Les Meubles à Écrire
MAGAZIN'ART
- 15e
année, No 3 - Printemps 2003
Page
d'accueil |
Menu
|
Textes
![]()
Depuis le temps des grandes pyramides, où le scribe accroupi posait sa tablette sur ses genoux, toute une panoplie de tables et de meubles furent conçus pour faciliter l’écriture. Avant l’apparition de meubles spécifiquement destinés à cette fin, c’est tout simplement sur une table que l’on posait l’encrier, la plume et le papier. Dérivés de la table, les meubles à écrire se sont multipliés au cours des âges; ils se présentent sous diverses formes, portent des vocables très variés et déclinent tous les styles.
LES BUREAUX
"Dès le XIVe siècle on nomme ‘bure’ l’étoffe de laine grossière qui habille les tables de lecture pour protéger les fragiles reliures. Au XVIe siècle on assemble table et tapis pour réaliser un meuble à destination précise. Vers 1600 la bure est remplacée par du drap ou de la basane et cette couverture devient fixe, c’est la naissance du ‘bureau’." (1) La caractéristique qui distingue le bureau des autres meubles à écrire, c’est son dessus plat, qu’il soit ou non recouvert de tissu ou de cuir. Selon les styles ou les époques, le bureau aura un nombre variable de tiroirs : des deux côtés de la place centrale, d’un seul côté ou uniquement dans le tablier. Il repose sur quatre ou huit pieds reliés ou non par une traverse. On le connaît sous différentes appellations : bureau "Mazarin", bureau plat ou bureau ministre, table-bureau. Les meubles semblables, mais de petite dimensions, conserveront le nom de "table à écrire".
Le "bureau à cylindre", conçu par Jean-François Oeben et réalisé par Jean-Henri Riesener, en 1769, pour le roi Louis XV, est "muni d’un volet semi-circulaire composé de lamelles qui s’enroulent, plein d’astuces mécaniques : secrets, tablettes avançant automatiquement, cylindre bloquant les tiroirs". (2) Ce meuble complexe connut une grande faveur auprès de l’élite française. Mais ce n’est qu’une centaine d’années plus tard qu’il allait conquérir l’Amérique à partir des Etats-Unis, où on commença à le fabriquer en série, vers 1875. On en trouve deux versions : le type "C" dans lequel le volet suit une courbe d’un quart de cercle et le type "S" dont le profil est sinueux. L’engouement pour le "bureau à cylindre", qu’on appelle communément "roll top", se propagea rapidement au Canada, où il devint le meuble incontournable pour un aménagement de bureau fonctionnel. On nommera "secrétaires à cylindre" les meubles de plus petits formats. Lorsque le volet est fait d’une seule pièce, au lieu d’être composé de lamelles, c’est un "secrétaire à culbute".
LES SECRÉTAIRES
"Le XVIIIe siècle avec son raffinement et son goût de la nouveauté créera des modèles nombreux dont le secrétaire demeure le plus courant et le plus apprécié." (3) Ce meuble se présente sous la forme d’une armoire munie de deux vantaux dans sa partie inférieure, surmontés d’un abattant qui, une fois abaissé, forme une table à écrire découvrant une multitude de casiers ou tiroirs pour ranger la correspondance. Plusieurs secrétaires recèlent des compartiments secrets qui s’ouvrent par d’ingénieux mécanismes. Ici encore, les variantes sont nombreuses.
Dans le "secrétaire en pente", comme son nom l’indique, l’abattant fermé forme un angle de 45 ° avec le corps du meuble. S’il est assez élevé pour qu’on y écrive debout, il devient un "secrétaire en pupitre". Ici, on confond souvent ce meuble avec le "scriban", lequel est un secrétaire en pente surmonté d’une armoire, appelé également "scribanne". Lorsqu’il a deux pentes dos à dos, permettant à deux personnes de travailler face à face, il devient un "secrétaire en dos d’âne". Dans la "commode-secrétaire", les vantaux de la partie inférieure sont remplacés par des tiroirs.
LES PUPITRES ET AUTRES MEUBLES À ÉCRIRE
Le "pupitre" est un petit meuble à plan incliné, semblable à un lutrin, sur lequel on peut écrire, poser des livres, des partitions de musique, etc. Il était déjà en usage au début du Moyen-Âge, comme en témoigne un magnifique bas-relief sur ivoire, représentant Saint Grégoire Le Grand, pape de 590 à 604. Il est penché sur un manuscrit, posé sur un pupitre, le coude appuyé sur sa cuisse pour stabiliser la main qui tient la plume.(4) Le seul meuble à écrire qui a conservé ce vocable, c’est le "pupitre d’écolier".
Il faudrait aussi mentionner un petit meuble de dames très populaire à la fin du XVIIIe siècle, le "bonheur du jour". "Les marchands-merciers sous l’impulsion de Poirier mettent à la mode vers 1755-60 une petite table à écrire surmontée d’un gradin à tiroirs et vantaux qui connut une telle vogue qu’on le nomma ‘bonheur du jour’ – avec ses pieds cambrés quelquefois garnis d’une tablette d’entre-jambes, la forme rectangulaire ou ovale de son gradin, il résume les tendances des petits meubles à écrire de cette période de transition." (5)
LES MEUBLES À ÉCRIRE QUÉBÉCOIS
Tant que l’alphabétisation demeura la prérogative d’une faible minorité et du clergé, les meubles à écrire furent peu nombreux chez nous, comme partout ailleurs. La généralisation de l’instruction, n’y changea pas grand chose. Point n’est besoin d’un meuble spécial pour écrire trois lettres par année. "Les plus anciens secrétaires retrouvés au Canada appartenaient à des personnages de marque : seigneurs, militaires, évêques, etc. Pour toutes ces personnes, le secrétaire est utile et pratique. En voici une description tirées d’un inventaire de 1711 à Montréal : Une table ou Burreau avec huit tirroirs de Bois Des Rable de Ce pais Lesd t tirroirs fermant a Clef Le pied Dassemblage et ReLief garny dessus d’un drap Vert Estime a 75 L’’…" (6)
Mis à part quelques pièces exceptionnelles, manifestement exécutées de "mains de métier" pour les premiers évêques de Québec, Palardy constate que "Les autres bureaux ou secrétaires que l’on trouve sont plus courants." (Palardy p. 287) Il mentionne les secrétaires en pente, dont "certains sont faits comme une commode à trois ou quatre tiroirs…D’autres sont surmontés d’une petite armoire… Il y a en outre un secrétaire plus élevé que les autres. Pour y écrire, on restait debout ou on s’asseyait sur un escabeau. Il servait dans les presbytère pour la perception de la dîme et au paie-maître de l’armée pour la remise de la solde." (7)
RÉFÉRENCES
1.- BURCKHARDT, Monica – Les meubles à écrire – Éditions Ch. Massin, Paris, p. 6
2.- id, p. 21-22
3.- id, p. 5
4.- Collection du Kunsthistorisches Museum, Vienne
5.- BURCKHARDT, Monica – op. cit., p. 33
6.- PALARDY, Jean – Les meubles anciens du Canada Français, Paris 1963, p. 287
7.- id, p. 287
Toute
reproduction partielle ou intégrale, de ce texte, par quelque
procédé que ce soit, est interdite sans l'autorisation écrite des auteurs.
Page d'accueil | Menu | Textes