La Céramique de Beauce 

MAGAZIN'ART - 17e année, No 2 - Hiver 2004/2005
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Le nom de Céramique de Beauce évoque, pour la plupart des familiers de cette entreprise, une importante production industrielle de pièces utiles ou décoratives en rapport avec le mode de vie de la deuxième moitié du XXe siècle. " Ironiquement, le Syndicat des céramistes paysans de la Beauce a vu le jour dans la foulée de la revalorisation des arts domestiques, qui avait justement pour but de contrer les effets néfastes de la " fabrication en série qui déshumanise le travail des ouvriers "

L’histoire de cette industrie florissante durant une cinquantaine d’année est absolument unique. En 1930, " le ministère de l’Agriculture du Québec institue l’École des arts domestiques pour stimuler l’économie des campagnes et contrer l’expansion irrationnelle du machinisme. Cette expérience apparaît avec le recul, comme une version québécoise du mouvement Arts and Crafts adapté à la ruralité d’ici. " Ce mouvement, né en Angleterre à la fin du XIXe siècle, s’oppose à l’industrialisation, qu’il juge responsable du déclin des arts décoratifs, et préconise " la simplicité élégante des formes et le respect du travail artisanal. " Les cours de tissage ont un succès phénoménal. Mais que peut-on offrir aux hommes? La céramique apparaît comme une panacée qui permettra aux jeunes fermiers d’occuper leurs hivers à des tâches créatives et lucratives. Dans le but de développer cet artisanat, le ministère de l’Agriculture fait analyser l’argile de divers sites de la province. En 1939, avec la découverte d’une glaise rouge et malléable près de la rivière Calway, en Beauce, les choses s’accélèrent. Grâce à l’appui inconditionnel du député Henri Renault et d’Oscar Bériau, directeur de l’École des arts domestiques, dès l’été suivant on procède à la fondation du Syndicat des céramistes paysans de la Beauce. En novembre 1940, l’École de céramique ouvre ses portes au sous-sol du collège Sacré-Cœur de Beauceville. Vingt jeunes suivront durant trois ans des cours de dessin, de menuiserie et de mathématique tout en s’initiant aux différentes facettes de l’art de la céramique sous la gouverne de Wellie Chochard, céramiste suisse de renom.

On est en pleine guerre, les jeunes céramistes poursuivant leur travail sur la ferme familiale durant l’été seront épargnés de la conscription alors que la fermeture des marchés européens sera très favorable à l’industrie naissante. En 1942, Raymond Lewis diplômé de l’École des beaux-Arts de Montréal et de l’École de chimie de Scranton, devient directeur artistique de l’école. En 1943, la qualité des pièces déjà produites incite le gouvernement à faire l’acquisition d’une ancienne manufacture, à Saint-Joseph-de-Beauce, pour y loger l’industrie naissante. Dès l’année suivante on commence à produire sur commande : 500 bénitiers, 3976 douzaines de bols à soupe et plus de 2500 pièces décoratives.

En 1947, " quelques pièces de Beauce conçues par Raymond Lewis… sont inscrites dans le Design Index qui publicise les produits canadiens dont le design est méritoire. " Vers la fin des années 40 , l’introduction de moules pour la fabrication en série indique les débuts d’une véritable production industrielle. En 1949, on abandonne la terre rouge au profit d’une argile blanche techniquement plus performante, importée des États-Unis. Avec l’enregistrement, en 1956, de la marque de commerce Beauceware, on s’attaquera aux marchés ontarien et américain.

Les années soixante seront marquées par la tendance moderniste insufflée à l’industrie par le designer Jacques Garnier. " Aux glaçures commerciales des fifties ou aux enduits moirés de Lewis succèdent des tons satinés unis et sobres : blanc, beige, bleu méditerranéen, brun café et gris fusain. " L’École de céramique ferme ses portes en 1964 tandis que l’usine prend de plus en plus d’expansion. L’année suivante le Syndicat des céramistes paysans de la Beauce devient CÉRAMIQUE DE BEAUCE. C’est une entreprise florissante qui emploie 55 travailleurs et se tourne de plus en plus vers l’exportation.

Jean Cartier devient le designer principal de la compagnie en 1970, ses célèbres cocottes d’argile voient le jour l’année suivante. Comme Jacques Garnier il privilégiera la pureté des lignes scandinaves, tandis que les théières de Goyer-Bonneau (1976) rivaliseront avec la meilleure production italienne.

En 1973, Céramique de Beauce devient la plus grosse entreprise du genre au Canada. " Ses 135 employés, produisent annuellement 2 300 000 pièces (lampes, vaisselle, vases décoratifs, cendriers) ". Janvier 1974, c’est la catastrophe, l’usine est détruite par le feu. L’année suivante on reconstruira selon une technologie plus performante. Cependant suite à la concurrence croissante des manufactures étrangères, surtout japonaises, qui entraîne de graves difficultés financières, la compagnie sera vendue en 1985. Quatre ans plus tard, ce sera la faillite et la fermeture définitive de ce qui fut une aventure industrielle absolument unique.

Par son ampleur, sa variété et sa qualité. La production de Céramique de Beauce reste sans équivalent dans l’histoire de la céramique québécoise et canadienne. ". Elle mérite sans contredit l’intérêt qu’elle suscite chez les collectionneurs de plus en plus nombreux.

Michelle et Robert Picard

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