Quelques conseils sur la collection 
de meubles et d'objets anciens
MAGAZIN'ART - 7e année, No 2 - Hiver 1994/1995
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Les temps changent, les modes se succèdent à un rythme effarant, mais les antiquités demeurent toujours à la page. Comment expliquer que tant de jeunes optent aujourd'hui pour un ameublement ancien? "Tout est cher, répondent-ils, et l'on désire investir dans des meubles qui conserveront leur valeur au cours des ans, plutôt que dans un ameublement qui se démodera très vite. De plus, ils apportent de la vie et de la chaleur dans un environnement moderne; ils ont été témoins de tant de choses, on dirait qu'ils nous parlent." Ces nouveaux collectionneurs semblent être des consommateurs avisés. Ils recherchent surtout des pièces anciennes, belles, de bonne qualité et sans trop de restaurations. Ils préfèrent acheter moins, mais réclament de la qualité. Ils sont avides d'informations et exigent des certificats d'authenticité ou, à tout le moins, des factures détaillées. Plusieurs s'intéressent aux meubles avec peinture d'origine, mais ils ne sont pas encore prêts à investir dans des pièces de qualité muséologique dont les prix dépassent largement leur budget. Ce renouveau de la clientèle fait plaisir à voir et amène un grand optimisme chez plusieurs antiquaires.

Nous vivons dans une société de l'éphémère, où presque tout est à jeter après usage, où les familles éclatées et reconstituées sont en majorité, où les emplois à vie ne sont plus assurés. Dans ce contexte, la pérennité des meubles et des objets anciens offre quelque chose de rassurant car ils ont su résister à l'outrage des ans. Ils était là longtemps avant nous, et tout porte à croire qu'ils seront encore là, longtemps après. Par leur immuabilité ils assurent en quelque sorte un lien entre le passé et le futur. Avec la conscientisation environnementale qui se généralise, je suis surpris que le nombre de collectionneurs ne soit pas encore plus élevé. N'y a-t-il pas de plus belle façon de protéger l'environnement que de recycler l'ameublement de nos ancêtres?

Autrefois, chaque meuble construit ou acquis par la famille était considéré un peu comme un trésor; on l'entretenait et on le préservait dans le but de le léguer à ses enfants. Ces derniers, fiers de cet héritage y ajoutaient quelques pièces. Et ainsi de suite, de génération en génération, s'est constitué un patrimoine familial assez important. A partir du troisième quart du siècle dernier, l'industrialisation permettant de produire, à moindre coût, toute une panoplie de meubles et d'objets utilitaires ou décoratifs, on se laissa tenter par la nouveauté. Dans les villes d'abord, où les magasins se multipliaient, puis dans les campagnes où les achats par catalogue se généralisèrent, l'attrait pour les meubles dernier cri  devint une frénésie. On négligea l'héritage des anciens au profit du modernisme.

Dès la fin des années quarante, quelques ethnologues comme Marius Barbeau, s'inquiétaient de la dilapidation de notre patrimoine et de la perte de nos traditions. C'est alors qu'apparaissent les premiers collectionneurs. Leur nombre s'accrut sans cesse jusqu'aux années soixante-dix alors que l'engouement pour les antiquités atteignait son paroxysme. C'est l'époque où se vidèrent granges et greniers pour remplir les salons. N'importe quelle horreur pour autant qu'elle fut vieille attirait une clientèle nombreuse. Mais, tous n'achetaient pas sans discernement, et de ce chaos sortit toute une génération de véritables collectionneurs qui surent reconnaître les pièces réellement dignes d'intérêt.

Le choix qui s'offre aux collectionneurs est très vaste: meubles québécois paysans ou bourgeois, d'influence française ou anglaise, meubles européens de styles et d'époques variés. Mais, une fois l'ameublement complété, il est rare que l'on accumule plus de meubles que la maison n'en peut contenir. On échangera quelques pièces pour d'autres plus anciennes ou plus rares. C'est ainsi que se constituent les plus belles collections. Par contre, ce sont les petits objets qui offrent au collectionneur le plus de possibilités. Chacun peut trouver, dans l'éventail des pièces offertes, une catégorie d'objets à collectionner qui réponde à ses intérêts et à ses moyens: verre, vaisselle, poterie, fer, tôle, moules à sucre, tissus, vêtements, tapis, affiches, banques, outils, ustensiles de cuisine, art populaire, etc. Les visites aux antiquaires, aux expositions, aux encans, constituent un passe-temps agréable qui permettent à l'amateur d'accumuler des connaissances et des compétences dans le domaine particulier qu'ils ont choisi de collectionner.

On se dit parfois qu'on va finir part ne plus rien trouver, mais il semble en rester toujours. Très peu dans les granges, très peu dans les greniers, mais beaucoup chez les collectionneurs. Les gens vieillissent, déménagent, se lassent, divorcent ou meurent, et leurs trésors passent en d'autres mains. Beaucoup de pièces très intéressantes collectionnées dans les années il y a trente ou quarante ans reviennent présentement sur le marché pour la plus grande joie des collectionneurs. C'est ainsi que se continue la sauvegarde et le recyclage de notre patrimoine.

Robert PICARD

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