Vivre au XIXe siècle en l'an 2001
MAGAZIN'ART - 14e année, No 1 - Automne 2001
Page d'accueil | Menu | Textes 

Afin de vous imprégner de l’atmosphère particulière que dégagent les antiquités, nous vous invitons aujourd’hui chez des amis, Lucie et Denis Archambault. (à ne pas confondre avec le galeriste bien connu de Lavaltrie) Ce sont de véritables collectionneurs chez qui nous retrouvons, avec plaisir, plusieurs des plus belles pièces qui sont passées entre nos mains, au cours des vingt dernières années.

Ils habitent une belle maison de pierre, à toit à la mansarde, datant de 1838. Perchée sur une butte, elle domine un magnifique jardin fleuri et un potager remplis de raretés. Pas étonnant de trouver un tel écrin autour de cette vieille demeure, quand on sait que Lucie se spécialise dans les aménagements paysagers. Heureusement que Denis et les deux garçons s’occupent des lieux, pendant que maman jardine pour ses clients. Ils ont acheté cette ferme il y a quelques années et n’ont pas encore terminé les restaurations visant à redonner à la maison son lustre d’antan. Mais ce n’est pas le premier défi de la sorte qu’ils relèvent.

Lorsqu’ils se sont mariés, il y a 25 ans, pas question de vieilleries ou d’antiquités. Le jeune couple s’installe dans un appartement moderne, avec des meubles tout neufs. Mais pas pour longtemps ! Dès l’année suivante, ils achètent la demeure ancestrale des Archambault à Legardeur. Dans cette vieille maison de pierre datant de 1806, ils en viennent rapidement à détester leurs beaux meubles, qui paraissent anachroniques dans leur nouvel environnement. Ils vendent tout, pour presque rien, et visitent granges et greniers de la parenté pour garnir leur intérieur. Malgré la découverte de la table en chêne et des chaises " press back " de grand-mère, du lit de fer de papa et de quelques vieux bureaux et berçantes, la maison reste presque vide. C’est alors qu’ils entreprennent la tournée des antiquaires de la région.

" Quand on a commencé on ne voyait que ce qui était tape à l’oeil, tout décapé, bien beau, bien ciré, et qui avait l’air presque neuf. " nous raconte Lucie. " La première fois qu’on est venus chez Robert Picard, on s’est dit qu’il n’y avait rien de beau là. Tout était trop vieux et avait besoin d’être décapé. Mais il nous a expliqué : l’âge des meubles, les styles, les peintures d’origine... On est revenus plusieurs fois, pour essayer de s’habituer et de mieux comprendre, mais on était encore sceptiques. Puis un jour Robert nous a fait visiter son grenier. Je pense que c’est là qu’on a vraiment accroché. Peu après, on s’est finalement laissé tentés par une huche à pain rouge et deux chaises bleues de l’Île d’Orléans."

Ces premières pièces avec couleur d’origine, furent les prémices de leur belle collection.

Ils ont néanmoins failli tout laisser tomber lorsqu’ils ont découvert qu’un gros vaisselier, acheté d’un antiquaire en qui ils avaient grande confiance, s’est avéré être un faux. " Après ça, on a failli arrêter de collectionner. C’est facile de se décourager quand on fait une erreur, on ne sait plus à qui se fier. " Suite à de longues négociations, ils ont réussi à se faire rembourser. Heureusement ! Puis ils ont continué à visiter les antiquaires et les musées et à poser beaucoup de questions. Finalement ils ont recommencé à acheter. D’un seul coup, trois armoires et une table. " Il y a 20 ans, tout était beaucoup moins cher qu’aujourd’hui, mais on est pas millionnaires, il a fallu emprunter pour ce lot-là. Par la suite on payait souvent avec une série de chèques post-datés, c’est ce qui nous a permis d’acquérir une belle collection. Une armoire Louis XV, un banc un peu encombrant, mais aussi beau qu’un tableau, une bonnetière, une armoire à seaux, un banc-lit, qui a servi de parc aux enfants, des coffres, des lits pour chaque chambre et plein de petits objets, souvent inutiles, mais beaux : moules à sucre, tablettes, sabots, jeux en bois, crémaillères et chaudrons de fer, beaucoup de tôle. On achète toujours sur un coup de coeur. "

Après avoir mis des années à restaurer la maison et la rendre exactement telle qu’ils la voulaient, ils décident de déménager. " Le terrain n’était pas grand et surtout le bruit incessant de l’autoroute, passant à proximité, nous incommodait de plus en plus. Alors on a découvert celle que nous habitons présentement. Elle trône sur un button au milieu d’une vaste terre. Elle est un peu moins vieille que l’autre et plus petite mais on y trouve plein d’avantages.  L’espace restreint nous empêche de mettre plusieurs de nos meubles en évidence, mais pas question de les vendre. On a profité du déménagement pour faire plusieurs échanges qui nous ont permis d’augmenter sensiblement la qualité de notre collection."

Loin d’être un décor de musée, la maison des Archambault est très vivante. Chaque meuble, chaque objet témoigne de la passion de ses propriétaires, une passion qu’ils ont d’ailleurs su transmettre à leurs enfants. C’ est avec beaucoup de fierté qu’ils voient Catherine, leur aînée, commencer sa propre collection.

En hiver, les poêles à bois l’imprègne en hiver d’une douce chaleur, répandant une odeur incomparable... C’est toujours avec plaisir que Lucie voit revenir les jours frisquets de l’automne, qui lui permettent de mijoter de bons petits plats sur celui de la cuisine. Son Jenn-Air ne sert qu’en été. Et le poêle à deux ponts, trônant majestueusement dans la salle à manger, réchauffe toute la maison. C’est dans ce confort douillet, qu’après un bon repas, Lucie aime laisser courir ses doigts agiles sur le clavier de son Steinway, pour le plus grand plaisir de sa famille ou de ses invités.

Michelle et Robert Picard

Toute reproduction partielle ou intégrale, de ce texte, par quelque 
procédé que ce soit, est interdite sans l'autorisation écrite des auteurs.

robert.picard.antiquaire@videotron.ca

Page d'accueil | Menu | Textes