Le style Louis XV
brillant, raffiné, et peut-être le plus
charmant qui soit.
MAGAZIN'ART
- 13e année, No 1 - Automne 2000
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Le roi Louis XV régna très longtemps, soit de 1715 à 1774 ; mais le style, qui porte son nom, n’apparaît qu’aux environs de 1723, et déjà vers 1750, ses plus marquantes caractéristiques commencent à s’estomper. Le Louis XV, va marquer une étape majeure dans l’histoire de l’ébénisterie française, il est considéré comme le style " le plus brillant, le plus raffiné et, peut-être, le plus charmant qui soit " (1) C’est l’âge d’or des favorites. " Rarement dans l’histoire les femmes ont exercé sur une nation un aussi grand empire que les françaises du XVIIIe siècle. " (2) Elles seront les grandes inspiratrices des artistes, des musiciens, des écrivains et des ébénistes. Elles " soumettent les usages, la mode et le décor de leur époque à leurs préférences et parfois à leurs caprices. " (3) " ...jamais, peut-être, on n’a poussé plus loin le souci de l’élégance et de la recherche du confort, la qualité de la fabrication et l’intelligence de la conception, la fantaisie du détail et la délicatesse des lignes" (4)
L’ornementation Louis XV est " caractérisée par l’emploi de la ligne courbe, de la rocaille et des thèmes exotiques, dans un esprit asymétrique. " (5) La rocaille, à la mode dans les jardins, inspira les ébénistes qui en firent des compositions chantournées, évoquant les rochers, les coquillages et les entrelacements végétaux. Ces compositions étaient souvent faites de bronze doré, et appliquées sur le meuble pour souligner le galbe d’un pied, le chantournement de la base ou apporter du relief à un panneau d’armoire. Le terme de rocaille s’étend ensuite à toute production asymétrique ; finalement c’est le style Louis XV tout entier qui reçut le surnom de style rocaille. Le rocaille à son tour donna naissance au rococo, version abâtardie du style.
L’influence des grands styles sur le mobilier régional se fait toujours sentir à retardement. Au Canada, le Louis XV atteignit le sommet de sa popularité entre 1780 et 1825. On attribue généralement le décalage important, dans la diffusion de ce style raffiné et délicat, à la rupture des liens commerciaux et culturels avec la France, après la Conquête. Cependant nous n’étions guère en retard sur les français. En effet, même dans le Val de Loire, séjour de prédilection des souverains, et par conséquent, province d’avant-garde en ce qui a trait à l’ameublement, ce n’est qu’après la mort du roi que l’on découvre les courbes du Louis XV.
Le Louis XV est considéré par nos experts comme la quintessence du meuble français en Nouvelle-France. Georges-Henri Rivière, conservateur en chef du Musée des Arts et Traditions Populaires de Paris, en 1963, abondait dans le même sens : " C’est une fois détaché de l’arbre français que le rameau canadien, chose émouvante, a donné sa plus fine fleur française. " (6) Jean Palardy décrit très éloquemment ce style : " Enfin, vient l’époque féerique des armoires canadiennes... On voit alors surgir une abondance d’ornements d’esprit Louis XV, interprétés à la canadienne, avec des dormants sculptés de rinceaux, des vantaux chantournés, des panneaux et des traverses inférieures ornés de multiples spirales, de rosettes et de coquilles. " (7) Ici, pas question de bronze ciselé ; c’est par la sculpture que nos artisans exprimeront leur vision de ce style complexe. " Enfin, les armoires et les commodes de style rococo canadien, dérivation à retardement du rocaille Louis XV, feront leur apparition à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, dans la région de Montréal, dans les ateliers des menuisiers-sculpteurs d’église : les Liébert, les Quévillon, les Pépin et leurs apprentis. " (8)
Alors que les lignes droites et simples du Louis XIII étaient à la portée de quiconque avait une certaine habileté en menuiserie, les courbes et l’ornementation élaborée du Louis XV exigeaient des compétences plus approfondies. Aussi, n’est-il pas surprenant de voir nos meilleurs artisans relever ce défi. On attribue généralement l’introduction de ce style à François Baillargé, qui étudia la peinture, l’architecture et la sculpture à Paris durant trois ans, avant de rentrer au Canada en 1781. " De son voyage en France, il rapporte une sorte de Louis XV assagi " (9)
Nos menuisiers-sculpteurs d’églises étaient des artistes très polyvalents. En plus du décor même de l’église, l’autel, la chaire, la balustrade, les confessionnaux, ils fabriquaient les cadres, les accessoires liturgiques et les boiseries de la sacristie. On leur doit également les pièces de mobilier requises par la fabrique : les consoles pour les burettes, des meubles pour ranger les chasubles ainsi que des fauteuils à l’usage des prêtres et de Monseigneur. Pour les communautés religieuses, en plus des boiseries, ils sculptaient diverses pièces de mobilier destinées au réfectoire, à la salle communautaire ou à la pharmacie. (10)Toutes leurs oeuvres, à l’approche et au début du XIXe siècle, sont empreintes de l’influence du Louis XV. Partout ils répandent cette ultime vague française dans les églises et les couvents canadiens. Leurs oeuvres se retrouvent également chez certains particuliers biens nantis qui avaient recours à eux pour une belle armoire, un buffet, des tables, des coffres, etc.
Même si on doit aux sculpteurs d’églises la majorité de nos meubles Louis XV, il n’en demeure pas moins que certains menuisiers et même des habitants habiles ont su chantourner des panneaux d’armoires et sculpter des rocailles ou des coquilles. Leurs oeuvres, quoique plus rustiques, sont d’une étonnante qualité, reflétant leur sens de l’esthétique et leur raffinement.
Les meuble Louis XV, aujourd’hui d’une grande rareté, sont avidement recherchés par les collectionneurs. Et ceux qui ont conservé leur peinture d’origine atteignent la plus haute cote parmi les collectionneurs.
Michelle et Robert Picard
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