Oscars, Césars, Grammys, Juno et autres, tassez-vous! Laissez place aux Big Brother Awards, les honorables prix remis à ceux qui menacent notre vie privée. Et c’est pas du cinéma…
Car ses prix Big
Brother sont remis par le très sérieux Privacy International, un organisme
dévoué à la protection de la vie privée. La 11e cérémonie des Big
Brother Awards s’est d’ailleurs déroulé à Cambridge, Massachusetts, lors d’une
conférence internationale sur l’informatique, les libertés et la vie privée.
Voici donc les
(mal)heureux gagnants:
Le logiciel du FBI a
remporté le prix de l’initiative la plus envahissante. Et pour cause… Carnivore
est un logiciel bien pratique que le FBI utilise pour mettre les criminels sur
écoute électronique. Il scanne en profondeur les messages électroniques très
efficacement. On a souvent reproché au FBI d’autoriser l’utilisation de
Carnivore à ses agents un peu trop facilement. Ce laxisme a été l’objet de tant
de critiques que la Maison Blanche a annoncé une enquête. Un groupe d’avocats
branchés, l’Electronic Privacy Information Center (EPIC) a même obtenu en
justice que le code source soit dévoilé. Depuis, le FBI a peaufiné son logiciel
et l’a rebaptisé DCS1000. Un peu moins agressif et encore plus efficace.
Côté société privée,
ChoicePoint remporte la palme de l’envahisseur corporatif numéro un. Lors des
dernières élections présidentielles américaines, ce cabinet privé d’Atlanta a
remis une liste de 173 000 électeurs reconnus coupables de crimes à la
Secrétaire d’État de la Floride Katherine Harris. D’après une enquête du
magazine Salon, au moins 8000 des ces personnes avaient été condamnés pour des
délits mineurs et devaient donc garder leur droit de vote. Comme par hasard,
ils étaient pour la plupart afro-américains et démocrates. Chez ChoicePoint, on
est plutôt républicains. Pour sa défense, le cabinet a répondu: «Nous nous
sommes contentés de donner les informations aux responsables de Floride.
C’était à eux de les vérifier». Sans commentaire.
En
Floride, encore, Tampa a reçu le prix décerné à une administration publique
pour sa politique anti-criminelle pendant le dernier SuperBowl. Elle avait
filmé discrètement chaque spectateur puis recoupé les visages avec ceux
contenus dans la banque de données de la police. Pour la cause, elle avait
utilisé un puissant logiciel de reconnaissance faciale. Parions que, depuis, la
société auteure de ce logiciel a fait fortune.
L’Agence de sécurité
nationale américaine, la fameuse NSA, s’est vu remettre le prix de la plus
grande menace de tous les temps. 50 ans d’espionnage grâce aux logiciels les
plus sophistiqués, dont le célèbre Echelon, un système d’écoute par satellite
auxquels participent d’autres pays comme le Canada, la Grande-Bretagne et
l’Australie. Né après la guerre, le système, qui permet d’intercepter
conversations téléphoniques, fax et courriers électroniques, était d’abord
utilisé à des fins militaires. Depuis le début des années 90, il avait été
reconverti à des fins d’espionnage civil et économique. Il est toujours actif
aujourd’hui.