Un Père Noël aux mille Visages 

MAGAZIN'ART - 15e année, No 2 - Hiver 2002/2003
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Une collection de Pères Noël, quoi de mieux pour nous imprégner de l’ambiance des Fêtes!!!

Le père Noël, le seul, le vrai, l’unique, a beau avoir une adresse au Pôle Nord, Canada, H0H 0H0, il est définitivement américain. Ses ancêtres, arrivés en Nouvelle-Angleterre et en Virginie avec les divers groupes d’immigrants, sont nombreux : Saint-Nicolas, Sinterklaas, Svaty Mikalas, Christkindl, Buller Clos, La Befana, Father Christmas, Jultomten, les rois mages et même le Petit Jésus. On pourrait croire que son arbre généalogique ressemble un arbre de Noël.

Un de ses ancêtres les plus réputés, est sans contredit Saint-Nicolas, qui fut, au IVe siècle, évêque de Myra en Lycie, (aujourd’hui partie de la Turquie). Il aurait ressuscité trois petits enfants, qu’un méchant boucher avait découpés et mis au saloir. Il aurait donné de l’or à un père ruiné, qui s’apprêtait à vendre ses trois filles comme esclaves, faute de pouvoir les doter convenablement. Il aurait… Les légendes entourant ce saint homme foisonnent, mais son histoire demeure aussi obscure que son culte est célèbre. Quoi qu’il en soit, on sait qu’au Moyen âge, il était déjà vénéré par toute la chrétienté, comme protecteur des enfants, des étudiants, des marchands et des marins et comme patron de la Russie. Le jour de sa fête, le 6 décembre, il se promène vêtu de son manteau rouge, de sa crosse et de sa mitre d’évêque, distribuant des cadeaux aux enfants sages. Il est généralement accompagné dans sa tournée d’un sombre personnage, le Père Fouettard, qui s’occupe de réprimander ceux qui le méritent.

Au XVIe siècle, la Réforme protestante a banni tous les saints catholiques. Le bon Nicolas étant définitivement exclus de plusieurs pays, allait-on priver les enfants sages de leurs récompenses? Il fallut bien trouver un autre distributeur de cadeaux. C’est alors qu’apparurent divers personnages, dont certains présentaient plusieurs des caractéristiques de leur précurseur: Father Christmas, en Angleterre; Père Noël, en France; Sinterklaas, en Hollande; etc. En Italie et en Russie, ce sont des femmes qui ont remplacé le grand Saint : La Befana et Babouschka. En Allemagne c’est un ange, Christkindl , messager du petit Jésus, qui assure la distribution des cadeaux. Ailleurs c’est parfois l ‘enfant Jésus lui-même ou les Rois Mages qui apportent des présents. Dans les pays scandinaves on a recours aux elfes, ces petits génies domestiques qui, depuis toujours, habitent les greniers et protègent la maisonnée : Jultomten en Suède, Julesvenn en Norvège et Jule-nissen au Denmark.

C’est en Amérique que tous ces généreux personnages se sont rencontrés. Ils sont arrivés de toute l’Europe avec les diverses vagues d’immigrants, laissant derrière eux le Père Fouettard et ses tristes homologues. Déjà en 1643, à New-Amsterdam, cette ville qui allait devenir la célèbre métropole américaine, on parlait pas moins de dix-huit langues différentes et ce n’était qu’un début. Imaginez le casse-tête de ces différents distributeurs de cadeaux dans un pays de plus en plus cosmopolite! Au fil du temps, les gens se sont mariés, les traditions se sont entremêlées et une nouvelle figure va émerger, surpassant et remplaçant rapidement tous les autres : Santa Claus, que nous appelons ici le Père Noël. Il commence à prendre sa forme actuelle sous la plume de Clement Clark Moore, en 1822, qui le présente sous les traits d’un bon grand-père joufflu à la barbe blanche, se déplaçant dans un traîneau tiré par des rennes. " Dans la seconde moitié du 19e siècle, quand les journaux illustrés s’emparent de lui, le Père Noël conquiert toute l’Amérique, la vallée du Saint-Laurent y compris. " (1)

Traditionnellement, les cadeaux étaient simples, généralement fabriqués à la maison et destinés aux enfants. Mais, à mesure que l’industrialisation progresse, les manufacturiers doivent trouver de nouveaux débouchés pour leur production de masse. Des annonces pour promouvoir les achats de Noël apparaissent, de façon sporadique, dans les journaux new-yorkais à partir de 1820, mais ne se généralisent que vers 1890. Les publicistes, hésitant à utiliser les motifs religieux à des fins mercantiles, optent pour le Père Noël, qui représente la bonté et la générosité. Il devient rapidement un symbole de festivités et d’amusement. Il n’a cependant pas encore un aspect bien défini, il est parfois grand et maigre, petit et joufflu; selon la vision de chaque artiste on le trouve vêtu de vert, de bleu, de brun ou de rouge. C’est Haddon Sundblom qui lui donnera ses traits définitifs, en 1931, dans une annonce de Coca-Cola. Cette publicité, qui a rapidement fait le tour du monde, ainsi que toutes les autres qu’il dessina pour la célèbre boisson gazeuse, jusqu’en 1968, allait imposer à l’univers le portrait du jovial grand-père en habit rouge. Le Père Noël est ainsi devenu le " super-salesman ", le plus grand et le plus célèbre vendeur de tous les temps. (2)

Sans lui, la période des Fêtes nous paraîtrait triste et morne. Il crée une fascination, pas seulement chez les tout-petits, mais chez la plupart des adultes qui, en sa présence, semblent retrouver leur âme d’enfant. Il n’est donc pas surprenant de constater le nombre de plus en plus grand de collectionneurs qui s’intéressent aux différentes représentations du Père Noël.

Joyeux Noël et Bonne Année à tous!

Michelle et Robert Picard

 

RÉFÉRENCES

1.- PROVENCHER, Jean – Les quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent – Les éditions du Boréal, Montréal 1988, p. 468

2.- THE TIME-LIFE BOOK OF CHRISTMAS – p. 99

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robert.picard.antiquaire@videotron.ca

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