exigence du tracé. Après être revenu de mon ébahissement face aux vélos et aux corps magnifiques qui circulaient autour, je me suis posé la question existentielle qui suit. Suis-je d'abord un cycliste ou un coureur? Car depuis la fin de mon adolescence, je pratique le cyclisme et la course m'est venue vers la fin de la vingtaine. On peut compliquer le tout, car mon âme est gymnaste.
 
Au fil des ans, j'ai expérimenté différentes facettes des deux sports. Las de tanguer d'un sport à l'autre, j'ai opté il y a deux ans pour la course à pied. Plein de raisons pratiques m'y ont conduit. D'abord le fait que je dirige déjà un club de course scolaire et puis cette offre qui m'est arrivée de devenir entraîneur d'un club civil, m'y ont comme incité à y consacrer presque tout mon temps. Le plaisir de sortir l'hiver dans la neige, le fait aussi de n'avoir qu'à enfiler ses chaussures pour amorcer l'entraînement. Ajoutons l'idée que pour le même temps consacré à l'activité, les dividendes sont triplés, sinon quadruplés côté course. Enfin, la convivialité des participants qui se retrouvent soit à une compétition, soit à un entraînement, me sont apparus comme des atouts précieux.
 
C'est donc en toute confiance et rassuré dans mes convictions que je me suis présenté au Grand Tour 2007 vers le Saguenay et Charlevoix. Mal m'en pris, côté convivial d'abord, est-ce à cause des vélos ou des organisateurs, nous nous sommes sentis à l'aise et accueillis dès les premiers coups de pédales. Assez pour ébranler un ancien ambivalent tel que moi. Tant qu'aux efforts consentis, il n'en tenait qu'à moi de décider de tourner en pépère ou de m'y donner à fons, quitte à regretter à la première bosse venue. Heureusement, je me suis lancé, sinon comment juger.
 
Les distances, la vitesse, la griserie des descentes, la concentration pour tenir en peloton, le souffle court et les quadriceps qui brûlent dans les montées en danseuse, m'ont vite conquis.  Le temps aussi que je  trouvais si intéressant d'économiser dans la course, m'apparaissait tout à coup, très à sa place sur la selle pendant des heures. Bien sûr l'événement est spécial. Deux milles cyclos en vacances pendant une semaine, ça relaxe ces tendus, ces stressés de tous acabits. Les conditions donc, favorisaient grandement mon plaisir et ma satisfaction à faire partie de la gang de cyclos.
 
Mais qui sont-ils donc ces cyclos? Sont-ils différents de coureur que je fréquente disont pour l'heure depuis deux ans? Ils sont assurément pour la plupart de la classe moyenne, même aisée de notre population. J'ai même été surpris, enfin pas tant que ça de voir des gens, avec un petit surplus d'embonpoint enfourcher des Colnago à 6,000$ facile.
 
Pour avoir participé à d'autres Grands Tours, j'ai été surpris de la vitesse avec laquelle le sport avait évolué. Par exemple, la grande majorité savait bien changer les vitesses, tenir le rythme, tenir une roue, dépasser à gauche etc.
En fait, ce que j'en ai compris, outre le fait que la souplesse des options qu'offre le vélo dépasse largement celle de la course, les gens n'y sont pas tellement différents. On peut courir pour battre des records ou rechercher la sérénité. Le vélo nous offre la même chose. En fait, je n'ai pas de conclusion catégorique, par contre je puis dire qu'à vélo j'ai rencontré des gens exceptionnels qui ne pratiquent pas la course parce que le vélo leur est plus convivial. Alors, pour la culture, tout le monde a raison. De mon côté, je continue à courir, mais j'adore le vélo.
 
Yves Daigneault.
 
Chronique du 3 Août 2007.

                                                COUREURS INNÉS OU APPRIS!

Depuis quelque temps la course ou devrais-je dire le jogging se retrouve à la une de nos journaux. Merci surtout à nos cousins français, forts en analyses complexes des comportements humains. Nos cousins donc, palabrent sur la valeur du jogging, activité somme toute utile au fonctionnement des organes, mais loin des hauteurs réservées à la marche.  Car la marche prédispose bien plus de la transcendance de l'âme qui se rapproche du tout universel. Ouf, je leur laisse le soin de dénouer l'impasse qui ressemble ma foi, au nœud gordien.
 
Une chose est certaine cependant, les coureurs sont plus souvent qu'autrement des personnes près de l'introspection et de la méditation. C'est peut-être dans la nature même de l'activité, dans le geste répétitif que l'on peut y voir cette tendance. Pourtant, les coureurs aiment à se rassembler et à palabrer pour tout et pour rien. Ils se gavent aussi d'endorphines, hormones qui n'ont rien à voir avec la méditation, quoique!
 
Alors naît-on coureur, ou le devenons-nous? Bien sûr, un peu des deux. Nos gènes peuvent nous prédisposer à ce type d'activité, mais notre éducation et nos expériences de vie, peuvent y faire quelque chose aussi. Mais, peu importe les antécédents, si la course vous a accrochée, toute votre vie en sera changée. Passées les discussions sur les entraînements, les hydrates de carbone ou les records personnels, les expériences qu'apportent la course, donnent une plus value à tout ce qu'on entreprend. En plus, elle renforce notre contact avec le reste de la nature et de la société. En plus bien sûr, elle est universelle et ne requiert aucun élément technique compliqué. Pour peu qu'on ait le courage de se lever et de faire le premier pas, le reste est à la portée de tous. A chacun ses goûts, ses rêves, ses ambitions.
 
Yves Daigneault
 
 
Chronique du 29 juillet 2007.
 
La beauté est de rigueur.
 
À chaque fois que je regarde une compétition d'athlétisme à la télé, je suis saisi par la beauté et la grâce des coureurs.  La foulée paraît facile, la vitesse confortable.  Cependant, lorsque le chrono s'arrête, c'est l'étonnement et l'admiration que me renvoient les chiffres du cadran.  Comment tout cela peut-il être?  Comment courir 400 mètres en moins de 50 secondes sans sourciller un seul instant.
 
Un exemple inouï me vient en mémoire.  Nous sommes en l'an 2000, aux Jeux Olympiques de Sydney.  Kathy Freeman, d'origine aborigène, se retrouve sur la sellette en ouvertures, comme porte-drapeau pour l'Australie.  C'est à la fois honneur et pression aux yeux de milliards de téléspectateurs.  Elle se soumet à l'exercice avec grâce.  Pas trop difficile dirons-nous, mais symboliquement lourd à porter.  Comme si elle tenait à la fois la force d'un pays et la dignité d'un peuple à bout de drapeau.  Sûr que les yeux seront rivés sur ses prestations à venir. Dix jours plus tard, elle se rend jusqu'en finale du 400 mètres et doit affronter les meilleures au monde dans cette course si cruelle qu'on l'a surnommée " La mort lente ".  L'organisme accumule tant d'acide lactique dans ce tour de piste qu'on peut mettre des jours à l'éliminer.
 
Elle part en tête, forte et détendue, dans un accoutrement volontairement futuriste.  Saura-t-elle tenir jusqu'au bout sa foulée puissante et fluide?  Dans le dernier droit, l'organisme se révolte, la tension prend le dessus, les autres la remontent.  Mais elle tient bon et remporte la médaille d'or pour son pays mais aussi pour son peuple.  Le moment est fort.
 
Ce qui me bouleverse dans tout ça, n'est pas tant que le fait qu'elle soit aborigène, ni son costume futuriste, c'est plutôt l'aisance apparente et la beauté de l'exploit. Qu'en est t'il justement?  Elle lui a fallu une grande dose de rigueur, de travail acharné, de patience et de discipline pour arriver à ce niveau.  Toutes ces énergies axées sur l'accomplissement de ce tour d'anthologie. Alors, la beauté, l'aisance et la grâce sont-elles les sœurs de la rigueur, ou est-ce la performance elle-même qui nous laisse pantois dans l'émotion esthétique? J'en conclu que beauté et rigueur doivent se côtoyer pour qu'on puisse accéder aux plus grands accomplissements.
 
Yves Daigneault
 

 
Chronique du 23 juillet 2007
 
 IL COURT, ELLE COURT, NOUS COURONS.
 
 
On se demande parfois pourquoi certaines personnes courent. En fait, j'étais curieux de savoir les motivations qui amènent quelqu'un à commencer et aussi, à persister dans cette discipline. Les raisons pour commencer sont très diverses. Je n'ai pas fait d'étude exhaustive sur la question, seulement des observations glanées ça et là au fil des années. Conclusion; point ou peu de différences quant aux motivations premières pour commencer à courir. Des hommes comme des femmes veulent perdre du poids, améliorer leur apparence, se sentir dans un mode de vie plus sain, ou tout simplement se mettre en forme pour pratiquer une autre activité.
 
 
C'est plutôt dans la persistance que les qualités intrinsèques de la course ressortent. En fait, on continue à courir parce que ça nous procure une autonomie, une indépendance, une liberté. On vit aussi cette sensation de faire parti d'un ensemble plus grand, où on y a sa place. On partage aussi une sensation d'universalité. Où que l'on soit, qu'on rencontre un étranger, le contact se fait toujours facilement. Alors, les personnes pour qui l'intégration sociale est difficile, y trouvent assurément leur compte.
 
On court aussi pour performer, atteindre des objectifs, se dépasser. Cette fois, les jeunes, hommes comme femmes, sont plus nombreux  à s'y retrouver. Alors que les ainés, pour qui le fait d'être encore là et de pouvoir en profiter, semble suffisant pour continuer.
 
Finalement, la course est un peu un cadeau de la vie qui nous apporte, liberté, indépendance, partage et solidarité. Célébrons nos différences et nos similitudes.
 
Yves Daigneault.
 
                                                   
Chronique du 13 juillet 2007.

                                                               SPÉCIFICITÉ

L'apprentissage que ce soit en lecture, en mathématiques ou en activité physique, tient toujours du même processus. Pour atteindre un autre niveau, développer de nouvelles compétences, nous devons nécessairement reproduire, à moindre échelle, l'effet escompté.
 
Quand je pense à la performance en course à pied, une anecdote me revient toujours à l'esprit. Un collègue de travail me demande un jour de lui faire un programme pouvant le mener à courir 5 kms sans s'arrêter. Ce que je lui fis avec plaisir. Le problème, s'il en est , c'est qu'une fois l'objectif atteint, notre homme répéta l'exploit avec tant d'exactitude qu'il devint en quelque sorte un spécialiste de la course de 5kms à cette vitesse spécifique. Comme je l'ai sous-entendu, ce n'est pas un problème pour qui le plaisir est là. Mais si on veut progresser et qu'on rêve, soit d'une plus grande distance ou d'une plus grande vitesse, alors là, il nous faudra être plus spécifique et oser vers le nouveau, l'inconnu. Nous devrons pour ainsi dire, refaire en plus réduit, ce qui nous fait tant saliver.
 
On ne peut espérer courir 10kms, si on n'ose jamais se frotter à plus de 5kms. Du moins c'est ce que la théorie de la spécificité semble affirmer. Quelqu'un qui voudrait faire la  meilleure performance pour un marathon dans l'année, aurait intérêt à mettre tous ses œufs dans le même panier. Il ne pourrait par exemple, espérer une performance exceptionnelle, s'il participe à 4 ou 5 marathons durant cette période. Pourquoi? Tout simplement parce que pour y arriver, il devra troquer la vitesse pour l'endurance. En se donnant comme objectif de courir 5 marathons, il s'engage inexorablement vers une performance d'endurance. Si tel est son but, alors la spécificité tient ses promesses. S'il veut faire son meilleur temps, alors il devra travailler autant la vitesse que l'endurance et là, ça risque d'être à la fois intense et délicat, mais tout autant spécifique.
 
Pour les programmes généraux de marathon, on a tendance à faire un peu de tout, comme pour les courses de 5 et 10 kms, en y ajoutant une longue sortie en fin de semaine. Cette fois-ci, si on est sérieux dans notre intention, nous devrons éduquer notre corps aux exigences d'un marathon à une vitesse précise. Alors, il nous faudra tôt ou tard courir à la fois longtemps et à bonne vitesse. C'est un peu fou, mais je crois que si c'est vrai pour le reste, ce l'est tout autant pour le marathon.
 
Alors, pour éviter les blessures et le surentraînement, nous doserons les efforts avec amplement de repos. Car il ne faut pas oublier cet aspect important de l'apprentissage, soit la récupération. C'est le temps où l'organisme fabrique justement ces énergies nécessaires à la performance à venir. Il faut donc lui laisser le temps de le faire.
Deux facteurs prendront une grande importance durant cette période, la précision de la cadence et l'apport énergétique, par la prise de breuvages ou gels énergétiques en cours d'effort.
 
C'est pourquoi, si on n'y est pas trop allergique, on pourrait, du moins pour un entraînement majeur, le faire sur la piste. La piste apporte un feed-back précis sur la cadence et en plus, on peut s'installer un poste de ravitaillement qui nous ravira certainement.
 
Quelle distance devrait-on privilégier pour un tel entraînement? Certainement entre 25 et 35 kms. A titre d'essai, on pourrait lors d'une sortie de 20 kms, augmenter la cadence à tous les 5 kms , pour finir au moins à la vitesse souhaitée durant notre marathon.
 
Peu importe notre objectif, même qu'il peut changer en cours de route, si on y tient vraiment, la spécificité tiendra toujours ses promesses.
 
Yves Daigneault. 
   
 
Chronique du 7 juillet 2007.

                                                           C'EST SI SIMPLE!

Dans les années 60, dans mon quartier centre-sud, si un ado courait, c'était assez suspect. Soit il se sauvait, soit il voulait attraper quelqu'un. Tous les autres s'exposaient aux quolibets ou aux roches des bien pensants.
Aujourd'hui, la culture a un peu changé, mais on cherche encore à comprendre qu'est-ce qui pousse tant les coureurs à se déplacer comme ça, sans but apparent. En plus, comme dirait mon grand-père, mon dieu qu'ils ont l'air de souffrir. Allez, un petit sourire, c'est si simple.
 
Bien sûr on peut courir avec le sourire, on peut même s'éclater, mais ce, pour un temps seulement. A l'inverse des cyclistes, on peut difficilement se mettre en roue libre et se laisser aller. Mais n'entrons pas trop dans les comparaisons, de peur de nuire à la petite reine, laquelle je chéris dans son royaume bien à elle.
 
Alors, pourquoi toutes ces remarques agressives, tout au moins négatives, sur ce sport aussi passionnant que la course à pied. Plusieurs raisons militent en faveur des coureurs. D'abord, courir n'est pas un geste rationnel, mais bien naturel. Certains l'auraient-ils oublié, au point de s'en offusquer. Nous devrions par conséquent, avoir cette discipline en haute estime? Et comme tout ce qui est naturel, l'homme s'expose aux excès de toutes sortes, les abus des coureurs n'y échappent pas. Que ce soit dans l'exploit, l'aventure ou l'exploration, il suffit à l'homme de penser que ça peut se faire et ça se fera. Que ce soit bon pour nous, n'a absolument aucune importance ici.
 
La course alors n'a plus besoin de se justifier, elle est partie prenante de notre vie et contribue de ce fait à nous définir. Doit-on s'en réjouir, dans mon cas du moins, elle est source de grandes douleurs, comme de grandes jouissances. Elle est vraiment indissociable de ce que je suis. Ai-je un sourire ou un air concentré, crispé peut-être, je n'ai pas à m'en cacher, ni même à m'en justifier. Je cours parce que ça me rend vivant. J'y trouve une place dans mon environnement, j'y trouve aussi place à l'expression et à l'échange. Finalement, je cours parce que c'est vraiment, mais vraiment simple.
 
Yves Daigneault
 
 
Chronique du 30 juin 2007.

                                                         QUELLE ALLURE!

On se met en forme, on se fixe des objectifs, mais pour les atteindre, ces facteurs ne suffisent pas, il faut de la finesse. Et la finesse dans la course du moins, se voit à  l'allure. Entendons-nous, l'allure étant notre rythme, notre cadence de course, bien sûr.
 
Je me présente donc à une course. Après toutes ces préparations, les réflexions d'usage et la ferme intention de faire la plus belle course de l'année, le coup de départ est donné. Bang, la frénésie m'emporte, je cours à toute allure, c'est tellement facile. Bon, bon, je me rappelle, je dois me contenir, mais j'essaie quand même de mettre des secondes en banque pour la fin de la course, invariablement difficile.
 
Mal m'en prend, c'est à mi-course que les choses se corsent. Qui l'eut cru. A bout de souffle, les jambes lourdes, ma lutte maintenant se limite à m'assurer que je cours, l'année va être longue. Après une minute ou deux, l'équilibre se rétablit, j'augmente la cadence avec une prudence nouvellement acquise. Je pousse un peu et m'assure de finir de façon assez égale. Résultat assez égal aux autres fois. Mais que s'est-il donc passé?
 
En fait, j'ai utilisé les bons outils, mais avec des pouces au bout des doigts. L'allure donc, si on s'en sépare même très peu, nous fait payer cher les écarts à son état optimal. Facile d'aller plus lentement, c'est comme payer d'avance quelque chose qu'on connaît déjà. Alors comment savoir quelle est cette allure de rêve?
 
C'est celle évidemment qu'on peut tenir jusqu'à la fin, puis s'effondrer peut-être, n'y laissant rien de retenue. C'est donc une vitesse de " guts ", à l'image de Steve Préfontaine, pour qui il n'y avait que cette façon de courir. Risqué dites-vous, suicidaire plutôt, mais tentant pour peu qu'on soit un peu primate. C'est aussi celle à laquelle, même en fin de parcours, reste quasi intacte.
 
Deux solutions s'offrent à nous pour trouver la cadence idéale. Une à court terme, basée sur des intervalles et l'autre à long terme, basée sur une sorte d'introspection. Pour la première c'est simple, on divise notre temps total espéré en portions digestibles. Ce qui nous donne des séries de 400, 600, 800m au rythme choisi, avec des temps de récupération entre chaque répétition. On est dans le concret, le chrono.
 
Pour le long terme, comme d'habitude, c'est plus bénéfique et donc plus difficile. On est dans les sensations. On reste attentif à son rythme respiratoire, à sa foulée, à la position de notre corps, aux tensions qui se présentent. On cherche à garder toute notre concentration sur l'efficacité optimale, avec l'effort minimal. On mesure sa vitesse par la sensation d'effort qu'elle demande. On pense aussi à comment on se sent à cette vitesse.  A partir de quoi on identifie des modèles.  Ce peut être notre rythme respiratoire, notre sensation de fatigue, etc…

Ce sont des signaux qui nous incitent à ralentir ou accélérer selon le cas. Car, par exemple,  si on se trouve sur un parcours en pente, ou même par une journée très humide, les intervalles réguliers ne sont plus de bonnes références.
En pratiquant les deux types d'entraînement, on développe une approche complète et efficace de l'allure optimale à maintenir lors des rendez-vous importants.
 
Yves Daigneault.
 
 
Chronique du 24 juin 2007.

                                                    AU RYTHME DU TEMPO!

Le terme nous arrive tout droit des années 80, en ce qui concerne la course, en tout cas.  Après, les intervalles longs et courts, le Fartlek et le LSD (long slow distance), voici qu'on introduit le TEMPO dans la panoplie des outils d'entraînement des coureurs de fond.
 
Il s'agit d'une subtilité qui ma foi, est très utile pour qui veut améliorer ses performances, surtout dans les distances dépassant 10km. En bref, par le TEMPO, on repousse notre seuil anaérobique. On repousse la vitesse à laquelle notre organisme commence à accumuler des déchets organiques, dus à la fabrication d'énergie sans apport en oxygène. Pour ce faire, nous devons courir légèrement sous cette vitesse, en maintenant cet effort pour une durée d'environ 25 minutes.
 
Bien sûr, comme dans tous les concepts, plein de variantes se greffent à la théorie proposée. A la limite, si on était dans une course, on pourrait même maintenir cette vitesse pour une durée d'une heure. De là l'ambiguïté et je m'explique. Le TEMPO  peut servir d'excuse pour une contre-performance ou une performance mal gérée. Par exemple, vous vous pointez pour un demi-marathon et partez à vitesse TEMPO. C'est assuré qu'en peu de temps vous allez vous retrouver dans le rouge et ralentir de façon drastique. Alors, pour vous satisfaire du résultat obtenu, vous pouvez dire que vous avez fait une course TEMPO. J'exagère, mais attention, le TEMPO, comme tous les autres outils de votre arsenal, n'est là que pour servir la cause de l'entraînement. Je n'oserais jamais recommander à quelqu'un de participer à une course comme à un entraînement.
 
Tout simplement parce qu'une course c'est comme un examen. C'est une lecture de nos acquis, d'où on est rendu. Bien sûr, nous pouvons progresser au fur et à mesure de nos acquis. On peut par exemple faire une course de 20 km, dans une préparation à un marathon. Mais cette course en soi n'est pas un entraînement, car bien qu'elle nous serve de bâlise pour les entraînements à venir, elle est elle-même le résultat d'entraînements précédents.
Il faut donc accorder au TEMPO la place qui lui revient. Si on le programme lors d'une sortie de préparation, le plus juste est la vitesse à laquelle on court, le meilleur sera le résultat. Mais comment sait-on qu'on est à vitesse TEMPO?. J'aime bien parler d'une sensation de moyennement difficile, de légèrement hors de la zone de confort, de nécessité de concentration, mais encore très supportable. En ayant des points de repère concernant la distance et le temps, on peut facilement jauger la progression de notre seuil anaérobique.
 
Et quel plaisir de savoir qu'on peut courir plus vite et plus longtemps dans un confort relatif.
 
Yves Daigneault

 
Chronique du 17 juin 2007.

                                                    BONHEUR ET TÉNACITÉ!

J'arrive d'une course d'entraînement, où l'idée m'a traversé l'esprit. A quelle vitesse est le bonheur pour moi? A quelle distance dois-je me confronter pour me sentir heureux? Et puis disons-le, quand ressentons-nous le bonheur? Il faut dire que La Rochefoucauld m'y a induit avec sa maxime : " Le bonheur est toujours à la portée de celui qui sait le goûter ".
 
Je crois à prime abord qu'il réside dans le maintenant. Et, dans mon cas du moins, j'y suis souvent étranger. Suis-je dans le passé à ressasser des souvenirs, à vouloir les vivre à nouveau en les relatant, ou ce qui n'est pas mieux, à attendre l'avenir et ses promesses de jours meilleurs, de contrées à découvrir, de repos du guerrier, d'aventures à partager. C'est très pratique, pour la simple raison que l'instant lui-même est insaisissable et qu'en le prenant par en avant ou en arrière, par grappes de vies, on peut mieux le contrôler et ainsi penser maîtriser la vie qui nous file entre les doigts.
 
Pour ce qui est de la course, mon bonheur me prend par surprise. Il s'exprime quand je me sens tenace. Et cette ténacité, elle peut se trouver quelquefois dans la distance, comme dans la vitesse. Elle est surtout l'outil pour jauger ma vérité. Suis-je à faire des intervalles de 400m à 1min. 47 que je transforme tout à coup à 1min. 45, question de regarder si j'en ai peur et de découvrir que mon plaisir réside dans mon idée de vivre ça comme ça va arriver. Si je stresse trop et que je m'effondre, le monde lui, continue et ce n'est pas grave. Si par contre je continue et explore le nouveau, je me délecte et savoure chaque moment.
 
En fait, on doit vouloir faire de son mieux et accepter d'avance ce qui arrive. Après tout, on ne sait jamais combien d'occasion on aura de s'exprimer, alors si on enlève la peur de l'échec, la peur d'avoir mal, qu'on se concentre à faire ce qu'il y a à faire, la ténacité, celle qui compte vraiment, sera au rendez-vous. Les excuses et les complaintes vont disparaître comme par magie.
 
Bonne course.
 
Yves Daigneault
 

 
 
Chronique du 9 juin 2007.

                                                 POURQUOI DE BONS ABDOS

Nous avons tous besoin d'un minimum de condition physique pour pratiquer décemment la course à pied. Dans ce contexte quel(s) rôle(s) joue(nt) nos muscles  abdominaux . Ils peuvent nous être utiles, pour plein de raisons qui peuvent paraître saugrenues à prime abord.
 
Deux raisons principales devraient nous inciter à développer et entretenir une bonne ceinture abdominale. La première étant la prévention. En effet, il s'agit là de l'élément qui assure une stabilité à notre colonne vertébrale. Sans de bons abdos, notre colonne tend à se déplacer en ondulations, en torsions, en flexions pas toujours souhaitables pour la pratique de nos activités quotidiennes. On n'aimerait pas la course à pied qu'on aurait besoin de bons abdos quand même. Alors quel lien avec la course à pied?
 
On s'entend que la course n'est ni plus ni moins qu'un geste répétitif, nécessitant somme toute, bien peu de contribution du haut du corps. C'est là justement qu'interviennent pour la seconde raison, les abdominaux solides. Ils servent en quelque sorte de gainage au tronc qui, ainsi stabilisé, permet au coureur de maintenir le rythme, au prix d'un minimum de perturbations dans le déroulement des phases de courses. En effet, si nous bougeons le tronc en avant, en arrière ou dans n'importe quelle direction autre que celle de notre course, nous gaspillons une somme colossale d'énergie, cruellement recherchée dans notre quête de performance. 
 
Nous avons déjà  établi dans une autre chronique, la bonne position du coureur. Je me permets d'y revenir brièvement. Le tronc est donc droit, il peut pencher légèrement en direction de l'avant, mais attention, pas de cassure nette au niveau des hanches. Le regard vers le lointain, les épaules basses, les bras fléchis se déplaçant d'en avant en arrière, sans traverser la ligne imaginaire du milieu du tronc. Les mains sont fermées sans être serrées et à hauteur des poches, si on en a. Un tronc bien stable donne une fluidité à nos foulées qui en revanche, nous rendent la balade plus facile, du moins plus efficace.
 
Ceci et vrai, quelle que soit notre vitesse. Alors, nos abdos sont-ils quelque peu cachés ou enrobés, donnons-leur la possibilité de jouer leur rôle et de nous rendre la vie plus agréable, car après tout, notre corps et notre esprit ne demandent que ça.

Yves Daigneault

 
 
Chronique du 2 juin 2007.
                                                                 TAMALOU
 
Ce que j'aime en particulier de la course, c'est qu'elle exalte la simplicité. Des pas qui se répètent, interrompus par un temps de suspension. Voilà pour la simplicité. Ça devient complexe dès qu'on compte. Soit les pas, la distance, le temps, pire encore, quand plusieurs s'y mettent en même temps. Ajoutez la compétition, les récompenses, etc… vous voilà prêt pour les TAMALOU.
 
Étant donné qu'il n'y a pas ou peu de support technique dans la course, on s'en prend au coureur pour valider les résultats et bien sûr, en tirer des conclusions. Dans d'autres sports, tels le cyclisme où le vélo peut compter, le basket-ball, où l'équipe y est pour quelque chose, enfin la plupart des sports d'équipe et des sports qui demandent de l'équipement, les blâmes de la contre-performance, peuvent se trouver bien loin de l'athlète. En course, c'est moins facile et c'est là qu'arrive à la rescousse les TAMALOU.  Enfin, c'est quoi, vous l'aurez deviné, sinon une belle excuse honorable pour quoi, ne pas agir, quoi une piètre prestation, quoi une presque lamentation.
 
Paradoxe peut-être, j'adore quand je n'ai que moi à blâmer pour quelque chose. Au moins j'ai l'heure juste et je peux regarder le problème droit dans les yeux. Mais, les TAMALOU, i.e. c'est pas ma faute, j'ai un début de rhume, je me suis couché tard, je n'ai pas eu le temps de m'entraîner, sont monnaie courante, même que je suis souvent tenté d'y recourir, nous empêchent d'être vraiment à jour sur notre situation réelle et par conséquent, de pouvoir la changer.
 
Ces histoires ne seraient rien, si elles ne se prolongeaient dans des tentations vers la réduction, même l'immobilisme, de crainte d'empirer un mal passé. Qui n'a pas entendu d'histoires de coureurs qui, suite à une blessure, se disent, non plutôt, disent que leur dos, genoux, hiboux, choux sont finis. Ah, ils auraient bien aimé reprendre mais, que voulez-vous, c'est comme ça. Alors là, j'émets un doute, oui à la prudence, oui à la récupération, à la rationalisation, mais oui aussi à la passion, à la volonté d'agir, quels qu'en soient les résultats. A mon sens, l'action même de courir est la récompense du coureur.
 
La route est là, moi aussi, alors…

Yves Daigneault.
 
Chronique du 26 mai 2007.

                                                             A quoi s'attendre!

Quoi faire pour encourager un jeune à s'initier à la course. Quoi éviter pour persévérer toute sa vie. Que ce soit faire ou éviter, les deux se rejoignent aux extrémités du spectre de la vie d'un coureur.
 
Pour guider le développement à long terme du jeune coureur, la responsabilité de l'adulte exige, discipline, encadrement et bien sûr, restrictions. La tentation des excès, le goût de se défoncer et de performer peut aveugler le jeune en pleine croissance et c'est là qu'un encouragement, à la fois stimulant et sécuritaire, va guider le jeune vers un développement complet et harmonieux. C'est en effet trop facile de laisser aller.
 
Au moment de la puberté, tellement de changements opèrent en même temps qu'on risque d'y perdre son latin. Les filles y accèdent avant les gars et voient leurs performances perturbées par ces brusques changements. Les gars y trouvent des avantages au début, mais de brusques poussées de croissance, peuvent aussi troubler le fonctionnement de leur corps.
Une bonne base aérobique, est essentielle pour garantir une progression à long terme. Une progression du volume d'entraînement modérée, i.e. 10% à 15% par semaine, en maintenant ce nouveau volume, pour au moins 2 à 3 semaines, fait  aussi parti de l'encadrement.  Pour la vitesse, commencer avec de longs intervalles, à vitesse moyenne et garder les vitesses de pointe pour la fin de saison.
 
Supporter les déceptions dues à des contre-performances fréquentes, en ces temps de perturbations.
 
S'en suit une longue période que l'on pourrait appeler l'âge d'or du coureur. Ensuite, lentement mais sûrement, on se dirige vers l'autre bout du spectre. Le véritable âge d'or, qui ma foi tient plutôt de l'ironie. Qu'importe, lorsqu'on y est, il faut faire avec. C'est l'accumulation d'une vie d'actions, de petites blessures, déchirures, etc… Les muscles se raidissent plus, les ligaments sont plus lâches,  les articulations plus raides. Les blessures du passé nous laissent des souvenirs subtils.
Heureusement, plutôt que d'avoir des adultes qui nous guident, la sagesse acquise ou pas, devient une balise, pour la suite de notre vie de coureur. Courir plus longtemps et plus vite, sont deux actions à ne pas faire en même temps.
Le temps de récupération se développe plus vite que le temps d'action.
 
La variété dans nos activités, maintient notre enthousiasme de coureur. Il faut à l'occasion changer, par exemple nager, pédaler, pour se sentir plus frais et vigoureux, lors de la prochaine course.
 
Diminuer les chocs de l'asphalte, en variant les surfaces sur lesquelles on court.
 
L'échauffement devient primordial, surtout lorsqu'il fait froid et le retour au calme aussi, si on veut courir le lendemain.
Enfin, d'un extrême à l'autre, on aura été un coureur pour la vie.
 
Yves Daigneault.
 
Chronique du 19 mai 2007.

                                                    TROUVER SA DISTANCE 

Courir un 800m à fond de train, ou un marathon ne fait pas appel aux mêmes qualités et par conséquent, l'un sera toujours privilégié par rapport à l'autre.
 
A moins de faire une biopsie et d'analyser les petits morceaux de muscles ainsi prélevés, nous ne pouvons savoir de façon précise, de quoi sont composées nos fibres musculaires. Nous avons tous un certain nombre de fibres blanches et de fibres rouges. Les blanches sont révélatrices de puissance explosive, utiles en cas d'urgence, pour l'attaque ou la fuite. Malheureusement, leur pourcentage n'est guère variable, malgré l'entraînement. Cependant, nous pouvons les transformer en fibres rouges, dites oxygénés, augmentant alors nos capacités d'endurance.
 
Si vous n'avez pas beaucoup de fibres blanches, vous ne deviendrez probablement jamais un bon sprinter. C'est un peu pour ça qu'avec l'âge, nous devenons de plus en plus endurants, ou est-ce pour autre chose, enfin!
 
Lorsque nous abordons la course à pied, les distances et les conditions sont presque infinies. Alors, si nous voulons développer notre plein potentiel en y explorant par essai erreur, nous risquons d'avoir besoin de deux vies pour y arriver. C'est pourquoi plusieurs coureurs et de scientifiques se sont pencher sur le problème et nous ont proposé plein de solutions toutes plus complexes les unes que les autres. Ceci jusqu'à ce que Tim Noakes n'arrive avec un tableau finalement assez simple où nous pouvons facilement situer notre potentiel et nos distances de prédilections.
En partant du mille et en allant jusqu'au marathon. Si par exemple nous prenons notre temps au 5km et que sur la même ligne, rendu au marathon notre temps réalisé est plus rapide, alors nous sommes une bête d'endurance et chercher à brûler le bitume ad vitam aeternam. À l'inverse, si nos meilleurs chrono se situent à gauche de l'échelle, nous sommes plus près des guépards et devons doser nos efforts pour exploser au bon moment rivaliser de vitesse sur des courtes distances.
 
Je vous envoie le tableau, enfin j'espère afin que vous puissiez l'utiliser et vous contenter finalement d'une seule vie pour développer pleinement votre potentiel.

Yves Daigneault
Chronique du 12 mai 2007
                                                                Billy Mills le brave

 Les jeux olympiques regorgent d'anecdotes, aussi grandioses que les performances qui y sont exécutées. L'histoire de Billy Mills nous convie aux deux. Nous sommes ici en présence d'une icône de la bravoure populaire. La course qu'il a faite, fut retenue comme la plus grande commotion de l'histoire olympique moderne.
 
Billy Mills est né le 30 juin 1938 dans une réserve indienne de Pine Ridge au Dakota du Sud (Oglala Lakota(Sioux)). Orphelin à l'âge de 12 ans, Mills apprend la course alors qu'il fréquente le Haskell Institute, mieux connu aujourd'hui comme Kaskell Indian Nations University à Lawrence. Adepte autant de boxe que de course dans sa jeunesse, il délaisse peu à peu le " noble art ", au profit de la course. Détenteur d'une bourse d'étude, il fréquenta l'Univerité du Kansas. Il a été nommé " All american NCAA athlete " à trois reprises, en tant que coureur de cross-country.
 
Fort d'un diplôme en éducation physique, il s'engage comme lieutenant du corps de marine américain. Il délaisse un peu la course, puis s'y remet pour se qualifier pour les jeux olympiques de 1964 à Tokyo, au 10000m et au marathon.
 
Aucun Américain n'avait gagné le 10000m aux Jeux Olympiques avant Billy Mills, pas plus que dans tout l'hémisphère ouest depuis.
 
Le favori dans ce fameux 10000m était l'Australien détenteur du record du monde, Ron Clarke. Les coureurs anticipaient une lutte entre le champion en titre Pyotr Bolotnikov d'URSS, Ron Clarke et Murry Halgerg de Nouvelle-Zélande, qui avait gagné le 5000m en 1960.
 
Comme prévu Clarke donna le ton à la course. Sa tactique de surgir à tous les deux tours, semblait bien fonctionner. Si bien qu'à la mi-course, seulement quatre (4) coureurs étaient encore avec lui : Mohammed Gammoudi de Tunisie, Mamo Wolde, d'Éthiopie, Kokichi Tsuburaya du Japon et Mills. Tsuburaya, le favori local, perdit contact le premier, puis Wolde. Avec deux tours à faire, il ne restait que deux (2) coureurs avec Clarke. Sur papier, ce devait être la course de Clarke. Son record du monde était de 28 :15 .6 tandis que ni Gammoudi, ni Mills n'avaient couru sous les 29 minutes.
 
Mills et Clarke couraient ensemble, alors que Gammoudi se tenait juste derrière eux lorsqu'ils amorcèrent le dernier tour de piste. Ils doublaient d'autres coureurs et dans la droite opposée Clarke fut emboîté. Il poussa Mills une fois, puis encore. Puis Gammoudi les poussa les deux et surgit en tête, comme ils arrivaient dans la dernière courbe. Clarke récupéra et commença à poursuivre Gammoudi pendant que Mills paraissait trop loin derrière pour être d'une quelconque menace. Clarke n'a finalement pas réussi à rejoindre Gammoudi, mais Mills fondit sur eux et les devança tous deux à la ligne d'arrivée. Son chrono victorieux fut de 28 :24.4 presque 50 secondes plus vite qu'il n'avait jamais couru. Voici pour la performance, l'anecdote maintenant.
 
Après la course, Mills s'adressa à Clarke. Il lui demanda s'il avait vraiment donné tout ce qu'il avait dans le dernier droit jusqu'au fil d'arrivée. Ce à quoi Clarke répliqua "  Oui ". Mills expliqua qu'il avait essayé d'être détendu dans sa dernière poussée vers la ligne et qu'il avait senti que ça l'avait aidé à dépasser Clarke et Gammoudi.
 
Mills y a cru.
 
Yves Daigneault.
 
Chronique du 06 mai 2007
 
VITESSE DE SEUIL

La course est une grande éducatrice, une grande formatrice. Nous cherchons à nous y découvrir, nous exprimer, pourquoi pas nous épanouir.
L'apprentissage se fait, tant par l'intérieur que par l'extérieur. Le seuil anaérobique, constitue à mon sens, une bonne balise pour établir nos vitesses d'entraînement. Simplement, cette marque nous donne la vitesse au-delà de laquelle, l'acide lactique s'accumule sérieusement dans le sang.
Il est très utile de savoir cette donnée, pour structurer des entraînements, sous ou au-dessus de ce seuil, de sorte que le corps s'y adapte, élevant ainsi, à la fois le seuil et notre capacité à courir longtemps près de nos limites aérobiques. Outre l'analyse du sang comme tel, il existe des méthodes moins onéreuses, ou invasives de trouver notre seuil. De ces méthodes, la plus pratique est sans contredit le test de 30 minutes.
Pour ce faire, choisissez une journée où vous vous sentez vraiment bien. Après un bon échauffement, accélérez à une vitesse TEMPO, i.e. que vous pensez pouvoir tenir 30 minutes, mais pas plus. Votre vitesse peut varier en cours de route légèrement, en plus ou en moins, mais pas trop. L'idée étant de courir à votre vitesse idéale pendant 30 minutes. Vous pouvez le faire sur piste, de façon à connaître la distance exacte parcourue, ou si vous possédez un GPS, n'importe où. Votre vitesse est obtenue en divisant la distance couverte en mètres, par 1800 secondes (30 minutes). Par exemple, un coureur parcoure 8000m/1,800sec.= 4.5m par seconde, pour un Tempo de 400/4.5= 89 sec. / 400m ou 3 min.40sec /km.
Cette vitesse de Tempo peut paraître rapide, puisque habituellement, on mesure la vitesse TEMPO, comme étant la vitesse à laquelle on peut courir 15 kms. Pourtant, cette vitesse a été scrupuleusement mesurée par des chercheurs de l'université East Carolina. Il s'agit d'une vitesse d'entraînement, moins rapide que si on avait testé une compétition de 30 min. avec tout ce qu'une course implique, préparation, affûtage, etc…
Une fois qu'on a les résultats, on peut s'entraîner, avec cette référence en tête. Par exemple, 2 à 4 X 2,000 au seuil  avec 400m de récupération. Même, 3 à 5 X 1000m, à 4 secondes plus rapide du km que notre seuil. Et tous les entraînements au seuil devraient se faire avec un temps équivalent de récupération à celui de la séquence intense. En alternant ces entraînements d'une semaine à l'autre, vous élèverez votre seuil et grugerez de grosses portions de secondes sur vos prochaines performances en course.
Yves Daigneault
 
                                        
                                                  
Chronique du 27 et 29 avril 2007
 
CHARLOTTESVILLE et LES LEÇONS DE LA COURSE

Au départ, il s'agit d'un projet sorti tout droit d'une fantaisie, soit faire un marathon dans une ambiance de ravissement.  En scrutant l'écran cathodique, j'ai cherché à la fois des paysages, une approche, une culture qui me parlent. Charlottesville VA me revenait à chaque tournée des endroits disponibles en avril. J'ai fait comme Hey, je veux être là. Les gens connaissent les coureurs, leur lubies, leur besoins, les respectent, les chouchoutent, le tout dans une approche conviviale. Bang, mon choix est fait.  Trois autres Riverains se sont joints au projet et même un collègue de Beauharnois qui taquinait l'idée d'un premier marathon, s'est joint au projet  Charlottesville.
 
Faisons grâce des entraînements, sans qui l'euphorie aurait vite virée au cauchemar. Nous prenons la route à six,  notre nouveau futur marathonien, étant accompagné de son épouse. Une petite vacance d'amoureux somme toute. Nous sommes le jeudi, 13 heures de route pour voir les cerisiers en fleur, on est comblés.
 
Le vendredi nous sert de récupération et de préparation mentale, en autant que faire se peut. On met la dernière touche à notre plan de match qu'on aura probablement oublié dans l'excitation du départ, mais bon, il faut bien faire quelque chose. Nos idées sont aussi traversées par les images de la tuerie de Virginia Tech, à 90 minutes de route de notre ville fétiche. Nous  faisons confectionner des rubans aux couleurs de VT que nous porterons durant le marathon. Un bon souper aux pâtes et nous allons de dormir du sommeil du juste, avant le grand départ.
Samedi matin, lever à 3 :30h pour prendre quoi, un bagel, quoi, du gruau avec banane, jus d'orange et café, pour être fin prêts pour se lancer à 6 :30h. Il fait environ 6-7C à l'aube, mais personne ne cherche à s'en plaindre, sachant très bien que c'est ce qu'on pouvait espérer de mieux. Enfin, nous voilà partis. Les premières minutes sont un peu troublantes, comme si on ne réalisait pas qu'on s'en allait pour au moins 4 heures dans mon cas. Après 30 minutes, les côtes se sont chargées de maintenir notre niveau d'attention assez élevé. Toutefois, ce sont les paysages à couper le souffle qui tempéraient les assauts imposés à nos quadriceps, le long de ce parcours presque jamais plat.
 
Inexorablement, après 3 heures, peut-être 3 :30h s'est invité le mentra à la fête. Je m'explique : Après un certain temps, les réserves d'hydrate de carbone trouvent le fond du baril et nous passons alors aux réserves de graisse, pour poursuivre notre route. C'est le fameux mur qui nous attend. C'est pourquoi, j'ai parlé du mentra. En fait, on peut en avoir plusieurs. Notre cerveau étant un grand consommateur de sucre, ce n'est pas le temps de faire des grands calculs compliqués, les messages qu'il reçoit sont alors presque tous négatifs. Le mentra étant un mot ou tout au plus quelques mots, soit de nature neutre ou positif, mais très simple, nous nous efforçons de les répéter, pour maintenir le focus et franchir ainsi la ligne d'arrivée dans les meilleures conditions.
C'est ce que les 5 coureurs du coin ont fait. Je ne peux que souhaiter à tous de vivre une expérience semblable, au moins une fois dans leur vie.

Yves Daigneault

                                                LES LEÇONS DE LA COURSE

Certains l'apprennent tôt, certains ont besoin d'un crescendo de coups durs avant de comprendre, ( J'en suis ), d'autres n'apprennent jamais. Il en va ainsi de la course comme de la vie.
 
Peut-être est-ce parce qu'il y a presque toujours une multitude de facteurs qui interfèrent entre, nos performances de coureurs et les interprétations qu'on en fait. A la fin, on s'y perd un peu et on refait inexorablement les mêmes erreurs.
 
Un peu d'humilité, de sang-froid, de réalisme pourraient dans de tels cas, nous être d'un grand secours. Prenons un exemple au hasard, hum! On s'est bien préparé pour une course de 5 km. Les intervalles ont bien été, le repos, l'alimentation, tout semble parfait. Arrive le jour du test, vous partez comme prévu sur le bon rythme, mais soudain après deux kms, les choses se gâtent, un doute vous assaille et la foulée n'est plus si fluide. Vous commencez à vous crisper, votre souffle devient plus court, vous ne paniquez pas, mais ralentissez pour sauver les meubles. Résultat, une contre performance. Pas catastrophique, mais disons décevante. Vite, vous vous empressez de trouver des faux-fuyants, des excuses sans fondement qui camouflent, quoi, un manque de courage, quoi, une mauvaise estimation de votre valeur, quoi encore pire, une peur de la réussite.
 
De toute évidence, on est en face d'une belle observation à faire. Car, il est vrai que l'humilité citée plus haut nous aurait conduit tout droit vers une analyse objective de notre état. Nous valons ce que nous faisons aujourd'hui et non la performance dont on a seriné nos collègues et qui remonte à Mathusalem. Le sang-froid quant à lui, aide à regarder les choses en face, ce qui est rarement dramatique, entre nous. Notre coureur aurait dû oser, au risque de se retrouver avec la même contre performance, mais cette fois avec l'assurance que le but était au-dessus de ses moyens.  Oser donc, aller au bout de son plan de course. Au lieu de cela, il reste dans l'expectative d'un grand brouillard d'explications confuses. Pourquoi cela, bien en partie parce que des fois, on ne veut tout simplement pas regarder la vérité en face. Le réalisme ici s'exprime sans ambages.
 
Veut-on réellement savoir notre valeur sur 5km? Peut-on accepter sans grincer, le résultat d'une course, comme notre point de départ pour un nouvel objectif? Si nous avons répondu oui à ces deux questions, nous sommes sur la bonne voie, non seulement pour une meilleure performance, mais vers un meilleur nous.
 
Yves Daigneault
 
Chronique du 16 avril 2007
 
 VO2MAX ET TUTTI FRUTTI

Seuil anaérobique, tempo, RCM, intervalles etc… tout ce jargon réservé semble-t-il aux initiés, nous fait entrer dans un monde fascinant, soit la mécanique de la performance. On entre ici dans le paddock des performeurs.
Quiconque a le moindrement côtoyé le monde de la course, à pied s'entend, s'est vu confronté à ce vocabulaire, disons quelque peu hermétique. Il vaut la peine de s'y attarder, ne serait-ce que pour le démystifier et en faire même un allié, pour nos performances futures.
 
Je ne prétends pas ici présenter un lexique exhaustif du monde de l'endurance. Seulement jeter quelque éclairage à des termes autrement bizarres.  Commençons par VO2max. Ce terme est si populaire qu'il sert d'enseigne à plein de commerces et d'organisations qui rôdent autour du monde de la course et de la performance.
Qu'en est-il donc? Il s'agit en fait du volume de consommation maximal d'oxygène. On l'exprime en ml/mn/kg de poids corporel. Bref, c'est la capacité maximale d'utiliser l'oxygène pour l'activité physique. Concrètement, on se sert en course à pied de tests qui déterminent la vitesse limite après laquelle, l'oxygène ne sert plus de substrat à la fabrication d'énergie, pour passer à une vitesse supérieure. Autrement dit, après cette vitesse, on est en dette d'oxygène, on peut encore accélérer, mais au pris d'une accumulation de déchets organiques qui auront tôt fait de stopper notre élan, si volontaire soit-il. 
Nous aurons atteint notre VMA, i.e. vitesse maximale aérobique.*
 
On se sert aujourd'hui du VO2 max. comme base de donnée générale d'une condition physique. Ce volume peut se trouver non seulement par un test de course, mais par un test sur vélo stationnaire, ou sur tapis roulant. Et qu'est-ce qu'on fait après. Les plans d'entraînement qu'on trouve dans les revues et sites électroniques regorgent de données sur les intensités variées de rythmes et de cadences, le plus souvent exprimées en % de VO2max. Voilà, on a une référence sur laquelle travailler.  A ne pas confondre avec VO2max, le RCM, soit le rythme cardiaque maximal, sert souvent de base de donnée à un programme d'entraînement  Cependant, quand on travaille à 100% de son VO2 max., on n'est pas loin de son RCM, disons à 95%.
 
Au fond, il nous faut savoir établir un bon dosage de travail à différents rythmes, concocter une recette gagnante, comprenant du travail en endurance pure, de la puissance, de la vitesse, de la résistance. Bien sûr, le tout parsemé de récupérations plus ou moins longues, favorisant l'émergence de nouvelles énergies.   On peut fonctionner par essai erreur, mais habituellement, tous s'entendent pour dire qu'on doit d'abord construire une base d'endurance, quelquefois en même temps qu'un certain travail en vitesse, avant de se lancer dans des entraînements à haute intensité et faibles en récupération.
 
On n'oublie pas non plus la période d'affûtage qui permet de se présenter frais et dispos aux compétitions importantes.Pas facile de s'y retrouver, mais n'oublions pas que la course est quand même une activité à la fois simple et complexe, comme la vie.
 
Yves Daigneault. 
 
Chronique du 7 avril 2007.

                                                                   BOSTON

Nous sommes en avril, même si le printemps se fait timide, les fourmis dans nos jambes nous font frétiller d'effervescence. Comme coureur, avril c'est aussi Boston. Le marathon de Boston a la réputation d'être le plus prestigieux au monde et il l'a soutient pour moult raisons.
 
D'abord, c'est le plus vieux marathon au monde. Un peu d'histoire ici. Le marathon a commencé en 1896, avec l'avènement des Jeux Olympiques de l'ère moderne, sous l'influence du Baron Pierre de Coubertin. Ces jeux se sont tenus à Athènes et comportaient cette longue course de Marathon à Athènes, commémorant la légende du soldat Phedipides, courant la distance en tenue de combat pour annoncer la victoire des Grecs sur les Perses. Le pauvre s'est effondré à l'arrivée. Pour revenir à nos Bostoniens, disons qu'en 1897, ils ont voulu faire d'une pierre deux coups. En effet, ils ont choisi le " Patriots  Day " à l'instar des Grecs, rappelant ainsi la première bataille des Américains contre les " British " pour accéder à l'indépendance, pour lancer en même temps, la première édition du fameux marathon.
 
De plus, il n'y a que deux marathons au monde qui exigent des temps de qualifications, soit  celui pour former l'équipe olympique américaine et le marathon de Boston. On peut dire que pour Boston, les standards ne sont pas ceux des élites, mais qu'ils sont  entre le coureur de tous les jours et les olympiens. On peut sans crainte se targuer d'être un bon coureur, si on réussit à se qualifier pour Boston. Choisissez votre âge et votre sexe, avec des limites à rencontrer entre 3hrs 10 min( H 18-34ans) et 5hrs 30 min. (F 80 ans et plus). 
 
A mon sens, Boston constitue un pont entre l'élite et le joggeur, servant ainsi d'émulation à nos objectifs de coureurs. Où que l'on soit dans le monde, tous reconnaissent le prestige de Boston. C'est donc un premier accomplissement que de se qualifier, le deuxième étant bien sûr de compléter l'épreuve. Car Boston reste particulier, même dans son parcours. En fait, on le surnomme le marathon casse-pattes, ayant quatre côtes machiavéliques,  pour mettre les plus hardis à l'épreuve. La plus célèbre étant la " Heartbrake Hill ", aux alentours des 32 kms entre Hopkinton et Boston.
 
 Certains se qualifient pour l'épreuve dès leur premier essai. D'autres par contre, beaucoup plus nombreux en font un objectif à long terme. Ils le poursuivent durant des années, voire des décennies. Les standards s'amollissant au même rythme que l'âge, ne laissant que l'illusion du nouveau chiffre à atteindre. La prochaine édition se tiendra le 16 avril 2007.
 
Des membres de notre club y ont déjà participé. J'espère voir bientôt des RIVERAINS arborer  nos couleurs à cette prestigieuse épreuve.
 
Yves Daigneault.

 

 
Chronique du 31 mars 2007.

              
                                         AFFÛTAGE OU RAFRAÎCHISSEMENT

On s'entraîne depuis un certain temps. On s'est fixé des objectifs, plus ou moins précis, selon notre approche à la course à pied. Bien sûr, dès qu'on a décidé qu'on allait se mesurer, on veut être à notre meilleur. Nous voulons tout faire pour se placer dans les meilleures conditions au jour J.
 
La vie nous a pourtant appris qu'il n'y a pas d'égalité, même dans la mort et pourtant, on cherche encore la formule qui aplanie les différences et standardise les réponses à nos questions. Pour revenir à nos coureurs, devrais-je dire comme pour la fable, à nos lièvres et nos tortues, il nous faut choisir notre camp, pour performer à notre plein potentiel le jour où ça compte. Selon qu'on est endurant et rempli de fibres rouges, oxygénées, nous opterons plus pour le rafraîchissement que l'affûtage dans les semaines ou jours précédant l'événement. L'idée vient du fait que pour une personne endurante, les entraînements à haute intensité taxent beaucoup plus leur énergie et que ce que l'on recherche à l'approche du grand jour, c'est l'inverse, soit d'en accumuler. La solution, les TEMPOS, i.e. course assez longues, mais juste sous le seuil anaérobique. Côté volume, on réduit un peu, justement pour se sentir frais.
Manifestement, il nous faut savoir dans quel camp se rapporter. Si on connaît un tant soit peu ses forces et ses faiblesses, l'hésitation ne devrait pas durer.
 
Il existe cependant quelques trucs presque infaillibles pour se brancher.
Par exemple, si nous prenons notre meilleur temps sur 5 km X 2 et ajoutons 2 min. pour un 10km. Si on prend moins de temps, alors on a plus d'endurance que de vitesse.  Un autre truc : Si on vous donne le choix entre 12X400m à 90-95% d'effort  avec 200m jog entre ch. et 3X1200m à 85% d'effort avec 400m jog entre ch.
Votre élan naturel guidera votre réponse.
 
Les deux méthodes accomplissent le même travail et poursuivent le même but, soit d'avoir le maximum d'énergie pour bien performer. Alors bonne chasse aux records personnels, c'est la saison qui commence.
 
Yves Daigneault. 
 
Chronique du 23 mars 2007.
 
DE L'ÉQUILIBRE DANS L'ENTRAÎNEMENT

Je suis hanté par un moment, un souvenir, une sensation. On est en 1980, la vie bouillonne autour de moi, la même qu'aujourd'hui en fait, sauf que je la ressens plus fort, plus près que jamais. C'est un petit matin, banal comme la plupart, quand soudain je prends conscience, furtivement quand même, mais intensément que je me sens à mon meilleur. Pas seulement physiquement, mentalement, moralement et tous les ment qu'on voudra. J'ai cette intime conviction d'être au bon endroit, au bon moment. Je suis certain qu'il me suffit de penser à un projet et que oui c'est sûr, il va se réaliser.  Bien sûr, si je poursuis ce moment, c'est qu'il m'a apporté un plaisir extrême. Après un certain temps, j'ai quand même compris que ce n'était qu'un moment et qu'il y en aurait bien d'autres, mais la nature étant ce qu'elle est, je m'accroche à l'évanescent.
 
Heureusement, l'âge n'ayant pas que des inconvénients, j'ai pris le temps d'analyser les tenants et aboutissants de cet état. Surprise, tout réside dans l'équilibre. Je m'explique, on se réveille, on se sent bien. D'abord on doit avoir eu un sommeil reposant, suite sûrement à une soirée calme et paisible. Soirée qui peut être le résultat d'une journée productive à tout point de vue. Une sorte de mélange de surcharge dans l'entraînement, de bonne récupération, de relations sociales aimables, agréables même. Une petite suite de réussites bien ordonnées qui finissent par faire un grand effet sur soi.
 
On a souvent tendance à séparer les actions, question de bien comprendre et de ne pas se perdre. Pourtant, bien qu'on puisse comprendre finalement chacun de nos gestes, on oublie facilement que tout est lié. L'altercation qu'on a eu ou qu'on a évité influence mon appétit qui à son tour me laissera penaud devant la charge d'énergie à déployer, dans mon prochain entraînement. Cette petite lumière qui me rappelle qu'il me suffit de maintenir le rythme et que je ne vais pas suffoquer dans les prochaines secondes, cette lueur qui jonche mes souvenirs de réussite, me sert de guide à la fin d'une longue sortie. 
 
J'aime bien marcher sur la crête de l'équilibre, au risque de tomber dans des excès. Il me semble que c'est bien là la place où je me sens bien.
 
Yves Daigneault
 
                                              
 
 
Chronique du 16 mars 2007
 
LES KILOMÈTRES CAMELOTES
 
Un programme d'entraînement équilibré et bien planifié doit faire une belle place à des intervalles, des tempos, des côtes et des longues distances. Plus bien sûr, une place aussi pour des courses de récupération.  Wow! Ça commence à faire. Mais qu'en est-il de tous ces types d'entraînement quand les choses commencent à se corser, i.e. qu'on commence à montrer des signes d'usure, de fatigue, voire de surentraînement? En toute logique, les courses de récupération partent en premier, pour être remplacées par du repos complet. Cette idée pose ses assises sur l'obsession de la performance. Les résultats étant souvent tributaires d'entraînements intensifs, autant côté distance que vitesse.
 
Le problème, car il y en a un, c'est que ça ne fonctionne pas toujours et pour des raisons qu'on ne veut pas toujours s'avouer. Prenons chacune des facettes de notre programme d'entraînement. Les intervalles nous servent à développer force et vitesse à des niveaux élevés, en nous obligeant à travailler sur des distances restreintes à des vitesses supérieures. Elles nous amènent à trouver presque facile la cadence de compétition sur des distances plus longues. Donc pas question de les laisser tomber, à moins d'y être suprêmement forcé. Les Tempos, de leur côté sont les entraînements où l'on travaille notre seuil de tolérance aérobique. C'est un peu la vitesse de transition entre l'endurance pure et les intervalles. On élève ainsi notre capacité de vitesse aérobique. Pas question qu'il parte non plus. Les côtes sont là pour nous permettre de se renforcer avec un risque de blessure diminué. Pas le goût de laisser les côtes non plus. Reste les longues distances, fleurons des entraînements préparatoires au marathon. Si tel est notre objectif, alors pas touche.  Reste les courses de récupérations, qui sont comme en fait foi mon titre, les kilomètres dits camelotes. Bravo, pour pouvoir s'aider et récupérer, au rebut les sorties camelotes. Ces sorties où on ne compte pas trop le temps ni le kilométrage. Elles sont là un peu pour augmenter le kilométrage. Mais les laisse-t-on tomber pour les bonnes raisons, comme les fait-on pour des raisons valables?
 
On comprend que lorsqu'on court à 2 min/km plus lent que notre vitesse sur 10 km par exemple, l'idée qu'on s'entraîne peut même nous paraître bizarre. Plus, l'orgueil étant, on se surprend à se retourner au cas où quelqu'un nous verrait courir à ce rythme de tortue. Rassurons-nous et laissons de côté ce maudit orgueil, pour y voir l'occasion au contraire de sauver notre programme. Car, quand on court à cette cadence, on peut facilement se concentrer sur des aspects autrement négligés de notre entraînement. Notre forme par exemple, la position de nos bras, nos mains, la pose de nos pieds, notre enlignement, le recouvrement de la jambe arrière, etc…En plus, et ce n'est pas négligeable, on garde quand même un kilométrage utile dans notre progression. N'oublions pas que nous réagissons à une fatigue accrue et à un risque de surentraînement. Alors, pourquoi ne pas délaisser plutôt un peu de l'intensité, le temps de permettre à l'organisme de se refaire et limiter les dégâts.
 
Quelquefois, la sagesse repose sur moins que sur plus.
 
Bonne semaine.
 
Yves Daigneault   
 
Chronique du 9 mars 2007.

                                                       SUIVRE LE COURANT

Réussir un examen de chimie, affronter son patron, courir un marathon, sont des expériences qui peuvent nous laisser un goût amer, ou peut-être nous rendre euphorique. Tout est dans la chimie du cerveau.  On dit souvent, le positif engendre le positif, mais qu'en est-il dans la réalité? Nous sommes ici dans le domaine des perceptions et ne soyez pas surpris, de la chimie. Ces perceptions que l'on a des expériences que l'on vit, sont directement reliées au fonctionnement de notre cerveau.   Le cerveau sécrète tout un cocktail d'hormones responsables entre autres, de nos états d'âme.

On a tous vécu ou entendu parler du " High " du coureur, qu'on attribue aux endorphines. Ce sont ni plus ni moins que des molécules de " félicité ". Entendons par là, un bonheur sans mélange, calme et durable. Ajoutons à cela la sérotonine et la dopamine, deux autres composés de la chimie du " sentir bien ", nous possédons tout ce qu'il faut pour transformer un entraînement en une sorte de " Happy hour ".
 
Nous savons par plusieurs études sur le fonctionnement du cerveau que ces hormones existent, mais peut-on y avoir accès à volonté. Ces hormones sont sécrétées par un influx nerveux qui suit un trajet particulier. Ce trajet prédéterminé répond à des situations de protection, de survie, ou de stress intense, inhérentes à la vie elle-même.
Comme tous les animaux, nous recherchons le plaisir et évitons la douleur. Alors, il est faux de dire que les adeptes de sports extrêmes, comme d'ultra-marathons, ou triathlons, le font par recherche de la douleur. S'ils y arrivent, au contraire, c'est justement parce qu'ils ont réussi à faire de leurs activités, des occasions de vivre de grands bonheurs et de grandes satisfactions.
 
Alors, comment y arriver? D'abord savoir que le système nerveux démontre une grande plasticité dans son fonctionnement. i.e., il peut non seulement s'adapter aux changements, mais tracer de nouvelles routes d'effusion de ses hormones. C'est un peu comme un sentier en forêt. Plus vous marchez sur le même trajet, plus il y a de chances qu'à l'avenir, les personnes empruntent ce même trajet. Et nous traçons la route neurologique par la pensée positive.
 
Voici quatre petits conseils utiles pour faire couler le courant dans le sens positif et accéder à l'euphorie des grandes satisfactions.
1- Établir des objectifs.  Ces objectifs, tout en étant réalistes,  doivent demander un certain effort pour les atteindre. C'est la première trace de notre sentier.
2- Se laisser inspirer. Par des personnes, des situations, des événements. Elles vont venir le plus souvent quand on en aura besoin.
3- Comparer son état avant et après un entraînement. Disons qu'on a plus ou moins le goût d'y aller et qu'on se sent 1/5, après l'entraînement, on se sentira sûrement au moins 3 ou 4/5.
4- Se servir d'images positives. Tout ce qu'on regarde et qui nous rappelle un accomplissement. Ce peut être des photos ou des objets qu'on regarde pour se rappeler qu'on a fait tout un chemin pour en arriver là.

Alors, non vous n'êtes pas masochiste. On doit se convaincre que si on rend la course agréable, automatiquement nous allons la rechercher.

Bonne course.
 
Yves Daigneault
 

                                                 
      Chronique du 2 mars 2007

            LA COURSE POUR LA VIE!
" On ne sait pas ce qu'on a, tant qu'on ne l'a pas perdu "
- Joni Mitchell, -Big yellow taxi .
 
Ça fait un peu plus de tente ans que je cours, avec des hiatus plus ou moins prolongés, où j'ai pratiqué d'autres activités, telles le vélo, la gymnastique etc… Assez qu'à l'occasion je me suis questionné à savoir quelle activité me correspond le mieux. La réponse n'a pas toujours été évidente, surtout quand on pense à toute la mauvaise presse qu'a subie la course, dans les années 90.
 
Il est difficile de savoir pourquoi j'adore la course, mais chose certaine, ce n'est certainement pas parce que c'est facile. Tiens donc peut-être même est-ce parce  que c'est difficile. Car lorsqu'on est coureur au point d'en faire un mode de vie, l'activité s'associe automatiquement à qui on est. Du plus loin que je me souvienne, mes plus grandes satisfactions sont venues à la conclusion de grands efforts.
 
Pourtant la course chez l'enfant, tient plus du ravissement de se voir en action que de quoi que ce soit de philosophique. Bien sûr, j'ai cherché à agrémenter mes sorties par des objectifs, des défis, des élans pas toujours bien mesurés. Tellement et quiconque a pratiqué la course assez longtemps, pourra le confirmer, tellement donc, que les blessures, maladies, accidents, finissent par vous mettre sur le carreau.  C'est là un calvaire, un purgatoire que je ne souhaite à personne, si ce n'est pour découvrir qu'on est un vrai coureur.
 
On se prépare à un marathon en avalant des kilomètres avec une énergie sans borne et l'instant d'après, on se prend à envier le joggeur qui traîne son petit rythme à l'aube d'une journée ensoleillée. Notre envie de courir est aussi verte que la verdure du gazon qui baratte la chlorophylle à la mi-juillet.
 
La plupart du temps, la pose est dûe à des erreurs intempestives, soit une progression trop rapide, une récupération insuffisante etc… Auquel cas, il n'y a pas lieu de s'inquiéter.
 
Parfois pourtant c'est différent. Vous avez une blessure que le temps n'arrangera pas si facilement. C'est la tragédie. A ce moment, n'importe quoi qui peut vous ramener sur la route, sonne comme la panacée universelle. Vous voudrez tout faire pour revivre, ne serait-ce que l'ombre de vos performances d'antan. Même le mot performance prend alors un tout autre sens. Vivant, sur ses jambes et avançant,  semblera tout à coup idyllique.
 
Et lorsque vous pourrez à nouveau faire quelques pas, vous voudrez déjà aller plus longtemps, plus vite etc…Vous saurez alors que vous êtes coureur pour la vie.
 
Yves Daigneault   
 
 

Chronique du 23 février 2007.

                                                           LES PETITS PAS

Les chinois m'ont toujours impressionnés par la délicatesse et la profondeur qu'ils dégagent.
Je retiens surtout une citation dont j'oublie l'auteur, mais qu'on peut résumer ainsi : La plus grande odyssée commence par le premier pas.
C'est dans les situations difficiles que je m'y rabats. Par exemple, lors d'une longue sortie, à un moment où l'inconfort crie à l'arrêt, que tout ton corps signale la reddition, les petits pas ont été inventés pour ces moments-là. Ce peut être des pas concrets, au sens de ralentir le rythme en se concentrant sur le minimum à faire  pour rester en mouvement. Au deuxième degré, quand par exemple il s'agit de tâches à accomplir etc…, de rester au labeur, quitte à ralentir le rythme.
S'ensuit inévitablement une satisfaction, modeste peut-être, mais essentielle à notre bien-être.
Nous balançons donc toujours entre le chaos et l'ordonnance. Les scientifiques s'entendent pour dire que nous allons vers le chaos. L'action seule nous permet d'y échapper. Prenons par exemple un objectif qu'on s'est donné en début d'année. Peut-être perdre un peu de poids et participer à une première course. L'ordonnance nous amène à se préparer et le chaos à laisser aller.
Sachons donc qu'il y a un combat qui nous attend et que malgré tous les trucs, tous les moyens utilisés, le chaos cherche à s'imposer. Et c'est là que la règle des petits pas peut venir à notre secours. Il n'est jamais trop tard pour réagir et le moindre élan vers l'ordonnance et l'action, nous garantit satisfaction. Et si cette règle est universelle, nous sommes tous solidaires devant ces réalités, donc nous pouvons nous épauler, nous appuyer les uns sur les autres et  faire de nos pas une odyssée heureuse.
Bonne course à tous
Yves Daigneault

 

Chronique du 16 février 2007.


                                                     POURQUOI PAS LE DEMI


Quand on commence à pratiquer la course sur route, tout peut nous arriver, mais la plupart du temps, on passe par des étapes quasi incontournables. D'abord, ce peut être perdre du poids, développer de nouvelles habitudes de vie, rencontrer des gens, quoique ce ne soit pas toujours l'activité idéale. Peu importe, au bout d'un moment, si on y est encore, on voudra s'inscrire à des courses officielles. Bien sûr, il y a toujours les dilettantes qui à mon avis, viennent confirmer la règle.

Les distances, courtes au début, ne prennent pas de temps à faire valoir leur caractère propre et à revendiquer ainsi une notoriété spécifique. Qu'on pense au mythe du marathon qui exige à lui seul, une longue planification, un méga kilométrage et un long temps de récupération. A l'autre bout des distances populaires se trouve le 5 km qui fait sentir le bruit rauque des poumons qui veulent exploser. Quant au 10 km, il nous fait vivre un inconfort qu'il faut soutenir à tout prix.  Ce qui m'amène à penser que le demi, pour demi-marathon, même si ça sonne péjoratif, constitue peut-être la course parfaite.

Bien sûr, comme tout ce qui est parfait, il a aussi son prix. Un entraînement diligent et bien planifié devient un must pour en jouir le jour J. Nous aurons fait un mixte de distances, de vitesses, de tempos et de récupérations, dans une concoction digne de la poudre de perlinpinpin.

La vitesse choisie ne nous arrachera pas les tendons des ischio-jambiers, la distance ne nous forcera pas à des méga- kilométrages, pas plus que la récupération ne prendra des mois. De plus, cette distance peut aussi servir de baromètre pour toutes les autres. Et puis, avec le demi, on se sent vraiment dans le bain de la course.

Je comprends aussi que rien n'arrête la passion, qu'elle soit pour la perfection ou autre, elle anime nos pas sur tous les terrains et toutes les distances.

Bonne course.


Yves Daigneault 

 

Chronique du 8 février 2007.
 
LA COMPÉTITION

Nous approchons de la première compétition de l'année, soit le Défi de l'Ile Bizard, le 11 février prochain.
D'abord, ce n'est pas par hasard que cette course se nomme ainsi. Étant l'épreuve presque prématurée de la saison de course de la région, il fallait mettre la pédale douce sur l'issue ou les intentions derrière cette compétition. En choisissant Défi comme titre, nous sommes enclins à croire que toute personne qui franchit la ligne d'arrivée l'aura relevé. Rien n'empêche cependant les coureurs de se confronter et ainsi jauger les résultats des efforts consentis aux entraînements.

La course a ceci de particulier que bien sûr, il y a toujours un gagnant, mais que chacun peut y trouver son compte, en courant pour plein d'autres raisons que la victoire sur le peloton. Heureusement, car sinon bien peu s'y prêteraient, au grand dam d'une activité autrement idyllique.  On court pour soi-même évidemment, alors pourquoi 40,000 participants aux marathons de Paris, New-York ou Londres? A-t-on envie d'arriver 28,769ième pour gagne quelques places sur d'autres aussi illustres inconnus? Veut-on épater la galerie, se confronter, s'exprimer, se dépasser? Voilà, nous commençons à toucher aux incitatifs qui multiplient les quidams sur les lignes de départ de courses officielles, mesurées et somme toutes, assez objectives. Le coureur trouve sa place dans la multitude. Partout au monde, on reconnaît ce qu'est un 10 km. Et un temps de 50 minutes renvoie aux mêmes mesures d'espace et de temps pour tous. Lorsqu'on court, on s'exprime de façon universelle.
 
Certains diront, je n'ai pas besoin de compétition pour courir et grand bien leur fasse. La compétition pour moi, c'est un stimulus, une occasion de dépassement, car il faut voir l'ambiance d'un jour de course. Revenons à l'Ile Bizard et à son Défi. Nous serons sûrement autour de 700 coureurs, si on inclut toutes les épreuves. Au 5 km, peut-être 250 hurluberlus se côtoieront au départ. Juste avant, je m'attends à des commentaires du genre : "  Je n'ai pas eu beaucoup de temps pour me préparer, je relève d'un grippe, je soigne une chondromalacie, etc… Évidemment au signal de départ, aucune trace de ces bobos ou excuses faciles. Le plus beau dans tout ça, c'est que je vais encore essayer d'être à mon meilleur, de doser mes efforts également, de chatouiller, défier même l'inconfort et vouloir le supporter jusqu'à la ligne d'arrivée.
 
Pour m'aider j'aurai la foule, les coureurs, l'organisation qui aura tout mis en place pour permettre et reconnaître un tel effort. Ce sera aussi l'occasion de prendre une lecture directe de mon niveau de forme. Après, nous profiterons de l'occasion pour palabrer sur ce qu'aurait pu être la course avec les SI. Car le monde de la course demeure une petite communauté qui s'enrichit de l'expérience des uns et des autres, à même les épreuves où ils se rencontrent. Et le Club des Riverains est là bien sûr, pour y jeter sa touche toute personnelle.
 
Bonne course,
 
Yves Daigneault.
 
 
Chronique du 2 février 2007

                                                TRAVAILLER SES FAIBLESSES

Certains adorent faire des sprints, même quand vient le temps de faire des intervalles courts ou longs, peu importe, ils auront tendance à faire 20 X 200m, plutôt que 4 X 1000m. Bien sûr, les objectifs et l'intensité changent, mais la question n'est pas là. La tendance naturelle est de faire et se complaire dans ce qu'on fait bien.
Après 35 ans dans l'enseignement, si je n'avais pas aimé l'école, je crois que je le saurais. On aime ce qu'on réussit, on s'y perfectionne, on fait mieux et on aime encore plus. C'est le principe de la roue, passé l'inertie, l'effort est moins grand pour des résultats souvent plus grands.
Mais qu'en est-il de nos faiblesses?  La roue tourne cette fois à l'inverse. Je n'aime pas les longues sorties, parce que je n'y ai pas beaucoup de succès. Je les évite et les ignore, alors elles deviennent encore plus difficiles et je commence même à les oublier complètement. La roue tourne inexorablement, pour me confiner à mes routines confortables, j'allais dire rassurantes.
Bien sûr, le succès est source de motivation. Alors, si nous connaissons nos faiblesses, comment les transformer en forces, sinon par l'expérience des réussites. Croyez-moi, dans la roue des faiblesses, il n'y a pas de trop petits grains de sable. Que je vous rapporte une anecdote des plus inspirantes face à mes faiblesses de coureur. Nous sommes en 1964, aux jeux olympiques de Tokyo et Billy Mills, ce Sioux du Dakota a fustigé le monde entier avec un sprint époustouflant, dans les 100 deniers mètres du 10,000 mètres olympique, pour remporter la médaille d'or. Quand je dis fustiger, c'est que personne ne s'y attendait. Billy n'avait pas le " kick ", ce démarrage qui laisse tout le monde derrière, à la fin d'un 5,000 ou 10,000m.
En cachette, à la fin de ses intervalles habituels, Billy s'était mis à faire des sprints de 100m
Dans son cas, c'était presque contre nature. Bien sûr, c'était horrible, presque risible au début, mais il y a cru et finalement, ça a été payant pour lui.
Alors quoi, on doit connaître ses faiblesses. Facile pour la course, on n'a qu'à observer tout ce qu'on évite. Ensuite, s'y attaquer tout doucement, en savourant la moindre victoire. D'abord la roue va bloquer pour commencer à tourner en sens inverse, de plus en plus facilement. Comme le dirait l'entraîneur Sigmund Freud : " Coureurs levez-vous de votre divan, maintenant vous vous connaissez et vos faiblesses sont vos forces. "
Bonne semaine.
Yves Daigneault.
 
                                                                                 
 Chronique du 25 janvier 2007.

                                                         SORTIES D'HIVER

Bien sûr l'hiver apporte son lot de changements, même qu'on l'a attendu plus que d'habitude cette année, dans notre approche aux activités extérieures. En ce qui concerne les coureurs, on peut arbitrairement diviser nos athlètes en deux catégories. Ceux qui embrassent le froid, la neige et son crounch, crounch scandé pas nos foulées bien marquées. Ceux-là se réjouissent des bordées de neige, souvent associées à de beaux souvenirs d'enfance, où les joues rouges côtoyaient souvent les langues collées sur les poteaux gelés. Ouf, plaisirs risqués qu'on a traversés et qui nous retiennent parfois dans nos élans de janvier, février. L'autre espèce, plus frileuse et défensive, se réfugie à l'intérieur, dans nos magnifiques salles d'entraînement. Ah, que la modernité s'accoquine bien avec la chaleur et le confort.
Le problème, pour certains, c'est l'ennui associé avec la course sur place, le tapis roulant, l'elliptique etc… Si  pour vous, c'est le bonheur, alors succombez, les bienfaits n'en seront que plus nombreux.
Ma chronique s'adresse surtout aux irréductibles, auxquels je m'associe encore, quoique le confort me fait des clins d'œil irrésistibles à l'occasion. Ces indomptables donc, doivent tout de même se faire prudents dans leurs élans hiémaux.
Alors, comment envisager l'air froid. C'est plus facile qu'on pense. En fait, le confort est à dix minutes du début de notre course. D'abord on s'habille comme pour une température  de 10C plus chaude. On couvre bien la tête, les oreilles et les extrémités. Attention messieurs!
Les fibres synthétiques constituent le meilleur choix, en commençant par une couche mince collée à la peau. Elle permet de garder la chaleur tout en laissant l'humidité s'en échapper. On continue avec une couche moyenne plus chaude, pour terminer avec un coupe-vent. Par temps très froid, il faut protéger le visage. Un balaclava peut grandement aider. On peut aussi mettre de la vaseline sur les joues et le nez. Bien sûr, on constate facilement la nécessité d'une motivation très forte. En fait, le plus difficile se passe avant de partir. On regarde dehors, il faut alors rester plutôt neutre et commencer à s'habiller tranquillement et finir par ouvrir la porte. Alors, c'est sûr, on est gagnant, du moins après quelques minutes.
Bonne course.
Yves Daigneault.

 
Chronique du 13 janvier 2007.

                               QUAND S'ARRÊTER EST PIRE QUE CONTINUER

Nous abordons ici un sujet délicat, les blessures. Tous ne vivent pas les mêmes problèmes de la même manière. Lorsqu'il est question de douleur, le degré de tolérance a un lien direct avec notre culture et notre éducation. On connaît bien les grippes d'hommes, on ne les souhaiterait à personne.
En ce qui concerne la course à pied, le spectre de réaction aux blessures est quasi infini. Heureusement, la science, la médecine et le gros bon sens sont à la rescousse, pour nous guider dans nos accointances avec les bobos de tout acabit. La course nous apporte tant de satisfactions que si par malheur, nous nous en voyons privés pour cause de blessure, la tristesse, la morosité que dis-je, l'angoisse peut nous envahir en un rien de temps. Alors que faire?
Si nous avons une foulure, une entorse, une tendinite, du moins  selon notre observation, nous allons souvent consulter. Bienvenue dans le système de santé. Nous ne ferons pas de procès ici. Règle générale, la médecine est assez avancée aujourd'hui, pour qu'un omnipraticien soit au fait qu'un coureur blessé, voudra tout faire pour reprendre son régime d'entraînement le plus tôt possible. Habituellement, s'il n'y a pas de fracture, d'œdème, de fièvre ou autre contre-indication, on vous conseillera de rester actif.
Bien sûr, il faudra réduire la distance, le temps ou l'intensité, voire même faire une activité alternative. La bonne nouvelle, c'est que les tissus abîmés se réparent mieux lorsque soumis à un certain stress. Toute la nuance est ici, jusqu'à quel point peut-on travailler la région amochée, avant de franchir la zone où on empire ce qu'on voulait réduire. C'est là que la science se met au service du gros bon sens.
En médecine traditionnelle, on va recommander l'arrêt des activités et effectivement, après un certain temps, les tissus se régénèrent et notre sujet peut reprendre, mais oups, pas tout à fait comme avant, parce qu'il y aura eu régression. Ah ces maniaques, ces passionnés qui voudraient toujours être au mieux.
Les chercheurs, bonjour la science, ont graduellement appris l'importance de l'exercice dans la récupération. Même l'arthrite et les maux de dos chroniques sont réduits en bougeant. Selon l'avis du Dr William Roberts, spécialiste en médecine sportive de l'Université du Minnesota, s'il n'y a pas de fracture ou de déchirures évidentes (vous le sauriez), mieux vaut bouger,  pour faciliter la guérison que d'attendre et de causer d'autres ennuis. Tout est dans le dosage. Bien sûr, lorsque l'on consulte, un lien de confiance doit être établi. Le médecin doit savoir votre envie de retourner au macadam le plus vite et vous devez comprendre l'entièreté de son diagnostic, pour trouver ensemble le meilleur remède qui va vous remettre sur pied sans délai. L' INQUIÉTUDE est normale, on est passionné, mais on réfléchit. 
Alors, profitons bien des moments sur la route et en cas d'arrêt, sachons composer avec le problème avec science et bon sens.
Bonne course,
Yves Daigneault.