Syndrome Gilles de la Tourette

 

La dexedrine dans le déficit de l’attention
 

Ce médicament amphétaminique a une longue histoire d'utilisation. D'abord c'est à travers un produit similaire, la bezédrine, que les premières expériences ont eu lieu, dans les années 30, un peu par hasard pour traiter les enfants souffrant de séquelles d'encéphalite. Pendant la dernière guerre mondiale, les pilotes de chasse en faisaient un usage courant, dont St-Exupéry dans ses missions nocturnes. Il augmente la vigilance même en état de grande fatigue. Il se vend au marché noir, chez ceux qui veulent améliorer leur acuité mentale pendant de plus longues heures, sans souci de dose, de santé et le net danger d'aboutir à la psychose.

Dans le domaine du TDA/H, il se prescrit dans environ 10% des situations difficiles, quand le méthylphénidate ne paraît plus d'aucune efficacité ou encore entraîne des effets secondaires comme la migraine que l'on retrouve dans certaines familles comme d'un facteur génétique. Ses effets secondaires sont un peu plus marqués au niveau de la perte d'appétit, du retard au sommeil et du degré d'accoutumance. Il faut donc le cesser plus progressivement. Il y a un dosage retard très pratique qui permet une durée de 9-10 heures. Il se prescrit à la demi-dose du ritalin, par exemple. Ses meilleures indications se manifesteront dans l'impulsivité sévère, l'opposition récalcitrante quand les autres essais traditionnels auront échoué. Il s'adresse possiblement à un autre sous type de TDA/H.

Dans les régions du monde où déjà le ritalin reste presque tabou, il en sera davantage d'une substance qui a encore plus mauvaise presse, à cause de ses utilisations ésotériques, aventureuses, et mal connues pour ses avantages spécifiques et médicaux.

 

 

Claude Jolicoeur, pédopsychiatre,
Montréal, octobre 2000

Conclusions:

Globalement le diagnostic demeure avant tout clinique, à savoir fonction de l'histoire de la personne. Les mesures neuro-cognitives ou autres doivent se faire également quand faire se peut, pour approfondir le diagnostic et trouver de nouveaux traitements ou encore éviter les jugements trop faciles. Le diagnostic de laboratoire peut généralement confirmer l'expertise clinique, en particulier dans les difficultés les plus sévères, mais aussi peut demeurer plus aveugle à certains aspects moins classiques, comme le déficit d'attention isolé chez l'enfant surdoué.

Commentaires :
Finalement, la clientèle doit bien s'informer du type de services qui s'offrent dans son milieu et en juger l'opportunité pour son enfant. S'il n'y a pas d'interprétations à faire sur le déficit de l'attention comme tel, il peut s'avérer utile de soutenir l'estime de soi par des approches psychoaffectives adéquates si en parallèle l’on comprend bien la difficulté d’origine. Les professionnel(le)s ont des formations très diverses et peuvent n'avoir parfois aucune compréhension des difficultés de l'attention et ses variantes. Il s'agit, non pas d'incompétence, mais de formation académique différente. Les théories de psychologie se sont multipliées dans le dernier siècle et certaines s'opposent encore les unes aux autres. Les indications thérapeutiques demeurent aussi à définir plus clairement. Ce n'est qu'une question de temps avant que chacun y trouve vraiment sa place. Les neurosciences, qui fournissent une base scientifique aux difficultés de l'attention, n'ont pas pris tout leur essor et surtout dans le domaine de l’enfance.

Polémique et désinformation:
Le plus désolant, c'est le débat polémique qui se déroule parfois sur le méthylphénidate, le "ritalin". À partir d'informations biaisées, déformées, émotives, assez naïves. Rien n'engendre autant de rivalités intempestives, il est vrai, que la compétence parentale sur l'avenir de l'enfant, qui aurait dû naître angélique, sans tâches, sans faiblesses. Vaudrait mieux se flageller et porter sur soi ou projeter sur son voisin cette tare inavouable, ce péché originel, qui n'est pourtant que la fragilité de l'espèce humaine, animale d'abord.
Dans la perspective des difficultés de maturation neuro-biologique, (si l'on veut bien utiliser ce langage ou cette approche), il s'agit de bien comprendre la nature particulière du tempérament; ce qui implique la priorité de l'organisation neurocognitive sur les liens seulement affectifs. L'enfant qui se voit incapable de respecter les limites, les consignes à cause de son accélération neuro-biologique aura bien du mal à se faire aimer ou réussir des tâches simples. D'où le besoin de bien situer l'importance des difficultés de l'attention, leur origine génétique et neurobiologique, et le besoin d'en prévenir les conséquences néfastes, les co-morbidités comme l'opposition extrême, la conduite antisociale, la fabulation, les états dépressifs et suicidaires, et les nombreuses difficultés à l'apprentissage usuel, de la lecture à l'écriture au calcul. La négation du problème ne fait qu'entraîner une aggravation des difficultés et possiblement augmente la nécessité de recourir à la médication comme le ritalin, lorsque l'échec devient imminent, catastrophique, incontournable.

La prévention:
Plus les facteurs de risque seront élevés, comme dans certains milieux où subsistent la malnutrition maternelle de grossesse, la présence d'agents nocifs tels l'alcool, la cigarette, la drogue, plus ces difficultés auront cours chez l'enfant. Plus l'on ajoute au poids des facteurs biologiques endogènes, proprement génétiques, plus l'on favorise les vulnérabilités et les déficiences. L'hyperactivité sévère et l'usage du ritalin seront donc plus fréquents dans certains milieux où l'on rencontre la misère physique, l'ignorance ou l'insouciance envers les facteurs biologiques. C'est le cercle vicieux de la misère qui engendre la misère. Davantage la misère de l'ignorance et de l'insouciance que toutes les autres. Le système social doit miser sur les techniques de prévention par la sensibilisation, l'information et l'encadrement des personnes à risque.

Dr Claude Jolicoeur, pédopsychiatre,
professeur assistant, Université McGill,
professeur de clinique, Université de Montréal.
1998.

Source: http://www.aei.ca/~claudej/dexedrine.html