Les meubles régionaux de France
MAGAZIN'ART - 12e année, No 1 - Automne 1999
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"Nos meubles sont des meubles régionaux, d'une autre région de France, d'une autre province, plus rustiques, peut-être, mais d'un charme égal" Jean Palardy. (1) 

Mais quels sont ces meubles, moins rustiques et tout aussi charmants, auxquels il faisait référence?

Ce sont comme les nôtres, des meubles de menuiserie, c'est-à-dire en bois solide et massif sans marqueterie ni placage, qui répondaient aux besoins essentiels: lits, coffres, armoires, tables, sièges... On ne rencontre presque jamais de consoles, bibliothèques, guéridons ou cabinets, qui auraient été aussi déplacés dans une chaumière bretonne ou dans l'appartement d'un petit commerçant parisien que chez l'habitant québécois."Certains meubles sont propres aux styles régionaux, notamment le buffet vaisselier à deux corps que l'on retrouve dans la plupart des provinces de France, les maies ou pétrins (Provence, Bresse) l'égouttoir (Auvergne). En outre, la province a continué pendant longtemps à fabriquer des coffres, meubles qui étaient totalement disparu du décor parisien à la fin du XVIIe siècle." (2)

Les styles les plus populaires étaient, comme chez-nous, d'abord le Louis XIII, dont la robustesse et la simplicité en ont fait le favori des régions les moins riches, qui semblent avoir hésité à passer aux styles suivants plus élégants et raffinés tels les Louis XIV et XV. Quant aux meubles du Moyen-Age et de la Renaissance, antérieurs au peuplement de la Nouvelle-France ils sont évidemment plus nombreux que chez-nous, de même que le Louis XVI, postérieur à la Conquête. Là-bas, comme ici, la production mobilière artisanale atteignit sont apogée entre 1785 et 1820, pour se poursuivre dans certains coins jusqu'à la fin du XIXe siècle. "Des deux côtés, née de la paix, l'aisance d'une paysannerie a permis cet essor."(3) Malgré l'évidente parenté entre les meubles des différentes régions "tous reflètent avec vigueur des particularismes locaux, issus des conditions sociales, économiques, religieuses ou ethniques, particulières."(4)

Les bois employés étaient toujours locaux, sauf dans quelques grands ports, comme par exemple Bordeaux, où l'acajou et autres bois des îles étaient très prisés. Le chêne semble avoir été partout le premier choix des menuisiers, suivi par le noyer et divers bois fruitiers comme le poirier, le châtaignier, le cerisier, le merisier... Ces bois ont tous comme caractéristique d'être faciles à sculpter et permettaient aux artisans d'orner leurs oeuvres d'une infinité de motifs symboliques. "Les thèmes de l'ornementation sont toujours fortement influencés par les traditions populaires, les croyances, le folklore; quadrilobes et tétraèdres en Auvergne; coeurs percés, calices, svastikas en Béarn ou au pays Basque; saints, animaux, soleils en Bretagne; fleurs en Dauphiné, épis et gerbes de fécondité en Normandie." (5)

Dans les montagnes, vu l'absence de feuillus, les artisans n'avaient d'autre choix que le sapin et parfois le mélèze, plus difficiles à sculpter. Ils décoraient leurs meubles au couteau ou à la pyrogravure et coloriaient les motifs. Cet art pastoral se retrouvait dans toutes les régions montagneuses: Savoie, Dauphiné, Pyrénées et Lorraine, mais chacune avait des graphismes très différents. Dans les Landes de Gascogne, les pins étaient cultivés pour la production de résine et ses dérivés; mais, il était considéré comme, "l'arbre des pauvres, on l'a employé, certes, même pour des meubles soignés, mais comme à regret." (6) La sylviculture ne donne pas des arbres centenaires, et les planches obtenue étaient loin d'avoir la qualité de celles de nos pins blancs; c'étaient des planches étroites, très veinées et pleines de noeuds. Pour leur part, les alsaciens, d'origine germanique, accordaient la priorité aux bois blancs qu'ils peignaient de motifs les plus variés. "La polychromie, qui constitue une manifestation originale de l'art populaire en Alsace, participe aux traditions courantes du monde rural d'Europe centrale."(7)

"Les styles régionaux ont été mieux préservés dans les provinces éloignées de Paris. Les styles de l'Île-de-France, du Val de Loire, de la Normandie et de la Picardie sont souvent trahis par l'imitation plus ou moins scrupuleuse des styles de la capitale."(8)

Michelle et Robert PICARD, 

1. PALARDY, Jean - Les meubles anciens du Canada français, p. 21
2. L'Encyclopédie des styles d'hier et d'aujourd'hui - Collection Marabout service - Tome 1, p. 40
3. RIVIERE, Georges-Henri - Introduction au livre de Jean Palardy cité plus haut, p. 9
4. L'Encyclopédie des styles d'hier et d'aujourd'hui - Collection Marabout service - Tome 1, p. 39
5. L'Encyclopédie des styles d'hier et d'aujourd'hui - Collection Marabout service - Tome 1, p. 40
6. DOUSSY, Michel - Styles Régionaux - Collections Styles de France - Les Éditions de l'Illustration, Paris 1980 - Les Landes, p. 36
7. SCHWEITZER, Roger - Styles Régionaux - Collections Styles de France - Les Éditions de l'Illustration, Paris 1980 - L'Alsace, p. 12
8. L'Encyclopédie des styles d'hier et d'aujourd'hui - Collection Marabout service - Tome 1, p. 40

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