FASCINANTES POUPÉES !
MAGAZIN'ART
- 14e
année, No 2 - Hiver 2001/2002
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Fascinantes poupées ! Devant elles, chacun semble retrouver son âme d’enfant...
Les poupées sont les jouets familiers des enfants depuis la plus lointaine antiquité. Leur présence est attestée chez presque tous les peuples et dans toutes les civilisations. Leur variété est infinie.
Certaines sont l’invention de petites filles, qui découvraient un être à chérir et à dorloter, dans une pierre de forme particulière, dans un bout de branche ou un bouquet d’herbes judicieusement ficelé. D’autres furent produites par des parents qui leur ont donné des visages de bois, de pierre, de terre cuite, d’os, d’ivoire, de cuir ou de chiffon.
Les premières manufactures de poupées apparaissent, en Allemagne, à l’aube du XVe siècle. Dès cette époque, elles sont offertes dans certaines boutiques parisiennes. D’abord réservées à une élite, ces poupées de bois étaient minutieusement sculptées, peintes et vernies. Vers 1700, elles atteignent leur plus haut niveau de qualité. Par la suite, pour répondre à la demande, on passe à une production de masse ; on fignole un peu moins, on néglige les parties qui seront cachées par les vêtements, on abaisse les coûts, rendant ce merveilleux jouet accessible aux enfants moins fortunés. ." Sur les tableaux anciens, la poupée est souvent vêtue d’habits identiques à ceux de l’enfant qui la tient. Ces deux costumes étaient la réplique exacte de celui d’un adulte, car il n’existait pas de mode propre aux enfants. Une petite fille était habillée comme une femme en miniature. " (1)
Le XIXe siècle est considéré comme le siècle d’or de la poupée. Deux grandes tendances domineront ce siècle: les poupées de mode, femmes en miniature revêtues des plus beaux atours de la mode parisienne et les bébés qui suscitaient de tendres sentiments maternels. Les matériaux se diversifient. Tandis que l’Allemagne conserve le quasi-monopole des poupées de bois, l’Angleterre se spécialise dans les poupées de cire, qui présentent un visage très naturel, presqu’humain. Selon Michel Lessard, les Augustines hospitalières de Québec en auraient fabriqué un certain nombre, en plus des Petits Jésus de cire dont elle se faisaient une spécialité. (2)
À la même époque, les anglais et les allemands se partagent le marché des poupées à tête de porcelaine émaillée, tandis que les français préfèrent le teint plus mat du biscuit. " Jusqu’à la fin de 1940, ce matériau donnera les plus élégantes et les plus spectaculaires poupées habillées de vêtements de haute couture. et désignées ‘poupées de mode’." (3) Tous produisent également des poupée en matériau composite, facile à mouler et peu onéreux. Puis le commerce s’internationalise, des poupées dessinées aux États-Unis et distribuées partout dans le monde possèdent une tête de céramique faite en Allemagne, une perruque anglaise en mohair et des vêtements parisiens. (4).
Parallèlement aux poupées de fabrication domestique, amoureusement sculptées par les pères de familles et habillées par les mamans, ceux qui en avaient les moyens pouvaient se procurer ici plusieurs importations, qui étaient offertes pour la plus grande joie des petites filles. Déjà en 1839, le marchand montréalais H. C. McLeods annonçait par le biais des journaux " une belle variété de jouets anglais et allemands, des poupées en pâte composite, habillées ou non " (5)
Au début du XXe siècle, jusque vers 1930, c’est le règne des bébés caractères. Leurs curieuses expressions imitant les rires, les pleurs ou autres mimiques de vrais bébés, auront la faveur populaire. Mais, la véritable révolution dans ce domaine s’amorcera vers 1955, en Allemagne, avec l’arrivée de Lily, laquelle représentait une jeune fille moderne, sortie d’une bande dessinée alors très populaire. Rapidement la compagnie américaine Mattel reprendra ce modèle, donnant naissance à la célèbre Barbie. " Pratiquement identique à son inspiratrice Lily, Barbie évolue rapidement et représente le mode de vie made in USA, ainsi que le triomphe du plastique et des matières synthétiques. " (6) C’est en fait un retour au type de poupées de mode du XIXe siècle, représentant une femme éternellement jeune, vêtue au goût du jour. Au cours des années 1970 et 80, Barbie va conquérir le monde...
De tout temps, les fabricants ont produit des poupées pour le plaisir des enfants, tout en s’assurant qu’elles séduisent d’abord les adultes qui les achèteront. En vieillissant, les poupées ne perdent pas leur pouvoir de séduction ; au contraire, elles semblent se faire encore plus désirables en nous imprégnant d’une douce nostalgie de notre enfance. Il n’est donc pas surprenant de constater que les poupées sont devenues le deuxième objet le plus collectionné au monde, après les pièces de monnaie. Internet a propulsé cette collection à des niveaux jamais atteints, on y trouve de tout, pour tous les goûts et toutes les bourses. Par exemple, sur le seul site de e-Bay, on offrait, fin novembre, plus de 52 000 poupées et accessoires.(7) Pour s’y retrouver dans un tel foisonnement, le collectionneur a intérêt à se renseigner. Les livres, revues et catalogue de prix abondent. Vous serez probablement surpris de constater les valeurs qu’atteignent aujourd’hui votre vieille Barbie ou le petit bébé en matériau composite que vous avez bercé il y a 20 ou 30 ans.
Michelle et Robert Picard
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