Loisirs d'été pour collectionneurs
MAGAZIN'ART - 5e année, No 4 - Été 1992
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De tout temps, la belle saison, a ramené son lot de jeux, de loisirs et de sports de plein air. Autrefois, les enfants s'en donnaient à coeur joie avec "les jeux de cache-cache, la balançoire, les tourniquets, les cerceaux, les cordes à danser et pour les garçons plus rudes, la lutte, la construction de petits poulaillers, les courses, les jeux de billes, etc."(1)

Les adultes pour leur part jouaient aux boules, aux quilles et aux fers. Ils aimaient également le croquet, jeu typiquement français, qui n'a rien à voir avec le cricket, sport national britannique. Ce dernier, apparemment incompris des français, avait ici, comme dans tout le Commonwealth, la faveur de l'élite anglophone.

Le jeu de boules pratiqué depuis l'Antiquité était très populaire à Québec sous le régime français. Quant au jeu de quilles, attribué aux égyptiens, c'était un sport de plein air avant que les américains n'inventent le bowling . Mais ces jeux n'avaient pas l'heur de plaire à tout le monde. En effet, en 1729 et 1731, Mgr Dosquet, évêque coadjuteur de Québec voulait interdire au public l'accès à la terrasse de l'évêché où, "... les fêtes et dimanches, on y a la tête rompue du bruit qu'y font ceux qui jouent aux quilles et à la boule..." (2)

Parmi les sports les plus populaires aujourd'hui, certains, comme la pêche, le tir à l'arc et le canotage dérivent d'activités autrefois essentielles. D'autres comme le tennis ou le golf sont issus de jeux fort anciens. Enfin, c'est à la technologie que les cyclistes doivent rendre grâces. Mais toutes ces activités de plein air doivent quelque chose à l'Angleterre. En effet, l'aristocratie britannique était toujours à l'affût de nouveautés en matière sportive. Les anglais ont soit inventé, redécouvert ou codifié la grande majorité des sports qui se pratiquent encore de nos jours. Les grandes universités telles Oxford et Cambridge, ont contribué à faire connaître les nouvelles règles du jeu, en organisant de nombreuses compétitions.

L'urbanisation et la prospérité de l'époque victorienne favorisèrent les loisirs. Dans Illustrated Montreal  1892-93, on peut lire ce qui suit: " en été, on voit une foule de petits bateaux à Lachine et en d'autres endroits du noble Saint-Laurent. Yachts, esquifs, canoës, canots de course sillonnent le fleuve... tandis que le cricket, le tennis, le golf, le football, les quilles, les palets et tous les jeux d'été sauf le baseball, ont leurs supporteurs acharnés." (3)

Le tennis, ou lawn-tennis, est l'adaptation anglaise, par le major Wingfield en 1874, du jeu de courte paume français. Le premier championnat fut organisé à Wimbledon en 1877. C'est aussi en Angleterre que l'on trouve le premier club de football, fondé en 1855. Quant au golf, il est originaire d'Écosse où l'on y jouait dès le moyen âge. Lorsque Jacques VI, le fils de Marie Stuart, monta sur le trône d'Angleterre en 1606, il apporta ses clubs de golf. (4)

De tous nos sports d'été, seule la crosse est autochtone. On peut en lire la description dans les Relations des Jésuites. " Il y a parmi eux un certain jeu de crosse... Leurs coustumes en joüant est de se mettre nation contre nation... vous les voyez tous armez d'une crosse, c'est à dire d'un baston qui a un gros bout au bas, lacé comme une raquette; la boule qui leur sert à jouer est de bois et à peu près de la figure d'un oeuf de dinde... Ces jeux commençent ordinairement après la fonte des glaces, et durent jusqu'au temps des semences." (5)

Il ne faudrait pas oublier le cyclisme, il faut dire que depuis la célérifère du comte de Sivrac (1790), en passant par la draisienne et surtout le vélocipède, si populaire au siècle dernier, la "petite reine" a grandement évolué. Au moment où les britanniques mettaient au point la bicyclette vers 1888, le vélocipède comptait déjà 500 000 usagers en Angleterre, 300 000 en France et 100 000 en Belgique. Malheureusement les statistiques ne sont pas disponibles pour le Canada, mais l'on sait qu'il y était très populaire. "Des clubs de cyclistes faisaient souvent des excursions de deux ou trois jours sur leurs vélocipèdes, comme on les appelait alors. Quand apparut la bicyclette, plus confortable, les mordus du vélocipède méprisèrent ce appareil bon pour les femmes. (6)

Tous ces sports et jeux d'été offrent une foule de beaux objets à collectionner: vélocipèdes, clubs de golf, battes de base-ball, raquettes de tennis ou avirons. Mais nul sport n'offre autant de possibilités et de diversité que la pêche. Les cannes, les moulinets et surtout les leurres, ces petits poissons polychromes aux formes les plus fantaisistes attirent des amateurs de plus en plus nombreux.

Au début du régime français, la pêche était une activité essentielle pour une partie de la nourriture, dès le 19e siècle, elle est devenue pour l'habitant une activité de loisir permettant de varier le menu.

Cependant, la pêche, comme passe-temps, qui était pratiquée depuis longtemps par les aristocrates européens était plutôt regardée avec dédain par les américains qui la considérait comme une activité de subsistance pour les plus démunis jusqu'au milieu du XIXe siècle. Au Canada, c'est vers la même époque, que la mode de la pêche sportive se propagea c'est chez les membres de la belle société d'origine anglaise. On partait alors en excursion, accompagnés de tout un cortège de guides et de porteurs. On allait pêcher le saumon de la rivière Jacques-Cartier, la truite dans de petites rivières ou le maskinongé du lac Champlain. Suite à cet engouement de l'élite bien nantie, toute une industrie des articles de pêche s'est développée.

Les premières lignes destinées à la pêche sportive étaient importées d'Angleterre. C'est un américain de Pennsylvanie qui améliora les primitives cannes anglaises en utilisant le bambou. Ce matériau flexible et léger allait, entre autres, permettre d'obtenir la souplesse nécessaire pour la pêche à la mouche. Parallèlement à l'évolution de la canne, le moulinet subit de multiples transformations. Quoique de nombreuses formes très anciennes de moulinets soient connues, le véritable créateur de cet indispensable élément un écossais, Peter Malloch qui commercialisa son invention en 1884. Les américains allaient rapidement s'en emparer pour l'améliorer. " Durant la première décade des années 1900, les manufacturiers américains semblaient concurrencer furieusement, presque au point d'être ridicules, certaines compagnies annonçant plus de 200 modèles de moulinets." (7) Mais nulle part on n'a vu autant de variété et d'imagination que dans la fabrication des leurres. De toutes les formes, de toutes les couleurs, avec des touffes de poils ou des hélices, munis d'un ou de plusieurs hameçons, ils ont tous pour fonction d'assurer les meilleurs prises et d'attirer au pêcheur l'éloge de ses compères. Il ne semble y avoir eu aucune limite à l'imagination débridée des manufacturiers. Il y a aussi les mouches, véritables petites oeuvres d'art, patiemment confectionnée par de consciencieux amateurs et destinées à finir leurs jours dans la gueule de quelque monstre marin affamé.

Les collectionneurs ont ceci de commun avec les pêcheurs que leur patience est souvent récompensée par quelques belles "prises". Je vous souhaite donc bonne pêche aux antiquités tout au cours de l'été.

Robert PICARD

1. POTVIN Berthe - La Vie des Canadiens-Français au Début du Siècle, p.123
2. TREMBLAY, Katherine et RENAUD Louise - Les jeux et les jouets de Place-Royale, p. 128
3. E.W. Sandys, tiré de J. McConiff, Illustrated Montreal, 1892-93, - cité dans Images du Sport dans le Canada d'autrefois, p.20
4. GERMA Pierre - Depuis quand?, p. 316, 150 et 161
5. PERROT Nicolas - Les Relations des Jésuites, vol. 10, - cité dans Images du Sport dans le Canada d'autrefois, p. 19
6. DUNBAR Nancy J. - Images du Sport dans le Canada d'autrefois, p.89
7. LUCKEY Carl F. - Old fishing lures and tackle no. 3, p. 26

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robert.picard.antiquaire@videotron.ca

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