Les traditions de Noël et du Nouvel An
MAGAZIN'ART - 13e année, No 2 - Hiver 2000/2001
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                                    C'est comme ça qu'ça s'passe dans l'temps des fêtes
                                 C'est comme ça qu'ça s'passe dans l'temps du Jour de l'An...

Le Temps des fêtes, qui va de Noël au Jour de l’An, est le résultat d’une foule d’influences les plus diverses, dont certaines se perdent dans la nuit des temps. Des millénaires avant la naissance du Christ, la majorité des peuples avaient pris l’habitude de fêter le solstice d’hiver, ce moment privilégié où les jours, après avoir raccourci inexorablement durant six mois, commencent enfin à rallonger. Feux de joie, échanges de cadeaux, toutes sortes de festivités allant jusqu’aux pires orgies marquaient cette période. Dès l’aube de la chrétienté, l’Église s’attaqua à ces coutumes païennes et, au IVe siècle, à défaut de pouvoir les éradiquer, elle trouva moyen de les réorienter, en fixant la date de la naissance de Jésus au 25 décembre. " Désormais, plutôt que de se livrer à la débauche, on fêtera Noël... La fête chrétienne mettra du temps à supplanter la fête païenne, mais elle finira par s’imposer." (1)

Dès les débuts de la colonie on fête Noël sur les rives du Saint-Laurent. Le 25 décembre marque le début d’une période de réjouissances et de veillées qui se prolongent jusqu’aux Rois et parfois même jusqu’au mardi gras. Les festivités commencent toujours par la messe de minuit, à laquelle assistent toute la population ainsi que les Hurons nouvellement convertis. Ceux-ci furent apparemment très étonnés par la belle crèche entourée de sapins que les Ursulines avaient dressée dans leur chapelle. (2) En fait on célébrait la naissance de Jésus par deux messes successives, de sorte que les fidèles passaient de nombreuses heures à l’église, l’estomac vide, car il fallait être à jeun pour pouvoir communier lors de cette célébration. Il n’est pas surprenant qu’après un trajet plus ou moins long dans la froidure de cette sainte nuit, dès le retour à la maison tous se jetaient avidement sur le réveillon. La table croulait littéralement sous l’abondance de plats les plus variés : tourtières, ragoût de pattes, pâtés, tartes, croquignoles et plein d’autres délices.

Jusqu’au début du XXe siècle, les échanges de cadeaux se faisaient au Jour de l’An. Les Jésuites racontent, dans leur Journal, combien ils furent comblés le 1er janvier 1646 : " Monsieur Giffar aussy nous vint voir, et les religieuses dépeschèrent des lettres de grand matin pour faire leur compliment ; et les Ursulines envoyèrent force belles estrennes avec bougies, chapelets, crucifix, etc. Et sur le disner deux pièces de tourtière. " (3) De leur côté, les soeurs de la Charité de Québec, confectionnaient des pains d’épice pour les enfants et les vieillards confiés à leurs soins : des chevaux pour les garçons et des bonnes-femmes pour les filles. (4)

La tradition du sapin de Noël a aussi une très lointaine origine. D’abord tous les arbres et arbustes à feuilles persistantes, symbolisant la vie éternelle, jouaient déjà un rôle important dans les festivités et les croyances païennes. Selon les endroits et les époques, les conifères, le laurier, le houx et le gui furent associés à divers rites ou superstitions. Au Moyen Âge, l’arbre du paradis, un sapin auquel on suspendait des pommes, servait de décor pour les mystères, ces représentations à caractère religieux, alors très en vogue. Puis, c’est à Strasbourg à l’approche de Noël 1605, que serait apparu le premier sapin décoré pour Noël (5) La coutume semble s’être répandue rapidement en Alsace et en Allemagne. C’est d’ailleurs à une allemande, la baronne Von Riedesel, que l’on doit le premier arbre de Noël canadien, en 1781, mais il fallut cependant attendre encore plus d’un siècle avant que le sapin ne devienne ici l’ornement indissociable du temps des Fêtes. L’apparition sur le marché de nombreuses décorations à prix modique, à la fin du XIXe siècle, a enclenché une véritable frénésie pour les arbres de Noël. Peu à peu les crèches, jusqu’alors confinées dans les églises, commencèrent à prendre place au pied du sapin. Rien de comparable ici aux magnifiques santons provençaux ; on se contentait de personnages de plâtre ou de papier mâché entourant un petit Jésus de cire. C’est vers cette époque que les cadeaux, traditionnellement apportés aux enfants sages par le Petit Jésus, au Jour de l’An, commencèrent à être livrés par le Père Noël. Ce sympathique bonhomme, est né aux États-Unis en 1822, sous la plume de Clement Clark Moore, dans un conte de Noël destiné à ses petits-enfants. " Dans la seconde moitié du 19e siècle, quand les journaux illustrés s’emparent de lui, le Père Noël conquiert toute l’Amérique, la vallée du Saint-Laurent y compris. " (6)

La tradition d’envoyer des cartes pour le Nouvel An, existait déjà chez les égyptiens et les romains. On dit même qu’en Chine, vers le Xe siècle, les cartes, qui devaient avoir une longueur proportionnelle au rang social du destinataire, s’étiraient souvent sur plusieurs mètres de longueur. En France, au Moyen Âge, on s’échangeait des images pieuses accompagnées de bons voeux. Mais c’est en Angleterre, vers 1850, qu’apparurent les premières cartes imprimées, initiative vite reprise par les américains, et rapidement généralisée. Au Québec, vers 1930, on commence à ajouter les " Joyeux Noël " aux voeux de " Bonne et Heureuse Année ". Après avoir atteint un sommet au cours des années soixante, le nombre de cartes de Noël envoyées par la poste a sensiblement diminué... La modernité étant ce qu’elle est, c’est maintenant le nombre de cartes virtuelles qui augmente de façon exponentielle.

Où s’en est allé l’esprit de Noël ? À l’aube du troisième millénaire, la Nativité de Jésus n’est-elle plus qu’une fête vénale et mercantile où seuls priment le business et la consommation ? Serions-nous revenus à l’ancienne fête païenne du solstice d’hiver ?

Joyeux Noël, Bonne et Heureuse Année et le paradis à la fin de vos jours !

Michelle et Robert Picard

RÉFÉRENCES

1. PROVENCHER, Jean - Les quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent - Les éditions du Boréal, Montréal 1988, p. 449
2. PROVENCHER, Jean – op. cit, p. 451
3. BARBEAU, Marius - Saintes artisanes II – Mille petites adresses – Éditions Fides, Cahiers d’art ARCA III, Montréal - p. 83
4. BARBEAU, Marius – op. cit, p. 101
5. TIME LIFE BOOK – A country Christmas, p. 7
6. PROVENCHER, Jean – op. cit, p. 468

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