Une Collection de Trépieds
MAGAZIN'ART
- 15e
année, No 4 - Été 2003
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L’été, c’est le temps de parcourir la campagne pour visiter les antiquaires. C ‘est la meilleure saison pour commencer ou enrichir notre collection de petits objets. Les ballades, les vacances et les voyages donnent souvent au collectionneur la chance de faire de très belles trouvailles.
Lors de vos pérégrinations estivales, vous verrez sûrement plusieurs trépieds. Nous profitons de l’occasion pour vous parler de notre intéressante collection. Nous en avons plus d’une cinquantaine, en fer forgé, en fonte, en aluminium, en tôle, en broche et même en bois. Nos trépieds forment sur les murs de la cuisine un décor inusité, qui fascine toujours les visiteurs. En plus de leur aspect esthétique, nos trépieds s’avèrent d’une grande utilité, lorsque vient le temps de poser sur la table quelque gratin ou autre mets directement sortis du four.
" Ustensile de cuisine fait d’un cercle ou d’un triangle de fer reposant sur trois pieds. Le trépied est destiné à supporter au dessus du feu les chaudrons, les marmites ou les poêlons. Il est parfois muni d’un long manche, ce qui permet de le déplacer plus facilement. " (1) C’est également sur un trépied, appelé erronément sous-fer, que l’on posait les fers à repasser.
Comme leur nom l’indique, les trépieds avaient, à l’origine, trois pieds. Cette particularité leur permettait de reposer solidement sur le plancher inégal de l’âtre ou sur le sol. En effet, quatre pieds requièrent obligatoirement une surface unie et plane pour rester au niveau. C’est justement le genre de surface qu’offrent les poêle à bois. Aussi voit-on le nombre de pieds varier à partir du moment où l’on délaisse l’âtre, certains trépieds en ayant jusqu’à huit. Mais quelqu’en soit le nombre, leur désignation demeure inchangée, ce sont toujours des trépieds.
Au début de la colonie, c’est de la Mère-Patrie que provenaient tous les objets de fer nécessaires à la vie courante et à la défense du pays. " Ensuite, parallèlement aux produits finis, le fer marchand (ou fer en barre) viendra répondre à la demande des commerçants et des artisans. Ces derniers, en plus de recycler l’outillage détérioré, transformeront ce fer en barre en vue de satisfaire la demande intérieure. " (2) On peut facilement en déduire que les premiers trépieds fabriqués ici, le furent avec du fer de récupération : vieilles limes, fourches brisées, etc. Nos forgerons faisaient des merveilles avec chaque petit morceau de fer qu’ils trouvaient. L’ouverture des forges du Saint-Maurice, vers 1732, va enfin assurer aux forgerons un approvisionnement constant de fer marchand, matière première de toutes leurs créations.
On peut diviser les trépieds en deux grandes catégories : les pièces faites à la main par des artisans et celles qui sont manufacturées. Les trépieds artisanaux faits ici étaient toujours l’œuvre de forgerons ou de ferblantiers. En Europe, en plus du fer, on utilisait fréquemment le cuivre, le laiton et parfois même l’argent, pour des commandes très spéciales.
Quoique les techniques pour la fonte (alliage de fer et de carbone) soient connues depuis fort longtemps et utilisées, ici même, depuis l’ouverture des Forges du Saint-Maurice, il ne semble pas que la production de trépieds en fonte ait commencé avant le début des années 1800. " Dans la première moitié du XIXe siècle, la variété des produits des Forges se multiplie et s’adapte aux nouvelles exigences de l’économie. Les articles de chauffage se diversifient (cendriers, grilles, porte-poêles et trépieds)… " (3) Nous ne connaissons malheureusement pas les modèles de trépieds fabriqués aux Forges du Saint-Maurice; à notre connaissance, aucun ne porte les initiales " FSM " que l’on retrouve couramment sur les poêles et les grand chaudrons. Vers 1850, la mode est bien établie ; toutes les fonderies, tant européennes, américaines que canadiennes, produisent divers modèles de trépieds de fonte. Source inépuisable de découvertes pour les collectionneurs.
P uisqu’il y a belle lurette qu’on ne cuisine plus dans l’âtre au Québec, notre collection compte beaucoup plus de trépieds utilisés pour poser sur la table, des chaudrons, des plats chauds ou des fers à repasser, que des modèles à longs pieds servant dans la cheminée.
Parmi les trépieds, on trouve malheureusement beaucoup de faux. Les forgerons capable de faire des copies étant de moins en moins nombreux et leur production toujours limitée, il est évident que les pièces les plus souvent reproduites sont les trépieds de fonte. En effet, il est facile pour une fonderie, bien équipée, de refaire un moule à partir d’un trépied ancien et d’en couler de nombreuses copies. Les moules sont faits en deux parties, une représentant le dessous de l’objet et l’autre le dessus. Au moment de la coulée, un peu de fonte s’insère entre ces deux parties, formant comme une arête sur le pourtour du trépied. On lime généralement cette arrête avant la vente, mais il en reste toujours des traces qui s’usent avec le temps.
Il n’est pas toujours simple de détecter un faux, mais plusieurs petits détails peuvent aiguiser notre suspicion. Après une centaine d’années d’usage, la surface d’un trépied est usée par les frottements répétitifs. Une pièce manquant d’usure peut paraître suspecte. Cependant, si un trépied déjà usé sert à faire un moule, les reproductions sorties de ce moule manqueront souvent de netteté dans les détails. Par contre, elles seront dépourvues d’usure à d’autres endroits, surtout au niveau de la jonction des deux parties du moule. Un autre indice qui devrait nous inciter à suspecter un faux, c’est l’apparition soudaine sur le marché de plusieurs trépieds d’un modèle, jusque là très rare.
Bonne vacances! Bonnes trouvailles lors de vos pérégrinations estivales! Et surtout, avant de succomber à un coup de foudre, ouvrez l’œil…
RÉFÉRENCES :
(1) GENÊT, Nicole et al. – Les objets familiers de nos ancêtres – Éditions de l’Homme, Montréal 1974, p. 253
(2) HARDY, Jean-Pierre – Le forgeron et le ferblantier – Éditions du Boréal express, Montréal, 1978, p. 29
(3) HARDY, Jean-Pierre – op. cit. p. 39
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