|
Syndrome Gilles de la Tourette
Annick
On
croit ces élèves chahuteurs, grossiers, impertinents ... ils sont en
fait atteints du Syndrome de Gilles de la Tourette, une maladie
génétique rare. Elle apparaît entre 7 et 18 ans. Les enseignants en
sont souvent les premiers témoins et de précieux auxiliaires.
Quatre éléments pour un diagnostic
Tics et tocs
Diagnostic : le parcours du combattant
Témoignage de Mme Roussey A. :
Qu’est-ce qui vous a incitée à devenir relais de l’AFSGT ?
Nous avons deux
filles Myriam, 17 ans 1/2 (née en 1983) et Cécile, 13 ans ½ (née en
1986), toutes deux atteintes du SGT.
L’aînée a été
diagnostiquée seulement en 1998, à 15 ans.
Ses troubles
ont démarré vers l’âge de 3 ans, mais à l’époque la maladie était
encore très méconnue. Elle avait aussi un retard psychomoteur dû à
un manque d’oxygène pendant la grossesse ; c’est pourquoi elle n’a
marché qu’à 28 mois et commencé à parler très tardivement.
Puis nous avons
eu droit à des automutilations, une prédisposition à faire
toutes les bêtises : arrachage de cheveux par mèches, coups de tête
contre les murs, les radiateurs, le carrelage…des gestes d’une
extrême violence, des gros mots, des répétitions de mots, des
crachats. Puis, vers 5-6 ans, elle s’est mise à avoir des tics
moteurs désordonnés de la tête et des épaules. Après une brève
scolarité, nous avons dû la mettre en hôpital de jour à l’âge de 4
ans.
A 8 ans, un
placement en maison d’accueil spécialisé s’est avéré nécessaire. Les
places sont rares et, de Dijon, où nous habitons, elle a pu être
placée en Ardèche. Elle a été reconnue handicapée à 80% pour «
troubles du comportement et de la personnalité ».
A 17 ans ½,
elle ne sait encore ni lire, ni écrire, ni parler correctement, ayant
du mal à se concentrer.
Pour la
cadette, Cécile , tout a commencé vers 8 ans par des soubresauts sur
sa chaise;
elle faisait le ressort, sans pouvoir s’arrêter. Nous avons consulté
une neurologue. L’électroencéphalogramme étant tout à fait normal,
elle a eu plusieurs médicaments neuroleptiques avec des effets
secondaires comme une grande fatigue, ce qui la gênait beaucoup dans
ses études car c’est une bonne élève consciencieuse.
Vint ensuite
une phase surprenante où elle s’accroupissait et s’élançait en l’air
en poussant un cri. Rien ne pouvait l’en empêcher. Le médecin
généraliste qui l’avait jusque là bien traitée ne voyait plus trop
vers quel spécialiste nous orienter.
Puis elle a changé de tics et s’est mise à aboyer toutes les
secondes. En la voyant, la neurologue à nouveau consultée, a
aussitôt diagnostiqué le Syndrome de Gilles de la Tourette, dont la
définition est « tics moteurs et vocaux qui peuvent changer et
durent plus d’un an. C’est une maladie génétique, d’origine
inconnue, qui dure toute la vie et est incurable. »A cette annonce,
j’ai pris un coup de bambou sur la tête. Mais au moins, la maladie
de Cécile avait un nom.
C’était en mai
1997.
Quelle a été votre démarche ?
Nous avons
consulté un pédiatre, une généticienne, un endocrinologue et fait
des analyses. Parallèlement, nous recevions des revues traitant de
différents handicaps. Un article intitulé « Mon fils devient-il fou
? » nous a confirmé le diagnostic médical. Et ALLO-GENES nous a
fourni l’adresse de la toute jeune Association Française du Syndrome
de Gilles de la Tourette (AFSGT). Sans elle, nous en serions encore
à errer.
La présidente,
Madame Biron, m’a reçue au téléphone avec la plus grande gentillesse
et m’a indiqué le nom d’un médicament, le Risperdal, tout juste mis
sur le marché. Nous avons pu en bénéficier en décembre et grâce à
celui-ci, il n’y a plus d’effets secondaires comme l’endormissement
ou des symptômes parkinsoniens. Nous attendons u médicament
supérieur existant aux Etats-Unis et nous avons espoir en ce nouveau
remède.
De là, nous
avons pu remonter aux problèmes de l’aînée, 15 ans après, et la
traiter également. Nous avons pu aussi la reprendre avec nous. Elle
est dans un IME de Côte-d’Or et fait du cheval le week-end.
Quant à Cécile,
elle est toujours dans les 8 premiers de la classe. Elle compose au
piano, dont elle joue depuis l’âge de 5 ans. Elle a fait de la
danse, de la gymnastique…
J’ai aussi la
chance d’avoir une formation scientifique : un DEA de génétique et
des connaissances en physiologie et biochimie. Cela m’aide à donner
la bonne dose de médicaments au bon moment de façon à ce qu’il n’y
ait pas trop d’effets secondaires et pas trop de tics. Il faut être
très psychologue avec ces enfants : ne pas prendre leurs réactions
au premier degré et traiter en fonction du stress pour leur éviter
la crise. C’est trop embêtant comme symptôme parce que c’est
asocial. Quand Myriam fait des bras d’honneur en voiture aux autres
conducteurs !...
En quoi consiste votre rôle de relais ?
C’est à la fois
un rôle d’entraide à l’intérieur de l’association et un rôle
d’information à l’extérieur.
C’est une
maladie où tout le monde est isolé. Il y a une grande souffrance car
les familles ont du mal à parler de leur cas.
Un soutien
psychologique est nécessaire. Je suis pour cela les adhérents d’une
même région en dehors de l’assemblée générale. Nous échangeons aussi
les « trucs » que nous avons découverts pour gérer le comportement
des enfants.
A l’extérieur,
personne ne connaît cette maladie. Alors j’essaie d’informer les
médecins, psychologues scolaires, les centres d’éducateurs, les
instituts médico-éducatifs, les centres médico-pédagogiques…
Il faut que
cessent les moqueries et phrases blessantes et que les malades
soient détectés et soignés. L’association compte 130 personnes dont
la vie sociale est handicapée par ces tics. Il y a un cas de SGT
pour 10 000 naissances, ce qui n’est pas si rare que cela.
Alors combien
d’autres cas non décelés, combien d’enfants en institutions, rejetés
par les gens dits « normaux » !
Combien
d’adultes en hôpitaux psychiatriques qui, par un traitement
approprié, pourraient vivre une vie tout à fait normale ?
Vous militez
également pour l’opération des « Jours du Nez Rouge », avec des
associations similaires ?
Oui, nous avons
besoin d’argent pour engager une recherche sur l’ADN. Nous savons
qu’il y a trois ou quatre gènes responsables sur plusieurs
chromosomes, mais on ne les a pas encore trouvés.
Nous savons que
cette maladie est génétique.
Dans notre
famille, un grand oncle et l’arrière arrière-grand-père de nos
filles en étaient atteints. Le peu de malades recensés n’incite
guère l’industrie pharmaceutique à investir dans ce domaine. Les
professeurs Verin à Rennes et Agid à Paris travaillent sur le SGT.
Comment faire
pour que la recherche s’adresse à nous ?
J’ai entendu
l’un de nos adhérents dire : « J’ai 44 ans, ma vie est fichue… je
suis né à 9 ans… » Cela résume bien la détresse dans laquelle nous
nous trouvons.
Mais soyons
optimistes !
La sécurité
Sociale prend cette maladie en charge à 100%, ce qui est déjà une
preuve de reconnaissance.
En attendant,
il y a des malades qui sont en centre d’aide par le travail, il y en
a qui ne travaillent pas… et d’autres qui sont à saint-Cyr.
Pour ne citer
que des disparus, après tout, Mozart, Malraux, Kafka, Andersen,
Dickens, Satie… étaient atteints de la maladie des tics, autrement
dit du SGT.

|