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Syndrome Gilles de la Tourette
Le syndrome de Tourette chez l'enfant: plus répandu que l'on ne
croit mais pas toujours facile à diagnostiquer
Introduction
Il y a
une vingtaine d'années à peine, peu de praticiens avaient eu
l'occasion de traiter un patient qui présentait un syndrome Gilles
de la Tourette (SGT). Comme on croyait que le SGT était une
affection rare, on attendait souvent de voir apparaître les
symptômes les plus connus (tics moteurs et vocaux) et les plus
spectaculaires, la coprolalie par exemple, pour poser un tel
diagnostic. On sait maintenant que cette dernière n'est présente que
dans seulement 30% des patients atteints du SGT[1]. Bien que l'on
connaisse maintenant mieux la maladie qui a fait l'objet de nombreux
articles scientifiques et qui a joui d'une plus grande couverture
médiatique durant la dernière décennie, il demeure parfois difficile
d'en reconnaître les symptômes chez l'enfant. Les tics peuvent être
discrets ou masqués par une comorbidité qui domine le tableau
clinique et qui peut être mal interprétée à cause d'un contexte
familial perturbé en raison même de la maladie. Il est cependant
important de savoir reconnaître le SGT chez l'enfant afin de pouvoir
identifier le meilleur traitement, orienter les interventions
éducatives auprès de la famille et de l'école et éventuellement
obtenir un encadrement et des services pédagogiques adaptés quand
ils sont nécessaires.
Les symptômes cliniques et les pathologies associées
Les critères diagnostics de la quatrième édition du Diagnostic and
Statistical Manual of Mental Disorder (DSM IV) pour le SGT
comprennent la présence de tics moteurs multiples et la présence
d'au moins un tic sonore. Les tics moteurs doivent obligatoirement
être présents depuis un an pour que le diagnostic puisse être posé.
Chez un même enfant, ils varient dans le temps en intensité, en
fréquence, en complexité, en sévérité et en localisation anatomique
(on les dit migrateurs). Les tics sonores apparaissent dans le
décours de la maladie mais généralement plus tardivement que les
tics moteurs et peuvent disparaître pour une période donnée. Comme
les tics moteurs, ils peuvent être simples, complexes ou organisés.
L'une des particularités du SGT est la présence de comorbidités
fréquemment associées[2]. Ainsi, les troubles
obsessionnels-compulsifs sont très souvent rapportés chez l'adulte
comme chez l'enfant atteint du SGT et constituent parfois même le
plus important des handicaps. Chez l'enfant, il n'est pas rare qu'on
note la présence d'un déficit d'attention le plus souvent avec
hyperactivité; des problèmes d'apprentissage, des problèmes de
comportement, des désordres d'anxiété, de l'automutilation, des
migraines et des troubles du sommeil peuvent également être
rapportés.
Bien que la prévalence exacte du SGT soit inconnue, on l'estime
généralement à 1/ 2000 pour une présentation complète des
manifestations du SGT, mais elle pourrait atteindre 1/200 pour les
formes mineures incluant les tics chroniques[3].La sévérité du SGT
est le plus souvent considérée en fonction de la présence ou non de
comorbidités associées plutôt qu'à la sévérité des tics eux-mêmes.
Le traitement devra donc tenir compte des symptômes ciblés comme
étant les plus perturbateurs.
Difficultés à reconnaître la présence des symptômes chez l'enfant:
Dans le syndrome Gilles de la Tourette, les tics moteurs et les tics
vocaux (conditions essentielles au diagnostic) sont rarement les
symptômes qui dérangent ou perturbent le plus l'évolution de
l'enfant. Ils peuvent même être subtils et passés inaperçus
(l'enfant contracte ses abdominaux, par exemple). Par ailleurs, si
l'enfant ne présente que ces seuls symptômes, il n'est souvent pas
nécessaire de le traiter. C'est en fait le cas pour une majorité des
enfants atteints du SGT. Quelquefois les parents ne remarquent plus
les tics, ils consultent pour une autre raison, (souvent pour une
comorbidité dominante) et oublient de les mentionner au clinicien;
le diagnostic du SGT passe alors en arrière plan et n'est possible
que si l'enfant, par hasard, émet des tics dans le bureau du
médecin.
Il arrive très souvent que les premiers symptômes qui apparaissent
soient ceux de l'hyperactivité qu'on traite habituellement avec le
Ritalin. Contrairement à ce qu'on avait décrit dans les premières
études, l'administration de psychostimulants n'est pas toujours
associée à l'exacerbation des tics. Ce sont les troubles du
comportement liés à l'hyperactivité qui dominent le tableau, plus
particulièrement chez le jeune garçon. Ceux-ci sont parfois si
dévastateurs qu'ils masquent la présence des tics moteurs. On ne
remarque que les comportements perturbateurs qui peuvent en fait
être l'expression même d'une compulsion perçue la plupart du temps
comme une provocation de la part de celui qui l'émet.
À cause de leur effet nuisible sur l'environnement aussi bien
familial que social et scolaire, les problèmes de comportement sont
rapidement mis en évidence. Les premières manifestations des
troubles du comportement apparaissent généralement tôt durant la
petite enfance et les parents attribuent toutes sortes
d'explications pour en justifier l'apparition: c'est sa «période du
non», c'est le «terrible 4 ans» qui se prolonge, il s'ajuste mal à
l'école, ça va lui passer, c'est parce qu'il est impulsif...On
compte toujours sur la maturation de l'enfant pour que tout rentre
dans l'ordre mais les comportements s'aggravent et deviennent hors
du contrôle des parents. Avant même l'apparition des premiers tics
moteurs et encore plus des tics sonores, l'enfant a déjà reçu une
étiquette de trouble oppositionnel, de trouble de la conduite, de
trouble antisocial, d'enfant mal élevé...Étiquette d'autant plus
renforcée que les parents, après toutes sortes de tentatives
infructueuses pour trouver une certaine harmonie, finissent par se
sentir incompétents et parfois abandonnent plus ou moins leur rôle
d'éducateurs.
Un autre symptôme déroutant et fréquemment associé au SGT est le
trouble obsessionnel compulsif (TOC). Il est relativement facile de
le détecter chez l'adulte[4] qui s'en plaint lui-même parce qu'il
l'empêche de fonctionner adéquatement dans son milieu de travail, sa
vie familiale et son réseau social. Cependant, l'enfant en est
souvent inconscient et en parle rarement de lui-même, même avec un
questionnement bien circonscrit. Les comportements obsessionnels
compulsifs se manifestent d'abord comme une idée récurrente
(obsession) qui mobilise l'espace mental jusqu'à ce qu'une action
(compulsion) soit entreprise dans le but d'y mettre fin. Ces
comportements se manifestent différemment selon qu'ils sont associés
ou non au SGT. Dans le cas du TOC pur, les obsessions seront
davantage associées à des cognitions erronées avec un contenu
d'angoisse (par exemple, se laver les mains par peur de la
contamination, ou poser tel geste pour empêcher qu'un accident ne se
produise). Dans le cas du SGT, ce sont surtout des obsessions
rattachées à un besoin de symétrie, un besoin de propreté, du désir
irrationnel de tout conserver etc. Elles sont plus rarement liées à
des peurs spécifiques et n'ont aucune valeur symbolique. Un enfant
nous rapporte, par exemple, qu'il doit faire tel geste pour ne pas
se sentir mal plutôt que pour éviter un malheur. Dans le SGT, la
compulsion peut survenir en réponse à une sensation corporelle
désagréable plutôt qu'à une cognition.
Chez l'enfant d'âge pré pubère, il peut s'agir d'une question plus
ou moins pertinente qui revient de manière répétitive ou d'un
sentiment urgent d'avoir à faire ou à obtenir quelque chose parfois
d'assez insignifiant ou d'un besoin impératif à assouvir sur le
champ. Toute l'énergie de l'enfant est alors mobilisée, il ne peut
penser à autre chose et est donc moins disponible à la discipline et
aux apprentissages. Aucune intervention extérieure ne chasse cette
idée-là. Inlassablement, le jeune reformulera sa question ou sa
demande jusqu'à ce qu'il obtienne satisfaction. Quelquefois, un
enfant se construit un scénario autour de ce qui le préoccupe et
finit par aggraver ses peurs ou ses frustrations. Il a donc de plus
en plus besoin d'assouvir son obsession par une action qui lui
permettra de retrouver un confort mental. Il n'aura de cesse qu'une
fois son but réalisé. C'est pourquoi on dira souvent de ces enfants
qu'ils sont manipulateurs. Et le pire, c'est qu'une fois l'objet de
sa convoitise obtenu, l'enfant ne s'y intéresse à peu près plus. Une
obsession s'est ainsi transformée en un gros problème de
comportement parce qu'il a souvent dû faire une crise démesurée pour
obtenir ce qu’il désirait.
Les crises de rage et les comportements explosifs font maintenant
aussi partie du répertoire des symptômes associés au SGT reconnus
par un grand nombre de chercheurs et de cliniciens familiers avec
cette maladie [5] . À Ste Justine, parents ou intervenants scolaires
rapportent des épisodes explosifs chez un nombre significatif
d'enfants et d'adolescent atteints du SGT. La rage est une explosion
catastrophique très soudaine, paroxystique, récurrente,
incontrôlable et inattendue. Déclenchée par un événement
insignifiant, elle amène rapidement une réponse démesurée en raison
du faible seuil de frustration et il n'y a pratiquement rien à faire
vis-à-vis de cette rage pour arrêter l'enfant en perte de contrôle.
Il s'en prend à des objets à proximité, il déploie une grande force
contre l'intervenant qui tente de l'arrêter. L'événement déclencheur
est perçu par l'enfant comme une agression ou une provocation de son
milieu alors que le milieu interprète au contraire la rage comme une
provocation ou une manipulation de l'enfant pour obtenir des
bénéfices secondaires. Une fois la crise passée, l'enfant est
épuisé, il est souvent incapable de dire ce qui l'avait réellement
déclenchée et il en éprouve du remords.
Importance de faire le bon diagnostic pour un meilleur
traitement:
Comme pour toutes maladies, le diagnostic est utile dans la mesure
où il oriente le traitement. Quand les tics moteurs et vocaux sont
évidents, le diagnostic est facile à poser. Si la sévérité des tics
est telle que l'enfant ou l'adolescent en souffre ou n'est pas
capable de fonctionner normalement, des neuroleptiques sont
généralement prescrits et leur efficacité a largement été démontrée
dans plus de 80 % des cas [6] . Quand les tics sont plus discrets ou
encore masqués par l'ampleur des autres symptômes associés plus
perturbateurs, on peut passer à côté du diagnostic de SGT et
suggérer des traitements psychologiques ou des interventions psycho
éducatives qui peuvent éventuellement causer plus de torts et même
accentuer les manifestations du SGT. En effet, tenter de modifier un
comportement dont l'origine est neurologique entraîne souvent un
sentiment d'échec chez l'enfant qui n'y parvient pas, augmentant
ainsi son état de stress qui, à son tour, risque d'amplifier les
symptômes. Les parents ou les intervenants eux-mêmes, dépassés par
la «résistance» de l'enfant à leurs «méthodes éducatives» peuvent en
arriver à perdre leurs moyens et utiliser des interventions
inadéquates. Si au contraire on reconnaît le caractère organique des
problèmes de comportement rencontrés chez l'enfant Tourette, la
pression sur l'enfant ou même sur les parents sera moins forte. On
préconisera alors une approche éducative spécifique appliquée à la
famille et à l'école et une approche pharmacologique qui,
conjointement, s'avéreraient probablement plus efficaces pour
traiter l'enfant. Le choix du ou des médicaments dépendra alors des
symptômes ciblés comme étant les plus handicapants selon qu'il
s'agit de déficit d'attention associé ou non à de l'hyperactivité,
de symptômes obsessionnels-compulsifs, ou de crises de rage. Puisque
les symptômes de troubles oppositionnels et agressifs liés à
l'hyperactivité durant le primaire sont prédictifs d'une
problématique accrue à l'adolescence et même à l'âge adulte, l'effet
salutaire du chloridrate de métylphénidate sur l'agressivité des
enfants peut avoir une répercussion importante sur l'ajustement
social ultérieur. Pour les TOC, ce sont les antidépresseurs qui se
sont montrés le plus efficaces [7] . À Ste Justine et dans d'autres
cliniques, pour diminuer les symptômes de la rage, des résultats
positifs ont été obtenus avec la rispéridone [8] .
Cependant, c'est une évaluation multidisciplinaire, incluant les
cliniciens, les intervenants scolaires et les parents, qui pourra le
mieux identifier les symptômes les plus dérangeants et les
paramètres du milieu les plus susceptibles de les aggraver. En même
temps, une meilleure information concernant les manifestations
possibles du SGT sur lesquelles l'enfant a peu de contrôle pourra
être utile pour orienter l'approche éducative. Plutôt qu'une
modification des comportements de l'enfant vouée le plus souvent à
l'échec, on pourra proposer une modification de l'environnement qui
réduira ou inhibera l'émission du comportement. Établir le bon
diagnostic de SGT permettrait aussi à certains enfants de recevoir
des services pédagogiques et éducatifs adaptés à leur besoin quand
ils sont nécessaires. En effet, plusieurs commissions scolaires
acceptent de donner des services complémentaires à l'élève en
difficulté seulement quand le diagnostic de SGT est posé.
Finalement, parce qu'il est mieux connu du grand public depuis que
les médias ont présenté quelques entrevues avec des personnes
atteintes, et avec l'accès de l'information scientifique sur
Internet, les symptômes du SGT sont aujourd'hui plus facilement
reconnus ou interprétés comme tels par les patients ou les parents.
Depuis peu, on assiste à un renversement de la tendance, c'est à
dire à une surenchère de diagnostics proposés par des parents qui y
voient un soulagement à leur sentiment d'impuissance vis-à-vis les
comportements déviants de leurs enfants. Il faudra donc rester
vigilants et tenter de démêler les comportements liés au SGT et ceux
qui relèveraient de véritables comportements délinquants, dont
l'approche rééducative est fort différente.
Les symptômes du SGT s'aggravent-ils en vieillissant?
Les premiers symptômes du SGT font leur apparition plus clairement
vers l'âge de 6 ou 7 ans. En rétrospective, les parents relatent
plusieurs symptômes qu'ils avaient remarqués en bas âge. Les tics
moteurs et vocaux apparaissent et disparaissent durant le décours de
la maladie. Ils sont généralement exacerbés par les périodes de
grand stress; ils sont plus présents à la veille de grands
événements (Noël, la rentrée scolaire, la fin de l'année...) ou à la
suite d'événements traumatiques (la séparation des parents, le décès
d'une grand-mère, une hospitalisation...). La période la plus
intense aussi bien pour les tics que pour l'expression des
comorbidités se situe dans la plupart des cas entre 9 et 13 ans.
Vers la fin de l'adolescence, les symptômes s'atténuent
progressivement et les jeunes adultes parviennent généralement à les
contrôler en public.
Comment réagir aux tics de mon enfant?
Les tics risquent de s'aggraver si on met trop de pression pour
empêcher l'enfant de les émettre. Vaut mieux trouver avec l'enfant
un «truc» pour qu'il puisse les faire confortablement, si possible
en privé, ou encore essayer de proposer à l'enfant une modification
de son tic pour que celui-ci soit moins évident ou moins
compromettant. Il est bon d'aviser les autorités scolaires pour
qu'une sensibilisation soit faite auprès du corps enseignant et
auprès des autres enfants. Ainsi, le jeune atteint du SGT sera sans
doute plus confortable pour émettre ses tics même à l'école, les
symptômes seront donc moins réprimés et moins susceptibles d'éclater
en salve ininterrompue à la maison au retour de l'école.
Quand l'enfant présente des comportements inadéquats associés au
SGT, comment différencier ceux qui appartiennent à l'enfant et sur
lesquels on doit intervenir?
L'enfant vit avec son SGT 24 heures sur 24, on ne peut pas
véritablement dissocier un comportement qui relève du SGT de celui
qui n'a rien à voir avec cette pathologie. Le caractère provoquant
de certaines manifestations (copropraxie, coprolalie...) appartient
indéniablement au SGT. Il n'est donc pas rare que les intervenants
rapportent que ces enfants soient provocateurs et manipulateurs;
même si ces comportements ne constituent pas en soi une
caractéristique symptomatologique du SGT, on les y retrouvent
beaucoup plus souvent chez ces enfants que dans la population en
général. Cependant Tourette ou non, on doit toujours intervenir sur
des comportements socialement inacceptables. Par exemple, même si le
fait de cracher peut être un tic, il n'est jamais acceptable que le
jeune le fasse n'importe où et on doit l'amener à trouver une façon
de l'exécuter sans nuire à autrui.
Adresses utiles:
Fondation Canadienne du Syndrome de Tourette, 194 Jarvis Street,
suite 206, Toronto, Ontario, M5B 2B7, 1-800-361-3120.
Association Québécoise du Syndrome de Tourette, 222 Henri-Bourassa
est, suite 38, Montréal, H3l 1B9, 514-345-0251.
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[1]Robertson, M.M., & Baron-Cohen, S. The neuropsychiatry and
neuropsychology of Gilles de la TouretteSyndrome. In:
Neuropsychological assessment of Neuropsychiatric Disorders, Second
Edition, New York: Gran & Adams, 1996.
[2]>Lussier, F. Contribution de l'hyperactivité au dysfonctionnement
frontal observé chez les enfants atteints du syndrome Gilles de la
Tourette. Prisme, 2:188, 1992.
[3]Shapiro, AK et coll.: Gilles de la Tourette Syndrome. Deuxième
édition, Raven Press, New York, 1988.
[4]Dion, Y. Le syndrome Gilles de la Tourette: diagnostic et
traitement. Le clinicien, 6:49, 1992.
[5]Lussier, F. La rage chez l'enfant atteint de SGT. InfoSGT, 3:3,
1998.
[6]Voir le guide pour le diagnostic et le traitement du syndrome de
Tourette, publié par la Fondation canadienne du syndrome de Tourette
en 1998.
[7]Scahill, L. : Contemporary approaches to pharmacotherapy in
Tourette’s syndrome and obsessive-compulsive disorder, JCAPN 1 : 33,
1996.
[8]Sandor, P : Clinical management of Tourette’s syndrome and
associated disorders. Can J Psychiatry, 10:578, 1995.
Source: http://www.generation.net/~cenopfl/index.htm
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