LES CUIVRES

MAGAZIN'ART - 14e année, No 3 - PRINTEMPS 2002
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Le cuivre fut le premier métal utilisé par l’homme il y a environ 8 000 ans, dans le bassin Méditerranéen. En cette fin de la période néolithique, l’Homme entrait dans l’Âge du Cuivre, qui allait s’étendre sur près de trois millénaires. Un second grand pas fut alors franchi lorsqu’on parvint à extraire ce métal de divers minerais et à produire un premier alliage avec de l’étain : le bronze. La dureté de ce nouveau matériau allait permettre la production d’armes plus efficaces et de nombreux outils accélérant l’évolution de la civilisation.

Au moment où le reste de l’Univers entrait dans l’Âge du Bronze, 3000 ans avant notre ère, les Amérindiens découvraient le cuivre, dans une région située juste à l’ouest des Grands Lacs. Utilisant des pépites de cuivre pur, trouvées à fleur de sol, ils martelèrent des outils et diverses parures. "Cependant, bien que les articles ainsi produits fussent très bien conçus et devinssent d’importants objets d’échange dans le commerce que les Indiens pratiquaient à longue distance, les techniques des forgerons des Grands Lacs restaient rudimentaires. Ces artisans du cuivre n’apprirent jamais à couler le métal… Ils ne savaient pas davantage fondre le cuivre ni traiter le minerai pour en dégager le métal pur." (1)

Jusqu’à leurs premiers contacts avec les Européens, les Amérindiens faisaient bouillir leurs aliments dans des vaisseaux d’écorce, de bois ou d’argile dans lesquels ils ajoutaient des pierres rougies au feu. Il n’est donc pas surprenant que les chaudrons de cuivres soient rapidement devenus un des principaux objets de traite. Légers, aisément transportables ils transformèrent radicalement leurs techniques traditionnelles de cuisson.

Dès les débuts de la colonie on trouve des ustensiles de cuivre chez presque tous les habitants. "La cuisine canadienne est particulièrement bien garnie en ustensiles des plus variés. Ceux d’étain sont les moins coûteux et les plus usuels… Même s’ils se vendent fort cher, les ustensiles de cuivre ne sont pas moins nombreux. Encore faut-il différencier ceux de cuivre jaune de ceux de cuivre rouge. Ces pièces sont multiples et souvent de dimensions assez imposantes. Parmi celles-ci, citons la lèchefrite, le coquemar (bouilloire), la huguenote (petit fourneau de fer sur lequel est une marmite), la marmite, la passoire, la chaudière, la poêle, l’écumoire et la tourtière (ustensile dans lequel on fait cuire les tourtes)." (2)

La marmite présentait une telle importance pour un jeune ménage qu’elle était même mentionnée au contrat de mariage. Ainsi, à Québec, le 16 novembre 1637, le notaire Jean Guitet établit les conventions matrimoniales de Marguerite Martin et Étienne Racine. "À la future communauté, la promise apporte divers ustensiles, notamment ‘Une grande Marmitte de cuivre’ qui vaudrait quatre livres." (3)

À partir du milieu du XVIIe siècle, on trouve des maîtres chaudronniers installés à Québec, Champlain ou Ville-Marie. Fabriquaient-ils des chaudrons? Nous en doutons. Ils se spécialisaient plus probablement dans l’étamage, le raccommodage et parfois aussi la vente de vieux objets de cuivre. "On a longtemps appelé les chaudronniers les batteurs et aussi, mais à tort, les dinandiers, du nom de la ville de Dinant, (en Belgique, et non Dinan, en France) réputée pour sa chaudronnerie de cuivre repoussé. En fait, le dinandier travaille et étire le cuivre jaune ou laiton, à froid, tandis que le chaudronnier utilise le cuivre rouge, qui supporte la fonte et le travail à chaud."(4) En France, c’est la ville normande de Villedieu-les-Poêles, qui depuis le XIVe siècle est le centre de chaudronnerie le plus réputé. C’est fort probablement de cette ville que provenaient la majorité des cuivres importés sous le régime français.

Après la Conquête et surtout à mesure qu’on avance dans le XIXe siècle, la panoplie d’objets en cuivre se diversifie. On trouve de plus en plus de moules de formes variées, des chandeliers, des bougeoirs, des heurtoirs de porte et autre objets de quincaillerie. Il y avait également des grelots, dont le joyeux tintement rythmait l’allure des chevaux. Chez les mieux nantis, on trouvait aussi des bassinoires, ce bel instrument que l’on remplissait de braise et qu’on passait sous les draps pour réchauffer le lit. Quel confort! Justement, en parlant de lits, il ne faudrait pas oublier ceux de cuivre, ou plus précisément de laiton. "L’apparition du lit en cuivre en Amérique marque le dernier quart du XIXe siècle. À la belle époque et dans les Années folles, les progrès de l’industrie permettent de créer qui évoquent par les lignes, la masse et le fini de certains instruments de fanfare sophistiqués. La grosse tubulure dorée joue avec les courbes et les contre-courbes." (5) Entre 1890 et 1920, plusieurs fabricants québécois en offraient dans leurs catalogues un éventail de modèles des plus variés. Leurs formes parfois simples, gracieuses et souvent même extravagantes ont conquis une clientèle nombreuse et avide de nouveauté.

 

RÉFÉRENCES

1 – CLAIRBORNE, Robert et les Rédacteurs des Éditions TIME-LIFE – Les origines de l’Homme - Les Premiers Américains, p. 66

2- SÉGUIN, Robert-Lionel – La Civilisation Traditionnelle de l’"Habitant" aux 17e et 18e siècles, p. 381-382

3- SÉGUIN, Robert-Lionel – Les Ustensiles en Nouvelle-France, p. 41

4- HENRY, Bernard – Des Métiers et des Hommes au Village, p. 88

5- LESSARD, Michel – Au carrefour de trois cultures – Meubles anciens du Québec, p. 466

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robert.picard.antiquaire@videotron.ca

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