Les coffrets

MAGAZIN'ART - 17e année, No 1 - Automne 2004
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D'instinct, l'homme a toujours cherché à protéger "ce qui assurait sa subsistance, comme la nourriture, le vêtement, les pièces de valeur." (1) Le coffre, dont l'origine se perd dans la nuit des temps, répond à ce besoin primordial. Cette boîte de rangement si pratique, évolue au cours des siècles et se diversifie pour répondre à tous les besoins. Les coffres se multiplient suivant la nature et les proportions des effets à ranger, dépendant du rang et la fortune des individus.

Si chaque patrimoine de la société traditionnelle abrite plusieurs coffres de rangement dans les chambres et au grenier, les coffrets et les cassettes de tout format et de toutes les fantaisies font également partie des biens domestiques d’un grand nombre. La gamme des coffrets anciens de la société traditionnelle est sans limite. " (2)

Dans les inventaires anciens, on trouve de nombreuses mentions de cassettes. C’est ainsi que l’on nommait autrefois les coffrets. "Presque partout, les papiers importants et les objets de valeur sont gardés dans une cassette ordinairement recouverte de cuir rouge. Par exception, en 1673, Jeanne Mance possède ‘Une petitte Cassette, de Cuir noire, ferment à clef’. " (3)

Dans Les objets familiers de nos ancêtres, on en donne une bonne description : " Petit coffre portatif où l’on range des objets de peu de volume ou des objets précieux tels l’argent, l’or, l’argenterie, les papiers. Très répandue au milieu et à la fin du XVIIIe siècle, la cassette est fabriquée en bois de pin. À l’instar du bahut, (coffre à couvercle bombé) elle est recouverte de cuir rouge ou noir, de loup-marin, parfois de tapisserie ou de papier. Elle est souvent ornée de clous. La cassette est presque toujours pourvue de ferrures, serrure et clé, à moins qu’elle ne se ferme à l’aide d’un moraillon. " (4) En fait, il est très rare de trouver un coffret qui ne barre pas. Même les plus pauvres attachent une grande importance à préserver leurs maigres avoirs. Nous avons même vu, à l’occasion, des coffrets avec deux clés : une plus grande pour Monsieur et l’autre plus petite destinée à Madame. On s’assurait ainsi qu’aucun des époux ne viderait la cassette…

Les coffrets étant des coffres miniatures, il est normal que leur forme et leur style s’inspirent de ces derniers. Cependant, étant destinés à conserver les biens les plus précieux de la famille, on les dote généralement d’une ornementation plus élaborée. C’est ici que nos ancêtres donnent la pleine mesure de leur talent et de leur imagination.

Quant aux coffrets à bijoux, ils ne font pas leur apparition avant l’époque victorienne; les perles et autres joyaux étant jusqu’alors très rares même chez les Canadiens les mieux nantis. Il faut dire qu’en France, arborer un bijou était autrefois un privilège réservé à l'aristocratie et ce n’est qu’après la révolution que cette coutume cessa d’être liée à la classe sociale. Vers 1850, ils deviendront un des placements préférés de la bourgeoisie aisée tant européenne que canadienne. Mais il faut attendre jusque vers 1920 avant qu’apparaissent les bijoux fantaisie, jolies imitations qui permettront enfin à toutes les femmes de satisfaire leurs désirs de parures. Elles auront rapidement besoin de coffrets spécialement destinés à conserver leurs nouveaux colifichets.

Michelle et Robert Picard

RÉFÉRENCES

1.  Musée des Beaux-Arts de Montréal - L'Art du Serrurier et du Ferronnier - p. 5 
2.  LESSARD, Michel – Meubles anciens du Québec, p. 180  
3.
SÉGUIN, Robert-Lionel – La Civilisation traditionnelle de l’ "Habitant" aux XVIIe et XVIIIe siècles, p. 403
4.
GENÊT, Nicole et al. – Les Objets familiers de nos ancêtres, p. 75

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robert.picard.antiquaire@videotron.ca

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